24février2014
Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Vive la Politique.
On y danse, on y danse ! Je laisse à la « Parisienne Libérée » la suite de la chanson.
Grosse manif samedi 22 février, pour rappeler aux malentendants du gouvernement que l’aéroport de Notre Dame des Landes n’a pas plus la cote en 2014 qu’en 2013 et que la Gauche Roudoudou ferait mieux de proposer des projets intelligents et surtout utiles au populo, histoire de voir sa popularité remonter dans les sondages. Entre cinquante et soixante mille personnes, accompagnées de plus de 500 tracteurs, ont défilé dans les rues de la ville. Le ministère, la préfecture, la mairie, ont mis en place tous les éléments nécessaires à une bonne petite sauterie : centre ville bouclé, démonstration de force (ou présentation de mode ? vue la grande variété des uniformes…) des camarades musclés de Monsieur Valls. La sauterie a eu lieu et notre bon ministre de l’intérieur a pu essayer de redorer son blason en évoquant ces fameux « black blocs » censés terroriser la ménagère de plus de cinquante ans. D’après les images que vous allez pouvoir admirer ci-dessous, les tracteurs ont été bien nettoyés par les canons à eau. La mairie pourra réquisitionner ces engins pendant la semaine pour nettoyer quelques vitrines (attention au réglage de la pression) dès que les casqués auront fini de nettoyer leurs visières, leurs vestes rembourrées, leurs jeans tendance, et leurs baskets décathlon adaptées à la course à pied sur terrain mouillé.
Les journalistes « aux ordres » n’ont pas encore compris grand chose à ce que réclament bon nombre de citoyens dans ce pays : par exemple que les décisions soient prises par les élus du peuple (s’ils ont encore une utilité quelconque) plutôt que lors des réunions de Conseils d’Administration. Ou alors, que les choses soient claires et que notre Ministre du redressement des trucs qui pendent et notre Ministre des bâtons qui s’agitent soient directement payés par la multinationale Vinci. Ce serait un bon moyen de réduire le déficit budgétaire : faire payer toutes les marionnettes qui nous gouvernent par les sociétés qui les manipulent, éviter de jeter l’argent public dans des poches trouées… j’en passe et des meilleures, l’objectif de cette chronique étant avant tout de vous faire admirer quelques jolies images prises par un mien ami qui a lâchement profité de ses avantages scandaleux de fonctionnaire retraité pour aller mitrailler numériquement la flicaille bien réelle et les créations artistiques des Zadistes. Les photos ci-contre et ci-dessous sont donc l’œuvre de E. B-C (c’est un pseudonyme) photographe émérite des grands moments de notre histoire nationale. Il est innocent en ce qui concerne les légendes parfois sarcastiques.
Les médias se sont complaisamment étalés sur la violence des manifestants, évitant, comme toujours, de faire allusion à la violence étatique. Une fois de plus, un manifestant a perdu un œil en raison des tirs tendus effectués par les forces de l’ordre, mais cette violence là n’était visiblement pas à l’ordre du jour dans les compte-rendus journalistiques. Drôle de conception de la violence dans notre société : tout est question d’échelle, mais ce n’est pas nouveau. Un pavé dans une vitrine Vinci c’est de la violence ; un manifestant blessé grièvement c’est un accident malencontreux. Et bien entendu, lorsqu’on impose à une population des décisions dont elle ne veut pas, ce n’est que « raison d’Etat »… Place au reportage !

Précisons déjà la ligne philosophique générale. A noter, pour la DCRI, que l’on voit nettement les jambes d’un élément de black bloc (pantalon noir, black en anglais).

Sur cette photo de banderole on voit très bien pour quelle raison les gens étaient là. En bas à gauche, Manuel Valls a remarqué que l’on apercevait un fragment de farmers black bloc.

Le cortège arrive face aux barrières que les forces de l’ordre ont dressées pour empêcher un passage par le centre ville (itinéraire habituel des manifestations).

On ne peut pas vraiment parler de Land Art, puisqu’on est en milieu urbain…

Mais cela rend difficile le travail des vidéastes amateurs… Où étais-tu ce samedi ? lui demandera sans doute son épouse… Certainement pas à Nantes, il ne neigeait pas !

Décidément, Vinci n’a pas la cote ; on se demande pourquoi…

L’arme secrète des Zadistes, celle qui va permettre de vaincre la charge non violente des bulldozers, des expropriateurs et des pompes à phynances publiques…

Autre mouvement extrémiste que Mr Valls ne connait pas encore : le « Green bloc ». De quoi s’y perdre avec toutes ces couleurs. A moins que, comme le dit Sainte Marine, Valls ne soit tout simplement complice… Mais sait-il seulement conduire un tracteur ?

Les uniformes de nos CRS sont de plus en plus variés. Est-ce en raison d’un manque de moyens ? La photo est petite mais l’un des personnages arbore fièrement un autocollant relatif à la manifestation sur sa jambe droite. J’enlève le casque et le blouson et hop ! je deviens un citoyen lambda… De là à ce que certains se mettent à charger en kilt ou en djellaba…
Communiqué des organisateurs-trices de la manifestation anti-aéroport du 22 février
La manifestation d’aujourd’hui a connu une mobilisation inégalée.
520 tracteurs, venus de tous les départements limitrophes ont été comptés, deux fois plus que le 24 mars 2012 à Nantes. Cela marque une implication massive du monde paysan. Les tracteurs vigilants sont prêts à intervenir sur la zad.
Il y avait 63 bus venus de toutes les régions de France, deux fois plus encore que lors de la chaîne humaine. C’est le signe d’une mobilisation nationale et de la connection entre Notre Dame des Landes et d’autres luttes contre les grands projets inutiles et imposés.
Il y avait entre 50 et 60 000 personnes, plus encore que lors de la manifestation de réoccupation du 17 novembre 2012. Il s’agit de la plus grosse mobilisation du mouvement.
Le défilé a été festif, créatif et déterminé, avec des batukadas, salamandres, tritons géants, masques d’animaux marquant le refus de la destruction des espèces protégées et des mesures dites de compensation. Des prises de paroles et animations ont eu lieu jusqu’à 18h square Daviais.
La préfecture avait choisi de mettre Nantes en état de siège et de nous empêcher d’être visibles dans le centre ville. C’est la première fois qu’on interdit à une manifestation d’emprunter le Cours des 50 Otages. Une partie du cortège est passée par l’île Beaulieu. Une autre a essayé de passer par le trajet initialement prévu et a fait face à une répression policière violente avec tir de flashball, gaz lacrymogènes et grenades assourdissantes. Cela n’a pas empêché les manifestant-e-s de rester en masse dans les rues de Nantes jusqu’à la fin.
Il existe différentes manières de s’exprimer dans ce mouvement. Le gouvernement est sourd à la contestation anti-aéroport, il n’est pas étonnant qu’une certaine colère s’exprime. Que pourrait-il se passer en cas de nouvelle intervention sur la zad ?
Cette journée est un succès et les différentes composantes de la lutte restent unies sur le terrain. L’opposition ne fait que croître depuis 30 ans. Le gouvernement n’a pas d’autre choix que d’abandonner le projet d’aéroport !
Contacts presse : COPAIN : Jean-François Guitton : 06 78 90 46 04 Coordination : Julien Durand : 06 33 51 01 35 ZAD : Camille : 06 32 98 78 36.
addenda : quelques bonnes adresses pour compléter
Un bon article à cette adresse : « Nantes, centre ville dévasté : de quoi parle-t-on ? »
Une intéressante série de vidéos : « Nantes, ça s’est passé un 22 février »
Un point infos pour ceux qui ont été blessés pendant la manif : « Conseils d’urgence«
A propos des projectiles utilisés par les forces de l’ordre : « photos des munitions collectées dans les rues de Nantes »
Le point du vue de Françoise Verchère, conseillère générale « Front de Gauche » de Loire Atlantique.
19février2014
Posté par Paul dans la catégorie : voyages sur la terre des arbres.
De l’art de baguenauder au milieu des baguenaudiers
Si vous avez l’occasion de vous promener fréquemment dans la garrigue provençale, vous avez plus de chances de connaître le baguenaudier, charmant arbuste pouvant atteindre jusqu’à 6 mètres de hauteur, que si vous arpentez les forêts ardennaises ou vosgiennes. Le baguenaudier, dont je vais présentement vous entretenir, est en effet plus un représentant de la flore méditerranéenne que de celle du Nord de notre pays. Excusez le jeu de mot facile choisi comme titre pour cette chronique, mais il se trouve qu’en raison de la forme singulière de ses fruits, ce digne végétal est parfois surnommé « arbre à vessies » par les garnements qui s’y intéressent encore un peu. Il me fallait, avant de prolonger dignement ce billet, éclairer quelque peu votre lanterne; faute de quoi certains auraient peut-être pensé que je choisissais mes titres uniquement pour faire de l’audimat sur les moteurs de recherche.
Un petit mot de botanique pour commencer : l’arbuste appartient à la famille des fabacées, sous famille des papilionacées. Il porte le nom latin de Colutea arborescens. Ses cousins proches sont le cytise, le robinier, le sophora du Japon… C’est donc une légumineuse, c’est à dire une plante qui a la particularité (comme les petits pois ou les haricots au potager) de fixer l’azote atmosphérique dans le sol et donc de l’enrichir. Dans notre parc boisé, l’herbe est toujours plus verte et plus haute sous le robinier à fleurs rouges et ce n’est pas un hasard ! C’est lorsque les gousses arrivent à maturité que cet arbuste présente le plus de charme. Lorsque l’on se promène, un jour de grand vent, sur les flancs arides d’une colline, il arrive que l’on entende un bruit étrange, semblable à celui que feraient de petites boîtes en s’entrechoquant. Ce sont les drôles de fruits du baguenaudier, se heurtant les uns aux autres, ainsi que les graines à l’intérieur, qui provoquent ce tintamarre. Nul souci à vous faire, il est rare que les fantômes ou autres lutins se manifestent aussi bruyamment en plein jour… Ce bruit singulier est sans doute la raison pour laquelle les Espagnols l’appellent espantalobos (« chasse-loups »). Dans le Sud de la France on le surnomme plutôt « pan-pan » ou « glou-glou » ce qui illustre bien le fait qu’on ne le prend guère au sérieux. Les enfants s’amusent comme il se doit à cueillir les fruits mûrs qui peuvent mesurer jusqu’à 7 cm de longueur et à les presser entre leurs doigts pour les faire éclater. La gousse étant gonflée par un mélange de gaz se prête magnifiquement bien à ce jeu de pétarade !
Autre particularité, les gousses ne s’ouvrent pas sur l’arbre et celui-ci ne lâche donc pas ses graines pour les ressemer. Les gousses tombent au sol et restent fermées pendant un certain temps. Comme elles sont légères, le vent ou les tourbillons d’air créés par le passage des véhicules se chargent alors de les faire rouler et de les disséminer un peu partout dans le paysage, notamment sur les talus le long des routes ou des voies ferrées. Une fois bien desséchées elles s’entrouvrent et les graines n’ont plus qu’à se trouver un petit nid douillet pour germer. Cette dispersion par roulage s’appelle chamaechorie (de quoi briller en société : ne me remerciez pas c’est tout naturel !).
C’est sans doute en raison de cette singularité que l’arbuste n’est guère pris au sérieux ; sans doute aussi en raison du fait qu’il ne possède pas vraiment d’usage médicinal important. Pierre Lieutaghi le qualifie de « bouffon » de nos arbrisseaux… Sa floraison n’a rien d’exceptionnel et il est rarement planté en tant qu’arbuste décoratif dans les jardins. Et pourtant ! Le fait qu’il soit à l’origine d’un jeu ne serait-il pas un prétexte suffisant pour que deux ou trois spécimens soient choisis pour agrémenter un parcours un tant soit peu festif pour les enfants ? Planté à côté de cet « arbre à perruques » avec lequel les petits et les grands adorent se faire des moustaches, d’un buisson de mûres sans épine pour la pause et le maquillage de quatre heures et d’un joli sureau, matière première idéale pour fabriquer un sifflet, il aurait le mérite de rendre nos parcs arborés ou arboretums un peu plus festifs. Une simple balade technique n’a rien de bien passionnant pour des enfants ; un parcours agrémenté d’histoires naturelles, de jeux sensoriels et de petits ateliers de bricolage, aurait le mérite de rendre la botanique un peu plus attrayante pour les plus jeunes. Nos petites filles sont ravies de partir au jardin avec un « panier à trésor » et de ramener une foule de petits brimborions que la nature a grand plaisir à mettre à leur disposition.
Le baguenaudier, l’arbuste, est bien entendu à l’origine du verbe « baguenauder » et de ses deux sens légèrement différents… Tout d’abord on peut baguenauder en se livrant à des activités frivoles mais quelque peu bruyantes… Cela ne se dit plus guère… Mais on peut aussi baguenauder ou se baguenauder tout simplement en se promenant sans but précis et sans précipitation dans un lieu quelconque. « Je suis allé baguenauder au marché car je trouvais le temps un peu long à la maison ». Dans le « dictionnaire des mots rares et précieux » (un bon ouvrage à consulter pour les amateurs de belles sonorités et de mots désuets) on peut lire aussi que le baguenaudier était autrefois un jeu prisé par les enfants, consistant à enfiler et à désenfiler des anneaux sur un axe dans un ordre déterminé. Je pense qu’il s’agit en fait d’une allusion au casse-tête attribué au mathématicien italien Jérôme Cardan (Girolamo Cardano 1501-1576). Il semble que le savant n’ait fait que décrire et expliquer un jeu inventé en réalité par les Chinois. Comme toujours, dans un cas pareil, une gentille petite légende entoure cet objet. Je l’ai dénichée sur le site de « Pour la Science » et vous la propose sous cette forme : « vers l’an 200 de notre ère, le soldat chinois Hung Ming (181-234) dut partir à la guerre servir son empereur. Laissant une épouse attristée, il lui fit cadeau d’un jeu formé de plusieurs anneaux enlacés. Intriguée par ce casse-tête qu’elle désira résoudre, elle ne vit pas le temps passer et supporta ainsi l’absence de son mari. » Lorsque son mari partit pour la guerre, en août 1914, ma grand-mère avait d’autres chats à fouetter ! Quant au jeu, ne comptez pas sur moi pour vous en expliquer le principe : s’il y a une chose que je n’ai pas la patience de supporter ce sont bien les casse-têtes (sauf peut-être ceux fabriqués par les Indiens quand je suis face à un « casse-couilles »).
Bref, rien de bien sérieux décidément dans tout cela. Le seul usage médical que l’on ait trouvé autrefois au baguenaudier, c’est de se servir d’une infusion de ses feuilles comme laxatif. Cela lui a valu une estime modérée de la part des médecins de la Renaissance, et encore plus modérée des malades traités avec le breuvage infâme que l’on obtenait. On lui préférait nettement la Bourdaine. Cela n’a pas empêché de donner à l’arbuste le surnom de « Séné d’Europe » ; cela n’a pas empêché non plus certains apothicaires peu scrupuleux de le vendre à la place du Séné d’Egypte, une plante coûteuse parce qu’importée, mais dont les effets étaient nettement supérieurs. Mieux vaut donc laisser notre arbrisseau faire tranquillement son charivari dans la garrigue, et ne retenir que son côté « farceur » plutôt que de vouloir l’incorporer à la pharmacopée familiale.
Pour les jardiniers collectionneurs, sachez qu’il existe par ailleurs un baguenaudier d’Orient (Colutea Orientalis) tout aussi facile à cultiver. Les différences entre les deux frérots sont assez limitées : les fleurs de la variété orientale sont plus décoratives (rouge veinées de jaune) mais les gousses sont plus petites et ouvertes à leur extrémité, ce qui limite leur intérêt comme arme d’intimidation. Si j’emploie le terme « frérot » c’est que les deux arbustes sont si proches qu’il s’hybrident facilement.
Quant à moi, je suis content d’avoir réussi à vous dire tant de choses sur ce baguenaudier auquel les botanistes et les jardiniers s’intéressent aussi peu. Il est temps maintenant /crac splash/…
Bruissement d’ailes et colère de papillon : « comment osez-vous, Monsieur le chroniqueur, boucler cet article, sans préciser l’importance que cet arbuste charmant revêt pour ma petite famille… Je suis un magnifique spécimen de Iolana Iolas (on m’appelle aussi Azuré du baguenaudier – merci de ne pas faire de jeu de mots sur mon nom – et sans baguenaudier, je serais voué à disparaître, un peu comme le Koala privé d’Eucalyptus en quelque sorte… Connaissant votre ton persifleur, je parie que vous allez faire remarquer qu’à part les naturalistes, personne ne s’intéresse à moi ! Allez donc observer les photos que l’on publie de ma petite personne sur le site du « jardin des papillons« , espèce de mufle… » Je ne peux honnêtement pas terminer cette étude sans rendre justice à Iolana… C’est donc chose faite. Histoire de m’attirer ses bonnes grâces, je préciserai que cet Azuré est le plus grand de la famille en Europe, qu’il ne s’éloigne presque jamais de son baguenaudier préféré et qu’il est sur la liste rouge des espèces menacées. Je comprends donc qu’il cherche à attirer l’attention des médias les plus importants de la Toile et il est tout naturel que je fasse mon devoir…
Après cette intervention de dernière minute, je crois bien que ma chronique est réellement terminée. Amusez-vous à faire quelques recherches sur la Toile ou dans les livres ; il est des arbustes très populaires sur lesquels on trouve des mines d’informations – souvent redondantes par ailleurs – mais sur l’arbre à vessies seulement quelques notices peu expansives. Je connais même un guide des arbres et arbustes, pourtant assez complet, dans lequel il ne figure ni sous son nom latin ni sous son nom commun… Je suis donc content d’avoir fait œuvre dans la défense des espèces mal aimées. Il ne me reste plus qu’à aller baguenauder dans le parc… Le printemps s’approche, les bourgeons pointent leurs bouts de nez ; il y a tant à voir !
illustrations – photo numéro 1 : wikipedia commons, auteur Franz Xaver – photo numéro 2 : flore Thomé, domaine public – photo numéro 3 et 6 : wikipedia commons.
sources documentaires – Tout d’abord ma « bible » habituelle, le passionnant « livre des arbres, arbustes et arbrisseaux » de Pierre Lieutaghi. Une autre bible également, l’excellente revue « la Garance Voyageuse » incontournable pour tous les passionnés de nature et surtout d’ethnobotanique. Pour finir, quelques sites sur Internet, mais on trouve plus d’informations sur le papillon abrité par le baguenaudier que sur le baguenaudier en personne.
13février2014
Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....
Je continue à appeler cette chronique plus ou moins mensuelle, bric à BLOG, mais j’ai décidé de l’ouvrir en fait à toutes les réflexions qui me passent par la tête, qu’elles soient induites par ce que j’ai lu sur internet ou sur les journaux, ce que j’ai vu ou entendu un peu partout (sauf à la sortie de la messe car je n’y suis jamais présent). Je continue aussi bien sûr à vous présenter, comme avant, les nouveaux sites que j’ai découverts grâce à mes excursions quotidiennes sur la Toile…
Où l’on parle d’Israël
Lettre à Manuel Valls d’un chercheur accusé d’être « anti-juif » sur Rue 89. Texte intéressant résumant fort bien la situation délétère qu’encourage le comportement de notre Sinistre de l’Intérieur depuis Noël. Je ne peux que souscrire : ton modéré, arguments solides… et vous inviter à lire. Si l’on s’attaque au racisme – ce qui est une bonne chose – encore faut-il le faire de façon intelligente et ne pas donner l’impression du « deux poids, deux mesures » qui est flagrante ces dernières semaines. Soutenir l’arrogance du gouvernement israélien, cela n’a rien d’exemplaire, bien au contraire. Nous vivons dans le seul pays (à part Israël) où l’appel au boycott des produits issus des colonies israéliennes donne lieu à des poursuites et à des condamnations au tribunal…
Je ne vais plus réussir à boucler un bric à blog ou une chronique lecture sans dire tout le bien que je pense de Tardi… Après avoir refusé la « légion d’honneur », voilà que Tardi pousse un coup de gueule contre les organisateurs du festival BD d’Angoulême qui ont accepté le parrainage d’une entreprise israélienne installée en zone occupée, Sodastream. Voir article à ce sujet sur Le Monde, journal extrémiste bien connu. Sa réaction en a entrainé d’autres. Plus de quatre-vingt auteurs de BD ont ajouté leur signature au bas de la lettre de protestation que l’auteur des aventures d’Adèle Blanc-Sec a envoyée au directeur du festival. Tout cela pour vous dire au passage que je soutiens l’appel au boycott des produits israéliens fabriqués en territoire palestinien occupé, comme j’ai soutenu, en son temps, le boycott des produits importés d’Afrique du Sud. L’arme économique est l’une des plus puissantes que nous pouvons utiliser pour faire plier les firmes ou les états impérialistes.
Pour en finir, un temps, avec les agissements du gouvernement israélien, j’invite ceux qui parent cet Etat de toutes les vertus, et en font un modèle de « démocratie », à lire cet article du Monde, journal extrémiste bien connu : « Le CICR arrête une aide d’urgence après confiscation de tentes par Israël ». Le Comité International de la Croix Rouge renonce à fournir des secours aux Palestiniens de la vallée du Jourdain dont les maisons sont confisquées et démolies, en raison de » La destruction et l’entrave à l’acheminement de l’aide » qui deviennent de plus en plus courantes. Je signale par ailleurs une excellente analyse du problème israélien publiée sur un blog que j’aime bien, « Cailloux dans l’brouill’art ». C’est une étude historique aussi brève qu’éloquente, permettant de se faire une idée de la suite d’événements qui ont permis d’aboutir à la situation actuelle. Je copie-colle dans cet article cette excellente citation d’Einstein datant de 1929 : « Si nous nous révélons incapables de parvenir à une cohabitation et à des accords honnêtes avec les Arabes, alors nous n’aurons strictement rien appris pendant nos deux mille années de souffrances et mériterons tout ce qui nous arrivera. ». Je reviendrai sur le sujet dans la prochaine chronique « lectures » car je viens de terminer l’excellent ouvrage de Jean-Marc Izrine : « Libertaires du Yddishland ».
Avant d’enchaîner sur les Municipales et l’arrogance des patrons
A propos des Municipales qui s’approchent et auxquelles je ne participerai ni par un bout de la lorgnette ni par l’autre, j’ai entendu l’autre jour une émission intéressante sur France Culture portant sur la manière dont le Front National, une fois élu, gère les municipalités dont il a acquis la charge (« Le FN aux commandes »). Les deux qualificatifs qui résument le mieux la situation sont incompétence et intégrisme idéologique. Deux choses dites par les intervenants m’ont également marqué… Concernant la gestion de Toulon par la famille Chevalier, une personne a dit (je retranscris de mémoire) : ce n’est pas tant une chape de plomb qui a pesé sur la ville, qu’une chape de poussière étouffante… Concernant l’élection de cette bande d’incompétents, une autre personne a fait remarquer « l’innocence » des électeurs, à savoir leur inculture politique : nous avons voté pour cette liste (le FN) parce qu’ils n’avaient jamais eu le pouvoir jusqu’à présent et il fallait bien leur laisser une chance de montrer ce qu’ils valaient… « Jamais eu le pouvoir » ? Vous êtes bien sûrs ? Cette dernière remarque m’a fait bien plaisir car elle rejoint ce que je disais dans le bric à blog précédent sur l’inculture historique et politique de certains militants, de gauche comme de droite. Sur France Culture, on peut réécouter les émissions pendant un mois. L’émission dont je vous parle est passée le 21 janvier en début d’après-midi. Vue la date de parution de cette chronique, il ne faut pas trop tarder pour écouter !
Lu sur Acrimed, une bonne étude du contenu du JT de la chaîne publique France 2… Je vous conseille d’aller faire un tour – non sur la chaîne, consternante – mais sur l’article. Vous y lirez des phrases comme celles-ci qui résument admirablement la situation actuelle : « Le JT de la principale chaîne de service public apparaît ainsi avant tout comme un divertissement audiovisuel, juxtaposant chaque soir une vingtaine de sujets dont un inventaire à la Prévert n’épuiserait pas la diversité. Dans un enchaînement effréné où la durée moyenne d’un sujet est de deux minutes, l’accessoire, l’anecdotique, l’émouvant, le sensationnel ou le pittoresque alternent au fil du journal avec ce qui devrait constituer l’essentiel de l’information et finit par l’étouffer. Sur un plan strictement quantitatif d’abord, mais surtout parce qu’il devient impossible de discriminer dans ce fatras hétéroclite les « informations » qui concernent potentiellement tout un chacun, qui ont à voir avec la chose publique, voire la « marche du monde », et les « évènements » qui n’en sont que parce que les médias les jugent dignes de l’être. » En fait, on ne regarde plus le JT pour s’informer, mais pour se distraire… Notons au passage que la presse quotidienne locale se vend surtout pour les avis de décès, les compte-rendus sportifs ou les photos souvenir du banquet de l’amicale des lanceurs de cerfs-volants… Ce n’est pas mieux !
Ce sujet-là en tout cas n’a pas fait la une de notre « Daubé » local. Pourtant il ne manque pas d’intérêt : ils ne manquent pas de toupet, les patrons d’Electrolux (firme suédoise) qui proposent aux salariés travaillant dans les quatre usines implantées en Italie, d’accepter une division par deux de leur salaire, pour rester compétitif avec leurs homologues polonais ou hongrois. Esprit mal tourné, j’aurais proposé aux salariés de ces deux derniers pays de doubler leur salaire pour les aligner sur ceux de leurs camarades méridionaux. Je pense, sans rigoler, qu’il est des patrons auxquels on devrait proposer de continuer à vivre avec un rein sur deux, un poumon sur deux, une couille sur deux et un seul lobe du cerveau. Le surplus d’organes pourrait être offert sur le marché hospitalier. On oblige bien les pauvres des pays en voie de développement à faire la même chose ! Le trafic d’organes et le cynisme ne se sont jamais aussi bien portés.
Pour conclure sur un chapitre Histoire et la Culture, avec un grand H et un grand C
Vu sur le site « Utop’Lib », et sous le titre « une archive anarchiste exceptionnelle« , une vidéo exceptionnelle (non pas en qualité mais en tant que témoignage historique) sur les obsèques de Pierre Kropotkine, en 1921, dans la Russie de Lénine. L’occasion, pour les connaisseurs, de repérer quelques bouilles de militants célèbres ; l’occasion aussi de se faire une idée de la popularité de ce grand homme. Plus de 20 000 personnes selon la tchéka, ou près de cent mille selon les organisateurs, se rassemblèrent pour les obsèques, en pleine période de répression contre les anarchistes et de démantèlement des organisations. Certains prisonniers obtinrent même une permission d’un jour à cette occasion, histoire de montrer à quel point le nouveau « pouvoir communiste » était libéral. C’est ce genre de générosité qui a sans doute inspiré le « camarade » Poutine avant les JO. Un esprit chagrin pourrait faire remarquer que c’est toujours à l’occasion de leur mort que les anarchistes ont mobilisé le plus grand nombre de partisans : il n’y a qu’à voir le nombre de personnes présentes aux obsèques de Louise Michel, de Durruti, ou d’Elysée Reclus ! (C’est rigolo : je publie cette info le même jour que l’ami Floreal sur son blog… Vous pouvez donc consulter la vidéo à cette adresse aussi !)
Ma découverte du mois : un blog dont j’aime bien le nom, « amicale des nids à poussière« , et dont je trouve le contenu instructif et distrayant. Deux auteurs, Christine Luce et Fabrice Mundzik, et un projet sympathique pour les amateurs de « papiers » publiés avant-avant-hier : dépoussiérer revues, vieux papiers, journaux, ouvrages… qui s’empilent un peu partout, avec un seul objectif, partager. L’occasion de découvrir quelques illustrateurs méconnus de la belle époque comme Gus Bofa, des textes de science-fiction ou des aventures épiques avant l’heure, comme cette excursion sur Mars publiée dans le magazine Floréal en 1923. L’auteur de ce récit instructif s’appelle Raphaël Diligent. Les petits Martiens apprennent en jouant et ne sont jamais punis. Le travail est réduit au minimum et les marées se chargent de faire marcher les machines. Aucun problème de propriété puisque tout est à chacun. Attention cependant, les Martiens sont un peu fâchés contre nous : ils n’apprécient pas qu’on les ait placés sous la tutelle de la guerre. Je comprends finalement qu’on ne soit pas encore allés coloniser cette planète et y déverser nos ordures ! Quant aux dessins accompagnant ce reportage, leur style très naïf évoque des gribouillis de collégiens (ou alors les dessins illustrant les « cahiers de pataphysique », mais je trouve cela tout à fait charmant. N’hésitez pas à passer un moment à explorer tous les nids à poussière offerts par les rédacteurs du site : vous ferez d’autres découvertes sympas !
J’ai lu le livre pour enfants « Vive l’Anarchie » et je vous en ai parlé dans ces colonnes. N’étant pas aussi vigilant que ce bon Monsieur Coppé sur le travail des éditeurs, j’ai raté la publication de « A poil ». Ce qui m’a fait marrer par contre c’est un enchainement de reportages grâce au « zapping » magique sur la télé. Séquence 1 : sur France 2, Coppé en train d’éructer sur « A poil » et suggérant que l’on contrôle le contenu des bibliothèques municipales ou scolaires (et pourquoi pas paroissiales et familiales, pendant qu’on y est ?). Séquence 2 : sur Arte, un reportage évoquant la situation des cinéastes iranien… La caméra se balade dans les coulisses du festival du film de Téhéran. On interroge l’imam (photo) chargé du contrôle religieux du contenu des films projetés… Je me dis finalement que la seule chose que Coppé reproche à l’Iran c’est d’être contrôlé par des fanatiques religieux qui ne dorment pas sous le même bénitier que lui. Nul doute qu’en fait, il ne serait nullement opposé à la présence dans les bibliothèques d’un Imam issu de l’UMP ou du FHaine pour vérifier la bonne tenue idéologique des ouvrages figurant dans les rayons. Ne croyez vous pas ? En France, comme on ne verse pas dans l’obscurantisme, ce pourrait même être des femmes qui occupent ce poste (Marine, Christine ?…).
De fil en aiguille, par le biais des sauts de puce virtuels que j’affectionne, le blog « poussiéreux » dont j’ai parlé ci-dessus m’a permis de m’aventurer sur la terre des « savanturiers » le blog « sur l’autre face du monde » dédié au merveilleux scientifique. Pour l’heure, je ne fais que commencer mon exploration qui s’avère prometteuse elle aussi. On en reparle la prochaine fois, mais rien ne vous empêche de vous joindre à mon expédition !
Vu au cinéma un très bon film : « Lulu, femme nue », adaptation réussie de la BD d’Etienne Davodeau. A voir impérativement, sauf si on est allergique aux films qui ont autre chose à raconter que des histoires de gentils flics poursuivant des méchants gangsters en faisant des cascades en voiture. Pétard v’là qu’on cause aussi cinéma sur « La Feuille » ! Allez, je vous laisse vous remettre tranquillement de vos émotions.
NDLR : Je vais avoir du mal à vous dire où j’ai piqué toutes les photos… Je vais faire un effort pour certaines… La quatrième, par exemple, vient du blog « le noir gazier« , groupe Béthune-Arras de la Fédération Anarchiste. La huitième provient de ma bibliothèque. La première, celle de la femme en train d’interpeller un soldat israélien, a été empruntée au site du Huffington Post (ex Le Post – archives), sans indication d’origine. La deuxième est extraite de l’excellente BD de Tardi sur la Commune, « le cri du peuple » chez Casterman. La neuvième photo est généreusement fournie par ARTE. Comme dirait ma grand-mère, cette bonne bouille (un gars à qui l’on donnerait le bon dieu sans confession) masque en réalité l’âme noire d’un censeur redoutable… Un petit coup de Photoshop et hop ! on garde le turban et on insère la tronche coppéienne.
6février2014
Posté par Paul dans la catégorie : Histoire locale, nationale, internationale : pages de mémoire; Un long combat pour la liberté et les droits.
« La soi-disant sympathique Grève de Seattle était une tentative de révolution. Qu’il n’y ait pas eu de violence n’y change rien… L’intention à peine voilée, était le renversement du système capitaliste; ici aujourd’hui, et demain partout… Certes il n’y eut ni de coups de feu, ni bombes, ni tués. La Révolution je le répète, ne nécessite pas de violence. La grève générale, comme elle fut appliquée à Seattle est en soi l’arme de la révolution, elle est d’autant plus dangereuse car elle est paisible. Pour réussir elle doit pouvoir tout arrêter : stopper le cours normal de la vie de la communauté… Ce qui veut dire court-circuiter le gouvernement. Et c’est là le seul but à atteindre, par tous les moyens possibles. »
C’est en ces termes que s’exprime le maire de Seattle, en février 1919, à l’issue d’un mouvement de grève qui a mobilisé une centaine de milliers de travailleurs et paralysé la ville pendant plusieurs journées. Au cours des vingt premières années du siècle, les grèves ont été nombreuses dans les grandes villes industrielles des Etats-Unis… Nous allons voir en quoi celle de Seattle, brève mais intense, se distingue des autres mouvements. Elle ne fut pas la plus longue, sûrement pas la plus violente, mais fut l’une de celles qui inquiéta le plus les autorités gouvernementales et le patronat, tant elle contenait en germe les principes d’organisation d’une société nouvelle à laquelle une fraction importante des travailleurs aspirait alors. Pendant les cinq journées que dura le conflit, les travailleurs impliqués dans le mouvement jetèrent les bases d’une nouvelle organisation sociale à l’échelle de la ville.
Le contexte social et politique
Le premier conflit mondial vient de se terminer. Les conséquences sociales de l’engagement militaire des Etats-Unis ont été lourdes pour les travailleurs : conditions de travail aggravées, salaires bloqués, arrestation massive de tous ceux qui appelaient à la « non intervention », avec des condamnations atteignant parfois plusieurs dizaines d’années de prison. Un vent de révolte souffle dans les usines, et l’attentisme prudent du syndicat majoritaire, l’A.F.L. (American Federation of Labour), ne peut suffire à contenir la colère des ouvrières et des ouvriers. Divers mouvements de grève éclatent dans le secteur du textile, de l’aciérie, des transports et témoignent de la montée rapide des tensions sociales. Mais ces débrayages, dans lesquels les dirigeants de l’A.F.L. sont bien souvent débordés, restent pour l’essentiel des grèves passives, sans espoir autre que celui d’obtenir une augmentation des salaires ou une diminution de la journée de travail. Un autre syndicat, I.W.W. (International Workers of the World), dont les membres et les sympathisants sont surnommés les « wobblies » a une certaine influence dans la population ouvrière. Les leaders et les adhérents des I.W.W., syndicat ouvertement révolutionnaire, sont la bête noire du patronat et du gouvernement. Contrairement à la majorité des responsables de l’AFL, ceux des IWW ont appelé à la révolte face à la guerre. Cette attitude a pour résultat que tous les leaders importants du syndicat croupissent encore en prison au début de l’année 1919. Mais cela n’empêche pas les idées défendues par ces hommes et ces femmes courageux de bénéficier d’une audience indiscutable. Il est difficile de chiffrer le nombre de militants qui suivent la politique anti-autoritaire et souvent proche des idées libertaires des IWW. Pour échapper à la répression, certains travailleurs sont membre de leur syndicat professionnel, adhérant à l’AFL, mais défendent clairement les positions des IWW. Cette situation, fréquente dans de nombreux centres industriels, est également présente à Seattle.
La ville a connu un développement industriel impressionnant depuis le début du siècle. Les lignes de chemin de fer de la compagnie Nord-Pacifique permettent l’acheminement du bois exploité dans l’intérieur du pays vers la côte. Le port de Seattle, bien protégé au fond de sa baie, devient très vite un lieu privilégié pour le commerce et la transformation du bois. De nombreux travailleurs migrants, notamment des Japonais et des Chinois, s’installent dans la ville, même si les conditions de travail offertes par l’industrie du bois sont particulièrement difficiles et les salaires très bas. Seattle sert également de lieu de transit pour tous ceux qui voyagent vers le Nord, vers les mines d’or récemment découvertes en Alaska. Dans ce milieu particulièrement foisonnant, les syndicats, notamment les IWW, réussissent plutôt bien à implanter leurs idées. Face à un lobby patronal organisé pour maintenir les salaires au plus bas en jouant sur la précarité des emplois, les militants syndicaux œuvrent à développer une conscience de classe au sein du prolétariat, et à organiser « un grand syndicat » (One Big Union) pour disposer d’un outil de lutte puissant.
Enfin, en toile de fond, ne pas oublier la Révolution d’octobre 1917, en Russie, qui a permis le réveil d’un espoir immense au sein de la classe ouvrière dans tous les pays industrialisés. A Seattle, peut-être plus encore qu’en d’autres villes, circulent des milliers de brochures dépeignant la situation dans l’ancienne Russie des Tsars.
Le déclenchement de la grève de Seattle
Le 21 janvier 1919, le mouvement débute dans les chantiers navals. Quelques semaines après la signature de l’armistice de novembre 1918, les travailleurs ont réclamé une augmentation de salaire pour les employés des chantiers de construction, ainsi que pour les dockers. Les propriétaires des chantiers ont accepté de satisfaire partiellement à cette revendication, mais uniquement pour certaines catégories de salariés qualifiés (histoire de jouer la division au sein du mouvement). Le gouvernement US, lui, s’est carrément opposé à toute augmentation, menaçant les chantiers de Seattle de cesser les commandes si les propriétaires « lâchaient du lest ». Cette information est parvenue aux instances syndicales et a littéralement mis le feu aux poudres. Les trente cinq mille ouvriers du port se mettent en grève illimitée, le 21 janvier. Ils sont particulièrement remontés. Leur colère, tant à l’égard des patrons que du gouvernement, est grande. Très vite, les grévistes lancent un appel à la solidarité et à la grève générale. Leur demande est accueillie favorablement dans l’ensemble des usines et des services publics. Un comité de grève générale est constitué. Chaque syndicat de base est représenté par trois délégués élus, ce qui fait que le comité comporte environ trois cent membres. Pour rendre le fonctionnement plus efficace, un conseil restreint de 15 délégués est élu. Ce conseil, ressemblant beaucoup à celui mis en place pendant la Commune de Paris, va veiller au bon déroulement de la grève et assurer un bon fonctionnement de la municipalité. Les travailleurs sont majoritairement conscients du fait qu’ils doivent prendre possession de leur outil de travail et montrer leur capacité à gérer leur cadre de vie, si possible dans de meilleures conditions que celles assurées par les autorités municipales.
Il est difficile de mesurer la part prise dans le déclenchement des événements par les militants des IWW. Il ne semble pas que leur implication soit directe : le syndicat a été rudement malmené pendant les années de guerre et, depuis le déclenchement des événements en Russie, considéré avec de plus en plus de méfiance par une frange de la population. On ne peut pas cependant, ne pas reconnaître l’empreinte des idées que les Wobblies répandent depuis des années, notamment dans le programme d’action du comité de grève. Le travail de propagande effectué a laissé des traces et une large fraction de la classe ouvrière syndiquée, même les adhérents à l’AFL, semble convaincue de la justesse des idées qui ont été énoncées. A la fin du conflit, les autorités rendront les IWW entièrement responsables du mouvement, ce qui fournira un prétexte bien commode pour une répression particulièrement féroce à l’égard des militants les plus radicaux. La manière dont la grève s’organise émane en grande partie de la base, même si tous ne participent pas de la même manière. Les travailleurs japonais soutiennent le mouvement de grève sans s’impliquer particulièrement.
La « commune de Seattle » : cinq jours d’autonomie
Le 6 février à dix heures du matin, toutes les activités cessent dans la ville, sauf celles qui sont nécessaires à la sécurité et à la salubrité des quartiers (les pompiers soutiennent le mouvement mais restent à leur poste) et celles que les grévistes mettent sur pied pour répondre aux besoins de première nécessité. Comme l’indique l’historien Howard Zinn dans son « histoire populaire des Etats-Unis », les blanchisseurs continuent à travailler mais seulement pour les hôpitaux ; trente-cinq lieux pour la distribution du lait sont mis en place dans les quartiers ; plusieurs cantines géantes sont installées (elles prépareront jusqu’à trente mille repas par jour). Une milice est constituée pour assurer la sécurité et éviter dégradations ou pillages. Ses membres sont choisis parmi les vétérans de la guerre, mais aucun d’eux ne jouit de prérogative particulière et leur fonction se limite au maintien de l’ordre, sans faire usage de violence. Le journal « Union Record » de Seattle publie un poème émouvant, signé « Anise » et qui retranscrit bien l’ambiance des événements :
« Ce qui les effraie le plus c’est que rien ne se passe ! Ils s’attendent à des émeutes, possèdent des mitrailleuses et des soldats, mais ce silence souriant les inquiète. Les hommes d’affaire ne comprennent pas ce type d’arme. […] Mon frère c’est ton sourire qui ébranle leur confiance dans les armes. C’est la benne à ordures qui parcourt les rues, marquée « exemptée par le comité ». Ce sont les distributions de lait qui s’améliorent chaque jour et les trois cents ouvriers, vétérans de la guerre, maitrisant les foules sans fusils, car toutes ces choses parlent d’un nouvel ordre possible et d’un nouveau monde dans lequel ils se sentent étranger. »
La grève se déroule pacifiquement. Les soldats envoyés par le gouvernement se contentent d’observer, dans un premier temps. Les possédants se terrent dans leurs appartements de luxe transformés en abris provisoires : nul ne les inquiète.La vie est ailleurs. L’activité se poursuit partout où son arrêt aurait pu mettre les travailleurs en danger. Le gouvernement et les patrons ne l’entendent pas de cette oreille. D’importantes pressions sont exercées sur les leaders syndicaux nationaux (ceux de l’AFL) pour que ceux-ci interviennent sur les responsables locaux et les incitent à torpiller la grève. La production organisée par les capitalistes s’est arrêtée à Seattle mais les travailleurs s’organisent pour nourrir la population, s’occuper des enfants et des malades et faire régner l’ordre. Les minutes des décisions prises par le conseil de grève ont été conservées et il est impressionnant de voir avec quel sérieux la gestion a été assurée, sachant qu’en plus les membres de ce collectif étaient, pour l’essentiel, de simples travailleurs. Il a fallu traiter et trouver une solution à des centaines de problèmes, chaque habitant de la ville (employeurs inclus) étant autorisé à déposer une demande d’exemption aux mesures de grève, à condition de fournir un motif valable (Les autorités du port sont ainsi autorisées à faire charger un bateau qui transporte des marchandises urgentes pour le gouvernement, car aucune notion de « profit financier » n’est en jeu…).
Cela ressemble trop à une prise de pouvoir par les travailleurs. L’ombre des Soviets et de la Révolution russe plane sur la ville. Cela ne peut durer. Une contre propagande effrénée se met en place, ainsi qu’en témoigne le document ci-après. Il s’agit à la fois d’expliquer aux travailleurs qu’ils sont manipulés par les bolcheviks, mais aussi que leur mouvement est condamné d’avance à échouer.
Remise au pas et fin de récréation pour les travailleurs
Le mouvement de grève générale cesse, cinq jours après avoir commencé… Seuls les ouvriers des chantiers navals, à l’origine du mouvement, maintiennent quelques temps leur débrayage. Cet arrêt brutal d’un mouvement qui semblait pourtant bien lancé est surprenant et mérite qu’on s’attarde un peu à en comprendre les causes. Quelles raisons poussent les grévistes de Seattle à interrompre leur action ? Certes un millier de soldats fédéraux campent aux portes de la ville, mais ils ne sont pas intervenus. Le maire de la ville a fait prêter serment à deux mille quatre cents adjoints extraordinaires pour mâter la rébellion, mais ces forces de l’ordre mercenaires n’ont pas bougé non plus. Selon le comité de grève, deux facteurs jouent un rôle essentiel : les pressions exercées par les dirigeants fédéraux du syndicat majoritaire, l’AFL ; la difficulté à passer à la « vitesse supérieure » et à palier aux difficultés logistiques que génèrent l’arrêt des activités de la ville et les difficultés d’approvisionnement. Que va-t-il se passer en cas de blocus ? L’hétérogénéité de la classe ouvrière, et notamment le grand nombre de langages différents parlés par les immigrants ne simplifie pas l’organisation au quotidien. L’attitude de certains leaders syndicaux pose aussi question : dès le début du mouvement ils n’ont qu’un souci, celui de l’interrompre. Il n’y a pas véritablement de « front uni » entre le comité de grève et l’état-major local de l’AFL, et il y a risque que le mouvement s’effiloche. Plusieurs syndicats d’entreprise appellent dès le deuxième ou le troisième jour de débrayage à la reprise d’activité. Seule, la détermination de la base les pousse à changer d’avis. Lors du vote organisé le 8 février, la majorité des délégués, après avoir consulté leur base, votent la poursuite du mouvement. On pourrait dire que le problème des grévistes de Seattle, c’est – entre autres – le manque de détermination d’une large fraction des dirigeants syndicaux.
Au niveau fédéral, la bureaucratie syndicale centralisatrice n’apprécie guère ce mouvement « parti de la base » et se méfie comme de la peste de la toute nouvelle autonomie des ouvriers, de plus en plus méfiants à son égard. Le président de l’AFL, Samuel Gompers, est indubitablement plus proche des hautes sphères du pouvoir que de la vie quotidienne des bûcherons et des dockers de l’état de Washington. Le président des Etats-Unis, Woodrow Wilson, fait preuve de la plus grande fermeté, et il est prêt, comme en d’autres lieux de conflit social, à faire appel aux forces de police et à l’armée pour réprimer et maintenir l’ordre social. Les grévistes de Seattle ne peuvent tenir longtemps s’ils restent isolés, et la solidarité des travailleurs ne dépasse pas le cadre de la ville. Les responsables élus semblent quelque peu dépassés par l’ampleur du mouvement : mieux vaut arrêter avant qu’il n’y ait un bain de sang…
Les choses rentrent donc dans l’ordre, sans qu’il y ait de charge de police, de mitraillage de la foule ou d’arrestations massives, contrairement à ce qui s’est passé lors d’autres conflits sociaux. Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas d’actes répressifs : les autorités décident de faire payer les pots cassés aux Wobblies et aux « Rouges » en général. Trente-neuf syndicalistes, membres des IWW sont arrêtés et accusés d’avoir voulu « propager l’anarchie ». Divers locaux sont perquisitionnés, notamment ceux des IWW, ceux du Parti Socialiste et une imprimerie au service des travailleurs. Pour le mouvement syndical américain en général et pour les IWW en particulier ce n’est que le début d’un vaste processus de répression. Tous les moyens seront bons pour désorganiser le mouvement syndical : peines de prison, lynchage, exécutions sommaires vont devenir monnaie courante. Le gouvernement a bien compris à quel point la situation sociale est explosive. A Seattle, la vie reprend son cours, mais cela n’empêchera pas les dockers de se mobiliser à nouveau, notamment à l’automne lorsqu’ils refusent – action symbolique de leur part – de charger des armes destinées aux Russes blancs de l’Amiral Kolchak…
Sources documentaires principales : plusieurs sites internet mettent à la disposition des lecteurs (surtout anglophones) des textes intéressants. C’est le cas notamment du site « Libcom.org » sur lequel vous pouvez consulter au moins deux pages différentes : « http://libcom.org/history/seattle-general-strike-1919 » d’une part, « http://libcom.org/history/seattle-general-strike-1919-jeremy-brecher » d’autre part (extraits d’un ouvrage de Jeremy Brecher). A consulter également « http://www.laborhistorylinks.org/chronological.html » et « http://depts.washington.edu/labhist/strike/index.shtml ». A cette dernière adresse, chose rare, vous pourrez voir quelques images tournées pendant la grève, et un montage photo (lien direct sur la vidéo : » http://depts.washington.edu/labhist/strike/video.shtml »).
Un texte important sur le rôle joué par les IWW à Seattle a été traduit de l’anglais et peut être consulté sur le site du CATS (Collectif Anarchiste de Traduction et de Scannérisation) de Caen. Ce collectif fait par ailleurs un travail remarquable et de nombreux autres textes peuvent être téléchargés sur leur base de donnée.
Le meilleur livre en français, sur la question, est « l’histoire populaire des Etats-Unis » de Howard Zinn, publiée chez Agone. Plusieurs pages sont consacrées à l’histoire de la Grève de Seattle.
2février2014
Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Vive la Politique.
A force de taper sur la Gauche Roudoudou, j’en viendrais presque à oublier la Droite Radada, au risque de semer le doute dans l’esprit de mes lecteurs ou d’entretenir une équivoque qui n’a pas lieu d’être. Si je critique l’ersatz de socialisme qui nous est servi comme plat de résistance ces derniers temps, ce n’est pas par sympathie pour la clique réactionnaire d’en face. Je n’ai nulle envie de réclamer une assiette de cette daube mal réchauffée que nous servent actuellement les prophètes bien pensants d’une droite française méritant largement sa place dans l’Internationale de la Connerie (avec une majuscule). Il suffit de regarder les mots d’ordre affichés dans les manifs « pour tous » ou les manifs « contre » qui se succèdent actuellement, entre deux apéritifs franchouillards pour identitaires très identifiés… De quoi gerber… Je comprends que Jacquard ou Cavanna se soient fait la malle !
Si le mot « extrême » avoisine celui de « Droite » dans le titre que j’ai choisi, c’est qu’il devient de plus en plus difficile de démêler et de hiérarchiser les différents courants qui se déchainent pour attirer le chaland sur leurs stands de frites surgelées. Cela va du Pétainisme primaire, au libéralisme bien pensant, en passant par le catholicisme d’un intégrisme qui fleure bon l’Opus Dei, sans oublier les nostalgiques de la monarchie, ou les adorateurs d’Adolf et de ses différentes solutions finales. Cela est si vrai que l’on retrouve bras dessus bras dessous dans les manifs : des crétins congénitaux essayant de faire passer leur antisémitisme viscéral pour de l’antisionisme et leur lecture indigente du Coran pour une philosophie profonde, avoisinant quelques « Français de souche » (depuis une ou deux générations) rêvant de renvoyer de l’autre côté de la Méditerranée, tous les envahisseurs plus ou moins basanés dans des bateaux à fonds percés. On trouve aussi dans ce rassemblement aussi hétéroclite que nauséabond, des nostalgiques de (au choix) Jeanne d’Arc, Vercingétorix, Louis-Philippe, Goebbels, Pierre Poujade… Pour parfaire la mixture on saupoudre avec quelques « gauchistes » égarés qui n’ont vu que les pancartes « haro sur le PS » et qui se sont dit que l’occasion était bonne de défouler leur frustration récente. Ils ont voté « utile » pour des Hollande, des Eyrault, des Fabius, qu’ils estimaient dignes représentants du prolétariat et s’aperçoivent, mais un peu tard, qu’il s’agit là d’agents du MEDEF camouflés derrière un slip rose sans épines.
Que veut-elle cette mouvance de droite, réunissant, entre autres, Identitaires et Monarchistes, Fascistes bon teint et Catholiques intégristes ? Qu’est-ce qui peut bien pousser les opposants à Merkel, à l’écotaxe, au mariage homosexuel, à l’intervention en Syrie, à l’avortement, à Mme Taubira, aux licenciements, à la mosquée du coin, au lobby sioniste… (j’en passe, la liste est aussi longue que folklorique), à marcher au coude à coude et à étaler des slogans dont le seul point commun est le caractère primaire, généralement réactionnaire, sur des banderoles flambant neuves ? Vu le contexte européen, il est clair que tous ces gens pensent avoir le vent en poupe, mais ce n’est pas le seul déclencheur de ce déferlement conservateur.
N’ayant rien à reprocher sur le plan économique à nos braves Roudoudous qui mènent une politique aussi exemplaire que celle de leurs prédécesseurs de droite, il ne reste plus à ce conglomérat d’intérêts avariés, qu’ à mener une campagne haute en couleurs sur les agissements moralement pervers de la « Gauche Satanique ». Nos gouvernants actuels conduisent – selon eux – le troupeau immaculé de la France profonde sur une voie directe pour l’enfer… Je ne peux résister à l’envie de vous donner un échantillon de tous ces graves problèmes qui préoccupent nos édiles droitifiantes. Les jeunes, quand ils auront fini de se masturber à l’école et d’apprendre par cœur les textes des écrivains décadents, deviendront homosexuels, n’iront plus se marier à l’église et feront des enfants non baptisés avec des femmes (ou des hommes) de couleur. Les femmes impures avorteront à tour de bras, se mettront en couple avec d’autres pêcheresses puis réclameront des fécondations selon des méthodes réprouvées par la morale, et adhèreront à des syndicats de prostituées pendant que leurs enfants traineront sur le trottoir. « Oui Monsieur, Hollande, Peillon et toutes ces femmes ministres avec des noms à coucher dehors, c’est ça qu’ils veulent ! ». Le programme d’action de tous ces braves gens est simple et facile à mémoriser : ne plus payer d’impôts ; ne plus entendre parler de réfugiés politiques, d’immigrés, de Juifs, d’écologistes, de pro-européens… Il faut que le nombre de fonctionnaires soit divisé par 100, mais que leurs enfants aillent dans des classes qui ne soient pas surchargées (de Maghrébins) ; le bureau de poste de leur quartier doit être ouvert la nuit, le dimanche et fermé seulement pour les fêtes religieuses nationales approuvées par le Vatican ; il faut que les trains roulent sur le corps des chemineaux grévistes et que l’on crève les pneus du scooter de François Hollande ; la préférence nationale doit s’appliquer à tous ceux qui voteront comme eux aux Municipales…
Comme ils ne veulent surtout pas qu’on les confonde avec la Gauche, ils ajoutent à leur discours quelques autres mesures « radicales » : il faut réduire les charges patronales encore plus que les Bolcheviks roses actuellement au pouvoir ne le font, baisser les impôts des commerçants, augmenter ceux des fonctionnaires et financer la sécurité sociale avec une taxe réservée aux mères célibataires, aux prostituées étrangères et aux homosexuels fortunés. On doit impérativement laisser les frontières perméables aux mallettes de billets mais installer une filtration efficace contre les envahisseurs Roms venus de Mongolie extérieure… Ils sont d’accord avec les Palestiniens pour dénoncer le caractère impérialiste de l’Etat sioniste d’Israël, mais aussi avec le gouvernement israélien pour qu’il les débarrasse de tous les Arabes et de tous les Noirs. L’essentiel c’est que tout cela se déroule loin de chez eux. Quant à l’Afrique, cet immense Disney-Land, il n’y a qu’à rapatrier les mines de diamants et d’uranium en France, dans un coin pas trop peuplé, et laisser les tribus anthropophages gérer leurs problèmes entre elles. S’il faut envoyer l’armée pour des missions humanitaires, que ce soit la légion étrangère, et que ces expéditions soient financées non pas sur nos impôts, mais sur une taxe spéciale prélevée sur les transactions financières, taxe ne concernant que les monarchies arabes et les banques juives bien entendu. Quant à la télévision, que toutes les chaînes soient privatisées, que l’on envoie les journalistes d’Arte dans un camp de rééducation chez Poutine et que sa sainteté JP Pernaud devienne ministre de l’information à vie.
Côté culturel ils ne savent pas trop ce qu’il faut faire, car ils ont encore quelques contradictions internes à gérer avant d’élaborer un programme, mais ils savent tout ce qu’il faut interdire. Certains préconisent de s’inspirer des conseils de Mr Himmler, un expert en la matière, d’autres pensent que l’on a suffisamment de bonnes idées dans l’hexagone pour ne pas faire appel à un métèque. Globalement, ils sont particulièrement fiers de certaines de leurs idées : rétablir l’enseignement obligatoire de la bourrée auvergnate à l’école ; utiliser les musées d’art contemporain pour créer des centres de rétention pour les immigrés clandestins (ils auront le droit de faire des coloriages à l’endroit ET à l’envers des tableaux pour s’occuper) ; diviser par dix le nombre des livres édités pour protéger les forêts et l’esprit de nos jeunes ; rendre obligatoire la messe du dimanche pour les bons croyants ou la gymnastique collective pour les autres. Comme ce sont des démocrates dans l’âme, ils estiment qu’une dispense pourrait être accordée à ceux qui préfèrent voir un match de foot à la télé en buvant une mauvaise bière d’importation.
Tout cela pour vous montrer que si la Gauche a quelques idées perverses, la Droite, elle, est prête à explorer un champ d’initiatives tout aussi nouvelles que salutaires. Leur conseil du moment : profitez des élections à venir pour faire le grand ménage… et rappelez-vous ce qui est prioritaire : défendre notre identité nationale avec un I et un N enluminés, pour ne pas dire luminescents ! Ça c’est l’opinion des plus modérés, jupes plissées et costume-cravate. D’autres lorgnent avec envie sur les agissements de certains de leurs confrères nationalistes en Ukraine…
Bref c’est pitoyable, mais notez que – pendant que l’on nous amuse avec toutes ces conneries – la grande braderie sociale continue. L’actualité ne se limite malheureusement pas aux errements conjugaux présidentiels, à l’enseignement de la masturbation en maternelle, aux prouesses verbales nauséabondes d’un comique en perte de vitesse, ou autres niaiseries médiatiques…
NDLR : un seul dessin, volé à « La Belette » sur son blog « fédérer et libérer ». Pas d’autre illustration de circonstance car je n’ai nulle envie de reproduire des photos de tous ces cons manifestant en portant des banderoles qui me donnent la nausée. Vous ne méritez pas ça, même si, du coup, la mise en page est un peu indigeste !
29janvier2014
Posté par Paul dans la catégorie : Histoire locale, nationale, internationale : pages de mémoire; Portraits d'artistes, de militantes et militants libertaires d'ici et d'ailleurs.
Deuxième partie : portrait de Ricardo Florès Magon
Cette chronique fait suite à celle publiée le 17 janvier sur le soulèvement révolutionnaire des Mexicains en Janvier 1991, publié à l’occasion du vingtième anniversaire de l’insurrection de l’EZLN.
Dans la première partie de cette étude, je vous ai présenté le déroulement chronologique de l’insurrection mexicaine de 1911. Il est largement temps de revenir sur le portrait de celui qui a été l’un des principaux instigateurs des événements, d’autant que son nom a laissé moins de souvenirs dans l’histoire que celui de ses contemporains, Emiliano Zapata ou Pancho Villa.
Ricardo Florès Magon est né le 16 septembre 1874 à Eloxochitlán au Mexique et il est mort en 1922, dans des conditions plus que suspectes, au pénitencier de Leavenworth dans le Kansas aux Etats-Unis. Son existence fut relativement brève mais bien remplie ainsi qu’en témoigne sa biographie. Rien ne destine ce fils de militaire à devenir un militant révolutionnaire, ardent défenseur de la cause des peones mexicains. Il commence des études pour devenir avocat, mais abandonne cette carrière prometteuse de magistrat pour se lancer dans la lutte politique et s’opposer au régime dictatorial du Général Porfiro Diaz. Il devient journaliste et fonde un premier journal d’opposition qu’il intitule « le Démocrate ». La première action qui lui vaut une certaine notoriété est la discours qu’il prononce lors d’un congrès du Parti de la Libre Pensée à San Luis Potosi, en 1901. A cette occasion, il dénonce violemment la dictature de Diaz et provoque un certain émoi dans une assemblée plus habituée à des diatribes anti-cléricales qu’à une implication aussi prononcée dans la vie politique nationale. Pour Ricardo Florès Magon, Porfiro Diaz est le principal responsable de la misère dans le pays. Le tyran est en train de vendre l’économie du pays aux financiers de Wall Street (déjà !) et rien de bon ne peut sortir d’une telle politique pour le peuple mexicain. A la suite de cette « esclandre » le journaliste doit quitter le pays et se réfugier aux Etats-Unis. Le journal « le Démocrate » est bien entendu interdit.
Ce changement de résidence ne compromet en rien les projets éditoriaux du journaliste. Avec l’aide de quelques amis et de son frère Enrique, il reprend la publication d’une nouvelle revue, « Regeneración » et affiche clairement ses convictions anarchistes et communistes. En 1906, il fonde le Parti Libéral Mexicain, organisation qui sera à la base d’insurrections révolutionnaires successives jusqu’en 1911. Cette idée de création d’un « parti » lui sera par ailleurs souvent reprochée par la suite… Pour de nombreux libertaires, le qualificatif de « parti » est associé au parlementarisme, et cette conception de la politique n’est guère en vogue dans le milieu anarchiste européen en particulier. Ricardo est néanmoins reconnu comme une personnalité importante du mouvement, un écrivain de talent, un théoricien de premier ordre. Il est apprécié pour ses capacités à ne pas diverger de la ligne de conduite qu’il s’est tracée, mais aussi par la rigueur de ses propos et son aptitude à ne pas s’écarter des problèmes essentiels. Exigeant à l’égard de lui-même, il l’est aussi à l’égard de ses amis, de ses collaborateurs, et ne supporte guère la contradiction. Son idéal révolutionnaire passe avant toute chose et il est prêt à tous les sacrifices pour qu’un changement profond se réalise dans la société mexicaine.
Il est amusant de lire le portrait qui est dressé en 1906, de ce « dangereux » révolutionnaire par un détective de l’agence Pinkerton infiltré dans le PLM (source : revue « Itinéraire » consacrée à RFM) : « […] – Qu’est-ce que vous pouvez dire de plus sur M. Magon ? – Que c’est un journaliste très intelligent, travailleur, actif, ordonné ; qu’il ne s’enivre jamais, qu’il tape très bien à la machine ; qu’il se fait respecter des personnes qui l’entourent ; qu’il a un caractère très résolu et énergique, et que la cause qu’il poursuit le fanatise avec ce fanatisme brutal et dangereux que possèdent les anarchistes… ». A partir de cette période, les autorités mexicaines ont clairement compris qu’elles ont un homme (ou plutôt une famille, car le rôle de son frère n’est pas négligeable non plus), à abattre. Tout va être mis en œuvre pour se débarrasser de ce militant courageux et opiniâtre. Ricardo Florès Magon n’est pas à vendre. Son allié d’un jour, le politicien Madero, va s’en rendre compte à ses dépens. Lorsqu’en 1911 il propose à Magon une amnistie et la vice-présidence du Mexique, en échange de son alliance, le leader du PLM l’envoie gentiment promener. Plus tard, en 1920, alors que le leader du PLM croupit dans les geôles US, le gouvernement mexicain décide de lui allouer une pension. Le prisonnier la refuse : il n’attend rien d’un gouvernement quelconque. En effet, malgré sa situation physique déplorable, Ricardo Florès Magon ne transige pas avec ses principes. Cela transparait dans cet extrait d’une lettre adressée à un ami à la fin de sa vie, alors qu’il pourrit dans une cellule de pénitencier :
« Au palais de justice, on a dit à Me Weinberger que rien ne peut être fait pour intercéder en ma faveur si je ne demande pas pardon. Cela scelle mon destin. Je deviendrai aveugle, je pourrirai et je mourrai entre ces horribles murs qui me séparent du monde, parce que je ne demanderai pas pardon. Je ne le ferai pas ! Durant ces vingt-neuf années de lutte pour la liberté, j’ai tout perdu, même la possibilité de devenir riche et célèbre ; j’ai passé de nombreuses années de ma vie en prison ; j’ai connu la route du vagabond et du paria ; je suis presque mort de faim ; ma vie a été en danger à plusieurs reprises ; je suis en mauvaise santé ; en deux mots, j’ai tout perdu, sauf une chose, une seule chose que je fomente, chéris et conserve avec un zèle fanatique, et cette chose, c’est mon honneur de combattant.
Demander pardon signifierait que je regrette d’avoir osé renverser le capitalisme pour le remplacer par un système basé sur la libre association des travailleurs, pour produire et consommer, et je ne regrette pas cela. J’en suis plutôt orgueilleux. Demander pardon signifierait que j’abdique de mes idéaux anarchistes ; et je ne me rétracte pas, j’affirme. J’affirme que si l’espèce humaine arrive un jour à jouir d’une véritable fraternité, liberté et justice sociale, ce sera à travers l’anarchisme. Ainsi, mon cher Nicolas, je suis condamné à devenir aveugle et à mourir en prison ; mais je préfère cela plutôt que de tourner le dos aux travailleurs, et d’avoir les portes de la prison ouvertes en échange de ma honte. […]. »
Après l’échec du soulèvement de basse Californie en 1911, l’ancien leader du PLM, se réfugie aux Etats-Unis. Il s’occupe à temps plein de la revue Regeneración (même pendant la période où il est emprisonné) et travaille à la rédaction de nombreux autres textes, notamment plusieurs pièces de théâtre. Ricardo est l’un des précurseurs du théâtre populaire mais ses pièces (y compris les deux plus importantes, « Tierra y Libertad » et « Verdugos y Victimas ») sont très vite oubliées, contrairement à leur auteur qui figure au Panthéon des militants révolutionnaires mexicains. Compte tenu de l’acharnement répressif dont est victime Magón, il faut dire que leur diffusion se fait de manière quasi clandestine. Ses œuvres complètes (incomplètes) ne seront d’ailleurs publiés qu’après sa mort. Quant au journal « Regeneracion », en 1912, il possède une certaine audience puisqu’il est tiré à plus de 12 000 exemplaires. Cette notoriété ira en se dégradant par la suite. A partir de 1917, le tirage diminue et la parution devient plus aléatoire. L’état de santé de son rédacteur en chef va en se dégradant. Les séjours répétés dans les prisons, d’un côté ou de l’autre de la frontière, sont largement responsables de cette dégradation.
En 1918, Ricardo rédige et publie, en collaboration avec Librado Rivera, son ami, un manifeste adressé aux camarades anarchistes du monde entier. La sortie de ce nouveau brûlot n’est pas du goût des autorités et va signer l’arrêt de mort de la revue « Regeneracion ». Depuis l’entrée en guerre des Etats-Unis en Europe, il est dangereux de lancer des appels à la paix et de faire état d’un antimilitarisme trop poussé. La répression ne tarde pas à s’abattre sur les deux auteurs. Ils sont arrêtés le 21 mars 1918. Ricardo ne reverra jamais la liberté. La justice a la main lourde : tous deux sont condamnés à vingt années d’enfermement pour « sabotage à l’effort de guerre des Etats-Unis ». Ils sont enfermés au pénitencier de Leavenworth. Le 21 novembre, à l’aube, il est retrouvé mort dans sa cellule. Les autorités concluent à une mort par crise cardiaque. Les témoignages de ceux qui sont en relation étroite avec le détenu, notamment son compagnon Librado Rivera et son frère Enrique, permettent de douter de ces conclusions. Il est pratiquement certain que le militant révolutionnaire a été assassiné par le chef de ses gardiens. Son corps porte des marques évidentes de strangulation. Le 22 novembre 1922, le parlement mexicain vote le paiement du rapatriement du corps de Ricardo au Mexique. Ses compagnons, à leur tour, refusent. Ce sont les cheminots mexicains qui prennent en charge le retour de la dépouille mortelle dans son pays natal. A chaque ville étape du parcours, des milliers de travailleurs viennent rendre hommage au défunt. Les drapeaux noir et rouge fleurissent dans les rassemblements. Librado Rivera est libéré en octobre 1923 et rentre vivant au Mexique. Il publie à son tour un journal et œuvre à faire connaître les écrits de son camarade.
Comment se fait-il que Ricardo Florès Magón ait laissé une empreinte moindre, dans la mémoire sociale, que d’autres personnages contemporains d’une envergure nettement moins conséquente ? Il est possible d’apporter des réponses très diverses à ce questionnement. Certains éléments sont probablement liés à son caractère propre… S’il est un théoricien important, et si grande que soit sa détermination dans l’action, l’homme ne possède pas un charisme exceptionnel. Ainsi que je l’ai signalé plus haut, il est coléreux, plutôt rigide, et n’accepte guère que l’on discute ses idées ; rien dans ces caractéristiques ne correspond vraiment aux aspects bon enfant, diplomate, habile négociateur que l’on trouve souvent attachés aux tribuns les plus populaires. D’autres facteurs sont sans doute liés à l’intégrité de son éthique anarchiste. L’homme ne se perçoit ni comme un leader, ni comme un quelconque « gourou », et a parfaitement compris les tares qui s’attachent peu à peu aux aspects autoritaires du leadership. S’il reste partiellement dans l’ombre, c’est sans doute aussi pour laisser volontairement la place à d’autres : il a parfaitement intégré les notions de rotation du pouvoir, de mandat limité, de responsabilité devant tous, notions qui constituent l’une des bases fondamentales de la pratique limitée du pouvoir chez les anarchistes. La fidélité inébranlable à son idéal explique pour une bonne part le fait qu’il soit resté, pendant de longues périodes, un homme de l’ombre, réfractaire à toute célébrité.

« Regeneracion » : couverture du numéro de septembre 1910
« Que chacun d’entre vous soit son propre chef pour que nul n’ait besoin de vous pousser à continuer la lutte. Ne nommez pas de dirigeants, prenez simplement possession de la terre et de tout ce qui existe, produisez sans maîtres ni autorité. La paix arrivera ainsi en étant le résultat naturel du bien-être et de la liberté de tous. Si, à l’inverse, troublés par la maudite éducation bourgeoise qui nous fait croire qu’il est impossible de vivre sans chef, vous permettez qu’un nouveau gouvernant vienne une fois encore se poser au-dessus de vos fortes épaules, la guerre continuera parce que les mêmes maux continueront à exister et à vous faire prendre les armes : la misère et la tyrannie. » (RFM)
Références bibliographiques. Comme toujours, les sources utilisées pour rédiger cette chronique sont nombreuses. Je serais cependant en tort si je ne mentionnais pas, en premier lieu, le travail remarquable réalisé par l’équipe de la revue « Itinéraire ». Le numéro 9/10 publié au 1er semestre 1992, propose un ensemble remarquable de documents sur RFM. Je m’en suis abondamment inspiré. Cette brochure est difficile à trouver, mais si vous avez l’occasion de tomber dessus chez un libraire d’occasion ou dans une bibliothèque, ne manquez pas de vous y reporter, à condition bien entendu, que la vie de ce personnage illustre, quoique singulier, vous intéresse un tant soit peu ! Parmi les autres sources je signale aussi le site Libcom.org qui publie de nombreux documents historiques.
23janvier2014
Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Vive l'économie toute puissante.
Ça fait mal au moins deux fois : d’abord parce que cet argent est destiné à améliorer le chasseur Rafale, fleuron fané de l’industrie militaire française (avec le char Leclerc, autre « merveille » technologique) et qu’il s’agit donc d’investir dans des armes de guerre… Pour moi qui suis généralement pacifiste et radicalement antimilitariste, cela me scandalise que l’argent versé à l’état par le biais des multiples impôts que je suis contraint de payer aboutisse dans les caisses des marchands d’arme. Les « forces pour le maintien de la paix » et autre « contingent à vocation humanitaire », vous m’excuserez mais je n’y crois pas, et je n’y croirai jamais. Il suffit de faire la liste et d’examiner en détail la situation des zones de conflit où les grandes puissances sont intervenues avec un objectif de « pacification »…

Nous traversons – paraît-il – une période de crise qui justifie un démantèlement et un saccage sans précédent des services publics : éducation, hôpitaux, transports ferroviaires…. J’en passe et des meilleures. Si l’on fabrique des armes c’est pour les vendre et donc pour s’en servir… Et dans ce domaine, le recyclage fonctionne à plein régime. Les fusils d’assaut passent de mains en mains, pour équiper, à la fin du compte, des bandes armées, des milices, des tueurs professionnels. Même périmée une mitrailleuse reste une mitrailleuse ! Elle ne s’enraye jamais lorsqu’il s’agit de tirer sur des civils… De même que ne s’enraient jamais les discours haineux et racistes pour provoquer tous ces massacres… Il ne reste plus à nos braves politiciens, de tous les bords soit dit en passant, qu’à verser des larmes de crocodile sur les nouveaux malheurs qui frappent jour après jour les zones les plus misérables de la planète. Ne pas oublier que notre beau pays est le troisième marchand d’armes de la planète. Les « droits de l’homme » n’ont qu’à bien se tenir !
Mais ça fait mal aussi parce que l’on sait pertinemment que cet investissement c’est de l’argent public jeté dans un puits sans fond. Le Rafale est un nouveau Concorde, un objet industriel invendable (*), pour lequel la France n’obtient que des promesses de contrats jamais matérialisés. Beaucoup de pays s’y sont intéressés puis ont finalement penché pour d’autres choix. Mais l’entreprise Dassault Aviation ne court aucun risque et n’a aucune raison de ne pas persévérer dans cette voie sans issue. De toute manière, le contribuable est là, fidèle au poste, pour contribuer à la rentabilisation des projets les plus insensés. Ce milliard d’euro du dernier contrat s’ajoute en effet aux trente-cinq déjà versés par l’Etat français pour développer, finaliser et désespérément tenter de rentabiliser ce projet onéreux. Cette pratique devient une mode dans le secteur privé d’ailleurs… On construit une autoroute, elle n’est pas rentable : on demande à l’Etat de renflouer. Le libéralisme et la concurrence sur les marchés, ça va pendant un certain temps, mais il ne faut pas exagérer. Dans la société dont rêvent nos capitalistes, l’Etat conserve deux prérogatives essentielles : boucher les trous dans la trésorerie et maintenir l’ordre à tout prix. Quand une banque est en faillite, elle devient publique ; quand elle est sur le point de réaliser des profits, on la privatise… Les banques irlandaises sont soi-disant tirées d’affaire… Il faut voir ce que cela a coûté aux contribuables de ce pays !
Que rêver de mieux ? On procède de la même manière pour les services publics en suivant les bons conseils des institutions européennes. On segmente un secteur d’activités puis on offre les tronçons les plus rentables aux investisseurs privés.
Que le Rafale ne soit pas vendable parce qu’il est trop cher ou parce que les Etats-Unis ont usé de pressions pour bloquer les ventes de notre merveille industrielle nationale, je m’en moque. Que la diplomatie française ait été maladroite, ou que le dieu de la guerre ne soit pas favorable aux cocardes tricolores, ne m’intéresse guère. Je n’ai pas l’intention de rentrer dans un débat de spécialistes, là n’est pas mon propos. J’aurais bien du mal à départager tel ou tel missile en ce qui concerne ses effets chirurgicaux. Ce que je constate c’est que cet appareil n’est produit que parce que le gouvernement français le commande, aux frais du contribuable, sans qu’il n’y ait de débat ni que les coûts réels de cette opération ne soient examinés en détail. La situation est exactement la même pour le char Leclerc ou pour nos centrales nucléaires dernière génération. Rappelons pour mémoire que c’est un rapport de la Cour des Comptes, avant tout, et non l’opposition des écologistes, qui a entraîné la fermeture de la centrale nucléaire de Malville (un autre gouffre financier, de grande ampleur lui aussi), une fois que l’on a été bien certain que la Défense Nationale n’aurait pas besoin du plutonium produit sur le site.
La nouvelle de cette commande d’avions n’a pas provoqué de réaction particulière dans les médias. Personne ne s’étonne qu’on ait les moyens de maintenir voire même d’augmenter les dépenses militaires courantes alors que d’après nos gouvernants il faut économiser l’argent public euro après euro. Il faut dire que les dépenses militaires c’est sacré, aussi bien pour la Gauche que pour la Droite. Il n’est question ni de désarmement ni d’abandon d’une quelconque puissance militaire même si celle-ci fait parfois sourire. Nous avons besoin d’un corps d’armée bien équipé et réactif, ne serait-ce que pour assurer la surveillance des chasses gardées de nos entreprises. La Françafrique par exemple n’appartient pas au passé ; elle a simplement changé de logo. Le bon noir rigolo à la chéchia des boîtes de Banania fait un peu désuet. Les fûts de minerai radioactif noir et jaune d’Areva sont plus dans la ligne actuelle.
Certes le gaspillage de l’argent public on y est habitué, il n’y a qu’à voir la multiplication des Grands Travaux Inutiles… Je constate aussi que les seules dépenses qui provoquent l’indignation de nos éditorialistes et autres experts sont celles concernant le relèvement des minimas sociaux ou l’augmentation du budget de l’Education Nationale. Dans ces cas, on pousse des cris d’orfraie, et l’on dénonce la gabegie. Rien par contre en ce qui concerne le coût journalier de l’intervention de nos forces spéciales au Mali, en Lybie ou en Centrafrique. Comme quoi le concept de gaspillage est une notion toute relative aussi à celui qui s’en empare ! Si vous souhaitez vérifier ce que j’énonce, amusez-vous à taper « gaspillage de l’argent public » sur votre moteur de recherche favori ; passez ensuite dans la rubrique image et observez les unes des journaux qui font leur « choux gras » avec la soi-disant défense du contribuable (« Valeurs actuelles », « Capital », « le cri du contribuable »…) et dites-moi combien vous avez relevé de titres concernant « Dassault Aviation », ou de manière plus générale « les dépenses militaires » !
En tout cas, l’année 2014 démarre sous de meilleures auspices pour la famille Dassault et les autres marchands d’armes que pour les habitants d’une liste impressionnante de pays dévastés par des guerres qualifiées, au gré du vent, de civiles, de religieuses ou bien d’ethniques. Merci à toutes ces bandes armées qui s’entretuent par civils interposés, cela permet d’écouler les stocks, de maintenir l’emploi dans un secteur au moins de notre industrie nationale : celui de l’armement ! Je vous invite à relire les paroles de la chanson « le fondeur de canons » de Gaston Couté. Un siècle s’est écoulé ; rien n’a changé ; on n’entend guère ce genre de textes dans les émissions de variétoche de la télé-poubelle !
Notes : (*) Précisons que ce point de vue n’est pas partagé par certains « grands » médias largement financés sur des fonds publics. « Le Figaro » ne manque pas de s’extasier sur la magnificence de cet engin guerrier, ses performances impressionnantes, sa capacité à entreprendre des frappes plus chirurgicales que jamais, à classer sans doute dans la même catégorie que « La Joconde » de Léonard de Vinci tant ses lignes sont élégantes. Ne pas oublier au passage que « Le Figaro » appartient à la famille… Dassault !

17janvier2014
Posté par Paul dans la catégorie : Histoire locale, nationale, internationale : pages de mémoire; Un long combat pour la liberté et les droits.
Préambule
Nous fêtons ce mois-ci le vingtième anniversaire du soulèvement zapatiste au Chiapas.
« Le 1er janvier 1994, les communautés zapatistes créent la surprise avec un soulèvement armé et l’occupation de sept villes du Chiapas. Le « Ya Basta ! » zapatiste a ébranlé le Mexique et le monde entier. Depuis 1994, les communautés zapatistes construisent leur autonomie en s’organisant elles-mêmes, en répondant aux besoins des peuples indiens en matière de santé, d’éducation, d’agriculture, de culture…, en créant des structures démocratiques incluant tous les habitants et en se dotant des moyens nécessaires à leur défense. Le 21 décembre 2012, 40 000 Zapatistes ont créé la surprise en occupant 5 des principales villes du Chiapas… dans l’indifférence totale des médias français. Cette année, ils ont invité des milliers de personnes du monde entier à connaître de plus près leur expérience en partageant la vie des villages rebelles, à l’occasion de « l’Escuelita zapatista ». Vingt ans ont passé et les Zapatistes sont toujours là ! Nous avons décidé de fêter en janvier 2014 le vingtième anniversaire du soulèvement zapatiste pour briser le mur du silence des médias et informer largement sur cette expérience de résistance au capitalisme. Pour nous, ce n’est pas un modèle à reproduire tel quel mais un encouragement à trouver les chemins propres à nos territoires, à nos cultures. » (texte publié sur le site du CSPCL)
A cette occasion, la Feuille Charbinoise a décidé de vous parler d’un soulèvement plus ancien ayant eu lieu au Mexique, et moins connu que les événements récents, bien que l’anniversaire évoqué dans le texte d’introduction ci-dessus ne soit guère évoqué dans les médias ! L’histoire est un peu longue et il me paraît souhaitable de la traiter en deux parties : les événements de 1911 (ci-dessous) ; un portrait de leur instigateur, Ricardo Flores Magon (dans un second temps).
Première partie : une expérience méconnue de communisme libertaire en 1911
« Tierra y Libertad» ce slogan souvent associé au mouvement zapatiste ou aux expériences de collectivisation rurale pendant la révolution espagnole, est en réalité apparue en Basse Californie, en janvier 1911, dans le sillage d’une tentative révolutionnaire conduite au Mexique par les partisans du militant anarchiste Ricardo Florès Magon. Petit retour en arrière de 103 années !
Au début du XXème siècle, la situation sociale est le pour le moins instable au Mexique. Le pays est gouverné depuis 1876 par un dictateur, Porfiro Diaz, qui a pris le pouvoir à la suite d’un coup d’état militaire. Cet homme sans scrupules dirige le pays d’une main de fer. Le peuple est réduit en esclavage ; l’économie est ouverte aux investissements étrangers. Les capitalistes européens et surtout étatsuniens trouvent sur place une main d’œuvre bon marché qu’il est facile d’exploiter à outrance. La répression policière est constante et particulièrement sévère ; la liberté de la presse est réduite au minimum ; les élections truquées ; la corruption est la règle de fonctionnement universel. Face à cette situation le prolétariat des villes et des campagnes ne baisse pas les bras, et les tentatives d’insurrection sont nombreuses. Un courant d’opposition s’organise autour de quelques personnalités marquantes… C’est sur ce terreau fertile que vont se développer les idées communistes et révolutionnaires et que des leaders charismatiques comme Emiliano Zapata, Pancho Villa, Francisco Madero ou Ricardo Flores Magon (dont je vais parler un peu plus longuement dans ce texte) acquièrent une plus ou moins grande célébrité. Le cinéma à la sauce hollywoodienne a fait ses choux gras sur le dos de toutes ces péripéties révolutionnaires qui vont se dérouler dans le paysage politique mexicain dès l’année 1906. Le « bandit mexicain », au cœur aussi grand que le sombrero, est un personnage incontournable du grand écran ; les idées qu’il défend à la pointe du fusil le sont un peu moins. La tentative révolutionnaire de 1911, qui précède de 6 années la révolution russe, est la plus intéressante à étudier, car il s’agit d’une première tentative concrète de changement profond de la société mexicaine. L’instigateur de cette insurrection se nomme Ricardo Florès Magon, l’un des principaux dirigeants du PLM (Parti Libéral Mexicain) et le fondateur de la revue Regeneración. Ricardo apparaît sur les premières illustrations de cette chronique. Sur le second portrait, son frère Enrique figure à ses côtés.
Tout le travail préparatoire de l’insurrection à venir doit se faire dans la clandestinité et bien souvent depuis l’étranger. Un mouvement d’inspiration libertaire relativement puissant s’est développé au Mexique à la fin du XIXème mais la répression conduite par le régime de Diaz en est venue assez facilement à bout. Les militants qui ont échappé à la mort ou à la prison ont dû se réfugier aux Etats-Unis. Il y a en fait peu de liens entre les nouvelles organisations qui vont surgir à l’occasion des soulèvements après 1906 et les militants qui ont agi une trentaine d’années auparavant. Peu de liens physiques car le temps a passé, peu de lien mémoriel également, ce qui explique sans doute la répétition de certaines erreurs. Ce n’est pas un facteur propre aux révolutionnaires mexicains. Chaque nouvelle génération de militants a un peu tendance à faire très vite table rase du passé. Les événements ne se reproduisent pas de façon mécanique, mais les erreurs stratégiques aboutissent souvent à des échecs sanglants.
Il faut attendre l’année 1906 pour que le couvercle de la marmite soit vraiment prêt à exploser… Le 1er juillet, le PLM a publié son programme et appelle les travailleurs à se soulever. L’espoir qui anime l’état-major du parti c’est qu’en s’emparant d’un certain nombre de lieux stratégiques, les groupes de militants armés donneront l’exemple et que l’incendie social gagnera peu à peu les grandes villes et l’ensemble des campagnes. Les premières tentatives insurrectionnelles ont lieu en 1906, 1908 puis fin 1910 : elles échouent, entre autres, à cause du déséquilibre des forces en présence. Les forces armées loyalistes sont massivement présentes en Californie et, de l’autre côté de la frontière, le gouvernement étatsunien n’hésite pas à prêter la main aux troupes de Diaz. Les militants du PLM tirent partiellement la leçon de ces premiers échecs et améliorent leur organisation, en particulier la liaison entre les groupes de part et d’autre de la frontière. Un gros effort de propagande est fait en direction des villes ouvrières. En janvier 1911, avec le soutien des militants des IWW (syndicat libertaire étatsunien), l’insurrection est lancée en Basse Californie. La date est choisie aussi en relation avec les partisans du leader réformiste Madero qui comptent s’appuyer sur le mouvement en cours pour renverser Diaz et mettre en place un gouvernement social démocrate.
Magon et les militants du PLM se méfient de Madero qui, en bon politicien, a surtout des ambitions personnelles à satisfaire. Le proche avenir va montrer que cette méfiance est plus que justifiée ! Le programme du Parti Libéral Mexicain est très proche des idées anarchistes dans son énoncé : les travailleurs n’ont rien à attendre d’un quelconque gouvernement ; ils doivent imposer leurs idées eux-mêmes, sur le terrain, et s’emparer du pouvoir économique et politique. Pas de révolution visant à remplacer des gouvernants par d’autres, mais une révolution sociale émancipatrice.
On retrouve ces idées exprimées de façon encore plus claire dans le manifeste publiés par le PLM en 1911. On peut remarquer, dans ce document, la ressemblance avec le ton et le style imagé qui ont fait la célébrité des textes de la récente EZLN et du Sub Commandante Marcos. Jugez en d’après ces quelques lignes :
« Capital, Autorité, Clergé : voilà la sombre trinité qui fait de cette belle terre un paradis pour ceux qui sont arrivés à accaparer dans leurs griffes par l’astuce, la violence et le crime, le produit de la sueur, des larmes, du sang et du sacrifice de milliers de générations de travailleurs, et un enfer pour ceux qui avec leurs bras et leur intelligence travaillent la terre, conduisent les machines, construisent les maisons, transportent les produits ; de cette façon, l’humanité se trouve divisée en deux classes sociales aux intérêts diamétralement opposés : la classe capitaliste et la classe ouvrière. […] Entre ces deux classes sociales il ne peut exister aucun lien d’amitié ni de fraternité, parce que la classe possédante est toujours disposée à perpétuer le système économique, politique et social qui lui garantit la tranquille jouissance de ses pillages, tandis que la classe ouvrière fait des efforts pour détruire ce système inique, pour instaurer un milieu dans lequel la terre, les maisons, les moyens de production et les moyens de transport soient d’usage commun. »
Le PLM doit faire entendre sa voix singulière dans un paysage politique plutôt encombré. Nombreux sont les autres groupes ou groupuscules qui souhaitent renverser le dictateur Diaz, pour tirer la nappe de leur côté et profiter de la naïveté populaire. Les promesses vont bon train, notamment du côté des partisans de Maduro : « renversez le dictateur, nous nous occuperons de tout après ! » (propos que l’on entendra par la suite sur de nombreux fronts, notamment lors de la Révolution espagnole de 1936…). Sur le terrain, les premiers objectifs fixés sont atteints pour les militants du PLM. Le 29 janvier un groupe armé s’empare de la ville de Mexicali, non loin de la frontière avec les USA. Ce coup d’éclat embrase en effet le pays : deux bandes armées, sous les ordres de Villa au Nord et de Zapata au Sud tiennent en échec l’armée de Porfiro Diaz. Les forces révolutionnaires se consolident et le PLM bénéficie d’un certain nombre de soutien, à l’intérieur du pays comme à l’étranger. Mais les libéraux « libertaires » de Magon vont se faire doubler sur la droite. Le 13 février Madero rentre au Mexique, s’autoproclame leader de l’insurrection, affiche clairement sa volonté de s’emparer du pouvoir et exige que le PLM se mette sous ses ordres. La rupture est alors totale entre les deux tendances. Dans un premier temps, le PLM consolide ses positions. En avril, Madero fait appel aux troupes de son allié, Pancho Villa, pour contrer les Magonistes. Une violente campagne de presse se déclenche, tant du côté mexicain que du côté étatsunien pour dénigrer le travail réalisé sur le terrain par les militants du PLM. Leurs adversaires tentent de faire jouer la fibre nationaliste des Mexicains en insistant sur la présence de nombreux mercenaires étrangers dans les troupes de Magon. Washington décide clairement de soutenir Maduro. Aux yeux du gouvernement US, ce personnage lui paraît beaucoup plus malléable, et par conséquent plus fiable que le dangereux révolutionnaire Ricardo Flores Magon, pour remplacer le président Diaz dont les jours paraissent comptés !

Francisco Madero
Des dissensions surgissent au sein même du Parti Libéral. Certaines personnes, parmi lesquels deux dirigeants, font défection et rejoignent les rangs des réformistes. Le PLM, jugé trop « jusqu’auboutiste » perd aussi des soutiens dans les rangs socialistes aux Etats-Unis. La propagande porte ses fruits… Malgré cela, au printemps, les Magonistes du PLM consolident leurs positions en Basse-Californie. Les villes de Tecate et de Tiguana sont conquises le 8 mai. Des mesures concrètes sont prises pour mettre en application le programme du PLM. Les propriétaires des grandes haciendas sont expulsés. Dans les entreprises de chemin de fer, la journée de travail est réduite à huit heures et les salaires augmentés. Entre temps Madero a pris effectivement le pouvoir et entend bien éliminer tous ses concurrents. Il sait qu’il bénéficie de l’aide du gouvernement US et que ce facteur va l’aider grandement dans sa reconquête. Une armée fédérale se met en marche pour affronter les militants armés du PLM. Le 22 juin les forces magonistes sont vaincues et chassées de l’importante ville de Tijuana. C’est le début de la débâcle, et la répression va être terrible car le nouveau gouvernement entend bien se faire respecter à n’importe quel prix… « Attendez que nous ayons pris le pouvoir ; les réformes viendront après ! » La fraction la plus misérable du peuple mexicain va comprendre, mais un peu tard, ce que valent les promesses des politiciens !
Ricardo Flores Magon est arrêté aux Etats-Unis et déféré devant la Cour Fédérale de Los Angelès pour avoir porté atteinte à la neutralité politique des Etats-Unis. Les troubles ont affecté l’ensemble de la Californie et les problèmes sociaux ne sont pas toujours arrêtés par les frontières ! Il est condamné à deux années de prison et libéré en avril 1914. Pendant qu’il séjourne derrière les barreaux du pénitencier de l’île Mac Neil, il envoie un courrier à son épouse dans lequel il demande aux militants de son organisation de se joindre aux autres forces rebelles du Mexique pour assurer la diffusion des idées du mouvement. Il ne s’agit point là d’une compromission quelconque, puisque lui-même a refusé le poste de Vice-Président du Mexique que lui proposait Madero en février 1911 pour acheter sa collaboration. Le cheminement de la pensée de Ricardo Flores Magon n’a pas toujours été bien compris, surtout à l’étranger (beaucoup de militants anarchistes, en France notamment, lui reprocheront par exemple d’avoir constitué un parti), mais son courage et son honnêteté ne sauraient être mis en doute. Nous reviendrons dans une seconde partie sur le portait de ce personnage important de l’histoire mexicaine.
13janvier2014
Posté par Paul dans la catégorie : Bric à blog.
C’est janvier, le temps des guirlandes est terminé, pre(ô)nons de bonnes rés(v)olutions.
Je préfère ne pas évoquer dans ce bric à blog, certains sujets d’actualité, ramenés sur le devant de la scène par des médias ravis d’amuser le chaland, et qui rebondissent à hue et à dia dans la blogosphère. L’objet du débat est alors bien trop valorisé à mes yeux, même par ceux qui pensaient nuire. Inutile d’apporter une pierre à certains cairns. Mieux vaut chercher quelle zone du paysage on cherche à estomper grâce à ce brouillard artificiel. Comme disait ma grand-mère pékinoise, « quand le doigt montre la lune, l’imbécile regarde le doigt ». Ce sera ma première sentence moralisatrice pour 2014. Amen.
La seule sentence de ce bric à blog, peut-être pas ! Je vais me permettre une petite digression politique quant au contenu de plusieurs blogs sur lesquels j’ai eu l’occasion de me promener. Je m’aperçois par exemple que je viens de donner un violent coup de frein, juste avant de vous recommander un site dont les orientations me paraissent finalement bien troubles ! Le confusionisme (et non le confucianisme) règne de plus en plus en maître… Au grand dam de certains (dont je fais partie), l’extrême droite pille allègrement des contenus qui étaient jusqu’à présent propriété privée de la mémoire ouvrière (et donc cogérés par la gauche). Il est vrai que c’est le grand n’importe quoi idéologique… On trouve l’excellent ouvrage de l’intellectuel libertaire Normand Baillargeon (« auto-défense intellectuelle ») vivement recommandé par un site qui ne cache pas ses sympathies pour le FHaine ; j’ai eu l’occasion d’entendre l’hymne de la CNT « a las barricadas » sur un site nazionaliste hongrois ; la révolte des Canuts est revendiquée par certains groupes de nos fascistes nationaux bien pensants… Je dois me pincer pour croire que je ne rêve pas. Mais l’inculture historique et politique fait aussi des ravages sur des sites qui s’auto-considèrent comme écologistes ou « de gauche »… On amalgame allègrement des ingrédients qui ne viennent pas vraiment des mêmes horizons… Au nom de « l’indignation » on mixe allégrement poujadisme, populisme, et colère de la base. L’ineffable Louis Pauwels se refait une jeunesse ; les théories « conspirationnistes » invoquent tout et n’importe quoi pour apporter de l’eau à leur moulin ; on invite les extra-terrestres à venir boire le café ; on dialogue avec l’au-delà, et on s’imprègne des vibrations cosmiques en s’asseyant le cul sur la bruyère. Il y a des jours où je regrette presque la bonne vieille classification « droite-gauche », car elle avait le mérite de simplifier (un peu trop sans doute) le cheminement idéologique ! Grâce aux clics de blogs en blogs, on part en voyage en direction du « rêve libertaire » et on se retrouve à contempler les défilés nazis à la porte de Brandebourg. C’est bien de chercher de nouvelles voies pour la révolution à venir, encore faut-il posséder les garde-fous suffisants pour ne pas s’embourber dans des ornières peu fréquentables. Je n’appuie toutes ces assertions d’aucuns « liens », appliquant l’adage énoncé dans le premier paragraphe : mieux vaut ignorer que porter sur le devant de la scène en croyant dénoncer…
Revenons à des choses plus sympathiques. Le film « la voix du vent – semences de transition », découvert sur Utop’Lib est un beau film documentaire à regarder impérativement car il est porteur d’espoir et que nous avons besoin d’une bonne dose d’optimisme pour garder le cap par les temps qui courent. Il est possible de télécharger le fichier de la version française ce qui permet de prendre son temps et de le regarder en plusieurs étapes. Il s’agit du récit du voyage « initiatique » de deux amis, l’un Français, l’autre Espagnol, le long de la côte méditerranéenne de l’Espagne, à la rencontre de celles et ceux qui essaient de changer leur vie… Ce que je trouve intéressant c’est l’ouverture à différents types d’expérience, même s’il y a une nette mise en avant du retour à la terre, au détriment des expériences de collectivisations de sites industriels ou artisanaux. Ce qui m’a surpris c’est le peu de références au passé, en particulier aux multiples expériences d’autogestion, pendant la révolution de 1936. Cela rejoint ce que je disais dans le paragraphe précédent. Je comprends le rejet des « isme » par la nouvelle génération militante ; je déplore encore une fois le rejet des références historiques. En tout cas, ce film m’a ouvert des portes. Il m’a permis (entre autres) de découvrir les écrits d’une jeune auteure écologiste espagnole, Esther Vivas, que je trouve très intéressants. Un certain nombre de ses textes sont traduits et traitent de sujets d’actualité. On peut les lire sur son blog en français. Elle a écrit plusieurs ouvrages en catalan. L’un d’entre-eux au moins est aussi traduit : il s’agit de « En campagne contre la dette » aux éditions Syllepse.
Puisque nous parlons des écrits d’une écologiste, terme qui a l’avantage de ne pas présenter des marques de genre, j’en profite pour vous signaler que cette question du masculin et du féminin dans la langue française me préoccupe, même si elle n’est pas au premier plan des questions que je me pose… J’ai lu à ce sujet un dossier intéressant sur le blog « Genre ». L’article s’intitule féminisation de la langue. Il pose le problème des choix syntaxiques à opérer si l’on veut éviter la masculinisation systématique des noms de métier, une quelconque hiérarchisation, ou une lourdeur excessive des phrases. Féminisation des mots (auteure), écriture double avec une barre oblique « / », un tiret « – » ou des parenthèses « () », utilisation d’un point typographique médian « · », obtenu par une combinaison de touches (sur mon clavier « option-majuscule-F »)… Les choix sont nombreux et sujets à polémiques. J’opte finalement de plus en plus pour le point médian. La question fera peut-être sourire quelques lecteurs mais je partage l’opinion de l’auteure : il est temps de mettre fin à l’invisibilité du féminin. Cette singularité de notre langue continue à surprendre les francophones. Quand j’étais gamin j’ai mis longtemps à comprendre que toutes les girafes n’étaient pas des femelles et tous les éléphants des mâles. Il m’a fallu quelques années de plus pour trouver incongru qu’on dise une ou un dentiste, mais qu’il n’y ait probablement pas de femmes qui soit « ingénieur » ; j’en connaissais pourtant qui étaient sacrément ingénieuses !
A propos d’auteure, je vous signale deux découvertes sonores. La première a pour origine une personnalité (qui, espérons le ne sera pas prochainement récupérée par l’extrême droite !) ; il s’agit de Louise Michel. La seconde est une jeune fille totalement inconnue que nous avons eu la chance de rencontrer grâce aux échanges « helpx » à domicile. Les éditions Frémeaux ont publié en 2008 un CD contenant des textes de lettres écrits par Louise Michel à son ami Victor Hugo ainsi que quelques réponses de l’écrivain. Anouk Grinberg prête sa voix avec talent à la grande Louise ; Michel Piccoli remplace Victor Hugo, momentanément indisponible. Le résultat est très plaisant, très émouvant dirais-je même ; la diction très particulière d’Anouk Grinberg et la passion qu’elle exprime accentue le côté dramatique des textes de la militante anarchiste. Le CD peut toujours être acheté à la « librairie sonore« . On peut aussi le télécharger en MP3 et écouter des extraits sur « VirginMega » ou sur « Qobuz« . Cette dernière formule est moins onéreuse (désolé pour les liens commerciaux, comme le fait remarquer le site « Utop »lib » auquel j’ai piqué cette information !).
Notre amie Rose Goossen, grande voyageuse parmi tant d’autres, chanteuse talentueuse, a mis en forme plusieurs CD contenant les chansons qu’elle interprète. Son répertoire est très varié : classiques de la chanson à paroles française, du folk-song américain, mais aussi chants traditionnels turcs, italiens, et même swahilis… Elle a mémorisé et choisi d’interpréter ces textes au gré de ses voyages et de ses rencontres. Nous lui devons cette belle soirée que j’ai conté un jour sur ce blog à propos de la richesse des échanges help’x. Un soir que nous étions en liaison avec notre fils, séjournant en Australie, hébergé dans un orphelinat pour kangourous (ce n’est pas lui qui était orphelin dans l’histoire !), elle a chanté une berceuse pour faire plaisir au petit marsupial auquel notre rejeton voyageur donnait le biberon. Magie d’internet permettant une rencontre multi-continentale puisque Rose est canadienne. Ecoutez ses chansons, sa voix rauque et chaleureuse, sur le site « Miss Rose« . Vous pouvez télécharger un disque entier ou bien quelques morceaux, en versant la somme de votre choix (pas de prix fixé – sa démarche n’a rien de commercial !) pour soutenir ses projets de voyage non pas seulement autour des paysages du monde mais à la rencontre des gens d’un peu partout…
Puisque nous voilà embarqués dans la musique, je vous propose de vous détendre en regardant une vidéo sympa. Il s’agit de la présentation d’une « Flash mob » (ciel encore un anglicisme !) qui a eu lieu à Lannion pendant les fêtes. Peut-être avez vous déjà visionné cette séquence qui a été signalée sur de nombreux autres sites. De peur que vous ne manquiez ce moment festif bien chaleureux, je préfère risquer la redite et vous le donner à nouveau. Mon lien provient du blog « Cailloux dans l’brouill’art » dont je vous ai parlé dans mon précédent « bric à blog ».
Séquence « histoire et émotion », je vous invite à aller visiter le blog du « Denver post », journal étatsuniens, qui propose une évocation photographique des événements survenus à « Wounded Knee » de 1890 à 1973. Les documents sélectionnés, pour la plupart mal connus, proposent un récit de ce qui s’est passé sur le lieu de cette réserve indienne, du massacre de 1890 au soulèvement de 1973 conduit par les militants de l’AIM (American Indian Movement). Il s’agit là d’un rappel sans doute nécessaire de la façon dont la culture blanche occidentale s’est imposée en Amérique comme ailleurs, et des difficultés qu’éprouvent les populations ainsi normalisées à faire valoir leur propre héritage culturel et leurs droits.
A ceux qui pensent que j’exagère un peu en tapant sans arrêt sur le dos des médias « officiels », que ce soit télé, radio, presse papier ou internet, je suggère d’aller lire sur ACRIMED ce dossier instructif concernant le reportage publié par une équipe du magazine « Envoyé spécial » au sujet du quartier de la Villeneuve à Grenoble. Les habitants ainsi que plusieurs associations du quartier se mobilisent pour dénoncer le côté caricatural de cette présentation de leur milieu de vie, et la manière dont les aspects positifs ont été gommés d’une soi-disant enquête menée tambour battant pour dénoncer une fois de plus « un quartier pourri ». Deux des personnes interviewées dans l’émission se plaignent de la façon dont leurs propos ont été manipulés au montage. Suite à la fin de non recevoir opposée par la direction de France 2 (les associations demandaient un droit de réponse dans l’émission, mais se sont heurtées à un silence assourdissant), une plainte a été déposée pour diffamation publique. Vingt-six minutes pour réduire à néant le travail qui a été effectué sur le terrain afin de revaloriser l’image du quartier à l’extérieur, mais aussi la façon dont les habitants eux-mêmes appréhendent leur vécu au quotidien. Quand on pense que certains journalistes sont outrés d’être mal accueillis dans les cités alors qu’ils viennent « exercer leur métier ! ». Il y a du souci à se faire sur la façon dont ils conçoivent leur devoir d’informer…
Heureusement qu’en notre bas monde il est encore quelques esprits rebelles ! Coup de chapeau à l’un de mes dessinateurs de BD préféré – j’ai nommé Jacques Tardi – qui vient d’envoyer paître les Jeanfoutres qui voulaient lui faire l’aumône de la « légion d’honneur ».« Etant farouchement attaché à ma liberté de pensée et de création, je ne veux rien recevoir, ni du pouvoir actuel ni d’aucun autre pouvoir politique, quel qu’il soit. C’est donc avec la plus grande fermeté que je refuse cette médaille ». Lisez le billet publié à ce sujet sur « Altermonde sans frontières ». Cela fait chaud au cœur en ces périodes de compromissions nombreuses et de vague à l’âme idéologique. Jacques Tardi n’est pas le premier, ni le dernier j’espère, à refuser ces oripeaux de reconnaissance. Son dernier opus est consacré à son père prisonnier pendant la seconde guerre mondiale dans un stalag en Germanie. Je vous en reparlerai.
Il s’agit en tout cas d’une info suffisamment plaisante pour clore ce « bric à blog ». Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter de bonnes lectures et de bonnes vibrations musicales.
NDLR – Quelques photos « maison » prises dans notre environnement proche, en décembre et janvier, histoire de vous donner envie de voyager ! Il n’y a pas que des stations de ski dans les Alpes…
6janvier2014
Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Vive l'économie toute puissante.
Enfin, du pain, pas trop, si l’on en juge par l’évolution de la crise pour ceux qui n’occupent pas les barreaux les plus hauts de l’échelle sociale, ou alors il faut aller le chercher aux restaus du cœur ; des jeux, un max, si l’on en juge par le programme des réjouissances à venir… Choisissez vos paradis artificiels : jeux olympiques d’hiver en Russie, Coupe du Monde de football au Brésil, à moins que vous ne préfériez attendre celle qui aura lieu en Russie en 2018 ou au Qatar en 2022. Tout dépend de vos critères de sélection : pays où la mortalité sur les chantiers est la plus élevée, pays où l’on méprise le plus les droits de l’homme, pays où les travailleurs sont traités pire que des esclaves ? Vous avez l’embarras du choix… Les paradis artificiels sont de plus en plus nombreux et l’on n’a même plus besoin d’une pipe d’opium ; la misère des uns à moins que ce ne soit la fortune des autres suffisent à faire rêver.
L’organisation de ces rencontres internationales nécessite des chantiers colossaux et génèrent des profits sans limite pour les géants de la planète qui se partagent le gâteau. Tous les moyens sont bons pour assurer des gains financiers maximum, d’autant que l’on sait que les gouvernements locaux, éblouis par les retombées médiatiques de tel ou tel événement sportif, ne feront rien pour contrarier les esclavagistes des temps modernes. Du coup tous les moyens sont bons aussi pour influencer des instances dirigeantes que ce soit dans le milieu du foot ou ailleurs… A de multiples reprises, on a pu s’apercevoir que leur cœur penchait du même côté que leur portefeuille. Histoire d’éclairer un peu ce paysage qui n’est guère reluisant, faisons un petit tour d’horizon des pratiques en vigueur dans les endroits où auront lieu les prochains spectacles de cirque. Cela n’a rien de rassurant. Les arènes sont déjà ensanglantées avant même que les gladiateurs n’y aient posé leurs sandales. Histoire de ne pas être taxé de parti pris, je vais me contenter de suivre l’ordre chronologique annoncé.
Petit tour à Sotchi, dans le Caucase russe, au bord de la Mer Noire, où auront lieu, au mois de février 2014, les prochains jeux olympiques d’hiver. Malgré tout le mal que se donnent les autorités russes pour « blanchir » le paysage, les informations sur les conditions dans lesquelles s’achèvent les divers chantiers commencent enfin à circuler. Plusieurs ONG ont dénoncé les conditions de travail misérables des ouvriers embauchés par les entreprises impliquées. Le budget annoncé (plus de cinquante milliards d’euro à ce jour, soit cinq fois le budget initial) est suffisamment colossal pour attirer les spéculateurs en tout genre. La plupart des travailleurs de Sotchi viennent de l’étranger. Ils sont venus en Russie attirés par l’annonce de contrats de travail mirifiques dont ils n’ont jamais vu la couleur. Beaucoup d’entre eux se sont retrouvés face à une réalité peu reluisante : conditions de travail infernales, règles de sécurité non respectées, papiers d’identité saisis par les autorités, salaires non payés pendant des mois, violence et emprisonnement lorsqu’ils tentaient de faire valoir leurs droits. En fin de parcours lorsque l’on n’avait plus besoin de leurs services, ils ont été expulsés manu-militari. Human Right Watch s’appuie sur un certain nombre de témoignages pour étoffer son dossier. L’ONG cite par exemple le cas d’un ouvrier ouzbek, Nourmamatov Koulmouradov. L’homme a travaillé pendant une année à la construction du centre destiné à abriter les journalistes étrangers. Il n’a jamais été payé, puis il a été emprisonné le 11 septembre pour défaut de visa, puis expulsé le lendemain sur décision du tribunal… Au mois d’octobre un autre ouvrier s’est cousu les lèvres pour essayer d’attirer l’attention des médias sur le fonctionnement des chantiers. Les habitants de Sotchi non plus ne sont pas à la fête : coupures d’électricité, routes défoncées par les engins, vastes espaces agricoles réduits à néant… Ne parlons pas d’un quelconque bilan environnemental, on n’en est pas encore là ! Le seul choix du site est une aberration : la région de Sotchi possède l’unique micro climat sub-tropical de l’immensité russe. On peut se demander à quoi serviront par la suite les cinq patinoires géantes construites à l’occasion des jeux. Mais il paraît que la ville est l’un des endroits privilégiés par le Président Poutine pour se reposer pendant ses brèves vacances. En tout cas les conflits d’intérêt entre les différents oligarques qui constituent la cour rapprochée du tout puissant président ne manquent pas de rappeler ce qui se passait à la cour impériale. Quant à ceux qui souhaitent jouer les empêcheurs de saccager la nature en paix, comme Evegueni Vitichko, leur séjour derrière les barreaux est assuré… Ce militant écologiste a été condamné à trois ans de prison avec sursis pour avoir dénoncé les dommages causés au patrimoine naturel par les travaux en cours ; cette peine vient, récemment, d’être transformée en prison ferme.
Un petit survol de l’Europe et de l’Océan Atlantique et nous voilà au Brésil pour aller taper dans un ballon rond sous les ovations du public. On pourrait croire que l’homme de la rue brésilien serait ravi de l’honneur qui est fait à son pays ; c’est du moins ce que laissaient entendre les diverses filiales médiatiques des multinationales : des gens souriants, très festifs, ces Brésiliens. Donnez leur la samba, le carnaval et le foot, et ils vous fichent royalement la paix. Vous pouvez alors vous concerter tranquillement à l’ombre des palaces de verre : politiciens corrompus, policiers nostalgiques du bon vieux temps des dictatures, hommes d’affaires sans scrupules, tous unis pour un même combat. Que la fête commence pour les coffres-forts ! Les violentes émeutes qui ont eu lieu au printemps dernier dans les grandes villes du Brésil ont fait entendre une note plutôt discordante. Les jeunes qui défilaient dans les rues auraient préféré avoir du travail plutôt que des stades géants, des écoles plutôt que des complexes hôteliers, des enseignants et du personnel hospitalier plutôt que des hôtesses d’accueil et des policiers casqués. Ces manifestations ont ramené sur le devant de la scène les problèmes économiques que posent dans les pays accueillants ces festivités sans lendemains. Plus de dix milliards d’euro sont engloutis dans la rénovation ou la construction de nouveaux stades ainsi que dans la mise en place d’infrastructures adaptées à la venue de touristes fortunés qui ne sauraient se contenter du régime de misère que vivent des millions de Brésiliens. L’une des réflexions que l’on entend le plus souvent dans la bouche des gens interrogés par les journalistes c’est que l’argent public pourrait être mieux employé. Plus de 300 000 personnes sont descendues dans la rue à Rio de Janeiro au mois de juin pour dénoncer cette gabegie. De nombreuses irrégularités ont été dénoncées dans les passages de marché entre le gouvernement et les entreprises engagées dans les travaux de construction. A Rio de Janeiro, le prix des logements s’est multiplié par cinq en quelques années et les infrastructures utiles à tous ne bénéficient pas des sommes dépensées pour la Coupe du Monde. Nul besoin de rallonger les lignes de métro qui desservent les quartiers défavorisés : leurs habitants n’auront pas les moyens de se payer une place dans les tribunes et devront se contenter des retransmissions télévisées de la grande messe sportive internationale.
On peut boucler ce tour d’horizon au Qatar… L’échéance est plus lointaine… Les matchs de foot n’auront lieu qu’en 2022 mais la coupe de l’horreur économique déborde déjà. Pour donner corps à leur folie des grandeurs les Emirs ont fait venir des milliers d’ouvriers depuis les pays tels que l’Inde, le Pakistan ou Ceylan, leur habituel vivier de main d’œuvre à bon marché. 90% de la main d’œuvre est constituée d’ouvriers immigrés. Il serait plus juste d’utiliser le terme « esclave » plutôt que celui d’ouvrier quand on découvre, au fil des jours, la situation sur les chantiers. Selon le journal le Monde, du 4 juin au 8 août 2013, soit une période de deux mois, 44 travailleurs népalais sont morts sur les chantiers : « Jeunes pour la plupart, ils ont été victimes d’attaques et insuffisances cardiaques ainsi que d’accidents sur leur lieu de travail. » Selon la Confédération internationale des syndicats, si un tel rythme de mortalité continue, ce seraient alors plus de 4000 ouvriers qui seraient condamnés d’ici à 2022. Les conditions de travail sont inhumaines : température extérieure atteignant parfois 50°, refus d’accès à l’eau potable, logements déplorables (jusqu’à douze personnes dans de petites chambres), nourriture insuffisante et de mauvaise qualité… La situation est telle que même la Fédération internationale des Footeux commence à trouver que c’est exagéré et que cela va nuire à l’image du sport… Il est temps d’y penser ! Quant aux autorités gouvernementales du Qatar, elles ont « lancé une enquête »… Je vous laisse imaginer l’impact environnemental du gigantesque chantier. Quant à son coût prévisionnel, il s’élève à cent cinquante milliards d’euro, sans tenir compte du problème que vont poser les températures si les matchs ont lieu en plein été comme c’est prévu…
Cinquante milliards d’un côté, dix d’un autre, cent cinquante par ailleurs… tout ceci ne représente que des coûts prévisionnels, non des bilans financiers définitifs… Plus de deux cent milliards si je compte bien, sans doute trois cents au bout du compte. Un peu cher comme paradis artificiel non ? A ceux pour qui, comme pour moi, ces sommes énormes ne représentent rien, sachez que cela représente plus que le PIB d’un pays comme la Grèce, l’Irlande ou le Pakistan… Que l’on ne vienne pas après cela me bassiner avec les vertus humanistes du sport collectif, ou encore moins avec l’idée que la loi du marché est la seule permettant d’assurer un développement harmonieux de la planète. Je ne suis pas d’un naturel violent, mais il ne faudrait pas trop m’asticoter. Un jour je vous parlerai des Olympiades organisées à Barcelone en juillet 1936 par le Front Populaire. Cela sera sans doute la première chronique sportive publiée sur ce blog, mais l’intérêt du sujet vaut bien un petit effort rédactionnel ! Cette idée d’organiser un boycott des J.O. de Berlin, de refuser de parader devant les leaders nazis, de participer à une rencontre véritablement populaire avait quelque chose de plutôt sympathique, bien éloignée de la corruption, de la fraude et des malversations actuelles… Certains sportifs venus aux Olympiades sont d’ailleurs restés aux côtés des Républicains pour combattre le fascisme, comme ce footballeur polonais qui déclara : « Nous étions venus défier le fascisme sur un stade et l’occasion nous fut donnée de le combattre tout court »… Mais je m’égare un peu…
Si tout cela ne suffit pas à endormir les peuples on fera appel à une bonne vieille recette qui a toujours marché : le drapeau. Là aussi les lieux de villégiature ne manquent pas, si vous avez l’âme mercenaire, en attendant que l’on vous trouve un bon petit motif de haine, local, pas trop loin de votre chaumière. Les pantins de ce monde s’agitent : déploiement de forces, appels à la croisade, renforcement des budgets militaires (l’une des rares courbes économiques en hausse avec celle des possessions des plus fortunés)… Quel sera le prochain terrain de jeu planétaire ? Les paris sont ouverts. Le résultat, quel qu’il soit, me fait froid dans le dos. Le nationalisme a le vent en poupe et l’on s’intéresse de plus en plus à la paille qui traine dans l’œil du voisin.. La course aux matières premières n’arrange pas la situation. Certains découvrent que les ressources planétaires ne sont pas illimitées et se prennent de passion pour l’îlot rocheux boudé jusqu’à ce jour mais qui pourrait abriter quelques hydrocarbures bienvenus. Attendez un peu que les Chinois commencent à restreindre leurs exportations de « terres rares », histoire de faire monter un peu l’ambiance. Pour l’heure, les chars des démocraties occidentales zigzaguent entre les derricks de pétrole et les mines d’uranium. Depuis que le nucléaire nous a apporté « notre indépendance énergétique », nous sommes à nouveau passionnés par l’exploration de l’Afrique… Ah le bon vieux temps de l’AOF et de l’AEF, quand les petits Sénégalais apprenaient en chœur « nos ancêtres les Gaulois » ! Bref tout cela dégage des odeurs de plus en plus nauséabondes ; les pacifistes ont de sérieuses raisons de s’inquiéter !
Post Scriptum : j’ai une perception de l’avenir qui n’est parfois pas très optimiste, malgré tous les bons motifs de me rassurer que j’essaie de trouver dans l’actualité quotidienne. Ne prenez pas ce billet pour autre chose que ce qu’il est. Je n’ai ni l’intention de vouloir jouer les trouble-fin-de-fête ni la volonté de gâcher la digestion de vos agapes de fin d’année. Autant démarrer 2014 avec les pendules bien à l’heure et une vigilance accrue. Le péril à venir dépasse largement le cadre des Municipales !