6décembre2011
Posté par Paul dans la catégorie : La grande époque des chemins de fer; les histoires d'Oncle Paul.
Dix-sept mille coolies chinois, cinq mille kilomètres de voie ferrée, plus d’un mort au kilomètre…
En 1871, des négociations s’engagent pour que la Colombie britannique adhère à la confédération des états canadiens. Une condition est posée par les négociateurs de cette province : il faut que la confédération s’engage à construire, dans les plus brefs délais, une ligne de chemin de fer reliant les deux extrémités du pays : dans un premier temps, Toronto à Vancouver. Un groupe d’investisseurs privés empoche le contrat pour la construction de cette ligne après des tractations des plus suspectes : les subventions versées par le gouvernement canadiens sont considérables, et comme le marché a été truqué, le scandale qui suit cet accord est à la hauteur des sommes mises en jeu. L’affaire entraine la chute du gouvernement Macdonald en 1873, mais le projet de construction n’est pas abandonné pour autant, car la Colombie britannique fait de cette liaison ferroviaire une condition sine qua non de son adhésion. Si les Canadiens ne font pas le nécessaire, la province se tournera plutôt vers son grand voisin du Sud, les Etats-Unis, qui n’ont rien contre une extension de leur frontière vers le Nord. C’est un nouveau premier ministre, Alexander Mackenzie, qui se charge de relancer le projet. En 1881 est fondée la Canadian Pacific Railway qui a la responsabilité d’assurer la construction de la ligne. Le 15 février 1881 l’accord officiel est signé pour le lancement du chantier. La nouvelle compagnie reçoit des subventions énormes (25 millions de dollars de l’époque), est exemptée d’impôts à payer et surtout se voit offrir les terres de part et d’autre de la voie sur une grande superficie : dix millions d’hectares ! Ces cadeaux astronomiques font de la CPR une société très puissante, plus riche que l’état qui l’a subventionnée au départ. D’importants moyens techniques et surtout humains sont mis en œuvre. Le chantier, pourtant colossal, est pratiquement achevé au bout de trois années. En 1885, le premier train circule de l’Est à l’Ouest des montagnes Rocheuses. L’exploit est impressionnant ; les conditions dans lesquelles cette « grande œuvre » a été réalisée ternissent quelque peu son image : travailleurs surexploités, immigration de coolies chinois transportés comme du bétail, accidents du travail en quantité considérable… Seul le nuage de fumée du cigare des actionnaires de la compagnie est vraiment resplendissant. Voici comment le géographe Elisée Reclus décrit cette opération peu de temps après son achèvement :
« La Compagnie du Pacifique, comblée par les faveurs du budget, terres, argent, voies déjà construites, est plus riche que l’état lui-même : la grande ligne de Québec à Vancouver, a déjà 4932 kilomètres de longueur, et maintenant elle est plus que doublée par plusieurs voies, toutes tracées dans les mêmes conditions que la première, c’est-à-dire moyennant concession de terrains bordant les deux côtés du chemin et choisis naturellement parmi les plus fertiles. Une société de capitalistes se trouve ainsi propriétaire d’une superficie énorme de terrains, dont elle peut diriger la vente de manière à établir son patronage sur les acheteurs. La possession des meilleurs emplacements dans les villes qu’elle aide à fonder ajoute d’autres privilèges à son monopole des transports ; mainte cité n’a plus même accès au bord du lac ou du fleuve sur la rive duquel elle a été fondée. C’est un grand danger pour le peuple canadien d’avoir laissé se constituer une si puissante compagnie et de lui avoir fourni des armes dont elle ne manquera pas de se servir au profit de son intérêt privé contre l’intérêt public. La même société est, directement ou indirectement, maîtresse des bateaux à vapeur qui continuent sa ligne, d’un côté vers l’Angleterre, de l’autre vers la Chine et vers l’Australie. » (Elisée Reclus Géographie Universelle tome 15, 1890).
Le chantier est scindé en plusieurs tronçons confiés à différents responsables. Parfois il s’agit simplement de relier des morceaux de réseau qui existent déjà. En d’autres lieux comme les grandes plaines centrales du Canada, il est nécessaire de créer complètement la voie ferrée. La partie Ouest du trajet, avec en particulier la traversée des Montagnes Rocheuses, est la plus problématique. Le tracé choisi utilise les vallées transversales qui permettent de franchir les montagnes à une altitude raisonnable. La voie passe par le col de Kicking Horse, à 1625 m d’altitude. C’est à l’Ouest de ce mont que se situe la partie la plus scabreuse du trajet. En raison de la présence d’une chute d’eau d’environ 300 mètres de hauteur, il n’est plus possible de suivre le cours de la rivière Kicking Horse, il faut redessiner l’itinéraire et construire de nombreux ouvrages d’art. Le dénivelé reste malgré tout important : 4 et demi pour cent sur 7 kilomètres, ce qui est largement supérieur aux pentes communément admises pour la construction du chemin de fer à cette époque. Les convois franchissent cette section de voie à une vitesse très lente et plusieurs locomotives sont nécessaires pour tracter ou au contraire freiner les trains.
La direction du chantier pour la partie principale de la traversée des Rocheuses est confiée à un ingénieur américain, Andrew Onderdonk. L’homme estime que, compte tenu du budget qui lui est alloué et du salaire (pourtant dérisoire) qui est versé aux ouvriers irlandais et canadiens majoritairement employés sur le terrain, sa marge bénéficiaire sera beaucoup trop limitée. Il faut absolument réduire la masse salariale. La solution choisie à ce moment est de faire venir de nombreux ouvriers depuis la Chine, bien que la Compagnie ait promis au gouvernement canadien d’employer en priorité les travailleurs sans emploi de Colombie Britannique, puis ceux du restant du Canada, notamment les Québecois ou les Indiens. Mais les promesses n’engagent que ceux qui y croient, et très rapidement, les premiers ouvriers chinois sont recrutés, notamment dans les provinces maritimes du Sud de la Chine. D’autres proviennent des USA où ils ont déjà été embauchés sur le même type de chantiers. Compte-tenu des méthodes de recrutement assez opaques utilisées par la CPR, il est difficile d’estimer le nombre exact de travailleurs embauchés : celui-ci avoisine sans doute les dix-sept mille. Cet ordre de grandeur est largement suffisant pour se faire une idée de l’ampleur du chantier en cours.
Les coolies travaillent pour un salaire inférieur à celui des employés canadiens de la compagnie : généralement un dollar par jour. Dans bien des cas ils sont embauchés à la place de travailleurs locaux et l’hostilité des Canadiens, en particulier des habitants de Colombie Britannique, à leur égard est grande. On ne compte pas les incidents à caractère raciste, parfois très violents, qui se produisent pendant la durée du chantier. Pourtant les conditions de vie des coolies n’ont rien d’enviable : non seulement leur salaire est dérisoire, mais ils doivent rembourser aux négriers qui les ont embauchés, les frais de leur voyage, la nourriture médiocre qu’ils reçoivent, le logement… Si j’emploie le terme de « négrier » c’est que les conditions dans lesquelles ils effectuent la traversée depuis leur pays d’origine ne sont guère éloignées de celles dans lesquelles on transportait les esclaves noirs dans le cadre du tristement célèbre « commerce triangulaire ». De Hong Kong à Vancouver il faut plusieurs mois pour effectuer la traversée à bord des trois mâts de la compagnie ; ils sont entassés dans les cales et sur les ponts de ces bâtiments et l’eau et la nourriture sont strictement rationnées. Beaucoup meurent avant même d’avoir posé le pied sur la « terre promise »… A partir de la loi de contrôle de l’immigration votée en 1885, ils devront même acquitter une taxe de 50 dollars pour avoir le droit de poser le pied sur le continent américain.
Les conditions de vie dans les camps disséminés tout au long du chantier sont particulièrement difficiles pour tous les travailleurs, et encore plus pour les coolies. Ils ne sont pas pas organisés et ne disposent pratiquement d’aucun moyen pour se défendre. Plusieurs mouvements de protestation ont lieu pourtant : en 1881, des centaines de travailleurs, armés d’outils divers, se regroupent et marchent sur les bureaux de la compagnie dans la petite bourgade de Yale. Ils exigent le retrait d’une nouvelle taxe de 2%sur leurs salaires qui vient juste d’être promulguée. Beaucoup d’ouvriers espèrent accumuler un peu d’argent avant de rentrer dans leur pays, mais très peu ont les moyens de payer leur billet de retour. Aucune mesure de sécurité n’est prise pour éviter les accidents du travail et beaucoup de terrassiers sont estropiés ou meurent, victimes des éboulements, des explosions intempestives ou des blessures mal soignées. La nourriture est extrêmement carencée et les travailleurs sont, globalement, dans un état de santé déplorable. Les estimations du nombre de victimes varient, comme il se doit, d’un expert à un autre, mais le chiffre de plusieurs milliers de morts ne paraît pas exagéré. Si l’on ajoute à ce décompte macabre, les ouvriers canadiens et irlandais morts sur le chantier, on peut se permettre l’estimation d’un mort au kilomètre à la fin de cette entreprise colossale. Tout n’est pas perdu pour tout le monde, puisque l’on estime que l’embauche des immigrés chinois a permis d’abaisser le coût des travaux d’environ 25%, profit engrangé bien entendu non par le bailleur public des fonds, l’état canadien, mais par les dirigeants et les actionnaires de la CPR. Le conflit entre les travailleurs locaux, souvent organisés en syndicats, et les coolies immigrés dure pendant de nombreuses années… La réussite du projet est pourtant due en grande partie à ces derniers, sans vouloir réduire le mérite des Canadiens ! Le premier ministre Macdonald déclare en 1882 : « L’alternative est simple : soit vous acceptez ces travailleurs (les Chinois), soit il faudra renoncer au chemin de fer ! » Ce n’est qu’un siècle plus tard, en 1989, qu’un monument commémoratif rendant hommage aux travailleurs chinois est enfin construit.
Le Canada a pourtant tout lieu d’être fier de cette réalisation grandiose et le rôle économique et politique joué par cette ligne transcontinentale est considérable. En novembre 1885, le dernier rail est posé en Colombie britannique. En 1888, le train traverse l’intégralité du continent, de la côte Est à la côte Ouest. Le terminal côté pacifique est un petit village nommé Vancouver… La voie ferrée est pleinement opérationnelle, même si le passage par Kicking Horse reste parfois problématique. Les conséquences de l’établissement de cette liaison dépassent largement les limites frontalières du pays. A titre d’exemple, avant même la fin du siècle, la CPR offre un service de transport régulier permettant à un voyageur de se rendre de Londres à Hong Kong, via Montréal et Vancouver. Un bel exemple de monopole ! Certes le trajet, long et onéreux, est réservé à quelques voyageurs fortunés, mais il donne une idée des possibilités nouvelles qui s’offrent pour le transit des marchandises… Malgré le chargement et le déchargement dans les ports, la durée du transport est souvent réduite de plusieurs mois entre l’Europe et la Chine… Des centaines de milliers d’immigrants européens emprunteront cet itinéraire pour s’installer dans les grandes prairies au centre du Canada. Le train constitue en quelque sorte l’épine dorsale de la jeune confédération et donne un sens à l’unité entre des provinces qui n’ont, au bout du compte, que peu de points communs y compris sur le plan linguistique… A l’orée du XXème siècle, le trafic est considérable. Il a été amélioré par la sécurisation de la traversée des Rocheuses. De nouveaux tunnels ont été creusés et permettent d’éviter les zones où les éboulements sont trop nombreux. Deux nouvelles liaisons transcontinentales sont même mises en place avant le premier conflit mondial : le « Canadian Northern » et le « Grand Trunk Pacific »… Une fois la guerre passée, le déclin du trafic voyageur sera rapide – la concurrence de la route est redoutable – mais le trafic marchandise va garder toute son ampleur ; en témoigne la longueur des trains qui circulent de nos jours sur cette voie dans les Rocheuses. Les photos figurant à la fin de cet article donnent une petite idée de la longueur des rames !


crédit photos : N°1, 2, 8, 9 = « Conception Pourquoi Pas, Sébastien Chion – N° 3 = Bibliothèque et archives du Canada – N°4 et 5 = archives Parc Canada – N°6 = archives Royal BC Museum.
sources documentaires : multiples, avec une mention spécifique concernant le site « Ties that bind » s’intéressant plus particulièrement à la situation des travailleurs chinois.
30novembre2011
Posté par Paul dans la catégorie : Histoire locale, nationale, internationale : pages de mémoire; Portraits d'artistes, de militantes et militants libertaires d'ici et d'ailleurs.
Mollie Steimer est une personnalité peu connue et pourtant fort intéressante du mouvement anarchiste. Elle a eu une destinée hors du commun, ayant dû changer à plusieurs reprises de pays d’adoption et testé aussi bien les geôles capitalistes que celles de la Russie soviétique. Cet oubli de la mémoire collective, que je vais essayer de « réparer » un peu, est sans doute lié au fait qu’elle n’a jamais été une théoricienne, mais plutôt une femme d’action, totalement investie dans les luttes quotidiennes, en particulier dans la solidarité avec les victimes de la répression de tous bords… Une « indignée » avant l’heure puisque le terme est à la mode ! Nul doute qu’elle aurait fait partie de la fraction la plus radicale du mouvement OWS (Occupy Wall Street) ! Mollie Steiner est née le 21 novembre 1897 à Dunaevtsky en Ukraine. Elle émigre aux Etats-Unis en 1912, avec l’ensemble de sa famille, et s’installe à New York. Elle trouve du travail dans une fabrique de vêtements et se lance, très jeune (15 ans) et avec des convictions solides, dans la lutte syndicale. Elle découvre les livres de Kropotkine, Bakounine et Emma Goldman et adhère très rapidement aux idées anarchistes largement répandues dans le milieu ouvrier auquel elle appartient. En 1917 elle participe à la création du groupe Frayhayt, rassemblant une douzaine de militants anarchistes juifs installés à New York. Les membres du groupe partagent un grand appartement dans le quartier de Harlem et organisent de nombreuses réunions militantes à cette adresse. Ils font l’objet d’une surveillance active de la part de la police US. Ils publient un journal clandestin, écrit en yddish et intitulé « the storm ».
Le 23 août 1918, six membres du groupe, parmi lesquels figure Mollie Steimer, sont arrêtés et emprisonnés sous l’inculpation de propagande antimilitariste et de sabotage de l’effort de guerre américain. Les anarchistes ont publié un tract dans lequel ils remettent notamment en cause l’intervention US en Russie après la signature de la paix de Brest Litovsk par les Bolchéviks. « Travailleurs, notre réponse contre cette intervention barbare doit être la grève générale ! »L’affaire est grave. L’interpellation des accusés est si violente que l’un d’entre-eux, Jacob Schwartz, décède à cause de la violence des coups qui lui ont été portés par les policiers. Les cinq accusés encore en vie sont convoqués au tribunal le 25 octobre. Mollie Steimer profite de la tribune pour défendre ses positions politiques avec la plus grande véhémence : « par anarchisme, j’entends un nouvel ordre social dans lequel aucun groupe humain ne pourra être gouverné par un autre groupe humain. La liberté individuelle devra prévaloir dans tous les sens du mot. La propriété privée devra être abolie. Chaque personne devra avoir une chance égale de se développer, aussi bien mentalement que physiquement. Nous n’aurons pas à combattre pour notre survie quotidienne comme nous avons à le faire actuellement. Personne ne pourra vivre au dépens du travail des autres. Chaque personne pourra produire autant qu’elle le peut et recevoir autant qu’elle en a besoin […] Alors qu’à l’heure actuelle, les peuples du monde sont partagés en différents groupes baptisés « nations » – chaque nation s’opposant aux autres dans une compétition incessante, les travailleurs du monde se serreront les mains les uns les autres en s’aimant d’un amour fraternel… ». On se doute du fait que de telles déclarations ne vont pas amadouer le tribunal ! Le verdict tombe, particulièrement sévère : les 5 accusés sont condamnés à de lourdes peines de prison. Le jury s’appuie sur la législation anti-espionnage qui a été mise en place par le gouvernement. En ce qui la concerne, Molly Steimer est condamnée à 15 années d’emprisonnement… Quinze années d’enfermement pour de simples écrits ! On imagine les difficultés qu’éprouvent les opposants à la guerre pour s’exprimer et la répression qui s’exerce, pendant ces années-là à l’encontre du mouvement syndical et de l’opposition politique d’extrême gauche… Les exemples de cette répression sordide ne manquent pas, ne serait-ce par exemple que la mort de Joe Hill, militant bien connu des IWW, exécuté le 19 novembre 1915, après un jugement sommaire reposant sur des documents fantaisistes…
Les autres membres du groupe sont condamnés à des peines encore plus lourdes (jusqu’à vingt années d’emprisonnement) et une partie de l’opinion publique va être choquée par la sévérité de ce jugement. Molly Steimer n’est pas emprisonnée immédiatement ; les condamnés ont fait appel et sont libérés sous caution. Elle reprend aussitôt ses activités révolutionnaires. Pendant plusieurs mois, la police va jouer au « chat et à la souris » avec elle : arrestation, emprisonnement, libération… puis le cycle recommence… huit fois. Elle a l’occasion, pendant cette période, de faire plus ample connaissance avec Emma Goldman, militante anarchiste convaincue elle aussi. Finalement, le 30 octobre 1919, Mollie Steimer est incarcérée à Blackwell Island, puis, en avril 1920 à la prison de Jefferson city. Elle restera enfermée 18 mois dans ce lieu sinistre ; les conditions de sa détention sont particulièrement sévères. C’est une période difficile de sa vie, pendant laquelle elle perd successivement son frère (victime de la grippe) et son père. La Cour Suprême maintient sa condamnation en s’appuyant sur le « sedition act » qui permet de renforcer la répression contre les opposants politiques. Les défenseurs des prisonniers d’opinion ne restent pas inactifs, et ils réussissent à obtenir de l’attorney général A. Mitchell Palmer le fait que la peine de prison de Mollie Steimer et de ses co-inculpés, puisse être commuée en expulsion du territoire. Dans un premier temps, et contrairement à ses compagnons, Mollie refuse cette mesure de « clémence » : « les autres prisonniers politiques sont aussi mes camarades. Je pense que c’est très égoïste et contraire à mes principes, en tant qu’anarchiste-communiste, de demander ma liberté et celle de trois de mes camarades et d’abandonner les milliers d’autres prisonniers politiques qui croupissent derrière les barreaux des prisons américaines. » Finalement, après d’âpres négociations, elle accepte et quatre prisonniers sont libérés. Le comité de soutien finance leur voyage vers la Russie : retour à la case départ !
Bien que sa famille et ses amis restent aux Etats-Unis, Mollie Steimer est assez contente de voguer vers la Russie. « Je serai l’avocate de mon idéal, l’anarchisme communiste, dans n’importe quel pays où je serai ». Elle estime que son action de propagande est indispensable dans un pays où le gouvernement a confisqué le pouvoir, au nom du prolétariat, pour mieux asservir le prolétariat en question. Le 15 décembre 1921, elle arrive à Moscou avec plusieurs autres compagnons. Le gouvernement bolchevique en place n’apprécie pas du tout l’arrivée de ces militants qui sont jugés dès le départ « indésirables ». Sous les ordres du camarade Trotsky notamment, la chasse aux anarchistes bat son plein et la police politique est sans arrêt sur les pas des nouveaux arrivants. La même année, l’insurrection des marins révolutionnaires de Cronstadt a été réprimée dans un bain de sang. Le mouvement insurrectionnel ukrainien guidé par l’anarchiste Makhno a été vaincu également par l’armée rouge après un jeu machiavélique d’alliances et de trahisons… La situation devient vite intenable. Le 1er novembre 1922, Mollie est arrêtée avec son compagnon Senya Fleshin. Accusés d’aider les « criminels anarchistes » dans leur lutte contre la toute puissance du parti communiste, ils sont condamnés à deux années de travaux forcés en Sibérie. Ils organisent une grève de la faim dans leur prison de Petrograd, et sont finalement libérés ; ils sont assignés à résidence dans la ville, et soumis à un contrôle judiciaire permanent, ordres auxquels ils se hâteront de désobéir. Mollie retourne à Moscou pour militer à nouveau dans une association d’aide aux anarchistes emprisonnés. Nouvelle arrestation le 9 juillet 1923, nouvelle condamnation, nouvelle grève de la faim. Cette mesure arbitraire entraine une vague de protestations auprès de Trotsky, notamment de la part d’un groupe de délégués anarcho-syndicalistes au congrès international des syndicats (Profintern) : May Picqueray et Lucien Chevalier. Le gouvernement russe décide de se débarrasser définitivement de cette « empêcheuse de réprimer en rond » : Mollie Steimer est expulsée vers l’Allemagne ; elle rejoint à Berlin d’autres personnalités anarchistes célèbres de l’époque : Emma Goldman, Alexandre Berkman, entre autres… Tous sont terriblement déçus et inquiets de ce qu’ils ont pu observer en Russie.
Voici la manière dont Mollie Steimer rapporte ce qu’elle a pu voir :
« […] Je considère le gouvernement bolchevique comme le plus grand ennemi de la Russie. Son système d’espionnage est peut-être pire que partout ailleurs dans le monde. L’espionnage éclipse toute pensée, tout effort créateur ou action. Malgré les témoignages élogieux rapportés par des observateurs étrangers qui ont passé quelques semaines ou quelques mois sur le sol russe sous le contrôle de guides bolcheviques, et malgré les déclarations de ceux qui reçoivent l’argent des mêmes bolchéviques pour leurs services, il n’existe aucune liberté d’opinion en Russie. Nul n’est autorisé à exprimer un point de vue autre que favorable à la nouvelle classe dirigeante. Si un travailleur ose dire quoi que ce soit lors d’une réunion dans son usine ou dans une réunion de son syndicat qui ne soit pas favorable aux communistes, il est sûr d’atterrir en prison ou d’être surveillé par les agents de la GPU (le nouveau nom de la Tcheka) comme un contre-révolutionnaire. Des milliers de travailleurs, étudiants, hommes et femmes de haut niveau intellectuel, ainsi que des paysans sous-développés, mais intelligents, croupissent aujourd’hui dans les prisons soviétiques. Les autorités déclarent que ce sont des contre-révolutionnaires et des bandits. Bien qu’ils soient le fleuron le plus idéaliste et le plus révolutionnaire de la Russie, ils sont chargés de toutes sortes de fausses accusations devant le monde, tandis que leurs persécuteurs, les «communistes» qui exploitent et terrorisent la population, se disent révolutionnaires se présentent comme sauveurs de l’opprimé. Derrière une phraséologie révolutionnaire, se dissimulent des actes auxquels aucun gouvernement capitaliste de la terre ne se livrerait, sans entrainer une protestation immédiate provenant du monde entier. […] »
lettre écrite par Mollie Steimer à Berlin en novembre 1923.
Senya et Mollie ouvrent un studio photo à Berlin. La tranquillité relative ne dure que quelques années, pendant lesquelles le couple continue à militer à divers comités de soutiens aux anarchistes emprisonnés. Avec la montée en puissance du parti nazi et l’arrivée d’Hitler au pouvoir, les deux militants sont obligés de se réfugier en France. Ils rejoignent à Paris un groupe important de militants anarchistes en exil : Nestor Makhno, Peter Arshinov, Vsevolod Voline, Emma Goldman, Alexander Berkman, Rudolf Rocker… Mollie est intransigeante et ne fait guère de concessions sur ses idées. A plusieurs reprises elle se heurte avec Emma Goldman qui déclarera à son sujet : « Mollie Steimer est une fanatique au plus haut degré … Elle est terriblement sectaire, enracinée dans ses convictions, avec une volonté de fer. La force réunie d’une dizaine de chevaux ne pourrait pas la faire changer de trajectoire ! Mais avec tout cela, elle possède une ferveur et d’un dévouement exemplaire, animés par le feu de notre idéal. »
Le 18 mai 1940, la police française arrête Mollie ; elle est emprisonnée au tristement célèbre camp de Gurs, sans aucune possibilité de communiquer avec l’extérieur pendant sept semaines. Avec l’aide précieuse de May Picqueray, elle réussit à fuir le camp d’internement et à retrouver son compagnon. Compte-tenu de l’évolution de la situation militaire et politique, Senya et Mollie décident alors de quitter la France.
Ils retraversent l’Atlantique et s’installent cette fois au Mexique : la dernière étape de leur grande migration sera, dans un premier temps, la capitale, Mexico, puis la petite ville de Cuernava où ils se retireront à la fin de leur vie. Senya retrouve l’activité qu’il exerçait à Berlin et il ouvre un studio photo, dénommé SEMO (SEnya et MOllie) qui connait une certaine notoriété. Il possède un réel talent pour cette activité, et sera même qualifié par Paul Avrich de « Nadar anarchiste », du nom du célèbre photographe portraitiste français. Senya Fleshin réalise en effet de nombreux portraits de grande qualité d’autres militants du mouvement. Mollie travaille avec lui sans interrompre pour autant son activité de propagandiste infatigable de l’anarchisme. Ses talents linguistiques – elle parle et écrit le russe, le yddish, l’anglais, l’allemand, l’espagnol et le français – lui permettent d’entretenir une correspondance suivie avec des militants (tes) de pratiquement tous les pays et d’écrire des articles dans des journaux tout autour du monde. Ils prennent tous deux leur retraite en 1963. Elle meurt à Cuernava, le 23 juillet 1980, suite à un accident cardio-vasculaire. Elle est âgée de 82 ans. Toute sa vie, elle se sera battue pour défendre une vision de la société qui n’a guère sa place dans le monde. Elle a dû changer de domicile à de nombreuses reprises pour fuir la répression et elle a connu les prisons étatsuniennes, russes et françaises… Son nom figure dans de nombreuses biographies d’autres militants, et son parcours est bien connu ; son image apparaît dans au moins deux documentaires consacrés à sa camarade Emma Goldmann ; elle n’a rédigé aucun ouvrage politique majeur mais sa signature figure au bas de nombreux articles publiés dans la presse de l’époque. Paul Avrich, un historien libertaire (je n’emploierai pas le terme de « compatriote » car l’internationalisme de Mollie lui interdisait toute appartenance à une quelconque « patrie »), a rédigé un récit détaillé de sa vie, intitulé « Mollie Steimer, an anarchist life ».
Notes : la photo n°1 est empruntée au site « Anarcoefèmerides », qui publie chaque jour (en Catalan) un éphéméride très complet des événements survenus dans le passé du mouvement libertaire (le même travail est réalisé – en français – sur le site « éphéméride anarchiste »). La photo de l’appartement occupé par Mollie à New-York provient du site « knickerbockervillage« . La photo n°4 provient de l’excellent site documentaire italien « Tradizione libertaria ». L’adresse des deux « éphémérides » figure dans la liste de liens permanents du feuillard charbinois !
En complément à cet article, à propos de la répression des anarchistes en Russie Soviétique, on peut télécharger le texte complet de la brochure (photo n°4) qui a été publiée en 1923 par le groupe des exilés à Berlin (dont faisait partie Mollie Steimer). Première partie – Deuxième partie
Nous aurons l’occasion dans « la feuille charbinoise » de reparler de différentes personnalités simplement évoquées dans ce billet ; je pense notamment à May Picqueray et à Emma Goldman, figures incontournables, elles aussi, du mouvement libertaire international.

24novembre2011
Posté par Paul dans la catégorie : Carnets de voyage; vieilles pierres.
Bâtisseurs de l’âge du bronze en Sardaigne
Petite balade dans l’histoire, loin dans le passé : 1600 avant notre ère, des tours de forme tronconiques, massives, d’une hauteur inférieure à dix mètres, apparaissent en grand nombre sur l’île de Sardaigne. Elles se dressent souvent sur des promontoires dans des zones présentant un intérêt sur le plan stratégique. Ces premières constructions sont baptisées « protonuraghes » par les archéologues. Elles occupent une surface au sol relativement importante ; elles sont construites en empilant des quantités impressionnantes de blocs rocheux de formes diverses. Elles se terminent par une plateforme sur laquelle était sans doute aménagée un habitat surélevé, couvert en bois. Il y a peu d’espace libre à l’intérieur : seulement un couloir avec quelques « cellules » latérales. Un ou deux siècles plus tard apparaissent les nuraghes à « tholos ». Leur forme a évolué : plus élancée, occupant moins d’espace au sol. Au rez-de chaussée, se trouve une grande pièce circulaire au plafond en fausse voute (tholos). Dans l’épaisseur des murs on trouve non seulement un couloir circulaire mais également un escalier permettant d’accéder à l’étage supérieur. Les blocs de pierre, toujours assemblés sans aucun liant, sont mieux ajustés, surtout ceux employés dans la partie haute de la tour. Au fil du temps, les plans de construction deviennent plus élaborés… Les tours s’ajoutent les unes aux autres (jusqu’à dix-sept pour le nuraghe Arrubiu !) et transforment les nuraghes en bâtiments complexes possédant souvent plusieurs étages. La hauteur de la tour principale dépasse largement 10 m, atteignant parfois 20 m.
Dès 1400 apparaissent les premiers nuraghes que les archéologues nomment « complexes » (à titre de repère historique, c’est l’époque où règne Toutankhamon en Egypte). Plusieurs escaliers, intégrés dans les murs et partant soit du couloir périphérique soit de la pièce centrale, permettent d’accéder aux salles et à la plate-forme des niveaux supérieurs. Des murs de protection protègent l’ensemble des tours ; des couloirs étroits permettant de relier un édifice à un autre. La courbure d’une muraille dissimule une entrée, un étroit passage ou parfois un puits profond. Des cabanes viennent se grouper aux pieds de ces forteresses massives comme les alvéoles dans une ruche. Toutes les formes sont courbes, harmonieusement dessinées : les lignes s’enchaînent ; aucun angle ne vient jamais rompre cette architecture singulière. Les techniques de construction évoluent au fur et à mesure que les formes se complexifient. Le contact avec d’autres civilisations, grâce aux nombreux échanges commerciaux qui ont lieu avec les villes du pourtour méditerranéen, enrichit le savoir-faire des bâtisseurs et des artisans. Plusieurs comptoirs phéniciens s’installent au Sud de la Sardaigne au cours du huitième siècle. Les Mycéniens à leur tour s’intéressent à cette île qui occupe une position stratégique en Méditerranée. Le développement des nuraghes entre dans sa phase finale : le rythme de construction ralentit considérablement. Au moment de la conquête de l’île par les Carthaginois, au VIème siècle avant notre ère, les nuraghes sont toujours occupés, mais il semble qu’aucune forteresse nouvelle n’ait été érigée depuis pas mal de temps…
Avec le temps, les nuraghes sont donc devenus des ensembles architecturaux d’une complexité étonnante. Les blocs massifs constituant le bas des murailles sont choisis avec soin. Leur origine géologique varie selon les régions. Ils sont très souvent parfaitement ajustés et parfois même taillés. Aucun mortier n’est utilisé pour les assemblages : il s’agit de constructions en pierres sèches. Des villages de plus en plus importants se groupent au pied de ces ensembles fortifiés (les archéologues ont dénombré jusqu’à plusieurs centaines de bâtiments sur certains sites). Des sanctuaires, des puits sacrés, des hébergements pour les pèlerins s’installent à proximité également. L’eau, comme tous les autres éléments, joue un rôle central dans la culture nuragique. La Sardaigne est une terre opulente et exporte de nombreuses productions vers les pays voisins. De vastes forêts recouvrent le fond des vallées et les flancs des montagnes. Lorsque les Romains occupent la Sardaigne, l’ère nuragique est terminée depuis plusieurs siècles, mais de nombreux bâtiments sont encore occupés. Certains le seront jusqu’au Moyen-Age en conservant parfois leur aménagement originel. Un certain nombre de nuraghes ont traversé les siècles sans trop souffrir et se dressent encore fièrement, plus de trois mille ans après leur construction. D’autres ont disparu, rarement victimes des outrages du temps, mais souvent parce que leurs matériaux ont été réemployés à d’autres usages (monuments romains ou médiévaux, empierrement de routes par exemple). On estime le nombre de monuments survivants à l’heure actuelle à plus de six mille, mais moins d’une centaine sont suffisamment préservés pour présenter un intérêt autre qu’archéologique. Dans l’histoire récente, les bergers sardes se sont largement inspirés des cabanes rondes des villages nuragiques pour bâtir leurs abris dans la campagne.
Deux questions (au moins) viennent à l’esprit à ce stade de mon récit : qui étaient les bâtisseurs de ces monuments singuliers ? Quelle fonction leur attribuaient-ils au final ? Les historiens ont été longuement hésitants, et par conséquent divisés, quant aux solutions à proposer à ces deux énigmes. Faute de posséder une écriture, les fondateurs de cette civilisation protohistorique n’ont pas laissé de témoignage sur leur travail et sur leurs motivations, autres que les vestiges de leurs constructions ou de leurs fabrications artisanales. Les seuls éléments qui permettent d’avancer des hypothèses et d’essayer de les valider par la suite, sont fournis par les récits laissés par d’autres peuples qui ont eu des contacts, plus ou moins fréquents, avec les Sardes à l’âge du bronze et surtout après.
Concernant l’apparition de la culture nuragique sur l’île, il semble qu’il y ait plusieurs pistes possibles et sans doute une synthèse à réaliser entre les diverses hypothèses des historiens. On peut trouver une réponse partielle à la première question en s’intéressant aux mouvements migratoires des peuples habitant la périphérie du bassin méditerranéen. Les Lydiens, peuple d’Asie mineure, ont massivement émigré de leur patrie d’origine, en fonction des comptoirs commerciaux qu’ils installaient. On retrouve leurs traces jusqu’en Etrurie. Il semble que l’île de Sardaigne ait servi d’étape à leur mouvement migratoire et qu’il y ait donc un lien étroit à établir entre Lydiens, Sardes de l’époque nuragique et Etrusques. Le déclin brutal de la Lydie a, par la suite, entrainé une rupture totale des relations entre ces nouveaux venus et leur patrie d’origine… Cette thèse est longuement développée par l’historien italien Massimo Pittau, et plusieurs de ses confrères s’y sont ralliés. Il ne faut cependant pas attribuer l’origine de la civilisation nuragique uniquement à l’arrivée des Lydiens. Avant qu’ils apparaissent sur les côtes de Sardaigne, l’île n’est pas une contrée désertique et sauvage. La population autochtone possède déjà une civilisation très évoluée. Six mille ans avant notre ère, on trouve par exemple des céramiques très ouvragées (comme le vase découvert dans la grotte verte non loin d’Alghero). Ces réalisations de qualité n’ont rien à voir avec de quelconques visiteurs extérieurs à l’île, mais sont bien des fabrications locales. Dolmens, nécropoles (« domus de janas ») ou tombes de géants se dressent un peu partout sur l’île. Les fouilles archéologiques ont révélé la présence de nombreux objets et monuments antérieurs à la construction des nuraghes. Les bâtisseurs de ces monuments splendides bénéficient donc de l’apport d’influences à la fois intérieures à leur propre pays et extérieures. Les progrès des techniques de navigation sont pour beaucoup dans ces échanges.
En ce qui concerne le rôle joué par ces tours, simples ou multiples, plusieurs hypothèses ont été avancées également et il est fort possible que chacune représente une part de vérité, en fonction des monuments et surtout de la période à laquelle ils ont été bâtis. S’agissait-il de logements destinés à des personnalités importantes dans une tribu (chefs ou chamans), de structures fortifiées appelées à jouer un rôle essentiellement défensif, de monuments ayant une portée essentiellement symbolique, à savoir l’affirmation de la puissance d’un individu ou d’un groupe ou encore d’édifices religieux ? Ce qui est singulier c’est que le même type de question s’est posé à propos du rôle de la tour maîtresse (donjon) dans la construction des châteaux forts datant du Moyen-âge. S’agissait-il véritablement d’un logis, terriblement inconfortable vu les aménagements réalisés à l’origine, d’un bastion inexpugnable face à un éventuel assaillant, ou d’une simple affirmation de la puissance féodale face aux pouvoirs concurrents ? Après des années de débat, une thèse reprenant des éléments à chacun de ces trois énoncés a émergé. Elle fait actuellement largement consensus parmi les spécialistes de l’époque médiévale. Il semble, au vu de ce que j’ai pu lire dans les divers documents à ma disposition, qu’on en arrive au même type de conclusion concernant les nuraghes.
Leur rôle exclusif en tant qu’habitation laisse pas mal de zones d’ombre. Elles offraient un niveau d’inconfort remarquable ne serait-ce que l’absence totale d’ouverture dans la pièce principale à laquelle on attribuait le rôle de pièce à vivre (notamment pour l’évacuation des fumées d’un foyer). Dans les protonuraghes, c’est d’ailleurs la plateforme sommitale qui servait sans doute d’habitation, pas l’intérieur de la tour. La fonction de construction essentiellement défensive qu’on peut leur attribuer paraît plus évidente mais possède ses limites aussi ; sauf trahison, ou grande habileté, un assaillant ne disposait pas de moyens techniques suffisants pour forcer le passage. Pourquoi, dans ce cas, réaliser un monument aussi massif et aussi complexe (certains nuraghes possèdent un grand nombre de tours reliées par des murailles : un vrai château fort conçu avec deux mille cinq cent ans d’avance !). Arcs et lances étaient les seules armes de jet à la disposition des hordes d’envahisseurs… Une enceinte de protection en pierre et une tour de guet bien située auraient largement suffi à assurer la défense d’un village.
Reste le rôle symbolique, laïc ou religieux, dont l’importance paraît considérable. Les exemples sont nombreux dans l’histoire : pyramides, donjons, cathédrales, tours et gratte-ciels sont essentiellement des bâtiments destinés à témoigner de la puissance (spirituelle et/ou financière) de leur promoteur. L’émulation (plutôt risible par son côté primitif) qui pousse certains centres urbains à rivaliser d’audace en matière de construction (qui bâtira la tour la plus haute, l’Oncle Sam, le mandarin de Hong-Kong ou l’Emir de Dubaï ?) ne peut que renforcer l’importance attribuée à cette hypothèse pour les nuraghes. Au XXIème siècle de notre histoire, c’est surtout au dieu argent à qui l’on cherche à rendre hommage. Dans l’Antiquité ou bien au Moyen-Âge, la symbolique est différente et change d’un monument à un autre. Pour en revenir à la civilisation nuragique, il est clair qu’elle est structurée comme une société avec de stricts rapports hiérarchiques. Certaines familles jouent un rôle hégémonique dans la communauté, et leur pouvoir se transmet de façon héréditaire. Les nuraghes sont les demeures de ces familles puissantes vers lesquelles les villageois se tournent avec respect car il s’agit de lieux de pouvoir. La construction d’un bâtiment aussi complexe que le sont les derniers nuraghes ne peut être qu’une entreprise collective, et témoigne d’une coordination bien établie des différents acteurs intervenant dans le processus. Le groupe œuvre de façon unitaire pour créer un bâtiment prestigieux destiné à loger un personnage de haut rang, le chef de la tribu et sa famille, individus puissants dont le prestige est indiscutable.
Comme je l’ai expliqué dans un texte antérieur, nous avons limité notre découverte de la Sardaigne au Nord et au Centre de l’île, et nous sommes donc loin d’avoir fait un inventaire archéologique complet des lieux. Mes explications sont donc basées sur la visite plutôt approfondie de monuments situés dans la zone que nous avons explorée, ainsi que sur la lecture de plusieurs ouvrages sur la civilisation nuragique. Beaucoup d’éléments se sont aussi clarifiés dans mon esprit, lors de la visite détaillée du musée de Thiesi : nous avons eu la chance, ce jour-là, de bénéficier d’une visite guidée d’un grand intérêt, ayant été confiés aux bons soins du conservateur des lieux, Pier Paolo Soro, un homme tout aussi érudit et chaleureux que pédagogue dans ses explications… Avant d’effectuer notre voyage du mois d’octobre, je savais que la Sardaigne possédait un patrimoine historique des plus intéressants, mais j’ignorais en grande partie la nature des éléments qui en constituaient la partie essentielle. Nous avons découvert notre premier nuraghe dans les environs d’Arzachena (sites d’Albucciu et de La Pridgionata), puis nous nous sommes « piqués au jeu » et la fréquence de nos recherches et de nos visites est allée en augmentant. Le monument le plus impressionnant que nous avons visité, c’est sans doute le site de Santu Antine. Ce complexe nuragique est particulièrement bien conservé, et sa visite est fort intéressante. On se déplace dans un labyrinthe de couloirs et d’escaliers, donc à la fois sur le plan horizontal et le plan vertical, et la découverte de chaque nouvelle pièce dans le bâtiment permet un renouveau incessant du jeu des devinettes : quel était l’usage de telle ou telle niche aménagée dans la muraille ? Quel était l’intérêt de ce couloir sans issue ? Quels chemins permettaient d’accéder au puits ?… On ne peut qu’admirer l’habileté des constructeurs, qui a, paraît-il, laissé perplexe plus d’un architecte contemporain ! Santu Antine se trouve non loin de la voie rapide qui relie Oristano à Sassari. Cette voie traverse la « vallée des nuraghes » et passe également à côté d’un autre monument impressionnant : le nuraghe Losa à Abbasanta. Là aussi l’état de conservation permet de se faire une idée de la complexité originale du bâti. Quelques simulations présentées sur les panneaux explicatifs permettent d’affiner cette première approche.
La simple et sans doute fastidieuse énumération des monuments que nous avons visités ne présente pas un grand intérêt ; il me semble quand même nécessaire d’ajouter à mon inventaire sommaire le site de Tharos, qui présente la particularité d’associer trois époques différentes d’habitats (un village nuragique et une cité phénicienne puis romaine), étroitement imbriqués. Tharos se trouve sur la presqu’île de Sinis, à l’Ouest d’Oristano. Grâce à la présence en un même lieu de vestiges de colonnes romaines, de larges voies pavées rectilignes et d’une mer d’un bleu très photogénique, il y a matière à réaliser, sur place, des prises de vue grandioses… C’est très « carte postale » mais ça plait toujours ! Tharos donne un bon aperçu de la richesse du patrimoine historique sarde. Un voyageur en Sardaigne ne peut ignorer de tels ensembles archéologiques. Nul ne peut prétendre connaître un pays en ignorant purement et simplement son histoire.

Commentaire des illustrations : photos « maison » prises lors de nos visites des différents monuments, à l’exception du cliché n°5 présentant un bronze de chef de tribu et provenant du catalogue d’un musée de Cagliari. La photo n°1 représente le nuraghe Losa. La photo n°2 montre l’appareillage des blocs de pierre autour de l’entrée du nuraghe Albucciu à Arzachena. La photo n°3 a été prise à l’intérieur du nuraghe Santu Antine : il s’agit de l’ouverture d’accès à la tour principale. Le dessin n°4 présente une hypothèse de reconstitution du nuraghe Santu Antine sous sa forme originelle. La photo n°6 montre une « cabane de réunion » ; elle a a été prise sur le site de Pridgionata à Arzachena ; les différences principales qu’elle présente avec une cabane « habitation » sont la grandeur, la présence d’un banc circulaire le long de la muraille et l’existence d’une sorte de table au centre sur laquelle était disposé un pichet contenant le breuvage spécial réservé aux dignitaires. La photo n°7 montre les ruines de Tharos, alors que la 8 et la 9 montrent les détails d’assemblage des pierres à Santu Antine et Losa. Plus la tour s’élève, plus les blocs de pierre utilisés diminuent de taille, sauf lorsqu’il s’agit d’un linteau de porte…
17novembre2011
Posté par Paul dans la catégorie : Bric à blog.
Plic, ploc car j’ai commencé à rédiger cette chronique mensuelle par une journée d’automne fort pluvieuse ; pédagogue car je fais quelques efforts pour mieux comprendre les mécanismes souterrains qui accompagnent le développement de la « crise » économique actuelle. J’essaie, ce mois-ci, de vous inciter à faire de même en transmettant quelques liens (découverts parmi des dizaines d’autres) dont le contenu a le mérite d’être rédigé de façon à être accessible par le commun des mortels. A part ça, je crois bien que les « brics à blogs » à date fixe (fin de mois), c’est terminé. Pour répondre à la demande de quelques lecteurs débordés par les chroniques « fleuve », je publierai un nouveau « bric à blog » chaque fois que j’aurai atteint le trait rouge annonçant le seuil autorisé de remplissage ! Voilà pourquoi cette chronique parait aujourd’hui et non le 30 comme on aurait pu s’y attendre ! De plus j’adore créer des routines pour les saboter ensuite !
On saute donc à pieds joints dans la marmite « économie » et on essaie de comprendre quel mauvais ragoût s’y mijote. Pour commencer, voici un didacticiel passionnant, pour ceux et celles qui, comme moi, ont un peu du mal à percevoir les mécanismes profonds du jeu économique libéral – jeu dont nous sommes, pour la plupart, les perdants désignés d’avance : une petite vidéo d’une bonne dizaine de minutes… Après l’avoir visionnée vous serez sans doute un peu moins ignorants qu’avant. L’origine de la dette des états européens est très bien expliquée, ainsi que le jeu pervers ayant pour conséquence le fait que cette dette ne peut aller qu’en s’amplifiant. Une autre vidéo, un peu plus ancienne, va à peu près dans le même sens, si ce n’est qu’elle analyse ce phénomène économique en prenant pour origine les Etats-Unis en 1913 et non la seule Europe. Il s’agit d’un exposé d’Etienne Chouard, intitulé « La création monétaire et l’arnaque de l’impôt sur le Revenu« . Cette vidéo a été reprise sur « Altermonde » le 29 octobre. A propos d’Altermonde, sachez que ce site, incontournable à mes yeux dans le petit monde de l’info alternative sur le web, traverse une phase économique difficile et a largement besoin du soutien de ses lecteurs. Je trouve légitime de relayer cet appel d’autant que la « Feuille Charbinoise » s’abreuve souvent à cette source, notamment pour alimenter son « bric à blog » et ses « billets d’humeur ». Soutien possible par exemple en envoyant un chèque, rédigé à l’ordre d’Altermonde, à l’adresse « Altermonde, 20 rue Georges Clémenceau, 69660 – Collonges au Mont d’Or ».
De l’économie à la politique il n’y a qu’un pas et ce texte intitulé « Les fous ont pris le contrôle de l’asile » rédigé par Napakatbra sur le site « Les Mots ont un Sens », montre bien les liens de plus en plus étroits qui unissent les soi-disant gouvernements démocratiques et les institutions financières. Ce texte-là s’intéresse à la toute puissante société « Goldman Sachs » dont sont issus un nombre inquiétants de personnalités appelées à jouer un rôle de premier plan en Europe (Grèce, Italie, en particulier). Quand on connait les agissements de cette société aux USA, on ne peut qu’être de plus en plus inquiets. L’un des derniers textes de Patrick Mignard, « Vers un totalitarisme rampant« , complète bien cette analyse. Vous pouvez le lire entre autres sur « Etat Critique » le blog animé par Jean Dornac. « Etat critique » remplace depuis quelques temps l’ancien blog « humeurs » animé par le même Jean Dornac. La sélection de textes publiés, plus restreinte qu’autrefois, reste toujours aussi pointue et toujours aussi intéressantes. Profitez du texte de Patrick Mignard pour découvrir ce blog – si vous ne le fréquentez pas encore. Un petit extrait de cet article pour vous donner un aperçu de sa « tonalité » ! Ce n’est pas très bon pour le moral, mais particulièrement lucide, je trouve :
[…] Aujourd’hui, les conditions de développement du capitalisme peuvent largement, en particulier dans les vieux pays industrialisés, se passer de la force de travail disponible dans la société… Ceci explique l’extension de l’exclusion, qui a pris le pas sur ce qu’était l’exploitation. Autrefois on luttait contre l’exploitation capitaliste, aujourd’hui on craint l’exclusion.
Les salariés n’ont plus face à eux des patrons, en chair et en os, mais des entités évanescentes et insaisissables : les marchés.
Or, un système qui est incapable de produire du lien social, de la cohésion sociale – ici le salariat – est forcément fragilisé quant à l’ordre qu’il doit faire régner. Le Capital ne payant plus, les conquêtes sociales étant inexistantes, la régression sociale généralisée, l’exclusion s’étendant à toutes les couches de la société,… seule la force, la contrainte, la répression deviennent les moyens de la stabilité. […]
Et pendant ce temps-là, nos technocrates technocratisent et notre monde va de plus en plus mal. Quand le PS aura compris qu’une sortie la plus rapide possible du nucléaire s’impose, il est probable que les fantômes fluorescents du père Hollande et de sa clique hanteront depuis un bon moment nos cauchemars nocturnes. Les Verts étant prêts à n’importe quelle concession ou presque pour sauver une série de strapontins à l’assemblée, ce n’est pas eux qui sauveront la situation. Si vous êtes vraiment combattifs, vous pouvez soutenir Stéphane Lhomme dans sa croisade de dernière minute pour faire pression sur le bureau national du parti des postulants à une miette du gâteau électoral. S’il n’y avait que le nucléaire, ma bonne dame ! Mais nos technocrates disposent de toute une panoplie de moyens pour nous aménager une vie meilleure. Les nanoparticules en font déjà massivement partie et ce n’est qu’un début. Elles auront au moins le mérite de brouiller les cartes. Qui accuser quand on meurt d’un cancer généralisé : le nuage de Tchernobyl, les fabricants de pesticides, les industriels de l’agroalimentaire qui ajoutent tout et n’importe quoi dans nos assiettes, les poussières d’amiante, d’aluminium, de métaux lourds ? Chacune des parties pourra renvoyer la balle à l’autre et les pollueurs dormiront tranquilles. La question des nanoparticules dans l’industrie alimentaire présente la particularité d’être peu débattue, d’où l’intérêt d’un texte comme « le dioxyde de titane ou comment concocter un scandale sanitaire presque parfait« , publié sur « Les mots ont un Sens » (deux références au même blog dans cet article : je crains que le CSA n’intervienne pour équilibrer les temps de parole !). Certes ce n’est pas bon pour le moral mais bon ! Et puis, si vous avez envie d’aller encore plus loin sur la question des nanoparticules, il reste bien entendu l’incontournable site grenoblois « Pièces et main d’œuvre », qui, sans focaliser, consacre quand même de nombreux dossiers à ce sujet (voir liens permanents).
Parmi les moyens que l’on peut utiliser pour lutter contre la malbouffe et l’agro-industrie, il y a les AMAPs. Là aussi je vous propose un lien avec un contenu très concret : le point de vue de producteurs maraîchers impliqués dans une association de ce type. Il s’agit du blog d’une ferme qui travaille exclusivement avec les AMAPs. Les agriculteurs expliquent les raisons de ce choix. Ça s’appelle le « rousti’Blog » et contrairement à une bonne partie des liens indiqués précédemment, je trouve que c’est plutôt bon pour le moral ! Merci à Utop’lib (liens permanents) pour avoir fourni cette information.
Puisqu’on en est à se donner un peu de baume au cœur, je presque/termine (du verbe presque/terminer) par un lien artistique très sympa, à savoir l’hommage rendu par le conteur québecois Fred Pellerin à son compatriote Gilles Vigneault. Voici le lien de la vidéo sur youtube.com. Consacrez quelques minutes à ce texte sublime. Fred Pellerin est vraiment un grand bonhomme aussi et son histoire de mât m’a bien plu (mama mia) !
Je termine encore une fois presque pour de vrai…
Ça n’a aucun rapport avec ce qui a précédé et ce qui va suivre, mais tant pis ! … Je suis très fier d’être référencé par le site québecois « la pomme verte » pour mon article sur les « coureurs des bois ». « La pomme verte » c’est un recueil de sites éducatifs pour les élèves du primaire et du secondaire… Si vous cherchez d’autres liens sur l’histoire de la Nouvelle France, ne manquez pas de visiter ce « portail » très bien construit et bourré de liens intéressants sur le Québec en particulier sur le plan historique. Bonjour en passant aux nombreux lecteurs de « La Feuille » originaires de la « Belle province ». L’histoire de votre pays m’intéresse beaucoup et je compte bien publier d’autres chroniques sur ce thème ! Bonjour aussi aux autres lecteurs francophones : de plus en plus nombreuses sont les connexions depuis la Belgique ou la Suisse…
Bon, là c’est vraiment la fin cette fois… J’ajoute à cette chronique un coup de pub familial que j’estime grandement mérité aussi…
Envie d’émigrer ? Notre ambassadeur permanent au Canada (ou plus exactement au Québec) a changé d’hémisphère et se trouve présentement en Australie. Il rédige avec une ponctualité qui impressionne beaucoup son père, un blog présentant le détail de ses aventures touristiques et professionnelles. Ce journal de bord s’intitule « la tête en bas ». La lecture de l’un des derniers articles publiés « Petit guide pratique du nouvel arrivant à Sidney » devrait être conseillée à quiconque envisage d’aller s’installer au pays des kangourous. Certes je ne suis pas objectif, mais je n’en pense pas moins que c’est clair, précis et très concret. Si vous envisagez simplement une émigration temporaire, genre séjour touristique, rien ne vous empêche de lire les autres textes publiés histoire de vous mettre l’eau à la bouche. La première partie du même blog est consacrée à une escale prolongée à Bali. Là aussi, une foule d’idée touristiques originales et des renseignements très pratiques à découvrir. C’était la minute « promo maison », mais je suis un internaute exigeant, même vis à vis de mes proches, et je pense qu’un petit détour par « Tête en bas », histoire de se chavirer un peu les neurones, n’est pas du temps perdu !
Illustrations : quelques photos glanées par ma photographe préférée, lors de nos récentes aventures sardinesques. Si vous n’arrivez pas à traduire le texte figurant sur la première et les deux dernières images, rappelez-vous qu’il existe quelques excellents outils de traduction automatique sur le web. Tant pis pour les monomaniaques de l’Anglais ! Grâce à « La Feuille » vous ferez des progrès en langues vivantes. La prochaine fois, que du grec ancien ou du latin pour que vous fassiez des progrès dans les langues mortes aussi !

11novembre2011
Posté par Paul dans la catégorie : les histoires d'Oncle Paul; Petites histoires du temps passé.
Première partie – 1914 / 1915

Les hasards de la vie font que, cet été, j’ai eu entre les mains deux témoignages intéressants sur la grande boucherie pompeusement baptisée « première guerre mondiale ». Le premier de ces témoignages est le récit autobiographique de François Bonnaud qui constitue une part essentiel du livre « Carnets de luttes d’un anarcho-syndicaliste » publié par les Editions du Centre d’Histoire du Travail ; le second c’est une collection de cartes postales et de lettres rédigées par mon grand-père, Casimir Lambert, adressées à son épouse, à sa petite fille (ma mère) ainsi qu’à ses parents. Je reviendrai sans doute sur l’ouvrage autobiographique passionnant de François Bonnaud, dans le cadre de « notes de lecture estivales » que je compte publier bientôt ; dans mon propos d’aujourd’hui, il me servira surtout de point de comparaison. Dans un premier temps, en effet, c’est de mon grand-père dont je voudrais vous parler. Ce qui me touche le plus, dans tous ces courriers, ce sont les mots qu’il a choisis pour décrire, ou plus exactement maquiller, l’horreur du quotidien vécu dans les tranchées, de 1914 à 1916. Cette année-là il quitte le régiment d’Infanterie Territoriale auquel il a été incorporé, pour joindre un régiment du génie, cantonné plus à l’arrière du front. Son état de santé, fortement dégradé, ne permet plus son maintien en première ligne. Malgré de longs mois passés à l’hôpital, il ne sera pas pour autant réformé. L’armée ne lâche pas ses recrues comme cela et elle le conservera « en son sein » jusqu’en février 1919, bien qu’il ait largement dépassé la quarantaine. Pour en revenir brièvement à la comparaison entre mon grand père et François Bonnaud, je dirai qu’il y a peu de points communs entre eux. Ils sont d’origine sociale assez différente et seul leur amour de la paix et leur dégoût de la violence et de la misère qui les entourent les aurait rapprochés alors. Si tous les deux évoquent, au fil des mots, leur révolte face à la situation à laquelle ils sont confrontés, le niveau de leur analyse politique n’est pas le même du tout. Mon grand-père ne remet pas en cause la légitimité du conflit dans lequel il est impliqué et quelques couplets franchement nationalistes viennent ponctuer ses plus longues missives.
Même s’il ne se déclare pas encore anarcho-syndicaliste, François Bonnaud témoigne d’un antimilitarisme assez violent, et n’a cesse de dénoncer, tout au long de son récit, les privilèges dont jouissent les haut gradés pendant que les poilus montent à l’assaut et se font décimer par milliers. Son journal de guerre débute en septembre 1916, lorsqu’il est incorporé au 4ème Zouave. En 1917, il est gazé et gravement blessé aux yeux, mais l’armée ne le lâche pas pour autant, lui non plus. En 1918 il est de nouveau au front, jusqu’à l’armistice.
Devenu sous-officier à la fin de la guerre, mon grand-père reconnait d’ailleurs à demi-mots ces privilèges, bien qu’il ne bénéficie que des plus modestes d’entre-eux. Disons que les conditions de vie à l’arrière du front lui paraissent d’autant meilleures qu’il a connu le pire dans les tranchées !
Mes parents sont maintenant tous les deux décédés – mon père étant parti le dernier au début du mois de juin – et comme souvent, dans de telles circonstances, cet événement entraine une plongée dans les archives familiales. A cette occasion, j’ai récupéré une bonne partie des documents provenant de la branche maternelle de mon ascendance : objets, souvenirs divers, photos et correspondance. Ces dernières m’intéressent particulièrement car cela fait plusieurs années que, dans le cadre d’un intérêt assez soutenu pour la généalogie, je cherche à reconstituer l’histoire de la famille – ne serait-ce que pour comprendre un peu mieux certains faits qui se sont déroulés dans le passé et leurs conséquences actuelles. Mon grand-père Casimir travaillait dans les Ponts et Chaussées, administration prestigieuse à l’époque (1900 – 1940) ; il a commencé sa carrière comme « agent voyer », pour la terminer « ingénieur ». Sans parler vraiment d’opulence, il a vécu toute sa vie dans une relative aisance – non celle d’un bourgeois de l’époque, mais celle d’un petit notable, jouissant d’une certaine considération et bénéficiant d’avantages matériels non négligeables, ne serait-ce qu’un emploi stable et un salaire régulier. Cette situation relativement favorable ne l’a pas empêché de subir, de plein fouet, la tragédie incommensurable qu’a représenté la guerre de 1914 pour les familles des pays impliqués dans ce pugilat quasi généralisé sur la planète.
Mon grand-père est né en 1875. A la déclaration de guerre, en août 1914, il est donc âgé de 39 ans et il a déjà eu le privilège de faire son service militaire – deux années sous l’uniforme – au début du siècle. Il s’est marié en 1908 et l’année suivante est née une petite fille, Yvonne, qui sera l’unique enfant du couple. Lorsque Casimir quitte le foyer familial pour profiter des joies du casernement, avant de connaître l’horreur des combats, sa fillette n’est donc âgée que de 5 ans. Pendant les deux premières années du conflit (les 22 premiers mois, en fait, selon son témoignage), il ne bénéficie que de 8 jours de permission et les échanges sentimentaux avec son épouse et son enfant vont se faire presque exclusivement de façon épistolaire. En 1915, sur le front d’Argonne, la cadence des échanges est élevée. Dans les boîtes de courrier, un premier tri m’a permis de reconstituer cette période de façon détaillée : une carte postale et/ou une lettre pratiquement chaque jour ou deux jours sur trois, aux mois de mars, avril et mai 1915, période particulièrement « noire » sur le front. Il est alors incorporé au 105ème régiment d’infanterie territoriale, et les combats atteignent un maximum d’intensité dans le secteur où il cantonne. L’objectif premier des courriers est simple : rassurer, dire, au jour le jour, qu’il est toujours vivant. La censure militaire, très rigoureuse, empêche tout envoi d’informations précises quant au lieu de résidence exact, aux opérations effectuées, aux pertes subies. L’objectif second est plus diffus mais me paraît être surtout de soutenir son propre moral en se convaincant de l’utilité du « travail » effectué (ce terme n’a pas été « inventé » par les GI américains ; les poilus l’utilisaient abondamment) et de la possibilité d’une victoire rapide. Les communiqués de l’état-major sont reproduits fidèlement dans les écrits de mon grand-père, non pas « mot pour mot », mais en conservant leur esprit triomphaliste : on parle de victoires russes prometteuses, de percées décisives sur le front (à l’Ouest, au Nord ou à l’Est, suivant l’inspiration du jour). Ces discours sont malheureusement pris pour argent comptant par les poilus qui espèrent encore une issue rapide au conflit, sous la forme d’une victoire écrasante sur l’ennemi, ce soldat « boche » que l’on estime totalement responsable de son propre malheur quotidien. Là aussi, le décalage avec François Bonnaud est indiscutable.
Au printemps 1915, les propos de mon grand-père sont plutôt « revanchards » et marqués par un nationalisme exacerbé, ainsi que je le signalais dans mon introduction. En cela, ils divergent clairement du récit autobiographique de Bonnaud. Il faut dire que dans un cas il s’agit de courriers envoyés au jour le jour et soumis à la censure militaire, dans l’autre de souvenirs mis en forme après guerre, même s’ils ont été construits à partir d’un journal de bord… Mon grand-père n’est d’ailleurs pas socialiste. Même s’il n’aborde jamais la question politique dans ses correspondances de l’époque, je sais, grâce aux souvenirs racontés par ma mère, qu’il était proche du parti « radical socialiste » (formation politique à laquelle a appartenu – entre autres – Georges Clémenceau, acteur de premier rang de la répression anti-syndicale pendant les années précédant la guerre). Quelques phrases jetées au hasard de sa correspondance, les jours où un certain pessimisme s’insère dans ses propos, montrent en tout cas qu’il ne porte pas la guerre dans son cœur, pas plus que ceux qui en sont – à ses yeux – responsables.
Jusqu’en mars 1915, mon grand-père n’envoie que des courriers sur des feuilles de cahier, ou il utilise des cartes/messages pré-imprimées et fournies aux soldats par les bons soins de l’armée. A partir de mars (meilleure organisation ou volonté de diversifier ses envois ?), il achète visiblement les cartes postales en lot et alterne les lettres et les envois illustrés. Il est intéressant de suivre la thématique de ces cartes envoyées du front. En mars 1915, les premières présentent des paysages de l’Argonne, ou des vues des destructions opérées par les belligérants lors de la bataille de la Marne. En avril (35 cartes adressées à la famille), et en mai, je trouve beaucoup de vues « militaires », casernements, soldats en manœuvre, canon de 75 sous tous les angles, scènes de la vie quotidienne des « poilus »… En ce mois de mai 1915, Casimir semble bénéficier d’un certain « répit » dans les opérations. Il prend le temps de tailler et de rédiger une jolie carte sur un morceau d’écorce de bouleau, écrit les initiales du prénom de son épouse sur une feuille de chêne qu’il ajoure minutieusement… Lorsqu’il bénéficie d’un peu de répit, des lettres plus longues viennent s’intercaler entre les cartes postales.

« Guerre de 1914-1915 – Mes deux petites chéries…
Comme souvenir de mon séjour dans l’Argonne, je vous envoie ces mots sur un petit morceau d’écorce de bouleau. Vous le conserverez comme souvenir de cette année douloureuse où nous avons vécu séparés. J’y place mille baisers et toute l’ardeur de la tendresse que j’ai pour vous deux. Quand, plus tard, nous retrouverons cette écorce, elle nous rappellera qu’au milieu de ces arbres j’ai souvent souffert et laissé envoler ma pensée vers mes deux petites adorées.
Votre mari et papa qui vous aime bien »
Dans le même coffret « souvenirs », quelques mois plus tard, en août 1915, la carte postale réponse d’une petite fille de 6 ans… Cela fait déjà un an qu’elle n’a pas vu son père.
« Mon papa chéri
Je vais bien. J’embrasse souvent ta photo. Le temps me dure bien de te voir. Je pense tous les jours à toi. La petite Yvonne qui t’envoie mille bises et mille caresses bien douces. »

Pendant ce temps là, sur la ligne de front, les pertes du 105ème régiment envoyé au casse-pipe sont considérables. En principe, les Régiments d’Infanterie Territoriale, composés d’appelés âgés de 35 à 40 ans à la déclaration de guerre (c’est le cas de mon grand-père), ne sont pas engagés en première ligne. Les soldats de ces régiments doivent être employés à l’arrière du front, à des travaux de maintenance, de surveillance ou de garde d’ouvrages fortifiés. Compte-tenu des pertes des premiers mois de guerre, ce principe n’est pas appliqué et les soldats de l’infanterie territoriale sont engagés avec leurs camarades sur la ligne de front pour « boucher les trous » et pallier aux manques d’effectifs de certains régiments. Le 105ème régiment va stationner dès la fin de l’année 1914 et tout au long de l’année 1915 sur le front de l’Argonne, zone choisie par les Allemands comme ligne de repli après leur défaite à la bataille de la Marne. En 1916, il est engagé en Champagne, puis, en 1917, il participe à la bataille de Verdun, mais mon grand-père n’en fait plus partie. En mars 1916, il est incorporé au 6ème régiment du génie, une affectation plus « calme » et surtout en arrière des zones de combat…
Les cartes postales des années suivantes feront l’objet d’une seconde chronique dans quelques temps (pour l’instant je n’ai établi que le classement chronologique des documents pour cette seconde période). Si vous souhaitez vous remémorer les tristes événements de cette guerre, je ne saurais trop vous recommander la lecture de la BD de Tardi et Verney, « Putain de Guerre » en deux tomes. Un ami me l’a offerte récemment et j’ai trouvé fort intéressantes aussi bien la partie BD à proprement parler, que la partie rétrospective des événements.
Au dos de la carte de Casimir (fin mars 1915) : « Dans tous les cas, la grande victoire russe va certainement précipiter les événements et, d’ici peu, nous allons voir la guerre générale en Europe et la solution sera plus rapide. Voilà sept mois que nous sommes séparés. Comme c’est long et que le temps dure parfois. Pour les hommes de 40 ans c’est ce qui épuise le plus, se voir loin de tout ce que l’on aime le plus au monde c’est dur mais enfin c’est pour le bon motif. L’essentiel c’est qu’on puisse se revoir bientôt. Soignez-vous bien ! Qu’Yvonne soit très sage et pense à son papa. Qu’elle apprenne bien à lire et à écrire et qu’elle ne fasse pas de misère à sa maman, à son grand-père et à sa grand-mère… »
8novembre2011
Posté par Paul dans la catégorie : Art populaire; Carnets de voyage.
Pour être franc, ce n’est pas une découverte due au hasard. Les peintures murales d’Orgosolo, j’en avais entendu parler avant notre voyage en Sardaigne. Quand je visite un pays, j’aime bien avoir quelques « munitions » au préalable : des bases historiques, un petit aperçu des paysages… Avant de mettre la clé de l’ordinateur sous le paillasson, je m’étais livré à quelques incursions sur Google, et j’avais notamment cherché quelques liens sur l’anarchisme en Sardaigne. Ce que j’ai lu à ce moment-là, comme témoignages sur la commune d’Orgosolo m’avait marqué et j’étais bien décidé à ce que notre itinéraire passe par ce singulier village. Nous y avons fait escale dès la deuxième semaine de notre séjour et nous n’avons pas été déçus. D’une certaine façon, Orgosolo perpétue sa tradition de capitale du banditisme et des révoltes sardes. Le mode d’expression choisi, les « Murales », est plus pacifique et donne au village une couleur à la fois politique et artistique des plus surprenantes.
Les « murales » ne sont pas des œuvres picturales originaires de Sardaigne, même si l’on en découvre, au fil des balades dans les montagnes, dans de nombreux villages sardes. En fait c’est probablement au Mexique, au début du XXème siècle, à l’occasion de la révolution, que l’on trouve les premières réalisations de ce genre. Trois peintres mexicains sont à l’origine des premières peintures. Il s’agit de Diego Rivera, Alfaro David Siqueiros et José Clemente Orozco. En exposant leurs œuvres dans des lieux très fréquentés, ils espéraient sensibiliser la foule aux idées fondamentales de la Révolution : justice sociale, lutte pour l’émancipation, liberté pour tous… Au fil du temps, cette pratique, mêlant à la fois propagande et recherche picturale, se diffusa dans toute l’Amérique latine. Après le coup d’état de Pinochet au Chili en 1973, plusieurs artistes cherchèrent refuge en France et en Italie où ils importèrent la pratique de la peinture murale avec plus ou moins de succès. En beaucoup de lieux, la dimension artistique a pris le pas sur le contenu politique, et le choix des scènes représentées se limite à l’expression d’une certaine nostalgie du passé. En Sardaigne, quatre localités abritent de nombreuses murales : Orgosolo, San Sperate, Villamar et Serramanna. Outre la création de ces tableaux, de nombreux efforts sont faits pour l’entretien et le rafraichissement des couleurs. Les réalisations les moins réussies sont laissées à l’abandon et remplacées par d’autres au bout d’un certain temps. Selon la volonté de leurs concepteurs il peut s’agir d’œuvres éphémères ou au contraires durables dans le temps.
La première « murales » d’Orgosolo date de 1969 ; elle est l’œuvre d’un collectif d’artistes libertaires, le « gruppo Dioniso », originaire de Milan. Parmi les membres ce groupe, figure notamment Giancarlo Celli, à la fois metteur en scène de théâtre et artiste peintre. Cette première peinture a pour objet une représentation symbolique de la Sardaigne et du désintérêt que lui témoignent les institutions continentales. Elle comporte une série de vignettes assez explicite : une carte d’Italie avec un point d’interrogation à la place de l’île ; juste à côté une femme avec une coiffe ornée du drapeau US, histoire de montrer qui dirige la politique italienne ; une balance montrant un déséquilibre certain entre un plateau représentant les masses laborieuses et l’autre le pouvoir de la finance et de l’industrie… L’église catholique n’est pas épargnée au passage : figure également sur la peinture le dôme d’une cathédrale orné du mot « tabou ». Bref une thématique politique résolument libertaire et très expressive. Cette œuvre n’existe plus de nos jours. Elle n’a pas été censurée mais a été victime des travaux de rénovation qui ont été effectués sur quelques maisons du centre historique. La même année Giancarlo Celli réalise une seconde peinture, à la demande cette fois d’un commerçant de la ville : il s’agit d’une « réclame » pour son magasin de peinture. Dans un premier temps, l’élan créatif va s’arrêter là et, pendant plusieurs années, aucune nouvelle peinture n’apparaîtra sur les façades d’Orgosolo. Cependant, l’idée va suivre son chemin.
En 1975, c’est un professeur de dessin, Francesco Del Casino, originaire de Sienne, qui s’installe dans la bourgade et va reprendre le projet à son compte, avec l’aide de ses élèves. Soucieux d’embellir les murs de sa ville, il décide de créer une première œuvre pour commémorer le trentième anniversaire de la libération de l’Italie. Il va continuer sur cet élan premier et il est à l’origine d’un grand nombre de peintures aux thèmes variés mais principalement politiques. Les habitants sont largement associés au projet : avant la réalisation de chaque nouvelle œuvre, des discussions ont lieu sur le contenu et les idées exprimées. Le style des créations de Francesco Del Casino est très marqué et s’inspire beaucoup des dessins de Picasso. D’anciens élèves, parmi lesquels beaucoup de femmes, prennent ensuite la relève du « maître ». Cette démarche me fait penser un peu à celle du cimetière joyeux de Sapanta visité l’année dernière en Roumanie et dont il faudra que je vous parle un de ces quatre (je croyais l’avoir fait, mais il y a décidément des lacunes dans ce blog !)
Ces dernières années le mouvement s’est élargi avec l’intervention d’artistes venus du monde entier (on a même découvert un dessin légendé en français : « paysan = vie, armée = ??? ». On dénombre environ 400 peintures murales dans le village. Sur le plan touristique, il s’agit d’une véritable aubaine. De nombreux visiteurs viennent chaque année à Orgosolo, principalement pour admirer les Murales. Il est amusant de voir ces groupes de touristes d’allure très conventionnelle se bousculer pour photographier les images dénonçant les travers de ce monde, après avoir péniblement déchiffré les sentences très orientées qui les accompagnent généralement : « my god ! ce capitalisme, quel scandale ! ». Mémé Rosalie photographiant Andreas Bader tout en serrant convulsivement son sac à mains. N’oublions pas, après tout, qu’Orgosolo est réputée être un nid de « bandits sardes sans pitié ni scrupules » !
En tout cas, nous aussi avons été des touristes bien sages. Munis du plan-guide édité par la Mairie, nous avons parcouru les artères principales et les ruelles, en essayant « d’en voir le plus possible », de rapporter quelques photos originales et de prendre le temps de comprendre (parfois à l’aide du dictionnaire !) le ou les messages accompagnant chaque dessin. Il faut dire que la thématique est variée, allant du local à l’international, du passé lointain à une actualité brûlante : Tian’anmen, l’Irak, le World Trade Center ou l’enfant palestinien tué par les balles d’un soldat israélien ont eu droit à leur murales… Beaucoup de peintures ont trait au pacifisme, à la non violence ou à l’antimilitarisme, de Gandhi au Vietnam en passant par le coup d’état chilien. Les luttes locales ne sont pas oubliées non plus, que ce soit contre l’implantation d’une base américaine, les conditions de vie des mineurs, ou les luttes sociales qui ont jalonné l’histoire du mouvement ouvrier. Les personnalités politiques ne sont pas oubliées : Garibaldi, Rosa Luxembourg, Che Guevara, Allende… montrent leur visage au détour d’une ruelle, cependant qu’un peu plus loin on peut lire ce slogan d’une étonnante lucidité : « Heureux le peuple qui n’a pas besoin de héros ! ». La richesse exposée est telle qu’il est difficile de lister l’ensemble des sujets abordés. Nous avons bien apprécié, au passage, une murales affichée juste au dessous d’un nom de rue : « Via Cadorna ». Le texte accompagnant la peinture corrige l’hommage ainsi rendu à ce personnage : Cadorna est un général italien, l’un des « brillants stratèges » officiant pendant la première guerre mondiale sur le front du Trentin (571 000 soldats italiens morts précise le commentaire en 1914/18). Cadorna s’est distingué notamment par de coûteuses et inutiles offensives contre les Autrichiens et par la défaite de Caporetto, à la suite de laquelle il a été gentiment remercié. Rêvons qu’un jour les plaques « Adolf Thiers », « Liautey » et autres maréchaux, soient accompagnés de quelques « commentaires » judicieux !
Après avoir longuement arpenté ce musée à ciel ouvert, incroyablement vivant, nous avons acheté notre lot de souvenirs pour faire fonctionner le commerce local. Nous avons savouré un succulent sandwich au « prosciutto » sur un banc agréablement situé, mi-ombre, mi-soleil. Il faut dire que le village est plutôt perché, et qu’au mois d’Octobre, le vent du Nord est parfois frisquet. Cette idée de murs peints nous a plu, et dans tous les villages que nous avons pu visiter après, nous avons joué aux chercheurs de trésor. Il n’y a effectivement pas qu’à Orgosolo que l’on trouve des œuvres admirables sur les murs. D’après ce que nous avons vu par la suite, c’est quand même le seul village dans lequel l’expression revêt un tel caractère politique. En d’autres lieux, ce sont plutôt des illustrations du patrimoine ou de la vie locale qui sont proposées aux visiteurs.



Ces trois dernières images, choisies parmi beaucoup d’autres, pour montrer la variété des techniques et des styles employés. Une vidéo intéressante permet également de se faire une idée générale des Murales d’Orgosolo. Vous pouvez la visionner à cette adresse.
4novembre2011
Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Vive la Politique.
C’est un peu logique comme attitude : en plein cœur de l’automne, on a plus envie de bougonner que de bourgeonner. Je concède que les couleurs automnales sont fantastiques et qu’avec un coup de pouce de la lumière ambiante on obtient des résultats photographiques intéressants. Je préférerais d’ailleurs que le petit écran me propose de longs reportages sur l’été indien au Québec plutôt que de repasser en boucle ces images désolantes des pantins du G20 réunis autour d’une table de bridge pour discuter de l’avenir des peuples dont ils sont soi-disant les représentants. Sacrée démocratie, sacrés élus, qui font ce qui passe par la tête de leurs copains financiers, conchient allègrement les promesses qu’ils ont faites à leurs électeurs, et ont le trouillomètre à zéro lorsqu’il est question de consulter les peuples sur leurs décisions essentielles. Votez bien sinon vous ne voterez plus du tout, voilà le nouvel axe de la propagande officielle. Ce n’est pas cela qui va motiver les gens en 2012 pour choisir entre le nain au bonnet blanc et le nain au blanc bonnet. Continuez mes amis, continuez à dénaturer cette mascarade électorale dont vous avez pourtant bien besoin pour sauver l’apparence de démocratie qui subsiste dans nos sociétés orwelliennes. Camarades grecs, portugais, irlandais, espagnols, italiens, roumains… français ? (que les oubliés me pardonnent), sachez apprécier les solutions que l’on mitonne pour votre avenir : cigüe ou arsenic ? Morsure de cobra ou de serpent à sonnette ? La corde ou la balle dans la tête ? L’imagination de vos bourreaux présents et futurs est sans limite… mais toujours avec le sourire ! Image éblouissante de Mme Lagarde s’apprêtant à tancer les Hellènes… Je suis content de payer ma taxe audiovisuelle ne serait-ce que pour cette image époustouflante (123 € au passage ça fait cher le cliché de la starlette). Aux dernières nouvelles, Papandréou semble avoir changé son fusil d’épaule, confirmant ainsi que les politiciens de la gauche roudoudou sont de proches parents des girouettes et se soucient plus de leur carrière politique que du destin de leurs administrés… « Nouveau monde, nouvelles idées » osent-ils proclamer !

Enfin bref, comme d’habitude, les Grecs nous amusent. On en oublierait presque de s’intéresser aux pyromanes du Moyen-Orient. Non content de s’être couverts de ridicule et d’avoir largement éclaboussé au passage l’image de plus en plus dégradée de leur compère Obama, à l’occasion du débat sur l’admission de la Palestine à l’UNESCO, voilà que les clowns sinistres qui sont à la tête de l’Etat israélien font des pieds et des mains pour qu’on les autorise à relancer le processus de guerre dans cette région du monde en perpétuel équilibre sur un baril de poudre. Va-t-on ou ne va-t-on pas lâcher quelques missiles et quelques bombinettes sur l’Iran voisin, histoire de donner l’occasion aux fanatiques qui gouvernent cet état de se lancer dans une nouvelle guerre sainte ? « On ne sait pas si l’état d’Israël dispose ou ne dispose pas de l’arme atomique… » commentent les experts de service, histoire de pimenter un peu ce fait-divers. Des fois que… Les frappes chirurgicales sur l’Irak ça nous faisait au moins de belles images au 20 h. Là ça va être encore plus chirurgical puisqu’il s’agit ni plus ni moins que de détruire les installations nucléaires de l’Iran. Les militants de Greenpeace auront bien du mal à distinguer les radiations provenant de la cible, de celles provenant de l’arme utilisée. On notera aussi que l’ambassadeur d’Israël à l’ONU est l’un des rares diplomates à s’être intéressé de très près au déplacement de la mère Le Pen aux Etats. Une idée au passage : et si elle faisait comme Polnareff, une nouvelle carrière là-bas ? Le duo Palin – Le Pen pourrait être intéressant, dans la droite ligne d’un Mac Carthy, d’un Reagan ou d’une paire de Bush. Ne croyez pas que j’en veuille à ce point aux étatsuniens de base : je plaisante, bien sûr !
Les réacteurs endiablés de Fukushima n’ont plus les honneurs de la télé mais continuent à bénéficier de temps à autre d’entrefilets sur les journaux ou sur les sites d’information généralistes sur Internet. Il faut dire que la radioactivité ça ne colle pas bien avec l’actualité médiatique parce que c’est trop long. Un accident d’avion, une tempête tropicale ou une fusillade dans un lycée, ça va : on peut se permettre de commenter et de se lamenter pendant une ou deux semaines. La période des radioéléments est trop longue pour qu’on puisse s’intéresser sans arrêt à leurs facéties. Les risques de l’industrie nucléaire ne sont pas compatibles avec le mode de fonctionnement du cerveau humain… Quelques années après Tchernobyl – une vraie belle catastrophe celle-là – nos magistrats ne sont même plus capables d’établir un lien quelconque entre un nuage radioactif baladeur et quelques centaines de cancers de la thyroïde qui ont eu la malencontreuse idée d’attendre une bonne dizaine d’années avant de se déclarer ; et vous voudriez que nos journalistes s’intéressent à la fusion passée, présente ou à venir des réacteurs nippons ? Lisez cette dépêche sur la « Tribune de Genève » et appréciez en connaisseur le vocabulaire employé par le gestionnaire de la centrale, Tepco, une entreprise en laquelle – l’histoire récente le montre – on peut avoir une presque/quasi confiance totale (lapsus, j’écrivais « fatale »). Heureusement que la Suisse nous informe… Nous en France – vous comprenez bien Madame Strontium – on a notre petite AREVA qui ne va pas bien. Du gaspillage grec au moral des ploutocrates nucléairophiles, notre bon président n’a même plus le temps de jouer au bon père de famille (J’espère, à ce sujet, qu’il a fait gaffe à la qualité des tétines de biberon achetées par Madame – le bisphénol A n’a plus la cote). Si j’étais le gouvernement grec, moi, j’emprunterais un max et je rembourserais, à raison d’un ou deux euro par mois, sur le plus grand nombre d’années possibles. Au train où ça va côté écologie, il n’y a bientôt plus que les dettes qui seront en développement durable.
On parle un peu trop des Grecs en fait. Cette terre est pourtant habitée par de nombreux autres peuples civilisés. On s’intéresse trop peu, à mon goût, aux agissements singuliers des Islandais vis à vis de la finance internationale, ou à nos voisins belges, qui vivent sans gouvernement depuis des lustres. Leur pays n’a pas l’air de faire banqueroute. Ils ont même pris la décision de se priver des cadeaux futurs de la bonne fée nucléaire… Certains Wallons parlent à l’occasion de rattachement à la France. Encore faudrait-il qu’ils acceptent de revenir sur ce choix énergétique malencontreux et de prêter serment au drapeau en ces termes. Répétez après moi : « EDF en Arêva, notre bon maître le fit ! Si je meurs je veux qu’on m’enterre dans un sol où y’a des déchets ! » Et les Allemands qui ferment leurs centrales nucléaires et qui vont provoquer une pénurie d’électricité chez nous cet hiver parce qu’ils n’en auront plus à exporter… Excusez-moi, mais là je me pince pour être sûr de ne pas être en plein rêve éthylique. La France, premier pays au monde pour le nombre de centrales nucléaires par habitants (j’invente car je n’en sais rien mais je ne dois pas être loin d’avoir raison – la centrale nucléaire du Vatican, d’origine essentiellement spirituelle, est disqualifiée)… La France, l’un des pays qui a fait le moins d’effort en Europe pour promouvoir les énergies alternatives, trop aléatoires, peu fiables (je n’en sais rien mais ça m’aide dans mon raisonnement)… La France va fêter Noël aux chandelles faute de pouvoir allumer les trois mille ampoules électriques par tête dont on a vraiment besoin pour profiter de la crèche ?
N’étant pas – dans le fond – un si mauvais citoyen que ça, je vais faire tout de suite un effort d’économie – drastique. Cette année, je mettrai une bougie de moins que l’an dernier sur mon gâteau d’anniversaire. D’abord ça me fera du bien au moral, ensuite je participerai aux efforts demandés à chacun. Aux mauvais esprits qui seraient tentés de répliquer que ce n’est pas de bougies qu’on va manquer, je répliquerai, avec tact et politesse, que ça fait belle lurette que j’utilise des bougies à diodes. Celles-ci au moins, je peux les faire clignoter sans me brûler les doigts, et je peux les souffler rien qu’en tirant sur le fil électrique. C’est beau la vie en 2011 lorsqu’on a 9 ans.
On termine par un joli petit détournement d’affiche de la droite populiste (My God que ce terme politiquement correct est élégant !) en Suisse. Comme il m’arrive de critiquer mes proches voisins à l’Est, il est légitime que « La Feuille » salue de temps à autre leurs louables efforts pour calmer un peu la progression de l’extrême-droite. Espérons que cette démarche va se poursuivre allègrement ! L’image est empruntée au site « Jura Libertaire »…
Post scriptum important – J’espère, grâce à cette chronique, avoir rassuré totalement ceux qui croyaient que je n’allais parler que de vacances et de Sardaigne jusqu’à la trêve des confiseurs. Ça ne m’empêchera pas de vous emmener promener dans le chouette village d’Orgosolo, la prochaine fois.
Autre post scriptum important – l’image n°2 est empruntée à « La Belette », Patrick Mignard, dont j’apprécie beaucoup l’humour décapant. Si vous êtes lecteurs réguliers du site Altermonde ou du blog Etat Critique, vous l’avez déjà sans doute aperçue mais ce n’est pas grave ! Les images 1 et 3 sont des montages maison et l’image 4 est fournie par le Réseau « Sortir du Nucléaire ». Que les ayant-droits soient sanctifiés… Amen.
1novembre2011
Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour...; Carnets de voyage.
Se replonger dans la gestion d’un blog alors qu’on a marqué une pause de presque deux mois ; réinvestir une maison que l’on n’a plus habitée depuis plus d’un mois… Ces deux démarches ont plus d’un point commun même si elles ne sont pas de même nature. On retrouve un décor, des habitudes, des outils, mais, en même temps, comme on a navigué ailleurs, sous d’autres cieux, en tenant compte d’autres normes, en suivant d’autres coutumes, on doit faire un effort pour remettre les pieds dans les traces que l’on a laissées dans la poussière. Ce qui est certain, en tout cas, c’est que la rupture avec les deux structures, mon cadre de vie avec ses plaisirs et ses obligations, et le moyen d’expression que j’ai choisi pour communiquer sur ma vision du monde avec un cercle assez vaste de lectrices et de lecteurs, occupation à la fois gratifiante et décevante, cette rupture disais-je, m’a fait le plus grand bien. A trop marcher dans ses pantoufles, on éprouve un certain confort, et l’on oublie parfois de changer de godasses, opération indispensable au bon fonctionnement de la partie créative de notre cerveau (oui je sais c’est à la fois tiré par les orteils et par les cheveux comme analyse factuelle mais bon…)
Contrairement à nos précédents voyages, en Roumanie ou au Portugal, par exemple, je n’ai pas voulu rédiger de carnets de route ou vous envoyer de sympathiques cartes postales, comme je l’avais fait précédemment. Grand bien m’en a pris, car nous avons eu de nombreuses difficultés à nous connecter à Internet (surtout avec un débit suffisant) tout au long du chemin sinueux que nous avons parcouru en Sardaigne. Il faut dire que nous avons privilégié les zones rurales intérieures, peu touristiques, et les petites villes de la côte les moins investies par les touristes. Si les relais de télévision et les antennes pour téléphones cellulaires sont omniprésentes (leur foisonnement sur les collines en zone urbaine m’a impressionné), ce n’est pas le cas des relais ADSL. Les connexions publiques sont généralement payantes et à des tarifs prohibitifs. A part cet aspect technologique tout à fait secondaire, la Sardaigne est une région d’Italie absolument magnifique, dont les paysages m’ont grandement surpris à de nombreuses reprises. Au franchissement d’un col, au passage d’une vallée à une autre, d’un versant de montagne à son opposé, on découvre un paysage tout à fait nouveau et souvent insolite. La diversité géologique des sols joue certainement un grand rôle dans cette mosaïque : grès, basalte, calcaire se mêlent et s’entremêlent au gré de la fantaisie des mouvements sismiques. A première vue, les seuls traits qui confèrent une certaine unité à l’ensemble, c’est la présence constante du relief – du moins dans le Nord que nous avons parcouru, et la teinte jaune paille des prairies, liée à une sécheresse d’une longueur inquiétante. La mer aussi bien entendu est rarement absente du tableau, mais la palette de bleus et de verts qu’elle offre, rappelle, sans trop de peine, les couleurs des mers australes.
Nous n’avons visité qu’une partie réduite du pays, car nous n’aimons guère les rallyes touristiques. Pour nous, la découverte d’une région et de ses habitants, nécessite un séjour prolongé, le temps de s’immerger un peu (et seulement un peu malheureusement) dans l’ambiance locale, géographie, histoire, mode de vie. Ce ressenti, on ne l’éprouve pas derrière les vitres d’une voiture, en contemplant un paysage qui défile à quelques dizaines de kilomètres à l’heure. On se rend déjà mieux compte des choses lorsque l’on prend le temps, à la terrasse d’un café, d’observer le comportement des gens qui consomment ou qui passent simplement dans la rue ou bien, lorsque le passage de gite en gite laisse quand même la possibilité de discuter un moment avec le propriétaire des lieux. Ce genre d’immersion nécessite du temps, beaucoup de temps, mais laisse, au final, des images mieux construites dans la mémoire, ainsi que la sensation, roborative, d’avoir un peu compris les équilibres et les déséquilibres en œuvre dans le pays visité. Cette démarche, plusieurs des personnes à qui nous l’avons expliquée sur place l’ont chaudement approuvée. Trop de touristes, selon l’une de nos logeuses, se contentent d’un tour de Sardaigne pour comparer les plages des quatre points cardinaux, ou d’un circuit touristique un peu caricatural qui ne leur permet que de rencontrer… d’autres touristes. Et l’on peut estimer que ceux-ci sont nombreux, si l’on en juge par la fréquentation des principaux sites à la période « creuse » où nous avons séjourné. Nous nous sommes même demandés parfois si la langue locale était l’italien ou l’allemand…
Outre la variété des paysages et la beauté des plages – celle-ci étant longuement dépeinte dans les brochures touristiques, je ne m’arrêterai guère dessus – la Sardaigne possède un patrimoine archéologique assez exceptionnel, mal connu en France, et cela vaut la peine de s’y intéresser. Deux grandes périodes de l’histoire ont laissé leur empreinte en Sardaigne, et, par conséquent, deux types principaux de monuments s’imposent par leur présence massive : l’âge du bronze et les constructions en pierre de la civilisation nuragique, le moyen-âge et les églises romanes éparpillées dans les villes, les villages et les lieux isolés. L’une des personnes qui nous a présenté l’histoire de l’île nous a dit : il n’y a pratiquement pas un lieu en Sardaigne où l’on n’aperçoive pas, à une distance raisonnable, une nuraghe ou une chapelle… Un peu la même situation qu’en France, à la fin de la période médiévale, avec les maisons fortes et les châteaux, qui constituaient un véritable maillage des territoires. Les amateurs de l’architecture gothique seront déçus par contre : il n’y a pas eu de véritable Renaissance en Sardaigne, la région ayant été maintenue sous régime féodal par les nobles aragonais et les ducs de Savoie, pratiquement jusqu’au milieu du XIXème siècle. Les constructions de style gothique, palais ou cathédrales, sont donc plutôt rares.
Ce que nous avons trouvé de plus fascinant, en partant à la découverte de ce patrimoine conséquent, ce sont les multiples constructions de l’âge du bronze, en particulier les tours et les villages nuragiques, les tombes de géants, les fontaines et autres lieux sacrés. Le catalogue est impressionnant puisque six à sept mille (selon les sources) de ces constructions ont été répertoriées sur un territoire grand comme deux ou trois départements français (environ 24 000 km2). Les nuraghes ont été construites pendant l’âge du bronze, jusqu’au début de l’âge du fer, parfois entretenues ou modifiées par les Romains lorsqu’ils ont occupé l’île. La majorité d’entre-elles ont été en grande partie détruites, mais un certain nombre ont conservé suffisamment d’éléments en place pour être consolidées ou rebâties partiellement selon leur plan d’origine. Plus on avance dans l’histoire et plus les constructions sont devenues élaborées, passant d’une simple tour bâtie en blocs de pierre grossièrement ajustés, pour arriver à des monuments architecturalement complexes, comportant plusieurs tours adossées les unes aux autres, des murailles de protection, des niveaux supérieurs avec des escaliers en spirale… le tout construit avec des pierres ajustées de façon sophistiquée. Impressionnant pour des monuments qui datent parfois de plus de trois millénaires et qui évoquent les forteresses de pierre bâties par les ancêtres, au début de l’ère médiévale en Europe par exemple. Je vous rassure tout de suite : bien que l’on puisse se poser des questions sur les techniques mises en œuvre pour déplacer des rochers pesant parfois plusieurs tonnes, il n’est pas vraiment question, dans cette histoire, d’une intervention des Atlantes, des Raëliens ou d’une quelconque peuplade d’envahisseurs venue d’une galaxie lointaine. L’origine de cette civilisation nuragique, même si elle a, par le passé, questionné longuement les historiens à cause de certains anachronismes, semble maintenant assez bien connue. Il semble bien que ce soit, tout simplement, une évolution de la culture locale marquée tardivement par quelques influences extérieures (les Phéniciens par exemple). Pendant la préhistoire, les Sardes possédaient déjà quelques solides talents de bâtisseurs, et la matière première, sur place, ne fait pas défaut !
Si l’occasion s’en présente, je reviendrai, pendant l’hiver sur l’histoire de ces monuments impressionnants. Vous connaissez mon amour pour les « vieilles pierres », les ruines et la poésie romantique qui s’en dégage… ! De façon beaucoup plus triviale en fait, je suis surtout fasciné par le travail, l’imagination technologique, et les prouesses dont ont été capables nos ancêtres. Cette passion couvrait jusqu’à présent des monuments très divers, châteaux-forts, viaducs ferroviaires ou vieilles bâtisses industrielles… Je me suis fait le plaisir d’y ajouter quelques monuments de l’âge du bronze. Les amnésiques (j’ai décidé de rester poli) qui n’ont aucun respect pour le patrimoine des diverses cultures (en disant cela je pense aussi bien aux fanatiques du petit livre rouge qu’aux mâcheurs de chewing-gum largueurs de bombes incendaires), feraient bien de se rappeler que ce sont leurs grands pères lointains qui ont poussé les brouettes et cassé les cailloux… Si je dis ça c’est pour montrer que, pendant que j’étudiais les merveilles de la protohistoire, je suis resté quand même bien branché sur notre monde contemporain et ses splendeurs éthiques. Les occasions de s’attarder devant les chaînes débordant de mièvrerie, de complaisance et de stupidité de la télévision berlusconienne ont été plutôt rares et je ne m’en plaindrai pas ! En fait, le calme retrouvé pendant ces trois semaines de tourisme m’a permis de lire beaucoup, des ouvrages sérieux et d’autres moins (mais tout aussi passionnants). Je ne pourrai longtemps passer sous silence « Le cours d’une vie » de ce Lecoin que je connaissais mais n’avais point lu, la découverte des poèmes d’Armand Robin, ou les quelques bons romans (polars ou SF pour la plupart) qui ont égayé les longues veillées automnales. Une chronique « lecture » s’impose dans un futur proche… On se retrouve donc bientôt pour parler de tout ça !
PS – En me relisant, je m’aperçois que je passe allégrement du « nous » au « je », embarrassé sans doute par le fait que cette expression est tout à fait personnelle mais que, d’un autre côté, nous avons été deux à effectuer ce périple ; nous avons eu largement le temps d’échanger nos impressions tout au long du parcours ! Les lecteurs/trices m’excuseront, j’espère, pour ces errements, quant à ma compagne relectrice, je compte sur elle pour qu’elle fasse entendre le son de sa voix si désaccord il y a !
PS photos – Clichés maison, va de soi. Photo n°1, un aperçu de la chaîne côtière à l’Est, dans la région centrale, vers Dorgali. Photo n°2, la mer en colère au Capo Testa vers Ste Thérèse, au Nord-Ouest. Photo n°3, la petite église romane de San Leonardo. Photo n°4, la nuraghe Santu Antine, l’une des plus impressionnantes de l’île. Photo n°5, une évocation de cette même nuraghe dans sa forme primitive. Photo n°6, le fronton de la tombe des géants de Ena e Thomes. Reproduction autorisée avec mention de la source.

31octobre2011
Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....
Ça pourrait ressembler à ça…
Les lumières se voilent peu à peu ; le silence s’installe dans la salle ; instant magique. Au bruit des voix se substitue peu à peu une rumeur qui évoque le clapotis des vagues sur le rocher. Le moment se prolonge un peu… Incident technique ? Probablement pas… La mécanique est rodée ; l’artiste, grand seigneur, se fait attendre un peu, à moins que… le trac peut-être ; un léger chatouillis dans la gorge ; le besoin pressant d’une gorgée d’eau ou d’un sourire complice…
Bon on arrête tout de suite ce genre d’avant-propos dégoulinant… Pour être clair, tu pourrais aussi revendiquer la flemme plutôt que le trac, l’indécision plutôt que la recherche approfondie, la difficulté à reprendre la bêche quand on l’a posée depuis trop longtemps…
Tout ça pour vous dire qu’on redémarre demain ; notes de lecture, carnets de voyage, bric à blog, ballade historique ? Seule l’impulsion du moment donnera réponse à cette question vertigineusement palpitante. En tout cas, c’est clair, un bon mois de repos, pour ne pas dire deux, une brève virée parisienne suivie de trois longues semaines à arpenter la Sardaigne du levant vers le couchant et du septentrion vers le centre… ça fait du bien aux neurones encagés depuis trop longtemps. Et puis comme disait ma sacro-sainte mémé, ça va t’en faire des choses à raconter mon p’tit gars ! Tout ça aussi pour constater que vous n’avez été guère nombreux à commenter le radeau de la méduse charbinoise ! Cela ne fait que donner encore plus de valeur aux écrits de celles/ceux qui se sont brièvement épanchés… Je dédie à ces fervents/tes supporters (supporteuses, supportatrices, supéretttes, superwoman ?) la carte postale finale.

Note culturelle : une lecture assidue de la Feuille Charbinoise, pendant les prochaines semaines, vous permettra d’en apprendre un peu plus sur cette magnifique inscription murale…
19septembre2011
Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....
Rendez-vous pour de nouvelles aventures le premier novembre
Rassurez-vous (si une quelconque inquiétude vous taraude) : je n’ai point l’intention d’arrêter la publication de la Feuille Charbinoise. Je constate simplement que les chroniques s’espacent – un peu trop à mon goût – et que le nombre de « brouillons » inachevés grossit à vue d’œil. Les raisons sont multiples et ne correspondent en aucun cas à un quelconque découragement, à un tarissement de la source ou à une volonté de changement radical d’orientation (bien que l’actualité nationale et internationale donne plutôt envie d’aller à la pêche à la ligne…). En compulsant un peu les articles en cours de mise au point, je constate simplement que je place la barre de plus en plus haut et que chaque chronique me prend de plus en plus de temps. Or c’est là que le bât blesse : du temps pour écrire je n’en ai eu que très peu cet été. Nous avons réalisé d’importants chantiers sur la maison et l’entretien de notre vaste espace vert pèse un poids considérable sur nos frêles épaules ! Je comptais sur une accalmie relative avec l’arrivée de l’automne, mais il se trouve que c’est aussi la période où nous partons explorer le vaste monde. Il faut être réaliste, ce n’est pas en cours de voyage que j’arriverai à rattraper mon retard et à publier tout ce que je voudrais publier. Plutôt que de laisser le blog vivoter et courir le risque de perdre une partie de son lectorat régulier, je préfère marquer une pause pour faire le ménage et réfléchir un peu aux orientations futures. Nombre de textes que j’ai en cours de rédaction ne correspondent plus au format « blog » ; soit je leur trouve une autre destination, soit je me calme un peu dans ma frénésie de recherches, je taille dans le vif à la serpette et je les ramène à une dimension raisonnable. Il me faut bien un mois complet, voire même deux pour mener ce vaste chantier à terme.
Je constate aussi qu’il était question, depuis plus d’un an, de changer la présentation du blog que je commence à trouver un peu tristounette. Mon graphiste préféré est tout à fait d’accord avec moi concernant les critiques, mais lorsqu’il m’a demandé ce que je voulais exactement, j’ai bien été incapable de le lui préciser ! Là aussi j’ai besoin de temps pour affiner le projet… La réflexion sur les couleurs des murs de la salle de séjour et sur l’aménagement de mon atelier me donnent l’impression d’avoir absorbé toute mon énergie créative à court terme ! Cette indécision traduit sans doute aussi une certaine confusion régnant dans mon cerveau surmené de retraité sur-occupé. Si, je sais qu’il y a au moins une chose qu’on va essayer de faire rapidement, c’est de grossir et de faire varier le corps des polices utilisées pour afficher les textes. Le lectorat de La Feuille n’étant pas composé que de « jeunots » au regard d’aigle, ça fera certainement plaisir à certains !
En conclusion donc, rendez-vous dans un peu plus d’un mois pour de nouvelles et – je l’espère – passionnantes diatribes ! Profitez de cette pause pour relire les anciennes chroniques et commenter… Je me ferai un plaisir de répondre car je lis toujours très attentivement tout ce que vous écrivez !