8mars2009
Posté par Paul dans la catégorie : voyages sur la terre des arbres.
S’il est des arbres et des arbustes qui jouent un rôle important dans la mythologie, l’aubépine (épine blanche) en fait indiscutablement partie. Sa floraison au mois de mai, au cœur du renouveau printanier, n’est pas étrangère à son succès ; le fait que ses fleurs soient d’une blancheur immaculée joue aussi son rôle. L’aubépine a largement débordé le cadre de toutes les mythologies anciennes, celtes, nordiques, germaniques… pour investir l’ensemble de la tradition orale fantastique. Asseyez vous au pied de cet arbuste lorsque s’ouvrent les premières fleurs, et le vœu que vous formulerez sera inéluctablement réalisé, à moins que les fées qui dorment dans le monde souterrain aient été outragées par l’une de vos actions. Vous aurez fort à faire pour vous réconcilier avec elles ; la meilleure solution c’est sans doute de leur rendre visite et de vous expliquer de vive voix. Ce n’est pas difficile : le creux qui s’ouvre entre les racines, là, devant vous, au pied de la vieille aubépine centenaire est certainement l’une des entrées de leur domaine mystérieux. Agrandissez le trou, passez-y la tête et… advienne que pourra. Je vous conseille auparavant de prendre quelques leçons de savoir vivre féérique car ces belles dames sont assez susceptibles. Si vous n’avez point le sésame qui vous permettra de rentrer six pieds sous terre, vous pouvez vous contenter de rapporter un rameau bien fleuri de l’arbuste et de le placer à côté de votre pas de porte : le mauvais sort s’éloignera de votre demeure. Ne vous avisez cependant pas de faire un quelconque bouquet et de le placer à l’intérieur, sur la table du salon, vos branchages perdraient alors tout pouvoir magique. De plus, l’aubépine a un défaut : l’odeur de ses fleurs n’est pas très agréable. Les branches fleuries avaient des usages très variés : lors de la traditionnelle fête des Mayes (Mays ou Mais) dans certaines régions, les jeunes gens cherchant fille à marier fixaient divers rameaux d’arbustes sur les façades des maisons. Le choix botanique ainsi que la taille de l’arbuste choisi avaient une signification particulière. La présence d’une branche d’aubépine avait un sens différent selon les endroits. Soit elle signifiait que la jeune personne habitant la demeure devait être fréquentée avec circonspection car elle avait un caractère « de cochon » : acariâtre, grincheuse, « faiseuse d’histoires ». Soit elle servait au repérage pur et simple et indiquait qu’il y avait, en ce lieu, jeune fille bonne à marier. On peut approfondir cette histoire en allant, par exemple, faire un petit tour à cette adresse : http://adinfer.free.fr/Tradition.htm
Plutôt que d’essayer de balayer toutes ces belles histoires qu’elle considérait comme un fatras de propos païens ou démoniaques, l’église catholique a préféré les intégrer à sa propre mythologie. L’aubépine a alors acquis une symbolique religieuse dans toute la chrétienté, ce qui a permis à certains spécimens d’échapper à la vaste campagne d’éradication entreprise par les Chrétiens au IVème siècle de tous les arbres sacrés. Et il y en avait ! – on peut, à ce sujet, consulter utilement le livre de Jacques Brosse, « L’aventures des forêts en Occident ». Les Romains considéraient qu’elle était associée à Maïa, la mère d’Hermès, fêtée en mai. Ce mois étant celui de Marie pour les Chrétiens, le changement d’attribution n’a pas été trop difficile. Un bon petit miracle allait arranger les choses. Un texte ancien raconte que le bon vieux Joseph d’Arimathie débarqua un jour en Angleterre, transportant le Graal dans ses bagages. Il planta son bâton de marche dans le sol et à l’endroit même où il accomplit ce geste, non loin de l’abbaye de Glastonbury, poussa un magnifique buisson d’aubépine ayant la particularité de fleurir deux fois l’an : au moment de la fête de la nativité et au mois de mai. La vierge aussi mit la main à la pâte, selon une autre légende originaire de l’Est de la France : faute de place pour étaler son linge à sécher au soleil, elle plaça un drap sur un buisson d’aubépine, un vilain buisson qui, avant cette manipulation généticobotanique, avait la particularité de ne point fleurir. Lorsqu’elle revint sur les lieux pour ramasser son linge, l’arbuste s’était paré d’une magnifique collection de fleurs blanches à l’odeur singulière… Une vierge toute de blanc vêtue mais avec les mains vertes… Les Bretons, qui cherchent toujours à se singulariser, n’en font pas un arbre dédié à la vierge, mais au contraire aux sorcières. Une simple histoire de foudre qui, selon les croyances populaires, épargnerait toujours cet arbuste… Dans d’autres régions on est tout aussi convaincu des propriétés protectrices de l’aubépine, mais sans avoir besoin de l’associer au pouvoir des sorcières ! Mais revenons à l’épine blanche de Glastonbury, car l’histoire mérite d’être contée un peu plus en détails.
L’abbaye de Glastonbury se situe dans la région du Somerset en Angleterre. Sa construction est certainement très ancienne mais il est difficile d’en fixer la date. Selon la légende, une première communauté de moines se serait installée sur cet emplacement après le passage de Joseph d’Arimathie, l’horticulteur de génie. Une église en pierre aurait été construite en 712, ce qui en ferait l’un des lieux de cultes chrétiens hors sol les plus anciens au monde, les croyants de cette religion ayant, jusqu’alors, utilisé plutôt des sanctuaires souterrains. L’aubépine de Glastonbury aurait prospéré jusqu’au milieu du XVIIème siècle, répétant chaque année sa double floraison miraculeuse. Elle aurait été brûlée par les troupes d’Olivier Cromwell, lors de la première révolution anglaise, dans le cadre d’un vaste programme de destruction de tous les arbres sacrés. En fait l’aubépine a continué à vivre car elle avait essaimé : un greffon notamment a été réalisé et replanté sur les terres de l’ancienne abbaye ; il a survécu jusqu’en 1991 et continuait à fleurir deux fois. Une coutume locale voulait que l’on envoie un rameau couvert de bourgeons à la Reine d’Angleterre au moment de Noël. Glastonbury abritait également une fort belle bibliothèque qui eut des problèmes sérieux lors de l’incendie de 1141, et dont les ouvrages furent dispersés, lorsque les biens de l’abbaye furent saisis et vendus par la couronne britannique en 1539, comme ceux de la totalité des communautés catholiques de l’île.
L’une des plus vieilles aubépines de France se trouve à Saint Mars sur la Futaie dans le département de la Mayenne. Elle serait âgée d’un millénaire environ et mesurerait 9 m de hauteur. La croissance de l’arbuste est très lente, ce qui explique l’excellente qualité de son bois. Le grain, particulièrement fin, est apprécié des tourneurs, bien qu’il soit difficile de se procurer des pièces de grandes dimensions. La veine du bois est peu visible et très peu colorée. Sans rentrer dans les détails complexes de l’étude botanique, sachez qu’il existe deux variétés d’aubépine : l’épine blanche ou aubépine monogyne (crataegus monogyna) dont la fleur possède un seule style, et l’aubépine à deux styles (crataegus laevigata). L’arbuste a une particularité qui est un défaut (pour les uns) et une qualité (pour les autres) : elle possède, sur ses rameaux, des piquants redoutables. Les branches ayant tendance à pousser touffues et à s’entrelacer, les paysans, autrefois, l’ont souvent plantée en limite de leurs champs ou de leurs terres cultivées, soit pour empêcher les prédateurs terrestres d’envahir leurs champs, soit pour limiter les fugues des animaux domestiques. L’aubépine et le prunelier (doué des mêmes propriétés piquantes) sont en quelque sorte les ancêtres du fil de fer barbelé ! La recherche du confort (!) et surtout le développement des clôtures électrifiées (moins envahissante) ont eu pour conséquence l’abattage de nombreuses haies d’aubépine notamment lorsque les ingénieurs agronomes sont partis en campagne, dans les années 1960-80, contre les paysages de bocage. L’ardeur destructrice de ces chevaliers du remembrement s’est un peu calmée, mais notre arbuste piquant bienaimé a maintenant à faire face à un autre adversaire redoutable, une maladie, le feu bactérien, qui les fait disparaître peu à peu dans certaines régions de France. Sauf brûler les arbres morts, il est extrêmement difficile de faire front à ce fléau contre lequel nul traitement vraiment efficace n’est connu. Les aubépines, compte-tenu de leur longévité, ont aussi souvent servi de limites cadastrales, permettant de borner parcelles, paroisses ou territoires communaux. Ce sont souvent des arbustes ayant eu cet usage que l’on retrouve parmi les « vénérables » ; plantée en haie serrée, l’épine blanche a une durée de vie moindre.
Les fruits rouges de l’aubépine ne sont guère appréciés de nos jours bien qu’ils soient comestibles. Il faut dire qu’il faut déjà se munir d’une cotte de mailles et de gants de boxe pour les ramasser… Leur goût est assez fade et leur consistance plutôt farineuse. Si les humains les boudent un peu, ce n’est pas le cas des oiseaux qui en font de véritables festins pendant les mois d’hiver. Dans les périodes de famine, nos ancêtres n’étaient pas autant « fine gueule » : les senelles ou « poires à bon Dieu » étaient récoltées massivement ; on les faisait sécher et on les passait à la meule. La farine obtenue venait compléter, et parfois même suppléer à la farine de froment ou de sarrasin que la récolte médiocre n’avait pas permis de stocker en quantité suffisante pour tenir jusqu’au printemps. Le retour en force des préparations « naturelles » redonne une place modeste à cette baie rouge dans la pharmacopée proposée aux adeptes de la phytothérapie. Les feuilles séchées de l’Aubépine sont sans doute plus intéressantes sur le plan médical. On a découvert au XIXème siècle que la plante avait des propriétés remarquables dans le traitement des affections cardiaques. Les substances présentes ont une action positive sur les problèmes d’arythmie, de tachycardie ou de palpitations. L’infusion est calmante et agit notamment dans le cas d’anxiétés persistantes. Elle n’agit pas comme un somnifère mais facilite la phase d’endormissement en contribuant à une accalmie des tensions nerveuses.
Acte criminel s’il en est, j’ai coupé cette semaine une belle aubépine qui poussait dans la haie de mon champ, non loin de la source. Par chance pour moi, les elfes des bois avaient sans doute prévenu les fées de cette lâche agression de la part d’un humain muni d’une scie mécanique vrombissante et malodorante. Les petites créatures ne se sont pas vengées et ne m’ont pas chatouillé la plante des pieds ces dernières nuitées. Il faut dire que j’ai pris l’engagement secret de garder le plus possible de morceaux du tronc. L’un, une fois raboté, a rejoint ma collection d’échantillons de bois locaux, une collection qui s’enrichit d’années en années. D’autres serviront sans doute à des amis tourneurs. Leur diamètre n’est pas énorme, mais un artiste, adroit, pourra certainement en tirer quelques verres ou quelques coupelles. A moins que ce ne soit moi qui me lance dans le tournage. Après tout, le temps que le bois sèche, j’aurais peut-être acquis quelques rudiments. Dernier élément de ma plaidoirie adressée aux fées : l’arbre était bien malade… Les poneys du voisin avaient dévasté ses branches et ravagé son écorce… Je n’ai procédé qu’à une euthanasie permettant de sauver au moins le bois !
NDLR : la photo de l’arbre et celle des baies proviennent d’un site néerlandais qui propose une documentation photographique d’excellente qualité sur l’aubépine et sur les animaux associés (insectes pollinisateurs et parasites). La photo de l’abbaye de Glastonbury provient de Wikipedia. Celle du rameau en fleurs provient du site québecois « Flore laurentienne« , intéressant à consulter pour toutes sortes de végétaux.
6mars2009
Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....
Le 6 octobre, il y avait déjà de la gelée blanche dans le parc ; en septembre on s’était gelés en essayant de camper en Autriche ; on vient de se surgeler pendant trois semaines au Québec ; ce matin, 6 mars, il fait la même température que le 6 octobre et, pour faire bonne mesure, il neige, pire que des confettis au carnaval… Ça commence à bien faire ! On va quand même pas se farcir six mois d’hiver ? Je suis sûr que c’est la faute de ce gouvernement pourri qui fait rien qu’à nous gâcher la vie. Pourtant, je sens que ça frémit, que ça bourgeonne et que la nature n’attend plus qu’une bonne petite semaine de soleil un peu chaud pour déclencher un véritable feu d’artifice. Les jonquilles pointent le bout de leur nez ; le cornouiller mâle a ouvert ses fleurs jaunes ; les perce neige sont resplendissants ; l’érable de mon pote Negundo (le japonais) a de la peine à retenir ses petites feuilles vertes ; les radis ont germé sous la serre… Alors ça vient b….. ? Cinq mois qu’on brûle du bois, du fuel, du gaz, de l’électricité, des briques de tourbe, de l’anthracite, des carcasses de vache folle… Ça ne suffit pas ? « Dis mémé, c’est quand qu’on mange dehors sur la terrasse ? Tais-toi et rentre dans l’igloo… » Je piaffe d’impatience ; je trépigne ; j’ai la main sur la poignée de l’accélérateur ; j’ai les pieds dans les starting blocks (siou plaît, amis du Québec, donnez moi un bon vieux terme français à la place de cet emprunt dissonant) ; j’ai une main sur la bêche et l’autre sur le plantoir ; je suis sur le point de devenir grognon ! Allez, les gars de Météo France, soyez pas rancuniers ! C’est la bande à Sarko qui vous sabre des postes ; c’est pas moi ! Je le jure. Comme on dit dans le Dauphiné profond, il est grand temps de se « dépailler les cardons » (c’est mignon non ? ça veut dire enfiler un pantalon à jambes courtes – et non un short – c’est une allusion au blanchiment du célèbre légume). Je vais bientôt adopter le dauphinoquébecois comme langue officielle : « Le magnaud s’est dépaillé les cardons pour aller visiter son boisé qu’était tout magané ; ça lui a r’filé le borgnon car ça pendigolait dans tous les sens »…
Note : le premier paragraphe est dédié à ceux qui estiment que l’emploi du point virgule est en perte de vitesse et qui déplorent ce fait. Les voilà rassurés…
Mars est un mois difficile, non pas à cause de la journée de la femme (vingt-quatre heures par an ça passe vite) mais parce que les travaux passés, présents et à venir semblent s’être donnés rendez-vous au même moment et qu’il faudrait tout faire en même temps. Pour que le planning soit respecté, il faudrait que la météo s’y prête. En fait c’est ça le problème de mars : c’est que ce fichu mois se situe entre février et avril. Comme toutes les années, je n’ai pas terminé la coupe du bois de chauffage. A la fin du mois, la sève va commencer à monter sérieusement (du moins dans les tiges encore vigoureuses, celles qui n’ont pas besoin de Viagra) et il faut avoir fini d’abattre les arbres que l’on destine à la cheminée ou au bois d’œuvre. Les bûcherons le savent bien : lorsqu’il y a trop de sève, le bois sèche mal et la coupe est difficile car les dents de la scie ou de la tronçonneuse sont empéguées (ça c’est un emprunt au parler méridional). Ce que je dis là s’applique évidemment aux forêts de plaine en zone tempérée. Le jour où l’une de mes chroniques concernera plus particulièrement les Inuits, les Lapons ou les Savoyards (du haut), je le préciserai bien gentiment. Comme toutes les années, je ne me suis pas occupé d’entretenir, de réparer, de graisser, d’affûter, de réemmancher mon matériel (dans ce blog ce sont les pelles, les pioches et les râteaux dont on renouvèle le manche – désolé pour ceux qui sont arrivés ici de façon malencontreuse à cause de leur moteur de recherche). Je suis un homme de « dernière minute ». je ne comprends pas l’intérêt de nettoyer, de consolider, de dérouiller, de peindre, de bricoler… des affaires dont j’aurai besoin en mars, et ce avant le 1er mars. Il faut dire que, plus jeune déjà, je n’ai jamais compris l’intérêt de faire les dissertations demandées pour le lundi matin, avant le dimanche soir… Mais à l’époque je n’avais pas un hectare de terrain à entretenir ; je n’avais qu’à subir des cours rasoirs de français… Il va donc falloir, en quatre semaines, faire fonctionner les machines rebelles, tailler les haies, préparer des plants de tout un tas de légumes et de fleurs, planter de nouveaux arbustes, de nouveaux arbres, histoire de se faire pardonner (intérieurement – c’est un débat privé) d’en avoir mis dix fois plus par terre… Le motoculteur, la tronçonneuse, le broyeur… vont donc vrombir en même temps : essayez, vous verrez que ce n’est pas une mince affaire de tronçolabourer…
Note : ce second paragraphe est dédié à ceux qui ont honte de faire des répétitions quand ils écrivent, des listes à rallonge ou qui croient qu’il faut avoir un doctorat de français pour écrire un texte d’un quelconque inintérêt… Une dose de « feuille charbinoise » et hop ! les complexes s’envolent…
Heureusement que de surcroît il n’y a pas encore besoin de tondre ! Les engins à fabriquer des épinards hachés vont pouvoir rester au garage pendant un bon mois. En avril, je pourrai changer les bougies de ces satanées cochonneries qui refusent de démarrer et affûter les lames qui sont fatiguées d’avoir découpé les taupinières en rondelles. Il faut bien qu’avril ait aussi sa dose de stress (siou plaît, amis du Québec, donnez moi un bon vieux terme français à la place de cet emprunt dissonnant). J’ai horreur des digressions (mensonge évident) et je vous parlerai de ce satané mois d’avril… en avril. Les jardiniers bricoleurs intelligents profitent également des longs mois (beaucoup trop longs, j’insiste) d’hiver, pour s’intéresser à l’aspect matériel de la décoration géniale qu’ils vont mettre en place pour la belle saison. C’est le moment où l’on fabrique jardinières, bancs, nichoirs et autres portiques ou gloriettes. Pendant les longues veillées, à la lueur des chandelles électriques, on trace les plans des cabanes, on dessine le cheminement des allées, on réfléchit aux endroits où l’on va demander aux oiseaux de venir chanter pour que les visiteurs soient enchantés. Un rossignol bien élevé se doit de faire des trilles juste à côté du banc que l’on a judicieusement placé à côté de la claire fontaine. S’il s’installe à la verticale du tas de compost, c’est qu’il est vraiment grossier ou immature. Malheureusement, cette année encore (et les prochaines sans doute) cela ne se passe pas comme cela chez moi. Il est fort probable que c’est dans les semaines à venir que je vais réaliser qu’il me faut absolument des nichoirs (c’est idiot car il vaut mieux les mettre en place à l’automne), que j’ai décidé l’an passé de bâtir une gloriette au centre de mon univers végétal, histoire d’enquiquiner la mésange charbonnière (baptisée Clopine) avec le son mélodieux (?!) de mon accordéon. A ce propos, essayez, vous verrez que ce n’est pas une mince affaire d’accordéonofaucher. J’ai quand même une excuse officielle à ma paresse hivernale : mon atelier n’est pas chauffé et ce n’est pas vraiment motivant de dégauchir une planche quand les doigts restent collés sur la table en fonte glaciale de la machine (non Lavande, ce n’est pas un appel à souscription, du moins pas encore).
Note : ce troisième paragraphe a été rédigé en prenant grand soin d’enquiquiner ceux qui considèrent que l’abus de parenthèses nuit à la vigueur et au rythme d’un récit. Je te vais leur en coller moi du rythme !
Certains doivent penser que c’est assez incroyable que j’ai le temps d’écrire ce tissu d’inepties alors que j’ai un planning aussi chargé. Que ces lecteurs préoccupés se rassurent. Mon plan de travail est légèrement décalé. J’ai décidé que mars n’était pas encore officiellement commencé dans notre principauté. Mars débutera le jour où, à mon réveil, un soleil radieux brillera dans le ciel bleu en face de mon lit. Ce jour là, alors, il est fort probable que le rythme des chroniques ralentira. Mes amis syndicalistes l’avaient bien compris, à l’époque : le semis des haricots, la plantation des pommes de terre et la taille des rosiers passent avant la Révolution. Heureusement, depuis, les choses ont changé. Je suis retraité, de plus en plus écœuré par le b… qui règne dans cette société soi-disant organisée (en fait, elle l’est organisée, mais uniquement pour le profit de quelques uns) et j’ai donc un peu plus de temps. Mars est aussi un bon mois pour manifester, hurler sa colère et quitter son jardin pour s’occuper du monde tel qu’il va (mal). Le 19 mars les syndicats organisent leur défilé costumé bimestriel d’indignation ; il ne faut pas oublier de participer. Si ça marche, la fréquence pourrait devenir mensuelle (ou hebdomadaire comme en 2003, histoire de bien casser toute tentative de grève générale illimitée).
Note : cette conclusion est destinée à ceux qui allaient abandonner la lecture de ce blog en se disant que décidément, avec la carte vermeil, on ne s’intéressait plus qu’à « Rustica », à « Veillée des chaumières » ou à « Viens chez moi, y’a de la confiture de rhubarbe… »
Renote : la chronique entière est dédiée à l’amie Clopine ; elle est, en partie, inspirée par la lecture de son blog ces derniers temps.
Mauvaise note : “Les retraités de la fonction publique ne rendent plus de services à la Nation. Ces gens-là sont inutiles, mais continuent de peser très lourdement. La pension d’un retraité, c’est presque 75% du coût d’un fonctionnaire présent. Il faudra résoudre ce problème » (propos aimables du Sinistre de la Fonction Publique – encore un qu’il va falloir composter).
Queue note : il ne faut pas croire que vous allez avoir une chronique intelligente, instructive et culturelle tous les jours. Par contre, elle respecte le plan traditionnel : blatère, déblatère, condéblatère et synthèse. Comme quoi ça sert d’avoir écouté son professeur de philo en terminale. En attendant le dégel, je suis l’Hegel du jardinage.

4mars2009
Posté par Paul dans la catégorie : Histoire locale, nationale, internationale : pages de mémoire; Philosophes, trublions, agitateurs et agitatrices du bon vieux temps.
La première biographie du mois est consacrée à un personnage relativement peu connu mais dont l’œuvre écrite revêt une grande importance philosophique à l’orée de ce XXIème siècle chaotique. Avant de rédiger cette chronique « mémoire », j’ai hésité un temps entre Henry Thoreau et William Godwin, les deux personnages ayant, à mes yeux, un peu la même aura. Le calendrier a choisi pour moi : Godwin étant né au mois de mars, le 3 mars 1756 pour être précis, c’est de lui dont j’ai décidé de vous parler en premier. Le rapport entre Frankenstein et Godwin est simple à préciser : Mary Shelley, auteure de cet ouvrage célèbre, n’était autre que la fille de William Godwin… Le titre de l’œuvre, mondialement célèbre, a presque totalement éclipsé le nom de son auteure… La filiation de Marie Shelley, dans les ouvrages littéraires « sérieux », est généralement évoquée au chapitre « nécrologie », par une formule élégante du genre « son corps repose à côté de celui de son père, un écrivain original mais plutôt marginal, qui mourut ruiné… » Quant à savoir ce que la pensée et l’œuvre de Godwin avaient de peu conventionnel, il vous faudra chercher un peu plus longtemps. Relativement peu d’ouvrages parus en français, rendent hommage à ce philosophe, considéré comme l’un des précurseurs de l’anarchisme non-violent et du développement de la pensée libertaire au XIXème siècle. On trouve de très bons ouvrages sur Godwin (recueils de textes commentés) à l’ACL (Atelier de Création Libertaire), sous la plume d’Alain Thévenet. L’écrivain philosophe Michel Onfray a également donné un certain nombre de conférences sur l’œuvre de Godwin, à l’Université Populaire de Caen – conférences qui ont été retransmises sur France Culture. Tout cela nous donne, somme toute, une diffusion des plus confidentielles. Ce qui est amusant aussi, c’est que peu de textes historiques sur l’anarchisme rédigés en français, mentionnent l’auteur anglais, ou bien alors ils ne lui accordent qu’une place très restreinte. Comme quoi, un certain chauvinisme peut parfois influencer des esprits relativement libres ! Il est vrai que Pierre Joseph Proudhon, un autre théoricien précurseur de l’anarchisme dont je vous ai parlé il n’y a pas si longtemps, n’appréciait guère nos voisins d’outre-Manche… William Godwin n’a pas été le seul penseur libertaire étranger à être frappé longtemps d’ostracisme, avant que l’on ne redécouvre l’importance de ses écrits. En disant cela, je pense à des gens comme Rudolf Rocker ou Voltairine de Cleyre, dont j’aurai l’occasion de vous parler un jour.
Pardonnez-moi si j’ai donc choisi une accroche aguicheuse en parlant de Frankenstein, d’autant que le rapport entre le livre lui-même et la pensée de Godwin est relativement ténu. Certes Marie Shelley vouait une admiration profonde à ses parents et était plutôt en adéquation avec les idées de son père sur la morale et la justice sociale mais le lien s’arrête là. Cette « astuce » éditoriale m’aura peut-être permis de raccrocher quelques lecteurs qui auraient été rebutés par « biographie sommaire de William Godwin », ou par « le Voltaire anglophone »… Si j’évoque le célébrissime philosophe du siècle des lumières, c’est parce que beaucoup de contemporains de Godwin l’ont fait, notamment parce que les thèmes qu’il abordait étaient souvent proches de ceux traités par Voltaire. L’ouvrage le plus connu de William Godwin, celui qui contient vraiment le premier exposé d’une philosophie libertaire, s’intitule : « Enquête sur la justice politique et son influence sur la morale et le bonheur d’aujourd’hui ». L’auteur y tient des propos tels que celui-ci : « Tout ami bien informé de l’humanité doit tendre vers cette époque heureuse qui verra la dissolution du pouvoir politique, cette machine brutale qui a été l’unique et perpétuelle cause des vices de l’humanité, et qui, ainsi que cela a été abondamment montré tout au long de ce travail, possède des tares de toutes sortes, et ne peut donc se modifier autrement que par sa totale annihilation ! » Il faut savoir que ce livre parait en 1793, année où la « Terreur » règne en France, alors en pleine Révolution. Lorsque l’on tient compte de ce contexte historique, un paragraphe tel que celui qui va suivre prend tout son intérêt : « Il n’y a pas d’autre moyen d’améliorer les institutions d’un peuple que d’éclairer l’entendement des citoyens. Quiconque s’efforce d’asseoir l’autorité d’une opinion, non par la raison mais par la force, peut avoir de bonnes intentions ; il n’en cause pas moins un tort immense à ceux qu’il prétend servir. » De la dictature qui se mettait en place en France à la proclamation de l’Empire, le fossé n’était pas bien grand à franchir… Le gouvernement anglais envisage, dans un premier temps, de faire interdire la publication de cette « Enquête », puis y renonce en espérant que le prix élevé du livre découragera les lecteurs et que sa diffusion restera confidentielle. Erreur : l’ouvrage connait un succès important et plusieurs éditions piratées bon marché circulent un peu de partout dans le pays…
Cette « Enquête », même s’il s’agit d’un texte essentiel, n’est pas le seul ouvrage rédigé par Godwin. J’y reviendrai. Mais il est temps peut-être de parler un peu plus en détail du personnage. William Godwin est le fils d’un pasteur calviniste et il reçoit une éducation très religieuse. il devient lui-même pasteur mais, se rendant compte que sa foi religieuse l’abandonne peu à peu, il renonce à exercer son ministère et décide de vivre de ses écritures. La lecture de philosophes comme Rousseau, Holbach ou Hélvétius contribue fortement à son détachement de la religion. Lorsque la Révolution éclate en France en 1789, il fait très rapidement partie du cercle des intellectuels sympathisants qui s’opposent à toute intervention anglaise. Ce groupe comprend des personnalités très diverses issues du milieu artistique ou littéraire qui prennent fait et cause pour les Républicains de l’Hexagone. Parmi ces militants se trouve Mary Wolstonecraft, écrivain elle aussi, fondatrice du féminisme militant, qui deviendra son épouse. Le premier ouvrage de Godwin est accueilli très favorablement dans le cercle et connaît un succès rapide. Au cours de sa carrière, il va écrire une vingtaine d’ouvrages de genres divers (essais, biographies, réflexions philosophiques, romans…) mais il n’échappera pas aux contradictions entre les idées qu’il préconise et les situations auxquelles il est confronté. Il veut réformer la société d’après les données de la raison et dénonce les méfaits d’un certain nombre d’institutions, y compris le mariage ; ce qui ne l’empêche pas de supporter difficilement les frasques conjugales de celle qui est son épouse, la rebelle Mary Wolstonecraft (cf portrait), dont il est amoureux fou. Lorsque sa femme meurt, à la naissance de sa fille, c’est lui pourtant qui va rédiger sa biographie, un texte dans lequel il met tout l’amour qu’il est capable de donner. Il veut promouvoir une éducation libre et basée elle aussi sur la raison, mais trouve scandaleuse l’union libre de sa fille Mary avec le poète Percy Shelley qui est pourtant l’un de ses fidèles disciples. Il faut dire que lorsqu’elle s’installe avec son « ami », la tumultueuse Mary (image 4) n’est âgée que de 15 ans. Les relations entre le père et la fille traversent alors de violentes périodes de turbulence. La réconciliation n’interviendra qu’après l’union « légitime » des deux amants en 1816. Il est vrai qu’il est toujours plus facile d’éduquer les enfants des autres ! La rébellion de Marie (junior) qui marche à grands pas sur la voie tracée par sa mère contrarie profondément notre pourfendeur de la morale chrétienne, lui qui a écrit par exemple : « Tout est valable même les fantaisies les plus absurdes, même les formules les plus répulsives, aussi longtemps qu’elles trouvent des partisans pour les appliquer volontairement, sans prétendre y obliger les autres, aussi longtemps qu’elle ne font loi que pour ceux-là seuls qui se sont librement associés à eux. Rien n’est valable du moment qu’il s’agit de devenir règle pout tous. »
La réflexion de Godwin est intéressante parce qu’elle s’engage sur une voie particulière, ouvrant des pistes nouvelles dans le domaine de la morale individuelle et de la structuration de la société. S’il soutient les révolutionnaires français et les admire, il n’approuve pas les excès commis par les Jacobins, estimant que la mise en place d’un nouveau pouvoir ne résoudra pas les problèmes que posait le précédent et au contraire, les reproduira dans le futur. Comme le fait remarquer Alain Thévenet qui a longuement travaillé sur son œuvre, « Godwin était un modeste qui croyait davantage à la perfectibilité des êtres qu’à la perfection sociale ». S’il estime que « l’homme est fait pour la société », il donne toute son importance à l’individu solitaire : plutôt qu’une contradiction, il s’agit de la recherche d’un équilibre fragile… La vie de l’écrivain est marquée par l’alternance de périodes d’optimisme et de pessimisme, de gloire et de rejet, d’aisance et de misère. Deux forces se partagent (déjà) le monde politique à l’époque où il écrit : les conservateurs traitent de « jacobins » et d’ennemis de la nation tous les radicaux qui s’opposent à la politique de Pitt ; quant aux Jacobins français ils instaurent « la terreur » au nom du gouvernement populaire et se méfient de ceux qu’ils jugent trop modérés. William Godwin cherche une troisième voie, et dans un contexte d’opposition violente entre deux blocs, cette démarche n’est pas aisée. Si ses écrits théoriques témoignent d’une certaine hardiesse, il ne s’impliquera jamais dans aucune action politique violente contre le gouvernement anglais. Les anarchistes connaîtront un peu le même dilemme, un bon siècle plus tard, peinant à faire entendre leur voix singulière entre le capitalisme triomphant et la « dictature du prolétariat » prônée par les Marxistes-Léninistes. Il n’est pas facile de vouloir suggérer une troisième voie politique qui ne soit pas un compromis bâtard entre les deux premières, mais au contraire un dépassement de l’idéologie qui les sous-tend. Dans la dernière partie de sa vie, Godwin écrira plusieurs ouvrages qui atteindront une certaine notoriété, notamment un « traité sur la population » où il s’oppose aux doctrines de Malthus, et des « Pensées sur l’homme », qui paraîtront en 1831 et dans lesquelles il complètera les réflexions amorcées dans son « Enquête sur la justice politique »… Il meurt dans la misère, le 7 avril 1836 à Londres. Le seul de ses ouvrages qui aurait pu avoir un rapport lointain avec le « Frankenstein » de sa fille est intitulé « Vies des Nécromanciens », sauf que ce dernier ouvrage est paru en 1831, alors que Marie Shelley a publié son best-seller, de façon anonyme d’ailleurs, en 1818 ; elle est alors âgée d’à peine 19 ans : son génie est tout aussi précoce que sa vie amoureuse. Le livre « Vies des Nécromanciens » démontre bien que Godwin a touché un peu à tous les genres, y compris au fantastique, à moins qu’il ne soit le témoignage du retour à la surface, en fin de vie, de ses préoccupations religieuses… Après la mort de son père, c’est Marie Shelley qui se consacrera à la mise en ordre des dossiers et des écrits du philosophe.
Mon intérêt pour Godwin est lié aussi au fait que j’adore les penseurs qui introduisent de mignons petits grains de sable dans les mécaniques bien huilées, et ce, dans tous les domaines bien entendu… J’invite tous ceux que cette courte biographie a intrigués à se reporter au livre d’Alain Thévenet, « Godwin, des Lumières à l’anarchisme », publié aux éditions « Atelier de Création Libertaire » (lien permanent dans la colonne de droite de ce blog). D’autres livres du même auteur, portant sur Godwin, sont disponibles chez ACL. Le choix de textes intitulé « William Godwin et l’euthanasie du gouvernement », chez le même éditeur, est épuisé mais peut être consulté en ligne à cette adresse : http://www.atelierdecreationlibertaire.com/IMG/pdf/Godwin.pdf
2mars2009
Posté par Paul dans la catégorie : Feuilles vertes.
Le salon de l’agriculture, même si notre petit timonier ne s’y intéresse guère, contrairement à son prédécesseur, est toujours un lieu où il se passe des choses passionnantes. La preuve, c’est que mon voisin y est allé et qu’il n’arrête pas d’en parler. Cette année, par exemple, s’y est déroulée la cérémonie de remise du « Monsanto d’or », un trophée remis à la personne ou à l’organisme le plus méritant pour ce qui est de la prolifération des OGM dans nos assiettes et de la défense des intérêts financiers de la multinationale Monsanto. En 2008 Greenpeace avait remis cette sublime récompense au sénateur UMP de la Manche, Jean Bizet. Ce digne politicien est un pourfendeur d’ennemis du progrès et un actif propagandiste du « bond en avant technologique que représente le Maïs BT ». Il ne voit aucun problème dans la propagation des gênes modifiées, considère comme inutile la protection des parcs naturels, ne voit pas pourquoi l’on devrait « sanctuariser » l’agriculture bio… Bref c’est un individu méritant qui a reçu la superbe récompense l’an dernier : un épis de maïs en plastique sur coussinet de velours pourpre. Le gagnant de cette année n’a pas démérité non plus et le choix dans la liste de candidats involontaires n’a pas été trop difficile.
En 2009, c’est un organisme, l’AFSSA qui a été désigné. Pour ceux qui sont ignares en matière de sigles, l’AFSSA c’est l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments, chargée de veiller sur la qualité de la nourriture que nous mettons dans nos assiettes. Certes, ses recommandations n’ont pas d’effet législatif direct, mais elles sont largement prises en compte par nos dirigeants avant d’autoriser une quelconque mise sur le marché ou un éventuel retrait (comme pour les tétines de biberon contenant du biosphénol). L’AFSSA vient de rendre un avis favorable sur le maïs transgénique de Monsanto; estimant que celui-ci ne présentait aucun danger pour le consommateur français. Le rapport, semble-t-il un peu précipité, a fait monter la moutarde au nez d’écologistes mal lunés, et notamment de l’ONG Greenpeace. Un groupe d’une cinquantaine de « faucheurs volontaires » s’est empressé de se rendre au salon de l’agriculture afin de remettre le prix à la chargée de communication de l’AFSSA . L’un de ces agités de l’instrument tranchant a tenu à préciser que le « jury » considérait que « l’AFSSA avait perdu toute indépendance et qu’elle était aux mains des lobbies et des semenciers ». L’heureuse bénéficiaire du trophée n’a pas tenu à faire de commentaire devant les journalistes présents. L’avis favorable de l’AFSSA tombe à point nommé : ces derniers temps la Commission Européenne fait le forcing pour que les quatre derniers pays qui s’opposent à l’introduction du maïs Monsanto MON810 (à savoir la France, la Grèce, l’Autriche et la Hongrie) lèvent leurs interdictions. Aujourd’hui, lundi 2 mars, doit avoir lieu une réunion pour statuer sur la position de deux de ces « vilains petits canards », l’Autriche et la Hongrie. Le cas de la France sera examiné un peu plus tard. Il faut dire que les pressions internationales et en particulier américaines sont considérables et qu’il va falloir pas mal d’énergie pour résister ! Si les ministres de l’environnement des Etats membres de l’UE votent majoritairement contre la position des quatre pays réfractaires, c’est une sacrée brèche qui sera ouverte dans la législation agricole et les semenciers ne vont pas manquer de s’y engouffrer. Une dizaine de pays jouent un rôle clé dans le vote qui va avoir lieu : il s’agit de l’Allemagne, la République Tchèque, la Roumanie, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, l’Estonie, la Slovaquie, la Bulgarie et la Belgique. Greenpeace propose une pétition en ligne à adresser aux ambassades de ces différents pays afin que leurs ministres ne cèdent pas aux sirènes d’une petite poignée de multinationales de l’agrochimie, au détriment de la santé des consommateurs.
Il faut cependant noter que ce n’est pas sur la base d’une quelconque toxicité que le gouvernement français a exercé son droit de retrait, mais sur les risques environnementaux que faisait courir la dissémination des gênes modifiés. Or l’AFSSA ne s’est pas prononcée à ce sujet, qui n’est d’ailleurs pas de son ressort. Il semblerait donc légitime que la position de la France ne change pas, et, si nos gouvernants ont encore une quelconque cohérence, l’orientation prise après le fameux « Grenelle de l’environnement » ne devrait pas évoluer pour l’instant. Je dirais même que les études les plus récentes qui ont été conclues devraient étayer la position française car elles témoignent non seulement de l’évidence mais également de l’aggravation des risques de dissémination. Au Mexique, l’un des berceaux de la culture traditionnelle du Maïs, on découvre actuellement que nombre de variétés anciennes ont déjà été altérées, et que les pollens du maïs se propagent à des distances largement supérieures à celles que prévoient les différentes normes de sécurité (quand il y en a). D’un autre côté, un revers de plus pour Monsanto serait fortement dommageable à l’image de marque de l’entreprise, et ses lobbyistes ne restent pas inactifs, loin de là. Certains élus français ont eu le courage de témoigner des pressions diverses dont ils faisaient l’objet. En matière de chantage, le groupe Monsanto a déjà eu de nombreuses occasions de prouver qu’il ne jouait pas dans la division « enfants de chœur » ! Ceux qui veulent être plus amplement informés sur le « système Monsanto » peuvent par exemple consulter cette page du site « Combat Monsanto » au sujet de l’infiltration des administrations ou bien celle-ci concernant les tentatives de corruption de la recherche ». Les témoignages cités sont édifiants.
Bon nombre des arguments employés pour gonfler la baudruche de la « nouvelle révolution verte » par les OGM se dégonflent peu à peu, au fur et à mesure que les propos de certains chercheurs ou de certains organismes indépendants sont enfin entendus. L’ONU a par exemple soutenu le rapport rendu par l’International Assessment of Agricultural Science and Technology for Development , dont les conclusions sont formelles : les OGM ne pourront pas résoudre la pénurie alimentaire. Le directeur de cette étude, Bob Watson, a répondu par un « non » catégorique à la question qui lui était posée par les journalistes, à savoir si les OGM pouvaient résoudre le problème de la faim dans le monde. Les travaux de chercheurs de l’université américaine du Kansas ainsi que de celle du Nébraska viennent étayer cette déclaration : selon leurs conclusions, le rendement du soja transgénique est inférieur de dix pour cent à celui du soja conventionnel. La polémique actuelle doit être remise dans ses vraies dimensions : les multinationales de l’agroalimentaire n’agissent pas en tant que bienfaiteurs de l’humanité mais uniquement pour défendre leurs intérêts financiers et assurer leur mainmise progressive sur les agricultures de tous les pays du monde. Lorsque le prix des céréales et celui des semences s’est envolé, le prix du désherbant miracle « Round’Up » de Monsanto (complément incontournable du Soja commercialisé par le même industriel) a – comme par hasard – suivi la même évolution. Les conséquences de cette tentative de prise de contrôle sont catastrophiques pour les pays en voie de développement. Le mouvement Navdanya, en Inde, ainsi que de nombreuses autres ONG, a démontré le lien entre les suicides de paysans dans ce pays et la marche forcée dans la culture des OGM : rendements en chute libre, terres épuisées, agriculteurs surendettés et ruinés. D’autres modèles agricoles que celui prôné par les multinationales existent et ils doivent être soutenus par n’importe quel moyen.
NDLR : si le sujet vous intéresse, il a été développé dans une chronique antérieure, en deux parties publiées à la suite, intitulée « un avenir agricole pour la planète« . Sur la troisième photo publiée pour illustrer l’article, vous avez bien entendu reconnu Vandana Shiva, l’une des porte-parole du mouvement Navadanya et l’une des « stars » de ce blog. Certains dirigeants de la multinationale qu’elle a dans « son collimateur » apprécieraient, j’en suis convaincu, sa disparition !
28février2009
Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour...; Carnets de voyage.
J’avais plusieurs idées de titre pour cette chronique : ça allait de « petits potins de fin de semaine » à « le réseau Al Quordéonista, un danger méconnu », en passant par « On n’est pas mal dans ses pantoufles »… Et puis non c’est le gratin qui a gagné. Les oracles en ont décidé : c’est ainsi que s’appellera cette chronique de fin de voyage, retour au pays et tout le tralala, un peu fourre-tout comme il se doit. J’ai pris en tout cas une résolution au Québec : je n’emploierai plus les termes « week-end » et « mail » ; je les remplace définitivement par « fin de semaine » et « courriel ». De cette façon, les amis québécois auront deux bonnes raisons de moins de se moquer des Français de France qui parlent l’Anglais d’Angleterre. Je revendique bien le « parler dauphinois », mais pour être honnête, à part quelques mots disparates, je ne le connais guère. En tout cas, pour un bon voyage, ce fut un bon voyage : chaleureux (le comble !) au niveau des rencontres, enrichissant, culturel, nourrissant… avec quelques petites anecdotes à rapporter pour alimenter les chroniques… Parfait ! Bon c’est vrai que l’hiver c’est l’hiver et que de l’autre côté, eh bien quand il fait frette, il fait vraiment frette et c’est pas pour les fillettes, ni pour les garçonnets (je voudrais pas être taxé de sexisme). Mais je me suis suffisamment épanché là-dessus et je ne vais pas en repasser une couche, d’autant que le beurre, si on veut qu’il s’étale bien sur les tartines, il vaut mieux qu’il soit mollasson, donc un peu tiède.
Des qui le sont pas, mollassons, ce sont les services de sécurité canadiens à l’aéroport de Montréal. Là, on sent que le voisin étatsunien n’est pas loin, là-bas, en bas, au Sud, et que son influence néfaste se fait nettement ressentir. Les contrôleurs de bagages de Roissy Charles de Gaulle ont encore des leçons à recevoir en matière d’hystérie sécuritaire… Je vous avais conté mes ennuis au voyage aller, parce que j’avais eu la triste idée d’emporter mon accordéon diatonique comme bagage de cabine (cf « Délocalisation, philosophie et petits plaisirs« ). Vouloir le rapporter avec moi, dans les mêmes conditions, ce n’était plus une idée triste, c’était une idée désastreuse, qui m’a coûté un bon quart d’heure de mon temps au moment de l’embarquement. Les policiers canadiens ont bien cru qu’ils avaient réussi à attraper le chef d’une nouvelle mouvance terroriste : « le réseau Al Quordéonista ». V’la t’y pas que ce crétin d’instrument en noyer que j’adore s’est permis de faire sonner toutes les alarmes possibles et imaginables au moment du contrôle. Il a fallu lancer la procédure d’alerte 33bis améliorée 34ter. La charmante responsable de la sécurité m’a demandé de bien vouloir me mettre de côté et m’a expliqué que, « des traces de substances explosives ayant été détectées sur mon instrument, il allait falloir procéder à quelques vérifications supplémentaires ». J’ai donc eu droit à une inspection détaillée du boîtier, puis de la bombinette elle même, une analyse en règle avec prélèvements sur le missile ainsi que sur ma fiche d’embarquement – lesquels prélèvements, après manipulations, ont été rangés dans une enveloppe scellée… La partie de plaisir a continué par une fouille en règle de ma personne (le monsieur était charmant mais lorsqu’il m’a demandé s’il pouvait me palper les cheveux j’ai pris l’air totalement ahuri…). Je ne vous parle pas de la vérification de mes chaussures et de l’intérieur de mes chaussettes ; c’était sans doute indispensable mais l’odeur n’était pas vraiment explosive… Un rapport a été rédigé et le chef de service est venu le chercher… Il a fallu préciser l’heure de début et de fin de la « procédure d’alerte »… Je commençais à être de mauvaise humeur et j’ai eu la malencontreuse idée de dire que l’engin avait déjà été vérifié à Roissy et qu’il n’avait pas explosé au vol aller… La brave dame m’a alors expliqué, sur un ton légèrement ironique, que, « les Français ne disposaient pas du matériel ad’hoc, qu’ils étaient un peu rapides dans leurs procédures et que ça ne l’étonnait pas ».
J’allais oublier le questionnaire, un modèle du genre… Non je ne prenais pas de médicaments particuliers… Non je ne manipulais pas d’explosifs et je n’en avais jamais manipulé, c’est rare dans une carrière d’enseignant. Non, aucune autre personne n’avait pu se servir de mon engin de destruction massive pendant mon séjour au Québec. Oui c’était un accordéon que j’avais acheté d’occasion quelques mois auparavant. « Peut-être le propriétaire précédent… » a-t-elle pensé à voix haute. Mon air totalement accablé l’a sans doute convaincue que je ne présentais pas un danger véritable et elle m’a alors suggéré de nettoyer l’ensemble avec de l’alcool pour éliminer les traces de produits chimiques… J’ai pu quitter la zone de sécurité pour me diriger vers l’embarquement, mais je vous avoue que j’étais fort en colère contre cette hystérie sécuritaire qui fait que l’on vous demande votre passeport une dizaine de fois et que l’on ne peut plus transporter de dentifrice sans passer pour un émule de Ben Laden. Pour cette raison, j’avais décidé que je ne mettrai jamais les pieds aux USA. Je n’élargis pas encore cette mesure au Canada, car ce pays a, heureusement, bien d’autres attraits à mes yeux. Ce qui est clair, c’est que c’est la dernière fois que j’emmène Léon avec moi en avion. La prochaine fois, il restera à la maison, ça lui fera les pieds, non, pardon, les soufflets !
Pour être objectif, je dois dire que tout ne fonctionne pas de cette façon au Canada et que la présence policière y est nettement moins lourde qu’en France. Les quelques flics que nous avons pu voir dans le métro avaient même une tenue assez marrante : veste d’uniforme plutôt stricte et pantalons de treillis plutôt bigarrés allant du jaune fluo à l’orange en passant par le vert pomme. Renseignements pris, il paraît que la police de Montréal témoigne de son mécontentement de cette façon là… Nous avons aussi discuté immigration avec un chauffeur de taxi « latinos » et avec une journaliste française, qui, par pur hasard, a fait le voyage aux mêmes dates que nous. L’accueil des immigrants est une longue tradition au Canada, et fonctionne avec une sacré dose d’hypocrisie et de méfiance en moins qu’en France. La ville de Montréal se vante de regrouper plus de quatre-vingt nationalités différentes. En ce qui concerne le travail, on ne juge pas les gens sur leur mine ou sur leur patronyme mais selon leurs compétences. Les barrières sociales ne sont pas aussi infranchissables qu’en France. Notre journaliste est d’origine tunisienne et galère pour trouver du travail dans la région lyonnaise. Rien que le fait d’avoir un entretien avec un responsable d’embauche relève du parcours du combattant si l’on ne dispose pas du réseau de contacts nécessaires. Un nom à consonance maghrébine ne vient pas arranger la situation. En trois semaines au Québec, elle a pu avoir un rendez-vous avec le patron de radio Canada et un certain nombre d’autres responsables de médias. Du coup elle se pose de sérieuses questions quant à son avenir professionnel… en France. Certes l’hiver est plus doux, mais quel intérêt d’être ici, dans un pays qui ne juge que sur les apparences, assimile les jeunes nés en France à la nationalité de leurs parents et prétend vous intégrer (alors que vous n’avez pas à l’être puisque vous êtes citoyen français) en pensant très fort que les « étrangers » mangent votre pain et assassinent vos petits vieux…
Trêve de philosophie pour terminer sur une note de musique. Nous avons rapporté dans nos bagages un très beau CD de la chanteuse Claire Pelletier. Merci à l’amie Brigitte qui nous a fait découvrir cette artiste québecoise, née dans le comté de Kamouraska. Elle chante les légendes de son pays et d’ailleurs avec une voix bien timbrée et des accompagnements musicaux qui ne sont pas sans rappeler Loreena Mac Kennit, mais avec une forte touche personnelle. Elle a déjà édité plusieurs CD. Nous en avons écouté de larges extraits pendant que nous rentrions de l’Estrie sur Montréal. Il y a beaucoup de chansons que j’aime bien, de sa version de « la belle est au jardin d’amour » à « Kabir Kouba », dédiée au peuple Wendat (Hurons) et à la rivière qui serpentait sur leur territoire. Je n’ai pas eu le temps de tout réécouter. Je vous en reparlerai sans doute, mais je ne promets rien ! Depuis notre retour en France il a fallu nous replonger dans le train train quotidien, et mettre les mains dans le gratin (dauphinois). La chose n’est pas simple : plus on est vieux, je trouve, plus on a du mal à encaisser le décalage horaire… Mars est là demain : il faut finir de rentrer le bois (au cas où l’hiver prochain soit très rude, il en faut beaucoup !), planter, semer, nettoyer… Et bien sûr, ne pas oublier le blog, les copains et les services à rendre à droite et à gauche (euh, en fait, je ne rends des services qu’à gauche, vous comprenez, c’est l’expression qui m’oblige à employer le terme « à droite »). Comme le disait mon incontournable mémé : « mars au jardin, radis en avril et salades en mai ! » En tout cas, merci à tous ceux qui se sont décarcassés pour que ce séjour soit une réussite, ils ont atteint leur but !

24février2009
Posté par Paul dans la catégorie : Carnets de voyage; Histoire locale, nationale, internationale : pages de mémoire.
Au XVIIème siècle, les Français possèdent trois comptoirs commerciaux au Canada, le long du fleuve Saint Laurent : Québec, Trois Rivières et Ville Marie (future Montréal). Les espoirs des colons ont été déçus dans leur quête d’or ou d’argent dans la province de Nouvelle France. Mais un autre commerce va faire rapidement la fortune des négociants, c’est celui des fourrures, en particulier des peaux de castor très prisées en métropole. Dans un premier temps, ce sont les autochtones, les Indiens, qui se rendent dans les comptoirs et troquent cette précieuse marchandise contre des fusils, de la poudre, des outils, ainsi que des ustensiles de moindre valeur. L’appétit sans cesse croissant des négociants fait que certains d’entre eux cherchent comment augmenter le volume du trafic. L’un des moyens consiste à pousser certains de leurs compatriotes, les plus aventureux, à partir dans les forêts de l’Ouest et du Nord du pays, pour « trapper » le gibier, à la façon des Indiens. Très vite, ces chasseurs blancs reçoivent le surnom de « coureurs de bois » ou de « voyageurs ». Ils étudient le mode de vie et la façon de chasser des Premières Nations et complètent leur formation sur le terrain. Ils utilisent les canots en écorce de bouleau des Indiens pour se déplacer, apprennent à pister le gibier, à fumer la viande… Ils s’habillent comme les autochtones et partagent leur vie dans les campements. Leurs expéditions les entrainent de plus en plus loin des postes de traite et parallèlement à leur activité de chasse, ils deviennent de véritables explorateurs du continent, remontant jusqu’aux Grands Lacs, suivant les vallées du Saint Laurent, de l’Outaouais ou du Mississipi. Leur mode de vie évolue peu à peu au contact des Indiens et surtout de leur mode de vie forestier. L’église catholique voit d’un très mauvais œil cet éloignement de la civilisation et désapprouve les contacts de plus en plus rapprochés de ces « sans toits ni lois » avec des tribus autochtones au comportement jugé souvent libertin. Pire encore, il arrive assez souvent que ces hommes s’unissent avec des femmes indiennes. Les Jésuites ne pardonnent pas cette « indianisation » de mauvais chrétiens et n’hésitent pas à accuser les coureurs de trahir le Roi et de pactiser avec « l’ennemi » indigène.
Au début de l’installation en Nouvelle France, le nombre de ces coureurs de bois est limité. L’administration coloniale fait tout ce qu’elle peut pour essayer de les contrôler, essayant de tenir des registres, de délivrer des patentes, de sévir contre ceux qui ne veulent pas respecter les décrets. Entre 1674 et 1690 par exemple, le trafic est sévèrement réprimé par les représentants du Roi : ceux qui se font prendre en pratiquant ce commerce de façon illégale sont condamnés dans un premier temps à une amende, puis dans un second temps aux galères. Mais cela n’empêche pas le nombre de trappeurs d’augmenter sans arrêt, notamment lorsque les régiments venus de France démobilisent : tous les soldats n’ont pas le goût de devenir paysans ou artisans ; certains préfèrent la vie libre dans les bois et espèrent s’enrichir et s’installer à leur tour comme négociants. Ils passent l’hiver dans les postes de traite puis s’éloignent lorsque le printemps arrive. Ils partent souvent en groupes de façon à s’entraider pour affronter les difficultés du voyage. Certains parcourent jusqu’à deux mille kilomètres de distance pour arriver dans leurs zones de prospection. Plusieurs de ces personnages singuliers ont laissé leur nom dans l’histoire à la suite de leurs travaux d’exploration ou des aventures qui leur sont arrivées, mais la réprobation de l’église a certainement lourdement pesé sur la mémoire collective pendant de nombreuses années. Leur rôle essentiel dans le développement et la richesse de la colonie a pendant longtemps été occulté. Il faut dire également que tous n’étaient pas des anges, loin de là, et que parmi les reproches que l’on peut formuler à leur égard, il y a le trafic d’alcool avec tous les ravages qu’il a causés parmi les Premières Nations.
Plusieurs de ces coureurs célèbres dans l’histoire du Québec, ont eu une destinée assez singulière. Citons par exemple Médard Chouart des Groseilliers… Il arrive en Nouvelle France à l’âge de seize ans. Quelques années plus tard ils se joint à une mission des pères jésuites auprès du peuple des Hurons. Il s’agit là de l’appellation donnée par les Français à ce peuple amérindien qui porte en réalité le nom de Wendat. Notre homme reste dix ans auprès des autochtones avant de s’installer à Trois Rivières et de devenir coureur de bois. En compagnie de son ami Pierre-Esprit Radisson, il explore le Nord de l’Ontario actuel. Il est l’un des premiers explorateurs à avoir atteint le Lac Supérieur. Suite à des déboires avec l’administration française (le gouverneur de Nouvelle France lui confisque une cargaison de fourrures qu’il rapporte de l’une de ses expéditions), il se rend en Angleterre et propose ses services au Roi Charles II. Celui-ci accepte de soutenir ses entreprises et les expéditions suivantes de Chouart des Groseilliers seront à l’origine de la création de la célébrissime compagnie de la Baie d’Hudson. Les Français accusent le coureur de bois de trahison, mais acceptent cependant son retour dans les comptoirs de Nouvelle France. Il change de camp une nouvelle fois et apporte son soutien à ses compatriotes dans leur lutte contre les Anglais. Ce parcours complexe montre à la fois l’indépendance d’esprit des coureurs, se comportant plutôt comme des corsaires, mais aussi la complexité de la situation politique dans les immensités territoriales canadiennes. Médard meurt à Trois Rivières en 1696.
La vie d’un autre coureur de bois mérite d’être rapportée dans cette brève rétrospective. Il s’agit de celle de Louis Jolliet, l’un des premiers explorateurs du continent né au Canada. Cet homme va être à l’origine de découvertes importantes, à la fois vers le Sud-Ouest en descendant le fleuve Mississipi et vers le Nord en direction de la Baie d’Hudson. Rien ne prédispose cependant Louis Jolliet à devenir coureur de bois. Il fait en effet ses études au séminaire, devient clerc puis organiste à la cathédrale de Québec. Il tourne le dos à sa carrière religieuse à l’âge de 21 ans. Après un bref voyage en France, il entreprend de devenir trafiquant de fourrures. Ses capacités et son énergie le font remarquer par Jean Talon, Intendant de la Province, et par Frontenac, gouverneur, qui décident de l’envoyer le long du Mississipi, pour une mission d’observation et de négociation avec les tribus indiennes qui vivent dans cette région. Leur voyage durera presque une année, du printemps 1673 à celui de 1674 et leur permettra d’explorer le grand fleuve jusqu’à mille kilomètres de son embouchure, jusqu’à la frontière de la Louisiane où ils rebrousseront chemin. Les détails de son expédition sont malheureusement mal connus car les deux journaux qu’ils va rédiger seront détruits : le premier dans un naufrage, le deuxième dans un incendie ! Quelques années plus tard, c’est vers la Baie d’Hudson que Jolliet part en expédition sur la demande de Frontenac ; il quitte la Côte Nord du Saint-Laurent et remonte la vallée du Saguenay, le lac Saint Jean, avant de parvenir à la Baie où les Anglais contrôlent la traite des peaux. En 1694, c’est la côte du Labrador qu’il cartographie. Il meurt en 1700, ayant acquis une notoriété internationale en tant que premier géographe de la Nouvelle France.
Au cours des siècles suivants, lorsque la Province sera passée sous domination anglaise, la fonction des coureurs de bois et la considération dont ils jouissent va considérablement évoluer et la description que j’ai donnée de leur situation sociale au XVIIème n’est plus tout à fait valable pour la suite de l’histoire. Au début du XXème siècle, le coureur de bois devient même une sorte d’emblême pour les Canadiens francophones qui peinent à se faire une place dans la société anglophone. Les « routards » du XVIIème deviennent alors le symbole d’une rébellion contre l’ordre établi. Lorsque l’on sait que l’un des « apôtres » de cette réhabilitation, Lionel Groulx, est un chanoine, on se rend compte du fait que l’Eglise Catholique n’hésite pas à virer de bord lorsque ça l’arrange ! Je vous conterai un de ces jours la singulière légende de la « chasse-galerie », un pacte que les coureurs peuvent passer avec le diable pour voyager dans les airs à bord d’un canot doué d’étranges pouvoirs. Ce sera l’occasion de réactiver les « histoires d’Oncle Paul » qui sommeillent un peu en ce moment ! Cela complètera ce bref portrait des coureurs et permettra d’apprécier l’importance de la place qu’ils occupent dans la mythologie québécoise.
Pour la prochaine chronique nous serons sans doute « relocalisés » dans la Principauté dauphinophone du Charbinat. Comme le disait ma célébrissime grand-mère : « Février aux tisons, Pâques au balcon » !
22février2009
Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour...; Carnets de voyage.
Samedi pépère, partagé entre une jolie balade dans les quartiers rupins et anglophones au pied du mont (quartier Westmount) et une virée sur le vieux port pour le festival « Montréal en lumières ». Je sens que cette chronique va être tranquillette elle aussi… J’écris d’une oreille distraite parce que j’ai dans les doigts le dernier CD des « Cowboys Fringants », mon groupe québecois préféré. Je préfère ce disque à l’avant-dernier : il est plus dans la lignée des premiers enregistrements qui m’avaient fait apprécier le groupe. Les musiques sont ringardes à souhait et les textes marrants et plus incisifs. Mes yeux vont et viennent de l’écran à la fenêtre, ce qui me permet, entre deux fautes de frappe, de mesurer l’élévation progressive de la couche de neige. Celle-ci recouvre peu à peu la rue en masquant tous les petits défauts qui empêchent d’apprécier un paysage urbain : poubelles renversées ou détritus traînant sur la chaussée. Dans la rue où nous logeons, beaucoup de bâtiments sont construits en briques rouges et la couverture blanche fait particulièrement ressortir les façades. Peu de véhicules circulent en ce dimanche matin : la météo et le farniente dominical expliquent le calme qui règne un peu partout, sauf sur les grandes artères, mais nous en sommes loin. Sur la chaussée enneigée, tous les bruits sont estompés. Pour vous aider à mieux saisir l’état d’esprit dans lequel je me trouve, je vous dirais bien que l’ambiance me rappelle une très belle poésie ; le problème c’est que je ne sais plus laquelle ; je n’ai que des sonorités et des images dans la tête.
Hier, tôt dans l’après-midi, nous avons donc pris nos cliques, nos claques, nos manteaux et nos chaussures et nous sommes partis en maraude dans le quartier. Nos pas (guidés par le grand Maître des lieux) nous ont d’abord conduits vers une jolie place au cœur du quartier Saint Henri. Des arbres magnifiques et plutôt anciens bordent l’espace blanc (j’aurais du mal à dire espace vert). Je me suis creusé la tête un moment pour essayer de les identifier, mais mes connaissances restreintes en botanique m’ont juste permis de déterminer à quelle espèce ils n’appartenaient pas. Soyez indulgents ! Identifier des arbres seulement à l’aide de leur silhouette et des nuances de leur écorce ce n’est pas donné à un apprenti boiseux ! Le quartier Saint Henri est un quartier populaire de Montréal. Autrefois, c’était un ghetto de misère, l’un des lieux où Gabrielle Roy a situé ses romans les plus connus. Certaines rues sont plutôt pimpantes, mais l’on s’aperçoit, quand on arrive à Westmount, après avoir franchi la rue Sherbrooke, que deux mondes très différents peuvent se côtoyer mais certainement pas s’interpénétrer ! Le quartier anglophone riche se dresse sur le flanc Ouest du Mont Royal. Les rues sont bordées de maisons cossues de styles très divers, mais avec une dominante très « british » ; on se croirait par moment dans les quartiers résidentiels de Londres. Certains édifices rivalisent de kitch et de mauvais goûts : entrées ornées de colonnades romaines, armoiries en toc ou sculptures ridicules : les riches préfèrent visiblement les chérubins et les naïades aux nains de jardin, mais le résultat est le même !
Au cœur du quartier se trouve un joli parc avec une bibliothèque somptueuse dans laquelle nous rentrons, non pour nous cultiver, mais simplement pour le plaisir d’admirer les planchers, les lambris muraux et les salles de lecture confortables. Là aussi, on se croirait dans les salons d’un « club » londonien. Le plus sympa c’est la grande serre chauffée, dans la partie centrale du bâtiment. On peut emprunter un livre puis s’installer confortablement pour lire dans un lieu très lumineux, au milieu des plantes vertes de toutes sortes… Un figuier bourgeonne et porte ses premiers fruits ; il fait moins dix dehors… Ça me laisse songeur, et ça me fait penser qu’on aurait dû, quand même, aller rendre notre visite coutumière au jardin botanique de Montréal. Après tout, là aussi il y a de gigantesques serres et rien empêche de se promener dans l’arboretum qui est l’un des plus beaux que nous connaissions. Notre programme ne nous en laissera peut-être pas le temps car la piste d’envol de l’aéroport n’est plus très éloignée. Ce qui est sympathique dans les serres de la bibliothèque de Westmount c’est leur emplacement et l’impression d’intimité qu’elles dégagent. Associer les livres et les plantes c’est vraiment une idée pleine de charme, surtout dans un équipement collectif. Un peu plus haut sur le côteau, une autre maison possède une vaste serre vitrée, mais les espaces privés et confisqués m’irritent plus qu’ils ne me fascinent. Je supporte le luxe lorsque la collectivité en profite ; je l’exècre lorsqu’il n’est qu’un objet de placement égoïste. Nous arpentons quelques jolies ruelles bordées de maisons normandes, bretonnes ou orientales. Nous entrons dans une très belle librairie, rue Green : sur les rayonnages, les livres sont presque tous exposés côte à côte et montrent leurs couvertures bariolées plutôt que leurs tranches austères. La fée qui veille au remplissage de mes valises me conseille de savourer le spectacle avec mes yeux plutôt qu’avec ma carte bancaire. Je suis grandement aidé aussi par le fait qu’il s’agit d’une librairie anglophone.
Quelques heures plus tard, après une pause roborative et un saut de puce en métro, nous nous retrouvons dans le vieux Montréal, sur les quais du vieux port plus exactement. C’est la troisième soirée du festival « Montréal en Lumières », prolongement pour nos yeux émerveillés du « carnaval de Québec ». Si l’hiver est long dans la Belle Province, on ne s’y ennuie pas et les animations sont nombreuses (au moins en ville !). D’immenses affiches placardées un peu partout sont là pour rappeler le rôle central des sponsors, de la Banque de Montréal à Hydro Québec, en passant par Axa. Cracheurs et jongleurs de feu, équilibristes, musiciens, personnages costumés sont là pour animer la fête. Une foule bon enfant se presse dans les coins et les recoins. Lorsqu’un spectacle commence dans un secteur donné, il suffit de se laisser entrainer par le mouvement collectif, d’ouvrir les yeux et les oreilles tout en veillant à ne pas déraper sur les trottoirs glacés. L’une des premières remarques que je me fais, mauvais esprit s’il en est, c’est que c’est amusant, surtout après les événements financiers de la fin d’année 2008, de voir une grande banque sponsoriser un feu d’artifice. Je ne peux m’empêcher d’imaginer que chacune des petites étoiles dans le ciel est un billet de cent piastres, généreusement fourni par le contribuable canadien, qui se consume et disparaît en fumée… En tout cas, je ne sais pas si j’assiste là aux fastes d’une civilisation déclinante, mais je ne me lasse pas du spectacle. C’est encore une fois mon côté hobbit qui prend le dessus : j’adore les pluies d’étoiles multicolores dans le ciel surtout lorsque les étincelles retombent lentement avant de s’éteindre. Les seuls feux que je n’aime pas ce sont ceux qui sont bruyants. Je hais les musiques « boum-boum » déversées par les sonos pourries et hurlantes. Sur la scène principale se produit le groupe « Mauvais sort ». Ça se veut musique traditionnelle québécoise mais, malgré mon goût prononcé pour cet environnement musical là, je n’apprécie pas beaucoup. Je reconnais par contre que les musiciens font preuve d’un sacré dynamisme pour réchauffer l’ambiance et que, personnellement, je ne suis pas encore prêt à jouer du « diato » par moins dix degrés dehors. Je pense quand même qu’il n’y a pas besoin forcément de cracher des décibels par milliers pour enthousiasmer une foule… à moins que l’on veuille vraiment démontrer qu’Hydro Québec ne sait pas quoi faire de ses kilowatts !
Après une autre animation son, lumière et danse, dont nous n’avons vu que la partie aérienne pour cause de spectateurs en grand nombre, nous avons pris le chemin du retour. Je serais injuste de ne consacrer qu’une ligne à cette dernière mise en scène qui était vraiment spectaculaire. De nombreux dispositifs originaux étaient mis en œuvre, de la grue à la flêche de laquelle étaient suspendu un vaste caré servant de support à des équilibristes, au sorcier façon « Ent » de la forêt, perché dans un nid tout au sommet de l’angle d’un immeuble. Pendant que les cracheurs de feu rivalisaient de souffle sur l’estrade, d’étranges acrobates sautaient par les fenêtres d’un immeuble, rebondissaient sur des trempolines et regagnaient leur logis par la même voie. Même le groupe de Français, placé derrière moi dans la multitude, semblait apprécier le spectacle.. Ce n’est pas peu dire quand on connaît le comportement plutôt grognon et un tantinet méprisant de nos concitoyens. Bref, nous sommes repartis fatigués mais contents comme l’on se doit de dire en de telles occasions. Trouver la plus proche station de métro, à la fin d’un spectacle, ce n’est pas très difficile : il suffit de se laisser « porter » par la foule et on arrive à destination.
Tiens, le CD que j’écoutais est fini… Je ne m’en suis pas aperçu car le fiston a pris le relais au piano. Qu’il est bon de se laisser porter par les notes de musique, sans autre souci immédiat que le petit creux qui se forme dans l’estomac. Sachez-le, je suis pleinement conscient de mon bonheur. Après avoir joué au « coureur de rues » toute une journée, je vous parlerai « coureur de bois » dans ma prochaine chronique. C’est un sujet tout aussi historique que passionnant. Good afternoon.
19février2009
Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour...; Carnets de voyage.
Pas croyable ça ! La journée qui a suivi notre retour à Montréal on se serait presque crus au printemps : la température tournicotait autour de zéro et le soleil était presque quasiment à peu près chaud. Dans la soirée d’hier, ça a mal viré pendant qu’on tournait le dos au ciel en flânant dans les bouquineries du plateau du Mont Royal… On ne peut plus avoir confiance en rien, j’vous jure ! Quand les premiers flocons sont tombés, je crois bien qu’on était dans une boutique fort bien achalandée qui s’appelle « bonheur d’occasion » (au passage c’est le titre d’un ouvrage célèbre de la romancière Gabrielle Roy, pour les plus incultes que moi…). J’étais dans le rayon « histoire du Québec » et je feuilletais un ouvrage passionnant traitant de l’émigration des citoyens et citoyennes français aux temps de la colonisation de la Nouvelle France. L’étude était fort documentée et traitait notamment de la répartition des migrants par région d’origine. Ce que j’ai lu a confirmé ce que je pensais, à savoir que ce sont surtout l’Ouest et le Nord-Ouest de la France qui ont fourni un fort contingent de cultivateurs et d’artisans volontaires pour faire la traversée tant redoutée de l’océan. Très peu de « magnauds » (Dauphinois pour les incultes) ou de Savoyards ont quitté leur terre natale pour partir à l’aventure. Ce qui est drôle, c’est que ce ne sont pas forcément des gens habitués aux hivers prolongés qui se sont installés au Canada, et cela explique en partie les pertes considérables subies par les colons les premières années. Nul doute que des paysans de l’Oisans, du Queyras ou du Vercors auraient été moins surpris par les températures, que les Bretons ou les Poitevins. Pour l’heure, le fait que notre « ambassadeur » reçoive sous peu la nationalité canadienne, remonte les statistiques de l’immigration en provenance du Bas Dauphiné. Pour ceux qui essaient de suivre le cheminement de l’information dans mes synapses, on dit « Cré Magnaud ! » (sacré Dauphinois) mais pas « Cré Bas Magnaud ». Autre précision, si l’on parle de Bas Dauphiné, cela suppose qu’il y en a un « Haut », mais il s’agit là d’une comparaison altimétrique et non d’une évaluation qualitative. Ceux qui pensent que les habitants du Dauphiné d’en-bas valent moins que ceux du Dauphiné d’en haut feraient mieux de changer de blog tout de suite. Je tiens à préciser qu’ils sont tombés dans un nid de nationalistes charbinois citoyens du monde, tendance féodaliste libertaire, sous-tendance écolopabobo.
Pff ! J’ai failli m’énerver et perdre mon fil, égaré entre le Mont Royal, les gars de l’Oisans et les braves paysans partant avec leur baluchon pour la grande traversée. Je pense que c’est la neige qui me fait perdre mon sang froid légendaire, ou alors le fait d’avoir écrit le mot « Savoyard ». Pourtant, le programme de la journée d’hier était des plus agréables. Comme nous avons été sages pendant la première partie du séjour et avons affronté les incontournables épreuves thermiques sans (trop) rouspéter, nous avons gagné un billet pour une soirée au cirque à la Tohu, une toute belle et toute neuve salle de spectacle montréalaise, proche de l’école nationale de cirque et du « pied à terre » du Cirque du Soleil. Pourtant « être très sage » ce n’est pas facile, surtout lorsqu’on fait une virée chez les bouquinistes ! Etre très sage dans ce cas-là c’est se rappeler que l’on est venu en avion, avec des valises calibrées et pesées, et que donc on ne pourra pas rapporter à la maison un plein panier de bouquins même si ce sont des grimoires uniques au monde, introuvables ailleurs et vendus à des prix très honnêtes. Il y a pas mal d’affaires intéressantes à réaliser dans les bouquineries, ici à Montréal, d’autant que les livres neufs et lisibles (c’est à dire en français dans le texte) sont plutôt chers dans les librairies. Le seul regret c’est que, pour l’instant, seuls les auteurs de livres de SF ont créé des machines pour dématérialiser les objets et les rematérialiser six mille kilomètres plus loin, alors mieux vaut être raisonnable pour ne pas rentrer avec un bras plus long que l’autre. D’autant qu’à la frontière, un gars avec un accordéon qui traîne une malle de vieux bouquins, j’ai peur que ça ne fasse encore plus suspect… Donc tant pis pour les deux ouvrages de Jacques Poulin qui manquent à ma collection, tant pis pour les volumes difficiles à trouver en France des éditions Opta (la plus belle collection de SF qui ait jamais existé), tant pis pour les livres de socio et d’ethno sur les « Premières Nations » du Québec (terme actuellement en vogue, on ne dit plus « sauvages à la peau rouge » comme dans les romans que je lisais enfant)… La prochaine fois on fera la traversée sur un porte containers ou alors je me prendrai d’une passion folle pour la collection des tee-shirts (encore un terme anglophone que nous avons « gobé » dans notre Français de France et qui fait rigoler les amis québecois utilisant le mot chandail).
Pff ! Encore perdu le fil, entre Jacques Poulin, les anglicismes et les porte containers. Je pense que ce sont ces maudits flocons qui embrouillent mes neurones. Je ne devrais pas regarder par la fenêtre en tapant cette chronique. Du coup ça m’éviterait de penser que d’ici quelques heures faudra bien que je sorte pour faire mon métier de touriste. Mes idées sont enneigées et mes rêves voguent sur des océans de petites feuilles vertes, de jolies fleurs et de plants de salade. Et je m’éloigne de notre soirée au cirque, objet principal de la présente chronique, qui va bientôt devenir simple anecdote, si je continue à être incapable de patiner droit sur le clavier… Revenons donc à la piste aux étoiles, pour diverger mais brièvement cette fois-ci. De nombreux spectacles ont lieu tôt en soirée et c’est drôlement bien. En disant ça je ne fais pas que formuler une remarque profondément égoïste. Certes, j’aime me coucher pas trop tard, mais je pense que je ne suis pas le seul et que c’est le cas pour les personnes qui vont travailler le lendemain aussi. A Montréal, on mange en rentrant du travail ; la soirée commence tôt et un spectacle débutant vers 19 ou 20 h, eh bien ça n’empêche pas de sortir, même en semaine. En tout cas, la Tohu était pleine, sans que ce ne soit la cohue car, ici, les gens sont encore très civilisés et on peut rentrer et sortir d’un lieu (y compris une rame de métro) sans se faire sauvagement piétiner. Nous avons assisté à un spectacle de cirque plutôt traditionnel mais de très haut niveau. Les numéros qui ont été présentés avaient été préalablement sélectionnés au festival international du cirque de Paris ; tous les artistes apparaissant pendant la soirée avaient été primés au préalable lors du dernier festival ou lors des précédents. De quoi couper le souffle effectivement, ou bien, comme l’a fait remarquer le « Monsieur Loyal » qui faisait le lien entre les numéros, de quoi risquer carrément une crise d’apnée. Au menu de la soirée : tapézistes, jongleurs, équilibristes… avec de nombreuses trouvailles, comme la roue d’un artiste canadien qui s’amusait à arpenter la scène dans des postures rappelant (entre autres) le célèbre dessin de Léonard de Vinci… il y avait aussi les équilibres invraisemblables d’une troupe chinoise, « le chemin de fer », empilant planches et rouleaux à des hauteurs vertigineuses et réalisant des équilibres défiant toutes les lois de la nature. Les diabolos étaient à l’honneur. Le premier numéro, interprété par un couple, était époustouflant ; le second, présenté par un artiste taïwanais, a purement et simplement éclipsé le premier. C’était carrément magique de voir les diabolos virevolter et dessiner des arabesques sur fond de musique « vivaldesque ».
Pchh ! J’ai réussi à recentrer le débat, mais quel effort ! Il faut dire qu’à la fenêtre les gouttes de pluie ont remplacé les flocons et là je ne regarde carrément plus. La piste de ski va devenir une pataugeoire et c’est pas vraiment mieux à mon goût. On a quitté le chapiteau avec des étoiles plein les yeux comme on dit quand on veut employer un joli cliché passe-partout. C’était une belle soirée et je pense que j’ai eu raison d’être bien sage. Je vais essayer de l’être encore aujourd’hui afin d’avoir le droit d’assister aux premières festivités de « Montréal en lumière » ce soir. Personnellement, j’aimerais mieux voir le feu d’artifice tiré sur un paysage enneigé mais avec un ciel étoilé. S’il faut négocier avec la météo, alors disons que je suis prêt à concéder quelques flocons, mais de grâce pas de gouttes d’eau, d’autant qu’il paraît que ce n’est pas dans la ville souterraine que l’on tire les jolies fusées. Je vous quitte car je me demande si je ne vais pas faire un second petit déjeuner. Quand je pense que le fiston est en train de passer un examen écrit et de surcroît gouvernemental pour devenir un bon citoyen canadien… S’il réussit, chose dont je ne doute pas, il va devoir prêter serment à la Reine, et alors là… je ne vous en dirai pas plus jusqu’à ce que ce périple soit bouclé. On reparlera sans doute des « magnauds » émigrés !
Notes : Désolé, pas de photos du spectacle à la Tohu, vous vous doutez bien qu’elles sont interdites et puis aller en « piquer » sur Internet ça ne me dit rien de plus. On préfère que ce soit nos clichés à nous qui illustrent ces chroniques de voyage. La dernière image donne bien une idée du spectacle complémentaire qui nous attendait à la sortie du cirque.
17février2009
Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour...; Carnets de voyage.
Comme prévu, retour à la vie urbaine montréalaise ce mardi matin, après une généreuse fin de semaine (les Québecois, eux au moins, n’emploient pas cet horrible « week-end ») de quatre jours dans un chalet à proximité du parc Frontenac au Sud du Saint-Laurent. Je me plonge dans la lecture des nouvelles franco-françaises et je reconnais que j’ai un peu honte de vous parler flocons de neige et petits zoizeaux alors que, visiblement, la situation politique et économique pourrit de plus en plus dans l’hexagone, comme partout ailleurs, soi dit en passant… Mais bon, nous sommes contents de ce séjour outre-atlantique et visiblement certains lecteurs apprécient aussi ces « carnets » un peu brouillons alors je persévère et m’enfonce dans mon récit en vous en souhaitant bonne réception.
Posséder un chalet ou à défaut en louer un de temps en temps est visiblement quelque chose de très important pour les citadins du Québec, et l’expression mérite quelques explications pour les Français habitués à la vision cliché du trappeur canadien vivant en ermite dans sa cabane en planches au fond des bois. Le terme « chalet » désigne en fait n’importe quelle résidence secondaire, de préférence en pleine campagne, et, si possible, luxe suprême, au bord de l’un des dizaines de milliers de lacs que l’on peut trouver au Québec. Plus la population devient urbaine (un bon tiers de la population du Québec vit à Montréal et environs), et plus le besoin d’évasion devient important, au moins pour ceux qui en ont les moyens. Le prix des chalets, même lorsqu’ils sont éloignés de la ville, a en effet grimpé en flèche ces dernières années, artistes et bobos écolos en particulier, trouvant très tendance de quitter leur loft ou leur condo de temps en temps, pour aller respirer le bon air pur dans les parcs et les réserves, quitte à s’éloigner pour 24 ou 48 h de leur restaurant favori et par conséquent de leurs sushis (faites gaffe, il y a un jeu de mot !). C’est le retour à la nature, la salutation à notre mère la terre, la plongée dans la vie sauvage, hors civilisation, sans exagérer quand même, car pour beaucoup de ces oiseaux là, la vie sauvage c’est la randonnée en quad ou en skidoo, ou le ski alpin dans les stations branchées du Mont Tremblant. Mais l’envie du « chalet » touche également de vrais amis de la nature, de ces gens pour qui la vie citadine est un déracinement transitoire et qui attendent avec impatience le silence des forêts ou le clapotement de l’eau sur les rochers. Si les parcs offrent en général des résidences avec un confort relativement sommaire, les chalets privés sont par contre très bien équipés, du chauffage électrique à la télévision écran plat dernier cri, en passant par tout un équipement qui facilite grandement la vie « sauvage ». Celui que nous avons loué possédait même une cheminée à gaz propane et fausses bûches en fonte absolument grandiose. Je vous rassure donc : nous n’avons pas dormi pendant quatre jours sur des planches de bois, abrités sous une peau d’orignal en cuisant nos côtelettes de chevreuil à la braise. Par contre, nous sommes allés beaucoup dehors et nous avons largement profité de ce que la neige a de plus plaisant : la beauté des paysages et le plaisir des longues randonnées en ski ou en raquettes.
Vous noterez que cette fois-ci, je n’ai pas commencé par me plaindre du froid. Il faut dire que d’une part, une dizaine de degrés en dessous de zéro ça se supporte mieux à la campagne qu’à la ville ; d’autre part, à l’exception de quelques bons coups de vent, la météo a été plutôt clémente. La différence de perception du froid entre ville et campagne est sans doute due à un facteur humidité moindre et à une meilleure circulation de l’air. Par ailleurs, en forêt, le vent, qui est un élément terriblement influent sur le thermomètre, est largement atténué. Tout ça pour dire que nous avons fait quelques sorties en raquettes particulièrement agréables, surtout lorsque j’ai eu trouvé un modèle qui convienne bien à mes courtes pattes de Hobbit (aux pieds malheureusement dépourvus de fourrure) et qui ne nécessite pas de faire des enjambées colossales pour éviter un méli-mélo terriblement propice à la chute du corps, conformément à la loi énoncée par Newton. Je rappelle à mes lecteurs distraits que je n’aime pas la neige et que j’aime encore moins me vautrer dedans ! J’ai donc renoncé aux belles raquettes traditionnelles en babiche que me proposaient mes amis, pour chausser de vulgaires patins en alu et résine… Honte sur moi, mais le sang qui coule dans mes veines n’est visiblement ni Huron, ni Cree, ni Montagnais (ce qui ne diminue en rien l’estime que j’ai pour la culture de ces peuples). Je ne vais pas vous raconter en détails les moments agréables vécus pendant ces quelques journées. Je ferai simplement un petit arrêt sentimental et photographique sur deux longues balades : la soirée « raquettes au flambeau » proposée par le parc du mont Mégantic et le « chemin de l’érablière » au parc Frontenac. Deux parcours faits dans des conditions très différentes et que je rêve de refaire à la belle saison, sans cette maudite poudre blanche, et les pieds bien ancrés sur le plancher des vaches (je ne suis pas issu d’une vingtaine de générations de paysans pour rien !).
Le soir de la Saint Valentin nous avons participé à une animation à la fois culturelle (nourriture), physique (raquettes) et scientifique (astronomie) au parc du Mont Mégantic, « première réserve mondiale de ciel étoilé ». Le mont Mégantic n’est pas très éloigné (quelques kilomètres au plus) de la frontière avec l’encombrant voisin étatsuniens. Il est situé dans une zone relativement sauvage qui était, jusqu’à présent, relativement à l’abri de la pollution lumineuse et il abrite un observatoire astronomique réputé pour la qualité des travaux de recherche qui y sont effectués. Il y a quelques années, le parc s’est associé aux chercheurs pour lancer une campagne de « dépollution lumineuse » car la transparence du ciel baissait peu à peu. Un gros effort d’information a été fait en direction des communes des environs, et grâce à un certain nombre de conseils (et de subventions) une politique de transformation des éclairages publics et privés a été conduite, amenant à des résultats très positifs quand à la visibilité astronomique. L’objectif est aussi de servir d’exemple de « bonne conduite » pour l’ensemble du pays. L’un des astronomes animateur de la soirée nous a expliqué que la part gaspillée de l’éclairage urbain (lumière envoyée vers le ciel et sans intérêt public, ou éclairage surdimensionné) représentait environ 20 % du budget éclairage en Amérique du Nord, soit un gaspillage dont le coût est estimé à un milliard de dollars par an. L’intérêt de la démarche est donc à la fois écologique et économique. En tout cas, l’éclairage du sentier de raquette par des flambeaux ne nous a pas empêchés de profiter pleinement d’un ciel étoilé absolument grandiose. Pour tout dire, on se serait cru au milieu de notre jardin au mois d’Août, lorsque l’éclairage du stade de foot voisin (aaargh !) est éteint. En tout cas, le côté sportif du parcours est important aussi : essayez de progresser en raquettes sur un chemin en ayant une forte envie de regarder en l’air… Vous aurez quelques surprises ! En tout cas, la constellation d’Orion était magnifique et j’ai terminé la boucle sans le moindre horion.
C’est en soirée aussi que nous avons fait la jolie promenade de l’érablière à Frontenac. La piste longe une petite vallée puis elle grimpe en sinuant sur une colline sur laquelle trônent de magnifiques érables. Les lueurs du soleil couchant ont d’abord donné au paysage des colorations jaune orangé qui sont venues réchauffer le sol blanc neigeux. L’obscurité s’est ensuite installée progressivement, estompant les formes et leur donnant d’étranges apparences. Les troncs et les rochers évoquaient de mystérieuses créatures, donnant au décor un caractère un peu féérique. Nul personnage de légende n’est cependant apparu, à ma grande tristesse, d’autant que la tranquillité des lieux était telle que l’on ne pouvait croire à une présence maléfique. A plusieurs reprises nous nous sommes arrêtés pour écouter la forêt, le bruit grinçant des raquettes empêchant bien souvent de discerner quelque bruit que ce soit, mais nous n’avons surpris ni chevreuil, ni lièvre ; il faut croire que ce soir-là, leurs pistes ne croisaient pas la nôtre. Le plus surprenant c’est que c’est en voiture que nous avons observé le plus grand nombre de cervidés. La quête de la nourriture, plus rare avec la neige, les amène souvent à s’approcher des lieux habités, et il faut, à la nuit tombante, prendre de grandes précautions pour éviter les collisions. Certes le chevreuil n’a pas la taille de l’orignal (élan, aussi gros qu’un cheval de trait) mais le choc n’est profitable à aucune des deux parties ! Quand nous avons déchaussé nos raquettes, en regagnant le parking de l’accueil du parc, la nuit était complètement tombée et c’est une féérie étoilée qui s’offrait à présent à notre regard.
Nous sommes rentrés sur Montréal en empruntant un itinéraire qui nous a permis de survoler un peu cette vaste région de l’Estrie. Les paysages sont vallonnés, agréables au regard, et de vastes espaces semblent totalement sauvages. Nous nous sommes arrêtés à Sherbrooke : la ville a une architecture un peu particulière, avec beaucoup de bâtiments en briques rouges et une immense cathédrale en pierres grises. Personnellement, je n’ai pas beaucoup apprécié cette brève visite, mais il faut dire que j’avais encore la tête dans les bouleaux jaunes et les sapins baumiers. De plus j’étais « tanné » du froid urbain et des trottoirs gelés où il est parfois difficile de garder son équilibre. Nos aventures vont donc se poursuivre pendant une semaine à Montréal, avant que nous retraversions la « grande flaque » en sens inverse. Comme nous n’avons plus de voiture à disposition, il est fort probable que nous allons revenir à un programme plus culturel que sportif… (à suivre)
NDLR : le pied de recommencer à travailler sur un bon vieux mac. P’têt ben que le nombre de choniques va augmenter un peu ! Pour les photos, il va falloir qu’on fasse quelque chose de sérieux car le format choisi pour illustrer les chroniques ne met guère en valeur le super travail effectué par ma coéquipière !
12février2009
Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour...; Carnets de voyage.
Ces premiers jours à Québec, la météo n’évolue guère : il fait « frette ». Triple chute au programme cette journée du lundi : chute du thermomètre qui nous fait une petite faiblesse vers moins quinze en début de matinée, chutes de la rivière Chaudière et chutes de la Montmorency. Le sol est verglacé à cause de la pluie de l’autre soir et un bon petit vent se met de la partie… Lorsque nous arrivons au belvédère des chutes de la rivière Chaudière, l’effet répulsif est évident : on ouvre la portière de la voiture, on met une jambe et la tête dehors, puis on se demande si c’est une décision vraiment intelligente et on rentre tous ces précieux morceaux du corps à l’abri. En plein sous le vent, la température ressentie est de l’ordre de moins vingt, moins vingt-trois… et ça calme ! Mais bon, on est là pour faire du tourisme, pas pour gigoter dans une voiture. Un, deux, trois… on ressort. Ce comportement hésitant semble interpeller un brave monsieur qui se promène sur le parking en vélo. Il nous aborde et nous discutons un peu ; devinez de quel sujet ? eh bien… du temps et du froid qu’il fait. Moins trente, il y a une dizaine de jours nous précise-t-il, du genre, vous avez de la chance, vous arrivez maintenant, c’est quasiment l’été. Mais il ne faut pas trop en faire non plus et il nous déconseille vivement de descendre l’escalier qui mène à la passerelle au pied des chutes : on risquerait d’arriver en bas plus vite que prévu. Je ne suis pas sûr qu’il aurait prévenu aussi gentiment des touristes anglais, mais nous, y’a pas photo, notre accent français ne trompe pas. Nous nous disons, accent québecois, les Québecois, eux disent accent français, c’est dans l’ordre des choses bien sûr. Nous contemplons le paysage magnifique qui s’offre à nos yeux embués (par l’émotion ?) puis retour dans la carlingue de notre véhicule de tourisme et vroum, direction les chutes de la Montmorency, dès fois que, de l’autre côté du Saint Laurent, le vent ne soufflerait plus…
Illusion bien entendu : si l’on voulait vraiment échapper au courant d’air, seule la forêt constituerait un refuge convenable. Sur le parking des chutes Montmorency, c’est peut-être pire encore (du moins pour moi, car Pascaline trouve ce temps « vivifiant et tonique » et il est normal que je vous fasse part de nos deux points de vue !) La cascade, je la trouve moins impressionnante qu’à notre dernière visite. Elle est plus haute que le Niagara, mais au cœur de l’hiver, elle est en partie prise par les glaces. Il y a d’ailleurs de courageux grimpeurs qui profitent du soleil matinal pour tenter une petite escalade… D’énormes colonnes de glace bleutée, semblables à des chandeliers se dressent le long de la falaise. On a peine à imaginer qu’un tel volume d’eau puisse être immobilisé par le froid.
Nous renonçons à la promenade prévue et nous allons faire un petit tour sur l’île d’Orléans pour nous approcher du fleuve et faire quelques belles prises de vue de la ville de Québec dont les quelques tours se découpent à l’horizon. Notre adorable conductrice qui se met en quatre pour satisfaire à nos caprices, nous emmène dans le petit village de Ste Pétronille à la pointe amont de l’île et nous pouvons, depuis le quai, admirer l’allure étrange du fleuve : une immense étendue blanche, un désert de glace avec une multitude de blocs épars évoquant les rochers surgissant du sable dans les grandes étendues du Kalahari ou du Sahara. Aucun bruit d’eau, aucune vague, même l’odeur de varech, typique des bords du Saint-Laurent l’été a disparu. On se croirait un peu au milieu d’un paysage lunaire. C’est froid ; c’est beau… Le climat ne me pousse pas trop à la méditation philosophique et j’avoue que j’apprécie d’admirer la suite du paysage confortablement assis dans la voiture. On quitte Ste Pétronille et on se dirige vers la côte sud de l’île d’Orléans. Les résidences de luxe se font moins nombreuses et sont remplacées par des fermes et quelques petits villages sympathiques à traverser. Le Saint-Laurent aussi change de visage. De ce côté de l’île, il est plus profond et l’eau coule librement dans le vaste chenal de navigation. Des cargos ainsi que d’énormes porte-containers l’empruntent chaque jour pour ravitailler Québec, Montréal et l’ensemble de la province. Dans l’autre sens, des bateaux se rendent également à Terre Neuve ou aux endroits isolés situés dans la vaste embouchure du fleuve. Nous terminons le tour de l’île. Au Nord on aperçoit le Mont Sainte Anne : les pistes de ski tracent de longues bandes blanches dans la forêt. Nous retrouvons le dédale de voies rapides qui encerclent Québec et nous prenons le chemin du retour.
La petite ville dans laquelle nous logeons, chez nos amis, est typique de nombreux autres bourgs du Québec : un petit centre blotti autour de l’église, un habitat très clairsemé et de vastes zones artisanales et commerciales. Les enseignes se répètent, chaînes canadiennes ou US omniprésentes comme Canadian Tire, IGA, Metro, Wal Mart, Tim Hortons, MacDo… Toutes les banlieues se ressemblent avec parfois, comme ici, d’étranges surprises : un centre de ski de fond un peu à l’écart avec un départ de pistes magnifiques sous le boisé. Les écureuils passent allègrement d’un bouleau blanc à un chariot de supermarché, avant d’aller piller les poubelles d’une habitation voisine. Un saut de voiture et l’on est en pleine nature sauvage ; un autre déplacement express et l’on peut remplir son panier des produits de première et de dernière nécessité les plus divers. Ce qui fait le charme des villages, c’est la diversité du style des constructions : il y a rarement deux maisons de forme ou de coloris identiques dans la même rue. Les parallélépipèdes tout simples côtoient les formes les plus alambiquées, boîtes à cigares v/s palais miniatures pour Cendrillon. De partout d’énormes amoncellements de neige compliquent les manœuvres ainsi que le parking des véhicules, mais c’est l’habitude et on fait avec. Il a d’ailleurs beaucoup moins neigé cette année que l’an dernier où de nombreux records ont été battus.
Je vous quitte sur ces bonnes paroles. Quand vous lirez la prochaine chronique, nous serons sans doute de retour à Montréal après avoir passé quelques jours dans un chalet à proximité du parc Frontenac, dans la Beauce, au sud du pays. Histoire de ne pas provoquer une vague de jalousie, je ne vous raconte pas le programme des réjouissances prévues ! Disons que celui ci est tellement chargé qu’il vous faudra sans doute patienter quelques jours avant de me lire à nouveau…
