22octobre2009

Ça se relâche, ça se relâche !

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....

Désolé, mais tout est prétexte à blablater dans ce bas monde…

palette-a-paul1 Les lecteurs assidus de ce blog ont peut-être remarqué un léger ralentissement dans le rythme de publication des chroniques. Ce ne sont ni le manque de pistes (une dizaine de textes en cours de rédaction), ni le manque de motivation (bien au contraire), simplement le fait que les journées sont bien courtes et qu’il est difficile de faire rentrer un grand pied dans une pantoufle en taille 36… On a inventé le chausse-pied mais pas le chausse-temps jusqu’à ce jour… Divers événements sont venus interférer avec mes travaux d’écriture ces derniers temps, et comme il s’agit de faits qui n’ont rien de désagréable, loin de moi l’idée de me plaindre d’une manière ou d’une autre. Il y a d’abord eu notre long voyage chez les Lusitaniens. Au retour, les coups de baguette magique n’ayant pas eu l’effet escompté, il a fallu rattraper les travaux de saison en retard, et, comme on dit, gérer les affaires courantes qui ne couraient pas toutes seules. Il y a eu aussi ces deux dernières semaines, la joie brève mais intense des retrouvailles familiales. Notre ambassadeur québécois est revenu en pèlerinage sur ses terres natales et nous avons essayé de profiter au mieux de cette brève période de vie commune. Conséquence, le coup de blues habituel au moment des séparations qui coupe toujours un peu mon élan pendant quelques temps. Mais bon, la vie est ainsi faite de succession de moments heureux et de passages moins gais. Les émigrants lorsqu’ils quittaient l’Europe autrefois, laissaient derrière eux des êtres humains et des souvenirs qu’ils ne revoyaient parfois jamais. Les progrès technologiques ont ceci de bon qu’ils ont transformé la grande flaque en une barrière que l’on peut sauter avec un peu d’élan, c’est à dire du temps et de l’argent. Téléphone, courriels et webcams permettent des échanges fréquents, mais, à mon avis, c’est aussi là que l’on se rend compte du côté un peu artificiel de toute cette artillerie lourde de communication. Aucune image vidéo ne vaudra jamais la sensation que l’on a en serrant une personne dans ses bras ; aucun échange écrit ne remplacera jamais une conversation à bâtons rompus autour d’une dune de sable à déplacer ou d’une bonne bouteille à sacrifier.

acer-palmatum-automnal Ce qui est certain c’est qu’ici la vie ne s’arrête jamais et que les projets ne manquent pas. C’est le charme indiscutable de la vie à la campagne dans un environnement riche en possibilités. Nous espérons que d’autres pourront bénéficier à l’occasion de notre plaisir de vivre. A l’instigation de notre ambassadeur-rédacteur à temps partiel, nous nous sommes inscrits dans le réseau de « couch-surfing » ; nos lits douillets sont maintenant accessibles aux voyageurs suffisamment courageux pour affronter les rigueurs de la vie sauvage à 20 km d’une gare et d’un cinéma multiplexe, à cinquante d’un aéroport et à je ne sais combien (j’ai la flemme de calculer) d’une boîte de nuit et d’un Macdo. Nous, ça nous convient, mais les héros qui viendront se vautrer dans notre canapé, devront se faire à l’idée que la vie nocturne à Morestel ressemble à l’activité intense des poissons de notre mare lorsqu’elle est en plein soleil. Nul doute que les milliers de visiteurs futurs, plus intéressés par la dégustation du lait de ferme que par les derniers prouesses culinaires de chefs étoilés, fourniront du grain à moudre et de nouveaux thèmes de chroniques aux auteurs de ce blog. En attendant les masses touristiques, nous allons, d’ici quelques temps, repartir pour une brève excursion vers les terres normandes. Les lecteurs et lectrices qui souhaitent nous accueillir au cours de notre voyage en nous jetant des poignées de pétales de rose peuvent se renseigner sur les détails de notre périple en utilisant l’adresse mail de ce blog (ah ? Vous n’aviez pas remarqué qu’il y avait une adresse mail ?). Nous sommes des gens simples, pour ne pas dire de simples gens, et nous vous supplions de ne pas vous couper en quatre, et de ne pas sombrer dans l’organisation de réceptions tout aussi sarkoziennes que somptueuses. La Normandie étant une région humide mais très civilisée, selon le « guide du Martien aventureux sur Terre » que nous n’avons pas manqué de consulter, il n’y a aucune raison pour que ce modeste intermède ait une influence sur la qualité et la périodicité des chroniques. Disons simplement qu’à partir de ce jour, pour désorienter le lecteur pantouflard, la périodicité est fixée à « variable », fluctuant entre des périodes « orageuses » et d’autres plus « clémentes ».

bateau-jacques-cartier Histoire de me créer une surcharge de travail et de solliciter un peu plus mes neurones vieillissant, il faut dire qu’un certain nombre de courriels reçus sur la boîte de « la feuille » m’ont amené à me replonger sur des chroniques anciennes dont les dossiers ne sont toujours pas refermés. Telle la boîte de Pandore, il est arrivé en effet que certains articles n’aient été qu’un commencement dans mes recherches, une sorte « d’état des lieux initial ». Depuis les temps immémoriaux où j’ai gravé le compte-rendu de mes premières découvertes sur un thème donné, dans ma pierre bloguesque, certaines collines se sont transformées en montagne… et je me demande bien ce que je vais faire de tous ces papiers remplis de caractères qui s’accumulent sur mes étagères. Une solution consiste bien sûr à construire de nouveaux rayonnements pour y empiler des tas de dossiers, de classeurs, de boîtes et d’ouvrages passionnants…. Certes, mais il est des choses que j’aimerais partager tellement elles sont intéressantes. Un de ces jours je vais sans doute vous faire le coup du « retour à… », ou de la « deuxième couche de peinture »… Ça me permettra de pallier à quelques trous dans mon imagination, mais ce n’est pas le cas pour l’instant. Merci en tout cas à ceux qui s’intéressent à mes anciennes déblatérations. Cela atténue un peu l’impression que le web est un trou noir dans le cosmos et que tout ce que l’on avance dessus disparait inexorablement dans une faille spatio temporelle. Je n’ai pas la prétention d’écrire pour l’avenir, et je considère modestement comme un immense succès le fait que certains se réfèrent à des trucs vieillots, datés de plus d’un mois. Beaucoup de phénomènes culturels n’ont comme espérance vie que l’espace temps entre deux publications de Télérama ; je suis un homme qui aime le changement dans la continuité… Je ne me suis toujours pas fait à l’idée qu’un film ou un roman s’éclipsent aussi vite qu’ils sont apparus à l’horizon. Pour moi, les étoiles qui brillent au firmament ne sont point des pigeons d’argile qui volent en éclat dès qu’ils s’élèvent au dessus de la ligne verte des arbres. Quand elles disparaissent de notre point de vue, elles sont visibles par d’autres, et puis il y a « machin » avec sa barque qui les charrie et les ramène le lendemain à l’opposé de l’endroit où il les avait prises en charge. Si vous ne comprenez pas mon allusion, ce n’est pas grave, c’est de la mythologie, c’est à dire l’étude de la mécanique céleste et de son interférence avec l’agitation neuronique du cerveau humain. Ça, c’était pour vous dire qu’au retour du pays des vikings, j’ai la ferme intention d’aller à Lyon (ouaouh !) assister à une « causerie » sur la mémoire, à laquelle doivent participer Michel Serres et Yves Coppens, deux psychologues célèbres…

Au fait, c’est fini pour aujourd’hui ? Oui…. vous avez de la chance, le devoir m’appelle et quand il s’agit d’une grande cause nationale (l’apéritif), tel Confucius ou Laurence d’Arabie,  je réponds toujours présent. Vous avez suivi jusqu’au bout ? Vous êtes gentils (gentilles) : vous méritez que je vous submerge de chroniques… Une pluie blablattante en quelque sorte…

NDLR : ésotériques les photos ? Que nenni ! Une petite barre de chocolat noir à mon effigie et hop ça repart (faire un petit tour dans le parc pour admirer l’acer palmatum au mieux de sa forme). Quant à la dernière illustration, eh bien c’est simple : l’ambassadeur charbinois met la voile vers le Nouveau Monde qui l’a conquis et marche donc sur les traces inverses du Conquistador Cartier…

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19octobre2009

Pas de repos dominical pour la répression…

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Vive la Politique.

Non Madame Michu rassurez-vous, vous pouvez dormir en paix, la France n’est pas encore une dictature et l’on peut encore exprimer ses opinions presque librement dans la presse ou sur Internet. Le droit de manifester n’est pas encore tout à fait remis en cause et l’on peut faire grève, discrètement, sans embêter personne, en ne risquant qu’un conseil de discipline ou un licenciement. La France est simplement en train de prendre un virage politique discret, mais efficace. Nous avançons à pas de loup (mais de grand loup quand même) vers un régime type monarchie parlementaire, en attendant de franchir l’étape décisive, l’avancée suprême vers le troisième Empire (j’espère que je ne me trompe pas de numéro). Lorsque les institutions deviennent gênantes ou tout simplement lorsqu’un débat parlementaire risque de porter sur le devant de la scène une question embarrassante, la constitution de la Vème République autorise l’emploi de décrets, immédiatement applicables. Il suffit d’une petite publication discrète dans le Journal Officiel, et hop, le tour est joué : plus qu’à appliquer. On s’endort le vendredi soir et on se réveille le lundi matin en découvrant que telle ou telle pratique, illégale au coucher, est devenue légale au réveil, ou vice-versa. Le contenu du susnommé Journal Officiel du dimanche 18 octobre est une parfaite illustration de mon propos. Non, vous ne rêvez pas, le Journal Officiel est publié aussi le dimanche… pas de trêve qui tienne, ni de jour du Seigneur, ni de pause pendant le match. En plus, c’est un bon jour pour publier des textes de lois… Qui irait gâcher son repos dominical, ou celui de ses concitoyens en allant râler contre quelques petits paragraphes supplémentaires ajoutés à l’arsenal répressif considérable dont dispose déjà notre Sinistre de l’Intérieur…

Heureux citoyen, pendant que vous dormez, l’ange gardien gouvernemental veille, patrouille, légifère, matraque, emprisonne… uniquement dans le but d’assurer votre tranquillité sans cesse menacée par l’ENNEMI INTERIEUR, cette créature redoutable, dont les fascistes de tout poil avaient déjà détecté la présence sur notre territoire entre 1940 et 1944, puis pendant la guerre d’Algérie ou les événements de Mai 68. La bête rouge et noire hideuse est réapparue sous des formes multiples et votre survie même est en cause. Des créatures immondes sabotent les caténaires de nos TGV, poussent les travailleurs sans-papiers à la révolte, menacent notre avenir nucléaire ou ravagent les centre-ville de nos cités les plus paisibles. Face à de telles hordes barbares, nous savons tous que notre Police Nationale, nos Renseigneurs Généreux, nos vaillants nemrods de la DCRI, étaient pratiquement démunis. Il y a des mois, des années mêmes, qu’ils réclamaient de véritables moyens pour surveiller, traquer ou embastiller cette mouvance presque aussi dangereuse que le virus H1N1 et contre laquelle il n’existe malheureusement aucun vaccin vraiment efficace, tant que nos établissements scolaires seront infestés par la vermine enseignante gauchisante, et que les chaînes de montage de nos dernières usines devront subir la présence de délégués syndicaux aussi malpolis que grossiers. Heureusement depuis le dimanche 18 octobre, date à marquer en lettres d’or dans le calendrier pour les amateurs de sensations répressives fortes, on va pouvoir contrôler un peu mieux tout ça. Pour les amis de la Justice, de la Liberté, cette date sera par contre celle d’une journée de deuil. J’en ai bien peur…

Les décrets parus à cette date au Journal Officiel annoncent la création de deux nouvelles « bases de données » pour faciliter le travail de nos « protecteurs ». Les Français, plutôt arriérés, ayant une certaine méfiance à l’égard des fichiers, même lorsqu’on leur donne un prénom féminin, mieux valait opérer en douce. La première de ces bases porte le titre poétique de « prévention des atteintes à la sécurité publique ». Voici les données qui pourront (en toute légalité) y figurer :
– Motif de l’enregistrement
– Photographies
– Etat civil
– Nationalité
– Profession
– Signes physiques particuliers et objectifs
– Adresses physiques et électroniques
– Numéros de téléphone
– Titres d’identité
– Immatriculation des véhicules
– Informations patrimoniales
– Activités publiques
– Comportement et déplacements
– Agissements susceptibles de recevoir une qualification pénale
– Personnes ayant entretenu des relations directes et non fortuites avec l’intéressé (se limitant à leur identité, sauf si elles-mêmes présentent un risque d’atteinte à la sécurité publique).
En outre, « à titre dérogatoire et dans un cadre strict », selon une circulaire du ministère de l’Intérieur adressée dimanche aux préfets, pourront être indiqués:
– Signes physiques particuliers et objectifs « pris comme éléments de signalement » (tatouage, cicatrice, couleur de cheveux)
– Origine géographique ou appartenance à un même quartier
– Activités politiques, philosophiques, religieuses ou syndicales.

Vous êtes inquiets ? Rassurez-vous, toutes ces données seront supprimées au bout de 3 ans pour les mineurs et 10 ans pour les majeurs… après la date du dernier événement « subversif » dans lequel vous serez impliqué. Le type d’événement étant bien entendu réservé à l’appréciation de la police, vous ne saurez bien entendu pas lorsque votre nom disparaitra de la mémoire officielle. Comme le diront nos aboyeurs médiatiques aux ordres, de toute façon vous n’êtes pas concernés puisque vous n’avez rien à vous reprocher. Restez un citoyen au-dessus de tout soupçon ; contentez-vous de regarder la télé et de lire le Figaro. Evitez de fréquenter les quartiers piétonniers ravagés par les émeutiers ; ne sortez jamais après 22 h, c’est trop risqué (un contrôle d’identité est vite arrivé et si l’on est un peu éméché, on a du mal à contrôler ses propos)… Le nouveau dispositif de « flicage » ne s’arrête pas là, car il manquerait de piment. Cette première base de donnée ne concerne que les personnes ayant troublé l’ordre public et constituant un danger pour les citoyens modèles. Il ne s’agit donc de ficher que les « ennemis intérieurs avérés ». Le problème c’est que si l’on ne s’intéresse aux ennemis intérieurs qu’une fois qu’ils ont commis leur lâche agression à l’égard d’une vitrine de Bouygues Telecom, c’est un peu tard. Il y a une autre phase importante, c’est la « traque préalable », la recherche d’indices, la prévention du CRIME. La première base de données est donc complétée par une seconde, religieusement intitulée « enquêtes administratives liées à la sécurité publique ».
Comme nous vivons dans un Etat Démocratique (rappel) ce fichier informatique ne contiendra, lui, que les données suivantes :
Motif de l’enquête
– Photographies
– Etat civil
– Nationalité
– Profession
– Adresses physiques et électroniques
– Numéros de téléphone
– Titres d’identité
Pourra également, « à titre dérogatoire », être fait mention d’éléments à caractère politique, philosophique, religieux ou syndical si y est lié un comportement « incompatible avec l’exercice des fonctions ou missions envisagées ».
Des mineurs peuvent y être inscrits, s’ils ont plus de 16 ans et ont fait l’objet d’une enquête administrative les concernant directement dans le cadre d’une procédure de recrutement.
L’inscription sera automatiquement supprimée cinq ans après son enregistrement « quel qu’ait été le résultat, favorable ou non de l’enquête ».

Voilà, c’est tout, je vous laisse digérer, assimiler, conclure. On me reproche des billets parfois un peu longs. Là, je ne crois pas qu’il y ait besoin de prolonger. Je remercie le site internet du Nouvel Obs de m’avoir fourni les données informatives précises concernant ces décrets. Je n’aurais pas été capable de rédiger seul un truc pareil. Je n’ai pas le goût à illustrer ce texte. La seule chose à laquelle j’ai envie de penser ce sont des feuilles d’arbre aux couleurs d’automne, et, franchement, je ne vois pas le rapport.

Ite Missa Est

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15octobre2009

Quelques considérations œno-sentimentales et gastronomiques

Posté par Paul dans la catégorie : Feuilles vertes; le verre et la casserole.

plaisir-du-vin Je n’achète pratiquement plus de vin en grandes surfaces. En fait j’aimerais adopter le même type de démarche pour l’ensemble de l’alimentation mais ce n’est encore que partiellement le cas. Chaque fois que c’est possible j’essaie de trouver les circuits de distribution les plus courts possibles, l’idéal étant la relation directe avec le producteur. C’est relativement facile, à la campagne, pour les produits laitiers, la viande ou les légumes. C’est plus complexe pour l’épicerie. Outre le fait que le modèle de fonctionnement des géants de la distribution ne m’agrée nullement, un autre facteur intervient dans le cas du vin et je vais essayer de vous expliquer le « pourquoi » de ma démarche.  A mes yeux, le vin n’est aucunement un produit de base et ne correspond à aucune nécessité alimentaire. Il s’agit là d’un produit purement festif, gastronomique et convivial. Je pense que c’est le cas pour beaucoup de gens, sauf pour ceux qui l’ont transformé en drogue quotidienne avec les ravages que l’on sait. Ce type d’alcoolisme n’est d’ailleurs plus tellement « tendance » et, ces dernières années, on préfère s’esquinter la santé à grand renfort de mixtures bizarres au goût parfois carrément pharmaceutique, le principe étant qu’un ingrédient sucré aide à avaler n’importe quelle horreur distillée pourvu qu’elle titre un maximum de degrés. Cette dernière pratique n’a plus pour but un quelconque plaisir gustatif ; ce qui est recherché, c’est une ivresse brutale, pour échapper à un quotidien trop gris ou simplement se prouver « que l’on est capable de… » ; ce qui est trouvé c’est parfois le comas éthylique et cela n’a rien d’une escapade au paradis terrestre. Il y aurait une étude approfondie à faire de ce genre de phénomène, mais là n’est pas mon propos d’aujourd’hui : j’aimerais plutôt vous parler du vin en tant que symbole de fête, et vous expliquer en quoi les alignements vertigineux de bouteilles sur les linéaires vont à l’encontre de mon désir.

cave-de-porto Plus le temps passe et plus j’éprouve le besoin que les bouteilles que je débouche aient une « histoire »… et cet ensemble de réminiscences que j’ai envie de voir évoqué, eh bien, le breuvage rouge ou blanc des hypermarchés ne me le délivre pas, et ce quelle que soit la qualité de la bouteille et le montant de la douloureuse. Je rentre dans un créneau de clientèle que les experts de la consommation n’ont pas encore intégré dans leurs tableaux, leurs graphiques et leurs quotas. Tant mieux… Je suis un buveur lyrique, les pieds sur la terre ferme, mais la tête égarée dans une douce rêverie, cet état de songe éveillé que procure parfois l’alcool consommé à dose modérée. J’aime les histoires. J’ai été fasciné par le jeu de rôle et j’aimerais écrire des contes…
« Tu te rappelles ce vin ? On l’a acheté au printemps dernier, dans cette petite cave que l’on a mis une heure à trouver tellement le coin était paumé… C’était dans les Pyrénées, dans le coin où ils font le Jurançon… C’était la femme du vigneron qui faisait déguster… Elle vendait aussi des fromages de chèvre ». Bon d’accord ça a une petite tournure « bon vieux temps », style campagne revisitée par Jean Ferrat ! Mais l’histoire associée à la bouteille peut être d’un genre tout à fait différent. Ça peut partir du « rouge que l’on buvait avec les potes à la fin de la manif », au « vin que le Tsar tout puissant voulait acheter par barriques entières tellement il l’appréciait ». C’est parfois tout simplement « le vin que nous a offert Jérôme, Jean ou Marie… ». C’est parfois gai, parfois triste, mais dans le fond du verre il y a toujours quelques images qui trainent et qui donnent au breuvage quelques vertus supplémentaires. Certains symboles sont bien entendu d’ordre privé, et il est des histoires sans intérêt pour un plus large public. Le plaisir peut être intériorisé mais ce n’est généralement pas le but. Il est plus sympa de le partager. Il faut bien entendu tenir compte de son interlocuteur, au risque d’entendre un « ouais, bof, certes il est bio mais il n’est pas terrible… Ça vaut pas un cellier des Dauphins ou un Pomerol… » De tels propos sont alors terriblement frustrants et destructeurs d’ambiance. Il est bon aussi de choisir son vin, dans la cave, en fonction de la ou des personnes avec qui on va le partager. L’un de mes amis, un peu cynique sur les bords, me disait tout simplement : « ce vin-là, c’est une cuvée réservée… Un Tel a impérativement besoin d’une étiquette « ronflante » pour apprécier… » ; sans aller jusqu’à la mesquinerie consistant à conserver des bouteilles prestigieuses et à les remplir avec des liquides douteux. Ce genre de problème ne se pose plus : nous ne recevons plus à la maison de gens qui mériteraient de tels traitements. Au fil des années, le cercle de nos relations ne s’est pas rétréci, loin de là, mais il a fait comme les grands vins dans une bonne cave : il s’est bonifié. Il n’est donc plus nécessaire de recourir à une telle forfanterie que je réprouve par ailleurs fortement : laissons-là à certains négociants en vin à la réputation sulfureuse !

mon-oncle-benjamin Sur le vin et les plaisirs qu’il procure, on pourrait facilement écrire un roman fleuve. D’autres l’ont fait à ma place et avec beaucoup plus de talent. Je pourrais dédier cette chronique hors du temps à Claude Tillier. Son ouvrage « Mon oncle Benjamin » est une apologie remarquable du jus de la treille et de l’amitié partagée autour d’un (ou plus exactement plusieurs) verre. Au fil des pages de ce livre, on découvre quelques passages hautement philosophiques et je ne me prive pas du plaisir d’une petite citation : « Mon oncle Benjamin n’était pas ce que vous appelez trivialement un ivrogne, gardez-vous de le croire. C’était un épicurien qui poussait la philosophie jusqu’à l’ivresse, et voilà tout. Il avait un estomac plein d’élévation et de noblesse. Il aimait le vin, non pour lui-même, mais pour cette folie de quelques heures qu’il procure, folie qui déraisonne chez l’homme d’esprit d’une manière si naïve, si piquante, si originale, qu’on voudrait toujours raisonner ainsi. S’il avait pu s’enivrer en lisant la messe, il eût lu la messe tous les jours. Mon oncle Benjamin avait des principes : il prétendait qu’un homme à jeun était un homme encore endormi ; que l’ivresse eût été l’un des plus grands bienfaits du créateur, si elle n’eût fait mal à la tête, et que la seule chose qui donnât à l’homme la supériorité sur la brute, c’était la faculté de s’enivrer… ». Nul doute que certains désapprouveront, mais il faut savoir prendre des risques… mesurés ! En ce qui me concerne, je suis content d’associer le nom de Claude Tillier à cette chronique : je doute qu’il l’ait désapprouvée. Cet écrivain aurait mérité mieux qu’une modeste statue sur la place de son village natal, mais il est des grands esprits qui resteront définitivement incompris dans ce monde de brutes ! Nous en retiendrons au moins le fait que ce n’est pas Benjamin qui aurait accompagné son poulet rôti d’un verre de Coca ou apprécié les breuvages étranges que nous préparent les apprentis sorciers de l’agroalimentaire.

guide-du-vin-bio Dans ce rejet des vins proposés en bataillons impressionnants sur les comptoirs kilométriques des grands magasins, il y a aussi un autre facteur qui joue : le rejet d’une standardisation des goûts et des modèles de vin que je trouve de plus en plus navrante. De plus en plus de « fabricants » de vin (le terme n’est pas choisi au hasard), principalement les négociants, les grandes caves coopératives ou les grands domaines viticoles, travaillent pour la grande distribution, et se plient aux exigences des œnologues de ces grands groupements d’achats, inquisiteurs des temps modernes. Le vin doit plaire au public, correspondre à ses attentes, rentrer dans une certaine gamme de goût, s’uniformiser… Certes un Bordeaux reste encore un Bordeaux et un Bourgogne, un Bourgogne… Mais, petit à petit les différences s’estompent. Contrairement à ce qu’affirment les étiquettes aussi élogieuses que tapageuses, la palette des saveurs, des senteurs et des coloris devient de plus en plus restreinte. Les raisons sont multiples et vont de la sélection des cépages aux méthodes de vinification : le client doit avoir un produit stable, et, comme me le disait il y a quelques années, la vendeuse d’une cave coopérative célèbre de la Drôme : « avec les connaissances actuelles, il n’y a plus de bonnes ou de mauvaises années… Beaucoup de corrections sont possibles ». On comprend, avec de tels propos et surtout de telles pratiques, que le vin soit la denrée alimentaire la plus additivée de produits divers que l’on commercialise en Europe. Certaines bouteilles sont de véritables cocktails incendiaires, et ce n’est pas toujours le degré d’alcool qui crée le plus de dommages au niveau du foie. Pour standardiser les goûts, on recourt de plus en plus à l’ajout de levures diverses, au vieillissement accéléré (micro bulles, ajout de sciures d’essences de bois divers…)… La Confédération Paysanne a publié à ce sujet un document de travail passionnant intitulé « Les frontières du vin ou l’enjeu des pratiques œnologiques » (document Pdf téléchargeable sur leur site). En lisant cette brochure, vous découvrirez que la bonne vieille chaptalisation, pratiquée depuis des dizaines d’années dans certaines caves, est quasiment une pratique « d’enfant de chœur », à côté de ce que l’avenir nous réserve. Un petit échantillon ? L’osmose inverse permet d’éliminer l’excédent d’eau dans des raisins et de récupérer ainsi la production de vignes à trop gros rendement (excès d’engrais). Le flash détente permet , grâce à un traitement par le vide, de libérer des arômes dans le jus en faisant exploser les cellules de la pulpe… L’utilisation de champs électriques corrige à la hausse ou à la baisse l’acidité d’un vin… etc… On s’éloigne considérablement de l’image rustique du vigneron trônant fièrement devant sa cuve en chêne. Car, bien entendu, au grand public, les directeurs de communication des grands groupes parleront toujours de « vin de pays » ou de « vinification à l’ancienne ». Le même processus s’engage pour le vin que pour les produits laitiers : sur l’étiquette du yaourt, il y a une fermière en train de traire sa vache ; on ne voit pas le local industriel dans lequel on mélange la caséine importée d’un coin de la planète, le calcium dosé dans des éprouvettes et la crème provenant d’une autre unité de production.

mondovino Sur le même thème,  il y a aussi l’incontournable documentaire « Mondovino » qui traite de la restructuration du vignoble associée à celles des goûts de la clientèle et des procédés de vinification. Si vous n’avez pas encore visionné ce pamphlet remarquable, il est temps de le faire. Mondovino est disponible en DVD chez tous les vendeurs bien achalandés. J’arrête là car je m’aperçois que je me détourne de mon but initial et que ma chronique n’est plus œno-sentimentale du tout. Disons que si je raconte de telles horreurs, c’est parce que nous sommes encore dans une période transitoire et qu’il est toujours possible de se procurer des vins faits avec du raisin sans passer par une centrifugeuse thermonucléaire ! Les viticulteurs bios proposent encore des produits tout à fait convenables, mais ils ne sont pas les seuls. Il y a encore des vignerons qui font l’effort de vendre un breuvage réellement issu de leurs vignes. Ils travaillent à l’ancienne ou innovent avec prudence, en prenant soin de leur santé et de celle de leurs clients. Méfiez-vous cependant, le logo « AB » tel qu’il est défini par le cahier des charges européen ne concerne plus que le mode de culture du raisin et n’offre aucune garantie sérieuse sur ce qui se passe à l’ombre de la cave. Les producteurs qui ont fait leur reconversion dans les temps héroïques, les militants en quelque sorte, n’ont pas la même approche du problème que certains affairistes peu scrupuleux (leur nombre est réduit heureusement) qui se lancent « dans le bio » parce qu’il y a une demande du public. Certains labels complémentaires comme « Nature et Progrès » ou ceux qui font mention de la méthode dite biodynamique sont nettement plus contraignants. Une partie des acteurs de ce secteur se penche, depuis quelques années, sur la création d’un cahier des charges beaucoup plus complet que celui de la Commission Européenne… La multiplicité des logos ne rend pas la tache facile pour le consommateur cependant.

tour-de-palmela Mes préférences vont donc à la bouteille achetée chez le producteur, petite ou grande appellation, pourvu que le nectar soit plaisant. Je n’ai certes pas le palais très fin et ne prétend à aucun talent œnologique particulier, mais j’aime être surpris par un vin ; je ne suis pas dérangé lorsque deux vendanges successives d’un domaine ne donnent pas exactement le même produit ; je n’achète pas une étiquette et je n’ai aucun complexe à préférer une « petite » appellation contrôlée bien vinifiée et originale, plutôt qu’un « grand cru » hors de prix, mais non exempt de tares. Cela ne veut pas dire que je dédaigne ces « grands vins » ; simplement que je me méfie des bouteilles qui ne sont que des miroirs aux alouettes.
La bouteille de « Moscatello de Setubal », que nous avons débouchée à notre retour du Portugal, est un enchantement pour le palais… Cette bouteille, nous l’avons achetée au château de Palmela, après avoir fait un magnifique circuit dans la Serra de Arrábida. Les deux filles qui présentaient les produits locaux aux touristes étaient charmantes, mais pas très dégourdies me semble-t-il. Le ciel était bleu et l’on avait une vue magnifique du haut de la tour… J’en reprendrais bien encore un petit verre !

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11octobre2009

En hommage à Célestin Freinet

Posté par Paul dans la catégorie : Sur l'école.

freinet8 On a commémoré, dans la plus grande discrétion, au mois d’octobre, la disparition du pédagogue Célestin Freinet décédé le 8 octobre 1966 à Vence. Il faut dire que le personnage n’est guère en odeur de sainteté dans les institutions sacrées de l’Education Nationale, et ceci d’autant moins depuis que l’on a décidé que la pédagogie, de façon globale, était une tare héritée de mai 68 et que les enseignants n’étaient là que pour instruire et surtout pas pour apprendre à réfléchir… Je voudrais, à travers ces quelques souvenirs épars de ma carrière d’instituteur, lui rendre un bref hommage, car mon opinion ne se situe pas bien entendu sur la même longueur d’ondes… Je n’ai pas l’intention, en quelques paragraphes, de dire tout le bien que je pense de Freinet et des propositions pédagogiques qu’il a formulées, ni de dire tout ce que la lecture de ses écrits m’a apporté. Je me cantonnerai, de façon plus modeste, à quelques considérations basées sur mes souvenirs professionnels ; ceci d’autant plus que j’aurai certainement l’occasion de revenir sur le sujet dans les mois ou les années à venir, tant le sujet est d’importance. Je dois dire, en préambule, qu’il y a relativement peu de gens que je considère comme mes « maîtres à penser » (et surtout à « agir ») ; Célestin Freinet en fait indubitablement partie, à côté d’autres, plus ou moins célèbres. Je n’emploie pas le terme de « maître à penser » dans un sens dogmatique (cela l’aurait sans doute bien fait rigoler) mais au sens où il a été, pour moi, une aide considérable à la construction de ma propre philosophie, en me fournissant beaucoup des références qui m’ont aidé à structurer ma propre pensée. Je n’ai pas connu Freinet de son vivant puisque ma carrière d’enseignant a débuté 6 ans après sa disparition. Sur le plan strictement pédagogique, je lui dois certainement les plus beaux moments vécus dans mes différentes classes, ayant acquis, au contact de ses écrits, cette certitude qu’il faut accueillir un enfant scolarisé en tant qu’être humain et non en tant qu’élève et que l’éducation n’est pas un simple transfert plus ou moins efficace de connaissances. « L’école n’est pas le lieu où l’on apprend telle ou telle chose d’un programme défini. L’école doit être l’apprentissage de la vie. » (Freinet) Au cours des différentes tentatives que j’ai réalisées pour essayer de mettre en place les techniques suggérées par Freinet dans ma classe, j’ai compris aussi à quel point il était difficile de construire des rapports humains sur des bases autres que la simple relation d’autorité. Le « libertaire » que j’étais en théorie, a été confronté, dans des conditions pas toujours évidentes, à la mise en pratique de ses idées. Cela ne m’a pas amené à renoncer à mon idéal, mais simplement à relativiser, à apprendre le compromis, la discussion et surtout la patience !

pour-lecole-du-peuple En premier lieu, je crois que c’est à Freinet et à son mouvement de l’Ecole Moderne que je dois ma « vocation » d’enseignant (j’emploie le terme entre parenthèses car sa connotation religieuse me gène un peu : pour moi l’école n’avait rien d’un couvent et en faisant ce choix, je ne renonçais à rien..). Je suis rentré dans l’institution, non pour devenir instituteur, mais pour devenir instituteur « Freinet », au grand dam des premiers représentants de l’Education Nationale que j’ai côtoyés (Profs d’Ecole Normale, Inspecteurs ou personnages cumulant avec fierté les deux fonctions). J’avais, a priori, une certaine vision de l’école et du travail que j’allais y effectuer. Je n’avais que dix-huit ans, mais, au travers de mes multiples lectures politiques de l’époque, j’avais déjà compris que le « Grand soir » n’était au mieux qu’un déclencheur (et peut-être même une illusion) et que la société ne bougerait vraiment que lorsque ceux qui en constituaient la base possèderaient un bagage culturel minimum et la dose d’esprit critique nécessaire pour que s’exprime la volonté d’émancipation et donc de changement. A ce moment-là, je considérais en fait qu’il y avait une dialectique subtile qui devait s’instaurer entre le changement politique et le bouleversement des règles de base de l’éducation.
J’avais, et j’ai toujours en tête, la même pensée fondamentale : pour être applicable, une théorie devait reposer sur des expériences pratiques et être formulée en des termes compréhensibles par tous. Si l’emploi de termes techniques est parfois nécessaire pour énoncer un principe (je ne conteste pas aux menuisiers, aux maçons ou au psychologues le droit d’utiliser une terminologie spécifique pour désigner leurs outils ou certaines de leurs pratiques), le recours à une formulation la plus simple possible est une chose essentielle à mes yeux. Freinet est un écrivain qui exprime sa pensée avec des mots de tous les jours, et manie suffisamment bien ce langage quotidien, pour que ses propos soient compréhensibles par tous et non exclusivement par des experts surdiplômés. Ce qui m’amuse c’est que cette façon de s’exprimer, naturelle pour Freinet, est l’un des arguments utilisé par certains pour dénigrer ou caricaturer ses écrits. Pourtant, à mes yeux, lorsque le pédagogue se servait de formules comme « on ne fait pas boire un cheval qui n’a pas soif » pour exprimer l’importance de la motivation de l’apprenant dans un processus d’apprentissage, c’était clair et net. Il y a eu d’ailleurs un « complexe » chez certains enseignants et/ou chercheurs de l’Ecole Moderne dans les années 80 ; ils ont cherché à « revisiter » la pensée de Freinet et à l’expliquer avec un jargon acceptable pour les universitaires ou les experts du ministère : le résultat était assez hilarant… pour des lecteurs qui abordaient la pensée de Freinet avec le même état d’esprit que le mien.

bt-freinet Je me souviens d’un entretien avec une Inspectrice qui avait effectué une brève visite dans ma classe et voulait en savoir un peu plus sur mes motivations personnelles. C’était l’époque où, à la suite d’un bref changement des vents dominants dans les couloirs du ministère, les « méthodes actives », la « pédagogie différenciée » et autres appellations contrôlées, étaient perçues de façon plus favorable (je raconte tout cela dans les premières chroniques publiées dans ce blog, notamment « je quitte la marine à voile »). Après quelques échanges sur ce qui s’était déroulé sous ses yeux, ma supérieure hiérarchique posa la question qui la taraudait depuis un moment : « quels sont les pédagogues sur lesquels vous vous appuyez pour construire votre réflexion et asseoir vos pratiques quotidiennes ? » (c’était sans doute encore mieux formulé, mais ma mémoire me trahit !). Sans aucune hésitation, je répondis « Freinet », puis voyant l’air affligé de mon interlocutrice, je me hâtai d’ajouter le nom de Philippe Meyrieu et de quelques autres pédagogues agréés parce que plus « scientifiques » sans doute. Une étincelle s’alluma alors dans son regard, et je compris que j’avais gagné la partie, c’est à dire un brin de tranquillité pour les années à venir. J’avais déjà marqué un point, une demi-heure auparavant, lorsqu’elle avait interrogé l’une des mes élèves pour lui demander à quoi lui servait le « plan de travail » qu’elle avait sur son bureau et ce que signifiaient les croix qu’elle marquait dans certaines cases. J’avais eu un instant de frayeur car la demoiselle qu’elle avait choisi d’interroger n’était pas très bavarde et pas très dégourdie non plus. A ma grande surprise, la grande dame avait obtenu tout un laïus explicatif que j’aurais sans doute hésité à lui fournir. Les termes employés par l’élève étaient simples, directs, et montraient parfaitement qu’elle savait à quoi lui servait l’outil qu’elle avait entre les mains. Une partie du travail proposé était individualisé et mon élève abordait, à son rythme, des activités qui correspondaient à son niveau scolaire réel. Elle avait donc des efforts à fournir, mais elle était en situation de réussite et plutôt confiante dans l’avenir. La couleur « verte » de ses croix témoignait de cette situation.

expose-deleve J’ai travaillé toute ma carrière en zone rurale, mais, contrairement à ce que l’on pourrait penser, dans un environnement social où les enfants d’agriculteurs ne constituaient qu’une très faible partie de la population scolaire ; un milieu rural déjà péri-urbain dans les années 80 ou 90 : les parents travaillaient à l’usine, parfois assez loin de leur domicile, ou dans le secteur tertiaire. J’ai travaillé avec des enfants issus de famille souvent modestes, qui ne partaient pas en vacances et, de manière générale, quittaient très rarement leur milieu d’origine. L’une des techniques pédagogiques suggérées par Freinet pour inciter les enfants à s’intéresser au monde extérieur, à construire un nouveau réseau relationnel et surtout à élargir leur façon de penser, c’est la « correspondance scolaire ». Je dois dire que j’ai largement pratiqué ce type d’échanges et que je ne l’ai abandonné que lors de mes dernières années d’enseignement du moins sous sa forme la plus intéressante. Après avoir effectué de nombreux envois de courriers par la poste avec les élèves d’une ou plusieurs autres écoles, nous procédions à un voyage-échange, avec hébergement dans les familles : chacun était logé pendant quelques jours dans le foyer de son correspondant. Lors du voyage « retour », il y avait échange de bons procédés. Chacun pouvait ainsi découvrir, non seulement de nouveaux paysages, mais aussi des modes de vie différents en s’insérant dans un milieu à la fois proche et lointain du sien. Dans la mesure du possible bien entendu ces fiançailles temporaires se faisaient en tenant compte du caractère et des affinités de chacun et, globalement, cela se passait fort bien. Pour avoir pratiqué ce type d’expérience une vingtaine de fois, je peux vous affirmer que je n’ai jamais été confronté à des problèmes importants. Il a fallu certes déployer des trésors de diplomatie pour convaincre certaines familles du bien fondé de l’opération, mais relativement peu d’enfants restaient sur le carreau à cause du blocage de leurs parents. Pour être honnête, je dois reconnaître que ce n’était pas gagné d’avance lorsque papa « votait Le Pen » et que fiston devait aller chez des Maghrébins… La pédagogie n’étant pas un sacerdoce, je contournais en général très lâchement le problème. Les dernières années, j’ai assisté à une levée de boucliers beaucoup plus grande dans les familles. Les refus étaient de plus en plus nombreux pour des motifs qu’il serait intéressant d’étudier plus en détails : peur de l’inconnu, repli sur soi, enfants couvés, exigence de garanties, de confort, discours permanent des médias sur la pédophilie… En gros, à la fin des années 90 j’ai renoncé. Pour éviter les conflits j’ai choisi une solution « intermédiaire » : hébergement commun dans un centre de vacances pendant quelques jours… le « terrain neutre » en quelque sorte… Ce qui est amusant d’ailleurs c’est que j’ai eu plus de problèmes pendant ces séjours-là. De plus, les voyages coûtaient beaucoup plus cher : il fallait que les familles participent financièrement et j’ai eu alors des refus pour des motifs d’un ordre tout à fait différent. L’Education Nationale est venue mettre son grain de sable dans l’affaire en multipliant par 10 le volume de papiers à remplir. Certaines exigences étaient parfois (et sont toujours d’ailleurs) ubuesques : Le « bon sens commun » devait laisser place à des garanties administratives frisant la loufoquerie.

creation-collage Cette pratique de la correspondance scolaire m’a apporté quelques uns de mes plus beaux souvenirs. Tout d’abord la rencontre de collègues intéressants, de personnalités riches et imaginatives. Beaucoup abordaient leur pratique pédagogique quotidienne avec une philosophie proche de la mienne mais avec des techniques différentes. Adultes, nous échangions aussi sur nos pratiques, et notre expérience s’en trouvait enrichie et notre moral aussi. On n’était pas seul à considérer l’école avec un regard tant soit peu critique… Beaucoup d’enseignants « de gauche » se désespèrent du fait qu’un nombre important de leurs concitoyens, sans aucun esprit critique, votent pour la droite ou l’extrême droite, de façon contraire à leurs intérêts. Peu se sont interrogés sur les raisons profondes de cet état de fait : tous ces braves citoyens ne sont-ils pas tous (ou presque tous) sortis du même moule éducatif ? Cette école où on leur a enseigné la soumission, la compétition, le mépris du plus faible et l’importance de la réussite individuelle ? Certes les instits et les profs ne sont pas les seuls responsables de cet état de fait, ce serait trop simple… mais de là à se dédouaner totalement, à estimer que le modèle fourni pendant l’enfance et l’adolescence n’a pas d’incidence sur le comportement à l’âge adulte, il y a un pas que je ne franchirai certes pas ! Je cite Freinet : « On prépare la démocratie de demain par la démocratie à l’école. Un régime autoritaire à l’école ne saurait être formateur de citoyens et de démocrates. »
L’intérêt principal de la correspondance scolaire reste bien entendu de faire sortir les enfants de leur coquille. Une année, par exemple, lors d’un voyage en Bretagne, je me rappellerai toujours l’air étonné de deux ou trois de mes élèves, au bord de la mer… « J’avais posé mon pull-over sur le rocher et maintenant il est dans l’eau ! Tout trempé et pourtant personne ne l’a touché… On dirait que l’eau a changé de place… » Dix ans, Cours Moyen, découverte du phénomène des marées, alors que celui-ci a sans doute été expliqué deux ou trois fois en géographie. La lueur dans le regard de l’un d’entre-eux remplace tous les commentaires. Un autre groupe d’élèves, quelques années plus tard, dans le Cotentin, toujours la marée : on embarque sur un bateau pour se rendre sur l’île de Tatihou. Tout est normal jusqu’au moment du départ. Le moteur se met en marche, le bateau recule et commence à… rouler sur le quai. Personne n’a jamais vu ça : un bateau roulant ! Le marin le plus proche est submergé de questions et il explique gentiment que lorsque le niveau de l’eau est trop bas, le bateau roule sur le fond… Tout simplement. A charge de revanche, quelques semaines plus tard, nous montrons à nos amis de Cherbourg le fonctionnement d’une écluse sur le canal qui raccorde le Rhône au lac du Bourget. En deux temps trois mouvements c’est compris : beaucoup plus efficace que des croquis au tableau.

un-bel-arbre-de-vie Freinet avait parfaitement intégré ce processus : sortir de la classe pour découvrir la vraie vie, le milieu dans lequel se situait l’école. A l’origine, il avait expérimenté cette pratique pour des raisons qui n’étaient pas pédagogiques. Ses poumons avaient été endommagés par les gaz de combat pendant la guerre de 14/18 et il n’était pas capable de fournir l’effort suffisant pour parler pendant six ou sept heures, enfermé entre les quatre murs de sa classe. Cette donnée incontournable l’avait conduit à remettre en cause le « cours magistral », le monopole du temps de parole par l’adulte. Il avait pris l’habitude de « sortir » régulièrement avec ses élèves, l’après-midi : sciences naturelles, dessin, lecture, géographie… toutes ces activités avaient lieu dans la nature. Certes ce n’est pas toujours facile lorsque le groupe scolaire est entouré de barres d’immeubles ou de grands magasins, mais certains ont appris à s’adapter. Un sacré bonhomme ce Freinet… Anti-autoritaire convaincu, iconoclaste à souhait, il a certainement pris connaissance des autres pédagogues célèbres de cette époque : Montessori, Decroly, Robin ou Makarenko. Mais sa réflexion théorique s’est construite essentiellement à partir de sa pratique quotidienne et des nombreuses rencontres qu’il avait avec les compagnons de son mouvement. Aux yeux de l’anarchiste convaincu que j’étais, il n’avait qu’une seule tare : être resté adhérent au Parti Communiste pendant tant d’années… Sa rupture avec le stalinisme a été tardive ; ce n’est qu’en 1952 qu’il quitte le parti communiste, après avoir été victime d’une longue campagne de dénigrement et de calomnie de la part de ses anciens « camarades ». Je n’ai évoqué dans ce court billet que la correspondance scolaire et le travail individualisé, mais la pédagogie Freinet c’est aussi le texte libre, l’imprimerie à l’école, l’apprentissage de la vie coopérative… un esprit, un ensemble de techniques, plus qu’une méthode directive à suivre impérativement, point par point, une vision globale de l’éducation et de la place de l’enfant dans la société. C’était là un autre point fort de son œuvre. Beaucoup de ses ouvrages méritent d’être relus à l’heure actuelle ; certains sont difficiles à trouver malheureusement. Je terminerai mon évocation en vous donnant le lien de l’Institut Coopératif de l’Ecole Moderne. A partir de ce site, on peut remonter toute une série de liens et découvrir une richesse documentaire considérable offerte aux enseignants et aux éducateurs.

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7octobre2009

L’Eucalyptus, arme de reboisement massif…

Posté par Paul dans la catégorie : voyages sur la terre des arbres.

Du bon et du mauvais usage de certains arbres

eucalyptus-presquile-de-giens Arbre singulier que cet eucalyptus, avec son tronc longiligne perdant régulièrement de grandes plaques d’écorce, et ses feuilles qui pendent vers le sol. On en trouve quelques beaux spécimens dans le sud de la France, notamment dans le Var. Le premier exemplaire acclimaté en France l’a été en effet dans le jardin botanique de Toulon. Il faut dire que l’Eucalyptus, originaire de l’Australie, n’apprécie guère les hivers prolongés et trop froids. Par contre il est planté massivement dans certains pays du sud de l’Europe et notamment le Portugal. Lors de notre voyage récent nous nous en sommes aperçus à de multiples reprises. L’arbre possède deux qualités, fort intéressantes à l’origine, mais qui ont entrainé de sérieux problèmes suite à l’engouement dont il bénéficie auprès de sociétés s’occupant de reboisement sur les cinq continents, sans autre discernement que la recherche de profits conséquents et rapides. Je vais détailler un peu tout cela dans les paragraphes suivants. Je tenais à préciser, dans ce préambule, que les critiques à venir ne portent pas sur l’arbre lui-même mais sur l’emploi à contre-temps qui en est fait, bien sûr.

fruits-et-fleurs-eucalyptus L’eucalyptus est un géant de la forêt et il entre en concurrence directe avec le séquoïa pour le titre d’arbre le plus élevé de la planète. Certains spécimens australiens dépassent les 110 mètres de hauteur. Les peupliers qui poussent à côté de chez vous auraient l’air de nains si l’on pouvait les observer côte à côte ! C’est d’ailleurs ce gigantisme qui a attiré l’œil du botaniste anglais Sir Joseph Banks, lors de la première expédition du capitaine Cook (1768-1771). Cette découverte marqua presque autant les savants embarqués sur le navire que celle du kangourou, cet étrange animal qui se déplaçait d’une façon particulièrement originale. Banks baptisa l’arbre « gommier bleu », puis la famille fut baptisée Eucalyptus par le botaniste français L’Héritier de Brutelle en 1788. Le nom, d’origine grecque, signifie « bien couvert » et fait allusion à la forme particulière du fruit , ressemblant à une petite boîte fermée par un couvercle qui ne se soulève que lorsque les graines sont arrivées à maturité. Si j’emploie le terme de « famille » c’est parce que l’on s’est rapidement rendu compte qu’il existait de nombreuses variétés d’Eucalyptus dans la flore australienne. Le record de hauteur serait détenu par une espèce qui atteint 155 m de haut… L’Eucalyptus le plus répandu à l’heure actuelle est l’Eucalyptus Globulus. Ses graines ont été rapportées par le botaniste Baudin et plantées à Toulon en 1802. Dès la fin du XIXème siècle, notre arbre migrateur avait commencé la conquête des différents continents, dans les pays où il pouvait s’acclimater : Chili, Inde, Etats Unis (Californie)… Il faut dire que deux de ses particularités le rendent particulièrement intéressant : une croissance rapide et malgré tout un bois relativement dur ; un besoin en eau important lui permet d’assainir les terrains lorsqu’on le plante en zone marécageuse. Cette dernière faculté s’est avérée précieuse pour les colons qui s’installaient en Californie au temps de la ruée vers l’or, car il leur a permis de lutter efficacement contre la malaria. Dans les pays qui possédaient des terrains adaptés, la poussée rapide des troncs a permis de compenser, en partie, le manque de bois de chauffage ou de bois d’œuvre. Cela a été le cas en Ethiopie pendant un temps, par exemple.

bresil-protestation-indiens Le revers de la médaille – car toutes les médailles ont un revers ! – c’est que l’Eucalyptus possède le défaut majeur correspondant à sa qualité principale : l’avidité en eau, jusqu’à 300 l par jour pour un seul individu. Ses racines, d’une longueur impressionnante, drainent le sol sur des distances considérables. Du coup, lorsqu’il est planté en zone peu humide et en monoculture intensive, il exerce une pression terrible sur l’environnement. Il élimine ses concurrents, assèche cours d’eau et nappes phréatiques, et épuise les sols instables. Ce problème se pose dans de nombreux pays, en Amérique latine (Brésil), en Afrique (Cameroun, Ethiopie…). Un travail de reboisement intensif a été effectué par certaines sociétés multinationales, en vue de produire un énorme tonnage de bois pour la pâte à papier. Au Brésil par exemple, les Indiens Guarani luttent depuis des années contre le géant papetier Aracruz, qui tend à multiplier les plantations à haut rendement. Les Eucalyptus sont alors installés en lieu et place de la forêt d’origine, préalablement rasée, ou sur des prairies destinées au pâturage. Les Indiens ont baptisé l’Eucalyptus « arbre de la soif ». Les immenses plantations constituent de véritables déserts verts : la biodiversité, tant végétale qu’animale, s’appauvrit considérablement. Une fois terminés un ou plusieurs cycles de culture, les terres sont lessivées, et peu aptes à recevoir d’autres plantations. Au Cameroun, les militants de l’ODHPE (Organisation de défense des droits de l’homme et de protection de l’environnement) se battent pour qu’une nouvelle politique de reboisement soit mise en œuvre, conduite, non pas dans l’intérêt des multinationales, mais dans celui des populations locales… Un rapport intéressant à lire peut être téléchargé sur le site de l’organisation. Les Australiens poursuivent le même type de politique, remplaçant peu à peu les forêts à faible rendement par des plantations uniformes de centaines de milliers d’eucalyptus. Certes, l’Eucalyptus constituait à l’origine le peuplement majeur de la forêt australienne, mais avec plus de 600 variétés différentes, adaptées aux différents écosystèmes.

eucalyptus-bois-de-fil Le bois des variétés hybrides, sélectionnées pour la culture intensive et utilisées un peu partout dans le monde,  est d’une qualité nettement inférieure à celle des arbres ayant poussé dans des conditions plus naturelles et dans leur continent d’origine. Il est parfois utilisé pour réaliser du mobilier de jardin, mais il n’est pas imputrescible et se dégrade rapidement. Mieux vaut employer, pour ce type de fabrication, du châtaignier, du mélèze ou du sapin de Douglas, « bien de chez nous ! » Il est des cas pourtant où la plantation d’Eucalyptus pourrait être intéressante, sous réserve que ce type de reboisement se fasse sur de petites superficies, du type mangrove, en association avec d’autres espèces végétales, après avoir vérifié que d’autres essences ne sont pas mieux adaptées à l’écosystème local. Les qualités de l’arbre sont indéniables lorsqu’il est utilisé à bon escient. Outre le bois, l’Eucalyptus produit en effet une huile essentielle de qualité, l’eucalyptol, utilisée pour combattre les maladies infectieuses de l’appareil respiratoire. Son efficacité est grande quand il s’agit de lutter contre la bronchite. On peut l’employer aussi en cas d’épidémie de grippe (eh eh !) et dans plusieurs formes d’asthme. La récolte et la vente de cette huile essentielle peut donc constituer un revenu d’appoint intéressant pour les populations indigènes, à partir du moment où elles ont le contrôle des plantations. Cela ne signifie pas pour autant qu’il soit intelligent de chercher à planter des Eucalyptus dans le sud du Sahara comme certains organismes envisagent de le faire ces dernières années ! Les auteurs de ces programmes n’ont sans doute pas fumé que des cigarettes réalisées avec les feuilles de cet arbre !

eucalyptus-en-galicie Selon la fiche d’observation établie par le groupe écologiste « les amis de la terre », la culture de l’Eucalyptus, dans les plantations, n’est pas faite de façon durable et respectueuse de l’environnement végétal, animal et humain. Même le label FSC (dont j’ai déjà parlé), dans le cas de ce bois, ne peut être considéré comme accordé de façon sérieuse. Il est regrettable de voir que dans des pays comme le Portugal ou l’Espagne, soumis depuis quelques années à des étés particulièrement secs et chauds, une place essentielle soit accordée à l’Eucalyptus dans les programmes de reboisement. Les conséquences, surtout quand il y a monoculture, risquent d’êtres désastreuses pour les ressources en eau. Il ne faudrait pas que la forêt portugaise, par exemple, comportant actuellement une grande diversité d’espèces (différentes sortes de chênes, et de Pins notamment) se trouve appauvrie par une opération de reboisement gérée uniquement dans des perspectives à court terme. Les interventions sont certes nécessaires, en particulier à cause des dégâts dus aux incendies de ces dernières années, mais elles peuvent être conduites de façon durable, en essayant de concilier les impératifs de rentabilité et de biodiversité. En France, pour les raisons climatiques évoquées plus haut, le problème ne se pose pas encore, mais des programmes concernant la revalorisation de certains massifs boisés à l’aide de l’Eucalyptus sont à l’étude dans plusieurs départements du Sud (Aude notamment). Pour l’instant, le « gommier » est considéré avant tout comme un arbre ornemental, et il faut reconnaître que, du fait de son port singulier et de la couleur de son feuillage, il ne manque pas de charme. L’écorce aussi est intéressante : elle se détache en longues plaques rougeâtres qui s’étalent sur le sol : difficile de se déplacer silencieusement sur un tel tapis ! L’ambiance d’une forêt d’Eucalyptus est très particulière : les branches sont pendantes et les feuilles verticales ; du coup, la lumière du soleil passe avec facilité et l’ombre est très légère. Certaines plantes n’apprécient pas du tout ces conditions de luminosité. Présentes dans le sous bois lorsqu’il y a dominante d’autres feuillus, elles disparaissent lorsque le gommier bleu prend le dessus et que l’eau se fait rare.

didjeridoo-traditionnel Si vous vous prenez de passion pour cet arbre, sachez qu’il n’apprécie pas beaucoup le vent, et qu’il ne supporte guère les hivers en altitude ou le Nord de la Loire. Si votre sol lui convient, l’arbre poussera bien droit et relativement vite. En une quarantaine d’années, vous pouvez obtenir un fût de cinquante centimètres de diamètre. Belle performance si l’on compare avec le chêne ; celui-ci mettra presque un siècle pour arriver à cette dimension. La qualité finale du bois varie beaucoup avec les espèces. Il peut être parfois très dur. Pierre Lieutaghi dans son « livre des arbres, arbustes et arbrisseaux », dit que l’on utilisa, à titre expérimental, des blocs de ce bois pour paver les rues d’un quartier de Londres. De façon générale, c’est une essence difficile à travailler, ayant tendance à se crevasser et difficile à fendre à cause d’un fil souvent peu rectiligne. Pierre Lieutaghi indique également que les baleiniers de Hobart, en Tasmanie, dont la coque était construite en Eucalyptus, étaient considérés comme les meilleurs du Pacifique (mais il s’agissait de bois poussant dans leur contrée d’origine et de façon naturelle). Pour votre culture personnelle, sachez aussi que le Didjeridoo, instrument de musique traditionnel des aborigènes est réalisé dans un tronc d’Eucalyptus naturellement creusé par… les termites ! L’arbre joue un rôle considérable dans la mythologie des aborigènes. Outre les usages qu’ils ont du bois, ils témoignent un profond respect au géant de leurs forêts. En 1962, c’est sur une écorce  d’Eucalyptus que les aborigènes du peuple Yolgnu rédigèrent une pétition présentée au gouvernement fédéral. Ce texte demandait que le gouvernement reconnaisse que les terres australiennes étaient occupées et appartenaient au peuple aborigène depuis des temps immémoriaux. Je ne vous dis pas l’accueil que reçut cette revendication. Il a fallu bien des années encore pour que les droits des autochtones soient reconnus. Je terminerai ce billet arboricole sur une note gourmande, en vous rappelant que la feuille d’Eucalyptus est le met préféré d’un animal bien sympathique : le koala. Cette chronique lui est dédiée.

NDLRIllustrations – La photo n°1 prise en mai dernier dans la presqu’île de Giens, permet d’observer l’écorce bien particulière de l’Eucalyptus et le contraste avec celle du Pin maritime. La photo n°2 présente les fleurs de l’Eucalyptus (Wikipedia). La photo n°3, provenant du site de « frères des hommes » témoigne de la révolte des Indiens face à la politique de plantation du géant papetier Aracruz. La photo n°4 permet d’apprécier la veine du bois. La photo n°5 (Wikipedia) montre une plantation d’Eucalyptus en Galicie (Espagne). La photo n°5 représente un joueur de didjeridoo. On termine la série par un bien joli koala !

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5octobre2009

Réflexions de fin de route

Posté par Paul dans la catégorie : Carnets de voyage; Humeur du jour.

lisbonne1 Retour à la maison après ce long périple au Portugal. Il pourrait sembler difficile de tourner la page après un intermède « hors-les-murs » de près d’un mois. Il est vrai que les images de paysages découverts, de personnes rencontrées, de moments passés à lézarder, sont largement présentes dans notre esprit. Nous avons cependant une chance que peu de gens partagent avec nous : celle d’avoir un cadre de vie non pas idyllique mais néanmoins fort agréable. Cela facilite grandement les retours. Se retrouver à la maison ne signifie pas, pour nous, la fin d’un rêve et le retour à un quotidien chargé de grisaille, mais simplement le fait de tourner le regard dans une autre direction. Chaque nouveau voyage laisse sa marque cependant et modifie progressivement le regard que nous avons sur notre environnement. Ces quelques six mille kilomètres parcourus pour aller, revenir et surtout découvrir un pays à la fois proche et lointain, sont chargés de souvenirs. Les images s’accumulent dans ma tête, comme dans un album photographique : ciels bleus, montagnes boisées, rouleaux de vagues sur l’océan. Mais il y a aussi les sons, les odeurs et tout ce qu’un album photo ne peut restituer : le cœur tumultueux de ces villes dans lesquelles nous avons laissé trainer nos pas, à l’aventure ; les cris des mouettes perchées au bout d’une jetée,  les conversations d’une fenêtre à une autre dans les ruelles sonores ; les discussions animées à la table des innombrables cafés.  Dans les villes, dans les villages du Portugal, chaque heure de la journée possède sa propre palette de sonorités : pendant la matinée, le bruit monte peu à peu, puis il se calme aux heures chaudes de l’après-midi. La tendance à la hausse reprend en fin d’après-midi, atteignant son paroxysme en début de soirée, plus ou moins tard selon que l’on est au cœur d’une grande ville ou dans une petite bourgade. Lisbonne gagne largement le concours du lieu le plus bruyant la nuit, jusqu’à des heures que nos oreilles rurales ont de la peine à imaginer. Cette agitation frénétique finit d’ailleurs par être lassante ; le fait de se ressentir tel une particule en mouvement dans un tourbillon humain incontrôlé nous a donné un peu le tournis. Il est facile de trouver des lieux pour se ressourcer et les étendues sauvages ne manquent pas. Elles offrent une palette de senteurs bien singulières : difficile d’évoquer, avec des mots, le subtil mélange entre l’odeur de pin et celle d’eucalyptus dans les vallons boisés…

elections-porto Facteur aggravant de toute cette agitation : le pays était doublement en campagne électorale (législatives et municipales à deux semaines d’intervalle). Ce qu’il y a de bien avec la politique dans un autre pays que le sien c’est que l’on n’y comprend pas grand chose et qu’on a plutôt l’impression d’assister à un spectacle de cirque (je ne suis pas le seul à avoir vu les choses sous cet angle-là, en témoignent les jolis nez rouges sur la photo). Ce phénomène est amplifié par le fait que les Portugais ont largement adopté les mœurs électorales américaines : c’est la foire continuelle. On a l’impression que le vainqueur sera celui qui aura la sono la plus forte, la musique la plus pourrie, la capacité de distribuer le plus de papiers colorés, de ballons et de friandises. Les rues de Porto, de Coimbra ou de Lisbonne témoignent de cette débauche de moyens : elles sont souillées de papiers verts, oranges, rouges ou blancs qui s’ajoutent aux déchets habituels. Nous avons été présents pour le renouvellement de l’assemblée nationale mais, par chance, nous étions dans une ville plutôt calme (Evora) et les concerts de hurlements, de trompettes et de klaxons des vainqueurs ont été assez limités. Le cirque quoi, au sens premier du terme… il n’y manquait que des acrobates et des jongleurs, et le parti socialiste portugais n’a pas encore besoin d’un défilé d’éléphants pour remporter les élections. Comme nous a déclaré, de façon prophétique,  le patron fort dépité d’un débit de boissons : la politique change, mais pas le pays… Comme chez nous, deux mondes se côtoient mais n’interfèrent plus guère : celui des politiciens et de leurs promesses sans suite, et celui du petit peuple de la rue, accaparé par les soucis de la vie quotidienne. Les débats politiques ne sont que des intermèdes entre deux jeux télévisés, et la population locale semble y participer un peu de la même façon. Ces quelques semaines m’ont donc permis de couper un peu les ponts avec la politique, même si j’ai suivi, d’un œil plutôt distant, les événements qui agitaient la France franco-française. Les résultats des élections législatives portugaises ont été conformes aux prévisions de notre cabaretier expert : le parti au pouvoir, un peu plus socialiste que celui qui l’est moins, et un peu moins que celui qui l’est plus, genre gauche molle, a conservé le pouvoir, avec une majorité un peu moins confortable au Parlement. Cette victoire partielle ou cet échec limité, selon le bord où l’on se place,  va nécessiter un intermède de négociations et d’alliances avant formation d’un gouvernement « nouveau ». L’étrange alliance entre les communistes et les écologistes, baptisée CDU (ce qui m’a fait sans arrêt penser à la droite allemande), a obtenu un score honorable mais sans plus. L’extrême droite mobilise, un peu comme en France, mais se fait sans doute voler des électeurs par le centre droit ou la gauche centriste. Bref, je n’en dirai pas plus, vous voyez le genre…

licor-de-merda De retour dans mon pays natal, je me suis très vite rendu compte que j’étais en France franco-française. Gros problème lorsque je m’installe dans un restau ou dans un café : je comprends ce que disent mes voisins. Au Portugal j’ai essayé de ne pas trop écouter les quelques Français rencontrés au détour d’un restaurant ou d’une boutique à touristes, car leur discours m’exaspère, mais, lorsque tout l’environnement immédiat parle la langue de Victor Hugo, il est difficile d’échapper aux propos des uns et des autres. Plantons le décor dans lequel va se jouer cette scène du « retour au pays natal » : la terrasse d’un sympathique restaurant de centre ville, dans une bourgade proche de Perpignan. A la table voisine de la notre, deux « ouvriers » du bâtiment s’installent et commandent. Je me permets d’employer les guillemets car la suite de la conversation me permet de comprendre qu’ils sont tous deux artisans, à leur compte. L’un des deux a à peu près notre âge et se pose en donneur de leçons, genre « le bons sens près de chez vous ». L’autre est un jeunôt qui joue le rôle du crétin de service « à qui on ne la fait pas » mais cela ne l’empêche pas de gober les paroles de son interlocuteur, voire même de surenchérir. Cela me ferait un peu penser à une séquence de « Laurel et Hardy » dont les dialogues seraient inspirés par la prose de France Soir ou celle du grand blond qui intériorise. « Le problème, en France, c’est qu’il y a trop de social… » attaque de façon abrupte l’expert situé dans mon dos, après avoir lapé sa première gorgée de bière (comme quoi toutes les premières gorgées de bière n’entrainent pas forcément des réflexions romantiques et sentimentales). « Nous, on bosse, et c’est nous qui le payons ce social dont les autres profitent ». « T’as vu l’histoire des suicides à France Telecom, le foin qu’ils font autour, tous ces journaleux… » « Je t’en foutrai moi des suicides… » Le jeune crétin renchérit : « tu parles d’un boulot… appuyer sur trois ou quatre touches d’un clavier… et puis attendre que la journée se passe… » Nouvelle couche du vieux : « C’est sûr que ça serait dans le bâtiment, ils en feraient pas des tartines pareilles… Moi je te le dis, on bosse, on paye, et y’a tout un tas de fainéants qui veulent rien foutre et qui en profitent… Moi je te connais pas, je sais pas pour qui tu as voté, mais y’a trop de social en France… » Retour sur le sol national (je devrais peut-être mettre un N majuscule) ; c’est un peu dur… Je perds la suite de cet échange passionnant car je m’intéresse d’un peu plus près à ce que j’ai dans mon assiette. Discours trop souvent entendu dans la bouche d’artisans qui n’échangeraient pour rien au monde, leur train et surtout leur mode de vie, contre celui d’un salarié, y compris à France Télécom. Heureusement, j’ai suffisamment d’ondes positives dans la tête pour échapper rapidement à cette « beaufritude » mais je sais pertinemment qu’il faudra faire avec pour que ce pays bouge un peu dans le bon sens. Je laisse le souci pédagogique à d’autres, plus courageux que moi, afin de faire comprendre à ces arriérés mentaux qu’il n’est pas nécessaire de flinguer tous les fonctionnaires, tous les étrangers et tout ce qui ne ressemble pas à leur profil gaulois, pour sortir de la prétendue crise économique et d’un marasme qui ne les touche que de très loin. Heureusement les paysages sont magnifiques dans les Pyrénées et, le lendemain matin, j’ai aperçu à l’horizon la silhouette de l’un de mes châteaux favoris…

porto-la-ville-basse Beaucoup de choses m’ont marqué au Portugal, dans des domaines très divers. J’ai déjà évoqué les éoliennes dans mes premières « cartes postales » par exemple. Lors de notre balade dans le pays, nous en avons découvert des milliers d’autres. Je me suis renseigné. Selon les prévisionnels (qui semblent respectés) l’énergie du vent devrait couvrir 40à 45 % des besoins en électricité du pays, fin 2010. J’en suis resté carrément époustouflé car je n’imaginais pas des proportions pareilles. Dans mon beau pays, on place deux éoliennes à côté d’une centrale nucléaire, puis, l’expert d’Areva prend la parole devant la population et annonce tranquillement qu’il en faudrait 300 ou 400 (ou 3000 ou 4000 selon son humeur) pour fournir autant de courant que la bonne vieille centrale. « Vous imaginez, Madame Michu ? Impossible de sortir de chez vous, avec la maison entièrement cernée par des hélices géantes qui massacrent les oiseaux et font du bruit la nuit et le jour. Signez-là Madame Michu, voilà la pétition pour éviter ce drame… »
Dans un tout autre domaine, le cœur des villes est resté authentique. Porto, Coimbra, Braga, Evora, ont conservé leurs quartiers populaires. Dans une rue piétonne, on ne découvre pas que des « Celio », « Benetton » ou autre « C&A » qui ont uniformisé la plupart des centres urbains d’Europe. Bon nombre de rues, de traverses, de « beco » (que ce terme est joli !) abritent leur lot de petites épiceries, de quincailleries, de bazars traditionnels, pendant qu’aux balcons des étages supérieurs sèchent vêtements et draps de la lessive du jour. On découvre là tout ce côté artificiel que les urbanistes ont donné à nos villes interchangeables : Dublin, Lyon, Turin, Strasbourg.. ont perdu une bonne partie de leur âme. Certes il y a l’envers du décor, surtout visible à Porto : de nombreuses maisons en très mauvais état, de véritables ruines, une hygiène de vie loin d’être bien fameuse… Mais il y a certainement d’autres solutions que d’envoyer les habitants d’origine vivre à la périphérie dans des barres d’immeubles, et de raser leur quartier pour y installer des buildings de verre et d’acier. La solution que beaucoup d’urbanistes imposent n’est guère plaisante : un peu de couleur au rez de chaussée avec les boutiques interchangeables et des empilements de bureaux et de banques qui ont autant d’humanité qu’une liasse de billets de vingt euro.

porto-la-ville-basse2 Ce ne sont là que quelques premières impressions, quelques traces que ce voyage a laissées dans ma mémoire, mais il y en a bien d’autres. J’essaierai d’y revenir à travers quelques billets mieux ciblés, plus thématiques, car j’aimerais vous parler du patrimoine historique, culturel et religieux. Je voudrais évoquer aussi quelques points vraiment négatifs, car je ne suis pas payé par le Ministre du tourisme du Portugal pour rédiger une brochure de propagande. Tout n’est pas rose loin de là, tant sur le plan économique que sur le plan environnemental. Il y a ainsi des quartiers qui sont beaux et fort romantiques aux yeux du touriste mais totalement insalubres au yeux des habitants. Certaines questions restent sans réponse : comment peut-on vivre dans un pays où la vie est presque aussi chère qu’en France, avec un salaire minimum à 450 euros qui semble être le lot d’un grand nombre de travailleurs ? Par chance, comme je ne parle pas la langue, je n’ai pas compris le discours de deux jeunes cadres dynamiques discutant par la fenêtre ouverte de leur 4×4 dernier cri. Cela m’a sans doute évité d’entendre : « le problème, au Portugal, c’est qu’il y a trop de social ». Après tout, il n’y a pas de raison que la connerie ne soit pas universellement répandue…

NDLR : pas de « bric à blog » au mois de septembre… je n’ai guère eu le temps de me perdre dans les tours et détours de la toile d’araignée. J’avais déjà suffisamment d’explorations à faire dans le lacis des ruelles de Porto, Lisbonne et Evora. Ce n’est que partie remise en octobre. Je vous parlerai sans doute aussi de quelques lectures récentes. Toutes les photos illustrant les articles sur le Portugal sont bien entendu « maison ».

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29septembre2009

Le charme d’Evora

Posté par Paul dans la catégorie : Carnets de voyage.

Carte postale du Portugal – 6 –

Evora est une ville qui se trouve au centre du Portugal. Elle est la capitale historique de l’immense région de l’Alentejo. Tous les guides touristiques vous recommandent sa visite. Moi je pense qu’il faut séjourner à Evora pour s’imprégner de l’ambiance singulière qui règne dans cette cité aux maisons blanches et aux ruelles tortueuses. Nous y sommes restés trois jours, un temps suffisant pour s’apercevoir que la ville possède une âme invisible dans les cartes postales ; un temps sans doute insuffisant pour en comprendre toutes les subtilités. Sur une même place se dressent côte à côte une cathédrale mélangeant savamment art roman et art gothique, un temple romain, et un couvent datant du XVIIIème siècle. On trouve le même imbroglio dans les riches demeures des bourgeois anoblis de la ville. L’Unesco ne s’y est pas trompée puisqu’elle a classé la cité au patrimoine mondial de l’humanité. A défaut de pouvoir vous inviter à partager avec nous un café portugais à la terrasse d’un bar sur la place du 1er Mai, je vous propose une série de photos typiques des rues et des maisons. En cliquant deux fois sur les images, vous pouvez les agrandir progressivement, puis « retour en arrière » pour revenir à la mosaïque. Bon voyage !

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27septembre2009

Parler portugais…

Posté par Pascaline dans la catégorie : Carnets de voyage; Le sac à Calyces.

evora Carte postale du Portugal – 5

Pour être honnête, j’avoue d’emblée avoir déjà fait une visite dans la langue portugaise, il y a bien longtemps, quand nous commencions à tourner nos projets vers ce lointain ouest. Deux trois leçons apprises dans un livre, et dont il n’était resté que les « ch ». En effet, le portugais chuinte beaucoup et l’on en fait vite un jeu. « Tu fais quoi che choir ? – Che chors ! » Portugais niveau moins 2 environ.

Courant août, j’ai bien vu que Paul avait des fourmis dans les pattes, des rêves en azulejos, du fado en surimpression, et j’ai compris qu’il y avait urgence à rouvrir le grand livre : parler une langue étrangère m’est un bonheur… et mon niveau est toujours beaucoup plus bas que celui auquel j’aspire. Pouvoir échanger directement, sans chercher ses mots, comprendre ce que dit votre interlocuteur, diverger sur un sujet ou un autre, voilà mon rêve. Je suis une incorrigible bavarde de la multi-langue…

Mais le grand livre, je ne l’ai guère ouvert que début septembre. Et puis chez soi, à quoi bon dire des mots qui n’ont pas de sens autour de soi ? Et une fois dans le pays qu’on est venu chercher, on a autre chose à faire, les yeux écarquillés sur les paysages, pour les plonger dans les lignes du bouquin.

Je dois préciser que j’ai ramé : en portugais, le « s » se prononce non seulement « s » ou « z » comme chez nous, mais aussi « ch ». Sont fous, ces Portugais. En plus, ils élident comme c’est pas permis : nous, nous disons « du » à la place de « de le », franchement, c’est élégant, non ? Mais les Portugais pratiquent cet art de façon systématique.

Et je n’en suis qu’au commencement du début du démarrage.

En anticipant, en feuilletant quelques pages à l’avance, je me suis aperçue que mes difficultés ne faisaient que commencer !

ecolemusique Franco-française d’origine, ayant eu un bon niveau en espagnol quand je le pratiquais, baragouinant en italien le strict nécessaire (bonjour – au revoir – merci – je ne comprends pas), je trouve le portugais plus difficile que les autres langues latines, et suis bien trop novice pour pouvoir comparer les difficultés entre le portugais et le français.

Cela dit, une langue qui a besoin de quatre syllabes pour dire « merci », je trouve cela fort sympathique : « obrigada », au féminin, « obrigado » au masculin, quand tant de gens, se contentent du monosyllabique « thanks »…

Alors, parler portugais ? Tous les guides vous le diront : les Portugais sont ravis que vous leur parliez dans leur langue. Je me mets à leur place : en France, j’apprécie moi aussi que l’on s’adresse à moi dans ma langue, quitte à aller chercher moi-même quelques mots dans celle de mon interlocuteur si l’échange se fait difficile. Les guides vous diront aussi d’éviter l’espagnol pour vous adresser à des Portugais. L’espagnol n’est pas du portugais pas plus que le portugais n’est de l’espagnol. Je suis d’accord avec les guides. Comme si on me parlait espagnol, italien ou portugais en exigeant que je comprenne, sous prétexte que ce sont des langues très proches de la mienne !

tagfeminisme Sans vouloir pousser trop loin le discours, je trouve que parler la langue du pays où l’on se trouve est une forme de respect de l’autre, une acceptation de sa culture, sans laquelle l’échange sera appauvri.

Comme tout un chacun, j’ai donc commencé à me familiariser avec la langue, sans chercher à aller vite, mais approfondissant à mesure, afin de consolider le minuscule bagage constitué. J’ai bénéficié d’enregistrements (méthode achetée et exercices trouvés sur internet) sans lesquels j’aurais eu un mal fou à former mon oreille et ma propre prononciation.

Est venu le moment de me jeter à l’eau, le neuf septembre précisément, dans l’après-midi, à l’entrée d’un terrain de camping. Mon premier discours est resté très modeste : « Bonjour, parlez-vous français ? » Moment magique : cette suite de syllabes sans queue ni tête pour moi, choisies avec soin, prononcées au moment opportun, a obtenu un résultat, une réponse. Bon, la dame parlait français et nous en sommes restés là pour les langues étrangères.

Mais j’avais prononcé la formule correctement et le résultat avait suivi !

Un moment plus tard (compter le temps d’installer le campement) deuxième coup de baguette magique dans une rue à Bragança. J’ai demandé à une passante le nom de la rue où nous nous trouvions, et le résultat a été d’abord décevant : elle a marmonné je ne sais quoi et continué sa route. Sur le seuil de sa boutique, une femme a levé les bras au ciel, articulé lentement le nom de la rue, et, cerise sur le gâteau, nous l’a située sur notre plan.

Que de chemin parcouru depuis ces balbutiements !

Aujourd’hui, je rentre dans un commerce, je demande telle ou telle chose, et c’est seulement au bout de deux ou trois phrases que je prononce l’incontournable « parlez-vous français ? »

Mon niveau s’est élevé rapidement avec la remontée en mémoire de l’espagnol, qui aide, je ne peux pas le nier !

napoleon Un dimanche soir, à Coimbra, nous étions pris en sandwiche (sandes, prononcer sandèch) entre deux couples de Français, l’un des deux sympa et l’autre… français. Le serveur était débordé, pourtant il était hyper content que je lui parle en portugais et il prenait toujours un moment pour échanger. « Vous parlez bien » m’a-t-il dit, et j’ai répondu que je parlais très peu, ce qui est vrai – s’il savait ! Il a été aux petits soins avec nous.

Le couple, là, est parti, hautain, fier, raide, droit, rigide, avare de paroles, pendant que nous offrions notre reste de vin à l’autre couple – erreur dans la commande, mais, franchement, je préfère ne pas prononcer correctement « demi-carafe » et être comprise quand je dis « le Portugal est un beau pays, on y mange bien », ce genre de choses qui font s’élargir les sourires.

Alors – puisqu’il me faut bien prêcher un peu – je vous en prie : quand vous allez dans un pays étranger à l’étranger dialecte, apprenez-en quelques mots. Mieux, commencez à l’avance pour vous pénétrer de l’esprit de la langue. Apprenez peu de mots, mais sachez les assez pour répondre automatiquement les incontournables « bonjour – au revoir – merci – je ne comprends pas », et si vous avez un tempérament liant, vous ferez des rencontres par la seule magie des mots. Des mots des autres qui ne sont pas les vôtres.

Bon, on parle quoi, en Roumanie ? J’anticipe, j’anticipe, mais je me demande si…

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23septembre2009

Pierre, sable, bois et eau

Posté par Paul dans la catégorie : Carnets de voyage.

Carte postale du Portugal – 4 –

nazare La falaise domine la mer. Un escalier aux marches innombrables permet de descendre jusqu’à la plage immense. Le village occupe trois emplacements différents, comme s’il avait migré, tout au long de son histoire, en laissant derrière lui les marques de son occupation précédente. Vue du haut, la mer semble onduler doucement et les vagues s’étaler paresseusement sur le sable fin. Vues du bas, les maisons blanches évoquent un décor miniature. S’il n’y avait pas cette immensité d’eau et de sable, on pourrait se croire à Santorin dans la mer Egée. Les ondulations de la mer sont en fait de vigoureux rouleaux qui se jettent par vagues successives sur la plaine dorée. Les éléments ne sont pas déchaînés mais suffisamment dynamiques pour décourager toute velléité de baignade. A part quelques corps paresseusement étalés au soleil, il n’y a d’ailleurs pas grand monde sur le sable. La maigre foule se presse plutôt aux terrasses des cafés ou devant les vitrines des échoppes qui offrent aux badauds sacs en toile du Népal, lainages du Maroc ou babioles biscornues venues d’on ne sait trop quelle planète. Les taches de couleur de ces touristes à la fois nonchalants et agités font un contraste saisissant avec les vêtements noirs des femmes de pêcheurs. Celles-ci semblent plus intéressées par les derniers rayons du soleil, l’exotisme des passants ou les quelques mots échangés avec leurs proches, que par la vente des fruits secs qu’elles étalent devant elles. L’ambiance est paisible ; le bruit des vagues couvre en partie le ronflement des moteurs impatients. Nazaré… Le regard de l’Estrémadure est tourné vers l’océan.

pombal La forteresse de pierre domine le petit bourg aux toitures bariolées. Du haut du donjon on entend les bruits de l’activité humaine et surtout les cris des enfants qui jouent dans une cour de récréation. Les templiers ont construit cette forteresse à l’époque où les Maures venaient juste de quitter le pays. Les éléments d’architecture se mélangent de façon subtile. Impossible de se croire ailleurs qu’ici. Les châteaux, comme les villes ou les paysages, ont une personnalité et on ne peut imaginer une forteresse du cœur du Portugal perchée sur une colline des Vosges. Voyage dans le temps. Que penserait le commandeur, maître d’œuvre de ce bâtiment à la fois austère et distingué, s’il voyait toutes ces fourmis s’agiter un peu plus bas dans les ruelles de sa cité ? Comment comprendrait-il la raison d’être de tous ces cubes de béton hideux qui courent dans la plaine jusqu’à l’horizon ? Sur les crêtes lointaines de la Serra Lousã se dressent une multitude d’étoiles accrochées au sommet de mâtures improbables, moulins à vent des temps modernes. Aurait-il une clé pour déchiffrer toutes ces énigmes ? Pombal… Mélange de deux époques… souvenir anachronique de croisades antiques.

talasna Le hameau se dresse tout en haut d’un vallon boisé. Il domine de sa sagesse une vaste étendue de châtaigniers, de pins et d’eucalyptus. Il est si discret… l’on ne découvre son existence qu’au terme d’un long cheminement le long d’un torrent qui s’essouffle tant son maigre filet d’eau paraît incapable de vaincre la résistance des rochers. On l’imagine plus impétueux lorsque l’on découvre les branches qu’il a charriées lors de ses crises de colère. De tout temps les hommes ont cherché à le dresser et à tirer partie de l’énergie qu’il distribuait à corps perdu. La roue à aubes du vieux moulin a disparu, et l’on n’entend plus aucun grincement dans ses rouages. Une installation plus moderne, petite retenue, turbine hydro-électrique, subsiste dans un sombre recoin. Elle semble encore en activité. Le seul être vivant à y résider en ce jour est un molosse enchaîné qui témoigne de sa curiosité ou de sa colère devant l’arrivée d’intrus en tirant sur sa chaîne et en aboyant le plus fort possible. Une heure, deux heures de marche. Les premières maisons du hameau sont en ruine. Le chemin devient ruelle puis ruelles, transformant ce hâvre de paix en labyrinthe inquiétant pour le marcheur fatigué. Dans un passage un peu plus frais, un peu plus ombragé que les autres, s’ouvre une porte mystérieuse. Le promeneur jette un œil intrigué. L’œil a du mal à s’habituer à l’obscurité. Une table, des chaises, un hôte accueillant… vision fugitive d’un paradis terrestre à portée de main. Qu’il est bon de se poser un peu lorsque la fatigue se fait sentir ; qu’il est bon de boire un grand verre bien frais lorsque la soir dessèche le gosier. Talasna… Oasis de bonheur dans la serra Lousã.

plage-de-nazare

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21septembre2009

Camping quest… Ici comme ailleurs…

Posté par Paul dans la catégorie : Carnets de voyage.

porto4 Carte postale du Portugal – 3 –

Bon je crois que je vais cesser de râler chaque soir en cherchant ma boîte de bouchons d’oreille… Je vais renoncer à ma quête du terrain de camping idéal, quête qui s’avère bien plus difficile à accomplir que celle du St Graal. Ce pays n’est pas en cause ; pas plus que les autres du moins. Trouver le site parfait à mes yeux pour planter sa tente, relève du domaine de « mission impossible ». Sur les quatre ou cinq conditions requises pour obtenir le label qui permettrait à un terrain de camping de figurer dans le guide du routard charbinois, il y en a toujours au moins une, et souvent deux qui manquent à l’appel.

porto1 Si vous êtes gérant d’un terrain, ou tout simplement curieux, vous souhaitez peut-être connaître ces fameuses requêtes, condition sine qua non d’une labellisation. A première vue, elles ne paraissent pourtant pas utopiques. En premier lieu, un emplacement agréable dans un environnement correct (terrain à peu près plat et arboré, joli paysage) ; un tarif abordable (c’est à dire inférieur au prix d’une chambre d’hôtel !) ; des sanitaires bien conçus, offrant un minimum de confort et témoignant, de par leur propreté, d’un entretien régulier ; surtout, exigence essentielle sur laquelle je vais m’étendre un peu plus, le calme ! Je reconnais que cette dernière condition est l’une des plus difficiles à remplir. Le bruit envahit notre quotidien de façon oppressante. J’en ai d’ailleurs parlé dans une chronique récente. De plus, la notion de « calme » n’a visiblement plus la même signification pour tous ceux qui l’emploient. Pour moi, calme nocturne (au moins) cela signifie purement et simplement silence. Pour l’employée du camping dans lequel nous logeons actuellement, cela signifie sans doute « niveau de bruit raisonnable »… A la question : « pouvons-nous avoir un emplacement pas trop bruyant ? », la brave dame nous a affirmé que le terrain était très calme. Il faut reconnaître, par souci d’objectivité, que la voie ferrée est au moins à 100 mètres, la voie express pour les voitures à 50 mètres et que nous ne sommes pas dans l’axe des pistes de l’aéroport !

porto2 Je renonce disais-je à cette quête du graal introuvable, même dans un pays où les monuments religieux sont plus abondants que les boulangeries, car mes exigences ne sont jamais remplies. Le terrain précédent, situé à 1000 m d’altitude dans la Serra Estrela, au cœur du pays, jouissait d’une vue imprenable sur les montagnes, était ombragé, silencieux au possible, mais l’équipement sanitaire était réduit à sa plus simple expression et il y faisait un froid de canard. De surcroît, il a plu toute la nuit, mais ça, le propriétaire du terrain n’en était pas responsable… A part les bruits mécaniques d’origine humaine (communs à tous les pays), les nuisances verbales et musicales nocturnes (communes à tous les pays méditerranéens), le Portugal a sa propre source de pollution sonore : les chiens, errants ou enfermés. Rares sont les endroits où l’on ne voit pas des chiens divaguer, où l’on n’entend pas des chiens aboyer ou gémir et cela à des heures où même les fêtards les plus invétérés (j’allais dire « invertébrés » !) ont fermé leurs petits yeux. Quand le terrain de camping n’est pas installé directement à côté d’un chenil, il y a toujours deux ou trois animaux qui errent en cherchant le plus souvent de la nourriture, ou parfois la compagnie ou la bagarre. Quand la faune sauvage est insuffisante pour pourvoir à l’environnement sauvage, c’est alors un touriste de passage qui trimballe avec lui sa horde aboyante, du caniche au berger allemand… Bref un paradis pour ceux qui passent leur dimanche dans les refuges de la SPA ou devant leur écran de télé à regarder « nos amies les bêtes ».

porto3 Nous voilà rendus à Coimbra, au centre du Portugal, à trois mille kilomètres de notre petit « chez nous ». Il faut dire que notre parcours a été un peu zigzaguant ces derniers temps : Braga, Porto, la vallée du Douro, les sommets de la serra Estrela… Il y a sûrement une ligne plus droite et plus courte pour aller de notre Isère originelle à Lisbonne… Mais que voulez-vous ! Notre soif de paysages est insatiable… Nous avons vu une multitude de lieux merveilleux : certains surpeuplés comme le centre de la région du Minho, d’autres totalement déserts comme le Nord-Est ou les massifs montagneux. Nous avons dégusté avec amour quelques bons verres de Porto millésimé, savouré le Vinho Verde et les vins de Tras Montas. Mais je crois que la gastronomie fera l’objet d’une chronique à part entière.

Il est certes un peu dur de vous parler de nos vacances en cette période de rentrée où vos soucis sont certainement d’une toute autre nature. Je n’aurai donc pas la grossièreté d’évoquer le plaisir que peut procurer l’écoute du fado en pleine nature sauvage. Sachez simplement que le dernier disque de Mariza, intitulé « Terra » est absolument superbe. Je sais bien que toutes les horloges ne sont pas réglées à la même heure et j’espère que ces quelques « cartes postales » vous changeront un peu les idées. Il y a toujours une occasion dans la vie de faire un pas de côté et si cette occasion ne se présente pas on peut la provoquer !

Obrigado

NDLR : suspens… Nous testons un nouveau terrain quelque part dans un lieu encore tenu secret. Les tarifs sont très corrects. Rien à redire sur les sanitaires. Le décor est charmant : une mini-forêt d’eucalyptus (très bon pour les bronches parait-il). Pour sûr on entend les voitures, mais il s’agit d’une petite route et le trafic devrait donc s’interrompre pendant les heures de nuit. On verra. A notre grande surprise, ce terrain dispose d’une connexion wifi très correcte dont j’ai décidé de profiter lâchement pour vous inonder de mes infâmes propos…

Les photos sont choisies juste pour vous faire tirer un peu la langue… Elles n’ont pas de rapport direct avec le thème de l’article puisqu’elles ont toutes été prises à Porto. Je ne pense pas que vous soyez particulièrement passionnés par des photos de notre tente ou de notre camping gaz…

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