13 janvier 2011

Un sourd et muet qui se fait entendre…

Posté par Pascaline dans la catégorie : Le sac à Calyces .

Quelques réflexions autour du livre « Moi, Armand, né sourd et muet… » (collection « Terre Humaine ») et de la langue des signes.

Armand était âgé d’une quarantaine d’années lorsqu’il apprit, à sa grande confusion, combien il dérangeait les entendants en mangeant avec bruit, en traînant les pieds, en claquant les portes… Personne n’avait eu l’idée de le lui faire comprendre.
Pourtant, les sourds possèdent un langage, complet, explicite, capable de tout transmettre, y compris les abstractions ou le vocabulaire technique.
Mais pourquoi n’a-t-il pas été utilisé par l’entourage d’Armand, pour aborder une notion aussi simple que des rudiments de bonne éducation ?

Le livre, « Moi, Armand, né sourd et muet… », comporte une introduction d’Yves Delaporte, ethnologue, l’autobiographie d’Armand Pelletier, et une seconde partie, “la question sourde”, de Yves Delaporte. Ce dernier a découvert le monde des sourds en regardant par le plus grand des hasards  l’émission “la marche du siècle” de Jean-Marie Cavada en septembre 1992. Il raconte comment il a été intrigué, puis fasciné, puis bouleversé.
Si je reprends ses propos avec une telle précision, c’est pour être passée par le même cheminement.

À peine le livre ouvert, j’ai été frappée par la virulence du propos. Si encore il s’était agi d’un pamphlet contre la guerre, la pollution ou l’excision, ou autre, je n’aurais pas ressenti une telle surprise : ce sont là de graves sujets méritant d’éveiller notre colère.
Totalement ignorante de la situation désastreuse faite aux sourds, je n’en revenais pas des termes employés par Yves Delaporte : crimes – désastre – préjugés archaïques – phobie du corps – peur de l’altérité – exclusion. L’auteur n’avait pas assez de mots pour fustiger les violences à l’encontre des sourds.

Armand est né en 1933 dans une famille paysanne de la Bresse. Deux de ses frères aussi sont sourds, il a la chance de ne pas être isolé comme le sont les sourds le plus souvent. Chez Armand, les sourds, et les entendants qui le désirent, inventent un code et se débrouillent ainsi pour communiquer par gestes.

Scolarisé dans des instituts spécialisés, Armand y apprend la langue des signes, mais… dans la cour, en tant que langue naturelle des enfants ! « Partout ailleurs qu’en classe on nous laissait libres de parler entre nous la langue des signes », la “vraie.” En classe les maîtres se privaient de ce moyen extraordinaire.
Car depuis le congrès de Milan en 1880, la langue des signes est interdite, plus ou moins tolérée hors de la classe selon les institutions, et les enseignants, conditionnés à la méthode dite “orale”, se privent de ce fabuleux moyen de communication.
En effet, depuis 1880, les entendants entretiennent l’illusion de pouvoir faire parler les sourds. Pour cette raison, les enfants sont soumis à des exercices fastidieux, vides de sens, aux résultats incertains, qui prennent pourtant le pas sur des vrais apprentissages, lesquels font défaut. « Et pendant ce temps-là notre intelligence était laissée en friche. » La génération d’Armand en a gardé souvent une rancune tenace et pour beaucoup une détestation de la parole.
Les enfants apprennent sans connaître le sens. L’exercice de la dictée est bien trop difficile, Armand comprend “bateau” pour “bâton” parmi d’autres pièges innombrables. Des exercices quotidiens ont lieu pour parler, devant un miroir.

« Le problème n’est pas dans l’acquisition de la parole. Il est dans le refus d’un enseignement en langue des signes. Croire que cette interdiction nous conduira à parler normalement est une scandaleuse absurdité. »

Quand Armand se trouve dans un groupe d’âges variés où tout le monde parle le langage des signes, il commence à comprendre « qu’être sourd, cela n’avait rien d’anormal. Enfants et adules, hommes et femmes, tous pouvaient tout se dire dans leur langue, comme le font les entendants dans la leur. »

Je trouve maintenant nécessaire d’abandonner Armand afin d’expliquer cette situation que j’ai eu moi-même bien du mal à cerner.
La langue des signes, tout d’abord…
Elle est aussi vieille que l’humanité, et nous la réinventons sans cesse.
Les métiers bruyants l’exigent : certains ateliers, où le vacarme est permanent ou occasionnel, sur les chantiers, les aéroports… Nous nous transformons en mime si le son ne passe pas, pour les raisons ci-dessus, ou encore à cause de distance trop grande, ou en plongée… Nous sommes sensés connaître les gestes de l’agent qui règle la circulation et nous les utilisons quand un accident a lieu. On échange par signes quand on doit ne produire aucun bruit, afin de ne pas réveiller quelqu’un, pour réussir un jeu de silence, pour mener une action guerrière ou illégale : dans toutes les occasions, ludiques ou pas, où il est nécessaire de rester discret.
Nous sommes tous conduits un jour à créer notre propre code, en souhaitant ardemment que notre improvisation gesticulée sera comprise : quand nous nous trouvons dans un pays étranger sans en connaître la langue.
Je ne dois pas oublier, dans cette liste non exhaustive, certains ordres monastiques où l’on fait vœu de silence, et où l’on a créé, ici aussi, un langage silencieux.
Cela dit, les exemples ci-dessus se situent le plus souvent dans le domaine du mime, d’un langage gestuel le plus souvent très sommaire.
La langue des signes, la vraie, est en réalité impossible à comprendre sans l’avoir étudiée.

Certains mots sont universels : partout sur la planète, que l’on soit entendant ou sourd, on réunit les doigts en faisceau et on les dirige vers sa bouche pour dire “manger”. Mais dans la langue des sourds, ce signe, réalisé en sens inverse, pointé vers l’avant, devient “nourrir quelqu’un”. Conjugué avec d’autres signes, il prend autant de nouvelles significations. Jusqu’à celle de “nourriture intellectuelle”, eh oui !
Il est des signes universels, il est des faux amis – comme dans toutes les langues !
En France, chez les entendants, si on représente un cercle en mettant en contact l’extrémité de l’index et celle du pouce, les trois autres doigts étant déployés, on dit “ça baigne !” Mais ailleurs, ce geste désigne la sodomie : “va te faire foutre !” ou autre joyeuseté langagière… Si j’ai bien compris, ce même geste chez les sourds signifie “refuser”.
Où s’arrête l’expression corporelle, la pantomime, les clowneries, et où commence la langue ?
La langue des signes passe par des chemins variés, puisqu’elle utilise un geste pour un mot, ou encore pour une lettre afin d’épeler le mot quand on en ignore le signe. Plus, elle se sert aussi du mime selon le talent gestuel de celui qui parle : très imaginative, elle propose une expression corporelle élaborée, où le corps n’est pas figé. Pour raconter une histoire, le narrateur peut devenir acteur, se mettre dans la peau du personnage, et mimer l’événement à raconter plutôt qu’utiliser son lexique.

Mais les signes des sourds sont de vrais mots, et pas du mime : un spectacle de mime est accessible à tout public, un spectacle en langue des sourds ne le sera que pour ceux qui ont étudié la langue.
Mais pourquoi interdire un langage déjà utile aux entendants, donc encore plus nécessaire a priori pour les sourds ?

J’ai eu beaucoup de mal à rédiger la suite de cet article. La langue des signes était accusée de n’être pas subtile, pas précise, sans pouvoir d’abstraction, et surtout d’être incapable de parler de Dieu. Tous ces arguments étaient émis par des personnes qui en ignoraient totalement la réalité, sa capacité à exprimer toutes les nuances, toutes les abstractions. L’interdiction de la langue des signes est la victoire de l’ignorance.
Parmi d’autres absurdités, on a aussi affirmé que se servir de son souffle éviterait les maladies respiratoires.
J’ai pourtant cherché, mais en toute honnêteté n’ai pas pu trouver autre chose que la haine judéo-chrétienne du corps, l’affirmation selon laquelle le langage des gestes ravale l’homme au rang de l’animal.
Voici ce qui s’est dit au congrès international pour l’amélioration du sort des sourds-muets à Milan en 1880, citation de Yves Delaporte : « Pour s’intégrer à l’humanité, les sourds-muets doivent renoncer à une gestualité qui les renvoie à l’animalité, et apprendre à parler.  De l’oralisme, Bébian avait pourtant donné, dès 1834, une amère définition : fonder l’éducation des sourds sur la parole, c’est “choisir directement la faculté qui leur manque pour principal instrument de leur instruction.” (…) La gestualité est coupable d’un autre crime, celui “d’exciter au plus haut degré les sens et de provoquer la passion ;” elle est “dangereuse pour les bonnes mœurs.” »

« Quoi, me direz-vous, il n’y a pas d’autre raison pour interdire la langue des signes ?
– Non, j’ai eu beau lire et relire avec toute l’attention possible, non seulement le livre cité plus haut, mais d’innombrables documents accessibles sur Internet, seules ces raisons stupides sont données. Et c’est ce qui est terrifiant.
– Terrifiant ! Voilà un bien grand mot !
– Je n’en ai pas trouvé d’assez grand ni d’assez gros pour faire passer mon message, dont le but est d’alarmer sur une situation, passée, et par malheur encore présente dans certaines têtes. »
En effet, l’interdiction de la langue des signes a plongé les sourds dans l’obscurité : une période d’ignorance et de malheur. On les a séparés les uns des autres pour les empêcher de se “contaminer”. J’ai lu le témoignage d’une femme qui s’est battue pendant cinq ans pour que sa fillette prononce enfin les mots “papa, maman”. On a expliqué aux parents que par amour pour leur enfant sourd, il leur fallait interdire la langue des signes qui favoriserait la paresse, et ne serait pas adaptée !
J’ai tenté plus haut de vous faire réfléchir à l’usage considérable que nous avons déjà, nous les entendants, d’un langage gestuel plus ou moins élaboré, alors que nous ne sommes pas privés de la parole.
Je vous suggère un effort sans doute plus difficile : imaginez-vous dans un monde de sourds, et incapable de comprendre le moindre mot que vous verriez exprimé par les mains voltigeant autour de vous. Imaginez l’isolement dans lequel vous vous trouveriez à ne même pas pouvoir exprimer la plus petite demande (vous demandez l’heure et on vous propose à manger, vous demander votre chemin et on vous répond oui, tous les dialogues de sourds grâce auxquels les humoristes nous font tant rire, et qui auraient dès lors perdu tout attrait !).
Avez-vous réfléchi, en toute honnêteté ? Le sketch de l’humoriste dure quelques minutes, mais passer toute une vie dans cet isolement, cela ne vous paraît-il pas terrifiant ?
On dit souvent des sourds que ce sont des arriérés mentaux – en fait on les a enfoncés dans l’ignorance, et on a dénoncé ensuite celle-ci !
Depuis 1880, les promesses d’intégrer les sourds par l’oralisme (lecture labiale et paroles) ont massivement échoué. La langue des signes a perduré malgré l’interdiction, s’appauvrissant à l’occasion, mais si certains sourds ont réussi, comme Armand, c’est à la langue des signes qu’ils le doivent et pas à la méthode orale.

J’ai tout-à-fait conscience de n’avoir fait le tour ni du sujet, ni même de l’ouvrage d’Armand Pelletier et Yves Delaporte.
Le débat sur la pose d’implants cochléaires, seule réponse de la médecine, à laquelle les sourd sont souvent hostiles, et qui en satisfait certains, est impossible à trancher, mais si vous êtes concernés… méfiance !
La langue des signes devrait n’être qu’une étape pour intégrer le monde des sourds, démarche indispensable si l’on ne veut pas vivre seul, mais l’oralisme, comme “deuxième langue”, est nécessaire pour accéder au monde des entendants. Cet apprentissage est cependant trop difficile pour certains.
Ce sont les sourds qui doivent s’approprier, se réapproprier la langue des signes, ce sont eux qui doivent la faire évoluer.
Et puisque ce peuple et sa culture ont été opprimés, je n’hésite plus, je prends partie pour eux, pour les opprimés, ce qui veut dire une grande méfiance à l’égard d’entendants qui s’exprimeraient à leur place – ce qui n’est pas le cas pour Yves Delaporte !
Pour conclure, j’ai le plaisir de m’identifier aux “quelques-uns” évoqués ci-dessous par Yves Delaporte quand il parle d’Armand :
« Sa colère se tempère d’un espoir : qu’après avoir lu son témoignage, quelques-uns de ceux qui entendent et qui parlent porteront peut-être sur les sourds un regard différent. Comment l’ethnologue pourrait-il souhaiter autre chose ? »

Complément d’infos – Je tenterai de répondre en commentaires à d’éventuelles questions, surtout des recherches d’adresse internet. Je ne saurais trop vous inciter à lire “Moi Armand né sourd et muet…” édité par plusieurs maisons, et à vous balader sur les liens innombrables que vous trouverez en choisissant comme clé “la langue des signes” sur un moteur de recherche, ou en tapant des noms de chercheurs tels Christian Cuxac, Harlan Lane ou François-Xavier Nève.
La polémique fait rage autour des implants cochléaires, je vous laisse chercher les “pour” et les “contre”.
Mais je cède au plaisir de vous parler de l’apprentissage de la langue des signes pour les bébés, même quand ils ne sont pas sourds. Parmi d’autres, « Signer avec bébé » ou encore « le langage des signes pour les bébés« . Dès qu’il a quelques mois, bien avant de pouvoir parler, votre bébé pourra s’exprimer par signes.

48 Comments so far...

François Says:

13 janvier 2011 at 21:37.

Très intéressant. Quelle est la situation actuelle? Tu parles souvent de 1880. Le langage des signes est-il toujours interdit? Dans quels endroits: les écoles ou les institutions spécialisées?

Pascaline Says:

13 janvier 2011 at 22:12.

Voilà LA bonne question parmi les milliers de bonnes questions que j’ai éliminées faute de place !

Sur
http://www.tendancesourd.com/
a été posté le 7 janvier un court-métrage montrant des enfants, sourds et entendants confondus, « signant » tous, càd parlant la langue des signes. Un adulte sourd répète en permanence les paroles de l’institutrice… et fait allusion, la classe finie, à la dureté de l’existence que lui a menée…

Les commentaires sont assez nombreux et immédiats, mais il n’y a pas assez d’école comme celle-ci.

A Lyon, dans une école spécialisée, une enseignante sourde de naissance se bat : l’an dernier, elle avait statut d’AVS (intervenante, mais en présence d’un enseignant), cette année, elle est enseignante à part entière : les enfants et les parents lui font confiance, dit-elle, ne manque plus que l’administration !

Et l’éducation nationale traîne les pieds. J’ai eu des dates très différentes quant à celle où la langue des signes a été légalement autorisée à nouveau chez nous. Armand parle de « réveil sourd » autour de 1975.

Il se passe partout en France une foule de choses, les sites et blogs sont innombrables, on y apprend l’historique, ou plein d’autres choses…

Mais il me semble que les sourds restent EXTREMEMENT vigilants, et ils ont bien raison !

Lavande Says:

13 janvier 2011 at 23:32.

J’avais eu le même choc que toi en lisant le livre de Emmanuelle Laborit, « le cri de la mouette » que je recommande vivement. E. Laborit est une excellente comédienne sourde-muette. Elle a joué entre autre dans « les enfants du silence » au cinéma et au théâtre; elle a eu un Molière de la révélation théâtrale . Elle est directrice de l’International visual theater. Cherchez des photos et videos sur Google: elle est ravissante!
A Grenoble pour beaucoup de manifestations importantes il y a un traducteur (deux même en général) en langue des signes.
Par ailleurs certains spectacles de théâtre, au palais de Chaillot et à la MC2 sont adaptés pour être suivis par des sourds et des aveugles. Les sourds ont un petit pupitre avec le texte qui défile. Les aveugles ont une oreillette et dans les « trous » du dialogue on leur décrit ce qui se passe sur scène. C’était le cas par ex du spectacle qu’on a vu hier: « Lulu » de Wedekind (très bon spectacle par ailleurs).

Pascaline Says:

14 janvier 2011 at 13:49.

Aaaaah !… Emmanuelle Laborit !…

Au sujet de son film, « les enfants du silence », Yves Delaporte déclarait qu’à partir de 1993, le public a perçu « la présence d’un autre monde en son sein. » L’attitude des entendants a été favorablement influencé par ce célèbre film.

Les commentaires faits autour de son livre, sur

http://www.amazon.fr/product-reviews/2266128469/ref=dp_top_cm_cr_acr_txt?ie=UTF8&showViewpoints=1

sont à lire eux aussi.

Tout ce que tu signales, Lavande, est très positif. Mais n’oublions pas que si mes informations sont justes, beaucoup d’enfants sourds n’ont toujours pas accès à la langue des signes.

Armand regrettait déjà, quand lui-même l’enseignait à des entendants, de ne pas s’adresser à des sourds.

Yves Delaporte Says:

15 janvier 2011 at 20:01.

Bonjour Pascaline,
Eh bien, il n’y a pas de plus grand plaisir pour un auteur que de voir qu’il a de bons lecteurs… ça le convainc qu’il n’a pas tout à fait perdu son temps. Je me permets d’intervenir ici pour apporter quelques minimes corrections sur des points de détail :
– le tableau Les nombres montre le système de numération des sourds américains, pas celui des sourds français, qui est assez différent.
– le signe REFUSER ne se fait pas avec l’index et le pouce en boucle, mais au moyen d’une pichenette, le majeur glissant sur le pouce.
– on ne peut pas dire que la langue des signes […] utilise un geste pour un mot. Si c’était le cas, ce ne serait pas une vraie langue mais un simple transcodage du français. Beaucoup de signes ne peuvent pas se traduire par un seul mot. Par exemple,
ourriture intellectuelle, que vous citez, se dit en un seul signe, le signe NOURRITURE dirigé vers le front.
Cordialement, YD

Pascaline Says:

15 janvier 2011 at 20:26.

Merci pour ces corrections, il me manque en effet encore beaucoup de connaissances !

Quand j’ai lu votre livre, je ne savais pas, au départ, comment vous joindre, vous ou Armand, et même si c’était possible.

Mais voilà que vous existez « en vrai », cela me procure un immense plaisir. La feuille charbinoise est toute fière de vous compter parmi ses lecteurs !

Cordialement

Pascaline

PELLETIER Says:

16 janvier 2011 at 20:12.

Armand PELLETEIR

Je suis heureux de vous avoir découvert la culture sourde et connu ma vie vécue
Je vous remercie tous

PELLETIER Says:

16 janvier 2011 at 20:13.

je suis heureux de vous avoir découvert la culture sourde et connu ma vie vécue
Je vous remercie tous

Pascaline Says:

16 janvier 2011 at 20:31.

Merci Armand !

Un message de Yves, puis de vous, dans ma boîte au lettre, c’est un trop grand plaisir !

J’ai entendu parler (par la très agréable secrétaire du CLSFB) de l’ouverture du musée de Louhans : j’ai hâte que cet événement ait lieu, j’aurai grand plaisir à le visiter…

Alors peut-être à bientôt ?

François Says:

17 janvier 2011 at 08:39.

Caly, merci pour les précisions. La situation semble effectivement s’être améliorée, mais elle est encore loin d’être satisfaisante. Le combat pour l’intégration des handicapés de tout genre sera probablement éternel, nous en savons quelque chose!

Pascaline Says:

17 janvier 2011 at 09:24.

Je pense tout-à-fait comme toi, que le combat pour l’intégration des handicapés sera éternel. Même si je ne suis que témoin et pas concernée directement. Tout ceux qui sont différents sont suspects aux yeux de certains…

Dis-moi, je n’arrive pas à t’écrire depuis ma BAL pesro, le problème serait-il de ton côté ?

François Says:

18 janvier 2011 at 21:39.

@Pascaline, oui, mon mail est en rade (pour faire simple). J’espère que ce sera bientôt rétabli. Je ne veux pas te donner une autre adresse publiquement, mais je t’envoie un mail depuis une autre messagerie.

Yvanne Says:

20 janvier 2011 at 01:29.

Trop mimi la dernière image « signe avec moi » !
Je ne connais pas particulièrement la langue des signes, mais je la considère comme une langue à part entière et quand tu proposes d’imaginer de se retrouver dans un monde de sourds, je fais le parallèle avec une langue étrangère.
Au sujet de la nuance signe / mot, en linguistique on parle généralement de signes (association d’une forme signifiante et et d’une forme sémantique) — ou d’unités lexicales à ce niveau — plutôt que de mots. De ce fait, entre langue des signes et langue orale, on peut distinguer des signes gestuels et des signes oraux (sans parler des signes écrits qui ne correspondent pas forcément à l’oral, si l’on pense aux idéogrammes du chinois).

Caly Says:

24 janvier 2011 at 11:03.

Oui, j’aime bien moi aussi cette bouille de bébé !

Pour s’imaginer dans un monde de sourds, le parallèle avec une langue étrangère me semble assez bon, mais à peine suffisant. La plupart d’entre nous sommes conditionnés par la fameuse trilogie sujet-verbe-complément, qui n’est même pas une réalité systématique dans la langue orale ! Or la langue des signes sort complètement de tous nos schémas, certainement une difficulté supplémentaire pour se l’approprier.

Une  »bonne » raison pour l’accuser de ne pas être une langue à part entière !

Une stupide allergie à la linguistique (due à la manière franc nulle dont on a tenté de me la faire approcher) m’empêche de te donner une réplique intelligente et savante au sujet de la nuance signe / mot !

Voici pour la langue.

Je te remercie de ton commentaire.

Je profite de ma présence ici pour saluer tous les sourds qui nous liraient : la chronique ci-dessus est maintenant référencée sur plusieurs sites, portails ou blogs, les concernant, preuve de leur dynamisme, et j’en suis bien contente. Que personne n’hésite à dire un petit bonjour, c’est toujours bien plaisant.

Yves Delaporte Says:

25 janvier 2011 at 07:51.

Petits compléments d’infos:
– Il n’existe PAS de film  »Les enfants du silence » avec Emmanuelle Laborit ! (ah, les faux souvenirs…). Le film qui a été diffusé sous ce titre en France est un film américain,  »Children of a lesser God » (textuellement  »Les enfants d’un dieu mineur », de Randa Haines, 1986) avec l’actrice sourde Marlee Matlin, qui ressemble d’ailleurs physiquement beaucoup à Emmanuelle. L’oeuvre française avec Emmanuelle est donc seulement une pièce de théâtre.
– Des lecteurs de la Feuille Charbinoise auront peut-être été étonnés de l’écriture des deux lignes envoyées par Armand Pelletier (ci-dessus). Il n’est donc pas inutile de rappeler que l’une des conséquences dramatiques de l’interdiction de la langue des signes pendant cent ans (en gros, 1880-années 1970) a été de plonger 80% des sourds-muets dans l’illettrisme. C’est bien pourquoi il a fallu la collaboration avec un ethnologue pour transmettre la parole d’Armand dans un livre.
– Les moines trappistes ne font pas  »voeu de silence » (erreur bien excusable puisqu’on la trouve partout). Le silence ne fait pas partie des voeux prononcés pour devenir moine. C’est une des règles qui gouvernent le fonctionnement des monastères (une sorte de règlement intérieur, si l’on veut). La langue des signes monastique, objet d’étude passionnant, est d’ailleurs quelque chose de légèrement hypocrite : la règle de silence, instaurée par saint Benoît, a pour but de ne pas détourner le moine de la pensée de Dieu. Or, avec leur langue des signes, les moines peuvent être  »bavards comme des sourds-muets », comme les autorités ecclésiastiques s’en sont souvent offusqué…
– Puis-je me permettre d’informer de deux de mes autres livres ?
 »Les sourds, c’est comme ça. Ethnologie de la surdimutité ». Maison des sciences de l’Homme, Paris, 2002. Si votre libraire prétend qu’il est épuisé, dites-lui que c’est un gros menteur ou un mauvais libraire :-) Ce livre dresse une carte du pays des sourds, le livre avec Armand ayant été en sondage en profondeur en un point de ce territoire.
 »Dictionnaire étymologique et historique de la langue des signes française. Origine et évolution de 1200 signes », Editions du Fox, 2007. Vendu seulement sur internet http://www.2-as.org
Confirmez-moi que vous n’avez pas le dico et j’aurai le plaisir de vous l’envoyer. C’est légèrement indiscret de dire ça publiquement, mais puisque votre messagerie est en panne…
Amitiés,
YD

Pascaline Says:

25 janvier 2011 at 17:51.

Merci, Yves, pour ces compléments bien nécessaires.

– Pour ce qui concerne Emmanuelle Laborit, je plaide non coupable ! Armand parle de la fierté des sourds lors de la remise du Molière à Emmanuelle \pour son rôle de Sarah dans Les Enfants du Silence\. J’ai vu le film de Randa Haines, sans doute à l’époque de sa sortie, et le faux souvenir s’est mis en place. Armand n’a tout simplement pas précisé qu’il s’agissait de la pièce de théâtre, fallait-il qu’il le fasse ?, toujours est-il qu’il n’est pour rien dans ma confusion.

– Pour ce qui concerne l’écriture d’Armand Pelletier, j’espère que les lecteurs n’y auront pas trouvé sujet de moquerie ou de mépris. J’ai pensé que cela illustrait bien le propos que j’ai tenu plus haut : on a enfoncé les sourds dans l’ignorance, et on a dénoncé celle-ci ! J’ai hésité aussi à supprimer un des deux messages d’Armand. Comme toute personne postant un commentaire sur \La Feuille Charbinoise\, il a eu à taper un code bizarroïde – que nous sommes contraints de maintenir pour éviter les spams – puis à cliquer sur \submit\. Nul n’est censé parler anglais, même pour un petit mot comme ça. Dans le doute, il a posté deux fois son commentaire.

On parle d’ailleurs aujourd’hui, mais il s’agit là d’un autre sujet, d’illectronisme, \néologisme qui transpose le concept d’illettrisme dans le domaine de l’information électronique\ (Wikipédia). Il n’y a pas que les sourds à avoir des difficultés dans la vie courante, et ça ne devrait pas s’arranger !

Je sais qu’Armand, malgré cette difficulté, a entrepris beaucoup de choses, et pas des moindres, dans son existence, ne se laissant pas décourager par ses difficultés spécifiques. Et finalement j’ai trouvé que c’était tout à son honneur de le laisser s’exprimer comme il l’a pu.

– Vous m’avez bien fait rire avec nos moines \bavards comme des sourds-muets\ ! C’est là que ma petite cervelle a fait tilt : je savais déjà que les sourds sont très bavards, et parler par signes chez les moines est un joli contournement de la règle du silence !

– Enfin, je vous remercie de parler de vos livres. J’estime que je ne mérite pas de recevoir votre dictionnaire, mais je suis super tentée, et je vais vous donner mon adresse en privé ! Avec toute ma reconnaissance. Ma messagerie en panne ? Bof, c’est ça l’informatique : parfois ça tombe en marche et dans ce cas-là, on m’a dit qu’il ne fallait plus rien toucher !

Amicalement
Pascaline

Catteau Sandy Says:

4 février 2011 at 10:31.

Bonjour, c’est avec un immense plaisir que je découvre votre blog aujourd’hui, et plus particulièrement cet article autour de la surdité.

François a posté le tout premier commentaire, et je vais tenter de l’éclairer un peu.

La langue des signe a été interdite dès 1880, puis reconnue en 1991 par la loi, et par décret en 2005.

On pourrait donc penser que nous sommes sauvés… Mais c’est loin d’être le cas! Si la loi reconnait bel et bien la LSF comme étant une langue à part entière, tout est fait sur le terrain pour que cette langue soit bannie de l’éducation des jeunes Sourds. C’est très pervers…

Si je me permets de dire cela, c’est parce que je vis cette situation au quotidien, mon fils étant Sourd profond. Je précise que je vis dans le Vaucluse, qui est un désert pour tout enfant Sourd… Pas d’accès à la LSF, pas de classe bilingue… Ici, l’oralisation à 100% a tous les pouvoirs.

Dès l’annonce de la surdité de mon fils, on m’a formellement déconseillé l’apprentissage de la LSF, tout autant que la fréquentation de personnes Sourdes. Il ne fallait surtout pas que mon fils s’identifie à eux!!! On m’a conseillé de suivre le chemin de la « réparation », qui passe par le tout-oral (rééducation phonatoire, lecture labiale) et bien sûr par la toute dernière technologie « miracle », l’implant cochléaire.

J’ai « désobéï »… Je me suis tournée vers les Sourds, et j’ai appris à connaître leur histoire, leur culture, tout en apprenant peu à peu leur langue. J’ai refusé, catégoriquement, l’implant… Et je peux vous assurer que je suis pointée du doigt! Et même pire encore.

Il est extrèmement difficile, voire impossible, de faire reconnaître mon droit qui est celui d’offrir à mon enfant une éducation bilingue. Ca peut paraître fou, car je trouve que ça l’est, mais c’est comme ça. De la MDPH, en passant par les services soit-disant spécialisés (mais en fait mis à part être spécialistes de la parole, ils sont totalement incompétents), sans oublier l’école, tous s’opposent à mon choix, et disent qu’ils assument.

Bref, je vous passe les détails, mais oui, la LSF est de fait, interdite… Encore aujourd’hui…

En tous cas, je continuerai à me battre pour mon enfant, et pour tous ses pairs, car il est tout à fait scandaleux de laisser faire ces bien-pensants qui massacrent l’identité et la santé mentale de nos enfants.

Mon fils est Sourd, c’est sa nature, c’est son identité, il a besoin de sa langue, la LSF, de ses pairs Sourds, et je ne laisserai personne nous mettre des bâtons dans les roues, même si j’avoue que cela me coûte beaucoup, en énergie notamment…

Quant au livre d’Armand Pelletier et de Yves Delaporte: excellent!

Je vous conseille aussi les ouvrages d’André Meynard, de Jean Dagron, ainsi que le tout dernier petit livre de Gérard Sanroma (l’amour au-delà du désert)… Toutes ces lectures m’ont ouvert les yeux, et le coeur. Je suis totalement amoureuse de la culture Sourde!

A visiter aussi pour les curieux: le blog « Sourds ou sourds » de Benoît Drion…

A très bientôt, et merci à Pascaline d’avoir abordé le sujet de la surdité!!! Il y a tant à dire, à écrire!

A très bientôt,

Sandy

Vella Catherine Says:

4 février 2011 at 11:06.

Pas un commentaire, juste notre histoire comme illustration d’aujourd’hui en France, en région parisienne ! ! ! !

Histoire d’amour

Le 18 octobre 2006 un petit soleil est né, Vincent, les yeux grands ouverts à l’affut du moindre mouvement. Nous étions heureux et émerveillé pas son regard déjà si profond, si petit, et il était si sage !
Les mois on passé, toujours les yeux grands ouverts, toujours sage. Quand il a eu 6 mois j’ai repris mon travail et il a été chez une assistante maternelle. Notre petit poussin était très précoce, debout très tôt mais pas de premier mots, du babillage étrange, des sons qui venaient souvent de la gorge. Les enfants du parc en bas de la maison nous disaient : « Elle est belle la chanson de Vincent, j’en ai jamais entendu de pareille. »
Chez l’assistante maternelle, la situation c’est dégradé peu à peu, elle se plaignait tout le temps : « Il ne m’écoute pas ! C’est une forte tête ! ».
Nous avons commencé à nous poser des questions lorsqu’il a eu 13 mois, toujours pas de mot et plus de babillage, plus rien que des sons de gorges toujours aussi étranges.
Nous demandions l’avis de l’assmat qui persistait « c’est une forte tête ».
Premier rendez-vous ORL, en ville, en février, Vincent avait 16 mois, « Tout Va Bien », bon !
Mais nous ne sommes pas convaincus, alors en mai visite dans un service ORL d’un grand hôpital parisien, 2è audiogramme :
Vincent est sur mes genoux, il regarde l’ORL droit dans les yeux et à chaque son, sans quitter la dame des yeux, il tourne la tête dans tous les sens pour s’arrêter sur le bon côté. Diagnostic, l »gère perte auditive mais rien de grave « Tout Va Bien ».
Mais la manière dont le test c’est passé me laisse perplexe !
Sur les conseils de mon médecin, nouveaux rendez-vous dans un autre hôpital parisien, après les vacances en septembre.
Ce jour là j’ai expliqué que Vincent ne régissait pas aux bruits, même forts, qu’il n’a même pas réagit lors du feu d’artifice du 14 juillet et qu’il ne parlait pas. Le grand spécialiste m’a expliqué en souriant : « ce n’est pas parce qu’il est sourd, juste parce que ces bruits là ne l’intéresse pas, et il n’a même pas 2 ans, il a le temps pour le langage, revenez quand même dans 6 mois, on fera le point » !
Consternation ! Etions-nous fous ? La nourrice avait elle raison, il était « méchant et refusait d’écouter » ?
On ne pouvait pas y croire ! Vincent c’est un soleil, un sourire, un éclat de rire, nous étions abattus !
Fin novembre 2008, Vincent a 2 ans et entre enfin en crèche, nous taisons nos soupçons. 15 jours après son arrivée nous sommes pris à part et la puéricultrice nous demande s’il est suivi pour ses problème d’audition . . . Enfin ! Enfin quelqu’un qui a constaté les mêmes choses que nous ! Nous lui expliquons les ORL et leurs diagnostics, elle nous soutient et propose de nous appuyer dans notre démarche.
En mars 2009, soit plus d’un an après la première visite chez un ORL, nouveau rendez-vous à l’hôpital.
Cette fois nous sommes plus ferme, il compense beaucoup, il est très observateur et extrêmement malin. L’ORL nous entend et la courbe de l’audiogramme descend très bas.
En mai, Vincent passe un PEA, après un nouvel audiogramme et différents autres testes, il est 14h30, nous sommes devant le bureau d’accueil du service ORL, la salle est vide et raisonne. L’ORL nous tend le carnet de santé « surdité profonde, appareillage et langue des signes, on se revoit dans 15 jours »…
Et nous sommes là, Vincent dans mes bras dort encore comme un petit ange fragile, cette salle vide me parait glaciale, il fait sombre, nous sommes abasourdis.
Pourtant, nous savions qu’il y avait un problème, 13 mois passés de rendez-vous en rendez-vous pour ce diagnostic qui claque comme un couperet dans ce hall trop vide. Il raisonne encore dans nos têtes « surdité profonde . . . on se revoit dans 15 jours, au revoir messieurs dame » !
Nous sommes rentré chez nous, sidérés et en larmes. Tout d’un coup une idée m’obsédait, je suis pianiste, d’une famille de musicien, comment partager avec Vincent ? Et tout de suite après j’ai eu l’impression de tomber dans un gouffre de question sans réponses.
> Vincent a une sœur et un frère beaucoup plus grands que lui, lorsqu’ils étaient bébés, Françoise Dolto vivait encore, nous habitions dans le 15è arrondissement de Paris et nous allions très souvent à la Maison Verte, et je peux dire que Dolto a beaucoup appris à la toute jeune maman que j’étais.
> Pour moi un bébé est une personne qui doit être respecté en tant que tel, il a droit à des paroles qui font sens au plus tôt. Donc j’ai toujours beaucoup parlé avec mes enfants, je leur lisais des histoires, la communication avait une place majeure entre nous.
> J’ai fait la même chose avec Vincent, et tout d’un coup le sol se dérobait sous mes pieds : maintenant que c’était sûr, diagnostiqué, il est sourd, comment vais-je faire pour communiquer avec lui ?
> J’étais pétrifié !
> Et personne à qui demander, aucun sourd autour de nous, juste un rendez-vous médical 15 jours plus tard.
> A ce moment-là, ce rendez-vous me semblait irréel, nous n’avions pas besoin d’un médecin, nous avions besoin de comprendre, de connaître, de recouvrer la parole que les mots du médecin dans le hall de l’hôpital avaient tarie. La surdité de Vincent nous a rendu muets et sidéré.
> C’était la panique, comment allions-nous lui dire tout ce qu’on dit à son bébé, lui expliquer le monde autour de lui, le consoler de ses gros chagrins d’enfant, lui transmettre nos valeurs, nos passions, comment le rassurer, comment lui apprendre tout ce que doit savoir un petit de 2 ans, comment va-t-il apprendre à lire et à écrire ? Comment ? Comment ?
> Premier réflexe, Internet, des nuits entières à tout lire sur la surdité. Mais si cela donne des informations, cela noie et accentue l’angoisse, beaucoup de possibilités et de choix mais comment les faire ces choix alors qu’on ne sait rien ?
> Très vite des mots, LSF, implant, LPC, bilingue, oralisation. . .
> Très vite des défenseurs de l’un ou de l’autre, mais nous, au milieu de tout cela ! Quel choix pour lui ? Quelles conséquences d’un mauvais choix ?
> Au secours !
> Premières réflexions, et une idée qui m‘obsède, j’aurais dû le savoir !
> Un souvenir :
> En juillet 2008, nous avons été à un anniversaire, il y avait de la musique et des spots lumineux qui accompagnaient les basses. Vincent dansait et s’amusait beaucoup.
> Décembre 2008, nous avons acheté des guirlandes lumineuses multicolores pour le sapin, heureux nous les allumons pour Vincent. Il est émerveillé et se met à danser, comme le jour de l’anniversaire !
> Ce jour-là je me suis assise et l’importance de la surdité m’a éclaté en peine figure, mais l’ORL avait dit tout va bien !
Au début : 6 semaines de folie

> Des rencontres
> Premiers reflex, j’ai fait appel à mon réseau de connaissance.
> J’ai envoyé une bouteille à la mer, à la recherche d’autres parents d’enfants sourds, 1 naissance sur 800, Vincent ne devait pas être le seul enfant sourd dans notre ville ou dans le 93 !
> Alors le hasard c’est mêlé à l’affaire !
> Deux amies dans le monde des sourds, et tout de suite elles sont venues nous aider, nous expliquer des choses essentielles et si simples, elles nous ont porté des livres et des articles, et mis en contact avec d’autres personnes, des parents.
> Donc ces deux premières semaines après l’annonce, beaucoup de lectures et chacune engendraient de nouvelles questions.
> Et Vincent ?
> Lui ne comprenait sans doute rien, tout d’un coup nous ne parlions plus autant, nous pleurions beaucoup, nous lisions énormément, nous étions devenus muets et tristes, il a été perturbé. Encore une chance, une émission à la télévision venait de passer, sur France 5. Tous nos amis nous en avaient parlé, nous l’avions téléchargé, mais il a fallu quelques temps avant que nous ayons le courage de la regarder.
> Là, une ravissante jeune femme sourde racontait son enfance et ce choc que ses parents avaient vécu comme nous et relatait la rupture. Cela a fait l’effet pour nous d’un électrochoc, et je suis allé voir Vincent qui dormait pour lui murmurer sur la joue combien je l’aimais.
> Nous avons découvert, grâce à cette émission et à nos amies, à la fois une solution et un deuxième sujet d’angoisse, la Langue des Signes. Une vraie langue, parlée par des hommes et des femmes qui sont heureux et bien dans leur peau, une langue d’échange et de création artistique.
> Merveille de voir le visage de Vincent la première fois que l’une de mes amies signantes est venue avec moi le chercher à la crèche. Il ne la connaissait pas, il l’a regardé, son visage s’est illuminé et il lui a sauté dans les bras et fait un énorme câlin !
> Mais voilà, la langue des Signes est une langue et nous, nous ne la connaissions pas ! Comment faire !
> Les stages, oui mais quand ? Nous travaillons et nous avons déjà utilisé nos jours d’absence pour les examens médicaux !
> Et comment les financer ?
> C’était terriblement frustrant, la solution était là toute proche, mais nous semblait inaccessible !
> Et là, aucun accompagnement de professionnels qui rassurent et expliquent.
> Le rendez-vous avec l’ORL, très technique, nous découvrons la liste des examens complémentaires, au cas où handicap associé ! Nouveau choc !
> Des nouveaux termes, des nouvelles notions, beaucoup d’informations et de lectures, nous sommes noyés !
> Comment s’y retrouver ?
> Ordonnance pour les appareillages, dossier Handicap, diverses ordonnances. . .
> HANDICAP
> Mot terrible ! Insupportable ! Je regarde Vincent jouer et vivre, heureux et souriant, ce mot ne lui va pas du tout, ce n’est pas vrai, il se débrouille, il est malin et inventif, je refuse qu’on l’appelle Handicapé.
> C’est impossible comme qualificatif !
> Le dossier vert de la MDPH, l’horreur à remplir !
> Et là, benoîtement, on vous demande le projet de vie de l’enfant ! ! ! ! !
> Je regarde Vincent, du haut de ses 32 mois, son projet de vie . . . Comment répondre à cela !
> Après ce premier rendez-vous médical, fin mai, un tourbillon se déclenche, de rendez-vous en rendez-vous, le mois de juin défile.
> Nouveau choc, diagnostic d’une cardiopathie par une cardiologue terrifiée par la surdité.
> Elle pose trois fois la question ; « il est sourd ? Il ne m’entend pas ? »
> Et à partir de là, elle ne regarde plus Vincent, ne lui parle plus, elle le traite comme un petit animal qu’elle manipule avec peu de précautions. Nous annonce le problème sans ménagement, l’horreur absolue !
> Au milieu de cet enfer médical, une lumière, la prothésiste !
> Enfin un humain !
> Enfin nous sommes des parents et il est un individu à part entière ! Enfin quelqu’un de professionnel nous explique, nous rassure, nous accompagne ! 6 semaines après le PEA, nous sortons d’un rendez-vous l’esprit serein ! Il était temps !
APPRENTIS PARENTS
Donc nous voilà fin juin, l’hôpital nous a dirigé vers un CAMSP, nous ne savons pas ce que c’est exactement, on nous a dit que nous y serions pris en charge, soit !
Vincent va avoir 3 ans en octobre, il doit donc rentrer à l’école, mais où ? A cette époque de l’année, seule possibilité, l’école du quartier.
Encore des rendez-vous pour avoir accès à ce choix qui nous est imposé par la date.
Là un médecin scolaire qui nous explique qu’appareillage et cantine sont incompatibles, nous apprendrons, bien plus tard, que c’est inexact mais doit certainement correspondre à une ignorance de ce médecin ! Mais il faudra une bataille pour cela aussi, apporter la preuve que Vincent peut aller à la cantine !
Début Juillet, premier rendez-vous au CAMSP, le personnel est tout sourire, nous écoute, nous dit comprendre notre besoin de LSF et l’urgence de donner une langue à notre enfant, mais ce sont les vacances scolaire, donc la prise en charge ne débutera qu’en septembre (4 mois après le PEA . . .), solitude, encore solitude !
Fin juillet, rendez-vous chez la psychologue de l’hôpital qui nous explique que nous devons faire le deuil de notre enfant rêvé et qu’avec la surdité il vaut mieux voir l’avenir de Vincent au jour le jour, sans faire de projet à long terme. . .
Tous ces professionnels nous ont- ils aidé, NON. Seule aide réelle, le personnel de la crèche où est Vincent qui n’est pas formé à la surdité mais avec qui nous avançons main dans la main et pas à pas.
Alors comment reprendre pieds ? Déjà grâce à la psychologue de la crèche qui nous redonne confiance en nous ce qui nous permet de chercher des solutions par nous-mêmes
Une idée directrice : suivre notre instinct de parents
– Un cahier de vie en image, en photos où nous avons placé tous les lieux familiers les photos de tous les membres de la famille, des planches qui expliquent en image où nous allons aller, les événements, les fêtes et qui ensuite constituent un reportage de ces moments. Une vraie avancée, nous pouvons enfin aider Vincent à anticiper, et en nous montrant les photos à nous exprimer ses envies, « pas la crèche, je veux aller faire du poney ».
– Et un grand merci aux sites qui vendent en ligne les ouvrages et DVD d’apprentissage de la LSF ; les animaux signés et mimés par des comédiens sourds, premier best seller DVD de Vincent en LSF ; les dictionnaires pour les bébés, les posters, les cartes, les livres. Un budget conséquent mais nous pouvons commencer à signer des mots, peu à peu, dans l’attente de pouvoir prendre des cours !
– Mais les moments décisifs ont été les rencontres avec des adultes sourds, leurs témoignages, leurs conseils. Cela a été essentiel pour pouvoir nous projeter vers l’avenir ! Cela nous a été essentiel pour réaliser le quotidien d’un enfant sourd et les frustrations que peuvent engendrer des « détails » de la vie quotidienne.
Ce mois d’août a été l’occasion de nous retrouver tous les trois. Pendant ces vacances, notre obsession : communiquer avec lui, par tous les moyens, de toutes les manières possibles à son âge. L’appareil photo devient le compagnon de tous les instants, les instants de partage avec notre petit prince se multiplient et s’enrichissent, mais ce ne sont que de maladroites tentatives, guidées par nos amies qui pratiquent la LSF.
A notre petit homme
> Une certitude, tu es un soleil, une lumière qui déborde d’énergie et de vie, curieux et malin, tu nous étonne tous les jours !
> Toi, petit soleil qui es tu pour tous ces adultes qui t’entourent désormais ?
> Tu as un grand frère et une grande sœur, tous les deux ils entendent. Lorsqu’ils étaient bébé j’allais souvent avec eux à la « maison Verte » de Françoise Dolto, là, toute jeune maman, j’ai appris à leur parler, à leur expliquer, des grandes choses et des petits riens, qu’il fait beau et que nous allons voir les cygnes sur le lac, que mamie va venir nous voir ou que je suis fatiguée et que je viendrais jouer plus tard . . . Bref tout ce qui fait la vie avec ses petites joies, ses grands bonheurs, ses tristesses et ses espoirs !
> Ton frère et ta sœur ne comprenaient sans doute pas tout de suite tous les mots, bien loin de là, mais, peu à peu, les mots prenaient sens, ils se sentaient aussi exister en tant que personne, considérés et respectés.
> La pédopsychiatrie a fait des progrès considérables, les ouvrages sont des succès de librairies.
> Tout un chacun se préoccupe du bien-être des enfants, des rythmes de la semaine, les ouvrages de littératures jeunesses traitent sous forme ludique et colorée de tous les problèmes que peuvent rencontrer les enfants.
> Alors, naturellement, ton frère et ta sœur ont bénéficié de tout cela.
> Et là, tous les adultes autour de toi, eux ont l’air de se moquer de tout cela.
> Tu as 3 ans mais tu dois être sage, regarder, rester attentif et coopérer !
> Mais toi tu as envie de courir, de grimper, de jouer, d’aller au manège, bref de vivre la vie d’un petit de 3 ans !
> Ils sont fous ces adultes, non ?
> Ils font la liste de ce que tu ne peux pas faire, mais personne n’a l’idée de faire celles bien plus longue de ce que tu sais faire ! Nous avons dû repenser toute la sécurité de la maison tant ton sens de l’observation et ton envie de faire tout seul comme un grand est importante !
> Pas de chance pour certain, tu ne fais pas parti de la catégorie perroquet petit singe qui répète gentiment ce qu’on lui demande de faire.
> Au contraire, j’adore ton regard plein de rire quand tu regardes la bonne réponse et que tu nargues l’adulte en face en répondant de travers !
> Et puis tous ces adultes veulent te faire répondre à des bruits étranges, rien à voir avec la réalité, il y a des jours où tu participes un peu à ces jeux, d’autres non, dois-je t’en vouloir ?
> Nous rêvons que l’on nous parle de ton éducation, de comment aborder la lecture et l’écriture avec toi, comment t’expliquer Noël et tout ce qui est important quand on a 3 ans, au lieu de cela on nous parle de technique médicale.
> Montre-nous le chemin petit homme, celui que tu veux prendre toi, ensemble nous essaierons de t’aider. Ensemble nous construisons les fondations de l’adulte que tu seras demain.
> Peu à peu tu créé les liens de communication, tu répètes les signes que l’on fait, comme ton frère et ta sœur répétaient les mots qu’on leur disait ou qu’ils entendaient. Tu comprends ce qu’on te signe, avec nos signes maladroit mais pleins de notre amour et de notre volonté d’y arriver, de faire passer le message.
> Tu commences à parler par tes signes, des toutes petites phrases, de simples mots mais c’est fabuleux !
> Nous regardons maintenant ensemble les dessins animées, nous les commentons ou tu nous raconte ce que tu vois.
> Tu sais, c’est génial ! Nous sommes fiers de toi !
29 mai 2009 / 29 mai 2010
> Un an, cela fera un an demain que l’ORL de Trousseau à posé le diagnostic de surdité profonde pour Vincent.
> Un an
> De douleurs
> De colères
> De grands étonnements
> De joies
> D’espoir
>
> Après le choc et la douleur de l’annonce ce qui est le plus révoltant reste les professionnels de la profession.
> Ceux qui savent.
> On m’avait dit ce 29 mai 2009, vous avez de la chance que Vincent soit né après la loi du 11 février 2005.
> De la chance . . .
> Nous avons surtout eu de la chance d’avoir un réseau solide et efficace et une volonté de se battre par amour pour Vincent !
> Nous avons surtout eu de la chance d’avoir comme petit garçon une petite lumière !
>
> Quel paradoxe avons-nous découvert !
> Les programmes en LSF réservés à la télé pour les enfants entendants.
> L’Education Nationale qui prévoit les études supérieures des jeunes sourds mais oublie totalement qu’avant d’obtenir son bac il y a quelques petites années d’études et quelques compétences à acquérir !
> Combien d’administrations rencontrées qui n’avaient pas pensé qu’ils pouvaient y avoir des sourds dans leur bibliothèque, dans leur centre de loisir, dans leur cantine, dans leur spectacle ou leur hôpital (hors service ORL) !
> Même la commission handicap de ma ville n’est pas adaptée, ni aux sourds, ni aux malentendants !
> Notre société de bien entendant oublie facilement les sourds pour tout, tout le temps !
> La santé, l’école, les loisirs, et ne parlons pas de la vie citoyenne . . .
> Nous avons rencontré des sourds et des sourdes géniaux, intelligents, talentueux mais qui malgré tout souffrent de la discrimination dans leur vie professionnelle du fait de leur surdité !
> Pourquoi ?
> C’est si difficile de regarder l’autre comme il est ? Comme un être à part entière quand il est différent ?
> Cette langue des signes, pourquoi fait-elle si peur au bien entendants ?
>
> Pourquoi un sourd n’a pas les mêmes droits que les bien entendants ?
> La déclaration des droits de l’homme et celle des droits de l’enfant sont ils des textes fait vraiment pour toutes et tous ?
> La loi de 2005 donne aux enfants le droit à une scolarité prêt de chez lui, et à une communication bilingue Langue des Signes Française-français, si tel est le choix des parents. La LSF est d’ailleurs reconnue par cette loi comme une langue à part entière.
> Mais la loi n’est pas un acquis, il faut se battre sans relâche pour la faire appliquer. Et tous les parents n’en n’ont pas nécessairement la force, ou un réseau…
> Demain, face aux études ou à l’emploi, quelles seront les chances de Vincent ?
> Mais, ces « un an » nous ont aussi donné la plus merveilleuse des joies, la parole signée de notre fils.
> Désormais, depuis peu, il commente tout, pose des questions nous raconte ce qu’il a fait ou les histoires qu’il a vu du haut de ses 3 ans et demi.
>
>
> Ce week-end, dans le petit port de pêche normand où vivent ses grands parents, nous regardions les bateaux dans le port, je ne sais quoi ridait doucement l’eau calme de cette soirée chaude. Vincent nous a demandé pourquoi cette eau bougeait, à contesté ma réponse stupide sur un vent qu’il n’y avait pas et nous a expliqué que c’était les crocodiles qui étaient sous l’eau et qu’il fallait faire attention ! Je crois qu’on va arrêter les documentaires animaliers !
> Merci à la vie de ce merveilleux cadeau, et à la force de vie de Vincent. Et merci à Morgane et Catherine qui nous ont fait découvrir la LSF.
> Je sais que la bataille ne fait que commencer mais la parole signée de Vincent décuple nos forces !
> Et l’année prochaine, l’école des deux parcs à Champs Sur Marne, école bilingue, enfin !
Entre le rire et les larmes

Le drame de la surdité, s’il y en a un, c’est la rupture familiale, rupture avec les proches, soit parce qu’ils ont peur, soit parce qu’ils n’ont pas ou ne veulent pas avoir accès à la LSF.
Dans notre famille, les grands parents ont très mal vécus l’annonce et le déni de surdité dure encore, 16 mois après. Dans la famille de son papa, il est un fantôme, personne ne lui parle, on se contente de lui sourire parfois !
6 mois de guerre incessante avec ma maman, elle était si proche de Vincent et a souffert le martyr à l’annonce de la surdité !
Elle l’exprimait par des phrases terrifiantes qui la faisaient souffrir, elle se sentait si mal !
«Il doit faire un effort, il ne va quand même pas parler la langue des singes … » Elle lui hurlait dans les oreilles, lui achetait plein de musique qu’elle mettait très très fort, elle était désespérée !
Il faut dire que nous sommes une famille de musicien, moi pianiste, mon frère percussionniste, mon premier mari trompettiste, ma fille harpiste . . . Dans notre famille le lien c’est la musique, alors là tout s’écroulait pour elle !
Elle pensait qu’elle, il l’entendait, qu’il n’y avait qu’elle qu’il entendait. Elle a bien essayé d’apprendre la LSF, en achetant un livre à la Fnac mais sa mémoire était défaillante, c’était trop difficile !
Et puis elle a constaté qu’avec la LSF il commençait à parler, à s’exprimer, à dire de petites choses.
Elle rêvait de l’entendre parler mais admettait que seule la LSF donnait la parole à Vincent !
Elle s’était informée à Necker lors de l’opération cardiaque de Vincent auprès des chirurgiens et des anesthésistes et était contre l’implant, là-dessus nous étions d’accord.
Mais cette surdité l’handicapait à elle, incapable d’accéder à la langue de son amour sourd !
Alors elle est tombée malade, très gravement malade et malgré tout elle a voulu m’épauler dans mon combat pour l’éducation de Vincent, mourante elle a voulu que nous allions à l’université d’été de
2LPE et a attendu notre retour pour s’éteindre, non sans avoir demandé une dernière fois comment allait son petit soleil !
La LSF nous a permis de tout de suite expliquer à Vincent que sa mamie était morte, et du haut de ses 3 ans et demi il l’a compris. En octobre, face à une photo de sa grand-mère, la LSF lui a permis de nous dire qu’elle était morte et qu’il était triste. La LSF lui a permis de nous demander si c’est parce qu’elle était tombé de très haut ou qu’une voiture l’avait tapé fort ! Ce jour là j’ai ri et pleuré à la fois, pleuré car nous partagions un moment douloureux qu’il comprenait et j’ai ri car mon petit bonhomme de 4 ans pouvait s’exprimer, dire sa douleur, poser une question essentielle pour lui.
Larmes de douleur face à l’absence de cette maman qui était si proche de nous.
Joie profonde des 3 mois de classe bilingue de Vincent, il change énormément ! Apprend, apprend !
Il a des copains, une nouvelle famille, celle des sourds.
Ce n’est pas facile, il est resté 3 ans et demi seul sourd de son univers, développant son propre mode de communication avec peu d’accès à une langue, mais il rattrape le temps, tout doucement il récupère le retard !
Ne pas accompagner les familles à l’annonce de la surdité est criminel !
Laissez les gens seuls face aux médecins qui ne parlent que de réparation ou de technique médicale alors que ce dont nous avons besoin c’est de parler d’éducation, de langue de développement de notre enfant.
Des mois de réflexion seul face à son ordinateur où l’on trouve tout et son contraire, notre famille en a été profondément bouleversée mais le sourire et nos certitudes sur ses compétences nous ont poussés vers l’avenir. Qu’en sera-t-il pour les 800 familles de nourrissons à qui cela arrivera chaque année en France, alors qu’ils ne savent encore rien de leur bébé, ils ne verront en lui qu’une oreille cassée ?

Pascaline Says:

4 février 2011 at 12:06.

Merci Sandy pour ta rapide réaction !

Je me permets d’ajouter ici le lien sur lequel tu détailles longuement ce que tu dénonces ci-dessus.

http://www.tendancesourd.com/qui-a-dit-mon-fils-a-droit-detre-sourd/

Dans cet article, tu écris, je te cite :

« Même implanté, un enfant a besoin de la langue des signes.

 Rendre l’apprentissage de la langue des signes impossible aux enfants Sourds est vraiment pervers. C’est monstrueux, et nous en verrons malheureusement rapidement les résultats catastrophiques.

 »

Je me permets une remarque : nous les voyons déjà, ces résultats catastrophiques ! Si j’ai pu parler d’une école où tous les enfants « signent », sourds ou entendants (j’ai parlé plus haut d’une vidéo postée le 7 janvier sur « tendancesourd »), et où le bonheur des petits sourds est flagrant, il en est d’autres, comme celle où va ton petit Maxence, où la surdité est tabou !

Il y a eu la catastrophe « d’avant », pendant l’interdiction, avec un pourcentage de sourds illettrés considérable, et maintenant que la langue des signes est autorisée à nouveau, il suffit de ne rien faire pour que la situation reste catastrophique. La langue s’est appauvrie pendant l’interdiction, elle a besoin de se reconstituer, de se répandre à nouveau.

L’autoriser sans moyen, c’est à peine l’autoriser ! Je rejoins ce que tu dis, cela correspond à une interdiction de fait.

Dans la vidéo, le monsieur sourd qui signe à mesure que l’enseignante parle, à vécu cette terrible situation. Armand, qui est à l’origine de cette chronique, déplore que sa scolarité n’ait servi qu’à oraliser dans un contexte interdisant la langue des signes.

Le terme d’ignorance revient souvent quand on parle de tout ce qui concerne les Sourds. Je parle de l’ignorance des entendants, ceux qui te considèrent comme une mauvaise mère, et contre lesquels tu dois te battre, médecins, enseignants, et autres sans doute ! Il ne s’agit pas de cruauté délibéré, mais je ne crains pas de dire que le résultat peut être le même !

Ce sont ces gens qui exigent l’isolement des sourds, pour qu’ils ne soient pas tentés par la langue des signes. Mais ont-ils seulement réfléchi que sans langue des signes, l’être humain est dans le plus total isolement, donc déshumanisé, même s’il est entouré de personnes qui lui apprennent à oraliser ?

Certaines pages du livre d’Armand et de Yves sont un vrai cauchemar : des camisoles de force ou encore des carcans en bois pour ligoter ces maudites mains et les empêcher de bouger ! Certes, il faut parfois faire souffrir une personne « pour son bien », je pense aux soins médicaux qui peuvent être douloureux. Mais à ceux qui en arrivent à concevoir et utiliser de tels instruments sans état d’âme, je n’accorde aucune excuse. Il s’agit d’une grave obstruction mentale.

Je cite Yves Delaporte :
« il y a eu en France, dans les années 1970, des écoles où l’on a interdit à des petites sourdes-muettes de bercer leur poupée. »

Snady, je crois que nous sommes sur le même point de vue. Tu as fort bien agi en ce qui concerne ton fils. Si plus tard il te demande pourquoi tu n’as pas fait telle chose, au moins ne pourra-t-il pas t’accuser de négligence.

Merci pour ta longue intervention, et merci pour toutes les références (livres, blog). Mais où vais-je trouver le temps !!!!

😉

Amitiés

Pascaline

Pascaline Chion Says:

4 février 2011 at 12:36.

Merci Catherine pour cette très longue et si belle histoire d’amour !

Alors que nous sommes nombreux à aspirer à la tranquillité, au confort, il en est parmi nous qui se font bousculer dans cette recherche !

La vie, mais on l’oublie, c’est forcément rempli de difficultés et de luttes. Notre vingt et unième siècle nous apporte du confort, mais aussi beaucoup de défis à relever, et des problèmes de plus en plus planétaires à gérer !

Je connais une famille où une fillette est née avec une pathologie très grave : elle avait besoin d’une greffe de foie !

Pour la maman, la vie a pris une autre valeur, et elle disait \nous sommes plus heureux que vous\, \vous\ désignant les autres, les sans histoires, les personnes en bonne santé.

Elle avait pris conscience de combien c’est fragile, la vie, et, au lieu de sa laisser abattre, elle savourait chaque jour qu’il était donné de vivre à sa petite.

Vous aussi, sans avoir rien demandé, vous voilà obligée de vous battre.

Je ne souhaite à personne d’être malheureux, pourtant il me semble que le malheur n’est pas toujours où l’on croit. Certes, trouver les bonnes adresses et faire les bons choix pour Vincent n’est pas facile, certes il vous faut vous rendre disponible, et vous vous heurtez au déni, à l’incompréhension.

Mais cette dure expérience ne vous a-t-elle pas davantage ouvert le coeur ?

Je rêve de voir le mouvement sourd s’affermir, se structurer. J’espère que peu à peu le nombre de personnes isolées diminuera, et qu’un jour, la naissance d’un enfant sourd ne sera pas un drame, mais une particularité comme une autre.

Je lirai à nouveau votre long récit. Chaque témoignage m’enrichit, et rien que pour cela je vous en suis reconnaissante.

En toute amitié

Pascaline

Catteau Sandy Says:

4 février 2011 at 13:04.

Merci beaucoup Pascaline…:))

Je sens que le sujet est loin d’être épuisé!!!

Puisque nous en sommes aux témoignages, je me permets de poster ici la réponse de Roger C, qui est papa de deux jumelles, dont l’une est Sourde…

« Bonjour Catherine,

Ton Histoire m’a mis les larmes aux yeux . La notre est beaucoup moins émouvante puisqu’on vivait au Cameroun avec nos deux jumelles qui y sont nées . La gemellité aidant, elles se sont fait un code de communication . Bien sur, nous nous rendions compte que Martine ne comprenait pas tout, mais sa soeur suppléait chaque fois . Dans leur classe de maternelle au Cameroun, elles avaient des appréciations très correctes .
Il y a trois ans, elles avaient donc cinq ans, je suis rentré en France pour des raisons médicales et parceque ma mère décédée avait fait un testament voulant me déshériter au profit de ma fille et de sa fille (oubliant également mon fils et ses deux filles)
Ces problèmes résolus, ma seconde épouse et nos deux jumelles sont venues me rejoindre . Donc, les jumelles ont commencé l’école au Pontet en janvier . Dès ce moment là, l’enseignante de maternelle s’est rendue compte que Martine avait un problème auditif et ça a été assez vite puisque mon généraliste m’a donné le nom d’un spécialiste ORL et que lui mème m’a conseillé de prendre contact avec le SSEFIS et m’a envoyé au centre hospitalier d’Avignon chez le médecin ORL spécialiste . De là, bien sur, un appareillage a été mis en place sur l’oreille droite, la seule qui réagit encore, la gauche étant totalement perdue .
C’est donc la troisième année qu’elle est appareillée et bien sur, il a été question de l’implant sur l’oreille gauche .
C’est là que je suis tombé sur une équipe sensée qui m’a très bien informé et sur un chirurgien spécialiste des implants correct qui m’a fait savoir que l’implant n’était pas recommandé vu que le nerf auditif n’avait pas fonctionné depuis huit ans, que pour le remettre en état il fallait environ deux ans et encore deux ans pour que l’enfant s’habitue aux nouveaux sons reçus et à l’effet stéréo entre les deux oreilles . Je le remercie de sa franchise et de son rôle hors de toute contrainte commerciale .
A l’école, Martine est complétement perdue malgré la présence d’une AVS durant 09 heures . Elle est placée en fond de classe car, je le comprend, la maîtresse ayant une classe chargée ne peut pas trop s’attarder sur une élève particulière .
Un seul bémol, en prenant de l’indépendance Martine se détache de l’aide continuelle que lui apportait sa soeur jumelle, ce qui crèe parfois une situation difficile à gérer car elles arrivent à se disputer et voire se battre, Hester, l’autre jumelle ayant toujours le réflexe de s’occuper de sa soeur et à devancer ses désirs . Ce qui n’empèche nullement de les voir un moment après l’une contre l’autre à se faire des calins .
Pour nous, la LSF est indispensable . Le déclic m’a été donné il y a quelques semaines par Martine qui me demandait de lui expliquer pourquoi les feuilles étaient tombées d’un arbre en une nuit . Allez expliquer à une fille de huit ans sourde que les feuilles tombent des arbres en automne et que l’action conjuguée du vent et de la pluie avait
accéléré cette chute et que c’est pour ça qu’il y avait un tas de feuilles à terre . J’ai réussi quand mème à lu expliquer en dessinant et en m’aidant de signes . Sa maîtresse du SSEFIS est venue le mercredi comme d’habitude et je lui ai raconté . Elle a signé l’explication en parlant et Martine a été contente et satisfaite . D’autres exemples du mème genre sont intervenu ensuite et c’est pour ca que je dit « Vive la langue des signes » qui ne gène en rien l’apprentissage oralisant, au contraire, elle permet de beaucoup mieux se comprendre et d’expliquer des faits ou des situations que l’enfant sourd, mème en apprentissage oralisant ne comprendrait pas .
Voilà, en résumé notre histoire . Je remercie Sandy de m’avoir fait prendre conscience que je n’était pas seul à me battre contre l’administration MDPH ET EDUCATION NATIONALE qui ne respectent pas les lois, et contre le commerce des implants ainsi que m’avoir fait parvenir ton histoire .
Cordialement
Roger »

Voilà! Bonne lecture à tous et à très bientôt!
Sandy

Pascaline Chion Says:

4 février 2011 at 13:54.

Roger a déclaré à propos du chirurgien :
 » Je le remercie de sa franchise et de son rôle hors de toute contrainte commerciale . »

Je tiens moi aussi à le remercier, d’autant plus que ce geste semble rare – toi, Sandy, on ne t’a proposé que « médicalisation » et « réparation » !

Je continue à lire tous vos commentaires avec le plus grand intérêt !

Pascaline

Magali Says:

4 février 2011 at 21:40.

Pascaline, une petite correction mais importante! A Lyon, il y a bien des classes bilingues, c’est à dire avec enseignement en et de langue des signes, mais ces classes sont implantées dans un groupe scolaire ordinaire!
Elles ont le statut de CLIS mais le programme est le programme de l’EN, il n’y a pas interruption pour l’orthophonie et les enfants suivent la même scolarité que n’imorte quel enfant : c’est juste la langue qui change.
Nous nous battons encore pour ça, rien n’est acquis!

Pascaline Says:

4 février 2011 at 22:41.

Mais où avais-je la tête ? J’ai sans doute voulu écrire « une classe spécialisée » et non « une école spécialisée » ! Enseignante (retraitée), je connais bien ces nuances.

Rien n’est acquis, c’est certain, mais vos petits écoliers ont plus de chance que Maxence, je reproduis ici ce que Sandy nous dit, plus haut sur ces pages :

« (…) tout est fait sur le terrain pour que cette langue soit bannie de l’éducation des jeunes Sourds. C’est très pervers…

Si je me permets de dire cela, c’est parce que je vis cette situation au quotidien, mon fils étant Sourd profond. Je précise que je vis dans le Vaucluse, qui est un désert pour tout enfant Sourd… Pas d’accès à la LSF, pas de classe bilingue… Ici, l’oralisation à 100% a tous les pouvoirs. »

Je pense que le rapprochement de ces situations devrait pouvoir participer à l’effort que font des gens comme Sandy pour faire bouger les choses. Mais aussi au combat de votre école, Magali.

Cette situation (CLIS intégrée dans un groupe scolaire ordinaire, et scolarité « ordinaire » aussi si je puis dire), devrait être la norme. Avec suffisamment d’enseignants pour que tous les enfants sourds aient accès à une scolarité normale.

Merci Magali et sans doute à bientôt

Pascaline

Catteau Sandy Says:

5 février 2011 at 08:27.

Oui Pascaline, ce devrait être la norme, ça parait tellement logique! Quant au financement, il suffit de comparer le prix d’un implant (26000€ sans compter la rééducation, etc…), et le prix d’un professeur spécialisé… Je suis convaincue que les raisons qui font qu’il n’y a pas beaucoup de classes bilingues (moins d’une dizaine en france) ne sont pas financières… Il y a selon moi un refus de soutenir l’éducation bilingue au bénéfice des implants et du tout-oral. Nier l’énorme lobbying qui reigne dans le suivi des enfants Sourds revient à mentir, tout simplement…

De même, on peut aussi penser que les jeunes Sourds d’aujourd’hui, vitimes de l’échec scolaire et social que nous leur imposons, coûteront bien plus cher à la société à l’âge adulte que si nous les accompagnions réellement dans leur parcours de vie, en commençant par l’éducation.

Je ne sais pas si tu es au courant Pascaline, mais il existe désormais ce que l’on appelle des PASS (Pôle Accompagnement Scolarisation Sourds), qui se mettent peu à peu en place dans les différentes Académies de notre pays.

C’est une structure qui crée pas mal de controverse, car bien que les enfants sourds soient regroupés entre eux (condition minimale pour que l’enfant soit avec ses pairs et développe vraiment des compétences langagières qui lui sont propres, tout comme au niveau de l’identité, et de l’intégration), la LSF n’y est que peu présente, et le français reste la priorité majeure. Pour plus d’info, je te conseille de lire le lien suivant:

http://dcalin.fr/textoff/sourds_2010.html

En fait, tout en « avançant », on recule, toujours un peu plus…
Je suis heureuse de pouvoir échanger avec des personnes ouvertes d’esprit… C’est toujours apaisant!

Sur ce, je vous souhaite à tous un excellent samedi!:))

Sandy

Pascaline Chion Says:

5 février 2011 at 09:05.

Bonjour du matin Sandy !

A partir du moment où des intérêts financiers sont en jeu…

Hélas, dès que l’argent pointe son nez, tout est faussé.

D’un point de vue capitaliste, il n’est pas certain que cela soit gênant, si les Sourds coûtent cher à la société (allez, je me mets à la majuscule aussi, comme désignant un peuple). En effet, du moment qu’il y a transaction, il y a de l’argent qui circule.

J’ai lu ou entendu récemment l’explication de ce principe qui fait froid dans le dos : si rien ne se produit (exemple : les voitures circulent normalement et chacun rentre chez soi), cela ne permet aucune transaction financière ! S’il y a accident, l’argent va circuler, en soins médicaux, en services funéraires, en réparation ou achat de nouvelles voitures… Je crois ne pas trahir le propos.

Nous apprenons à ne pas gaspiller, mais la société capitaliste ne fonctionne pas ainsi : si elle nous proposait des voitures un peu plus inusables, des ordinateurs capables de durer, de l’électroménager éternel, elle n’aurait plus assez à vendre, puisque les profits doivent s’accroître sans cesse.

Nous qui nous scandalisons des gaspillages, nous ne parlons pas le langage du capitalisme.

Quant au gâchis humain, hélas, ceci non plus n’est pas une forte motivation pour que nos politiques décident de faire changer les choses.

Je ne connaissais pas le PASS. Tu sais, mon ignorance est grande, et je vois qu’il y a tellement de choses à apprendre !

Oh oh ! Voici que Daniel Calin reparaît ! J’avais trouvé son blog lors d’une recherche sur internet. C’est un homme pour qui j’ai beaucoup d’estime. Si son blog reproduit les textes de lois, par exemple, eh bien les analyses qui en sont faites sont d’une grande finesse.

Je viens de faire un tour sur ce lien, et déjà j’y trouve des quantités d’informations.

Tu as raison, « tout en avançant on recule ». Mais où cela ira-t-il à terme ?

Je souhaite aux Sourds d’avoir de plus en plus de responsabilités, d’accéder aux postes où ils peuvent être entendus.

Stéphanie Jacob Says:

6 février 2011 at 10:04.

La langue des signes est reconnue dans une loi mais elle reste encore très minoritaire, tant par sa pratique en tant que langue d’enseignement que par sa reconnaissance par la population entendante. L’état a ouvert le CAPES LSF mais en parallèle, il permet à des personnes ayant le DCL LSF d’intervenir auprès des enfants. A chaque avancée, l’état recule de deux pas en créant des palliatifs…Sans le mouvement associatif, sans la conviction des militants, la langue des signes seraient encore aujourd’hui la langue d’handicapés! Merci aux associations, merci aux parents qui ont choisi la langue et non la surdité. Merci à tous pour vos posts qui éveillent les consciences.

Pascaline Chion Says:

6 février 2011 at 10:45.

Merci pour votre intervention, Stéphanie.

Il y a, je pense, dans la mentalité française, et aussi dans celle de beaucoup d’autres pays, une forte hiérarchie, à laquelle est attachée une exigence de «norme». Je veux dire que tout individu qui ne rentre pas dans la norme (quelle qu’elle soit), est considéré comme inférieur. N’oublions pas les marginaux, et parmi ceux-ci ceux qui ont fait le choix d’une existence en rupture, et ceux qui la subissent bien malgré eux.

La société ne supporte pas ces personnes «hors norme». Elle impose ses vues.

On ne doit plus dire «anormal» et c’est tant mieux, toujours est-il que le recours aux implants cochléaires est bien destiné à faire rentrer le Sourd dans la «norme» !

Je trouve que c’est une grande étroitesse d’esprit que de ne considérer les Sourds que comme des personnes «privées de».

J’étais moi-même dans la plus totale ignorance du monde sourd et de sa culture, que j’ai découverts par hasard. Mais point n’est besoin de grandes connaissances pour comprendre que la langue des signes est la première urgence, la première priorité !

Les Sourds ont subi un siècle et demi d’interdiction de leur langue, et j’espère quand même que cela explique ce que vous dites, le fait qu’elle reste minoritaire. Je compte bien sur tous les mouvements militants pour accélérer encore les choses.

Florence Guichard Says:

6 février 2011 at 11:31.

Bonjour à tous,

Je viens de découvrir votre site et suis ravie de lire tous ces témoignages et encore plus vos commentaires Pascaline…
Dommage que vous soyez partie à la retraite!!! Peut-être qu’avec votre ouverture d’esprit, vous auriez aider à monter un projet bilingue dans votre école.
Chaque ouverture de classe bilingue (que ce soit des CLIS, ou en immersion, type classes de Poitiers ou encore classes fermées comme à Toulouse) a pu voir le jour grâce à l’ouverture d’esprit d’un inspecteur académique, des professionnels d’une école, sans oublier la volonté inépuisable de parents (sourds et entendants) d’enfants sourds et de professionnels Sourds….

Connaissant un peu le sujet, depuis la loi 2005, l’EN a à sa charge la scolarisation des enfants sourds…Avant c’était les institutions. Le programme d’instruction était décidé par les institutions…sans que l’EN ait à poser un regard. Le tout financé par la Santé.

Aujourd’hui la nouvelle loi qui date de 6 ans n’a pas beaucoup fait avancer les choses….L’EN qui a dorénavant ce droit sur la scolarisation n’a pas plus de moyens qu’avant et pas plus de professionnels sourds non plus (combat qui a mon avis est le plus important aujourd’hui, car les professionnels sourds existent, ils sont là mais pour rentrer dans l’EN, il faut montrer pattes blanches et surtout rentrer dans une case qui n’existe pas, pas encore….).

Je suis allée à une journée d’étude du GERS samedi dernier…les barrières sont encore là!!
Les institutions qui pratiquaient l’oralisation hier, se disent maintenant « bilingue »….Alors que leur méthode ne change guère. Dès que l’enfant oralise, la LS « pi » institut n’existe plus et l’enfant est placé en intégration dans une classe (avec comme « aides » une orthophoniste qui sort l’enfant de la classe 4 fois par semaine et un professeur spécialisé rémunéré par l’institut, oui, oui!!! qui sort également l’enfant de la classe 3 fois par semaine). Je vous laisse imaginer ce qu’un enfant peut comprendre de tout ça. Bien évidemment il n’existe pas d’aide pendant la classe…Quant aux enfants qui n’oralisent pas, ils sont mis en CLIS dans une école publique ou dans les instituts avec des professionnels de l’institut.
Si un enfant oralise, il a le droit de rentrer à l’école de tous, à apprendre comme les autres, sans LS bien évidemment, isolé de ses pairs…S’il n’oralise pas, il reste avec ses pairs non oralisant et d’autres enfant qui ont des « troubles de la communication » (car les CLIS ouvertes et suivis par les instituts rentrent dans ce cadre là. Ces enfants justes sourds peuvent se retrouver avec des enfants aphasiques ou autres difficultés et entrent dasn un programme de rééducation pour 20 ans…avec un suivi médical par des professionnels de la Santé, des Éducateurs Spécialisés…Là encore je vous laisse imaginer comment ces enfants juste sourds peuvent se construire). N’est-ce pas discriminatoire?

Dans les années 80, des « expériences » de classe bilingue se sont ouvertes ici ou là grâce au militantisme d’une association nationale (2LPE: 2 langues pour une éducation) et à l’ouverture d’esprit d’inspecteurs d’académie. Certaines existent encore et sont la preuve que la LS dans l’éducation des enfants sourds est LA condition pour se construire, accéder aux savoirs et aborder une autre langue qu’est la français écrit. Malheureusement, cela reste des « expériences » car l’EN ne les reconnait que comme telle…aujourd’hui encore! Et la plupart des professionnels sourds qui y travaillent n’ont toujours pas de statut reconnu par l’EN (pas de statut d’enseignant, statut précaire…). Dans les instituts aussi, les Sourds qui commencent à y travailler n’ont toujours pas de statut sauf pour ceux qui ont réussi à obtenir le diplôme d’éducateur spécialisé…Difficile d’accéder aux études quand on vous empêche d’avoir une langue qui permet d’accéder aux savoirs.

Le serpent se mord la queue!!

Ces classes bilingues sont malheureusement très rares. Faute de pouvoir bénéficier d’une scolarité bilingue dans leur région pour leur(s) enfants(s), la plupart des familles déménage des 4 coins de France en laissant travail, proches et amis pour que leur enfant sourd est droit à une scolarité qu’offrent ces écoles bilingues. Un comble quand on dit que la scolarité est accessible à tous….
Ce n’est pas le choix éducatif des parents qui est difficile à prendre….C’est ce qui existe sur le terrain qui fait prendre aux parents telle ou telle choix. Alors peut-on parler d’un réel choix ?

A quand plus de moyens pour l’EN ? A quand plus de reconnaissance des professionnels sourds dans le monde de l’Education ? La LS a toujours existé et existera tant qu’il y aura des Sourds…Pourquoi s’évertuer à ne pas voir ce qui existe déjà ? Le déni est le plus dur combat qui puisse exister. Alors courage à tous ceux qui militent contre cela! Pensons aux enfants qui seront les futurs adultes de demain….

Pour finir, j’aimerai vous parler d’un auteur, André Meynard (psychanalyste, docteur en psychologie) qui a écrit plusieurs ouvrages. Le dernier « Surdité, l’urgence d’un autre regard. Pour un véritable accueil des enfants sourds » est écrit sous forme d’une lettre à une amie. Poignant par la réalité de jadis et d’aujourd’hui, il montre combien nous demeurons sourds à ce que ceux-ci pourraient nous enseigner, et en quoi l’accueil que notre société réserve aux Sourds est emblématique de notre rapport à l’altérité et de notre difficulté à vivre ensemble.

Merci à tous vos témoignages et à vos combats (car ce sont des combats) pour vos enfants.
Merci à toi Pascaline pour l’intérêt que tu portes aux Sourds, à cette minorité silencieuse. Soyons vigilent à ce qui va être mis en place avec le PASS.

Et bonne lecture pour ce dimanche!!

Arnaud B. Le Sourd Says:

6 février 2011 at 17:29.

Très beau article !

La Révolution Sourde passera par Internet au XXIéme siècle ! :-))

@C.Vella, je ne connaissais ton histoire que très partiellement et je la découvre entière ! J’étais très ému en la lisant ! Merci pour ton partage ! :-) Je regrette vraiment de ne pas t’avoir vu à Paris en Janvier !!!

@Sandy, épatant témoignage de Carré ! Dieu merci qu’il existe encore quelques ORL qui agissent hors du cadre commercial !… Mais malheureusement, pour un parent « épargné », combien qui sont captés par le miroir aux alouettes à propos de l’éducation oraliste avec ou sans appareillage auditif ?….. Franchement, je suis et reste admiratif par ta résistance aux pressions des « bien-pensants », dans le coin où tu vis !!!!

@A l’auteur du blog, bravo pour ton article. Il est épatant à lire ! Je me demande combien qui surfent sur ton blog. S’ils sont 100, ce seront 100 qui penseront à ton article quand ils sont mis en contact avec un Sourd, un parent d’enfant sourd ou quand ils parleront positivement à propos de la surdité, de la LSF, etc….. Alors, je dis bravo à toi et aux 100 lecteurs !!!!!!!! S’ils sont 1000, c’est encore mieux !!!!

Pour conclure, je vous offre un proverbe de mon invention:

« La normalité est la porte grand ouverte à l’intolérance et à l’eugénisme » (Arnaud Balard)

P.S : un peu de pub sur mon travail , si vous avez un compte Facebook, allez visiter ma page artistique « le surdisme par Arnaud Balard » !!!!! Ou cliquez directement sur mon lien !

rires ;-D

Pour recommander ton blog, je publierai ton article sur mon mur personnel, tout de suite !!!!

Mes mains tournoient en l’air = bravo, bravo ! :-))

Pascaline Chion Says:

6 février 2011 at 18:55.

Merci Florence pour ton intervention. J’ai publié quelques chroniques sur ce blog mais il n’y a jamais eu autant de commentaires. Je suis enchantée de voir que ce sujet qui me tient à coeur, mais depuis peu de temps, puisque je viens de le découvrir, peut faire venir du monde ici, permettant de partager des informations, des émotions.

C’est l’occasion pour moi de remercier toutes ces personnes qui sont intervenues, et celles qui risquent d’intervenir encore : je pense que ce qui se dit peut être utile aux Sourds, et j’en suis ravie !

Il y a eu un tournant dans ma carrière d’instit’ où j’aurais peut-être pu étudier la langue des signes, à l’époque où j’hésitais à devenir enseignante spécialisée. A la place, je suis retournée à l’école maternelle où je suis descendue, descendue, descendue jusqu’au plus petit âge possible, celui de la Petite Section, où l’on entre quand on a ses trois ans dans l’année civile correspondante…

Tu fais largement le tour de la problématique « éducation nationale », et j’ai un peu froid dans le dos, là ! Je pense que les CLIS (CLasse d’Intégraction Scolaire) peuvent être la meilleure ou la pire des choses, selon si on regroupe les Sourds, par exemple. Mais s’il s’agit de regrouper des psychotiques, je crains que l’ambiance de classe ne corresponde pas à ce qu’on est en droit d’attendre pour son enfant (je ne jette pas la pierre aux courageux enseignants qui affrontent des situations parfois infernales).

Tu confirmes le fait que les choses ne s’arrangent que si des militants interviennent, la législation éducation nationale ne suffit pas.

Je tiens, après toi, à souligner, car cela me paraît, à moi aussi, un enjeu d’une très grande importance, qu’IL FAUT DES ENSEIGNANTS SOURDS. Enseignants de langue des signes, et aussi de toutes les matières, comme un instituteur lambda.

Hélas, nous vivons un véritable démantèlement de l’école publique, aussi je crains que les moyens corrects qui seraient nécessaires restent du domaine de l’utopie…

Mais «si nous ne rêvons pas que le monde va changer, le monde ne changera pas» (citation libre de Serge Utge-Royo.

A bientôt

Pascaline

stéphanie jacob Says:

6 février 2011 at 19:11.

A tous les auteurs des commentaires, nous nous retrouvons à nouveau via ce blog. Nous nous croisons sur Deaf France, sur Facebook, mais nous devons absolument faire en sorte que d’autres viennent nous rejoindre, que nous ne soyons pas seulement que Nous, mais Eux, ceux qui ne connaissent pas ou mal, ceux qui méconnaissent, ceux dont les a priori peuvent être ébranlés… Connaissez-vous le cercle d’Agnès Millet (article de la Nouvelle Revue AIS)? Consultez cet article et battons-nous pour qu’un des cercles diminuent (le plus grand mais pas le plus fort!). A bientôt de vous lire….

Pascaline Chion Says:

6 février 2011 at 19:21.

Oui, Arnaud, la Révolution Sourde pourrait bien passer par Internet !

Le livre cité tout là-haut bien loin a été écrit par Armand Pelletier et Yves Delaporte en 2002. En l’étudiant avant de rédiger ma chronique, j’ai pu sentir que beaucoup de choses avaient changé pendant l’écoulement de ces même pas dix ans.

La preuve de ce changement se trouve ici-même. Cette chronique est maintenant référencée sur divers sites ou blogs concernant les Sourds. Google n’y est pas pour rien, mais la réactivité de tous ces gens que je ne connais pas encore, mais que je commence à apercevoir comme dans un brouillard, cette réactivité est très forte et donne beaucoup d’espoir. Un mouvement plus ou moins souterrain existe et ne demande qu’à grandir. J’allais écrire «se structurer», mais je n’en sais rien en fait, j’ignore encore trop de choses.

Aujourd’hui, moins de quatre semaines après la publication de ma chronique, plus de 300 personnes l’ont lue. Si l’on exclut mes visites, puisque je réponds aux commentaires, il y a eu au moins 300 visites !

Il me faut donc remercier Paul – mon homme, «monsieur La Feuille», artisan courageux de ce blog depuis plus de trois ans – qui fait un boulot souterrain et plutôt solitaire pour donner du nerf (de la nervure ?) à cette chère Feuille.

Je dois bien donner cette précision puisque tu remercies l’auteur du blog : je n’y écris que de façon très épisodique.

Tu t’adresses à Catherine Vella : c’est pour moi un élément nouveau, que des personnes se retrouvent ici. La porte est ouverte, entrez, échangez les nouvelles et ne vous occupez pas de moi. Le blog est là pour ça…

Merci pour ton proverbe. Il parle d’un sujet très grave mais après une lecture rapide il me semble qu’il dit quelque chose de très fort et de très vrai.

Décidément, il va me falloir apprendre deux trois mots en langue des signes, ceux pour dire la joie, la satisfaction…

Merci

Pascaline

Pascaline Chion Says:

6 février 2011 at 19:29.

Stéphanie, je trouve la revue AIS ici :

http://www.inrp.fr/vst/Periodiques/DetailPeriodique.php?revue=816

Pouvez-vous préciser comment le trouver, le cercle d’Agnès Millet ? Est-il accessible gratuitement à tous ? Merci de répondre ici pour que tous nos lecteurs aient accès à cet article.

Merci

Pascaline

Magali Says:

7 février 2011 at 10:58.

Pascaline, essaie ce lien
w3.u-grenoble3.fr/lidilem/labo/file/AIS.pdf

Caly Says:

7 février 2011 at 11:21.

Merci Magali, ça marche !

Texte parcouru en diagonale pour me faire une idée : Agnès Millet sait pointer là où ça fait mal !

Florence Guichard Says:

7 février 2011 at 23:57.

Juste un texte à lire écrit par Michel Lamothe en 2004….(C’est un copier-coller).
Je pense que tout est dit…..

« La langue des signes a été revendiquée avec force au début des années 80, par des locuteurs, des parents, des professionnels et de rares universitaires, avec « le pouvoir de dire » et « le pouvoir d’être » qui vont avec. Elle est aujourd’hui enseignée dans de très nombreux lieux de formation et devient, par une certaine « banalisation », la langue « séduisante » et désirée par de nombreux apprenants entendants (élèves, étudiants, professionnels, tout public) (inscrits
par milliers auprès de très nombreuses associations), une langue inscrite dans quelques cursus universitaires où cet « objet théorique » est passionnant pour l’étude du langage humain et le questionnement des théories linguistiques… mais elle est paradoxalement une langue encore
et trop souvent « confisquée » aux enfants sourds, et dramatiquement aux plus jeunes d’entre eux !
Il est bien difficile dans ce contexte de développer les perspectives bilingues/biculturelles fondées sur les usages de la langue, face à l’histoire et aux pratiques sociales en rapport
avec la construction identitaire de l’enfant sourd dans sa complexité.
Pour preuves, la disparition de la plupart des projets fondés au début des années 1980 dans l’indifférence générale des chercheurs universitaires et l’inexistence de structures « bilingues » dans les grandes villes où résident de nombreux locuteurs et des universités s’impliquant
dans la langue des signes…
Pourtant issus de cette dynamique originelle (1979-1985), les leaders sourds de la communauté et les professionnels sourds invités à nouveau dans les projets éducatifs (après leur exclusion à la fin du XIXe siècle) souvent au titre « de locuteurs », ne s’impliquent que
timidement et rarement dans des actions « revendicatives » pouvant concerner la sphère de l’éducation de l’enfant sourd.
Pourrions-nous imaginer une politique linguistique pour l’occitan, le catalan, le breton, le basque sans les Calandretas, la Bressola, Diwan, les Ikastolas… sans l’implication « politique »
des universitaires, sans l’engagement revendicatif des locuteurs ?
Nous n’avons pas su entretenir cet appui fondateur de la sociolinguistique, et des historiens de la « question sourde », laissant aux linguistes « l’objet langue », et confiant au champ pédagogique et à l’école cette dynamique, qu’ils enferment trop souvent dans des préoccupations didactiques. »

Il est vrai que l’enfant sourd n’a pas de « territoire prédestiné », que la langue des signes n’a que rarement une transmission familiale : c’est une situation chaque fois nouvelle qui ne capitalise que très peu les expériences individuelles ou collectives, chaque famille, chaque jeune devant « s’initier », « reconquérir », « s’approprier » et « construire » son projet de
« différence et d’appartenance ».
Nous agissons pour que l’école apporte sa contribution en préconisant la scolarisation (et non l’intégration) d’enfants sourds (et non d’élèves handicapés) au sein d’écoles publiques.
Il n’est pas simple pour les familles (majoritairement entendantes), ni pour l’école (construite sur une perspective unilingue) d’accorder une place prioritaire à une langue si minoritaire,
engageant le corps et non la voix, ne possédant pas d’écrit…
Le « transfert » de l’éducation des enfants sourds à l’instruction publique tant revendiqué et tant de fois envisagé aux XVIIIe et XIXe siècles ne peut se résoudre par une « politique
intégrative », trop souvent individuelle, qui « dissout » l’enfant sourd plus qu’elle ne lui donne les moyens d’une construction identitaire forte pour son épanouissement personnel et pour l’enrichissement de tous.
Nous ne nous satisfaisons pas de la politique « intégrative » lorsqu’elle s’arrête aux objectifs
« de remise en l’état » au sens étymologique du terme, b i l i n g u e – b i c u l t u r e l l e
« l’assimilation » par intégration individuelle, ou accueillant dans des dispositifs spécifiques, construits sur « une classification » et des « nominations » stigmatisantes laissant trop souvent l’enfant sourd sans langage.

Un appel à la sociolinguistique permettrait de réactualiser « la vivacité » d’une revendication politique interrogeant les représentations, les usages, les comportements, l’imaginaire communautaire, à l’égard de la langue des signes, sa place dans les projets éducatifs pour enfants sourds.

Si nous ne pouvons faire sans la « donnée conflictuelle » propre à toutes les situations de bilinguisme (de diglossie), l’idéologisation du conflit par la communauté sourde ne devrait
pas se figer seulement sur l’histoire douloureuse et construite sur le déni, elle pourrait se décliner dans une perspective dynamique pour les enfants sourds de demain.
Ce mode d’éducation, légalisé en 1991, n’a pas su trouver sa place entre les dispositifs institutionnels traditionnels et la politique d’intégration préconisée et développée
par l’Éducation nationale sur le concept du handicap.
À l’heure actuelle, les expériences d’accueil où la langue des signes est considérée comme première langue sont quasi inexistantes pour la toute petite enfance, très rares pour l’enfance
(maternelle, primaire), alors même que pour les enfants sourds la langue des signes n’est pas seulement un « héritage patrimonial » à protéger, un langage à des fins communautaires ou
culturelles, c’est un outil langagier vital correspondant au fonctionnement visuel et cognitif de l’enfant dès son premier rapport au monde qui l’entoure.
Quels que soient son originalité et l’intérêt qu’elle suscite pour elle-même comme objet linguistique, il convient de s’interroger, de se préoccuper et de s’impliquer « politiquement »,
afin de donner les moyens aux enfants sourds de s’approprier cette langue qui leur est vitale.  »

MICHEL LAMOTHE,
Maitre de conférence associé à l’Université de Poitiers.

Catteau Sandy Says:

8 février 2011 at 07:55.

Bonjour à tous, je constate avec joie ce matin que de nombreux commentaires ont été postés! J’apprécie beaucoup ce dynamisme, et cette richesse que l’on trouve ici-même. C’est vraiment un excellent blog!

Bonne journée à tous, je reviendrai vite lire vos nouveaux posts! :))

Sandy, une « Sourde de coeur »… (clin d’oeil à la famille Balard!)

Pascaline Chion Says:

8 février 2011 at 10:28.

Merci, Florence, et un merci indirect à Michel Lamothe.

C’est en effet un texte qui fait une belle synthèse, et sur lequel je me permets à mon tour un copier-coller, histoire de souligner encore et encore ce qui me semble si important.

«(…) pour les enfants sourds la langue des signes (…) est un outil langagier vital correspondant au fonctionnement visuel et cognitif de l’enfant dès son premier rapport au monde qui l’entoure.»

Et je souligne encore le mot «vital» !

La pratique de la langue des signes se répand de plus en plus, et c’est très bien, mais les Sourds n’y ont pas suffisamment accès.

Mais je ne vais pas paraphraser tout ce texte de Michel Lamothe !

Je peux y ajouter que, concrètement, les familles ayant un enfant Sourd se réorganisent autour de sa scolarité… quand elles en ont les moyens. Armand Pelleter l’a fait pour ses enfants, déménageant même suffisamment près de leur école pour qu’ils ne soient pas pensionnaires.

Et j’ajoute encore la dimension psychologique, qui n’entre pas dans le propos de Michel Lamothe, mais qui explique en partie la situation. Armand Pelletier insiste beaucoup là-dessus, et en tant qu’institutrice j’y suis fort sensible moi-même.

Armand déclare que «les sourds se voyaient partout considérés comme les idiots du village, des sortes de demeurés.»

Comment se donner de soi-même une image forte si l’on ne s’estime pas, si l’on n’a aucune considération pour soi-même, si on se dit qu’on ne vaut rien ?

Un siècle et demi d’interdiction de la langue des signes et une déconsidération profonde ont convaincu beaucoup de Sourds de leur infériorité. Rien n’est plus faux, mais il s’agit là de la construction de la personne, et une fois que l’on s’est forgé une certitude, fût-elle fausse, rien n’est plus difficile que de la démolir.

Florence, le message que je t’ai adressé en privé m’est revenu : peux-tu m’écrire à l’adresse ci-dessus, à côté du logo CouhSurfing ?

Bonne journée

Pascaline

Pascaline Chion Says:

8 février 2011 at 10:36.

Sandy, Paul «La Feuille» et moi-mêmes sommes très fiers si tu trouves excellent ce blog, mais les réactions sur ce texte démontrent surtout que beaucoup de personnes sont engagées aux côtés des Sourds, et que ces personnes sont actives et réactives.

Jour après jour cela me permet d’apprendre, et j’en suis ravie !

stéphanie jacob Says:

9 février 2011 at 19:58.

Pascaline, je te conseille une lecture (peut-être déjà lue…) Quand l’esprit entend de Harlan Lane. Ce livre a été le premier que j’ai lu (bien avant Le Cri de la Mouette!). Il m’a marqué tant avec il y a une prise de conscience sur les tours que l’Histoire nous joue….Je le recommande vivement ainsi que le Langage des Sourds de Cuxac (mais ce dernier est épuisé et n’est plus édité depuis trop longtemps, quel dommage!!).
A vos lectures…..
Pour Pascaline, si tu veux un jour venir rencontrer les étudiants qui suivent la licence LSF à Poitiers, tu seras la bienvenue!!

Pascaline Chion Says:

9 février 2011 at 21:53.

Le nom de Harlan Lane, linguiste, psychologue, spécialiste de la langue des signes, s’est imposé assez vite dans mes recherches.

L’un des éditeurs de «quand l’esprit entend» dit au sujet de ce livre :

«Avec cette extraordinaire aventure, Harlan Lane nous offre un essai sur la force du préjugé, mais aussi la démonstration que  » la seule surdité, la surdité vraie, la surdité incurable, est celle de l’intelligence « .»

Merci, Stéphanie, pour cette référence.

Sais-tu si « l’histoire chronologique de la répression de la langue des signes en France et aux Etats-Unis » (de Harlan Lane) fait partie de ce livre ? Ce texte-ci peut être lu à cette adresse :

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/lgge_0458726x_1979_num_13_56_1831#

Allez, voici une citation en exergue :

« Ce que l’expérience et l’histoire nous apprennent est que les peuples et les gouvernements n’ont jamais su tirer les leçons de l’histoire ou agir selon les principes qu’ils en avaient déduits. » (G. W. F. Hegel)

Dommage pour le livre de Christian Cuxac, encore quelqu’un auprès de qui l’on est certain d’apprendre beaucoup !

J’espère très fort avoir l’occasion de me rendre à Poitiers un jour – mais quand???… Je te préviendrai !

stéphanie jacob Says:

10 février 2011 at 21:37.

Merci beaucoup pour le lien. Cet article est extrait de la revue Langages de 1979, période du Réveil Sourd. Cette revue fut la première revue scientifique bilingue à traiter de la langue des signes du point de vue scientifique. Elle est une résultante des stages à Gallaudet College, stages organisés par Mottez Bernard (sociologue qui a permis de différencier le handicap de la déficience) et Marckowicz. Puis il y a eu les revues Coup d’Oeil (Mottez et Markowicz) et Vivre Ensemble (2LPE). Les stagiaires qui ont été à Gallaudet sont à la genèse du bilinguisme sourd.

stéphanie jacob Says:

10 février 2011 at 21:47.

J’ai le livre de Christian mais en version photocopie. je peux te le faire envoyer si tu le souhaites (les photocopies sont de mauvaises qualités mais le texte est là et bien là!!). Dis moi juste l’adresse où je peux te l’adresser! J’ai la chance de côtoyer Christian, et son dernier article (écrit avec Pizzuto, Revue Langages et Société, n°131, 2010) est une merveille!!! Travailler sur la linguistique de la LSF c’est travailler avec une communauté, comprendre les relations langues-cultures….un régal!

Pascaline Chion Says:

10 février 2011 at 22:05.

Merci pour ces deux messages, Stéphanie.

Pour se procurer ce dernier article de Christian Cuxac, je viens de trouver cette adresse :

http://www.cairn.info/revue-langage-et-societe.htm

Je finis de te répondre en privé !

Catteau Sandy Says:

26 avril 2011 at 19:33.

Bonjour Pascaline, peux-tu m’envoyer ton adresse mail stp? J’ai besoin de toi.
Merci beaucoup,
Sandy, une maman entendante qui se bat contre les audistes! :))

Arnaud Says:

27 mars 2012 at 09:53.

Superbe article et que de commentaires. J’ajoute ma pierre a l’édifice en citant deux sites Internet qui valent le coup le premier dispense des cours particuliers de langue des signe à distance ce qui est une véritable révolution : http://www.lingueo.fr/cours-langue-des-signes-francaise.html
Le second est un portail d’information complet sur la langue des signes pour bébé : http://languedessignesbebe.com/
Bon signe à vous tous !
A

Pascaline Says:

28 mars 2012 at 22:18.

Presque quinze mois sont passés depuis que ma chronique a été publiée, et voici votre commentaire, Arnaud : je vous en remercie beaucoup.

Il se trouve que depuis quelques temps, cette chronique est de nouveau lue par de nombreuses personnes : pouvez-vous me dire si de votre côté, vous avez trouvé « la Feuille » par hasard, ou si quelque chose se passe dans le monde sourd, qui vous a mené jusqu’ici ?

Merci aussi pour les liens. Je vais encore avoir le bonheur de me replonger dans cet univers passionnant !

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