18décembre2010

Chômeurs, smicards, retraités… Vous aussi virez un enseignant…

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Vive la Politique.

Vous aurez une prime de fin d’année !

J’ai l’impression qu’en ces temps de grande froidure, plus on en prend plein la tronche et moins on réagit… Les frasques du climat semblent avoir anesthésié l’ensemble de la population, à moins que ce ne soit le « struggle for dinde » de fin d’année qui obnubile l’esprit de tout un chacun. J’espère en tout cas que ce ne sont pas les dernières vociférations de Mme La Pen qui monopolisent l’attention du public. Le problème en tout cas, c’est que, pendant la collecte des marrons indispensables – parait-il – à la confection d’une bonne farce, les annonces de mesures antisociales diverses et avariées continuent. Impossible de donner un coup de pouce supplémentaire au SMIC nous explique notre bon ministre. C’est la faute aux entreprises qui ne jouent pas le jeu d’une réévaluation de la grille des salaires… Méchants patrons qui, par leur comportement abracadabrant, irritent Monsieur « je te tiens par la barbichette ; le premier qui rira aura une tapette ». Le dilemme est cruel. Si l’on augmente de 30 euro le salaire du gars qui gagne 1047 € par mois et qu’on ne touche pas au salaire de ses collègues grassement payés qui touchaient 1080 ou 1100 €, que va devenir la hiérarchie des salaires ? Comme le gouvernement ne peut intervenir que sur le SMIC, c’est rapé… Cette année, on supprime la dinde et on ne garde que les marrons. C’est la crise : il n’y a plus de sous. Il faut E-CO-NO-MI-SER.

Exemple d’économies particulièrement remarquable : les recteurs, rouages essentiels de la puissante mécanique « Education Nationale », vont toucher une prime revigorante histoire de leur remonter un peu le moral dans cette période difficile ; histoire aussi d’en faire des serviteurs zélés à la puissance 2 du ministère concerné (puissance 2, car zélés ils le sont déjà !) Cette prime (annuelle) s’élève à environ 15 000 euro pour les bons éléments, c’est à dire tous, puisque les mauvais ne deviennent jamais recteurs. Pour ceux qui sont capables d’embrayer rapidement et de passer à la puissance 3, une petite majoration de 7000 euro est prévue pour pouvoir acheter des marrons eux-mêmes farcis au foie gras. Oui mais, mon cher Watson, pouvez-vous traduire votre jargon ? Qu’entendez-vous exactement par un zèle cubique ? C’est très simple ! L’objectif actuel du ministère est de virer un maximum d’enseignants (sauf dans le « privé » bien sûr). Cet objectif ambitieux s’inscrit dans le vaste plan gouvernemental d’élimination du plus grand nombre possible de fonctionnaires… Un recteur puissance 3 est un recteur particulièrement performant en matière de « nettoyage » de la fonction publique enseignante. Le duo de primes « vanille-chocolat » est en quelque sorte une prime au rendement accordée aux rouages transmettant les ordres du haut de la pyramide avec un minimum de grincements. Vivement que cette rémunération « au mérite » s’étende aux enseignants. Je propose que l’on paie au SMIC ceux qui râlent pour un oui ou pour un non, estiment impossible de faire du bon boulot devant 40 mômes en furie et réclament une formation continue à la hauteur des problèmes auxquels ils sont confrontés au quotidien. Une partie de l’argent récupéré pourrait permettre d’accorder une prime à leurs collègues qui ne font rien, ne pensent rien et par conséquent ne disent jamais rien de répréhensible ; une prime à ceux qui évaluent à tour de bras et remplissent consciencieusement tous les fichiers possibles et imaginables ; une prime pour ceux qui trouvent géniales toutes les idées du ministre et collaborent avec zèle à la chasse aux « sans-papiers »…

Ce n’est pas la première fois, public comme privé, que les chefs de service chargés de missions délicates se voient grassement récompensés pendant une période de vaches maigres. C’est assez logique : il faut bien mettre les larbins de bonne humeur avant de leur demander de procéder à une corvée particulièrement déplaisante. Il faut reconnaître qu’il n’est pas toujours facile de réunir quelques dizaines de chefs d’établissements secondaires, par exemple, pour leur expliquer qu’ils devront faire plus avec moins et se débrouiller pour faire passer ce genre de mesure, au mieux pour un progrès social au pire pour un mal nécessaire. Rentrez chez vous mes amis et expliquez aux profs, aux parents, aux élèves que l’année prochaine les lycées ou les collèges fonctionneront mieux avec moins d’enseignants, moins de personnel technique, moins de surveillants mais plus de caméras de vidéo surveillance et une annexe du poste de police voisin. Si l’on réfléchit bien, deux flics, maîtres chiens avec des dobermans renifleurs, suffisent largement pour surveiller un troupeau de jeunes délinquants en puissance (pardon, lycéens de banlieue) qui ne s’intéressent qu’à la fumette et aux jeux vidéos. Pas besoin de profs de maths, ils ont l’habitude du petit commerce et savent suffisamment lire et compter pour participer aux stages de poterie du Pôle emploi local.
Le mauvais esprit qui sommeille en moi me suggère une autre façon de voir les choses et par conséquent une autre idée d’économie dans l’Educ Nat : on vire tous les nuisibles qui s’incrustent dans la hiérarchie, inspecteurs en tout genre, recteurs et hauts fonctionnaires du ministère dont j’ignore sans doute l’existence…  Même si ça ne rapporte pas des tonnes de pognon, ça aura un effet thérapeutique en soulageant les nerfs de pas mal d’enseignants déprimés… Mais là j’ai l’impression que je m’écarte un peu du sujet du jour… Vite, je me débarrasse de ces mauvaises pensées !

Certains m’objecteront, et ils n’ont pas tort, que ces comportements limite mafieux que je signale pour l’Education Nationale, ont déjà cours depuis des années dans d’autres secteurs de la fonction publique – territoriale par exemple – et, comme il se doit, dans le privé. Ces dispositifs de flicage sont généralement complétés par un appel à la délation entre collègues de travail : la pratique est fréquente dans les grandes surfaces commerciales par exemple. Il reste donc une étape décisive à franchir pour le ministre de l’Education : mettre en place un service d’appels téléphoniques anonymes, plus une adresse postale pour faire bonne mesure, afin que les profs puissent se dénoncer les uns les autres. Chaque enseignant permettant de virer une brebis galeuse pourrait bénéficier d’une partie de la prime de rendement du recteur. Bien entendu cette dernière serait, en conséquence, légèrement amputée, mais, l’efficacité répressive du grand manitou se trouvant accrue, sa prime croîtrait aussi en conséquence. Ne me remerciez pas, monsieur le ministre, c’est un plaisir pour moi de vous donner quelques bonnes idées de temps à autre. Quand on est retraité, on a du temps libre… Ne pourrait-on, d’ailleurs, employer les retraités les plus méritants à quelques travaux de surveillance… J’ai remarqué l’autre jour, que mes anciens collègues avaient fait durer la récréation cinq minutes de plus que nécessaire. Un temps précieux qui aurait pu être utilisé pour étudier – au hasard – un couplet supplémentaire de la Marseillaise. De rien, monsieur le ministre, de rien !

Une dernière preuve du fait que notre monde va vraiment mal ? L’information vient de tomber sur les téléscripteurs avant d’être projetée sur le téléspectateurs : les salaires des patrons baissent… Je cite le magazine « Le Point », toujours mieux informé que moi : « Les dirigeants du CAC 40 ont vu leur rémunération moyenne baisser de 20 % en 2009, selon une étude publiée par la société de conseil aux investisseurs Proxinvest. Un président exécutif du CAC 40 a touché en moyenne 3,06 millions d’euros l’année dernière, bonus, stock-options et autres actions gratuites compris, contre 3,6 millions en 2008 et 4,7 millions en 2007. Du coup, l’écart de rémunération avec un salarié smicard s’est mécaniquement resserré. Il a atteint 173 Smic en moyenne. Seuls sept patrons du CAC 40 – contre 21 l’année précédente – ont dépassé le seuil des 240 Smic annuels… » Je vous livre l’info brute et je ne fais pas de commentaire. Je ne pense pas qu’il y en ait besoin. Enfin, si… J’ajouterai qu’à mon avis ces salaires annoncés n’intègrent pas les rémunérations complémentaires de ces messieurs : primes en tout genre, avantages en nature et autres jetons de présence dans des conseils d’administration aussi divers que bien achalandés. De base, un Carlos Ghosn, PDG de Renault-Nissan, gagne 9 240 809 euros annuels, soit 572 SMIC par mois, c’est pas trop mal quand même… Mais il pourrait mieux faire et il doit parfois avoir du mal à joindre les deux bouts ! Si les recteurs étaient plus efficaces, on pourrait peut-être élargir un peu plus le bouclier fiscal et arrêter de pressurer les patrons !

Une ou deux nouvelles rassurantes pour terminer ? Les mesures annoncées quant à la réduction drastique du nombre de professeurs ne concernent, bien entendu, que les établissements d’enseignement public. Ainsi que l’annonce le quotidien « Libération » dans l’un de ses derniers numéros, le travail de lobbying intensif conduit par les (z)élus soutenant activement l’enseignement privé porte ses fruits en cette fin d’année… Quatre millions d’euro supplémentaires de crédits sont débloqués pour 2011 et vont permettre la création d’au moins 250 postes. C’est logique me direz-vous, il faut bien quelqu’un pour accueillir les enfants de ceux qui pensent que l’ambiance « fumette-racket-amusette » n’est pas bonne pour la culture générale de leur bambin. Autre détail réjouissant découvert dans l’actualité récente (comme quoi, je le maintiens, pendant que vous vous gavez de papillotes, d’autres ne chôment pas) : certains enseignants stagiaires signalent la présence de militaires pour dispenser la bonne parole lors de leurs stages de formation. Le témoignage d’une prof de la région toulousaine, publié sur Rue 89 est des plus intéressant à ce sujet. Quel magnifique débouché que l’institution militaire pour les élèves en difficulté scolaire ! On pourrait imaginer une prime pour les professeurs dont les élèves, en fin d’année, signeraient un engagement. Ne me remerciez pas Monsieur le Président… C’est tout naturel… Après cela, s’il ne reste plus assez d’argent pour augmenter le SMIC, les allocations chômages et les pensions, eh bien, chômeurs, smicards et retraités n’auront qu’à trouver de nouvelles idées pour… virer encore plus de fonctionnaires !

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14décembre2010

Gruyère : histoire et légendes d’un château sans trous…

Posté par Paul dans la catégorie : Carnets de voyage; vieilles pierres.

Eh bien oui, chers/chères lecteurs/trices non-helvètes, Gruyère, ce n’est pas qu’un délicieux fromage sans trous ! C’est aussi une charmante petite ville, et un château médiéval fort bien conservé. Du fromage local, sur lequel on croit presque tout connaître (mais à tort), il n’est pas dit que je n’en reparlerai pas un jour dans la rubrique idoine… En ce qui concerne le château, ma foi, il va faire l’objet de mon propos du jour, une étape parmi d’autres d’un périple européen destiné à montrer que l’Hexagone n’a pas le monopole des vestiges médiévaux intéressants à explorer… (*)

Comme pour beaucoup de constructions datant du Moyen-Age le doute existe quant à la date de construction du premier édifice fortifié sur cette colline de Gruyère dominant de façon tout à fait stratégique la vallée de la Sarine, lieu important de circulation de populations et surtout de marchandises dans la région de Fribourg, en plein cœur de la Suisse. Certains historiens estiment qu’une première forteresse s’élevait en ces lieux dès l’an Mil. Ce qui est plus probable c’est que la partie la plus importante de l’édifice actuel remonte au XIIème-XIIIème siècle et que ces fortifications sont l’œuvre des premiers comtes de Gruyère. Un document daté de 1073 fait état de l’existence du château fort. Le doute subsiste également quant à l’origine du nom de « Gruyère » choisi par ce comté plutôt important sur le plan économique et politique. La tradition populaire fait le lien entre ce nom et l’oiseau échassier, la grue, qui figure dans les armoiries de la lignée des Comtes de ce domaine… La région constitue en effet une étape sur la route migratoire de ces oiseaux… Au XIIIème siècle, le domaine de Gruyère s’étendait sur un ensemble de terres plutôt vaste, actuellement réparti entre trois cantons voisins : Fribourg, Vaux (Pays d’en-haut) et Berne (Gessenais).

Un événement important pour l’histoire du château survient en 1244 : le comte de Gruyère Rodolphe III devient le vassal de Pierre II de Savoie. De par cette allégeance, le destin des deux familles va être étroitement lié pendant de nombreuses années. Les transformations du château à la fin du XIIIème siècle témoignent de la nouvelle influence savoyarde, notamment la disposition en carré des bâtiments entourant la haute-cour. Le donjon qui se dresse à l’angle Sud-Est de la cour carrée date également de cette époque. Il mesure 11,25 m de diamètre. Chacun des niveaux est supporté par une voûte en pierre magnifiquement ouvragée. C’est à cette époque également que la petite cité de Gruyère se développe de façon importante, malgré la concurrence de la ville voisine de Bulle. En se promenant dans les ruelles sinueuses, on peut admirer plusieurs magnifiques demeures fort bien entretenues. La prospérité de la ville va se développer au cours des siècles suivants. Les habitants obtiennent différentes franchises qui vont faciliter les échanges commerciaux. L’élevage se développe dans la plaine et sur les contreforts montagneux ; la production et la vente du fromage local sont alors en plein essor également.

A la fin du XVème siècle, Louis de Gruyère prend part à la guerre de Bourgogne au côté des Confédérés. L’issue victorieuse du conflit, et surtout le butin collecté, vont permettre de lancer un nouveau chantier de rénovation du castel. A ce stade là, l’influence du mouvement de la Renaissance va se faire sentir dans l’évolution des façades et des aménagements : le château va perdre un peu son allure de forteresse médiévale et devenir un lieu d’habitation plus convivial. Le logis seigneurial est entièrement rénové et richement décoré. Les historiens pensent que c’est le château d’Issogne, dans le val d’Aoste qui sert de modèle à toutes ces transformations. Une tour d’escalier hexagonale ainsi qu’une galerie en arcades font leur apparition dans la haute-cour. Mais tous ces travaux coûtent fort cher et les finances de la famille de Gruyère vont être sérieusement entamées. Au XVIème siècle, la dégradation de la situation financière du domaine s’accélère. Michel de Gruyère, dernier comte de la lignée, trouve encore l’argent nécessaire pour racheter le château de Rolle, mais les dettes s’accumulent et les créanciers s’impatientent. En 1554, ne pouvant plus faire face au remboursement de ses dettes, Michel de Gruyère se déclare en banqueroute et quitte les lieux. Il émigre en France où il devient chef d’une troupe de mercenaires… Les principaux créanciers, à savoir les villes de Berne et de Fribourg, vont se partager les terres du Comté. L’étrange prédiction de l’un des bouffons du château, en 1349, se réalise : l’Ours de Berne a bien mangé la Grue dans le chaudron de Fribourg !

La ville de Berne récupère les possessions des Comtes de Gruyère se situant dans l’actuel canton de Vaux. Les Fribourgeois prennent possession du château. Ils y installent un bailli chargé d’administrer la proche région.  A compter du départ du dernier des Comtes de Gruyère, les bâtiments ne vont donc plus jouer qu’un rôle administratif, pendant deux siècles, et ne seront plus confrontés à aucune situation militaire conflictuelle. Ceci explique sans doute l’état de conservation des lieux. Les cantons suisses n’ont, par ailleurs, aucunement été concernés ni par la politique du roi de France Louis XIII et de son ministre Richelieu, ni par les événements révolutionnaires de 1789/92, deux périodes pendant lesquels nombre de châteaux forts ont été arasés ou incendiés dans notre pays. En 1798, les Baillis sont remplacés par des Préfets, puis, en 1849, la ville de Fribourg vend la belle demeure : les Préfectures ont été réorganisées ; Gruyère et Bulle ont été réunies et les locaux ne sont plus utilisés par l’administration. Les acquéreurs sont une riche famille d’horlogers de la Chaux-de-Fonds, les Bovy. Ceux-ci vont prendre soin de leur nouvelle propriété et veiller à ce qu’elle soit bien entretenue. Amoureux des arts, les Bovy inviteront à plusieurs reprises des peintres connus (notamment Jean-Baptiste Corot et Barthelemy Menn) à séjourner dans leurs murs. Diverses œuvres de ces artistes viendront orner les boiseries des salles de réception. En 1938, la ville de Fribourg rachète le monument historique. Une Fondation est créée et s’occupe d’aménager dans les locaux un musée ouvert au public. Le parcours que l’on effectue, lors de la visite, permet d’apprécier les richesses architecturales du château, mais aussi d’essayer un peu d’imaginer ce que pouvait être la vie des occupants de ces lieux dans un tel dédale de salles et de couloirs. Ainsi qu’en témoignent les photos publiées dans la chronique suivante, nous sommes bien en Suisse, et, parmi les meubles exposés figure une belle collection de coffres sculptés ! Certains possèdent indubitablement des serrures résistantes… (**)

De nombreuses légendes circulent dans la région de Gruyère concernant le château. Plusieurs d’entre-elles ont trait à la « main coupée » qui figure parmi les reliques exposées… Selon les uns, cette main aurait été rapportée de Terre sainte par les participants gruyèriens à la croisade de 1099. Nul ne précise s’il s’agit de la main d’un chevalier ou de celle d’un « infidèle », mais elle aurait alors joué le rôle d’un talisman conservé par les occupants successifs du château… D’autres conteurs imaginatifs pensent qu’elle date de l’an 1493 et aurait appartenu à un cadavre retrouvé après un incendie dévastateur survenu cette même année au château (***). Elle aurait été remise à la veuve du bien aimé comte Louis de Gruyère pour la remercier d’avoir fait restaurer le château avec promptitude. Compte-tenu de la finesse des doigts, on a pensé aussi que cela pouvait être une main féminine : pourquoi pas une sorcière cruellement mise à mort sur quelque bûcher de l’inquisition ? Les travaux effectués par un chercheur en anthropologie donnent une toute autre origine à ce macabre souvenir. Il s’agit, en réalité, d’une main provenant d’une momie égyptienne, sans doute importée en Suisse au début du XIXème siècle, période à laquelle l’engouement pour toutes les « curiosités » rapportées d’Egypte (après l’expédition de Napoléon) battait son plein. Collectionneurs et musées s’arrachèrent alors le moindre corps momifié, quel que soit son état de conservation… Il est fort probable que « l’objet » appartenait au cabinet de curiosités installé par la famille Bovy au rez-de-chaussée de sa demeure !

Notes – (*) – revoir à ce propos dans « vieilles pierres », les chroniques sur l’Irlande et le Portugal…
(**) – Comme dans toutes les mosaïques picturales publiées sur ce blog, il suffit de cliquer deux fois pour agrandir les photos et pouvoir mieux les apprécier.
(***) – Incendie dont les archives ne font aucune mention !

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14décembre2010

Gruyère : histoire de coffres

Posté par Paul dans la catégorie : Carnets de voyage; vieilles pierres.

Pour voir l’image en plus grand, il suffit de cliquer à deux reprises sur la vignette. La touche « retour en arrière », utilisée elle aussi deux fois, vous permet de revenir à la galerie.

Grand jeu intelligent de Noël.

Devinez le numéro du coffre dans lequel sont planquées les économies de la « Feuille Charbinoise » (photos numérotées de 1 à 12) et vous gagnerez un super lot de valeur inestimable. Résultats des courses début 2011. La nature du lot sera révélée en même temps que l’identité de la / du gagnant/te. Faut bien qu’il y ait une prise de risque quand même !

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10décembre2010

Decadent evil dead of the rising sun in your fucking pocket

Posté par Paul dans la catégorie : Delirium tremens; les histoires d'Oncle Paul.

Et ton cousin en mobylette à l’assaut de l’Annapurna… Conte de Noël romantique.

Il lui fallut une quinzaine d’heures de recherche à la Bibliothèque Nationale, à Vienne, avant qu’il ne réussisse à dénicher le fameux « de debilitas libris » dans lequel le professeur Svatopluk, un éminent géographe magyar du XVIIIème siècle, racontait le périple qu’il avait accompli parmi les peuplades sauvages du Bantoustan. Tout ce temps là pour rien en fait, puisqu’il s’aperçut très vite que les cartes topograhiques détaillées qu’avait dessinées le professeur avaient été soigneusement découpées au canif par un visiteur peu scrupuleux… L’arme du crime trainait d’ailleurs sur place, au fond du rayonnage… Sans doute quelqu’un qui, comme lui, cherchait un itinéraire bis pour arriver au Nirvana par voies détournées ; sauf que lui, en plus, avait une noble mission à accomplir… Rien à faire : il n’y avait rien, aucune information sérieuse, dans le délire verbal qui accompagnait les dernières gravures existantes ; rien qui eût pu servir à ne tracer ne serait-ce qu’une ébauche de parcours. S’il n’avait pas pénétré dans les lieux en pleine nuit, clandestinement, grâce au moulage de l’une des clés de la salle, il se serait bien lâché pour se détendre les nerfs. Il aurait alors hurlé l’un de ses jurons favoris, quitte à faire tomber en poussière quelques uns des précieux manuscrits en sanscrit qui reposaient dans l’une des vitrines voisines. « Fucking your mother » se contenta-t-il de susurrer dans le dialecte anglo-hollywoodien qui était le sien en période de colère intense. Comme chaque fois qu’il échouait dans l’une de ses quêtes, il décida de noyer son chagrin dans l’alcool. Il ne lui restait plus, à cette heure-là, qu’à finir la bouteille de liqueur de piment que lui avait donnée sa femme de ménage hongroise pour le remercier de lui avoir acheté une serpillère neuve. Avant de quitter les lieux, par pur amour de la symbolique, il enflamma un traité d’algèbre indien du XVème siècle. Ça leur ferait une bonne leçon, à ces cons-là, se dit-il en son fort intérieur : la propagation de l’usage du zéro dans le monde civilisé ne devait pas rester impunie.

Le lendemain matin, dès l’aube, il se rendit à l’aéroport et embarqua, sans coup férir, dans un gros porteur d’Air Lituanie à destination d’Umtata, la capitale du Bantoustan. C’est au moment de l’atterrissage qu’il s’aperçut qu’il s’était lamentablement planté et que ses chances d’escalader l’Annapurna en partant de ce coin paumé d’Afrique du Sud étaient des plus réduites. Il songea un temps à détourner l’avion, mais il ne disposait que du canif récupéré à la bibliothèque de Vienne et, en ces temps de méfiance diplomatique, il n’était pas dit que l’arme serait d’un gabarit suffisant pour impressionner l’hôtesse de l’air slovaque. Celle-ci, à force de vouloir lui faire ingérer de force du taboulé en accompagnant ses gestes suggestifs de propos racistes du genre « y’a bon pour toi banania », commençait à lui taper sur le système. Mais on ne peut pas forcément châtier tous les blancs qui vous exaspèrent. Il laissa donc l’avion se poser tranquillement, puis se rendit au consulat canadien afin de prendre contact avec l’une des ONG qui sévissaient dans la région. Il avait de très bonnes relations avec le Président de  « Rising Sun », une ONG inuit qui militait pour la résolution des problèmes d’eau potable au Bantoustan. Cette organisation faisait un travail impressionnant :  elle organisait le transport, par avion cargo, d’énormes glaçons prélevés dans les stocks inutiles d’icebergs du Groënland. Samuel Lompéké était l’un de ses meilleurs amis. Ils se connaissaient depuis qu’ils avaient fait leurs études ensemble à l’école des jeunes garçons de la légion d’honneur à Paris. Les tractations avec le consul – un crétin borné illuminé par l’esprit divin lors d’une de ses rencontres avec les témoins de Mahomet – furent des plus rapides : en deux temps, trois mouvements, il obtint le statut de réfugié climatique et fut transféré, en hydravion, au Bangladesh. Un seul appel téléphonique au siège de « Rising Sun » suffit pour qu’il soit échangé contre deux immigrés de ce pays, désireux de passer quelques années en plein désert, histoire de changer un peu de décor et de faire une cure thermale contre le paludisme. La traversée fut trop longue pour le petit De Havilland Beaver que le consul utilisait pour la chasse aux crocodiles, et il fallut prévoir plusieurs ravitaillements en vol grâce à des Boeing 747 spécialement équipés. Six mois après son départ de Vienne, notre héros arriva enfin à Rangpur, un bled paumé au Nord du Bangladesh. Entre-temps, son cerveau avait fonctionné et il avait compris pourquoi il n’avait pas trouvé les voies mystérieuses d’accès à l’Annapurna dans un grimoire débile sur le Bantoustan.

Cette fois, il était proche du but et le Bhoutan n’était plus qu’à un saut de kangourou de son point d’atterrissage. A Rangpur, il demanda à un conducteur de rickshaw de le véhiculer jusqu’à son but.  Il dut soudoyer grassement le conducteur tout aussi véreux que vérolé et lui expliquer qu’il désirait marcher sur les traces du prophète Padmasambhava. Puissamment motivé par cet argument mystique, ‘homme accepta de pédaler avec une ardeur un peu plus grande que celle de vieux matelot fatigué qu’il avait adoptée. Le passage de la frontière Bhoutantrainaise fut délicat car le royaume était gouverné par un écologiste convaincu n’acceptant les dollars des touristes étrangers que s’ils étaient imprimés sur du papier recyclable issu de plantations finlandaises durables. Le fait d’arriver en vélo lui permit de bénéficier d’un avis favorable de la commission d’immigration locale dirigée par un réfugié français bourré de préjugés racistes (un type qui avait été ministre de je ne sais plus trop quoi dans son pays d’origine). Après quelques tergiversations et un coup de fil adroit à l’ONG « Rising Sun », il obtint le visa biodégradable tant attendu, moyennant l’engagement, qu’au retour, le rickshaw ne voyagerait pas à vide mais profiterait de l’aubaine pour rapporter un chargement de neige éternelle de l’Himalaya. L’organisation humanitaire se chargerait de convoyer ensuite la précieuse marchandise jusqu’au Sahel, un autre site à problèmes où les Inuits avaient décidé d’intervenir. La traversée du Bhoutan prit un temps infini, car le relief du pays avait des hauts et des bas. Par ailleurs, de nombreux gardes armés extrêmement pointilleux surveillaient les accès des nombreux parcs nationaux créés par le gouvernement. Pour un oui ou pour un non, l’expédition était arrêtée et le rickshaw fouillé de fond en comble. Les membres de la garde verte royale avaient beau avoir été recrutés sur place, ce n’étaient pas des Bouthantrains. Un jour, notre héros eut la joie et l’honneur de croiser le roi du Bhoutan, le souverain le plus jeune de la planète, un certain Jigme Khesar Namgyel Wangchuck. L’homme était aussi cultivé qu’affable, et, pendant que le conducteur du rickshaw procédait à divers réglage de carburation sur le pédalier de la machine, notre voyageur convia sa majesté à cesser d’herboriser et à partager un demi en deux quarts à la buvette du coin. Leur discussion dura 48 h. Je reconnais que c’est assez long, mais il fallut décongeler un interprète dont les capacités étaient adaptées à cet échange complexe entre deux hommes, certes polyglottes, mais aux capacités glottesques trop restreintes.

L’information la plus importante qu’obtint notre héros à la fin de la quarante huitième heure et du cent quatre vingt douzième quart, c’était la direction dans laquelle il fallait pédaler pour arriver au camp de base de Lachenal et Herzog. Devant son air ahuri, Jigme Khesar précisa que les deux alpinistes français n’étaient plus là depuis belle lurette. Le roi était étonné de l’itinéraire choisi par le jeune explorateur dynamique : en fait, il n’était pas dans le bon pays ! Katmandou eut été un meilleur choix pour atterrir avec son hydravion plutôt que Rangpur. Le jeune roi déroula une carte imprimée sur peau de Yack et lui fit un petit cours de géographie sur la région. Il fallait qu’il rejoigne Biratnagar au Nepal, puis qu’il continue jusqu’à Pokhara. Son altesse, particulièrement flattée d’être promue guide touristique, lui signala, pour finir, que, sauf si son esclave était fatigué de pédaler, mieux valait ne pas s’arrêter à Katmandou : la banlieue de la ville était couverte de papiers gras et de militants maoïstes, survivance d’un lointain passé où l’on exécutait les princes pour un oui ou pour un non, et ne présentait qu’un intérêt limité. La direction générale était facile à trouver : c’était la première route à gauche en quittant le parc national, ensuite tout droit vers l’Ouest, vers le « setting sun ». Le roi prit congé en lui expliquant qu’il fallait qu’il retourne à sa capitale : toute cette histoire lui avait pris un Thimfou. Notre héros musclé eut alors une mauvaise surprise en quittant la buvette : le conducteur du rickshaw s’était barré, en lui laissant un mot d’excuse aussi fallacieux que succinct sur un papier gras ayant servi à emballer un fromage de yack. Une fois traduite, la prose du Bangladeshi exprimait en gros ces deux idées : « sale noir exploiteur, tu pédaleras sans moi et sans vélo dans le Sikkim ; je n’aime les tigres que sous forme de descente de lit ».

Les vallées encaissées de l’Ouest du Bhoutan mirent un temps fou à renvoyer l’écho des paroles de notre aventurier favori, tant elles étaient grossières. Avant d’être répercuté, son « fuck ton cousin en mobylette » fut soumis à l’approbation de l’académie des Belles Lettres du Bhoutan. Ce n’est qu’au rising sun du lendemain matin qu’il fut réveillé par ses éructations vulgaires. Le yack restait la seule solution disponible sur le plan local s’il voulait arriver au sommet de l’Annapurna avant Noël. Si l’animal se dégonflait pendant la grimpette, il pourrait toujours finir à dos de sherpa. Depuis qu’il était tout petit, il rêvait de grimper sur le toit du monde pour voir s’il y avait une cheminée. Ce n’était pas la défection d’un tricycle qui allait le décourager. Heureusement l’abruti congénital ne lui avait pas pris le flacon de parfum qu’il conservait bien à l’abri dans une pochette tour de cou. Il acheta trois yacks d’occasion au concessionnaire du coin puis reprit son chemin. Il franchit le Sikkim en chantant, traversa le Sapta Koshi à la nage et régénéra ses facultés intellectuelles en faisant un stage de yoga à l’université de Biratnagar. Pour finir, il échangea les crottes de ses yacks contre un stock de pain elfique et quitta la riante capitale de l’Est du Népal… Les Maoïstes étaient occupés ailleurs et nul commissaire du peuple ne songea à l’importuner sur le fait que son expédition comportait plus de pattes animales que de jambes humaines. Le 21 décembre au soir, il arrosa le solstice d’hiver dans une boîte de nuit au pied de l’Annapurna I. Grâce à une connexion internet obtenue au prix de mille efforts et du sacrifice rituel de ses trois yacks, il put s’acheter une paire de sherpas neufs sur Ebay. Il était fin prêt pour l’exploit final. L’ascension dura trois jours et deux nuits. Chaque soir, l’un des deux sherpas devait redescendre au comptoir général du camp de base pour acheter une bouteille d’oxygène. Depuis que les guérilleros avaient pris le contrôle de l’établissement, l’oxygène était rationné pour ceux qui n’avaient pas la carte du parti.

Le 25 décembre à onze heures, l’expédition planta son fanion à côté des 969 autres à 8091 mètres d’altitude. Il ne trouva pas de cheminée sur le toit du monde et ne put donc verser le contenu de son flacon sacré comme il avait promis à sa vieille mère mourante de le faire. Il trouva heureusement une solution de rechange. Un illuminé avait construit une étable sur une vaste plateforme métallique et l’endroit semblait habité, puisqu’il entendait les hurlements d’un bébé. Une voix féminine tendre et veloutée comme un potage aux champignons héla l’inconnu du fond de son logis primitif. Le héros poussa la porte et entra. La jeune mère, un peu surprise au premier abord par la couleur de peau de l’inconnu, finit par s’exclamer : « ah c’est vous Balthazar ! Approchez ! » Elle se redressa sur sa couche et, sans plus de retenue,  l’embrassa sur la bouche. Elle lui dit ensuite, d’une voix langoureuse  : « Balthazar vous êtes vraiment le meilleur des hommes… mais je pensais que vous seriez venu avec quelques potes. Faire tout ce trajet pour vous occuper d’une pauvre mère célibataire abandonnée… » Après un examen approfondi de l’étrange aspect de son visiteur, elle crut bon d’ajouter : « Pour un homme de couleur, vous ne vous êtes pas mal débrouillé ! » Balthazar, qui ne se sentait pas très en forme, décida de lui refourguer son flacon de parfum. On ne sait jamais… Si l’odeur de la myrrhe pouvait calmer le petit braillard… Avant d’asperger son mioche, la femme déboucha le flacon et huma son odeur : « Vous auriez pu acheter votre myrrhe ailleurs qu’à Zdiscount ! Vous vous êtes fait avoir Balthazar : elle est coupée avec de l’eau de Cologne ! » C’en était trop sur le plan émotionnel… Balthazar se rendit compte qu’il allait perdre connaissance : le mal des sommets sans doute, l’oxygène parcimonieusement rationné et surtout cette infâme odeur d’encens et de bouse de yack congelée. Son cœur cessa de battre et son corps s’effondra tel un château de cartes. « Encore raté ! » se dit la jeune femme… Elle appela les deux sherpas et ils balancèrent le corps de Balthazar dans le ravin. Ils ne redescendirent que son âme dans la vallée, après l’avoir calée dans le flacon de myrrhe avec un peu de glace et quelques brins de paille. Il faut les comprendre : c’était moins lourd de cette façon-là…
Ainsi se termine la belle histoire de Balthazar, l’homme qui espérait trouver le toit du monde au Bantoustan. Il ne vécut malheureusement pas assez longtemps pour adopter le prophète à succès qui venait de naître. Quant aux sherpas, gloire leur soit rendue : on leur doit l’invention de la première boule à neige… Je possède d’ailleurs cette précieuse relique dans ma collection…

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6décembre2010

Printemps 1580 : la révolte des « Vilains » en Dauphiné

Posté par Paul dans la catégorie : Histoire locale, nationale, internationale : pages de mémoire; Un long combat pour la liberté et les droits.

Du carnaval rouge sang de Romans au massacre de Moirans

Comme pour beaucoup de soulèvements populaires des XVIème, XVIIème et XVIIIème siècles, la toile de fond est souvent la même : la misère d’une paysannerie écrasée par les impôts, avec en arrière-plan, en ce qui concerne le Dauphiné, les guerres de religion et leur cortège d’exactions. L’un des aspects originaux de cette révolte, c’est que les festivités organisées à l’occasion de la Chandeleur 1579 et du Mardi Gras 1580, s’y inscrivent pleinement, en tant que déclencheur et point de rebond.

1579-1580 sont des années de révolte en Dauphiné, pour des motifs principalement économiques. Les guerres de religion ont ravagé la province et les « petites gens » en ont assez de voir les impôts croître et se multiplier sans limites. Les nouvelles taxations décidées par les Etats du Dauphiné en 1578 mettent le feu aux poudres : en août, les notables ont ordonné la levée de 4 écus par feu (famille), en octobre 2 écus et 40 sols supplémentaires, avant une nouvelle majoration de plus de 15 écus en fin d’année. Afin de se défendre contre les bandes armées qui passent et repassent sur leurs territoires, certaines bourgades se voient contraintes à entretenir une milice permanente pour assurer la protection des biens et des personnes. C’en est trop pour les paysans et les artisans dauphinois. Le soulèvement s’étend dans la campagne mais gagne aussi les gros bourgs (cliquez deux fois sur la carte pour agrandir la zone concernée). Dans les environs de Valence, plusieurs coups de main contre les troupes de passage sont couronnés de succès. Peu à peu, le mouvement s’organise. A Romans, plusieurs corporations d’artisans, dont celle des drapiers, très influente, organisent leur milice. Les paysans des alentours se joignent à eux. Un drapier charismatique est élu à la tête des insurgés. Il se nomme Jean Serve, plus connu par son surnom de Paumier (orthographié parfois « Pommier »). Quelques incidents ont lieu dans les villages tout autour de Romans : des châteaux sont incendiés et leurs propriétaires malmenés ; quelques bourgeois récemment anoblis et du coup dispensés d’acquitter la taille (impôt appliqué uniquement aux propriétaires roturiers) sont purement et simplement exécutés… Ces actes de violence sont l’œuvre de bandes isolées dans les campagnes. La troupe de Paumier se comporte de façon plutôt civilisée. Aucun notable n’a été véritablement démis de ses fonctions (du moins dans le courant de l’année 1579). Paumier et ses partisans ont imposé au conseil de la ville la présence de 22 conseillers supplémentaire ce qui leur donne la majorité et leur permet de contrôler toutes les décisions prises. Un vaste mouvement de désobéissance civile s’est peu à peu mis en place. Les notables ne contrôlent plus guère que le quartier des Cordeliers où ils résident.

Les habitants de Romans sont las d’être toujours plus imposés sans avoir leur mot à dire sur la conduite des affaires. Une rancœur considérable s’est développée à l’égard des couches sociales privilégiées, nobles et haut clergé qui échappent à l’essentiel de cette lourde imposition. L’état d’esprit qui règne dans les campagnes avoisinantes est le même : pour une fois, ruraux et citadins sont unis dans leur colère et leurs revendications. L’insurrection qui a débuté un peu plus au Sud, dans la région de Montélimar, fait tache d’huile et remonte peu à peu la vallée de l’Isère en direction de Grenoble. Selon le témoignage d’un notable de Romans, Paumier aurait rassemblé jusqu’à 14 000 partisans. Cette évaluation est sans doute exagérée. La base du mouvement insurrectionnel est la ville de Romans (7500 habitants à l’époque). La population active du bourg est constituée de nombreux artisans, travailleurs du cuir et du drap, ruinés par la hausse des prix des matières premières et les lourdes taxes dont ils doivent s’acquitter. Ce qui est certain c’est que le mouvement est d’une ampleur suffisante pour inquiéter le pouvoir royal. La reine Catherine de Médicis, séjourne pour quelques temps en Dauphiné. Elle se rend à Romans le 18 juillet 1579 pour rencontrer Paumier et l’éblouir de belles promesses pour tenter de désamorcer la sédition. L’entrevue a bien lieu. Paumier fait part à la Reine des revendications populaires, à savoir principalement une plus grande justice fiscale, mais l’assure également de sa fidélité à la personne du roi. La présence de Catherine de Médicis et le fait qu’elle accepte de recevoir un porte-parole des « vilains », calme effectivement les esprits pendant quelques jours, mais aussitôt qu’elle repart, l’agitation reprend de plus belle et la tension monte d’un cran pendant l’hiver. En janvier 1580, Jean Serve s’autoproclame consul (maire) de la ville et chasse de leurs postes tous les dirigeants qui n’ont pas pris fait et cause pour son parti. Parmi les notables « éjectés »,  le juge royal Guérin, auquel beaucoup reprochent le rôle répressif qu’il a tenu à l’encontre des Huguenots au moment de la St Barthélémy. Ce personnage va jouer un rôle sinistre dans la suite des événements. Les guerres de religion continuent et l’opposition entre catholiques et protestants s’est – elle-aussi – invitée dans ce conflit à dominante économique, mais de façon quelque peu indirecte.

Cet acte ultime d’indiscipline va pousser l’autorité royale à réagir. Ses représentants n’ont en effet pas dit leur dernier mot et attendent leur heure pour reprendre les affaires en main. Tapi dans l’ombre de sa bourgeoise demeure, le juge Guérin prépare sa revanche. Les incidents se multiplient dans les rues de la ville. La colère des insurgés grandit face au silence d’un pouvoir qui mise sur le pourrissement de la situation : aucune des revendications formulées par Paumier et sa troupe n’a abouti et celles-ci deviennent de plus en plus radicales. S’ils réclament, au départ, plus de justice dans la répartition de l’impôt, les insurgés finissent par exiger sa suppression pure et simple… Début février 1580, artisans et paysans défilent dans les rues de la ville, agitant épées et bâtons et clamant bien haut qu’avant trois jours, « la chair du chrétien se vendra 6 deniers la livre ». Le terme de « chrétien » n’a pas vraiment une connotation religieuse (on ne veut pas faire la St Barthélémy à l’envers) mais il désigne surtout les riches possédants, ceux qui contrôlent tout : pouvoir politique, économique et judiciaire (*). L’heure tant attendue par les notables bafoués dans leurs privilèges se présente la nuit du lundi 15 février au Mardi Gras. Après une année complète de révolte et d’insoumission aux lois, le vent tourne… Selon Suzanne Chappaz-Wirthner (**), à travers l’épisode de Romans, le carnaval va révéler certains de ses rouages les plus mystérieux : « L’exemple de Romans fait apparaître le carnaval comme un « outil social » dont disposent les différents groupes au sein d’une collectivité pour exprimer les tensions et les antagonismes qui les dressent les uns contre les autres. » L’auteure précise : « Le carnaval n’est pas rite d’intégration ou rite de subversion; il est par essence ambivalent et présente simultanément les deux aspects; seul le contexte dans lequel il se déroule détermine le pôle qui l’emporte. » Le carnaval des temps anciens joue un tout autre rôle que celui qui lui est dévolu de nos jours…

Les traditions locales déterminent le déroulement des festivités qui obéissent à des règles bien précises. Celles-ci sont définies par les différentes confréries de métiers qui y participent. La ville se divise en royaumes distincts (les « reynages »). Chacun de ces « partis » choisit un animal totem. Pour les artisans qui soutiennent Paumier, le totem c’est « le chapon » ; pour les possédants, soutiens actifs de Guérin, c’est « la perdrix ». Chaque reynage organise diverses animations : joutes, défis divers, bals, défilés costumés… le cérémonial est ponctué de festins où l’on mange et bois plus que de raison… Les « perdrix » vont profiter de ce contexte pour exorciser la peur qui règne dans leur camp depuis une année. La fête dégénère et le bal masqué organisé par les « perdrix » va se terminer de façon tragique : sous leurs divers déguisements, les notables sont armés et se jettent sur le parti adverse… Paumier est abattu « d’un coup d’épieu au visage, de deux coups de pistolet et de quelques coups d’épées ». D’autres chefs de la révolte réussissent à s’enfuir en sautant des remparts ou en traversant l’Isère à la nage (ce qui est courageux en cette saison). Les partisans de Guérin ont pris la précaution de s’assurer le contrôle des remparts et le millier de paysans alertés par le tocsin qui se portent au secours des insurgés, se heurtent aux portes closes et ne peuvent rien faire. Ils ne peuvent aider ceux de leurs alliés qui restent prisonniers dans les murs. Une trentaine d’artisans sont assassinés ; les autres insurgés sont emprisonnés. Soucieux de promouvoir sa réputation auprès de l’administration royale, le juge Guérin va instruire leur procès et veiller personnellement à ce qu’ils soient lourdement condamnés par un tribunal qui lui est totalement dévoué… Pour mieux affirmer son autorité, le nouveau maître de la ville fait pendre Paumier en effigie, de façon symbolique : les pieds en l’air, la tête en bas… L’ordre règne à Romans : l’une des premières « Communes » insurrectionnelles de l’histoire est matée. La colère des paysans n’est cependant pas calmée par ces exactions.

Un autre personnage de sinistre réputation entre alors dans la danse : Monsieur de Maugiron, lieutenant général du Dauphiné… Cet officier royal va prendre en charge la répression militaire dans toute la région concernée. La reprise en mains va se faire avec la plus grande sévérité. La troupe traque les vilains et se livre aux pires exactions. Les bourgs voisins de Romans capitulent devant l’armée royale : à Valence, à la Côte St André, les artisans déposent les armes. Les restes de l’armée des insurgés se regroupent dans la petite ville de Moirans où va se dérouler le dernier épisode sanglant de cette révolte. Le 28 et 29 mars 1580, les troupes de Maugiron profitent de la désorganisation de leurs adversaires pour se livrer à une dernière offensive victorieuse. Les barricades élevées à la hâte à l’entrée de Moirans ne résistent pas à la charge des cavaliers de l’armée royale. La victoire de Maugiron est totale, et le massacre qui s’ensuit est à la hauteur du désir de vengeance du lieutenant général :  1200 manants sont passés au fil de l’épée par ses soldats… Le fer et le feu ont eu raison de la « Ligue des Vilains », puisque l’histoire a ainsi nommé cette insurrection populaire dauphinoise mal connue. Il faudra attendre plusieurs décennies pour qu’une partie des revendications posées par ce mouvement soit entendue. L’arrêt royal de Fontainebleau en 1634 va rétablir un peu plus de justice fiscale : la taille en Dauphiné est déclarée « réelle », ce qui signifie qu’un noble, propriétaire d’une parcelle de terre, doit payer un impôt dessus, de la même façon que les roturiers. Les Etats du Dauphiné (***) perdent une bonne partie de leurs pouvoirs ; ceux-ci sont transférés aux tribunaux d’élection nommés par le roi. Peu à peu, l’autonomie des anciennes provinces s’estompe… Une page se tourne en attendant celle de la Révolution de 1789.

Notes : (*) Plus tard, dans l’histoire, en particulier au XIXème siècle, c’est l’appellation « juif » qui jouera le même rôle dans certains discours. Le « mort aux juifs » de certains militants socialistes à l’époque de la révolution industrielle a, lui aussi, plutôt la connotation de « mort aux banquiers » responsables de l’oppression des faibles. D’où les débats interminables sur l’antisémitisme – réel ou symbolique – de certains leaders politiques.
(**) Suzanne Chappaz-Wirthner est l’auteure d’un ouvrage intitulé « Le Turc, le fol et le dragon : figures du carnaval haut-valaisan ». Dans son ouvrage figure la description détaillée des événements survenus lors du déroulement du carnaval de Romans tels qu’ils ont été contés par Emmanuel Le Roy Ladurie. Si le sujet vous intéresse, vous pouvez lire ce récit à compter de la page 45 du livre de Madame Chappaz-Wirthner, extrait disponible à cette adresse sur Google livre.
(***) Etats du Dauphiné : assemblée de notables des trois ordres. Créés au cours du XIVème siècle, ils se réunissaient assez régulièrement à Grenoble, à Saint-Marcellin ou à la Côte Saint-André et délibéraient sur les intérêts de la province. Suspendus par Richelieu en 1628, ils ne se réuniront plus qu’en 1788 et seront l’un des points de départ de la Révolution…

Sources documentaires : outre le livre mentionné ci-dessus, j’ai utilisé également « L’histoire des Dauphinois » de Louis Comby (Editions Nathan), ainsi que « Bourgoin, notes historiques de Jean Armanet » édité par la Société des Amis du Musée de Bourgoin-Jallieu. Le livre de Le Roy Ladurie sur le carnaval de Romans a été édité en poche chez Folio (cf image), mais il ne peut plus être trouvé que chez les bouquinistes. Divers sites internet proposent également une présentation assez succincte de ces événements.

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2décembre2010

Comme chaque hiver ou presque, Mr et Mme Beaufre sont « naufragés de la neige » !

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....

Un « marronnier » qui commence à me porter sur les nerfs !

La neige, c’est encore pire que les grèves et les manifs pour l’étalage de la beaufritude à la télé. De quoi remplir des saladiers de bave gluante dégoulinante de nullité journalistique. Les nouveaux héros de la bagnole peuvent enfin s’exprimer à loisir sur les ondes et vomir leur haine de tous ces fonctionnaires qu’ils exècrent mais dont ils pleurent l’absence pour leur cirer les grolles. Grande nouveauté cette année, ils ne sont plus « pris en otages » par les incertitudes climatiques, mais tout simplement « naufragés des neiges » selon la nouvelle terminologie à la mode dans les écuries télévisuelles. Certains témoignages émeuvent un peu, quelques uns prêtent à sourire mais la majorité exaspère au plus au point le téléspectateur de passage que je suis. A se demander si tous ces crétins sont au courant du fait que dans les machines qui leur déblaient la route il y a des êtres humains doués de raison et non des robots directement branchés sur leur rouspétomètre. Les services de l’équipement, comme les autres secteurs de la Fonction Publique, sont frappés par les mêmes mesures d’austérité, en particulier par les allègements d’effectifs. Enseignants non remplacés, personnels hospitaliers débordés, postiers transformés en représentants de commerce, les employés de la fonction publique d’Etat ou bien territoriale, ne sont que des nuls justes bons à faire grève pour défendre leurs « privilèges ». Les braves électeurs des grandes formations politiques soutenant inconditionnellement la « révolution libérale’ ne se souviennent  de leur existence, que lorsqu’ils sont confrontés personnellement aux carences de ces services publics qu’ils vouent aux gémonies. La conclusion première qui vient à la bouche de ces perroquets d’élevage ce sont des insultes à peine voilées : « feignants de fonctionnaires, incapables de bosser… une ruine pour le malheureux contribuable que je suis (néanmoins non imposable sur le revenu… faut pas exagérer… J’ai des charges Mâaadame….) » Les premiers mots qui me viennent à l’esprit se situent dans le même registre : « Vous pouvez crever bande de connards. Tant pis pour vous si vous passez la soirée sans télé, si vous devez vous démerder pour faire garder votre gosse par la bonniche et si le quatre-quatre de Monsieur a été égratigné par un voyou en scooter ».  Je ne suis pas sûr que ça fasse avancer le débat mais ça soulage.

D’un côté, cela me peine profondément de voir les divisions que les médias arrivent à créer entre des gens dont les intérêts et les revendications devraient être pourtant les mêmes. Dresser les citoyens les uns contre les autres, exacerber la haine plutôt que la compréhension, rendre les uns jaloux des avantages imaginaires des autres, c’est un art dans lequel nos grands médias, aussi bien journaux, que radios ou chaînes de télé, excellent. Il n’est pire ennemi pour le Français moyen, selon le journaleux de base, que l’autre Français moyen qui veut l’empêcher cruellement d’exprimer sa moyennitude. Ça ne dérange pas Mr Beaufre de gueuler après la préfecture qui autorise toujours les camions à rouler alors qu’ils bloquent les autoroutes sacrées, puis de vagir encore plus fort sur le thème qu’il n’y a plus de salades vertes à la supérette du coin ou que le courrier a 24 h de retard. Mr Beaufre est catégorique : les météorologues sont des irresponsables, incapables de prévoir, voire même de stopper la moindre chute de neige ; les postiers sont des planqués ; les camions de sel dorment dans les dépôts de l’équipement parce que les employés sont « sûrement encore en grève » ; avant les trente cinq heures ça ne se passait pas comme ça… Mr Beaufre a encore un peu du mal à impliquer les Arabes, les Roms ou les Chinois dans son discours, mais avec encore un ou deux cours particuliers de la méthode « Le Pen / Hortefeux pour les nuls », il y arrivera sûrement. Tous des incapables : « moi je bosse Monsieur et mon TGV a trois heures de retard ; j’ai un rendez-vous de la plus grande importance pour l’avenir de ma société…. » Le même gugusse ne manquera pas d’engager une procédure judiciaire contre la SNCF, le conducteur du train, les syndicats des cheminots ou Bernadette Soubirou, si par malheur son train déraille. Le manque de prudence est une chose que l’on regrette après l’accident et non avant. Il faut bien que l’accident ait lieu d’ailleurs pour que l’on puisse téléphoner à son avocat.

30 cm de neige et notre société est – soi-disant – totalement désorganisée : plus de courant électrique pour les Bretons (ça leur apprendra à avoir, en son temps, refusé les bonnes vieilles centrales nucléaires de papa), plus de pièces détachées dans les ateliers, plus de télé dans les foyers (même le micro-ondes refuse de micro-onder !)… Madame Beaufre pleine de bon sens bien de chez nous (à droite de l’agence du Crédit Agricole) ne manque pas de se poser les bonnes questions : « Pourquoi les pouvoirs publics n’ont-ils rien fait ? » (variante locale « Pourquoi Madame le Maire n’a-t-elle pas acheté du sel avant ?) ou encore « Pourquoi les chasse-neige ont-ils attendu les premiers flocons pour se mettre en route ? S’ils étaient passés avant (???) il n’y aurait pas tous ces tracas ». Il est évident que si les services de l’équipement déneigeaient dès le mois de septembre, le responsable des chutes de neige, caché derrière son nuage, serait complètement dégoûté et arrêterait de faire le con… Curieusement, je n’ai pas entendu la moindre remarque sur le fait que les prix de l’immobilier poussaient les travailleurs à habiter de plus en plus loin de leur lieu de travail ou sur les risques d’approvisionnement que faisaient courir à la société la soi-disant miraculeuse gestion des stocks en « flux tendu ». Heureusement que la nature ne fonctionne pas de la même façon et n’a pas adopté un concept aussi débile (admirez le bel entrepôt rempli de nourriture sur la photo suivante). Même une thématique aussi banale que les caprices de la météo pourrait amener les journaux « d’information » à élever un peu le niveau du débat. Mais on s’égare, on s’égare… ce n’est point là le métier de gens dont le boulot consiste à survoler les chiens écrasés à la plus basse altitude possible. Vous confondez « Antenne 2 » et « France Culture » mon bon Monsieur, et puis BHL n’a rien à déclarer sur la question ! De grâce alors, évitez-nous les lieux communs et cantonnez-vous à l’angle artistique : les paysages enneigés paradis des photographes. Autre possibilité : n’interviewez que les gamins pour vos micros trottoirs… Leurs parents n’ont que la misère de leur propre existence à étaler… Eux ont encore des flocons dans les yeux !

Vu sous un autre angle, le problème, en fait, c’est que j’en ai complètement marre de cette avalanche de conneries, de toute cette vomissure de témoignages aussi débiles qu’immondes…. J’en suis vraiment réduit à me demander si ce n’est pas complètement délirant d’espérer un quelconque changement de direction du Titanic dans lequel nous voyageons. Noë lui ne s’était pas trompé : dans son arche il embarquait essentiellement des girafes, des macaques, des colibris…. J’en viendrais presque à comprendre les fanatiques de la grenouille à ventre bleu ou du bison frisé… Que cette société se précipite vers l’abîme qu’elle s’est creusé. Je ne demande qu’une chose aux conducteurs de ce train fou : s’il vous plait, laissez moi descendre dans une gare de campagne, un coin où il y a encore une douzaine d’arbres remarquables,  histoire que je profite encore un peu de la nature, quelques années avant la collision ! D’ici là, braves concitoyens passagers, apprenez deux ou trois choses essentielles à votre survie : la neige en hiver est un phénomène météorologique banal ; il n’y a pas que le travail dans la vie ; une bagnole n’est jamais qu’une caisse à savon avec un moteur et un volant… Amen. Les cimetières sont remplis  de gens qui se croyaient plus malins que leurs voisins.

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30novembre2010

Bric à blog floconneux de novembre

Posté par Paul dans la catégorie : Bric à blog.

On commence par la « politik » en deçà de la ligne bleue des Vosges

Les retraites ? Sauvées ! Comme on sauve une truite en la poêlant avec amour dans du beurre bien chaud. Un p’tit coup de pause des confiseurs pour reprendre son souffle et hop ça repart…. nos dirigeants vont s’occuper de la Sécu, cette autre survivance d’une époque où l’on gaspillait le bon argent des actionnaires… Avant d’enterrer le dossier, comme l’a fait notre bon ami Chérèque avec promptitude, un dernier (?) petit tour d’actualités sur la question. Tout d’abord, un petit rappel à la fois lucide et très humain sur le fond du dossier, rédigé par Patrick Mignard. Je fais souvent référence à cet auteur car j’apprécie nombre de ses analyses. Ce texte-là, je le ressens dans les tripes car je fais partie de la tranche d’âge concernée par un début de retraite avec une mécanique générale à peu près en état de marche. Ça s’intitule « Mise en garde à la jeunesse » ; je vous donne le lien sur Altermonde, mais le texte a été publié sur plusieurs sites. Comme le fait remarquer Patrick, la période de la retraite pendant laquelle on est encore en état de s’occuper d’autre chose que de sa santé n’est pas si longue que ça. Repousser l’âge de départ en retraite, c’est réduire cette portion-là de sa vie où l’on a enfin la possibilité de gérer son temps à peu près comme on le veut… Les études sont formelles à ce sujet : l’arrêt de l’activité salariée entraine une période d’amélioration générale de la santé avant que le processus de vieillissement ne reprenne inéluctablement son cours…

Toujours sur le même dossier : « En France, la révolte… et puis après » sur le blog « item » d’un collectif de photographes. Une rétrospective très documentée et fort intéressante du mouvement d’opposition à la réforme des retraites depuis son origine. L’article est découpé en six épisodes, d’une chronologie médiatique de la lutte à la soi-disant absence de parti-pris d’un certain nombre de journalistes. Il faut du temps pour lire ce texte qui est long mais rigoureux. Une brève citation qui me plait beaucoup car elle résume bien la situation actuelle : « …les médias se sont mis en ordre de bataille pour « couvrir » le mouvement social : en matière de mobilisations sociales, « couvrir », c’est étouffer. » Seule critique que j’aurais à formuler : il est dommage de n’avoir pas fait remonter la rétrospective du mouvement jusqu’à 2003, tant il y a des parallèles à dresser entre les deux épisodes et la stratégie syndicale démobilisatrice, identique, qui a été choisie. Les leçons de l’échec précédent n’ont pas été tirées (et pour cause ! Voir encore à ce sujet un texte de Patrick Mignard – je n’ai pas peur de rabâcher !)

On continue par ce qui se passe au delà, chez les « zôtres » (enfin pas tous, quelques uns seulement)

En ce qui concerne l’actualité internationale, la première chose que je retiens c’est la situation en Haïti. Cela me remet en mémoire le texte que j’avais écrit peu après la catastrophe… Il n’y avait pas besoin d’une boule de cristal à l’époque, ni de talents de visionnaire, pour deviner que l’aide internationale serait de courte durée, resterait souvent au stade de promesse, et ne permettrait pas de résoudre les problèmes de l’île. Je vous conseille la lecture du texte : « Ce qui se passe à Haïti dépasse l’imagination » à découvrir sur « Altermonde sans frontières » qui reste l’un de mes sites d’information préféré. A part quelques experts militaires US et quelques multinationales connues pour leur manque total de scrupules, ce bout du monde continue à ne pas intéresser le restant de la planète. Seules quelques ONG agissent encore de façon efficace sur place, mais les moyens dont elles disposent (tant matériels qu’humains) ne sont pas à la hauteur des problèmes qui se posent. L’ONU maintient l’ordre à sa façon mais ne s’occupe guère des conditions de vie : un million et demi de personnes vivent encore dans des camps provisoires. Nos braves journalistes s’étonnent du fait que le processus électoral en cours ne mobilise guère cette population démunie. Le pouvoir en place n’a rien fait et il est probable que le futur gouvernement ne fera rien d’autre non plus que veiller à la sauvegarde des intérêts étrangers et de quelques nantis sur l’île. Bon article au sujet de ces élections, sur le blog de Zoë, « l’arbre à palabres » ; ça s’intitule « Haïti, la fête électorale« .

La « plus grande démocratie autoproclamée du monde » est encore à la traine. Les Etats Unis sont le seul pays à n’avoir pas ratifié la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des peuples autochtones. D’autres pays comme le Canada ou la Nouvelle Zélande qui ne l’avaient pas approuvée ont changé leur position. Le Canada a ainsi apposé sa signature en bas du document le 12 novembre dernier. L’information provient de « Human Rights now », le blog d’Amnesty International aux Etats-Unis. Global Voices propose une traduction en français de l’article concerné comme de beaucoup d’autres billets intéressants en provenance de nombreux pays. Une visite du site s’impose de temps à autres, histoire de sortir un peu du point de vue franco-français (ou européen) sur ce qui se passe dans le monde. Vous découvrirez, par exemple, qu’il est des événements importants sur le plan international, dont nos médias nationaux ne parlent pas ou qu’ils se contentent d’évoquer. Toujours sur Global Voices, on apprend aussi que l’Iran détient le triste record du plus jeune blogueur au monde emprisonné : Navid Mohebbi, 18 ans. Le jeune homme est accusé “d’activités contraires à la sécurité nationale” et “d’insultes au fondateur de la république islamique d’Iran et à son dirigeant actuel (…) en complicité avec des médias étrangers.”

Et on passe à l’écologie mon kiki…

« Ressourceries : l’autre vie des déchets » sur « Utopies libertaires » – « La Ressourcerie a quatre fonctions : collecter, valoriser, revendre, sensibiliser. Elle collecte et valorise des déchets pour revendre des objets de réemploi à prix modiques et elle sensibilise son public aux gestes éco-citoyens de réduction des déchets ». « Recycleries & Ressourceries sont rassemblées au sein du Réseau des Recycleries & Ressourceries en France et sont régies par les mêmes dispositions. Grâce à une coopération forte avec le Réseau des Ressourceries du Québec, et le Réseau RESsources en Belgique, les termes utilisés en France, Belgique et au Québec, désignent des acteurs semblables. » Une initiative à encourager car, avant même de parler de décroissance, ce qui me paraît essentiel, c’est de lutter contre le gaspillage : objets qui cassent trop facilement, déclarés irréparables, ou bien encore en surnombre. Trop d’appareils encore utilisables finissent leur vie dans les déchetteries classiques où ils ne sont pas toujours recyclés correctement.


Avant de glisser en douceur sur le chapitre « Kultur ».

J’ai trouvé très sympa, dans « Article XI », l’article sur la librairie « la tartinerie » à Sarrant dans le Gers. J’avais déjà entendu parler de cette sympathique entreprise dans un numéro récent de « l’âge de faire ». Ce qui se raconte sur Article XI me fait regretter de ne pas habiter un peu plus près du lieu concerné. Peut-être qu’en lisant de telles études des gens ambitieux auront envie de porter un projet similaire un peu moins loin de chez nous… Mais il n’est pas évident, ainsi que le démontre l’article, de faire vivre une librairie en milieu rural, surtout une librairie qui propose dans ses rayons un choix un peu moins banal que les boutiques habituelles. « En milieu rural, dans le Gers, la librairie de Sarrant, comme d’autres ailleurs, résiste à la morosité ambiante depuis plus de dix ans. Elle est même dans une forme étincelante qui pourrait rendre jaloux certains libraires – parfois plus complaisants – des grandes métropoles. Les ingrédients de la réussite se situent peut-être dans la capacité à s’ouvrir à une multitude d’animations menant aux livres, et de penser la rencontre et le partage avant la consommation. » A part ça, je signale à ceux qui ne visitent pas trop souvent le site, qu’Article XI c’est aussi une revue « papier » disponible dans les bons points de distribution presse et qu’on peut aussi s’abonner (informations disponibles ici).
Le blog « Non de non » continue à publier de nombreux textes intéressants à lire à plusieurs titres : ils abordent de nombreux sujets, sont souvent très riches au niveau des idées et ouvrent la porte à de nombreux débats. Parmi les dernières publications, j’ai apprécié, entre autres, la « charte de l’homme moyen » et la présentation du livre « L’avenir est notre poubelle » dont je n’avais jamais entendu parler. « Non de non » mérite bien sa place dans la liste des liens permanents de notre cadre de blog… Voici le début de leur édito : « Non de non ! Nous ne nous y reconnaissons pas dans ce monde que l’on dit être le nôtre… On nous parle de progrès et nous ne voyons que des mères qui tendent la main, des gamins qui traînent des fusils presque aussi lourds qu’eux, des gueux, des crève-la-faim ; on nous parle d’humanité et nous n’entendons que des cris de haine, des cris de rages et de souffrances… » Lisez donc la suite et vous comprendrez mieux les affinités qu’il peut y avoir entre notre « Feuille » et celle de cette joyeuse bande de râleurs. « Non de Non »  fait aussi référence à une « Feuille », celle que publiait le célèbre Zo d’Axa au début du siècle dernier. Il faudra, un de ces quatre, que je vous parle de ce singulier bonhomme… Encore une idée en réserve pour les « pages mémoire ».

Un final en musique, bon pour les oreilles et pour le moral : une invasion pacifiste et musicale de l’avenue du Mont Royal à Montréal… Ça s’écoute et ça se visionne avec plaisir. J’ai toujours aimé les ambiances festives, sauf lorsque ce sont des supporters de foot, des majorettes ou des fanfares municipales qui les animent.

Si c’est pas du « bric à blog » organisé ça mon coco !

On croirait presque que ce sont d’authentiques trotsko-léninistes qui ont pris la « Feuille Charbinoise » en mains ! Finis les sauts de puce du coq à l’âne ; rien que des beaux chapitres qui s’enchainent ! Si c’était le cas, ils auraient du souci à se faire les pov’gars… Trève de plaisanterie au service des forces de la réaction (et de la rédaction)…, cette chronique mensuelle offre une place plus large aux sites d’info et un peu plus réduite aux blogs à proprement parler, mais il faut dire que c’est un peu la morosité dans la blogosphère. Cela ne m’empêche pas, bien entendu, de continuer à chercher de nouveaux lieux sympathiques nichés sur la toile… Suis-je devenu plus exigeant ? Je n’en sais rien mais la recherche est plus laborieuse qu’il y a un an ou deux. Les blogs thématiques exclusifs me barbent un peu, même lorsqu’ils parlent de trains miniatures ou de jardins japonais. Les blogs littéraires m’ennuient encore plus surtout lorsqu’il y règne une ambiance « antichambre de la rédaction de Télérama » ou « salon parisien bon chic bon genre ». Ici, on fait plutôt dans le rustique et dans la défense inconditionnelle de la biodiversité politique et culturelle… Ça continue à perturber certains qu’on passe du « Petit train de La Mure » aux révoltes populaires en passant par les mathématiciens arabes… Pas moi !
Il vous faudra quand même attendre le prochain « bric à blog » pour qu’on parle de dindes et de marrons : ce n’est pas encore la trêve ! Prochain rendez-vous B(ric) & B(log) après le solstice (d’hiver). Je vais mettre une poignée de buches dans la chaudière : il va y en avoir besoin cette nuit, d’après Météo France qui voit de la neige orange partout !

Et la qualité des illustrations éducatives, vous avez noté j’espère…

sinon la prochaine fois je vous colle la photo des ministres du gouvernement Fillon XIII, en gros plan !

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24novembre2010

Le gaz de schiste, nouveau miroir aux alouettes ?

Posté par Paul dans la catégorie : Feuilles vertes; Vive l'économie toute puissante.

Je vous en ai déjà touché un mot dans mon « bric à blog automnal » mais je reviens sur la question car elle est d’importance, et pourrait bien faire l’objet, en Europe, d’un nouveau conflit environnemental qui se déroule déjà aux Etats-Unis et au Canada. La nouvelle prend place, petit à petit, à la une des médias : grâce au gaz naturel que l’on trouve dans certaines couches géologiques particulières (mais relativement fréquentes) le problème énergétique qui pointe son nez à l’horizon pourrait bien être résolu par de nouvelles méthodes d’extraction permettant de valoriser des gisements estimés jusqu’à présent peu rentables. Que l’homo sapiens se rassure, les moteurs des 4×4 et des grosses berlines, toujours plus nombreux, vont pouvoir continuer à vrombir, et le développement de la surconsommation énergétique planétaire n’est pas menacé. Bien sûr, il y a quelques menus bémols à ce miracle annoncé, mais seuls quelques esprits passéistes et râleurs (dont nous avons la joie de faire partie) risquent de faire des remarques déplacées. Je vais essayer de vous présenter ce dossier de façon un peu plus détaillée que ce que j’avais fait précédemment. Ne manquez pas de faire vos remarques ainsi que d’apporter quelques corrections à mon énoncé, si nécessaire, je ne suis un expert en rien et surtout pas en géologie !

La production du gaz de schiste n’est pas vraiment un phénomène nouveau puisque des gisements sont exploités depuis plus d’un siècle dans les bassins des Appalaches et de l’Illinois aux Etats-Unis. Les géologues tiraient jusqu’à présent parti des fractures existant naturellement dans la roche ; de nouvelles techniques, mises en œuvre depuis une dizaine d’années, permettent de provoquer artificiellement ces fractures et d’exploiter des gisements jusqu’à présent inexploitables. Une partie du gaz est en effet stockée dans les pores de la roche ou bien absorbée par la matière organique. Les moyens mis en œuvre pour extraire le gaz sont coûteux, mais la hausse rapide du prix des énergies fossiles ces dernières années rend leur exploitation rentable.  Pour obtenir une fracturation satisfaisante des roches, on injecte des quantités très importantes d’eau, additionnée de divers produits chimiques, à haute pression dans des forages horizontaux.
L’optimisme béat d’un certain nombre d’experts est lié au fait que les gisements de gaz de schiste sont nombreux sur la planète, et depuis une ou deux décennies de nouveaux puits ont été forés ou de nouvelles prospections ont lieu dans de nombreuses régions du monde. Très rapidement, les Canadiens ont emboité le pas à leurs voisins du Sud, et les Européens ont fait de même. Des prospections ou des forages ont lieu un peu partout sur notre continent, et les compagnies pétrolières se sont jetées avec avidité sur ce nouveau gâteau. De nouvelles installations sont en cours en Hongrie, en Autriche, en Pologne, dans le bassin de la Saxe en Allemagne ou dans le Sud de l’Angleterre. La Chine espère se procurer, dans un délai relativement court, une quantité de gaz de schiste équivalente à la moitié de sa consommation de gaz naturel et a entrepris une véritable marche forcée pour rattraper son retard et exploiter ses propres ressources naturelles en la matière.

La presse économique ne manque pas de se faire l’écho des perspectives mirifiques qu’offre cette « nouvelle » ressource qui tombe à point nommé pour compenser la baisse prévisible de la production pétrolière et permettra ainsi de prolonger une fuite en avant, apparemment sans limite, dans la consommation (le terme gaspillage serait plus approprié d’ailleurs) énergétique. En France, les médias sont encore relativement discrets car le lobby nucléaire pèse lourd sur la balance et il ne faudrait pas mettre des bâtons dans les roues à la relance du programme de construction de centrales nucléaires tous azimuths qui se met en place dans l’indifférence quasi générale. A force de nous rabattre les oreilles avec le « nucléaire » produit miracle pour résoudre toutes les crises et régler tous les problèmes de rejets de CO2, on omet souvent de préciser que de toute façon l’électricité, nucléaire ou, accessoirement, solaire, ne couvre pas tous les champs d’utilisation du pétrole et du gaz naturel. Devons-nous donc nous joindre à la meute et hurler nous aussi au miracle face à cette nouvelle manne énergétique que nous offre Dame Nature ? Malheureusement non, car les discours triomphalistes sur le gaz de schiste oublient de mentionner un certain nombre de facteurs qui rendent cette source d’énergie, elle aussi, très polluante. Voyons donc un peu quels sont les bémols qu’il convient d’ajouter sur la partition.

Premier point, et non le moindre, les techniques de forage par fragmentation hydraulique présentées comme la recette miracle pour récupérer dans le sol les nappes gazeuses qui y sont emprisonnées sont extrêmement polluantes. Des risques importants de contamination des nappes d’eau potables souterraines ont été mis en évidence dans un certain nombre de rapports d’expertise. Certes l’eau contaminée est en principe récupérée en sortie et stockée dans des bassins de surface, mais ni la récupération, ni le stockage n’offrent vraiment des garanties sérieuses ; de surcroît, il faut bien, un jour ou l’autre, se débarrasser de ce liquide polluant et donc le transporter dans des usines de retraitement… Les volumes de liquide pollué sont très importants : « La quantité d’eau dont il faut se débarrasser peut parfois dépasser, et de loin, celle qu’on injecte, car certains schistes sont eux-mêmes gorgés d’une eau saline, potentiellement toxique, qui se trouve expulsée avec le gaz extrait. » (*)
Le tableau brossé par Josh Fox dans le documentaire GasLand est édifiant : nappes d’eau polluées, habitants malades, décès d’animaux, présence de méthane inflammable dans les robinets d’eau… Si l’on ajoute, dans cette eau du robinet, des traces de benzène et d’autres composés chimiques, on obtient un cocktail des plus sympathiques… De quoi faire réfléchir les citoyens au point que l’agence gouvernementale de protection de l’environnement aux USA (EPA) a décidé de reprendre son étude de 2004 dont les premières conclusions étaient des plus lénifiantes. Josh Fox s’est livré à une enquête approfondie auprès de nombreuses personnes habitant à proximité des gisements en exploitation, après avoir lui-même reçu l’offre d’une compagnie lui proposant d’installer des puits sur ses terres agricoles. Rappelons qu’en 2004, un certain Dick Cheney, ardent défenseur des intérêts pétroliers nationaux (ancien PDG de la société Halliburton), se trouvait en poste à la Maison Blanche. Une étude de l’association PropPublica montre que le rapport présenté sur le caractère inoffensif de l’extraction des gaz de schiste a fait l’objet de compromis nombreux entre l’EPA et l’industrie.

Deuxième point, le méthane est l’un des constituants principaux du gaz naturel et des quantités non négligeables (1,5 % du volume du gaz extrait selon le ministère US de l’énergie) sont rejetées dans l’atmosphère lors de l’extraction : le méthane a un effet de serre 25 fois plus important que le CO2. Même si le bilan carbone de la combustion est meilleur que celui du mazout ou du charbon, les quantités de gaz libérés lors des forages – élément sur lequel les partisans du gaz de schiste sont fort discrets – font largement pencher la balance du mauvais côté.  « Selon le ministère américain de l’énergie, la combustion du gaz naturel produit, en moyenne, 50 kg de CO2 par GJ (Giga Joule), comparé à 68 pour l’essence, 69 pour le diesel et 89 kg de CO2 par GJ pour le charbon. Cette comparaison est toutefois incomplète, car elle n’inclut pas les gaz à effet de serre produits durant les phases d’exploration et d’exploitation, de même que pour le transport de ces combustibles jusqu’à leur point d’utilisation. » (*) Lorsque l’extraction a lieu dans des couches de schistes noirs, on trouve, en plus du méthane, des quantités importantes de CO2 également rejetées dans l’atmosphère et qui cumulent donc leur effet avec le méthane.

Troisième point, non négligeable, et si souvent évoqué par les adversaires des éoliennes, l’impact paysager de toute cette infrastructure qui est mise en place : installations de forage, bassins de stockage (parlez aux Hongrois des bassins de rétention, c’est un sujet sur lequel ils sont intarissables), réseau routier, usines de retraitements, gazoducs… Tout cela transforme un paysage en profondeur ; en témoignent les reportages diffusés à plusieurs reprises à la télévision, sur les zones d’exploitation des schistes bitumineux en Alberta (Canada). Certes, la procédure diffère quelque peu, mais les résultats « visuels » sont plus qu’inquiétants. S’ajoute à cet aspect esthétique, la quantité de risques liés à l’exploitation et au transport d’une matière gazeuse.  La prévention efficace de ces risques nécessiterait l’élaboration d’une réglementation très stricte et surtout une mainmise beaucoup plus conséquente des différentes agences chargées de faire respecter cette réglementation. « [Pendant] l’été 2010, à quelques semaines d’intervalle, trois accidents majeurs se sont produits dans cet État [Pennsylvanie NDR]. Un premier puits, ne disposant pas d’un système de contrôle de la pression adéquat, explosa dans le nord en juillet 2010. Personne ne fut touché. Les opérateurs d’une foreuse en Virginie occidentale ne furent pas aussi chanceux lorsque, quelques jours plus tard, celle-ci explosa en frappant une bulle de gaz, blessant sept personnes. Deux autres travailleurs furent tués dans un troisième incident au nord de Pittsburgh, alors qu’un puits explosa dans des circonstances qui ne sont pas encore complètement élucidées… » (*)

De nombreuses études environnementales sont en cours au Québec où s’est développé un vigoureux mouvement de protestation contre l’exploitation sans contrôle de cette nouvelle source d’énergie. L’Association Québecoise de Lutte contre la Pollution Atmosphérique (AQLPA) demande un moratoire sur le forage de nouveaux puits en attendant que des études plus complètes soient menées sur les conséquences de cette exploitation. D’importants gisements ont été découverts, notamment dans la vallée du Saint-Laurent, dans une zone peuplée et disposant de terres agricoles fertiles. Les opposants font valoir le fait qu’avant de se lancer dans une nouvelle fuite en avant énergétique, il serait intéressant de lancer une étude critique de la consommation actuelle et du gaspillage énorme que l’on fait des énergies fossiles dont l’exploitation est en cours. Il est intéressant, à ce sujet, de lire le rapport qui a été remis au BAPE (instance gouvernementale chargée de l’environnement au Québec) par Greenpeace Canada. L’AQLPA estime que le cadre juridique actuel du pays ne permet pas de cadrer correctement les prospections : la loi doit évoluer pour mieux prendre en compte les nouvelles menaces que l’exploitation intensive du gaz naturel peut faire peser sur l’environnement.

Qu’en est-il de la situation en France à ce jour ? Le cri d’alarme poussé par Fabrice Nicolino dans son blog « Planète sans visa » – Du gaz à tous les étages (et près de chez vous) – a été l’un des déclencheurs de cette chronique. La situation évolue en effet très vite, sans qu’aucune information sérieuse des citoyens ne soit faite, comme c’est trop souvent le cas dans notre pays. Fin mars 2010, Total a annoncé avoir obtenu un permis d’exploitation dans la région de Montélimar. Cette autorisation lui a été accordée par le ministère de l’écologie (ce brave Mr Borloo), à l’époque où celui-ci gérait (encore) les problèmes énergétiques. Total n’a pas été le seul bénéficiaire de ces largesses : GDF-Suez et la compagnie américaine Schuepbach Energy en ont profité également. « En mars dernier, le ministère « de l’Ecologie » a accordé des permis d’exploration à Total, GDF-Suez et à la firme américaine Schuepbach Energy LLC. Les sous-sols à explorer se trouvent dans des zones allant de Montélimar à Montpellier, en Ardèche et sous le plateau du Larzac. Pour ce dernier secteur, Schuepbach s’est vu accorder l’exploration d’un bassin sédimentaire de 4400 km2. » (**) On trouve la précision suivante dans la presse économique : « Schuepbach Energy s’est déjà engagé à investir 1,72 million d’euros sur le permis de Nant (Aveyron), qu’il s’est vu accorder pour une durée de trois ans… »
On se doute que derrière cette ruée vers le nouvel or noir se cachent des enjeux non seulement économiques mais également géopolitiques. Les Etats-Unis, par exemple, pourraient, d’ici quelques années, être en état d’autosuffisance gazière et moins dépendants des gisements de pétrole du Moyen-Orient. Le gaz de schiste représentait 1% de la production gazière US en 2000 ; en 2010, on parle désormais de 12%.  L’Europe, bien qu’elle ne dispose pas de ressources aussi considérables, pourrait réduire sa dépendance du gaz naturel russe… et ainsi de suite. Apprenez au passage que le sous-sol de l’Iran, renferme d’importantes quantités de ce gaz. On se doute que, face à des enjeux pareils, le poids des questions environnementales risque d’être sérieusement minoré. Les grandes compagnies pétrolières ont pris le relai (ou le contrôle) des petites sociétés qui, jusqu’à présent, géraient ce créneau énergétique relativement étroit. Les agences de com sont à l’ouvrage et les sirènes de la propagande s’apprêtent à entonner leur couplet victorieux… Rien de bien nouveau à l’horizon dans tout ce bazar !

Notes – (*) « la révolution des gaz de schiste », ouvrage publié en novembre 2010 –  auteur Normand Mousseau – éditions Multimonde.
(**) texte complet sur le site de José Bové

Illustrations – La plupart des images utilisées proviennent de sites québecois engagés dans la lutte pour un moratoire sur l’exploitation du gaz de schiste, parmi lesquels « Les ami(e)s du Richelieu » et « Québec Solidaire« . On peut se référer également à Greenpeace Canada pour ce qui est, par exemple, de l’exploitation des sables bitumineux en Alberta : les photos publiées dans le cadre de ce dossier sont édifiantes.

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22novembre2010

« Zapping de l’actu » méthode « Feuille Charbinoise »

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....

On continue la série « mieux vaut en rire qu’en pleurer » sur la richesse de l’info dans nos médias… J’emprunte la méthode « revue de presse » à Coluche, Guy Bedos, et bien d’autres, en l’assaisonnant à ma sauce à moi et en élargissant le champ couvert ; politique certes, mais aussi chiens écrasés, nouvelles à double sens (enfin, je me charge de vous offrir un deuxième sens), marronniers, imbécilités pures… Je me lance sans plus attendre car l’actualité est riche : quatre jours d’information sur le web (désolé, je ne regarde pas la messe à la télé) et hop la chronique est remplie… Une dernière remarque, les titres choisis ne sont absolument pas hiérarchisés, traités en trente secondes maxi, et présentés dans le plus grand désordre apparent. Mais ça, vous avez l’habitude, c’est la règle d’or d’un bon journal télévisé !

« Les experts du FMI débarquent à Dublin » (Figaro.fr 18/11) – « Une mission conjointe du FMI, de la BCE et de la Commission européenne est attendue ce jeudi à Dublin pour parler restructuration du secteur bancaire. Une visite qui ressemble fort à la première étape du plan de sauvetage tant attendu par les marchés… » Moi, ce titre-là, ça me fait irrésistiblement penser à l’image du nuage de sauterelles sur un champ de blé. Planquez vos trèfles verts amis irlandais, ça craint pour vos abattis. Le FMI, on l’a vu à l’œuvre en Grèce, en Roumanie, au Portugal (pour ne parler que d’un continent). Après son passage, l’herbe met un moment à repousser dans les champs des plus démunis.

« Un violeur de chèvres condamné à cinq mois de prison avec sursis » (20minutes.fr 18/11) – « Il violait ses victimes avant de les laisser pendues à des arbres. Le violeur de chèvres a été condamné mercredi à cinq mois de prison avec sursis. Mis à l’épreuve pendant 2 ans, il devra suivre une thérapie. » Sans commentaires car la détresse humaine n’a rien de drôle. La seule question que je me pose c’est sur l’intérêt pour les agences de presse de communiquer des informations pareilles… Pour faire un exemple et impressionner ceux qui seraient tentés de suivre la même voie avec les girafes ou les hamsters ?

« Pédophilie: Les cardinaux se réunissent ce vendredi au Vatican » (20minutes.fr 19/11) – « Ils vont débattre des scandales des abus sexuels, mais la réunion doit se tenir à huis clos… » Je les comprends un peu les pingouins, ce ne sont pas des ébats que l’on pratique sur la place publique…

« Rome débloque des fonds pour régler les ordures de Naples » (agence Reuters) – Dans ce titre, deux mots m’interpellent : « régler » et « ordures »…. Comment doit-on les interpréter ? Pour régler par exemple, le lecteur doit-il comprendre « payer ses factures », « trouver une solution » ou « régler son compte à l’AK 47 » ? Quant à « ordures », le champ sémantique est si vaste que l’on est en droit d’avoir des doutes. Je me demande par exemple si Berlusconi est natif de Naples… Cela ne concerne en tout cas pas les gens de la ligue du Nord, sinon ils auraient choisi un autre nom… Messieurs les journalistes essayez de ne pas trop jargonner. Au petit matin, j’ai du mal !

« Jean-Pierre Havrin: « La police ne peut pas rester l’ennemi de la population » » (20minutes.fr 19/11) – Le gars qui écrit ça, c’est l’adjoint au maire socialiste de Toulouse chargé de la sécurité (pas la sociale, l’autre). S’il veut que les Robocops que l’on a vus à l’œuvre dans une tentative de rapprochement de grande envergure aux mois d’octobre et de novembre obtiennent un réel résultat, je lui suggère, pour commencer, de lire cette étude édifiante parue sur le blog « Numéro lambda » ; ça s’intitule « Nouveau pour mutiler les manifestants, les grenades flash-bang« . L’article détaille les performances du nouveau matériel utilisé par la police pour réprimer les « troubles de l’ordre public ». Comme le fait remarquer l’auteur, le « flash-ball » commence à devenir un peu « has-been », mais heureusement, il y a les grenades assourdissantes. Celles-ci, non contentes de vous malmener les tympans, projettent sur une dizaine de mètres des rectangles de caoutchouc provoquant de nombreuses blessures. Tout ce petit matériel sympathique est heureusement considéré comme non létal. Les manifestants/tantes grenoblois/bloises ont déjà eu l’occasion de le tester en grandeur nature…

« Un chien héros de l’Afghanistan euthanasié par erreur » (20minutes.fr 19/11) – « lorsqu’il était en Afghanistan, l’animal a effrayé un kamikaze qui avait le projet de se faire exploser au beau milieu d’une base militaire. Blessé, l’animal a pu regagner les Etats-Unis à la fin de la mission de son maître. » Heureusement que pour l’instant ce genre d’incident n’a lieu que pour les chiens. Il ne faudrait pas que des employés zélés l’élargissent à divers galonnés ou autres costume-cravate de retour de mission… Genre, je me suis piqué les doigts en épinglant une médaille ; allez hop ! euthanasie !

« Le bébé pleure pendant qu’il joue à la Xbox, il le tue » (20minutes.fr 19/11) – Bon c’est promis, je n’en mettrai plus d’autres d’un goût aussi douteux, du moins dans cette série. Là encore, je me pose le même genre de question que pour le violeur de chèvres. On comprend qu’à ce stade de ludo-dépendance, l’intéressé ne se sente guère concerné par les manifestations contre la réforme des retraites. Heureusement d’ailleurs car le boulot deviendrait compliqué pour les forces de l’ordre. On risquerait de voir des titres du genre : « Le policier veut le frapper pendant qu’il joue à casser des voitures, il le tue ». Effrayant…

« Prudente la Bourse de Paris fait un petit pas en arrière » (Le Figaro 19/11) – Je vois très bien la scène : la bourse, jeune fille en tutu rose, tout intimidée, évolue gracieusement sous les yeux d’un public de braillards boostés à la cocaïne. Trois petits pas en avant, une révérence gracieuse, un petit pas en arrière… Quand on pense que pendant ce laps de temps très bref, quelques gros couillons se sont remplis les poches pendant que d’autres, plus petits (mais couillons quand même) se demandaient s’il allait falloir revendre les bijoux de madame. Ainsi va le monde, géré à hue et à dia par quelques petites ballerines hésitantes. Espérons qu’un infâme terroriste afghan (palestinien, yéménite, iranien, anarchiste… rayez vous même les mentions inutiles) n’en aura pas profité pour disséminer des peaux de bananes sur la scène internationale.

« La petite-nièce de Giscard d’Estaing participe à Miss France : l’ex-président est « très heureux » » (Le Post 20/11) – Et nous donc ! Si elle perd, elle fera une tentative pour le titre de « Miss Volcan ». Son « grand-tonton » ne manquera pas d’appuyer sa candidature. Comme disait l’autre, un diamant de plus dans la collection de l’ex-président. En lisant l’article complet, on se dit que le journaliste qui a pondu ça mérite toute notre admiration pour son travail d’enquêteur. Il ne s’est pas contenté d’interviewer Madame Michu, mais a joint tous les maires qui, de près ou de loin, pouvaient avoir un lien quelconque avec la jeune femme. Ça donne par exemple ça : « « Ce sont des gens très sympathiques, qui rendent service à la commune en faisant des dons, par exemple pour les personnes âgées », ajoute-t-il (le maire de Trifouilly les oies). « Ils m’ont téléphoné il y a environ un mois pour me dire que leur fille avait été élue miss Normandie ». »

« DSK rencontre Royal : que se sont-ils dit ? » (Le Post 20/11) – Ça me rappelle un sketch de Coluche sur le journaliste qui n’a rien à dire sur un non événement. La lecture approfondie de cette « news » de premier ordre permet d’apprendre qu’auparavant DSK avait rencontré son pote Nicolas à l’Elysée et l’avait félicité pour le programme « ambitieux » de la France au G20. Malgré le micro placé sous la cafetière et la caméra cachée dans le lampadaire halogène, le journaliste n’a rien pu apprendre sur les petits échanges DSK/Royal… Du coup, le pauv’gars en est réduit à faire des probabilités… 1% de chance qu’ils se soient dit… 80 % qu’ils aient parlé de… Je vais donc en rester aux conjonctures moi aussi : il est fort peu probable que DSK ait expliqué à sa concurrente comment on faisait pour fabriquer un cocktail Molotov. Il y a cent pour cent de chances pour que les mots élections ou Président aient figuré dans leurs échanges…

« Liens sociaux chez les macaques : des amitiés politiques » (Maxisciences 20/11) – Promis, juré, aucun rapport avec l’article précédent. J’ai trop de sympathie pour les macaques. « Nous avons pu montrer que [pour un individu] les bénéfices issus d’alliances augmentent via la manipulation de ses propres liens sociaux et de ceux des autres, ce qui est une des définitions de la politique ».

« Le Vatican dément tout changement de position sur le préservatif » (AP 21/11) – Sacrément équivoque comme phrase… D’accord j’ai mauvais esprit et je vois toujours l’axe du mal là où il n’est pas, mais, mon cher Benoit, qu’entends-tu exactement par là ? Laisses-tu entrevoir la possibilité d’un autre positionnement pour le préservatif, lequel te conviendrait mieux ? Je crois qu’il est grand temps que l’Eglise Catholique Romaine (ECR à ne pas confondre avec EPR) fasse un geste en ce qui concerne le célibat des papes. J’adorerais voir un reportage sur TF1 à propos du mariage de ce papounet exécré.

« Le Brésil veut se doter de six sous-marins nucléaires pour protéger ses réserves de pétrole » (Le Monde 22/11) –  Quant à la France pourquoi n’envisagerait-elle pas la construction de six sous-marins propulsés au fuel pour protéger ses centrales nucléaires ? J’aime quand on œuvre activement pour la paix dans le monde. Comme le disait la grand-mère de l’un de mes amis, c’est quand même dommage de fabriquer du beau matériel comme ça et de ne pas s’en servir, même pas un chouïa. Au fait, contre qui le Brésil veut-il se protéger ? Le Yémen ? La Corée du Nord ? Le Bélize ? Rien de tel qu’un sous-marin pour se protéger d’une attaque massive de terroristes arrivant en barque ! Il me semble que ce pays, tout comme le nôtre, a d’autres urgences budgétaires que d’équiper ses militaires pour qu’ils fassent joujou dans leur baignoire…

Eh bien voilà : quatre jours d’actualité condensée ! Et encore, je n’ai pas tout noté, je vous ai fait cadeau des dépêches redondantes, ou de celles dont le titre était d’une platitude navrante. J’ai fait l’effort de vous sélectionner la fine fleur de mes lectures. Je le referai sans doute de temps en temps, mais pas trop souvent car je ne voudrais pas que vous croyiez que j’ai autant de temps à perdre que ça. Je ne crois pas que la diffusion de l’info en continu sur Internet ait aggravé la situation, si j’en juge par ce que l’on trouvait comme « matière à réflexion » dans les « Dauphiné Libéré » et autres « Progrès » de mon enfance. Quant au « Petit journal illustré » période 1890-1900 il distrayait ses lecteurs avec des « nouvelles » qui étaient tout aussi futiles. On se retrouve bientôt pour des sujets plus sérieux. Bon début de semaine !

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16novembre2010

J’t’en cause moi de remaniement ?

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Vive la Politique.

Ah l’actualité bandante des petits matins de novembre… Heureusement qu’il y a Grand Guignol et ses marionnettes pour apporter un brin de piment dans la ratatouille ! Allons-y, plongeons dans l’arène palpitante de la vie politique…  La rue en proposait un, de remaniement – un vrai – soutenue par les deux tiers de l’opinion publique, mais il est clair qu’elle n’a pas été entendue. Visiblement, les « démocrates » qui nous gouvernent ont un solide bouchon de cérumen dans les oreilles. A moins d’un bon coup de pied là où je pense, je ne vois pas trop comment on va le faire sauter… Le grand Charles aurait au moins magouillé un référendum à sa façon pour clore le bec aux lanceurs de pavés… On notera quand même le talent des aboyeurs aux ordres qui ont réussi à distraire le public avec cette histoire de ballet ministériel pendant un temps désespérément long… Je ne suis pas sûr que la foule ait été vraiment distraite, mais si c’est le cas, ces journaleux de misère, on pourra toujours les recaser à la foire du trône, comme bonimenteurs, quand on aura fait le grand ménage qui s’avère de plus en plus indispensable. Je vois bien Pujadas, l’homme à la laisse d’or, avec sa clique, argumenter dans un mégaphone pour inciter le bon peuple à venir visiter la galerie des monstres… Quoique… il leur faudra vraiment du talent pour inciter les gens à venir admirer la collection de politicards vérolés que l’on présentera dans des bocaux de formol (les techniques de momification sont trop coûteuses et n’est pas Staline qui veut…). En attendant, vous pouvez toujours faire chœur avec les pompoms girls de l’UMP : « il était un petit Fillon (bis) qui avait déjà beaucoup navigué (bis) mais pas assez pour être retraité… au gué au gué ! » à moins que vous ne préfériez le chœur des vierges socialistes et son solide refrain de bateleur : « Un jour viendra, au bris au bris, la DéeSse Ka, au bris au bris, elle nous r’dressera, au bris au bris, et on chantera… »

En tout cas me voilà pleinement rassuré, et ce, pour tout un tas de raisons que je m’en vais vous exposer d’un seul souffle. D’abord je suis satisfait de voir le gars condamné pour racisme prendre en charge le problème de l’immigration, en complément de son portefeuille de premier flic de France : c’est parfaitement logique si l’on veut faire vraiment risette aux ploucs du front nazional. Ensuite je suis vraiment ravi d’apprendre que l’autre insignifiant (je n’arrive jamais à me rappeler son nom) conserve la responsabilité des craies et des ardoises. Le seul domaine dans lequel il est vraiment efficace c’est le balayage. S’il continue, avec un peu d’assiduité, le ménage que le petit timonier lui a confié, d’ici peu la France sera le seul pays au monde où l’on enseigne sans enseignants. De toute façon, faire des études prolongées pour devenir flic ou chômeur, c’est coûteux pour la nation et totalement inutile. En réalité maintenant je m’en fous un peu puisque je dépends de celui qui s’occupe des anciens combattants du tableau noir… Mon bonheur est sans limite – je pense que vous me comprendrez puisque j’étais dans la rue en décembre 95 pour l’applaudir à tout va – quand j’apprends que l’on va confier les réparations de notre baignoire flottante et l’organisation des défilés costumés du 14 juillet à notre grand chauve national. Et d’une il va rester maire de Bordeaux (je n’aime pas les Bordelais – racisme primaire j’en conviens) et de deux il va arrêter d’emmerder les Québecois (j’aime bien les Québecois – j’ai bien le droit de jouer au jeu pourri de la préférence nationale). Ce gars, il a une tête à avoir joué aux soldats de plomb toute son enfance – donc il s’y connait – et de plus il a une solide réputation d’écologiste. Selon toute logique, nos chars d’assaut devraient bientôt rouler aux nécro-carburants et notre marine retrouver ses bonnes vieilles voiles d’antan (c’est dommage pour les chênes de Tronçais).

Avec Mme KM, l’écologie est en de bonnes mains : autant qu’elle y reste. De plus, ce bon Monsieur Fillon a eu l’idée judicieuse de virer les problèmes énergétiques de ce ministère-là pour les confier aux finances et à l’industrie et c’est logique. Il y avait une mauvaise répartition des taches : en quoi les histoires d’uranium, de pétrole et de gaz de schiste peuvent-elles concerner les responsables des pelouses et des ronds-points fleuris ? Il est plaisant de voir qu’un homme convaincu des bienfaits du nucléaire prenne en charge le dossier énergétique et l’aborde uniquement sous l’angle financier. Entre deux cures de rajeunissement à Tchernobyl, il pourra confirmer l’efficacité dont il a fait preuve concernant la chasse aux immigrés clandestins en établissant un programme de construction de réacteurs EPR digne de la grandeur de notre beau pays. En Gaspésie ils ont un drapeau bleu blanc rouge avec une étoile jaune. Nous, on pourra bientôt adjoindre un symbole radioactivité à notre banal drapeau tricolore : ce sera plus seyant. De surcroit, on ne pouvait pas confier à des écologistes – fussent-ils d’opérette – la gestion d’un dossier aussi délicat que celui des gaz de schiste. Certains forages de prospection devant être exécutés au Larzac, je me demande si l’on n’aurait pas dû confier le dossier énergétique conjointement à l’armée et au budget… Le Larzac est un terrain de jeu bien connu des militaires ; ce serait leur donner une nouvelle fois l’occasion de jouer à saute-moutons.
Et puis tant que l’on conserve MAM et Roselyne, on ne peut qu’avoir le sourire aux lèvres. De plus, pour la première fois de l’histoire de la cinquième République depuis Louis XVI, nous allons avoir la joie d’avoir un couple de ministres ! J’espère qu’ils ne siègeront pas trop près l’un de l’autre lors des sauteries du mercredi… En matière de vaudeville on est déjà largement servis ! Je ne voudrais pas que notre pays, déjà dirigé par un couple d’artistes (tous deux chanteurs d’opérettes), donne une impression de trop grand relâchement moral : cela nuirait à notre image dans le NYT (New York Times pour les incultes). On ne badine pas avec la politique ! Demandez à ce cher Monsieur Woerth qui a dû s’éclipser malgré la gloire malodorante qui lui a dégouliné dessus grâce à la réussite de sa somptueuse réforme des retraites ! Je vous ai touché un mot de l’ineffable Roselyne, mais comme je ne suis pas un élève très attentif, je ne sais déjà plus de quelles babioles elle va s’occuper. Pardonnez moi aussi d’avoir omis de pleurer sur le départ de Kouchner, je n’ai plus d’oignons sous la main !

Inspirée par l’actualité récente et à la veille de son troisième anniversaire (17 novembre), la Feuille Charbinoise a décidé, elle aussi, de procéder à un grand remaniement (un remaniement complet et non un reniement – le MA reste et c’est essentiel). Le principal rédacteur s’est présenté sa propre démission, qu’il a accepté derechef, puis s’est ensuite auto désigné pour reprendre en charge les mêmes fonctions afin qu’un souffle nouveau apporte de l’oxygène à la rédaction et renouvelle le contenu un peu sclérosé des chroniques. Dès demain (promesse électorale), vous retrouverez donc la même signature à la base d’un certain nombre d’articles et j’espère que vous aurez conscience du changement profond qui va s’opérer dans le fond comme dans la forme de nos éructations. J’en ai profité au passage pour m’augmenter de vingt pour cent, compte-tenu de la progression irrésistible de l’audience feuillesque. Pendant que les regards sont tournés vers les abîmes élyséens, le FARC (Front Anarcho Rural du Charbinat) continue son travail de sape à l’égard des idées dominantes, partant du principe que seules les antithèses virulentes et les utopies galopantes ont été responsables, jusqu’à présent, d’un quelconque progrès de l’humanité. Si on laisse les moutons galoper derrière les lemmings, ils vont droit vers l’abime. Le père Lapurge, le père Peinard et le père Ubu sont nos maîtres à penser (il en faut bien trois, au moins un par bougie) ! Pour ce qui est du présent et de ses révolutions de palais, mieux vaut en rire, je crois, plutôt qu’en pleurer. Pendant qu’on vous distrait avec les comédiens de Matignon, on ne vous casse pas les pieds avec le choléra à Haïti au moins.

Comme disait ma vieille grand-mère, « un anniversaire s’en vient, une bonne bouteille s’en va… » Allez et consommez en paix, mes sœurs et mes frères, les boutiques de Noël sont pleines à craquer et les canards attendent, à la queue leu leu, l’ablation de leur foie cirrhotique.

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