8juillet2009
Posté par Paul dans la catégorie : Histoire locale, nationale, internationale : pages de mémoire.
J’ai évoqué cette « révolte des Rustauds » en quelques lignes dans la chronique que j’ai consacrée il y a peu de temps au superbe donjon d’Ortenberg en Alsace. Après avoir raconté l’an dernier la révolte de Pétignat et le soulèvement des Canuts lyonnais, avec cet article je vais continuer à évoquer les grands mouvements de colère qui ont marqué l’histoire des exploités de tous les pays du monde… Vaste programme et tristes récits en perspective tant il est vrai que peu de ces évènements ont eu une issue heureuse ou, tout au moins, pas trop sanglante. Dans le cas de la Révolte des Rustauds, appelée aussi Rusticiade, qui s’est déroulée en Allemagne au début du XVIème siècle, le soulèvement eut une très grande ampleur et se termina par une succession de massacres impressionnants. Le récit complet de cette révolte est une tâche de grande ampleur et je me limiterai, pour l’heure, aux évènements qui se sont déroulés essentiellement en Alsace-Lorraine.
La révolte des Rustauds débute en 1524 à l’Est du Rhin, dans le pays de Bade. Elle s’étend à l’ensemble de l’Allemagne centrale et méridionale et gagne un peu plus tardivement, en 1525, les régions situées à l’Ouest du Rhin, à savoir l’Alsace et la Lorraine, qui, à cette époque, font partie intégrante de l’Empire. Les causes précises du soulèvement sont troubles : sans doute à la fois sociales, politiques et religieuses, dans des proportions difficiles à évaluer. Ce qui est certain c’est que le mouvement s’est propagé comme une trainée de poudre et a bénéficié d’un très large soutien dans le monde rural. Les effectifs des combattants engagés dans les différents affrontements avec le pouvoir témoignent de cette popularité. L’élément déclencheur s’est produit non loin de Schaffhouse dans le pays de Bade : des paysans refusent de se soumettre aux ordres de leur seigneur exigeant une corvée qu’ils estiment parfaitement injuste. Ils obtiennent très rapidement le soutien de la frange la plus radicale du clergé converti à la Réforme préconisée par Luther (lequel se désolidarisera très vite du mouvement qu’il juge beaucoup trop violent et surtout incontrôlable…). Pendant l’automne 1524 les insurgés adoptent comme plateforme revendicative commune un document rédigé par le maître cordier Sébastien Lotzer de Memmingen, intitulé « manifeste des douze articles ». Les revendications sont variées : suppression de la peine de mort et du servage, liberté de pêche et de chasse, augmentation de la superficie des « communaux », mais aussi élection des prêtres par le peuple ou diminution du montant de la dîme prélevée par l’église… Il est indéniable que cette révolte porte la marque du conflit religieux qui ensanglante l’Ouest de l’Europe depuis quelques années, et que l’aspect économique, s’il est important, n’est sûrement pas le seul élément moteur. Les récoltes des années précédentes n’ont pas été plus mauvaises que les autres et il n’y a pas d’épisode particulier de famine ou de grande misère dans les années qui précèdent le soulèvement. Les historiens font remarquer également que des paysans aisés ainsi que quelques nobles peu fortunés se joignent à la révolte. Il y a par contre des dissensions importantes au sein de l’église protestante naissante, certains penseurs de la nouvelle religion réformée estimant que leurs chefs spirituels ne vont pas assez loin dans leur diatribe contre l’église catholique romaine. Il est possible que le mouvement des Rustauds ait été (au moins au début) instrumentalisé par l’une des factions pour s’opposer à l’autre. Difficile de conclure sur ce chapitre-là, faute d’éléments documentaires précis.
A la mi-avril 1525, les paysans de l’Evêché de Strasbourg se soulèvent à leur tour. Le mouvement se déclenche simultanément dans plusieurs autres secteurs, en Haute-Alsace et en Lorraine, ce qui montre qu’il est parfaitement structuré et ne doit rien au hasard. En quelques jours, le nombre des insurgés augmente considérablement et les Rustauds s’emparent de plusieurs villes ainsi que de plusieurs abbayes qui sont pillées et incendiées. De nombreux villages tombent dans les mains des insurgés grâce à l’aide de bourgeois, favorables à la cause, qui leur ouvrent tout simplement les portes. A la mi-mai, un mois après le début des évènements, Ribeauvillé, Riquewihr, Saverne… sont sous le contrôle des paysans révoltés. Seules les villes bien protégées et les châteaux à l’abri de leurs remparts résistent. Compte-tenu de leur nombre, les Rustauds s’organisent en différentes bandes armées qui parcourent la province et recrutent de nouveaux partisans. Ces bandes ont à leur tête des chefs compétents et plutôt bien obéis par la troupe : Jörg Ittel et ses lieutenants Erasme Gerber et Peter de Molsheim commandent la bande la plus importante autour de Molsheim ; Mathieu Nithard et Jean Pflüm, celle du Sundgau ; Wolf Wagner celle du Ried… Des camps retranchés sont constitués comme à Sarreguemines où l’on dénombre plus de 4000 paysans armés. Les escarmouches sont nombreuses et, au fur et à mesure des combats, les insurgés s’arment peu à peu grâce aux prises sur l’ennemi. Les autorités s’affolent devant l’ampleur du mouvement.
Le Duc de Lorraine, Antoine, décide d’organiser la reprise en main de sa région. Il rassemble à Nancy une armée de 15 000 hommes, fantassins, cavaliers, artilleurs d’origines très diverses : fantassins espagnols, lansquenets (mercenaires) des Pays-Bas et d’Allemagne du Nord, nobles venus de Champagne, de Lorraine ou de Brie. Toute cette armada se met en route le 5 mai 1525 pour mater l’insurrection. De nombreux renforts viennent encore grossir la troupe : alliés et vassaux du Duc Antoine répondent à l’appel de leur maître ; l’heure est grave ; les privilèges sont menacés, d’autant que les gueux ont adopté une nouvelle plateforme de revendications, beaucoup plus radicale que le manifeste de leurs condisciples d’outre-Rhin, mais tout aussi fourre-tout. Un premier affrontement a lieu dans la région de Sarreguemines et il se termine par une victoire des insurgés qui font prisonnier le capitaine Jean de Braubach, l’un des officiers du Duc. Les Rustauds victorieux rejoignent d’autres groupes de paysans à Saverne et s’installent dans la ville. Le choix tactique est maladroit et les insurgés se retrouvent très rapidement encerclés et assiégés par les troupes de Lorraine. Un premier massacre a lieu dans le village voisin de Lupstein : la localité est incendiée par l’armée du Duc et trois mille personnes, paysans insurgés mais aussi habitants du lieu, perdent la vie dans cette « bavure ». Le Duc Antoine compte bien tirer profit de sa position dominante et refuse la proposition d’évacuation de la ville faite par les Rustauds enfermés dans Saverne. La situation dégénère très vite et le siège se transforme en massacre généralisé. On estime que cet affrontement à Savernes et environs a provoqué la mort d’au moins vingt mille personnes.
A partir de là, la situation va rapidement se dégrader pour les insurgés. Le 12 mai a lieu a Scherwiller (non loin d’Ortenberg) une bataille d’une importance considérable, tant au niveau du nombre de combattants impliqués, que des enjeux pour la suite de l’histoire. Les Rustauds ont rassemblé 15 à 20 000 hommes relativement bien équipés, sous les ordres d’un de leurs chefs prestigieux, Wolf Wagner. Cette force bénéficie même du soutien de soldats de métier (des Suisses) et va combattre sur un terrain qu’elle connaît bien. Mais ces deux atouts ne seront pas suffisants face au nombre et à l’organisation de l’armée du Duc de Lorraine. Au cours de l’affrontement, un certain nombre de notables acquis aux insurgés, voyant que la situation évolue mal, n’hésiteront pas à tourner casaque et à trahir la cause qu’ils soutenaient. C’est le cas du bailli de Riquewihr qui passe à l’ennemi avec un certain nombre de ses miliciens. Bref, les Rustauds perdent la bataille, et les morts se dénombrent par milliers lorsque la boucherie est terminée. Satisfait de sa victoire, le Duc de Lorraine rentre à Nancy, laissant les seigneurs locaux poursuivre le travail de harcèlement et de répression des dernières bandes d’insurgés. La révolte n’est pourtant pas totalement annihilée et d’importants groupes armés subsistent dans le Sud de l’Alsace. Une dernière défaite va marquer la fin de la rébellion : elle aura lieu à Wattviller dans le Sundgau au mois de septembre. D’aucuns disent que le « brave » Duc aurait été quelque peu écœuré par le massacre de Scherwiller… Il est plus probable qu’il s’est retiré du combat estimant que le risque de contagion de la révolte sur ses terres de Lorraine était totalement circonscrit… Ce qui est sûr c’est que l’insurrection, privée de chefs, mal coordonnée, est en train de vivre ses derniers soubresauts. La répression va être terrible : chaque fois qu’un pouvoir est ébranlé dans ses fondements, il réagit généralement avec une violence proportionnelle à la « trouille » qu’il a vécue… Les exemples sont nombreux dans l’histoire et la Commune de Paris n’est pas le pire de tous…
Le mouvement est vaincu également dans le reste de l’Allemagne. A la fin de l’an 1525, l’ordre règne à nouveau et les révoltés n’ont obtenu aucune concession de la part de la noblesse. Les chiffres varient selon les sources, mais l’on estime généralement que la révolte des Rustauds a concerné environ trois cent mille paysans… Un tiers d’entre eux y aurait perdu la vie, soit lors des combats, soit lors de parodies de justice qui ont suivi la période de « reprise en mains ». Les causes de l’échec d’un mouvement d’une telle ampleur sont sans doute nombreuses. Le fait que les têtes pensantes de l’Eglise Réformée aient cessé de lui apporter leur soutien a certainement eu de l’importance. Les paysans allemands s’étaient appuyés sur l’œuvre de Luther pour justifier certaines de leurs revendications. Ce même Luther a préféré soutenir le camp des oppresseurs plutôt que celui des opprimés. Comme dans bien des circonstances, les humbles ont servi de « piétaille » dans des combats idéologiques dont ils ne soupçonnaient pas la portée. En tout cas, il est évident que cet événement a été bien plus qu’une anecdote dans l’histoire des révoltes populaires, même s’il est relativement peu connu ; les livres d’histoire, trop souvent négligeants de la vie des humbles, ne lui accordent que quelques lignes dans une brève évocation des « jacqueries cycliques » du monde rural.
6juillet2009
Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour...; Humeur du jour.
– Allo ? Oui ! Bonjour !
– Bonjour, je suis votre conseillère Orange… Orange Télécom…
Elle a bien fait de préciser, car je n’ai pas l’habitude des conseillères de couleur… Je n’ai pas de conseillère verte ou noire (pourtant j’aimerais ça une dame qui me donne des tuyaux en jardinage ou en politique)… J’ai répondu très poliment, bien que ce soit le dixième appel de l’année. D’une part je respecte les gens qui font un travail pareil… Le démarchage au téléphone c’est pire que de manier les rames dans une galère… Par ailleurs, Orange Télécom, c’est effectivement depuis quelques temps mon fournisseur d’accès Internet et je n’ai pas envie de me faire hadopiser l’Internet. En tant que blogueur sérieux, je n’aurais pas l’air malin sans ma connexion. Et puis ma copine Martine, avec tous ces trucs politiques que j’écris, elle dit que si je ne me fais pas hadopiser, je risque bien d’être au minimum tarnaquisé… Donc j’écoute !
– Je vous appelle au sujet de la télévision… la télévision sur votre ordinateur…
– Oui… je vois, mais je vous assure que ça ne m’intéresse pas de regarder la télévision sur mon ordinateur…
– Rassurez-vous Monsieur, vous n’aurez rien à payer (pour l’instant) puisque vous payez déjà. Votre forfait vous donne accès à la télévision, plein de chaînes du bouquet TNT…
– Ah bon ! Mais alors, pourquoi vous m’appelez puisque je paye déjà…? D’ailleurs, pourquoi est-ce que je paye déjà si ça ne m’intéresse pas ? Il y a peut-être un forfait moins cher, sans les chaînes de télévision. C’est pour cela que vous m’appelez ?
– Cher Monsieur, notre offre « télévision », qui est vraiment exceptionnelle, évolue sans cesse. Recevez-vous déjà sur un récepteur classique les chaînes numériques du bouquet TNT ?
– Oui chère Madame, mais sans rien payer du tout…
– Vous n’êtes abonné à aucun « bouquet » payant ? Je ne sais pas moi… « Canal sat », « Canal doc », « Canal historique »…
– Eh bien non, voyez-vous, les chaînes classiques suffisent à m’énerver. La redevance est déjà bien chère et je n’ai pas l’intention de payer plus pour des émissions de télévision que je ne regarderai pas.
– Oui, bien sûr, mais vous n’êtes pas tout seul dans votre foyer. Il y a bien d’autres gens qui regardent la télé ?
– Non, c’est moi qui la regarde le plus souvent…
– Si ce n’est pas indiscret, vous regardez la télé combien de temps chaque semaine ?
– En ce moment, une demi-heure environ. Mais ça dépend des saisons, des programmes, de mon humeur… Parfois un peu plus !
– Bon…. eh bien, écoutez…. Je vois…. Je vous remercie de m’avoir accordé ces quelques minutes…. Au revoir Monsieur…
Un autre jour, la dame m’a téléphoné pour m’expliquer tout le bien que j’aurais à gagner de grouper tous mes abonnements téléphoniques chez le même opérateur.
– Tous mes abonnements téléphoniques ? Mais je n’en ai qu’un !
– Vous n’avez pas de ligne fixe ? Vous trouvez que cela revient trop cher ? Je suis bien d’accord avec vous…
– Si Madame j’ai une ligne fixe, mais nous n’avons AUCUN téléphone portable !
– Vous n’avez pas de téléphone portable ?
La dame a raccroché, mais avant il y a eu quelques bruits au bout de la ligne : papier froissé, clapotis et clapotas, consultation d’écran… J’ai eu l’impression que la dame se demandait si elle ne s’était pas trompée de numéro et si on ne l’avait pas amenée, par erreur, à joindre un correspondant au fin fond de la brousse du Zimbabwe. Elle a dû se dire que je m’étais fichu de sa figure ou que j’étais rétif au démarchage par téléphone. Alors, pour me laisser une chance de sortir de ma misère profonde, plusieurs courriers postaux ont suivi, m’expliquant à quel point ça serait bien pour moi si SFR s’occupait de mon abonnement téléphonie fixe. C’était pas cher, c’était vraiment bien, performant, branché, moderne… et tout et tout !
Orange se sentant menacé sur son aile droite a alors renchéri par voie de courrier électronique. Deux à trois courriels par semaine pour m’expliquer tout le bien qui m’arriverait sur terre (ou à défaut au paradis), si j’achetais le nouveau modèle multibranche à code implexe inversé turbo sensible. Je n’avais qu’un mois pour me le procurer au prix exceptionnel de trois fois rien. Un mois plus tard, j’aurais raté la plus belle affaire de ma vie, et je continuerais à communiquer platement avec un zinzin antédiluvien ne possédant même pas la synchro vocale pulmonaire Valda… D’autres fois c’était le forfait « 3h de communications par mois avec Monaco » au prix de « 2 h avec les îles Caïman » ou l’inverse, je ne sais plus trop bien. Le problème, c’est que lorsque j’envoie mon argent dans les paradis fiscaux, ça va très vite et ça ne se fait pas par téléphone, alors ces avantages fiscaux-là ne m’intéressaient pas beaucoup. De temps en temps, un petit courrier pour me dire que conformément à la loi « informatique et libertés », j’avais le droit de me désinscrire de leur fichier ; il suffisait de cliquer « là ». Généralement, le résultat c’est que l’on reçoit le message publicitaire en double ou en triple, l’informaticien pervers qui a conçu le site ayant fait le nécessaire pour que le lien du « là » aboutisse à un « oh oui encore ! »
J’ai sûrement raté plein de trucs intéressants comme le forfait « SMS illimités » pendant les vacances scolaires. Faut dire que les seuls SMS que j’envoie sont assez longs… Ce sont des messages qui font de 1500 à 2500 signes et je préfère passer par internet. Peut-être que si mes chroniques avaient le format SMS, j’aurais plus de lecteurs.
Et puis, il y a bien sûr tous les autres, tous ceux qui ne m’ont pas comme client et qui aimeraient bien m’avoir… Mais ceux-là, comme ils ne peuvent pas hadopiser ma connexion, je ne leur accorde qu’un regard méprisant. Il y a aussi ceux que j’ai laissé tomber parce que j’en avais marre de payer un service « pourri » les yeux de la tête et d’avoir l’impression d’être un pigeon que l’on plumait avant de le rôtir. Ceux-là m’écrivent encore sur le thème : « on a changé, on n’est plus comme avant… » Genre Sarko quoi : plus de bling bling, rien que du boum boum. Chantez après moi : « plus de Rollex, des matraques… Plus de Rollex, des matraques… » Pour être honnête, ce n’est pas ce que me disent mes anciens fournisseurs… Mais je n’ai plus guère confiance. Comme disait ma vieille grand-mère : « pigeon un jour, pigeon toujours ! »
Les premiers temps où l’on avait le téléphone – je vous cause là d’une époque qui remonte, non pas avant la Commune de Paris, mais au moins aux années 70 – la dame aussi on lui causait et on était content d’entendre sa voix à l’autre bout du fil. Les conversations étaient plus courtes mais certainement moins agaçantes. On échangeait des propos du genre : « ici le 8 à Passins, j’aurais bien voulu causer au 10 – Ne quittez pas Monsieur, je vous branche… » Comme quoi, déjà à cette époque-là, des jeunes dames, souvent sympathiques, cherchaient à me brancher. Le courant passait entre nous et elles n’en voulaient pas qu’à mon portefeuille ou à ma carte bancaire. Il y avait même quelques échanges plus personnels lorsque, par exemple, on demandait le numéro des pompiers… « Ah bon ! Il y a le feu chez vous ? Ce n’est pas grave au moins ? Je vais essayer de vous avoir la ligne, mais ça ne marche pas toujours, c’est détraqué ces derniers temps. » Bref, le 22 à Asnières quoi… De ces temps reculés où l’on visitait, admiratif, le radôme de Pleumeur Bodou et où il ne nous serait pas venu à l’idée que l’on pourrait avoir besoin de téléphoner au Québec quelques heures tous les mois. Le monde change, le monde change, Madame Michu. Avant, Madame Michu travaillait dans une banque. Maintenant elle travaille dans une société de démarchage par téléphone (un « call center », ils appellent ça, tous ces crétins en costume cravate, incapables de parler en français dans le texte). Elle essaie de vendre des trucs impossibles à vendre à des ploucs qui ne veulent rien acheter. A la fin de l’année, elle sera licenciée car une autre Madame Michu, née au Cameroun celle-là, fait le même travail pour beaucoup moins cher. Six heures de formation, un discours assez simple à apprendre plus quelques phrases type pour engager la conversation, et vogue la galère. Galère, vous avez dit « galère » ? Galère, galérien et surtout galérienne… Certain(e)s sont passés de la rame au téléphone, des coups de fouet aux coups de gueule, du bol de soupe moisie au salaire de misère… Ne critiquez pas n’importe quoi, Monsieur, en quelques siècles, l’humanité a terriblement progressé.
Pour conclure, je vous dirai que de toute façon, fixe ou filaire, portable ou sans fil, bleu ou fluorescent, avec ou sans image, avec goût banane ou goût noisette… je n’aime pas le téléphone. Je n’aime pas que l’on appelle et je n’aime pas appeler. Le téléphone m’emm… et je suis convaincu d’emm… les autres avec le téléphone. Rares sont les coups de téléphone qui ne me dérangent pas car j’aime causer avec les gens quand j’en ai envie, et en plus j’ai envie de causer avec des gens qui ont envie de causer avec moi (là, ma correctrice adorée va s’amuser avec la chasse aux répétitions oiseuses). Alors je ne risque pas d’installer un sans-fil dans les WC (l’un des rares lieux où l’on n’installe pas encore de caméra de vidéo surveillance – à ce sujet je vous raconterai un jour une anecdote scolaire savoureuse), et encore moins d’emporter un téléphone qui émet plein d’ondes nocives lorsqu’on veut le garder en état de veille au moment où on arrose ses carottes. Je me prive, certes, du plaisir de conversations passionnantes comme on en entend parfois ; le genre « t’es où là ? » ou « c’est quoi qu’on prend comme marque de pâtes d’habitude ? Des Panzachoses ou des Barimuches ? » C’est vrai aussi que je restreins sérieusement ma vie sociale et que mes voisins de shopping ou de salles d’attente ne peuvent rien savoir sur le nombre d’orgasmes qu’atteint la voisine par une nuit de pleine lune, ou sur l’opinion que j’ai de la dame qui tient la caisse à la supérette voisine. Je me console comme je peux… Le courrier sur internet est pour moi une merveille puisque j’écris quand je veux et que je lis quand j’en ai envie ce que mes correspondants veulent me dire. La seule chose, c’est que je surveille mes courriels relativement souvent dans la journée et que j’essaie d’accuser au moins réception pour que ceux qui s’adressent à moi sachent que j’ai reçu leur « farfouille ». Cela me permet d’éviter neuf coups de téléphone sur dix… J’ai évoqué ce grave problème d’allergie au téléphone devant mon psychanaliste, mon dentiste et mon vétérinaire. Tous trois ont des explications à m’apporter et peut-être même des solutions. La dame d’Orange et sa copine de SFR ont plein de trucs à me vendre. Mais je n’ai pas besoin de leurs services, car, dans mon fortin intérieur, je sais déjà le « pourquoi du comment ».
Si vous n’avez pas compris quelque chose dans ma chronique, n’hésitez pas à me téléphoner, je vous expliquerai… Et n’oubliez pas votre portable quand vous partirez dans le grand Sud ! On s’emm… tellement sur une plage qu’on pourrait presque avoir envie de passer sa journée à envoyer des SMS.
4juillet2009
Posté par Paul dans la catégorie : Feuilles vertes; Notre nature à nous.
Que voulez-vous… On a beau ne pas être Talibans, faut bien compléter un peu sa maigre pension, si l’on veut boucler les fins de mois sans trop se priver. Alors on essaie de faire dans le « commercialement rentable » et le pavot, une fois « cuisiné » acquiert une certaine valeur ! Dans la réalité, une jolie réussite que le semis de ce « gazon japonais ». La variété des pavots que l’on peut y trouver est vraiment étonnante, du pavot de Californie au coquelicot en passant par d’autres variétés moins connues. De plus, depuis que ces photos ont été prises par la photographe émérite de la famille, de nouveaux « modèles » tout aussi admirables sont apparus. Pour l’enchantement des yeux.
Petit rappel : si l’on clique dessus une fois, deux fois, les photos sont agrandies… Retour arrière pour revoir la galerie. Petit miracle de l’informatique !
2juillet2009
Posté par Paul dans la catégorie : Feuilles vertes; Notre nature à nous.
Je pourrais ajouter aussi les résidus de désherbant, les promoteurs immobiliers, les c… qui traversent le hameau « à fond les gamelles » avec leur sono disco boum boum réglée sur le volume maximum ou leurs copains aussi débiles qui trouvent marrant de rouler avec des motos sans pot d’échappement… La vie d’un jardinier amateur n’a rien de facile ! Mais pour une fois je vais cibler et vous épargner une (petite) partie de mes récriminations. L’écojardinage a le vent en poupe et le but de la présente chronique n’est pas de décourager totalement les apprentis jardiniers ou de les pousser à piller le rayon chimie de leur magasin de loisirs. Non, le but de mon propos, c’est de mettre en garde les paysans en herbe contre les journalistes enthousiastes et/ou militants qui étalent leurs conseils à longueur de pages, se contentant trop souvent de copier ce que d’autres ont déjà copié avant eux sans jamais rien expérimenter. Je me suis toujours méfié des prophètes, et là, je dois dire que je m’en méfie plus que jamais. J’ai derrière moi une expérience d’une trentaine d’années de jardinage sans pesticides et sans engrais chimiques et je voudrais profiter de ces quelques lignes pour faire un bilan sommaire… des problèmes. Car problèmes il y a… S’il suffisait de respecter la nature pendant quelques années pour qu’elle se plie enfin à vos quatre volontés, ça se saurait. Dans de nombreuses régions, les équilibres naturels sont détruits et ils ne se reconstruiront pas en deux temps trois mouvements. Non « il ne suffit pas de…. et de ne plus… » pour que ça marche. Prudence est mère de sûreté et garantie de greniers pleins.
L’emploi massif des engrais et des pesticides, mais aussi les pratiques culturales, la surpopulation dans certaines zones rurales, la chasse, la bêtise humaine…. ont cassé les équilibres fragiles dans les chaînes alimentaires. Les prédateurs de récoltes, les maladies cryptogamiques, les espèces envahissantes sont devenus plus résistants, plus nombreux et ont élaboré de nouvelles stratégies. Les prédateurs sont plus longs à réapparaître que les proies, car les conditions de leur développement sont plus difficiles à réunir que celles des animaux qu’ils empêchent de pulluler. Un premier exemple : les rats. Ils sont particulièrement nombreux dans mon terrain cette année, et même, semble-t-il, dans la région, à la surprise générale car l’hiver a été plutôt froid et long, ce qui ne leur est guère favorable. Mulots, campagnols et rats des champs sont présents en grand nombre dans les jardins et dans le mien en particulier, sans que la cause de leur prolifération soit bien évidente à énoncer. Je veux bien leur concéder dix pour cent de pertes dans mes récoltes, mais la moitié ou la totalité, non. Quand je vois l’état de certains pieds de pomme de terre que j’arrache, mon sang se met à bouillir dans ma fragile petite tuyauterie interne. Il ne s’agit plus d’une « ponction tolérable », mais d’un pillage systématique, en règle… Je suis à deux doigts de voter pour le candidat qui proposera un plan « sécurité » dans les jardins avec des méthodes biologiquement acceptables.
A ma connaissance, trois méthodes de lutte existent : le piégeage (difficile et peu efficace), le poison (proscrit en écojardinage) ou la confiance totale dans les capacités de régulation de notre « mère la nature », et donc l’intervention massive d’une brigade de prédateurs musclés. Beaucoup de manuels de culture bio vous le disent : il suffit de ne plus apporter d’engrais chimiques, de ne faire que des apports organiques bien étudiés, et le sol retrouvera sa structure. Il suffit de ne plus utiliser de poisons chimiques et les prédateurs reviendront jouer leur rôle de prévention dans votre jardin : les chaînes alimentaires basiques se reconstitueront… Faites pousser vos légumes sainement et ils seront suffisamment vigoureux pour se défendre contre les maladies les plus courantes. Certes, certes… mais dans un monde parfait que le jardinier ne côtoie jamais ! Quels sont les prédateurs des rats dans ce jardin idéal ? Les chats, les renards, les couleuvres, les blaireaux, les rapaces diurnes et nocturnes… Ça en fait un paquet ! Ils ne doivent pas être à la fête ces pauvres petits rongeurs qu’en réalité j’adore (quoi de plus mignon qu’un petit campagnol ou qu’un chien de prairie ?). Sauf que… les rapaces manquent à l’appel. Pendant des années (et ce n’est pas fini) ils ont été chassés ; du fait de la surconsommatin de pesticides, les couvées n’ont donné pratiquement aucun résultat, les œufs étant clairs. Les renards et les blaireaux ne sont pas courants et quand ils interviennent dans un jardin (c’est le cas chez moi) ils font autant de dégâts dans un premier temps que les rats qu’ils pourchassent, en grattant le sol de leurs pattes puissantes. Les couleuvres se font discrètes et les chats ont une nette préférence pour les souris en boîte. De plus, ces charmants félins ont quelque peu tendance à attraper presque autant d’oiseaux utiles que de rongeurs agaçants.
Si les prédateurs de récolte ont la capacité de se multiplier de façon spectaculaire en une année, ce n’est pas le cas pour les super prédateurs qui leur font la chasse, d’autant que l’on ne maitrise pas certains facteurs de leur accroissement. Pour faire bref, il ne suffit pas qu’il y ait des souris pour qu’il y ait des chouettes et des milans. Cette adaptation rapide du nombre de prédateurs au nombre de proies ne se produit que dans le monde des insectes, à condition que l’indésirable ne soit pas une espèce provenant d’un autre écosystème et que son ennemi numéro un n’ait pas oublié de déménager. Je peux vous donner un exemple et un contre-exemple à ce propos. Lorsque le nombre de pucerons devient important, la population de coccinelles se développe assez vite sans qu’il y ait besoin d’enrichir la branche « nature » de Rhône-Poulenc en achetant des larves. Une patience de courte durée est généralement récompensée et, en attendant, quelques pulvérisations de savon noir font le joint. Pendant trois ans, nos fleurs printanières (digitales, lupins, roses…) ont été littéralement massacrées par un membre déplaisant de la famille des cétoines. De 2004 à 2007, le modèle « velu » de la famille a submergé nos plates bandes en saccageant tout sur son passage. Aucun prédateur n’est venu le déranger. Cet insecte a visiblement migré depuis le sud de la France, et, trouvant des conditions de vie qui lui convenaient, s’est multiplié comme les poux sur la tête d’un soldat de la grande guerre. Nous avons renoncé à utiliser un insecticide, même un produit naturel comme le pyrèthre car nous éliminions les insectes de façon non discriminée et donc idiote sur le plan stratégique. Nous avons bricolé des pièges aquatiques et lumineux à l’aide de cuvettes de couleur fluo… qui ont donné d’assez bons résultats. En 2008 le nombre de cétoines velus a considérablement diminué. Cette année, il n’y en a quasiment plus de traces. Ces phénomènes là, nous ne les maitrisons pas, et ce n’est pas parce que nous faisons « tout bien comme il faut » que nous allons y échapper.
Une autre espèce d’ennemis du jardinier se porte bien également, ce sont les limaces. A la moindre pluie, elles sortent de leur trou ; au moindre arrosage, elles viennent se renseigner et surtout se goberger. Une limace orange de bonne taille a une capacité stomacale impressionnante. Lâchée sur un semis de salade, elle le ramène au néant en moins de temps qu’il ne vous en faut pour siroter un pastis. En jardinage traditionnel, on utilisait des « granulés bleus » à base de métaldéhyde (alcool solide) qui leur causaient des dommages considérables. Le problème c’est qu’on s’est aperçu que ce n’était pas très bon pour les prédateurs habituels de ces petites bêtes gluantes. Donc on a abandonné le produit, en bon écojardiniers que l’on est, pour en adopter un autre, le granulé de sulfate de fer, dont le prix de revient est exhorbitant et dont l’efficacité, quoi qu’en disent les journalistes chroniqueurs des magazines de jardinage et de tricot, n’est pas vraiment extraordinaire. En fait, pour que ça marche plutôt bien, il faut que le granulé soit là avant que le met préféré des limaces soit mis en place. Ça donne un schéma du genre : labour, granulés puis plants de salade ou de fleurs. Si vous mettez d’abord les plants, puis que vous attendez de vérifier qu’il y a des limaces pour traiter, il se peut que les limaces aient une indigestion, mais elles auront eu le temps de consommer tout ce qui est comestible sur le terrain. Pour résumer, cela veut dire que le sulfate de fer fonctionne à peu près bien, de façon plutôt préventive et qu’il faut en acheter des kilos si le jardin est grand. Allez voir dans votre jardinerie préférée le prix de la boîte (autour de 10 €) et comparez avec le prix des salades bios au marché… Vous allez avoir comme un léger doute sur l’intérêt de votre tour de rein.
Il y a donc des jours où tout va de travers : un rat (ou une ratte, pas de sexisme) a coupé 3 plants de salade. Le blaireau est passé derrière : il a peut être attrapé le rat (ou la ratte) après une course poursuite effrénée et une partie de chasse galerie hilarante, mais cela a coûté la vie à 6 salades supplémentaires. Comme il y en avait 12, tout n’est pas perdu… Cela laisse une marge bénéficiaire de 3 salades… Cela tombe bien, les limaces avaient faim. Elles ont dévoré le granulé que vous aviez mis la veille au soir, et les croquantes salades avec. Vous avez bien entendu le choix d’en racheter 12 ou de faire un semis. En attendant que les nouveaux plants soient prêts, vous pouvez toujours aller acheter des salades chez le producteur du coin, le s… qui met de l’engrais, qui traite et qui pollue. Histoire que votre orgueil personnel ne souffre pas trop, le mieux est d’enfiler un grand manteau couleur muraille et d’y aller le soir, juste avant la fermeture de la boutique !
Il y a heureusement les jours où tout va bien. Les tables de salades, vous en aviez fait deux et la deuxième est intacte. L’année est excellente pour les petits fruits et vous avez des framboises, des groseilles et des cassis à ne plus savoir qu’en faire. Les tomates ont quinze jours d’avance et, pour une raison que vous ne maitrisez pas vraiment, elles n’ont pas encore « pris » ce satané mildiou. Elles sont juteuses et croquantes à souhait… de quoi mettre l’eau à la bouche avec une petite vinaigrette à l’échalotte… L’échalotte ? Dommage ! Un rongeur mutant a trouvé l’adresse et a remonté le rang : il n’en reste PAS UNE…
Tout cela est fort drôle quand on est jardinier « amateur » et qu’un salaire ou une pension tombant à la fin du moins permet de racheter ce que les prédateurs ont emprunté sans jamais le rendre. Je me mets dans la peau du paysan du XVIIIème par exemple, comptant sur sa récolte de pommes de terre pour passer l’hiver et ne trouvant plus que des tubercules rongés (idem pour le blé, les racines jaunes ou les betteraves). Je comprends un peu mieux que le monde agricole se soit littéralement jeté sur les engrais et sur les produits chimiques « miracle »… Pendant un demi-siècle, on a cru, dans les campagnes et ailleurs, que l’homme avait enfin pris le dessus sur cette satanée nature. Il faisait la loi et pouvait éliminer (en théorie) tous les animaux qu’il estimait nuisibles, toutes les maladies qui saccageaient ses récoltes. Depuis, on s’est aperçu que ce « miracle » n’en était pas un et qu’il faut chercher de nouvelles voies. Encore faut-il, si on veut les trouver, ne pas être trop crédule et ne pas prendre nos ancêtres paysans pour des simples d’esprit.
Une autre conclusion que je voudrais tirer également, est qu’il faut que les donneurs de conseils soient prudents dans leurs propos : affirmer qu’un problème est résolu grâce à la méthode tartempion sans l’avoir utilisée ou sans avoir eu véritablement de résultat flagrant peut être dangereux, voire même avoir l’effet inverse sur ceux que l’on veut convertir à ses idées. Je m’appuierai pour étayer cet argument du risque de découragement, sur un exemple personnel. Combien de fois n’ai-je été dégoûté par ce que je lisais sur les forums de pédagogie : tous ces gens qui racontaient à longueur de pages leurs réussites, les moments excellents passés dans leur classe, les enfants épanouis. J’essayais de travailler de la même façon, mais ce n’était pas évident. Il y avait aussi des journées où « rien ne marchait », des moments de mauvaise humeur difficile à contrôler, des parents qui grognaient, des enfants qui en voulaient… plus… Pendant des années j’ai cru que le problème venait de ma façon d’aborder les situations, d’une certaine maladresse, d’un relatif manque de confiance…. avant de m’apercevoir que j’avais souvent à faire à de « gentils escrocs inconscients », prenant plaisir à raconter non la totalité de leur vécu scolaire, mais les meilleurs moments, énumérant leurs succès mais jamais leurs échecs…. Du coup, j’ai ralenti mes passages dans les forums de pédagogie et j’ai fait ma cuisine dans mon coin… comme au jardin… et, je l’espère, sans faire trop de c….
30juin2009
Posté par Paul dans la catégorie : Bric à blog.
Au moment de boucler ce bric à blog pré-estival, v’là ti pas que je me retrouve avec l’herbe coupée sous les pieds. J’avais prévu, comme mise en bouche, de vous parler d’un blog découvert il y a un mois (après une exploration de quelques-uns des liens figurant dans l’encyclopédie du cabinet des curiosités d’Eric Poindron) et que j’ai beaucoup apprécié. Je me suis livré à un travail de pistage et d’observation digne du travail d’un agent de la DCRI, surveillant et épluchant attentivement chaque nouvelle parution… et Crac ! Il y a quatre jours le site devient inaccessible et le blog disparaît (temporairement espérons le) de la stratoblogosphère. Alors je vais tout vous dire quand même et j’espère que, dans quelques jours, vous pourrez aller vérifier mes assertions. Ça s’appelle le blog de la Mère Castor et c’est très mignon. Sur son site, la Mère Castor publie toutes sortes de très jolies choses : des photos de nature, des recettes, des récits de vécu quotidien, et même des romans photos avec des petits personnages réalisés avec amour et doigté. Le dernier de ces petits bijoux a été publié il y a une dizaine de jours et je trouve que c’était une bonne intro pour découvrir le blog… Si j’ai bien compris tout ce que j’ai lu (auquel cas je serais plus malin qu’un enquêteur de la DCRI), la Mère Castor est aussi conteuse et propose des spectacles et des stages pour les plus jeunes (que moi !). Elle anime un second blog, la Castorienne de narration (un nom aussi singulier que son contenu)… qui a, lui aussi, disparu quelque part dans un univers parallèle. Gros bug informatique ? L’avenir proche nous le dira. En tout cas je vous tiendrai au courant et je vous invite à rester attentif à ce qui va se passer sur la rivière (le barrage, les castors… vous me suivez ?)
Parmi les nouveaux liens que je vous propose aussi, la lecture régulière du blog d’APPAS a souvent un effet très positif sur le fonctionnement de mes zygomatiques et a en tout cas le mérite de me sortir de la morosité ambiante : des textes courts, nombreux, parfois très incisifs, parfois bien délirants… Jeux de mots, jeux de mains et jeux de vilains sont au rendez-vous. Tout ou presque est prétexte à un bref délire. Là, vous pouvez y aller, de suite ; le lien fonctionne ! J’ai particulièrement apprécié « le charme désuet de la TSF » ou « un trou de mémoire ennuyeux pour tout le monde » mais ce n’est là qu’une sélection bien partielle et bien partiale. Chaque journée qui passe est marquée par la publication d’un texte singulier. On peut aussi écouter de courtes scénettes.
Je suis allé à plusieurs reprises ce mois-ci sur un autre blog un peu farfelu, « le petit champignacien illustré ». Si vous ne voyez pas à qui fait référence le terme de champignacien, vous avez une raison de plus d’aller y donner un coup d’œil. Un bon lecteur de la feuille charbinoise se doit de connaître le petit monde de Champignac… Le texte qui m’a donné envie de visiter plus longuement le blog s’appelle « sur la piste des lectures dangereuses« , publié au début du mois. Cet écrit sympathique a un rapport avec le TGV, un super cheval de fer… je ne vous en dirai pas plus. La chronique de mardi dernier a pour thème un interview de Monsieur Henri Guaino (cf ma chronique « Remous dans la mare aux cornards », juste avant celle-ci) inspiré par des sujets de dissertation en Français donnés au bac. C’est vraiment savoureux !
Je n’oublie pas mes blogs favoris, ceux que je visite au moins deux ou trois fois par semaine. Je ne peux pas parler de tous, tous les mois, ne serait-ce que pour éviter que vous dépistiez le gâtisme sénile vers lequel je suis certainement en train de dériver peu à peu… Sur le blog de Vinosse j’ai beaucoup aimé le texte poétique « Pays perdu » et j’ai longuement salivé en regardant les photos des nouvelles variétés de mûres sur lesquelles il travaille (Vinosse est producteur de plants de petits fruits et plus que compétent dans le domaine selon mes espions).
Clopine a boudé tout le mois de juin mais s’est réveillée à temps pour aller manifester à Dieppe, dimanche dernier, contre la construction prévue dans la région d’un rutilant réacteur nucléaire, filière EPR. Ce qui montre bien à quel point elle est rétrograde c’est qu’elle a trouvé le moyen d’aller à la manif en vélo. Elle raconte tout ça dans cette chronique-là, avec le talent de conteuse qui est le sien.
Zoë a beaucoup couru ce mois-ci et visiblement peu « palabré » sous son arbre, mais elle a quand même trouvé le temps de rédiger un article bien documenté sur le « jardin des Tarots » de l’artiste Niki Sainte Phalle, à Capalbio, dans les environs de Rome, en Italie. Ses chroniques hebdomadaires sur les blogs des zôtregens (chez Zoë, le titre « vent des blogs » est un poil plus original que le mien !) sont l’occasion de faire des découvertes intéressantes.
Dans la série « récits qui détendent un peu en cette période de stress intensif », Normand Baillargeon a publié 4 billets intitulés « l’athéisme et la libre pensée… en verve« . Ils sont composés uniquement de citations et correspondent au dernier chapitre d’une anthologie à paraître cette année sur ce thème. Pour la « bonne bouche », je me permets de lui en voler une petite que je trouve savoureuse en ces temps de grands débats philosophiques. Je tiens à préciser que, bien que ma fête tombe un 29 juin, je n’ai rien à voir avec l’auteur des propos qui suivent : « Si donc la femme n’est pas voilée, qu’elle se tonde aussi ! Mais si c’est honteux pour une femme d’être tondue ou rasée, qu’elle se voile ! Car l’homme n’est pas obligé de se voiler la tête : il est l’image et la gloire de Dieu; la femme est la gloire de l’homme. » (Saint Paul, Lettre aux Corinthiens, 11.6)
Sur ces bons propos, vous comprendrez que je préfère aller repiquer et arroser quelques fleurs au jardin, avant que le ciel ne me tombe sur la tête… à moins que je ne demande carrément l’abri dans un refuge de fées. J’ai découvert une entrée secrète sous une vieille souche d’aubépine (photos 1 et 2). Il serait grand temps que je sois touché par la grâce (photo 3). Cette vie de mec créant me lasse… et le trou est trop petit pour que je rentre sous ma forme actuelle. Il ne me reste plus qu’à espérer une réincarnation en marmotte ou en chien de prairie, j’adore ces petites bêtes là…
28juin2009
Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Vive la Politique.
« Les conards (*) ont leur confrairie à Notre Dame de Bonnes-nouvelles où ils ont un bureau pour consulter de leurs affaires. Ils ont par choix et élection un abbé mitré, crossé et enrichi de perles, quand solennellement il est traîné en un charriot à quatre chevaux le dimanche gras et autres jours de baccanales. »
Il y a beaucoup de choses à dire sur la vie politique française et les grenouillages qui se produisent dans le marigot du pouvoir. Même si le sujet me lasse bien souvent, il est des affaires qui méritent qu’on ne les passe pas sous silence. Elles ne justifient pas non plus de longs développements, d’où l’idée de cette « mare aux cornards », un peu fourre-tout, un tantinet défouloir, un rien décousue. La note figurant en bas de ce texte explicite le rapport que je vois entre les cornards du XVIème siècle et nos politicards actuels.
Pour rentrer dans le vif du sujet, vous avez sans doute remarqué que nous avons un nouveau gouvernement. Le prince n’a pas changé de trône mais les courtisans se sont livrés à leur jeu de chaises musicales favori. Untel qui était incompétent à l’Education Nationale, promet des performances éblouissantes au ministère du Travail ; tel autre qui brillait par ses lumières dans la lutte contre le terrorisme ravageur, éclairera désormais les ombres du ministère de la Justice ; et patin couffin, comme disait ma voisine. Avez-vous noté cependant, la disparition de deux secrétariats d’Etat, évènement que les mauvais esprits ne manqueront pas de trouver lourds de symboles. Dans le nouveau groupuscule qui préside aux destinées de notre grand royaume, on ne trouve plus de secrétariat d’Etat à la fonction publique, ni de secrétariat aux droits de l’homme. Certes, en ce qui concerne la fonction publique, on s’en fout un peu, la présence d’un capitaine dans ce navire n’ayant pas vraiment frappé les passagers par l’ampleur de son action. Il faut dire qu’au rythme où vont les suppressions de postes (encore 16 000 annoncées dans l’Education Nationale) ou les privatisations des services, l’importance de l’équipage et surtout le peu d’intérêt que l’on accorde à son « rafiot » ne justifiaient effectivement plus que l’on gâche de belles compétences qui seront mieux à même de s’exprimer… ailleurs. Naufrage également du secrétariat d’Etat aux droits de l’homme. Il fallait s’y attendre, surtout si l’on a pris garde aux propos tenus à ce sujet à la radio, par Monsieur Henri Guaino, conseiller qui a les deux oreilles du Prince : « En faisant référence à la Déclaration de 1789, on n’est pas dans l’ordre du juridique, mais dans l’ordre de la philosophie politique. » Je vous invite à lire à ce sujet l’excellent billet publié sur le blog de Maître Eolas. Cet article intitulé « Prix Busiris à Henri Guaino » fait le tour de la question. Il est vrai que le respect de nombre d’articles figurant dans cette déclaration ne semble plus être une préoccupation majeure pour nos dirigeants. On n’en est certes qu’à des « entorses », mais tout ce qui peut servir de prétexte, de la pédophilie sur internet au terrorisme contre la SNCF en passant par l’immigration clandestine, est employé sans modération. L’indifférence d’une partie de nos concitoyens ne peut qu’encourager la nouvelle aristocratie dirigeante à aller dans cette direction. Et puis la question des droits de l’homme ça se discute en Iran ou au Vénézuéla mais pas dans un pays qui a aussi bonne réputation que le nôtre…
La disparition du ministère de l’Education n’est pas encore à l’ordre du jour mais le démantèlement des services, si. Mes chers collègues ayant apprécié avec humour la dégradation de leurs conditions de travail en 2009, vont pouvoir s’éclater encore un peu plus en 2010 (cf chronique « Education Nationale, vous avez aimé 2008 ?… »). Le nouveau maître à penser est un gestionnaire pur et dur, ex-DRH chez l’Oréal, et le parfum de révolte il connait ça. Il va falloir faire du chiffre mes amis, sinon on commencera à enlever des os sur le squelette du mammouth, notamment ceux des jambes qui ne servent à rien. Pour commencer, on va se débarrasser de 16 000 bouches inutiles et ruineuses à la prochaine rentrée scolaire. Ce n’est pas un ancien cadre supérieur de l’industrie qui va s’en laisser conter par les enseignants fainéants et indisciplinés. La répression déjà engagée contre les rebelles à la loi d’orientation Darcos, va pouvoir se durcir tranquillement si le mouvement de solidarité ne s’amplifie pas. Je vous signale d’ailleurs qu’un de mes anciens collègues de l’Isère (nous avons milité quelques temps dans le même syndicat mal famé), Erwan Redon, est menacé purement et simplement de licenciement pour faute professionnelle grave (ne pas digérer les réformes Darcos) par l’Inspection Académique des Bouches du Rhône. Quelle idée d’ailleurs de partir là-bas alors qu’en Isère on est si compréhensifs avec les mauvais esprits ! En attendant, il passe en commission disciplinaire le 7 juillet. Vous pouvez vous informer sur le dossier en vous rendant sur le site du comité de soutien, voire même pousser l’audace jusqu’à signer la pétition. On peut même profiter de son passage sur le site pour signer une deuxième pétition en soutien au pionnier en matière d’instituteur insoumis, Alain Refalo, dont j’ai déjà parlé sur ce blog (ça se passe dans la rubrique « sur l’école » si vous voulez suivre le dossier). Un autre collègue, Bastien Cazals, auquel on a déjà retiré 36 journées de salaire pour essayer de le faire rentrer dans le droit chemin, vient de recevoir un courrier amusant de son Inspecteur d’Académie : celui-ci lui intime l’ordre de ne plus communiquer avec aucun média pour tout sujet ayant rapport avec ses fonctions… Vous êtes assez grands pour faire les commentaires tout seuls !
L’appât pour essayer d’attirer dans le giron gouvernemental un écolo, un peu Judas sur les bords, était un peu gros et n’a pas fonctionné. Le camarade Borloo reste à son poste et pourra organiser de nouveaux stages de scoutisme et autres « Grenelle de l’environnement ». Sont maintenus à leur fonction, ou participent au jeu des chaises musicales, un certain nombre de personnalités que nous aurions eu de la peine à voir disparaître : les incontournables et charmantes Christine Lagarde et Michèle Alliot-Marie, ou le souriant Brice Hortefeux, le sémillant Kouchner, et le socialiste révolutionnaire Besson. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Je n’ai pas réussi à savoir qui s’occupait des anciens combattants, de la solidarité avec les Tamouls et du démontage des centrales nucléaires. Je n’en parlerai donc pas. Je sais par contre que l’emprunt lancé par EDF est un grand succès et que les « victimes de la crise » ont investi massivement dans le renouvellement du parc nucléaire et le phagocytage des compagnies de production électrique dans les pays en voie de développement. Merci à eux. je propose que les intérêts de leur prêt généreux soient payés en déchets nucléaires. On en a quelques tonnes à distribuer au niveau de la planète. Entreposés dans le jardin, ce sont des intérêts qui ont le mérite d’être « durables » ! J’espère que le gouvernement lancera bientôt un emprunt pour financer la construction du Rafale et la réparation du « Charles de Gaulle ». Dans ce cas, je n’hésiterai pas à vendre ma collection de timbres aux enchères sur internet afin d’avoir quelques liquidités à investir. Qui a osé dire que je n’était pas un bon citoyen ? Pour EDF j’aurais bien voulu financer le nouvel EPR mais fin de mois oblige ainsi que pensions mal revalorisées, je n’avais plus une thune…
Pour se détendre on peu parler de la télévision ou de la radio publique. L’ineffable Philippe Val a commencé à remettre de l’ordre à France Inter en se débarrassant du chroniqueur chargé de la revue de presse matinale, Mr Pommier. Celui-ci a commis le crime de lèse-majesté suivant : parler plus souvent de Siné Hebdo que de Charlie. Ça commence bien… Les syndicats de France 3 ont déposé un préavis de grève car ils ne sont pas d’accord avec leur direction : celle-ci a déposé plainte contre x, relayant ainsi les attentes du Prince, suite à l’affaire de la vidéo diffusée sur Internet montrant la haute opinion que notre petit Timonier a de certains journalistes. L’un de ces mauvais courtisans, Joseph Tual, grand reporter à France 3, est convoqué pour la deuxième fois, le 2 juillet à la Préfecture de police de Paris pour cette affaire. La politique d’intimidation va bon train. Les personnels de Radio France International ne sont pas concernés par ce préavis puisqu’ils sont déjà en grève depuis plus d’un mois : certainement le mouvement de protestation de plus longue durée dans l’audiovisuel public… Ils ont même eu l’excellente idée d’offrir dix heures d’antenne en direct, le 17 juin dernier, aux auditeurs qui les soutiennent… Vous en avez entendu parler ? Comment cela ? Rien dans Paris-Match ? Une rumeur court dans les diverses rédactions de France Télévision, selon laquelle le Prince aurait l’intention de nommer à la tête de l’institution le frétillant Frédéric Lefebvre, accessoirement aboyeur en chef de l’UMP. Il paraît que cela inquiète les personnels concernés qui craignent que leur indépendance soit remise en cause… Personnellement, vu le contenu actuel des journaux télévisés, je ne pense pas que cela va changer grand chose. En tout cas, cette mainmise élyséenne sur les médias qui commence à préoccuper certains de nos journalistes, amuse beaucoup leurs confrères helvètes de la TSR. Cette chaîne a diffusé un documentaire sur la question que nous ne verrons sans doute pas sur France 2. Quand on pense que ce film de propagande contient des interviews de scribouillards expliquant qu’ils ont peur d’être licenciés par leur patron et qu’ils en sont réduits à tourner leur stylo trois fois dans leur cerveau avant de se décider à écrire quelque chose ou à publier une quelconque photo…
Du côté de ce que l’on ose encore appeler (sans rire) « la principale force d’opposition en France », cela va mal, de plus en plus mal. La bête souffre et il faudrait l’achever rapidement. Notre curieusement nommé parti « socialiste » a aussi des problèmes de gouvernement. Il faut dire qu’entre les militants qui font les yeux doux au petit Timonier pour se faire embaucher et ceux qui se laissent corrompre par les groupuscules d’extrême gauche, il ne reste plus grand monde. Il y avait pourtant, au sein de cette grande formation, une dynamique engagée pour réformer les institutions (je pouffe !) et tout un lot d’hommes politiques prometteurs, de Julien Dray à Manuel Valls pour ne citer que les plus fascinants (je pouffe deux fois !). Heureusement qu’il nous reste quelques opposants vigoureux, Cohn-Bendit, Chevènement ou Bayrou… Avec eux, je me sens pleinement rassuré. Je regrette beaucoup que ce cher Dany le « rouge » n’ait pas accepté un poste au gouvernement. Son entrée au ministère de l’écologie aurait peut être entrainé une réaction salutaire du Sinistre de l’Intérieur contre ces satanés grévistes qui n’arrêtent pas de brûler des pneus et de polluer l’air avec leurs barricades malsaines… J’aurais aimé un vrai changement ministériel – genre « les enseignements tirés de la crise » – histoire de voir, de mes yeux, ce que pouvait donner un capitalisme durable, éthique, écologique et équitable. Cela m’aurait peut-être inspiré pour finir de rédiger une chronique que j’ai commencée, intitulée « capitalisme, écologie et éthique sont dans un bateau… » Il me manque la fin et je ne peux donc la publier pour l’instant… A moins que l’âme damnée de notre petit Timonier, Mr Henri Guaino, n’ait quelques conseils à me donner.
En attendant, merci d’avoir consacré quelques unes de vos précieuses minutes à l’étude de la faune de cette « mare » plutôt vaseuse. A la revoyure.
Notes : (*) au XVIème siècle, conard et cornard sont synonymes et désignent les membres d’une société bouffonne en Normandie. Il ne s’agit donc pas d’une insulte mais d’une expression imagée. Je précise cela au cas où l’une des personnes dont l’identité a pu être évoquée de façon directe ou allusive dans cette chronique serait tentée de porter plainte pour diffamation ou atteinte à sa très honorable moralité.
26juin2009
Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; le verre et la casserole.
Légumes, Santé et Gastronomie
La faculté de médecine a tranché. Les médias relaient massivement l’information et matraquent du « manger au moins cinq fruits et légumes par jour » à longueur de temps. Respectez ce précieux conseil et vous aurez le droit, sans risquer l’excommunication, de vous livrer à vos petits pêchés mignons… Les portes de la « gastronomie » fast-food vous seront encore ouvertes et vous pourrez continuer à vous gaver de frites (surgelées, reconstituées), de pizza (aux arômes douteux), de sucreries diverses et variées et de sodas aussi décapants que le trichloréthylène. L’important c’est que l’opinion publique soit sensibilisée… Et le pire c’est que cette campagne repose sur du vrai : si nous continuons à succomber massivement aux produits vantés par la publicité et fabriqués à la chaîne par l’industrie agro-alimentaire, nous allons tous mourir obèses, cardiaques et hyper-tendus, à moins qu’un petit cancer de l’intestin n’ait fait son apparition avant. L’alimentation contemporaine – je devrais dire en fait la suralimentation – fabrique des malades en série et il faut donc résoudre cet étrange dilemme : amener les gens à consommer plus tout en se rationnant.
Le cas des fruits est relativement simple : globalement, ils sont insipides, parfois toxiques compte-tenu des hautes doses de pesticides employés pour leur culture, et hors de prix. Si l’on veut amener les gens à en consommer, la politique à conduire se résume à :
– mieux valoriser les productions de qualité (cela serait amusant que le prix des fruits au kilo dépende de leur teneur en sucre…) ;
– réduire les distances de transport et les marges des intermédiaires, notamment celles des grands distributeurs ;
– assurer leur promotion grâce à des prix de vente incitatifs.
Le cas des légumes est beaucoup plus complexe. S’ils souffrent des mêmes tares que les fruits (manque de saveur, toxicité, prix élevés pour certains), d’autres raisons, d’ordre culturel essentiellement, viennent handicaper leur consommation. La principale d’entre elles est liée au fait que l’ON NE SAIT PAS ou plus CUISINER LES LEGUMES, et que ceux qui devraient donner l’exemple et être « chefs de file » d’une nécessaire réorientation culinaire, en l’occurrence les cuisiniers des restaurants, ne le font pas. Pour un certain nombre d’adultes et un nombre encore plus grand d’adolescents et d’enfants, « les légumes ce n’est pas bon », et je les comprends tout à fait. Il ne suffit effectivement pas de marteler la nécessité de manger des tonnes de légumes, si l’on ne relève pas la place qu’ils occupent dans la gastronomie, place très restreinte, si ce n’est totalement ridicule. Ce sera la part essentielle de mon propos. Si l’on veut que les jeunes et les moins jeunes prennent plaisir à manger des légumes et des fruits, il faut qu’ils soient bons et bien préparés. Je vous propose quelques exemples de pratiques montant le peu d’intérêt que l’on accorde aux légumes. Un cuisinier s’apprête à recevoir des amis. Il réfléchit à son menu. A quel plat pense-t-il en premier ? Au plat de viande qui va constituer « l’ossature » du repas, la grande démonstration de ses talents culinaires. Une fois cet élément clé choisi, les autres plats suivront : entrée, plat d’accompagnement, dessert… Vous avez bien lu « accompagnement »… Ce mot illustre parfaitement le rôle des légumes. on ne peut pas manger que de la viande, même dans un repas de réception ; il faut donc bien faire quelque chose « avec »…
Que croyez-vous que regarde un client sur un menu de restaurant : le plat principal, qui sera généralement accompagné de l’adjectif « garni », parfois enrichi de quelques expressions très poétiques : « selon le marché », « au goût du jour », « du jardinier »…. Que mangerez-vous avec votre entrecôte marchand de vin ? Il y a de fortes chances que vous n’en sachiez rien avant. Dans le meilleur des cas, de vrais légumes, trop souvent des pommes de terre, des nouilles ou une bonne platée de riz. Essayez de raconter à votre diététicien que vous avez mangé « cinq fruits et légumes différents » : des frites, du riz, des spaghettis, de la semoule et des cacahouètes, par exemple, vous verrez la tête qu’il fera. La situation change un peu dans certains restaurants, notamment ceux qui donnent dans la « nouvelle cuisine ». On vous apportera alors, avec votre dixième de magret de canard rôti aux figues, une immense assiette où vous découvrirez une carotte en rondelles, un fagot de haricots et un soufflé aromatisé au fenouil. La tendance étant à la demi-cuisson vapeur pour faire léger et diététique, nul doute que vous vous régalerez en faisant crisser entre vos dents les haricots à goût de cru et à consistance de gomme élastique. Il n’en reste pas moins que la majorité des clients sortiront de la salle en s’extasiant sur la diversité de la cuisine pratiquée et la subtile richesse des assaisonnements. Je ne parlerai pas des salades que l’on propose dans les restaurants : je m’étouffe généralement d’indignation en les mastiquant. Elles sont servies en fin de repas, lorsque l’on n’a plus faim. Elles se composent de quelques feuilles maigrichonnes et sont délicatement assaisonnées par une sauce toute prête à base d’eau et de sel. Parfois qualifiées de « lyonnaises » ou de « campagnardes », elles bénéficient alors de l’accompagnement de quelques lardons bien gras ou de rondelles d’œuf qui ont durci pendant des heures.
La gastronomie contemporaine a oublié les légumes. Ils occupent pourtant une place importante dans la tradition culinaire française. Il est temps de leur redonner une place de choix et de s’appliquer pour les préparer si l’on veut éprouver un plaisir quelconque à les consommer. On ne doit plus dire « viande garnie », mais « gratin de fleurettes de brocolis au lait entier et au beaufort rapé, accompagné d’un blanc de volaille roti ». Le jour où un client sortira d’un restaurant en disant, « c’est une très bonne adresse car la salade était d’une fraîcheur exquise et que le tian de courgettes m’a laissé un souvenir ému… », ce jour-là on consommera vraiment des légumes, sans problème et sans se forcer. Nul ne se plaindra du prix au kilo des haricots si ces derniers sont frais, cuits correctement et servis légèrement rissolés dans l’huile d’olive ou dans le beurre, avec des rondelles de tomates savoureuses et une pincée d’ail rose ou d’échalotes pour ceux que le goût de l’ail indispose. Je rêve d’un restaurant ou d’une cantine proposant un choix de légumes à la carte, accompagné de l’arrivage du jour en ce qui concerne la viande. Celle-ci sera alors fraîche et non décongelée et tant pis si l’offre du restaurant ne couvre pas toute la panoplie des bestioles disponibles sur la planète. Si l’on habitue les enfants à manger des légumes et des fruits très divers, assaisonnés de façons différentes, préparés en petite quantité plutôt que réchauffés cinquante fois, il n’y aura plus besoin de messages subliminaux dans les pubs pour les vacherins glacés. Nous avons un palais qui dispose d’un large éventail de papilles gustatives, capable d’apprécier des saveurs subtiles ou complexes. Nos capacités dépassent le simple fait de distinguer le salé, le sucré, le doux et l’amer, car nous avons la faculté de ressentir une combinaison de toutes ces saveurs. Or l’alimentation contemporaine déforme ce « savoir goûter ». Trop de sel, trop de sucre, les saveurs proposées dans la nourriture industrielle ne proposent plus de palette intermédiaire. Une pizza va tirer sa saveur du fromage gras et salé qui la recouvre ou du chorizo incendiaire qui l’aromatise : peu importe que les ingrédients de base, la pâte à pain et la tomate, n’aient aucun parfum. On pourrait appeler ça la « gastronomie blindée » puisqu’elle avance dans nos assiettes avec l’élégance d’un char d’assaut.
On admet communément les subtiles différences d’arôme entre deux vins, alors qu’il n’est pas évident de distinguer la saveur « fruits des bois » d’un « fini en bouche à nuance subtile de cassis et de mûre ». Qui va prendre la peine de comparer les nuances de goût entre deux variétés de carottes ou de courge ? Qui va vraiment admettre qu’il existe des « crus » en matière de légume et qu’une pomme de terre de montagne n’a pas la même saveur qu’un tubercule cultivé à grand rendement dans les plaines agricoles ? Prenons donc la peine de consacrer un peu plus de temps à cuisiner les légumes et consommons-en, non pour faire plaisir au médecin parce que c’est indispensable pour la santé, et que le monsieur l’a dit à la télé, mais tout simplement parce que c’est bon ! Le principal argument que l’on va m’opposer c’est que « cette cuisine-là, ça prend du temps » alors que jeter un beefsteack dans une poêle ça prend trois minutes… Le temps disponible est rare, compte-tenu de la durée du travail et du transport. Je le reconnais et je dirai même que c’est le seul argument que j’accepte comme valable. Il est certain qu’il va falloir faire des choix au niveau de l’utilisation du temps libre, de même qu’il faut en faire au niveau budgétaire. Mais un petit plaisir gastronomique vaut bien quelques sacrifices, non ? Dans le budget familial, celui qui souffre en général le plus du manque de revenus pour combler les exigences de la rubrique « dépenses envisagées », c’est généralement le poste alimentaire. A combien de reprises ai-je vu des enfants nourris à grand renfort de lentilles, de couscous et de nouilles, dont les parents continuaient à rouler dans une bagnole rutilante, payée à crédit consciencieusement chaque mois. Dans beaucoup de familles, le repas de midi ou du soir se limite à quelques crêpes surgelées réchauffées au micro-ondes, quand ce n’est pas simplement l’ouverture d’un sachet de chips « apéro » devant le journal télé ou les variétoches insipides. Une analyse économique un peu poussée du phénomène montrerait d’ailleurs que cette mode permet une valorisation sans précédent du prix au kilo des aliments les moins coûteux. Il faudrait calculer à quel prix on achète le kilo de tomates dans les pizzas, ou bien celui des pommes de terre ou du maïs dans les divers « grignotages » d’apéro. Si dans le fonctionnement familial, le budget alimentaire est réduit à la portion congrue, ‘il ne faut pas imaginer que le temps consacré à la préparation du repas pourrait devenir supérieur à celui consacré au culte rendu à la télé ou à la bagnole : la prise de conscience doit partir de très bas puisqu’il faudra remettre en cause les priorités familiales.
Ceux qui se frottent les mains de cet état de fait, ce sont bien entendu les patrons de l’industrie agroalimentaire et ceux de l’industrie pharmaceutique. Il ne faut pas croire que cela dérange le moins du monde les multinationales « Procter & Gamble » ou « Nestlé » d’être obligées de coller un quelconque slogan sanitaire au bas de leurs pubs pour les sodas, les glaces ou les barres de céréales. Ces gens-là savent très bien que le message sur les légumes et les fruits ne touchera pas sa cible et que leur potentiel de vente n’en sera pas affecté. Pire même, cet avertissement au consommateur, leur donne bonne conscience, et facilite encore la pub sur certains autres produits. Le client qui achètera les yaourts aux fraises (quelques grammes de fruits vendus au prix de l’or en barre) de la mémé machin, ou les crèmes glacées aux abricots du pâtissier trucmuche, sera convaincu d’avoir fait un grand pas en avant dans le domaine de la préservation de sa santé. Il ne faut pas s’étonner après cela si les enfants ne connaissent plus qu’un cinquième ou un dixième des légumes existant dans les potagers. Il ne faut pas pas être surpris des grimaces que font certains collégiens lorsqu’une cantine leur propose des épinards bouillis à grande eau et semblant provenir directement du panier de la tondeuse à gazon. Il ne faut pas demander au cerveau humain des prouesses qu’il est incapable d’accomplir ! Essayez un peu de manger des frites réalisées avec des pommes de terre blanches (à fécule) et cuites dans une huile douteuse et déjà utilisée pour une centaine d’autres bains de friture… Faites le en disant « hum que c’est bon ! », histoire d’esssayer l’auto-suggestion, il paraît que ça marche. Non ? Alors ne demandez pas à vos enfants de trouver délicieux des petits pois farineux en boîte auxquels on a tenté de donner une saveur à grand renfort de sucre de betterave !
On va terminer par du concret, quelques conseils simples (le B. A. BA à mes yeux) car cette chronique n’est pas un traité culinaire complet. Banissez la cuisson à grande eau pour la quasi-totalité des légumes ; réservez cette façon de procéder aux soupes et aux pots-au-feu. Les légumes, ça se cuit « à l’étouffé » (un peu d’huile d’olive, une larme d’eau pour éviter que cela attrape au départ, un bon couvercle et feu doux) ou « à la vapeur ». Dans ce dernier cas, déterminez le temps précis, selon le récipient utilisé, pour que la cuisson soit « à point », c’est à dire ni trop ni trop peu. Les haricots, courgettes, pois gourmands… doivent avoir perdu leur « goût de cru », ne plus crisser sous les dents, mais ne pas être réduits en bouillie. Terminez chaque cuisson en faisant rissoler votre préparation très légérement, avec un peu de beurre ou une nouvelle cuillerée d’huile d’olive. Variez les assaisonnements à chaque nouvelle préparation : les tomates aiment l’ail, mais elles aiment aussi le basilic ou le fenouil aromatique ; les haricots verts s’associent bien avec l’échalote, mais aussi avec les champignons de Paris et le paprika… Ne faites plus jamais vos sauces de salade à l’avance : quelle importance si les proportions varient et qu’une sauce est moins bonne qu’une autre ! Utilisez deux ou trois huiles et deux ou trois vinaigres différents et combinez : une huile neutre avec un vinaigre aromatisé, une huile parfumée avec un vinaigre discret. On ajoute, une fois une pincée de curry, une fois une pointe de cannelle et le tour est joué. Le plat de légumes servi sur la table est à chaque fois une nouvelle surprise. Et vous noterez que je ne fais pas dans le complexe ! Un de ces jours je vous ferai un « spécial courgettes » et vous verrez qu’il existe au moins dix façons simples et très différentes de préparer un « délice » avec ce légume soi-disant fadasse.
Que le pouvoir de la courgette ancestrale soit avec vous !
NDLR : illustration n°1, source www.coccinelle-poitiers.fr – autres illustrations, origines diverses, sauf les fraises, cueillies de ma main et les courgettes cuisinées dans notre four.
24juin2009
Posté par Paul dans la catégorie : Delirium tremens; les histoires d'Oncle Paul.

Aube blême ; les premiers rayons du soleil peinent à se frayer un chemin dans la trame serrée des nuages laiteux. Un mouvement discret se produit tout en haut du tympan de l’église abbatiale de Conques : comme tous les matins, le «curieux» pointe son nez et ouvre l’œil sur les étransgetés du monde qui l’entoure.
Il reste prudent cependant et ne se hasarde guère à quitter l’abri douillet qui a été le sien pendant la nuit.
Son regard est tout d’abord attiré par le jeu de la lumière sur une goutte de rosée, là, non loin de lui, sur une aile de l’archange Gabriel. Un peu plus loin, dans le jardin de l’abbaye, un rayon de soleil joue à cache-cache avec les boutons de rose. C’est un spectacle qu’il a admiré à des milliers d’occasion mais qui le fascine toujours autant et l’incite à écarter un peu plus son rideau de pierre… La première créature vivante qu’il aperçoit est un petit campagnol qui furète dans la pelouse. A cette heure-là, les marionnettes humaines ne s’agitent point encore. Le curieux a déniché, dans le grenier d’un savant fou, une drôle de lunette astronomique qu’il compte bien utiliser pour observer les êtres humains. L’objet est si étrange, qu’il ne sait encore vraiment comment l’utiliser. Il sent pourtant confusément qu’il tient là, entre les mains, la clé lui permettant de mieux comprendre le délire dans lequel ont sombré toutes les créatures qu’il voit s’agiter à ses pieds depuis un millier d’années. Il sait que le cuivre dont est façonné sa découverte est un matériau suffisamment opaque pour que nulle lumière divine ne vienne entraver ses observations. Aussi « curieux » que cela paraisse, on peut être sculpture sur le tympan d’une église et avoir quelques doutes sur l’existence d’un créateur tout puissant. Grâce à sa lunette, il pourra confronter sa raison, et elle toute seule, aux étranges images qui se forment dans les turbulences de la vapeur.
Dans une rue, non loin de son observatoire, une porte s’entrouvre et une silhouette voûtée se faufile sur le trottoir. Comme chaque matin, le curieux s’immisce dans l’esprit de la vieille dame et n’y trouve que tristesse et douleur. Les êtres humains vieillissent mal et leur corps résiste moins bien que le sien au poids des années. Cette détresse le chagrine profondément mais les larmes ne peuvent couler sur son visage de pierre. Tel un papillon, il préfère butiner le pollen d’une autre fleur. Il s’arrête un instant au bout des doigts de cette femme qui caresse le visage d’une fillette endormie. Le marteau de la cloche, au-dessus de lui, frappe régulièrement sept coups bien sonores…
Comme s’il s’agissait d’un signal, soudain, une agitation effrénée s’empare du quartier. L’échelle du temps s’accélère : les premiers employés se dirigent vers l’abri du bus pour rejoindre leurs bureaux et leur ennui ; les enfants se précipitent vers l’école traînant par la main des parents alanguis ; un camelot installe son stand et déballe son lot de médailles sacrées ; le curé se jette un petit verre de blanc au bistrot voisin pour se donner du cœur à l’ouvrage…
Le curieux est toujours là et ses sens sont maintenant bien éveillés. Rien de ce qui se passe ne lui échappe.
Le spectacle de ce petit monde clos qu’il domine quotidiennement, depuis presque mille ans, finit par le lasser. Son esprit dérive vers d’autres lieux. Le curieux est peu à peu submergé par un océan de sensations nouvelles. Bruits, images, odeurs se mélangent dans sa cervelle de granit. Du haut des nuages où il virevolte tranquillement, le monde lui paraît soudain bien petit, mais il ne peut échapper à sa présence tant les sollicitations sont nombreuses. Un afflux d’informations de nature variée parvient à son cerveau. Il doit mobiliser toutes ses capacités intellectuelles pour tenter de leur donner un sens. Il n’y arrive plus ; la tête lui tourne. Il marque un temps d’arrêt afin de donner à ses yeux, à ses oreilles, à son odorat… le temps de se reprendre et de choisir quelles informations ils souhaitent privilégier. L’odeur de la mort s’entrelace avec le parfum des roses, le cri des mourants déforme le chant des grenouilles amoureuses, une tache de sang tente d’obscurcir les lueurs rougeoyantes du soleil levant sur la mer d’Irlande. Le monde l’habite mais il n’a pourtant pas quitté l’abri que lui offre le porche de l’église. Il est à la fois là et ailleurs. Son esprit vogue dans le ciel attiré par les cris de souffrance et les gestes désordonnés d’un monde à l’agonie. Mille ans qu’il trône en ces lieux ; mille ans qu’il considère la folie des hommes. Ils sont treize autres curieux, comme lui, disposés en arc de cercle tout en haut du tympan richement sculpté de l’église abbatiale de Conques, mais il ne perçoit pas l’esprit de ses congénères de pierre. Serait-il le seul à avoir cette conscience du monde et de sa détresse ? Ses compagnons s’éveilleront-ils un jour ? La charge est lourde pour une simple petite créature de pierre qui devient, l’espace d’un instant, cette fillette qui pleure dans les ruines d’une maison de Palestine, cet adolescent qui meurt dans les rues d’Ispahan, cette femme qui se tord de douleur quelque part au Kenya, cet arbre qui s’effondre au pied de la Cordillère sous les coups de butoir d’un bulldozer géant… Le curieux cherche dans les profondeurs du marécage, un feu follet, une lueur d’espoir. La quête est difficile mais elle n’est pas vaine : il est des êtres de chair qui possèdent encore quelques fragments de sa conscience. Il y a des hommes et des femmes dont le cœur irradie la générosité et l’intelligence. Il est des maisons dont les portes et les volets restent ouverts… Mais que de noirceur ! Le discours des prophètes endort les petites gens pendant que le bonheur se sauve par l’entrée des fournisseurs. De la misère pour tous, il y en aura plus qu’il n’en faut…
Le seul pouvoir que lui ait donné le ciseau de son créateur c’est son humanité. Cette capacité de voyager dans les limbes, il ne la doit qu’à son propre travail, sa concentration infinie au fil des siècles. Au temps des croisades, il était trop jeune pour assister aux scènes de barbarie qui ont accompagné le heurt des religions. Ses forces limitées ne lui ont pas permis d’accompagner Collomb sur l’autre rive du monde. Il fallait qu’il atteigne l’âge de raison pour suivre le char du soleil dans sa course autour de la planète. Depuis, il a compris qu’aucune région sur cette terre n’échappait au comportement destructeur et brouillon de ses habitants. Des étendues glacées de la Berezina aux boues de Verdun, des villages d’Afrique incendiés aux pirogues des missionnaires prêchant l’amour le fusil à la main, il a dressé la carte complète des passions humaines.
Il aimerait tant que les autres curieux s’éveillent… Qui sait si leurs énergies réunies ne pourraient pas influencer les battements de cette horloge abracadabrante dont le tic-tac s’accélère de jour en jour. Etranges créatures que ces humains : ils connaissent leur destin commun, le redoutent et donnent l’impression de vouloir s’en approcher au plus vite. S’ils savaient le plaisir que l’on peut éprouver à vivre au rythme de la pierre…
Les rayons du soleil ont trouvé leur chemin entre les toits des maisons avoisinantes. Le curieux est maintenant en pleine lumière et une douce torpeur l’envahit. Les yeux mi-clos, il rentre un peu la tête derrière son écharpe protectrice. La niche de l’archange Gabriel est vide depuis quelques heures. Le sombre justicier a sans doute quitté sa demeure pour accomplir quelque vengeance divine. Il faudra qu’il lui explique un jour que tout cela n’est qu’une vaste mascarade destinée à calmer les angoisses des êtres de chair. La seule religion qui vaille la peine d’être suivie est le culte de la vie : s’épanouir ici et maintenant et non courir après une quelconque chimère… Mais l’archange est trop imbu de lui même ; son esprit étriqué ne lui permet pas de comprendre que les maîtres chimériques du monde le manipulent à longueur de temps. L’avenir de l’être humain n’est plus entre les mains d ‘un quelconque justicier céleste : Gabriel, Saint-Pierre, Judas, Mahomet, Marie et les autres peuvent cesser de faire de la figuration. Seul lui, le petit curieux, connaît la réponse de l’énigme. L’homme est seul au milieu de l’Univers, seul responsable des malheurs qu’il se fabrique et des châtiments qu’il se croit obligé de subir. Ses mains, ses jambes et son cerveau doivent agir de concert, et pour réaliser cela, il doit arrêter de courir. Une humanité peuplée de « curieux » immobilisés sur des tympans de pierre le temps d’une longue réflexion.
La lumière décline. Toute cette activité cérébrale a fatigué notre curieux. Il est temps qu’il interrompe son errance et regagne l’abri de la pierre. Les vagues se sont apaisées sur la mer d’Irlande. Le char du soleil s’apprête à quitter notre monde pour voguer dans l’au-delà. Dans les ruines de Clonmacnoise au cœur d’Eirin, notre curieux a rencontré une sœur. Elle n’a pas la même apparence que lui, mais au centre de la croix de granit une âme palpite. Ils ont pu échanger quelques pensées ; un papillon aux ailes de pourpre s’est transformé en messager. Ses frères dorment sur le tympan à côté de lui, mais il n’est plus seul et c’est cela l’essentiel : une créature de pierre, bien éveillée, l’attend. Ils pourront joindre leurs forces et calmer leurs angoisses. Le chaos ambiant est tel qu’il a le pouvoir de déstabiliser les petites créatures de pierre. Les ombres s’installent. Une dernière question taraude l’esprit du curieux avant qu’il ne disparaisse dans les profondeurs du mur : son créateur à lui, cet homme qui a mis tout son cœur dans la pointe de son ciseau de sculpteur…. comment s’appelait-il ?
22juin2009
Posté par Paul dans la catégorie : Feuilles vertes.
Petite histoire d’un pied de nez végétal à une multinationale célèbre
Décidément, 2009 est une année noire pour la firme Monsanto. Ce ne sont pas tant les opposants à sa politique industrielle et commerciale qui lui posent problème, que la nature elle-même, refusant de se prêter aux caprices des apprentis sorciers qui œuvrent dans les laboratoires de cette entreprise. De toutes les mésaventures qu’a connues cette société, ma « préférée » est celle des champs de soja, génétiquement modifié pour être résistant au Roundup, le désherbant maison, qui a généreusement transmis cette particularité à une sympathique « mauvaise » herbe, l’amarante… L’historique de cette affaite est l’occasion d’évoquer la « stabilité » génétique des OGM (garantie mordicus par une fraction de ces gentils messieurs en blouse blanche) ; c’est aussi l’occasion de parler un peu de l’amarante, une plante qui jouait un rôle important dans l’alimentation des Amérindiens et dont les propriétés nutritives sont loin d’être négligeables.
Le match « soja-amarante » commence en 2004 aux Etats-Unis dans l’Etat de Georgie. Un agriculteur de la ville de Macon sème son soja (vendu par Monsanto) et applique, selon ses habitudes, un traitement au Roundup, un désherbant total (vendu par Monsanto). Quelques semaines après le désherbage chimique, ce brave homme s’aperçoit que ses champs sont envahis par une plante indésirable (du moins pour lui), une des multiples représentantes de la grande famille des amarantes. Il n’est pas question d’appliquer un autre désherbant pour régler le problème. Il ne reste plus qu’une opération possible : le désherbage mécanique entre les rangs (très délicat en ce qui concerne le soja, surtout si l’on réagit tardivement) ou l’arrachage manuel. Cette dernière opération ne pose aucun problème dans un jardin potager, mais nécessite quand même quelques efforts car l’amarante est un végétal qui a la particularité de s’enraciner profondément. Dans les terres lourdes, l’arrachage peut être plutôt difficile. Appliquée à l’échelle de l’agriculture industrielle, même si l’on peut faire appel à une main d’œuvre nombreuse et payée au lance-pierre, l’entreprise est carrément irréalisable… La seule solution est l’abandon du terrain cultivé. Lorsque les herbes indésirables ont proliféré, la moisson du soja est rendue quasi impossible. Il semble que notre plante mutante ait apprécié le climat et les sols de la Georgie, puisque, depuis 2004, ce sont plus de cinq mille hectares de cultures qui ont été abandonnés, et cinquante mille autres hectares sont en passe de devenir incultivables. L’explication du phénomène est simple : l’un des gènes modifiés du soja s’est adapté à l’amarante sauvage…
Selon le chercheur anglais Brian Johnson, généticien spécialisé dans les problèmes liés à l’agriculture : « Il n’est nécessaire que d’un seul évènement (croisement) réussi sur plusieurs millions de possibilités. Dès qu’elle est engendrée, la nouvelle plante est titulaire d’un avantage sélectif énorme, et elle se multiplie rapidement… L’herbicide puissant utilisé ici, à base de glyphosphate et d’ammonium, a exercé sur les plantes une pression énorme qui a encore accru la vitesse d’adaptation. » La plante réceptrice du gène, ici l’amarante, a une capacité de reproduction importante puisqu’elle engendre 12 000 graines par an et que la capacité germinative peut se prolonger, dans de bonnes conditions, pendant une trentaine d’années. La nature s’est adaptée et nous offre un avant-goût de ce qui va se passer avec les autres semences agricoles déjà massivement employées, et pire encore, ce qui nous attend avec les plantes expérimentales en cours d’élaboration dans les laboratoires… D’autant que si le transfert de gène a été relativement rapide dans le cas du soja, pour d’autres mutations le délai peut-être plus long (le taux de probabilité est très bas) et que les conséquences, totalement imprévisibles, peuvent donc attendre plusieurs années avant d’être perceptibles.
Ce problème n’est pas le seul que l’on ait rencontré jusqu’à présent avec les cultures OGM, mais il est une excellente illustration des mauvaises surprises que nous réserve l’avenir proche de cette planète aux mains des apprentis sorciers. Les agriculteurs bios se sont déjà rendu compte que les gènes modifiés sur le maïs avaient tendance à quelque peu voyager et à s’installer dans leurs propres cultures, sans avoir la sagesse de respecter les distances maximum légales autorisées aux pollens pour se déplacer au gré du vent ou des déplacements d’insectes. Les agriculteurs mexicains désireux de maintenir les variétés traditionnelles dans leurs champs s’arrachent également les cheveux en découvrant que les « sanctuaires » de semence ne sont absolument pas respectées par les caprices de la nature. Les mêmes semences transgéniques de maïs se sont révélées stériles au grand dam des paysans d’Afrique du Sud. Les écologistes constatent que certaines espèces d’insectes, notamment le célébrissime papillon Monarque, l’une des fiertés du Canada, réagissent de plus en plus mal aux pollens des nouvelles variétés. Bref l’image de marque des multinationales concernées (il n’y a pas que Monsanto dans cette liste) est en train de se ternir sérieusement. Alors, pour tenter de redonner une couleur « verte » à toutes ces expériences catastrophiques, on se lance dans une fuite en avant et surtout dans une course de vitesse fort préjudiciable aux expérimentations sérieuses. Le nouveau dada des chercheurs, c’est « d’adapter » les plantes à un régime hydrique plus sec : riz, coton, soja, blé, maïs… poussant avec des quantités réduites d’eau, de façon à limiter les dépenses d’irrigation. « Dépenser moins d’argent » en traitements, c’était justement l’argument principal qu’avançaient les commerciaux de Monsanto pour vendre leurs semences de soja : un seul produit pour désherber, beaucoup moins coûteux qu’un désherbant sélectif… Le rêve à portée de main ! Quand on pense à ce que toutes les études récentes ont révélé sur la toxicité du Roundup alors que celui-ci était présenté au grand public comme un produit presque naturel. Nombre de jardiniers l’emploient encore massivement sans connaître les risques éventuels qu’ils peuvent courir. Une personne m’a cité l’exemple d’un représentant qui prétendait que le produit était totalement inoffensif au point même qu’il en buvait une petite dose devant ses clients médusés…
Intéressons-nous d’un peu plus près à cette plante commune, l’amarante (amaranthus caudatus, retroflexus, cruentus… ), qui vient de remporter le premier match contre le soja « Roundup ready ». Il en existe une soixantaine de variétés différentes. Certaines poussent spontanément dans les friches ou dans les cultures, d’autres sont semées à titre décoratif (comme la très belle variété rouge « crête de coq » fréquente dans les massifs fleuris) et parfois même alimentaire. L’amarante fait partie de ces plantes mal connues que les jardiniers soucieux d’exotisme (sans connotation péjorative de ma part) dans leurs cultures essaient de remettre à l’honneur. La plante est originaire des régions tropicales du monde, Asie, Afrique ou Amérique du Sud. Ce sont les variétés provenant des Andes qui sont les plus connues. C’est sans doute la raison pour laquelle l’amarante est souvent surnommée « blé des Incas ». Les peuples de la Cordillère l’employaient largement dans leur alimentation, au même titre que le maïs, les haricots ou les pommes de terre. L’amarante possède des propriétés nutritives intéressantes (plus intéressantes même que le soja disent les mauvaises langues, toujours soucieuses de jeter de l’huile sur le feu dans les débats sérieux !). Feuilles et graines sont utilisables. Les feuilles renferment de la vitamine A, de la vitamine C et de nombreux sels minéraux. Elles peuvent être cuisinées un peu comme des épinards (il vaut mieux ramasser de jeunes pousses). La graine contient plus de protéines que celle du soja, et la qualité de ces protéines serait, selon certains diététiciens, supérieure à celle du lait de vache. Une fois séchée, elle peut être moulue et mélangée à la farine de blé traditionnelle (dans la proportion d’une mesure pour six ou sept par exemple) pour modifier le goût du pain. La pâte obtenue a un petit goût de noisette et elle est légèrement plus sucrée. La graine peut aussi être cuisinée entière, comme l’on prépare la quinoa ou le petit épeautre. Intérêt indiscutable pour certaines personnes qui sont allergiques au gluten, l’amarante n’est pas une céréale et n’en contient pas.
L’association Kokopelli propose un nombre important de variétés d’amarante dans son catalogue. Dans le livre « les semences de Kokopelli », Dominique Guillet, l’auteur, en fait la description suivante : « La culture de l’amarante fut à son apogée durant l’Empire aztèque. Pour le peuple aztèque, l’amarante possédait une valeur nutritionnelle, thérapeutique et rituelle. » C’est le caractère sacré de la plante, utilisée notamment pour confectionner des poupées offertes aux divinités, qui a valu tous ses ennuis à l’amarante. Sitôt la conquête achevée, les prêtres du clergé catholique espagnol combattirent sa culture par tous les moyens à leur disposition. Cette pratique d’éradication s’est avérée efficace puisque la plante a pratiquement disparu de la cuisine, notamment au Mexique, alors qu’elle était présente dans la confection de beaucoup de recettes traditionnelles. Plusieurs variétés traditionnelles sont sans doute « perdues ». Il s’agit pourtant d’une culture intéressante pour les pays dont les sols sont particulièrement pauvres et peu réceptifs à des cultures comme celle du soja ou du blé. L’amarante est peu exigeante en nutriments et en eau. Elle résiste assez bien à la sécheresse (en 2003, le fameux été caniculaire, elles étaient florissantes dans mon jardin). Il est possible d’obtenir des rendements largement supérieurs à ceux obtenus avec les céréales importées de nos régions tempérées, dans les zones agricoles difficiles. Elle a déjà été remise à l’honneur dans certains pays d’Afrique comme l’Ouganda, le Kenya ou le Zimbabwe. Les agriculteurs de ces contrées n’ont pas attendu les résultats miraculeux annoncés pour la nouvelle génération d’OGM adaptés à la sécheresse. Leur prudence mériterait d’être prise en compte par les techniciens agricoles dans d’autres régions du globe. Il se pourrait bien que la prochaine révolution verte annoncée par les producteurs de semences OGM ne soit qu’un grand pas de plus en avant vers la désertification de notre planète et une aggravation des famines endémiques. Les producteurs de soja US, en ce qui les concerne, commencent à bouder sérieusement les semences transgéniques, mais l’information à ce sujet est soigneusement filtrée et il est difficile de savoir quelles proportions a pris désaveu. Monsanto anime un lobby particulièrement efficace auprès du Ministère de l’agriculture US (et d’autres instances internationales aussi). Pour avoir plus d’informations sur les agissements de la firme, je vous conseille le site « Combat Monsanto » : les informations qui y figurent sont édifiantes.
Note : les photos d’amarante rouge 3 et 4 sont plutôt intéressantes. La n°3 est prise dans mon jardin. J’ai semé des amarantes rouges il y a une dizaine d’années. Elles se sont parfaitement acclimatées, se sont croisées avec la variété sauvage de croissance spontanée. Les plantes ont perdu de leur hauteur et de leur rougeur à comparer de celle figurant sur la photo n°4 (extraite du site de l’association Kokopelli) qui donne une petite idée de la taille du végétal dans son milieu originel. Si les rapports entre les peuples indigènes et les semences vous intéressent, le site de Kokopelli propose une étude intéressante sur la question.
18juin2009
Posté par Paul dans la catégorie : Carnets de voyage; vieilles pierres.
Chaque première rencontre avec un château est singulière. Il y a parfois l’effet de surprise que crée la découverte d’une tour ou d’un vieux mur en ruines, au détour d’un sentier. Il y a le côté impressionnant de ces géants de pierre que l’on aperçoit de fort loin mais dont on appréhende réellement les dimensions que lorsqu’on se trouve à pied d’œuvre ; il y a enfin le côté romantique, mystérieux, un peu magique que l’on ressent lorsque l’on est entouré par quelques murs encore intacts et que l’on tente un voyage temporel toujours difficile à réaliser. Le château d’Ortenberg, une visite faite lors de notre escapade alsacienne d’avril, appartient à cette collection relativement restreinte de monuments qui resteront certainement gravés dans ma mémoire pour longtemps. Il n’y a pourtant pas vraiment de surprise lors de sa découverte, puisque la silhouette impressionnante de la forteresse est visible longtemps à l’avance : nombre de voyageurs qui parcourent la route allant de Sélestat à Sainte Marie aux Mines puis à Saint-Dié ont l’occasion de l’apercevoir à l’horizon. Ortenberg avait en effet pour rôle stratégique la surveillance du débouché du Val-de-Villé sur la plaine d’Alsace. Le château est également visible de loin lorsque l’on parcourt la très fréquentée « route des vins ». Celui qui veut véritablement visiter les lieux doit cependant faire l’effort de quitter son véhicule. Il faut une bonne demi-heure d’ascension pour accéder à la crête où se dessine la silhouette du donjon. Lorsqu’on pénètre dans l’enceinte à proprement parler, on perçoit toute la magnificence des lieux et le calme qui y règne : bien que situé à quelques kilomètres à vol d’oiseau du château « reconstitué » de Koenigsbourg, Ortenberg n’attire pas une telle foule de visiteurs. Certes il faut faire quelques efforts ; aucune animation autre que le vol des corbeaux et des rapaces n’attend le visiteur sur place ; il n’y a point de parking pour les cars scolaires, de guichet d’entrée et d’hôtesse souriante pour proposer quelques cartes postales. Comme Puylaurens dans les Fenouillèdes, Château Rocher dans l’Allier ou Commarques en Dordogne, il s’agit là d’un site historique plus que touristique, pour amateur de vieilles pierres et d’authenticité ; la visite ne prend toute sa dimension que si l’on est capable de se laisser envoûter par le décor.
Je pense faire partie de cette catégorie des « amateurs de vieilles pierres ». Il y a longtemps que je suis attiré par le Moyen-Âge – non l’histoire évènementielle, mais la vie quotidienne des différentes couches de la société féodale – et je crois que c’est à Henri Paul Eydoux, cet écrivain remarquable, que je suis tributaire de ma passion singulière pour les châteaux-forts. C’est à sa remarquable série d’ouvrages, « châteaux fantastiques », que je dois d’avoir initié une approche de ces vieilles pierres autre que celle que l’on a à travers les images d’Epinal des livres scolaires ou des guides touristiques classiques. Il est des chapitres de ces livres que j’ai lus et relus à de nombreuses reprises, tellement la description faite par l’auteur des amoncèlements de pierres me faisait « vibrer ». L’édition que je possède de ces ouvrages date d’une trentaine d’années et la reliure étant d’une piètre qualité, certains volumes voient leurs feuillets se détacher progressivement, à mon grand regret. Alors je guette les occasions à un prix raisonnable chez les bouquinistes, soucieux de remplacer les plus abîmés. La dernière fois que j’ai acquis l’un de ces précieux tomes que je possédais déjà, je l’ai offert à un ami, pour le plaisir d’une découverte partagée. Evidemment, ce n’est pas mon vieux volume corné que je lui ai donné ! Parmi les rencontres que nous avons faites et qui m’ont permis d’appréhender encore plus facilement l’univers mystérieux des vieilles fortifications, il y a eu celle de Max Pons, longtemps guide conférencier au château de Bonaguil. Lui avait eu la chance de rencontrer, à plusieurs reprises, Henri Paul Eydoux, qu’il appréciait tout particulièrement. La visite de Bonaguil, avec ce personnage hors du commun, était un grand moment de bonheur : anecdotes, détails historiques, précisions techniques sur la construction, aucun aspect de la vieille forteresse ne lui était inconnu. Il avait d’ailleurs était largement impliqué, avec une autre personne « haute en couleurs », Fernande Costes, dans la réhabilitation de ce château situé hors des routes touristiques, à l’écart de la vallée du Lot. Tous les personnages que je viens de citer sont maintenant disparus et c’est une perte pour la vulgarisation de la castellologie (étude des châteaux). Beaucoup d’historiens ou d’archéologues partageant cette passion ont le défaut d’être quelque peu hermétiques, voire même carrément indigestes. Ils possèdent la science et le vocabulaire mais ne savent pas donner une âme à leurs mots… Je termine là cette digression, et je reviens, à petits pas, au « géant » qui est l’objet de cette chronique. J’espère que vous me pardonnerez cet écart par rapport à l’itinéraire balisé, mais il fallait bien que je vous explique pourquoi je passe autant de temps à musarder sur les chemins pierreux !
Ortenberg possède un point commun avec Bonaguil et quelques autres châteaux construits en différents points de notre territoire : un donjon élevé, impressionnant, paraissant totalement inexpugnable. Une photo prise en contre plongée accentue cet effet de grandeur, mais la taille conséquente de la tour d’Ortenberg n’a point besoin de cet artifice pour subjuguer le visiteur. Le cliché que j’ai choisi, en tête de cette chronique, n’est d’ailleurs pas pris de l’intérieur de la cour, mais d’un point extérieur, légèrement culminant : il aurait donc tendance, a contrario, à donner une impression moindre de la hauteur. Celle-ci n’en reste pas moins spectaculaire. Je ne prétends pas que le donjon d’Ortenberg soit le plus haut de France. Je ne suis pas en train de travailler pour le « Guinness book » de la castellologie et j’avoue que je moque de ce genre de classement idiot. La comparaison serait d’ailleurs peu aisée à faire car nombre de tours majestueuses des châteaux-forts ont été arasées à l’époque du roi Louis XIII. Parfois, seuls quelques croquis ou descriptions littéraires servent de référence ! Louis XIII (appuyé par son âme damnée, le cardinal de Richelieu) a été le plus grand destructeur de châteaux-forts de notre histoire nationale. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, plus de fortifications et de tours ont été rasées à son époque, que pendant la Révolution française. Nos gardes rouges de l’époque n’ont pas été aussi performants que les équipes de terrassiers embauchées par Richelieu. Nombre de sites historiques portent les stigmates des colères du Cardinal. La raison d’un tel comportement est simple à expliquer : la monarchie s’impose (on parle, à bon escient, de « monarchie absolue ») ; les temps féodaux sont dépassés ; le pouvoir est centralisé ; les nobles perdent une bonne partie de leur statut de « potentats locaux » et deviennent progressivement de simples « courtisans ». Il est hors de question qu’ils puissent afficher le signe d’une puissance supérieure à celle du monarque. Or le donjon a deux fonctions essentielles. La première est symbolique : affirmation du pouvoir et de la grandeur de celui qui réside en ce lieu. La seconde est d’ordre défensif : la tour sert d’ultime refuge pour les propriétaires en cas d’assaut menaçant. La fonction résidentielle est accessoire, du moins dans les grandes forteresses. Dans un grand nombre de cas, le seigneur et sa famille habitent dans un bâtiment indépendant du donjon, nommé « aula », plus confortable et souvent plus lumineux. Ces bâtiments résidentiels, généralement couverts par une charpente, des tuiles ou des lauzes, ont été les premières victimes du temps ou des conflits, et il n’en subsiste que peu de traces (c’est le cas à Ortenberg) d’où le rôle de logement attribué pendant longtemps à des donjons pourtant bien sinistres. Il est évident que ceci est une règle générale, et que toute règle générale, notamment dans le domaine historique, souffre de nombreuses exceptions. On peut sourire de cette conception de la grandeur associée au nombre de pierres qu’un être humain est capable d’empiler. Mais notre époque a-t-elle échappé à de tels comportements ? On peut en douter quand on voit la surenchère à laquelle se livrent actuellement les quartiers d’affaires des plus grandes villes du monde… Certes le béton et le verre ont remplacé la pierre et le bois, mais le prestige attaché à la hauteur d’une construction reste un élément majeur pour les gouvernants et leurs architectes. Ce ne sont pas les dernières réalisations et encore moins les projets prévus dans les Emirats, à Dubaï en particulier, qui démentiront mon propos.
Il est difficile de disserter longuement sur le logis seigneurial à Ortenberg car ne subsitent plus que les courtines (murs extérieurs) et la tour maîtresse. Les aménagements intérieurs à la haute-cour ont disparu. Il n’en subsiste que les ouvertures extérieures et des traces de construction. On peut donc en deviner les proportions et l’usage, mais la vision que l’on peut en avoir est bien limitée. Du coup, la ruine donne une impression de dépouillement ne correspondant nullement au décor original, lorsque la cour était en partie occupée par divers logis et communs.
Ortenberg est un château ancien dans les Vosges. Son emplacement était hautement stratégique et il est certain qu’une construction s’élevait déjà en ces lieux autour de l’an Mil. Elle était l’œuvre d’un seigneur nommé Walter d’Ortenberg. Les ruines actuellement visibles correspondent à des bâtiments construits ultérieurement, au milieu du XIIIème siècle par Rodolphe Ier de Habsbourg. La destinée de la forteresse a été assez mouvementée et elle a connu divers propriétaires, dont certains fort renommés comme les Hohenzollern ou les Habsbourg, sans oublier Charles le Téméraire, tout puissant Duc de Bourgogne. Celui-ci n’en restera propriétaire que quelques années, le temps cependant d’effectuer de solides travaux de rénovation et d’entretien, après avoir fait dresser un état des lieux minutieux par son maître des comptes. Ce document est important car il permet d’avoir une vision assez détaillée du château au milieu du XVème siècle. La forteresse est très habilement construite : elle épouse la forme de l’éperon rocheux sur laquelle elle se trouve, en tirant partie au mieux. L’emplacement du château ne se situe pas au point culminant du massif du Ritterberg (Mont des Chevaliers) et pour l’isoler du relief dominant côté montagne, un impressionnant fossé a été creusé en travers de l’arête rocheuse. Ce côté étant par ailleurs le « point faible » du système de défense, c’est là qu’a été bâtie la tour maîtresse, haute d’une quarantaine de mètres et dominant l’ensemble du paysage. Pour consolider l’ouvrage, l’architecte l’a doté d’un mur bouclier qui l’entoure étroitement du côté où peuvent survenir les assaillants. De nombreuses archères sont percées dans cette haute muraille. A l’intérieur de l’ouvrage, un passage étroit (quelques mètres entre le mur du donjon et la courtine défensive), autrefois protégé par des galeries de bois, permettait à la garnison de circuler et de se ravitailler en munitions en passant d’un point stratégique à un autre : le système était ainsi conçu qu’une garnison de dix ou douze hommes permettait de tenir tête à n’importe quel adversaire. On est loin des sièges « hollywoodiens » avec des centaines de soldats perchés sur les remparts et arrosant leurs assaillants de projectiles divers (et pour la plupart imaginaires). Garnison réduite, cela signifiait approvisionnement réduit et dont possibilité de tenir un siège relativement long. Là aussi les choses doivent être ramenées à leur juste proportion.
Je doute que les péripéties qui ont entraîné le passage d’un propriétaire à un autre vous intéressent beaucoup. Quelques évènements méritent cependant d’être contés. S’il a eu des propriétaires prestigieux, Ortenberg a traversé quelques périodes sombres dans son histoire. Le château est devenu ainsi, pendant de longues périodes, un simple repaire pour chevaliers brigands, nobles peu scrupuleux profitant de la position stratégique de la forteresse pour rançonner voyageurs et habitants. Parmi les faits marquants de l’histoire locale, il y eut par exemple cette bataille épouvantable qui se déroula à la fin de la « révolte des rustauds », vaste soulèvement des paysans contre leurs seigneurs, en l’an 1525. Elle se déroula au pied des murs d’Ortenberg et marqua la défaite finale des révoltés. Près de quinze mille hommes furent massacrés par les troupes du Duc de Lorraine… A l’époque on ne faisait pas dans la dentelle, surtout lorsqu’on avait l’occasion de mater la populace. Quelques temps plus tard, pendant la guerre de trente ans, ce sont les Suédois qui s’emparèrent d’Ortenberg comme de pas mal d’autres places fortes dans le secteur. Les habitants des localités voisines, excédés par les exactions dont ils étaient constamment victimes, menèrent la vie dure à la garnison étrangère… Le château termina son existence « militaire » en 1633, sous le règne de Louis XIV. Au XVIIIème siècle, un officier de Napoléon s’en porta acquéreur et procéda à quelques travaux de restauration. De nos jours, Ortenberg appartient à la commune de Scherwiller. Les lieux sont soigneusement entretenus, mais cela n’empêche que la visite est libre et gratuite et que c’est bien plaisant. Il n’est plus possible de pénétrer à l’intérieur du donjon. C’est dommage car, même s’il était impossible de l’escalader, on pouvait, selon les premiers auteurs qui ont décrit le bâtiment, se rendre compte de l’étroitesse de l’espace habitable et de l’impressionnante épaisseur des murs.
Le même jour, nous avons visité également le Ramstein, un château se dressant en contrebas d’Ortenberg. Il n’en reste que quelques pans de murs et il ne présente qu’un intérêt limité. Le seul détail intéressant concernant ce château est le motif de sa construction : il servait de base arrière pour les troupes assiégeant Ortenberg à la fin du XIIème siècle, comme quoi un siège pouvait, à l’époque, être une entreprise de longue durée. Un peu plus tard dans la journée, quelques kilomètres supplémentaires à pied nous ont conduit aux ruines du Bernstein, mais ceci est, selon la formule appropriée, une autre histoire ! Cette région est, en tout cas, un véritable paradis pour les amateurs de vieilles pierres et de marche à pied. Les sentiers sont nombreux et bien entretenus. Le balisage est effectué avec sérieux et minutie par les clubs de randonneurs vosgiens. Pour peu que le beau temps soit de la partie, et cela a été le cas pour nous, le pays offre de belles perspectives pour un tourisme à la fois sportif , culturel et gastronomique.