21 mai 2022

Triste.. la vie sans fleurs

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour... .

Capucine, c’est joli pour un petit pois

Dans quelques jours les ramures de mes petits pois « capucine » vont se couvrir de charmantes gousses violettes remplies de graines charnues. Mes papilles de légumophile gourmand s’en réjouissent déjà… Mais il y a un prix à payer pour ce plaisir : les grappes de fleurs absolument magnifiques, évoquant celles des pois de senteurs ornant actuellement le potager, vont disparaître et cela me désole.

Plus les années passent et plus j’ai envie d’ouvrir la porte de notre jardin nourricier aux plantes aromatiques, médicinales et ornementales. Pour simplifier cet abus de terminologies complexes, j’aimerais avoir des fleurs et des feuillages coloriés (il ne faut pas oublier les feuillages) partout. Il y a une raison à cela aussi, c’est que le travail d’entretien du potager capte une bonne part du temps que je consacre au jardinage et que j’ai l’impression, trop souvent, que les fleurs sont les parentes pauvres de mon paysage quotidien. Quel bonheur pourtant lorsque quelques œillets chinois se nichent entre les betteraves, ou que leurs cousins, les tagètes, agrémentent les alignements de tomates ou d’aubergines. On a bien mis au premier plan ces dernières années des choux fleurs jaunes ou violets, ainsi que des cardes à feuilles rouges par exemple, mais cela ne suffit pas à mon besoin de couleurs. Dans la serre, j’ai hérité d’un magnifique pied de coquelicot ainsi que de quelques nigelles. Après floraison je récupérerai méticuleusement les graines… Ces deux plantes sont plutôt invasives lorsqu’on les laisse agir à leur guise… Concilions donc poésie et besoins alimentaires !

Aubergines chouchoutées. Tagète bien entouré.

D’autant que si ce désordre volontaire rend passionnante la visite des planches de légumes, elle a le mérite de permettre à mes cultures de s’approcher un peu plus du modus vivendi de la nature. Plus le temps passe, moins j’ai envie que mes alignées de légumes n’évoquent les mornes plaines agricoles. Il se pourrait bien d’ailleurs que j’en sois récompensé. J’espère bien que mon « massif » d’aubergines « à la française » créé dans l’un de mes bacs cette année bénéficiera à la qualité de mes solanées violettes. On dit que les tomates apprécient la présence des œillets d’Inde – celles ci protégeant leurs radicelles des nématodes trop gourmands ; j’espère que leurs cousines prénommées aubergines en tireront le même bénéfice. L’an dernier, la récolte de ce légume qui est l’un de mes préférés a été bien maigre et, lorsque j’ai arraché les plants, sous la serre, à l’automne, les racines maîtresses étaient tondues comme celles des carottes. On aurait dit que leur fin chevelu avait succombé aux ciseaux herbivores d’une coiffeuse zélée.

Merveilleuses étoiles du Cornus Kousa

Donc, lorsque c’est possible, mélangeons légumes et fleurs. C’est le nouveau credo du maître des lieux ! On ne peut guère compter sur les fleurs des pommes de terre pour faire rêver le visiteur. La ciboulette n’a malheureusement pas toujours le temps de nous faire admirer ses inflorescences, quant à l’artichaut, peu de gens connaissent la beauté de sa fleur ouverte puisqu’on la trucide, sur la plante mère, au stade du bouton non éclos. Ajoutez à cela quelques magnifiques buissons fleuris sur le pourtour. Je ne parlerai point des lilas ou des Weigelias, fort communs… Mon regard est plutôt attiré, en ce mois de mai, par les étoiles crémeuses du cornouiller de Chine, et par les flocons blancs – neige tardive – des resplendissants chionanthes. Certaines floraisons sont fort courtes, et surtout certaines associations de couleurs, cela a le mérite de nous obliger chaque jour, qu’il pleuve ou qu’il fasse soleil, à partir en chasse des nouveautés du moment. Le hasard crée parfois des successions de couleurs et de formes assez impressionnantes, premier plan bleu pastel, second plan blanc crème sur un arrière fond tout en nuances de vert.

Flocons de neige merveilleux des Chionanthes

Cette explosion de couleurs et de vie rend le printemps si attrayant ! Il est fondamental pour moi que les fleurs, sauvages ou cultivées, s’insèrent dans tous les espaces qui nous entourent. Mon semis de bleuets a raté : seuls deux plants ont survécu et c’est tristesse lorsque l’on voit la densité avec laquelle ils peuvent pousser dans les champs de blé bio, généreusement apportés par une nature qui n’a pas eu besoin des sachets de graines un peu trop vieilles vendus par la jardinerie du coin. Cultivés sans intrants chimiques, les blés aussi peuvent offrir un spectacle de premier choix. Même si certaines zones de notre campagne commencent à évoquer les mornes plaines de la Beauce, il y a heureusement quelques îlots de résistance… Nous connaissons une ferme qui possède un conservatoire de blés anciens. Chaque année, le blé « à consommer », qui nous permettra de nous régaler avec un pain délicieux, est semé en mélange. Au mois de juin, point de défilé d’épis alignés comme pour le 14 juillet, mais un subtil mélange impromptu de tiges hautes ou courtes, d’épis charnus ou maigrelets, se dressant fièrement vers le ciel ou observant, au contraire, une pause plus modeste à l’ombre de leurs voisins. Ajoutez à cela coquelicots, bleuets et autres sauvagines, parfois considérés comme une marque d’opprobre par les cultivateurs admirateurs de champs tirés au cordeau, et vous aurez sous les yeux un tableau qui aurait inspiré les plus grands maîtres de l’impressionnisme. Alors, mes deux misérables bleuets, je les ai plantés au milieu des choux de Bruxelles. Pour l’instant, ce n’est pas l’extase kaléidoscopique, mais il ne faut point désespérer !

boule de neige, viorne, encore du blanc !

Je n’en suis pas encore là, mais je me pose des questions sur le triste alignement de mes haricots nains, en me demandant si, là aussi, un mélange subtil de variétés ne pourrait pas introduire un peu de fantaisie. Après tout, il existe bien des haricots verts, beurre ou violets ! Une telle politique risque bien sûr de provoquer l’ire des malheureux et des malheureuses qui seront de corvée de cueillette. Le principal obstacle que je vois à ce genre de délire c’est que les consignes deviennent fort difficiles à donner lorsqu’on a la chance, comme nous, de bénéficier de l’aide d’apprentis jardiniers. Pourrais-tu, s’il te plait, vérifier s’il n’y a pas de fraises mûres dans les bacs et dans les tables ? Essaie de ne pas en oublier car il y a des fraisiers dans huit endroits différents du jardin…

le coquelicot roi

Bon, je pense qu’il va falloir trouver une solution de compromis. Gardons à peu près groupés les légumes de même nature… Mais cela n’empêche pas d’essaimer quelques cosmos et autres zinnias ? Vous ne croyez pas ? Comment cela un « jardin de curé » ? Meuh non, nous n’habitons pas un presbytère ! Même si, comme le répète Gaston Leroux dans son Mystère de la chambre jaune, “Le presbytère n’a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat”.

Après avoir évoqué, il y a quelques semaines, le sujet à la fois réjouissant et stressant du rangement de ma bibliothèque, j’espère vous avoir un peu distraits de vos préoccupations du moment avec cet intermède. Dans une bibliothèque, on est amené à côtoyer des milliers d’ouvrages et il faut bien trouver quelques clés pour se repérer sur les rayonnages. Dans un potager, heureusement, le nombre de sujets à observer et à mettre en ordre est moins élevé – un retraité patient peut même supporter une certaine forme de chaos. Les poireaux, par exemple, ont un mérite : celui de ne pas s’outrager si on leur fait côtoyer les choux fleurs. Il n’est pas dit qu’un livre d’Alexandre Soljénitsyne fasse bon ménage avec les mémoires de Staline. Je ne suis même pas sûr que Pardaillan et d’Artagnan s’apprécieraient beaucoup…

Impériale digitale, au summum de sa grandeur

3 Comments so far...

Anne-Marie Says:

21 mai 2022 at 18:50.

« Si la vie n’est que passage, sur ce passage au moins semons des fleurs ». Montaigne

Paul Says:

23 mai 2022 at 07:48.

@ Anne-Marie – Merci !

Bernadette Suchod Says:

1 juin 2022 at 19:00.

Cousin de tes tomates et aubergines, mon Solanum Rantonetti est superbe en ce moment avec ses petites fleurs bleu-violet.

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