9février2009

Brève escapade au carnaval de Québec

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour...; Carnets de voyage.

img_7665 Depuis la dernière chronique, nous avons migré de Montréal jusqu’à Québec, plus exactement sur la rive opposée à la ville, de l’autre bord du St Laurent. Du coup, pour nous rendre au Carnaval, nous avons emprunté le traversier qui va de Levis à Québec. Cette traversée nous l’avons déjà faite à la belle saison, mais en hiver c’est beaucoup plus palpitant car le bateau joue au brise-glace et se trace une route au milieu des blocs à la dérive. Nous avons donc affronté le vent froid qui souffle sur le fleuve pour observer les événements. Un peu à l’écart de la route du traversier, se déroulait l’une des animations du carnaval : la course de canots sur le fleuve gelé. L’épreuve est très sportive et plutôt risquée car la glace dérivante réserve bien des mauvaises surprises. Il faut à la fois naviguer à la rame lorsque c’est possible et porter l’embarcation s’il n’y a pas d’autre solution, en faisant attention de ne pas glisser. La température du Saint-Laurent en cette saison n’incite guère à la baignade ! Je ne sais pas si c’est à la course proprement dite que nous assistons d’assez loin ou à un simple entraînement.

img_7711 Nous mettons pied à terre sur les quais de la ville basse puis nous montons par les escaliers jusqu’à la grande terrasse Dufrein qui débute au pied du château Frontenac. Le point de vue sur le fleuve est absolument magnifique : on aperçoit au loin l’île d’Orléans et le grand pont qui permet de la rejoindre. Dans le lointain, la surface de l’eau est dans les tons gris et se confond avec celle du ciel, mais, là où le courant est moins fort, la glace couvre de vastes étendues et le lit du fleuve devient carrément blanc. Quand on pense que la ville de Québec a été construite sur un promontoire à un emplacement où le cours du Saint Laurent est plus étroit ! Le Rhône nous paraît être un simple torrent en comparaison.

La plupart des animations proposées pendant la durée du Carnaval se déroulent sur les « plaines d’Abraham », lieu historique de la bataille qui a vu la ville tomber aux mains des Anglais, lieu de mémoire chargé de symboles pour les Canadiens français. Une polémique assez vive se déroule dans les journaux actuellement, suite au projet du gouvernement fédéral d’organiser une reconstitution historique de la bataille l’été prochain. Les « souverainistes » (partisans de l’autonomie de la province de Québec) sont maintenant hostiles à l’organisation de cet événement car ils suspectent les autorités fédérales de ne pas avoir des intentions bien claires à ce sujet, voire même de vouloir détourner la symbolique de la défaite française pour en faire un des événements fondateurs du Canada « moderne ». L’idée de prendre prétexte de cet événement pour organiser des festivités est de plus en plus mal acceptée. Ce qui motive aussi les réticences d’une partie de la population, c’est que les autorités feraient appel à des groupes US pour organiser l’événement, alors qu’il y a sur place de nombreuses sociétés qui font de la reconstitution historique et de nombreux volontaires pour faire de la figuration. L’avenir nous dira quelle tournure prennent les événements.

img_7693 Ce qui se déroule sur les plaines d’Abraham pour l’instant a une tournure beaucoup plus pacifique : courses de traîneaux, promenades en ski attelé derrière un cheval, descentes rapides en canots des neiges, glissades aériennes en tyrolienne sur un câble… Il y a à la fois l’ambiance station de ski familiale et celle d’une grande kermesse conviviale. On arrive même à faire abstraction de la publicité omniprésente : les sponsors sont nombreux et tiennent à témoigner de leur présence ! Le plus intéressant de tout c’est le concours national et international de sculptures sur neige. Il y a des œuvres absolument impressionnantes de technicité mais aussi de poésie. Chaque sculpture est accompagnée d’un petit texte descriptif et certaines « sentences » sont fort sympathiques. Les averses de grésil qui se succèdent pendant notre retour au bateau ne découragent pas la foule de visiteurs qui convergent vers les « plaines ». Ce que nous avons vu est très sympathique mais ne correspond pas tellement à ce que nous attendions d’un carnaval ; en fait, une parade costumée se déroule en soirée avec des chars décorés, mais nous n’y assisterons pas. Lorsque nous reprenons le traversier, la nuit tombe sur le Saint Laurent et un spectacle encore très différent s’offre à nos yeux. Nous rapportons une belle série de photos et nous avons de la chance car il parait que certaines sculptures ont été endommagées par le mauvais temps.

img_7742 Le lendemain, nous tournons le dos à la ville pour aller faire une longue balade le long de la rivière Etchemin, derrière la maison. Nous évoluons dans un décor superbe : les cristaux de neige scintillent au soleil et, lorsqu’elle est visible sous la glace, l’eau de la rivière prend des couleurs surprenantes. Les cascades qui alimentent l’Etchemin le long de son cours sont gelées et d’énormes aiguilles de glace ornent les surplombs rocheux. Au retour un petit air frais et vivifiant ( !) nous rappelle l’importance du « facteur vent » dans la météo québecoise. Le thermomètre n’indique que 0° lorsqu’on s’équipe le matin, mais, dans le vent, il fait certainement dix ou quinze degrés de moins. Deuxième leçon importante pour les touristes que nous sommes : avant de choisir le « niveau » d’équipement requis on s’informe non seulement sur la température mais également sur la possibilité que le vent se lève ou non pendant que l’on promène son bout de nez dehors !

La prochaine chronique sera sans doute l’occasion de vous emmener faire un tour dans les environs de Québec, des chutes Montmorency à l’île d’Orléans… A la revoyure !

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6février2009

Le gars des champs dans la grande froidure urbaine

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour...; Carnets de voyage.

Exercice périlleux pour moi d’arriver à tenir, à la fois, le journal de voyage perso et manuscrit que j’ai l’habitude de rédiger lorsque je quitte la calme tranquillité de mes pénates et de vous en proposer une version bloguée et pas trop buggée. Cela nécessite que je sépare le signifiant pour moi, insignifiant pour les autres, des quelques bribes présentant un intérêt pour au moins deux ou trois lecteurs sympathiques qui voudront bien me lire jusqu’au bout ! Côté « illustration » de ces chroniques, l’appareil photo numérique n’appréciant pas vraiment les grandes froidures, je ne sais pas trop ce que ça va donner. Je remercie en tout cas ma photographe préférée. C’est intéressant de savoir en tout cas que lors de la prochaine grande glaciation, l’être humain, s’il est devenu totalement numérique, aura du mal à survivre !

img_7525 Trêve de considérations sérieuses… Nous commençons notre périple québecois par trois journées à Montréal, le temps de redécouvrir la ville et de nous adapter au climat local un tant soit peu rigoureux cette année. La météo a fait un effort sympathique puisque nous bénéficions de températures maxima évoluant entre moins douze et moins vingt degrés histoire de faire un apprentissage progressif avant de nous rendre à Québec. Si je parle d’effort sympathique c’est parce qu’au mois de janvier il y a eu une dizaine de journées pendant lesquelles le thermomètre s’étalait langoureusement entre moins vingt et moins trente. En fait, on réalise pleinement la température qu’il fait lorsque souffle un petit coup de vent vicieux qui vous saisit lâchement de face alors que vous êtes occupés à suivre à la trace la piste à peu près dégelée qui sillonne entre les monticules de neige sur les trottoirs. Avant de s’aventurer dans le monde extérieur il y a donc tout un rituel préalable d’équipement : chacun sait qu’il faut emballer soigneusement la viande avant de la déposer dans le congélateur, sinon elle prend de vilaines marques noires et un goût déplorable. Tant que Monsieur Celsius vous gratifie d’un trait rouge qui ne franchit pas la limite fatidique des moins dix-huit, la phase préparation est relativement rapide. Une amie montréalaise nous fait d’ailleurs remarquer, lors de nos déambulations communes, que jusqu’à cette « basseur » du thermomètre, la mode d’hiver impose encore ses règles ainsi qu’une certaine élégance. Une fois franchi le seuil de non-retour, notamment les jours où il y a du vent, c’est le sauve-qui-protège-toi général. Tant pis si la « tuque » n’est pas parfaitement coordonnée avec la couleur des gants et de l’écharpe, l’essentiel, c’est la survie.

img_7587 Il y a un autre facteur qui facilite l’acclimatation à Montréal, c’est l’existence de la « ville souterraine » et de nombreux passages protégés. Nous avons découvert hier, avec l’aide de notre guide aussi compétent qu’attitré, qu’en fait, une partie de cette ville dite souterraine est en réalité aérienne. Tout un dédale de couloirs, d’escaliers, de cours abritées, permet de passer d’un bloc d’immeubles à un autre, d’une station de métro à un centre commercial, d’une salle de spectacle à une zone de restauration… Ceci est vrai bien entendu dans le centre ville et en particulier dans le quartier des affaires. La partie abritée de Montréal n’est pas, comme je le croyais, un immense centre commercial : de longs couloirs désertiques (mais néanmoins chauffés) s’enchaînent les uns aux autres. On n’y croise que des hommes d’affaires pressés et des employés modèles, jeunes cadres dynamiques commentant les derniers cours de la bourse ou les prix d’achat de leurs « lofts » respectifs. Le vrai courage c’est, après avoir remonté son col et ajusté son bonnet, de franchir à la première occasion, l’une de ces grandes portes à tambour qui vous permettent de rejoindre le monde extérieur. Heureusement qu’il n’y a pas de porte à tambour chez moi car je crois que je serais perpétuellement couvert de bleus tellement je synchronise bien ma démarche vacillante avec le cours des événements extérieurs.

img_7533 Sainte Catherine et Saint Denis, les deux grandes artères incontournables de Montréal, sont bien différentes au cœur de l’hiver. Si l’affluence y est toujours importante, l’ambiance n’est pas la même qu’à la belle saison. Les gens se déplacent assez rapidement d’un point à un autre et on ne voit guère d’attroupements devant les vitrines. Il y a relativement peu de touristes. Les amateurs de températures fraîches qui viennent au Québec en cette période ne font que transiter par la grande ville, avant de repartir vers les chalets où ils s’installeront pendant une semaine ou deux pour faire du skidoo, de la raquette ou du ski de fond. C’est la neige qui attire les visiteurs dans ce pays et la poudreuse ce n’est pas tellement dans les zones urbaines que l’on en profite ! Le gros problème ici c’est plutôt de l’éliminer afin de rendre la circulation des gens et des véhicules possibles. A la tombée de la nuit, la sirène d’un véhicule annonce le passage des souffleuses qui viennent balayer, ou plutôt aspirer la neige, pour la charger dans d’immenses remorques. Mieux vaut alors déplacer sa voiture et se faire tout petit sur les trottoirs car ces monstres rugissants avalent tout sur leur passage. On comprend mieux d’ailleurs pourquoi subsistent de-ci de-là, en plein milieu de la ville, de vastes terrains déserts : ils servent à stocker ces monceaux de neige collectés à chaque nouvelle tempête. Lorsque l’on voit ces no man’s land, l’été, on a l’impression que certains quartiers ne sont pas achevés ou sont, au contraire, en cours de démolition. Ce sont en fait des entrepôts à neige. L’hiver dernier, il est tombé de telles quantités de poudreuse que le stockage n’était pas évident. Dans cette lutte contre les éléments, l’homme dispose quand même de sacrés moyens techniques, du moins dans les zones où les perturbations sont fréquentes. Quand on raconte aux Québécois que certaines zones urbaines sont complètement bloquées par une chute de cinq centimètres, ça les fait plutôt rigoler.

Un autre truc qui les fait plutôt rigoler les Québécois, ce sont les gesticulations de notre Président, et les avis irremplaçables qu’il se permet d’avoir sur tous les sujets. Ses dernières déclarations aussi maladroites qu’insultantes concernant le Québec n’ont provoqué que peu de réactions de colère. Cela n’empêchait cependant pas l’un des journaux que j’ai entraperçus hier de titrer : « Jamais un chef d’Etat étranger n’a autant manqué de respect aux plus de deux millions de Québecois ». Le Parti Québecois et le Bloc Québécois, partisans de l’autonomie de la province, ont quand même tenu à ne pas laisser passer sans réaction les propos de notre Premier Consul et ont adressé une vive protestation par voie diplomatique à l’Elysée. Personnellement, ce type de discours ne me surprend pas trop car ce n’est pas la première fois que le Petit Timonier se distingue sur la scène internationale. Il ne lui reste plus qu’à prendre encore quelques cours auprès de Berlusconi et de Bush Jr et il pourra vraiment jouer un rôle de premier plan. Cette attitude arrogante et stupide a au moins le mérite d’écorner une image de marque que je trouve encore un peu trop positive. En tout cas, je constate que même à six mille kilomètres de mon pays ce bonhomme est encore capable de me provoquer des poussées d’adrénaline.

img_7549 Hier matin, nous avons pris le bus à la gare routière pour aller voir une amie qui habite à Saint Jean sur Richelieu au Sud de Montréal. Nous avons franchi le Saint-Laurent par le pont Champlain. Le fleuve est en partie pris par les glaces mais les bateaux circulent toujours : on discerne facilement les zones de passage. Montréal et sa banlieue s’étalent sur une immense superficie. Je me souviens, lors d’un précédent voyage, d’avoir parcouru plus de soixante kilomètres en voiture pour me rendre d’un point à un autre de l’agglomération. Les trois millions d’habitants sont donc très répartis. Il y a peu d’immeubles élevés et les voies de circulation sont larges ce qui fait que l’on n’a jamais cette impression d’étouffement fréquente dans les villes européennes. Par contre, moi qui n’aime pas les paysages de banlieue, je suis plutôt servi : le centre ville est relativement petit et le bus traverse des kilomètres de zones artisanales aussi peu diverses que possible. Les Mac Do jouent au coude à coude avec les Tim Hurton, les grandes surfaces de distribution et les multiples enseignes de discount. Les pylones électriques et les panneaux publicitaires forment de véritables forêts et les autoroutes s’enchevêtrent avec leurs multiples bretelles. La superficie de terrains, sans doute anciennement agricoles, recouverte par le bitume est démesurée, laide et sans attraits. Quelques exploitations agricoles subsistent encore dans cette banlieue sud de l’agglomération, mais la pieuvre des lotissements les engloutit peu à peu, et ce sont elles qui paraissent presque anachroniques dans le décor.

img_7530 Dans une chronique publiée avant Noël, Sébastien vous a longuement parlé du renouveau de la tradition du conte au Québec et vous a signalé le travail effectué par le conteur Fred Pellerin. Nous sommes allés voir au cinéma le film « Babine » qui a été tiré de l’un de ses derniers recueils d’histoire intitulé : « il faut prendre le taureau par les contes ». Fred Pellerin a rédigé le scénario et les textes de ce film et le résultat est vraiment une grande réussite. Mon seul regret est qu’il ne sortira sans doute pas sur les écrans français ; le thème sera sans doute jugé trop local ou trop singulier. C’est dommage car, pour une première en la matière, c’est vraiment une réussite. Il y a sur Montréal une vie culturelle vraiment intense et d’importants efforts sont faits pour que la population s’intéresse à tous les événements qui ont lieu. Nous avons eu ainsi le plaisir, grâce au savoir faire de notre ambassadeur, d’assister à un spectacle gratuit pour les résidents, associant différentes disciplines artistiques : théâtre, cirque, danse, musique, multimédia… Ça s’intitulait « ce n’est pas une fable » et nous avons beaucoup apprécié la qualité de la mise en scène ainsi que le travail des comédiens et des artistes impliqués. D’ici peu nous avons prévu de nous rendre à un match d’improvisation théâtrale. Ici c’est quasiment un « sport » national, et la saison bat son plein.

Bref tout va bien à bord ; la seule chose dont je me plains présentement c’est d’avoir à m’habiller et à me déshabiller sans arrêt, sans compter les chaussures à lacer et à délacer. Moi qui passerais bien ma vie en charentaises, je trouve ça épuisant. A la revoyure, avec un billet rédigé sans doute depuis Québec. Il neige ce matin et je vais étudier sérieusement la situation.

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4février2009

Délocalisation, philosophie et petits plaisirs

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour...; Carnets de voyage.

Décidément, la délocalisation est à la mode. Sauf que là, ce n’est pas pour des raisons économiques que la « feuille charbinoise » s’installe à Montréal pour quelque temps, mais simplement pour le plaisir ! Un grand bond à l’Ouest tout simplement puisque nous n’avons pratiquement pas changé de latitude ; un saut de puce de six mille kilomètres par dessus la « grande flaque »; une douzaine d’heures de TER, TGV et avion, tout mis bout à bout. Le voyage s’est déroulé sans encombre. La paranoïa sécuritaire est de plus en plus contraignante certes mais on n’a guère le choix… A Roissy les services de contrôle ont un peu flashé sur la caisse de mon accordéon diatonique et sur mes brodequins… Moi j’ai quelque peu flippé lorsque la charmante contrôleuse m’a demandé, au sujet de l’accordéon, si elle pouvait l’ouvrir. C’est ça le rural en déplacement : je n’avais pas compris que c’était de la caisse qu’elle parlait et pas de l’accordéon. Je l’imaginais, quelque peu paniqué, le tournevis à la main, en train de démonter le soufflet. Pour me consoler, elle m’a dit qu’elle regrettait que je ne puisse pas lui jouer un concert et qu’elle le trouvait très joli. Pour ne pas être en reste de gentillesse, je lui ai répondu qu’elle avait de la chance au contraire, parce qu’avec trois mois de pratique le résultat ne serait pas bien probant et que l’acoustique de l’aérogare n’était pas terrible à mon avis…

img_7501 Pendant l’avant dernière heure de voyage, nous avons survolé un territoire immense, gris et blanc, qui semblait totalement désert. Le plan de vol n’étant pas affiché, je pensais que c’était Terre-Neuve… Un moment plus tard, j’ai compris que nous arrivions plus au Nord et que nous passions en dessus du Labrador. Un paysage en deux couleurs, noir et blanc : en noir les zones rocheuses ou boisées, en blanc les vastes surfaces d’eau gelées et les champs de neige. Nulle trace de présence humaine, pas une tache de couleur, pas le moindre panache de fumée. Il faut dire qu’à dix mille mètres d’altitude, ces détails ne sont guère visibles, mais nous avions déjà survolé la province lors de notre premier voyage, en été, et j’avais déjà été frappé par l’aspect désertique de cette immense zone sauvage. Le fil du Saint-Laurent est enfin apparu sous les ailes de l’avion, puis les vallées de ses affluents : le ruban blanc du Saguenay, avec le lac Saint-Jean perdu au Nord dans le brouillard, la rivière Richelieu… La neige faisait particulièrement bien ressortir de longues bandes blanches semblables à des canaux ou à de larges autoroutes. Derrière le minuscule hublot, j’avais l’impression d’être un peu un astronome observant la surface de la Lune. En laissant trainer une oreille indiscrète, j’ai compris à quoi correspondaient ces longues trainées blanches : ce sont les lignes à haute tension qui transportent le courant fabriqué dans les centrales hydrauliques, notamment les différents barages de la Manicouagan. Elles traversent de vastes zones qui ont été déboisées pour éviter tout incident : la neige fait particulièrement ressortir cette emprise humaine sur la nature.

img_7503 Je me suis replongé pendant la dernière heure de vol, dans cette réflexion qui m’occupe l’esprit chaque fois que je me déplace dans les zones les moins peuplées du Québec. J’ai énormément de mal à « prendre possession » d’un territoire aussi vaste. Il y a une différence fondamentale avec les territoires que nous avons l’habitude de côtoyer. Lorsque l’on survole en avion, et plus encore lorsque l’on parcourt les routes et les pistes en voiture, le fait que l’on contourne des zones mesurant parfois des centaines de kilomètres carrés dans lesquelles nul accès n’est aménagé, ceci crée une sensation étrange. Dans les pays d’Europe de l’Ouest, chaque pouce de terrain donne l’impression d’avoir été foulé, exploré, marqué par l’empreinte de l’homme. Dans la région où nous habitons, un maillage de routes, de chemins, de sentiers, permet d’imaginer que l’on peut connaître chaque parcelle de la terre où l’on se déplace. Si nous ne l’avons pas explorée, d’autres l’ont fait avant nous : le nombre de villages, de ponts, de talus empierrés, de signes quelconques d’une présence humaine en témoigne. Au Québec, comme bien sûr dans d’autres régions du monde que je ne connais pas, ce sentiment d’appropriation est totalement absent et je trouve qu’il a un petit côté, certes fascinant, mais avant tout angoissant. A l’inverse, peut-être est-ce ce sentiment d’une nature immense, difficile à apprivoiser, menaçante parfois, qui soude les communautés humaines et fait que, quand nous séjournons ici, nous sommes frappés par la gentillesse et le sens de l’hospitalité des habitants…

img_7502 Lors d’un autre voyage, après une traversée du Saint-Laurent, nous sommes allés réserver une chambre d’hôte dans la bourgade de Baie Comeau. Il était tard, nous étions fatigués et nous avons demandé un logement pas trop éloigné car nous n’avions plus envie de rouler. Notre souhait a été exaucé et une chambre a été réservée, sur la route que nous prendrions le lendemain pour partir, à la limite de la commune. Nous avons quand même parcouru une quarantaine de kilomètres ! Pendant la soirée, nous avons discuté avec d’autres touristes français présents : hasard fréquent en voyage, ils étaient originaires de notre région et habitaient… à une quarantaine de kilomètres de chez nous. Nous nous sommes alors amusés à calculer combien de communes nous traverserions, en France, pour aller de chez eux à chez nous : une bonne dizaine sans doute, en respectant une ligne à peu près droite… Cet exemple montre bien la façon différente dont, dans ces conditions, nous appréhendons les distances. Le lendemain, en partant, nous avons parcouru une quarantaine de kilomètres sans qu’il y ait de hameaux, de village, de château, de croix… Et je n’arrêtais pas de me demander ce qu’il pouvait bien y avoir entre la route et le fleuve, dans ces immenses étendues boisées. Je crois aussi malheureusement que c’est cette incapacité à apprécier une étendue trop vaste, qui a entraîné le déboisement massif dont le Canada a été victime : à quoi bon s’arrêter de couper, puisque le paysage va plus loin que la ligne d’horizon mentale de l’homme…

img_7513 A une centaine de kilomètres de Montréal, le Boeing a commencé sa descente. J’étais impatient que cela se termine. Deux raisons à cela : il y a un moment où, si elles sont encore vivantes, les sardines ont envie de se libérer de leur boîte ; j’ai horreur des atterrissages dans ces gros avions. C’est curieux parce que le décollage ne me crée aucune sensation désagréable, alors que le retour sur le plancher des vaches m’indispose sérieusement. La voix de l’hôtesse nous a informés qu’il faisait – 12° au sol. Il suffisait d’observer la tenue des techniciens opérant sur la piste pour comprendre qu’elle ne racontait pas de bobards. Le tralala sécuritaire a repris et nous a occupés à nouveau un bon moment… Deux bonnes heures plus tard, nous déambulions, les pieds dans la neige, le long du canal Lachine, histoire de reprendre contact avec la ville, de retrouver « nos marques » et de ne pas céder tout de suite à l’envie irrésistible d’aller dormir. Sur ce point là un bon petit souffle d’air bien frais et bien mordant, je vous garantis que c’est efficace. Soirée brève mais chaleureuse : le plaisir de retrouver notre fils pas vu depuis, à notre avis, bien trop longtemps ! Le cidre était particulièrement goûteux et nous avons parlé des projets pour les jours à venir. A la revoyure !

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2février2009

« Le scandale de la France contaminée » : censuré ?

Posté par Paul dans la catégorie : Boîte à Tout.

Info brève à faire suivre

La CRIIRAD a apporté son appui scientifique à la réalisation de reportages pour un numéro de « Pièces à conviction » consacré aux déchets et pollutions laissées par l’exploitation des mines d’uranium.
Sous le titre « le scandale de la France contaminée », il doit être diffusé mercredi 11 février à 20h35 sur France 3.
Nous espérons que vous pourrez le regarder car il s’annonce passionnant. Vous y retrouverez plusieurs des études réalisées par le laboratoire de la CRIIRAD : à Saint-Priest-La-Prugne dans la Loire, La Crouzille en Haute-Vienne, Gueugnon en Saône-et-Loire, Saint-Pierre dans le Cantal….
Encore faut-il que l’émission soit diffusée !
Areva vient en effet de saisir le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (cf. ci-dessous) et fera son possible pour empêcher la diffusion d’informations susceptibles d’écorner son image de marque.
Réponse le 11 février prochain.
N’hésitez pas à faire circuler cette info et à avertir vos parents et amis.
Plus d’info sur le dossier des mines d’uranium : www.criirad.org

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2février2009

Du pognon pour les riches, les pauvres à la niche !

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Vive la Politique.

belle-montre Le discours d’une haute teneur morale qui va suivre a pour objet de réagir contre un certain avilissement des principes capitalistes fondamentaux qui ont toujours éclairé notre conscience nationale de leur lueur pleine d’espérance. L’heure est grave et certains signes ne trompent pas : l’avachissement menace la pensée unique et incontournable qu’incarne notre grand Président. Voilà que nos médias (censés élever la conscience citoyenne de la population), consacrent bientôt l’essentiel de leurs efforts d’information à conter les exactions d’une bande de désœuvrés préférant trainer par dizaine de milliers dans les rues des grandes villes, plutôt que de mettre en valeur le dévouement de ceux qui acceptent de retrousser les manches et de se serrer la ceinture avec allégresse. Certes le pouvoir essaie de reprendre en main une justice de plus en plus molle : mais que penser de ces tribunaux qui relâchent à la pelle les terroristes que les forces de l’ordre peinent tant à arrêter ? La police d’ailleurs est-elle bien à la hauteur de la tâche que l’on attend d’elle ? Nos valeureux sicaires sont capables d’arrêter l’ensemble d’une manifestation lorsque celle-ci réunit deux cent redoutables gauchistes, mais ils n’arrivent plus qu’à de médiocres résultats lorsque les chefs des groupuscules anarchistes autonomes armés mobilisent des milliers de casseurs ! Quand on pense que 15 manifestants ont été arrêtés seulement à Paris samedi 31 janvier et que huit policiers valeureux ont été blessés dans l’exercice de leurs fonctions républicaines ! Des gens qui se permettaient de hurler : « police partout, justice nulle part ! », les poches bourrées de substances illicites et hallucinogènes ! (*)

belle-voiture Je vous le dis bien franchement : j’ai honte d’un pays dans lequel les riches ne peuvent plus dévoiler la grandeur de leur misère sans prendre de grandes précautions oratoires. Les pertes de nos banques, fleuron de notre grandeur nationale, ont été considérables, certes, mais n’aurait-il pas mieux valu que leur ampleur soit dévoilée en une seule fois au bon peuple ? Cette pudeur qui a amené les dirigeants à ne révéler que par pans successifs les pertes que des circonstances malheureuses et sans aucun lien avec leur mode de fonctionnement habituel les ont amené à subir, cette pudeur n’a pas lieu d’être ! Plus grand est le malheur, plus grande est la cause, et la solidarité nationale doit jouer à fond. Comment se fait-il que lorsqu’un village de prolétaires du Nord est ravagé par une modeste tornade, le bon peuple se mobilise, alors qu’il rue dans les brancards lorsqu’on lui demande d’épauler nos grandes sociétés du CAC 40 dans le besoin. Certains socialos ramollis s’indignent même du fait que l’argent public versé aux banques serve à payer les dividendes des actionnaires ! N’importe quoi ! Ces gens risquent leur fortune personnelle chaque jour à la Bourse, et les salariés devraient les abandonner dans leur détresse ? Je pense que des mesures beaucoup plus radicales auraient dû être prises par le gouvernement pour faire jouer à fond l’esprit de solidarité qui a toujours fait la grandeur de notre illustrissime Nation… Les pistes ne manquaient pas : création d’une nouvelle vignette de solidarité à apposer sur les véhicules roulants, transfert des cotisations de la sécurité sociale directement dans les caisses du MEDEF, inscription payante à l’ANPE, adoption du principe excellent de l’alternance : une journée de labeur payée, une journée bénévole… Tout cela aurait été bien plus efficace que de supprimer trois francs six sous au Plannig Familial, ou d’envoyer au placard quelques centaines d’enseignants et d’éducateurs parfaitement inutiles ! En ce qui concerne la vignette, j’entends par avance la critique de certains lecteurs ; il est évident que le montant de cette dernière serait proportionnel à l’effort fait pour relancer la consommation : taxation de 10 € par an pour l’achat d’un 4×4 Renault, de 100 € pour une Clio ou une 205 et de 1000 euro par exemple pour les enfoirés qui roulent en vélo. En ce qui concerne l’alternance des rémunérations, il faudrait aussi tenir compte du facteur socio-culturel. Le barème proposé concerne les Smicards et les intermittents du spectacle ; pour les cadres et les dirigeants, on pourrait adopter le principe d’un mois payé pour une heure bénévole. Il ne s’agit pas bien entendu de créer une injustice de plus dans une société qui pénalise plus que nécessaire les honnêtes et riches citoyens.

belles-robes1 Certes j’admire le punch de notre Président lorsqu’il fait le choix de proposer à la Nation de grands chantiers stimulant notre conscience patriotique. Je trouve parfaitement admirable cette décision de construire une nouvelle centrale nucléaire en Seine maritime. D’une part cela créera des emplois pour les fainéants qui ne veulent plus travailler à la chaîne dans l’industrie automobile, d’autre part cela permettra à notre ex-service public d’électricité de vendre le surplus de kilowatts que nous produisons sur le marché européen en réalisant de substantiels profits. C’est courageux d’avoir imposé ce choix du « tout-nucléaire jusqu’à ce qu’on en crève » par ukase… Quel intérêt de perdre du temps à discuter d’un tel sujet alors que nombreux sont ceux qui, en France, sont convaincus de son opportunité. Il est tout à fait légitime d’avoir refusé de tenir compte des braiements des écologistes, ces bobos des salons parisiens qui n’ont que des rêves médiocres de grandeur. Nous sommes fiers de nos réacteurs EPR et nous en voulons partout ! Nous ne voulons plus de ces éoliennes malodorantes qui créent une pollution visible à l’œil nu. Seul le nucléaire est capable de nous proposer des monuments esthétiques et parfaitement intégrés dans le paysage : les cathédrales du XXIème siècle. Le peuple de France ne craint pas les radiations : lorsque les Soviets ont laissé exploser leur pétard mouillé, la ligne bleue des Vosges nous a protégés. En cas de dysfonctionnement, totalement improbable du nouveau réacteur made in Areva, les experts ont tout prévu : le choix du département de SEINE MARITIME n’est pas anodin ; les méandres de la Seine génèrent un micro climat humide qui, en se mélangeant aux brumes de la Manche, devrait diriger un éventuel nuage d’électrons protestataires, droit sur le territoire de notre ennemi de toujours : les travaillistes anglais (Trafalgar, Mers el Kébir…).

Je trouve par contre notre petit Timonier un peu mou sur le coup des OGM et du bœuf aux hormones. Je ne vois pas pourquoi les citoyens de notre grand pays seraient capables de résister au Césium, au Strontium, au Plutonium… et devraient baisser la tête honteusement devant d’autres progrès de la Science éternelle. Certes la plus grande puissance mondiale a vu ses habitants, gavés de soja transgénique, de bœuf industriel et de poulet à la javel, élire un Président qui n’est pas tout à fait blanc. Mais la relation de cause à effet n’est pas démontrée scientifiquement. Je ne pense pas que l’intelligentsia politique française (je préfère cette appellation à celle de « droite ») ait une quelconque crainte à avoir. Le risque serait plutôt, si l’on continue à tergiverser et à inspirer de fausses craintes à un consommateur français plutôt crédule, de voir arriver un jour, dans les sphères du pouvoir, un éleveur de brebis moustachu et mal élevé… Imaginez le désastre : un José Bové remplaçant une Michèle Alliot-Marie dans le gouvernement… Saint Pape priez pour vos ouailles ! Non, il faut aller résolument de l’avant et créer une vignette pour les tracteurs des paysans refusant de suivre le sillon du progrès avec leur engin roulant à l’huile de colza. Il faut subventionner les vrais révolutionnaires : ceux pour qui tout ce qui est proposé par le Grand Capital est bon à gober à la minute sans expérimentation préalable. Nanotechnologies, oui oui oui !!! Vidéo surveillance, quelle chance, quelle chance !!!

diamant Je suis conscient qu’il va falloir du temps, de l’argent et de vrais sacrifices populaires pour financer toutes ces transformations. Mais je reste persuadé qu’en renforçant les pouvoirs d’un Président qui a de grandes capacités et d’excellentes idées, en enrôlant les chômeurs parasites dans la police nationale, en supprimant les procédures judiciaires qui font perdre inutilement du temps, en limitant les budgets de l’Education et de la Santé à un niveau de dépense raisonnable, notre grand pays peut retrouver sa place dans le leadership de la planète et nous pouvons rendre jaloux les populations et les dirigeants des pays voisins qui continueront sur la pente lascive de la dégénérescence. Regardez un peu ce qui se passe en Suisse par exemple : ce pays qui faisait, il y a peu encore, la fierté de l’Europe, sombre dans le laxisme ! Des brebis galeuses ont réussi à organiser, non pas une, mais deux manifestations pour protester contre la tenue du forum de Davos… Eh bien les policiers helvètes n’ont même pas reçu l’ordre de tirer à balle réelle sur la bande de trublions iconoclastes. Résultat des courses, une fois leurs plaies et leurs bosses soignées, ces malfrats reprendront leurs exactions à la première occasion. Obéissant aux ordres de gourous passéistes et dépassés, tel Jean Ziegler, ils iront casser les vitrines des boutiques de rêve, sous prétexte de solidarité avec la Palestine, le Congo, la Tchétchénie ou Dieu sait quel patelin sous développé auquel nous tentons d’apporter la civilisation enrichie à l’uranium. J’espère que, dans quelques années, lorsque le blason du capitalisme aura enfin retrouvé toute sa dorure étincelante, cette réunion de Davos sera retransmise en direct par la télévision et que les écoliers français auront une journée de congé pour ne rien perdre de la grandeur de cette cérémonie.

seul-le-luxe Notre Président a su se faire accompagner dans l’exécution de la mission difficile qui lui a été confiée, par des hommes et des femmes de valeur. Il s’est attaché à redonner du prestige à sa fonction. Le sommet policier organisé à Vichy fut grandiose et de telles opérations doivent être rééditées à la première occasion. Le petit peuple de province aime ces fastes. Notre président doit savoir par exemple à quel point le peuple de Nîmes (cette sympathique petite bourgade méconnue des grands médias) a été impressionné en voyant le déploiement de forces qui l’accompagnait lorsqu’il est venu présenter ses vœux aux Français, du moins à ceux qui œuvrent pour le rayonnement culturel de l’Empire. Ces centaines de casques luisant au soleil, ces boucliers évoquant les « scutum » des légionnaires romains, ces motos lancées à vive allure dans les rues piétonnes étroitement bouclées, quel panache ! On comprend après ça qu’il ait fallu sanctionner les fonctionnaires de moindre conscience qui n’avaient pas su organiser convenablement l’accueil du plus grand de nos hommes politiques là-haut dans une autre province lointaine. Saint-Lô n’a plus rien de « saint » pour notre grand petit homme. Il faut songer à rebaptiser cette ville peuplée d’enseignants malpolis. Il est temps aussi, d’une manière générale, de renvoyer à la niche les pauvres qui se rebellent contre l’ordre établi. Il faut que l’on remette à l’ordre du jour (pour les humbles) la morale et le respect du riche. Il fut un temps où la seule devise qui s’inscrivait en lettres de feu à l »horizon des masses populaires c’était « Travail, Famille, Patrie », un point c’est tout. Revenons à ces vraies valeurs. La situation actuelle n’est certes pas encore assez grave pour que l’on fasse sonner le clairon patriotique et que l’on abreuve les sillons d’un sang prolétaire mais il ne faudrait pas que nos vaillants édiles soient contraints à envisager de telles mesures… En clair, cela signifie que les journées de travail perdues pour le patronat doivent pas se multiplier. La chienlit c’est fini.

NDLR : Madame la Ministre de l’Intérieur, Monsieur le Ministre de l’Education Nationale (7 majuscules) j’espère que vos services de veille informatique voudront bien noter que la « feuille charbinoise » arrête de s’égarer sur la mauvaise pente et revient dans le droit chemin. A l’heure où l’église réintègre en son sein les brebis négationnistes égarées, j’espère que vous saurez être compréhensifs et ne plus tenir compte de quelques textes maladroits que nous avons malencontreusement publiés. Notre retraite est modeste et un petit coup de pouce de l’Elysée pourrait nous aider à mieux consommer. Un référencement de « la feuille » sur le site des jeunes UMP serait flatteur… Plusieurs de nos anciens amis sont des ultra gauchistes pervers ; nous avons un peu honte, mais nous sommes prêts à fournir à vos services leurs noms, prénoms, adresses… et tout ce qui pourrait vous être utile. Nous avons même connu autrefois plusieurs chefs de cellules anarchistes invisibles : l’un d’entre eux était, de surcroît, un immigré clandestin de la Principauté de Monaco. Vous pensez que cela peut intéresser Mr Bertrand, ou Mr Hortefeux, ou Mr Devedjian ?
(*) NDLVR (Note de la vraie Rédaction) : un bon compte-rendu de cette manifestation sur Article XI

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30janvier2009

Bric à brac et « Bric à blog » de Janvier

Posté par Paul dans la catégorie : Bric à blog.

greveUn peu trop tôt pour qu’on ait une réaction, du moins dans les blogs que j’ai l’habitude de fréquenter, à la vaste mobilisation d’hier. Quels seront ses lendemains ? Il est encore trop tôt pour répondre, sans doute, mais je ne ne suis guère optimiste. Nos grandes centrales syndicales se sont tellement comportées comme des fossoyeurs face à tous les mouvements sociaux de ces dernières années. Certes un Bernard Thibaud, conformément à son rôle, donne de la voix et menace le gouvernement des pires ennuis s’il ne renonce pas à ses réformes, mais les « coups de gueule » des leaders de la CGT, on commence un peu trop à y être habitués. La CFDT avait mobilisé en force, du moins à Grenoble, mais on sait très bien que ce syndicat a une orientation de plus en plus droitière et occupe une place de choix dans la conduite du corbillard vers le cimetière des luttes. Les purges des deux dernières décennies ont éliminé tous les opposants tant soit peu virulents à la direction. On les retrouve maintenant plutôt dans l’environnement SUDiste… Le NPA, la Ligue Communiste relookée d’Olivier Besancenot, essaie de surfer de façon très opportuniste sur la vague du mécontentement, mais que d’organisations, de divisions, de chapelles ! Il ne faut pas espérer grand chose de mieux tant qu’une relative unité ne se construira pas directement sur le terrain, à la base et loin des savants calculs d’appareils… Bien des manifestants semblaient avoir le moral en berne. Le seul espoir c’est qu’il semble maintenant que l’on voie défiler dans les rues des gens qui n’y étaient pas allés jusqu’à présent, et que, malgré les pressions et les menaces, il y ait eu beaucoup de salariés du privé qui soient venus exprimer leur « ras-le-bol ». Un simple témoignage, « vu à la télé » comme ils disent sur leurs biens de consommation indispensables : cette employée d’un hypermarché Casino, interviewée sur la « 3 » exprimant avec des mots très justes les conditions de travail pitoyables qui étaient les siennes… Ça vaut bien la parole d’un « expert »… Jusqu’à quel point faudra-t-il que la vie devienne insoutenable pour que l’on invente enfin « autre chose » ? Jour après jour, la démocratie régresse et la misère étend ses tentacules… Notre futur « premier Consul » joue la carte de l’autisme et reste droit dans ses bottes face à la grogne populaire. Espérons que cette attitude hautaine et méprisante contribuera à exaspérer encore un peu plus ceux pour qui les deux premières années de règne ne sont pas suffisamment explicites. Parlons d’autre chose et « bricabloguons » de concert, en commençant par la culture…

Dans le « bric à blog » de Noël, je vous ai déjà parlé du site d’artiste de mon amie Anne Claire, pour vous dire tout le bien que j’en pensais. Eh bien me voilà contraint à récidiver ce mois-ci : j’aime énormément les quatre carnets de voyages qu’elle a consacrés à ses séjours en Inde. Les croquis, les collages et les peintures illustrant ses réflexions sont tout à fait dans le ton, et témoignent parfaitement de la charge émotionnelle de son expérience. Echappez donc à la grisaille de ces derniers jours en allant rêver du côté des mille et une nuits du Rajasthan, en cliquant sur ce lien pour trouver le premier carnet. Revenez ensuite à la page d’accueil pour visualiser les trois autres volets. Prenez la peine de cliquer sur les images pour les agrandir : certaines gagnent beaucoup à être affichées en grande dimension. Je lui aurais bien volé une illustration pour cette chronique, mais je ne lui ai pas demandé la permission d’abord et je suis trop bien élevé pour commettre un délit pareil. Ça c’est la raison hypocrite (en fait je suis totalement dépourvu de scrupules !) ; le vrai motif pour lequel je ne commets pas ce hold-up c’est pour vous obliger à aller voir sur place !

Cathy Ytak est auteure de livres pour enfants et adolescents, principalement. Depuis que je n’enseigne plus, je m’intéresse un peu moins à cette catégorie de littérature. J’ai cependant acheté son dernier roman : « Rien que ta peau », histoire très belle d’une amour naissante entre deux êtres marginalisés par une société qui n’aime pas ce qui sort de la norme. Elle, Louvine, est lente, obsédée par les couleurs ; pour certains, elle est un peu « l’idiote » du village que l’on voudrait protéger, enfermer dans un cocon ; elle est « immature » selon l’autorité médicale. Dans son entourage, personne n’imagine qu’elle puisse avoir envie d’être aimée, qu’elle ait un corps, des désirs. Lui, Mathis, est un peu sauvage, timide, attentif aux humains comme aux animaux. Le chemin de ces deux adolescents va peu à peu converger, mais les sentiments ont parfois du mal à se faire une place dans ce monde… Je vous laisse découvrir la suite… C’est un roman d’une très grande sensibilité qui n’esquive pas les difficultés de la vie… à lire et à offrir absolument. Du coup, je crois bien que je vais poursuivre mes investigations et me procurer d’autres livres qu’elle a écrits. Allez faire un tour sur son blog : il y a beaucoup de choses intéressantes à découvrir : ses notes de lectures, les animations qu’elle réalise à propos de ses livres… J’ai beaucoup aimé ses voeux 2009 : « le café de la bonne année ». Je lui aurais bien volé son illustration à elle aussi, mais… voir les mensonges du paragraphe précédent.

araluen Puisqu’on est passés de la peinture à la littérature… Allez faire un tour sur le blog de Blandine Longre ; vous y trouverez une foule de notes de lecture très intéressantes sur toutes sortes d’ouvrages. Blandine est traductrice et fait un excellent travail. Parmi ses dernières « productions », le « cycle d’Araluen » et « Chroniques des Temps Obscurs » chez Hachette jeunesse. J’ai acheté le tome 1 de la première saga : « l’ordre des rôdeurs ». J’avais une petite envie de littérature fantastique et je n’ai pas été déçu : je pense que je vais me « lâcher » pour la suite. C’est facile à lire ; la facture est assez classique pour un roman « ado » dans ce genre littéraire mais le style est très fluide, très imagé, plaisant. Le travail de l’auteur, John Flanagan, Australien d’origine, est bien mis en valeur dans cette traduction, ce qui n’est pas toujours le cas ! Plusieurs lecteurs de romans anglosaxons de ma connaissance, préfèrent lire le texte original plutôt que de se désespérer devant les approximations que sont certaines traductions. D’où le rôle important du traducteur dont les conditions de travail ne sont pas toujours faciles d’ailleurs. Le seul reproche que je ferai à ce blog c’est qu’il m’a poussé à la consommation littéraire. L’auteure des chroniques est responsable de plusieurs de mes achats récents dont celui de l’ouvrage « les mots français » dont je vous parlais il y a peu.

Retour à la politique avec un autre blog déjà évoqué en décembre : celui du Québecois Normand Baillargeon. J’étais un peu surpris du silence de cet intellectuel que j’estime beaucoup pendant l’agression israélienne sur Gaza. Je n’ai pas été déçu par le billet qu’il a finalement posté à ce sujet et par son analyse de la situation. La position d’un rédacteur de blog par rapport à l’actualité n’est pas toujours évidente : réagir à chaud à un évènement au risque de propager des rumeurs incertaines ou attendre, prendre du recul pour analyser ? Ce n’est pas toujours facile de trancher. En ce qui me concerne, je pense qu’on ne peut pas rester indifférent à la souffrance de victimes innocentes confrontées à la barbarie d’un agresseur disposant à la fois de moyens militaires considérables et d’un savoir faire indéniable dans l’art de la manipulation médiatique. En ce qui concerne l’article de Normand, « Hasbara ; et quelques contre-poisons », je le trouve à la fois intéressant, posé et constructif. On peut compléter la lecture de cette chronique par l’article du journaliste israélien Gideon Levy, publié dans le quotidien Ha’aretz, qui analyse les derniers événements et les présente comme un cuisant échec pour Israël. M’est avis que Gideon Levy ne doit pas avoir que des amis dans l’Etat Hébreu. Puisqu’on parle de la Palestine, je vous propose un lien sur le site israélien anglophone « Anarchists against the wall » qui fait l’inventaire, jour après jour, de toutes les actions conduites par les libertaires pour protester contre la construction du « mur de la honte » ainsi que contre l’invasion de la bande de Gaza. Un appel à la solidarité est lancé pour soutenir les réservistes qui ont refusé de participer au massacre. Global Voices, version française, est un site intéressant qui propose la traduction de nombreux billets publiés sur des blogs basés dans divers « points chauds » de la planète. Pendant les bombardements de Gaza, une large place a été accordée aux blogueurs palestiniens ou membres d’ONG qui essayaient de dépeindre les tragiques évènements. « Le monde parle : écoutez-vous ? »

lru Histoire de vous fatiguer les méninges, je me permet de vous suggérer d’aller picorer sur un certain nombre de blogs qui ont publié d’autres analyses intéressantes en janvier : commencez par visiter « Actualités de la recherche en histoire visuelle », le blog d’André Gunthert de l’EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales) qui publie d’excellent billets sur divers sujets. Lisez par exemple le texte intitulé « Sarkozy défie l’intelligence« , dans lequel l’auteur analyse le discours du 22 janvier de notre premier Consul concernant la recherche scientifique. Il montre très bien les différentes postures qu’adopte le petit Timonier en fonction des circonstances. Dans ce discours là, c’est le style « caïd tapant du point sur la table » pour faire cesser une fronde inadmissible, qui prévaut. On est loin des discours « vibrant d’émotions », « tissés de références historiques »… C’est plutôt  le ton menaçant et méprisant du « casse-toi pauvre c… » qui est employé. Peut-être s’agit-il là d’ailleurs de la manière « vraie » de parler de ce personnage antipathique. Dans la même catégorie de blogs sérieux et fort intéressants, Article XI et le blog de Paul Jorion, méritent un détour prolongé. Le premier lien vous mène tout droit à un article sur « la révolution en cours en Bolivie », une interview du cinéaste René Davila qui a suivi Evo Moralès pendant sa campagne électorale et qui livre ses impressions sur l’évolution décisive que connaît actuellement ce pays. Le second lien vous conduit sur le blog du journaliste Paul Jorion : un coup d’œil approfondi à l’ensemble de ses écrits est indispensable. Je ne recommande pas d’article particulier. La sobriété de la rédaction et les thèmes abordés font que la lecture n’est pas toujours aisée. Disons que ce blog s’adresse à des gens qui veulent faire l’effort d’une analyse un peu plus poussée de la crise actuelle que ce que propose le quotidien « L’Equipe » ! Ça serait plutôt l’ambiance « Monde Diplo » qui domine…

Voilà, vous avez du pain sur la planche si vous voulez explorer tous ces liens. Quant à nous, nous nous préparons activement à un déménagement de la rédaction à Montréal pendant trois semaines. Si nous n’avons pas les doigts trop gelés, nous ne manquerons pas de vous tenir au courant de nos aventures au pays des grandes froidures hivernales ! Cette fois le blog ne devrait pas connaître d’interruption et nous ne prendrons pas nos lecteurs « en otage », c’est promis monsieur Pernaud.

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28janvier2009

Naïves les chansons populaires ? Allons donc !

Posté par Paul dans la catégorie : ingrédients musicaux; l'alambic culturel.

auclairdelalune « Il pleut bergère », « Nous n’irons plus au bois », « Au clair de la lune », « La mère Michel »… Bien sûr vous connaissez ! Qui n’a pas appris ces chansons aux paroles apparemment si mièvres, lorsqu’il était en crèche, en maternelle ou sur les genoux de grand-mère ? Mais savez-vous que la plupart de ces chansons ont un deuxième sens (voire un troisième si ce n’est plus), et que, à une certaine époque, les colporter était une façon de braver les interdits de l’église ou les ordonnances royales ? Bon nombre de ces chansons enfantines ou traditionnelles ont été créées ou remaniées au XVIIIème siècle, certaines par des compositeurs célèbres, d’autres par des musiciens anonymes. Quand on connaît un peu les expressions ou le vocabulaire de l’époque, la double lecture devient vite évidente. Je vais essayer, au travers de cette chronique, de vous donner quelques exemples de textes dont l’interprétation ne fait plus trop débat.

Prenons par exemple cette comptine anodine qui s’intitule « Au clair de la lune »…  » Va chez la voisine, je crois qu’elle y est, car dans sa cuisine, on bat le briquet. » Savez-vous ce que signifie l’expression « battre le briquet » ? Eh bien, au siècle des lumières, c’est une façon très imagée de traduire « faire l’amour ». L’ami Pierrot ne s’embête pas chez la voisine d’ailleurs ; il arrive en déclamant « Ouvrez votre porte pour le Dieu d’Amour », et dès qu’il a pénétré dans le logis de la belle, la porte se referme aussitôt. Vous noterez bien sûr que certains petits malins ont quand même pris la peine de modifier le « Dieu d’Amour », un peu trop explicite, pour en faire un « pour l’amour de Dieu », beaucoup plus conforme aux traditions de la charité chrétienne… Je vous laisse le soin par ailleurs de deviner quelle partie du corps masculin peut désigner la plume du gentil Pierrot. Espérons que grâce à cet outil précieux, la chandelle ne restera pas morte trop longtemps et que le feu de la voisine réchauffera les corps ! Dans le même registre, je n’insisterai pas trop sur « il court, il court, le furet ». Sachez simplement que l’art de la contrepèterie ne date pas du « Canard enchaîné »…

maintenon L’analyse de la chanson « Nous n’irons plus au bois » est un peu plus complexe. Le texte est sans doute très ancien et remonte peut-être au Moyen-Age. Dans nos campagnes, les mariages d’amour étaient fort rares. Généralement, les couples se formaient sur des « arrangements » entre les familles, en fonction des dots, des avantages acquis grâce à une alliance… Dans ce contexte, il arrivait parfois qu’une jeune fille se retrouve dans le lit d’un homme beaucoup plus âgé qu’elle et pas toujours à même de « satisfaire à ses devoirs conjugaux ». La morale populaire (non celle de l’église bien sûr) tolérait qu’en certaines périodes de l’année, ces jeunes femmes mal mariées puissent échapper au carcan des épousailles. Ces fêtes, plus ou moins paillardes selon les traditions locales, prenaient divers noms et traduisaient surtout une survivance de cérémonies païennes que la morale religieuse n’avait pas réussi à estomper totalement dans la mémoire populaire. Jeanne la bergère ira donc au bois pour cueillir les lauriers, puisque chez elle la récolte ne peut plus se faire. Mais Jeanne n’ira pas seule, puisque, comme le dit la chanson, « chacune à son tour ira les ramasser ». D’autres interprétations sont proposées pour cette chanson : elles se rapportent à des faits historiques précis et sont quasi impossibles à vérifier. « Nous n’irons plus au bois » daterait de l’époque de Saint Louis et évoquerait la fermeture prolongée des maisons de plaisir par ce bon souverain si préoccupé de justice. Ces bordels arboraient en dessus de leurs portes, une branche d’églantier que l’on retrouve dans le texte chanté. Un autre chroniqueur suggère une relation entre les lauriers et la décision prise par Mme de Maintenon, favorite de Louis XIV, d’obtenir l’éradication de certains bosquets buissonnants du parc de Versailles dans lesquels les couples illégitimes se livraient à leurs ébats amoureux. Cette requête n’était guère appréciée par les courtisans concernés… Quelle que soit l’interprétation choisie, la chanson témoigne toujours d’un refus de l’interdit et d’une volonté explicite de le transgresser. En fait, toutes les explications sont plus ou moins valables : la transmission étant essentiellement orale, le texte pouvait s’adapter à un évènement donné : en fonction des circonstances, on créait une énième version d’un chant plus ancien. Cette pratique a été et continue à être courante ; voir par exemple « la Carmagnole », devenue « la Ravachole » au début du XXème siècle sous l’impulsion des libertaires. De nos jours, les détournements de chansons sont nombreux : les évènements de Mai 68 ont donné un coup de pouce à cette pratique qui tend à être de plus en plus employée, à l’occasion des grèves ou des manifestations par exemple. La tendance se confirme depuis le début du nouveau Consulat.

la-mere-michel Les parents, lecteurs de ce blog, se consoleront peut-être en se disant qu’il ne reste plus qu’à se rabattre sur la « Mère Michel » et son petit chat perdu ; ils ne font pas spécialement un choix plus anodin. Il leur suffit de se remémorer que de tous temps « chat » puis « chatte » ont évoqué le sexe féminin. Mais le fait que la pauv’dame ait perdu sa virginité ne semble pas traumatiser le bon père Lustucru. A savoir comment celui-ci la lui rendra, ceci est une toute autre histoire ! Il ne vous reste plus que le bon vieux « savez-vous planter les choux » pour vous consoler. Ce n’est après tout qu’un gentil cours d’éducation sexuelle et d’éveil au plaisir : avec les mains, avec le doigt, avec les pieds ? Pourquoi pas ! En ce qui concerne « Jeanneton prend sa faucille », depuis que les paroles en ont été « remaniées », rares sont ceux qui souhaitent encore l’utiliser comme berceuse pour endormir les enfants ! Personnellement, ce n’est pas à l’école maternelle que je l’ai apprise ! A l’origine c’était quand même une chanson galante… Mais la version qu’en donna Aristide Bruant dans son recueil était un peu plus osée… (*)

J’ai gardé pour la fin deux chansons particulièrement intéressantes. La trajectoire géographique et historique de la célébrissime « Claire Fontaine » est complexe. Ceci, est amplement démontré par la multitude de versions connues (même le titre a changé puisque la complainte « en revenant de noces » a des paroles très voisines). La chanson aurait été composée en France au début du XVIIème siècle, et elle aurait traversé l’Atlantique avec Champlain, puis avec les soldats du Marquis de Montcalm. C’est au Canada qu’elle aurait ensuite connu son heure de gloire : chanson de marche des soldats français, elle a été adoptée par les patriotes en lutte contre les Anglais, lors de la grande révolte de 1837. Elle aurait acquis ainsi, chez nos cousins de la Belle Province, le statut d’hymne national populaire. Elle fit ensuite son retour en France et la version la plus fréquente que nous entendons aujourd’hui aurait été « fixée » à l’écrit en 1848, mais cela n’exclut pas que, pendant son exil au Québec, la chanson n’ait pas connu une évolution parallèle chez nous. Dans le cas de la « Claire Fontaine » aussi, un double sens caché peut être trouvé dans les paroles. L’eau évoque la féminité, le rossignol l’amour, les fleurs (de façon générale) la séduction, et la rose (en bouquet ou en bouton) la révélation de l’amour… Disons que là, on touche plutôt à la complainte galante et que les détails sont moins explicites que dans « au clair de la lune » ! Personnellement, je trouve certaines interprétations de cette chanson vraiment très belles…
Double histoire également pour notre bergère et ses blancs moutons. Elle fut composée par Fabre d’Eglantine en 1780 pour une opérette, puis devint une chanson de rue. En la colportant, au début de la Révolution, certains y voyaient une allusion à la reine Marie-Antoinette, « l’Autrichienne » détestée par la population, qui jouait à la bergère dans son parc. La symbolique de la chanson est alors une menace à peine voilée contre la souveraine. Dans le cadre de cette interprétation on peut considérer que « il pleut, il pleut bergère » préfigurait le « Ça ira, ça ira » que la garde nationale allait entonner quelques temps plus tard. Coïncidence amusante je trouve, c’est ce choix qui a été fait par le réalisateur du téléfilm sur l’affaire Calas, diffusé il n’y a pas très longtemps sur Arte. L’enchainement des deux chansons pour le générique de fin est absolument magnifique. Mais, encore une fois, il existe une interprétation libertine des paroles et les deux couplets de fin appuient cette façon de voir les choses… Après avoir tué son petit chaton, notre gentille bergère s’en va à confesse et le curé la condamne à une cruelle sanction : « Ma fille pour pénitence, Nous nous embrasserons ! Ron, ron – La pénitence est douce, Nous recommencerons ! Ron, ron » Sympa comme conclusion non ? En tout cas, ce genre de « dérapage » est courant dans nombre de chansons traditionnelles, notamment dans l’anciennement très catholique province du Québec…

vielleux Je n’ai sélectionné là qu’un tout petit échantillon et ce travail mériterait d’être approfondi. Je sais que Claude Duneton s’est amusé à le faire. Je n’ai pas eu l’occasion de lire son ouvrage. C’est là sans doute une lacune qu’il faudra que je comble. Lorsque l’on s’intéresse de très près à la musique et au chant traditionnel, on a parfois tendance à déplorer le côté simplet des paroles. Mieux vaut réfléchir à deux fois avant de porter un jugement trop rapide. Il n’était pas toujours possible, sans risquer sa peau, d’écrire des paroles de chansons appelant ouvertement à déserter par exemple. L’Eglise n’appréciait guère non plus que l’on vante les mérites de plaisirs charnels qu’elle vouait aux flammes de l’enfer. « Jouer avec les mots » a toujours été une caractéristique de l’expression populaire. Certaines complaintes ont des paroles particulièrement ambigües : cela s’explique parfois par des erreurs de transcription, mais aussi par le fait que nous avons perdu l’usage et le sens de beaucoup d’expressions de l’ancien Français. Pour ceux qui s’intéressent à cette « archéologie des mots », je ne saurais trop vous recommander la lecture d’un livre passionnant de Georges Gougenheim qui vient d’être réédité chez Omnibus : « les mots français dans l’histoire et dans la vie ». Le conseil de saison de « la feuille charbinoise » : pour lutter contre la « froidure » des temps, n’oubliez pas de « battre le briquet » de temps en temps !

Notes : (*) Voici deux versions parmi d’autres de « Jeanneton ». La première date de 1703, la seconde est remaniée par le bon vieil Aristide.

jeanneton-1 jeanneton-2

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26janvier2009

Jurij Vega, les décimales de π et les cratères de la lune

Posté par Paul dans la catégorie : Histoire locale, nationale, internationale : pages de mémoire; Sciences et techniques dans les temps anciens.

Petit portrait du mathématicien Jurij Vega

baron Voyage en Slovénie, l’automne dernier. Une petite route dans le parc de Kozjansko, un château ancien fort intéressant à visiter (Podsreda). Tout au long d’un couloir, à l’étage, des maquettes en bois, très bien réalisées, présentant un certain nombre de dispositifs techniques imaginés par un savant slovène dont nous n’avons jamais entendu parler. Cela suffit pour exciter ma curiosité et me donner envie de combler une lacune évidente dans mes connaissances (modestes) sur l’histoire des sciences et des techniques. Vous allez profiter aujourd’hui de mes découvertes ainsi que de quelques-unes des jolies photos que nous avons prises de cette exposition. La première idée qui m’était venue, après la visite, c’était de comparer le personnage à Léonard de Vinci. Après avoir un peu « farfouillé » dans la documentation relativement modeste disponible en français sur ce personnage, j’ai renoncé à cette idée : trop d’années séparent les travaux de ces deux hommes d’une part ; d’autre part, le champ d’investigation de Vega me paraît plus restreint et ne comporte en particulier pas le domaine artistique. S’ils ont un point commun par contre c’est la part importante de la technologie militaire dans leurs inventions. Vinci devait répondre aux demandes pressantes des princes bellicistes qui le « sponsorisaient » ; Vega, lui, était militaire – officier dans l’artillerie de l’armée autrichienne – et donc directement concerné par la question : la balistique était l’un de ses dadas. Là où Vinci s’ingéniait à fabriquer des ponts de bateaux pour franchir les rivières, Vega s’intéressait à la trajectoire des obus ou concevait des treuils efficaces pour soulever les canons et leurs affûts. Là s’arrêtera la comparaison. Pour la postérité, le savant slovène est surtout resté célèbre en tant que mathématicien.

machine-vega-1 Jurij (Georges) Vega est né en 1754 dans un petit village de montagne, Zagorica, non loin de la capitale actuelle de la Slovénie, Ljubljana, où il a fait ses études. A la fin de sa formation, il reçoit le diplôme d’ingénieur naval. Il entre dans l’armée en 1780 et devient professeur de mathématiques à l’école d’artillerie de Vienne (rappelons qu’à cette époque, la Slovénie était l’une des provinces de l’Empire Austro-Hongrois). Il participe à plusieurs grandes campagnes militaires. Il se bat d’abord contre les Turcs et joue un rôle actif dans la prise de Belgrade. Ensuite, en tant qu’officier de l’armée autrichienne, il participe à la grande coalition contre les révolutionnaires français mais aussi à la guerre contre la Prusse. Le conflit contre la France lui permet de tester de nouveaux mortiers dont il a essayé de perfectionner le fonctionnement. Tout ceci se fait, bien entendu, sur le dos de nos ancêtres, les « sans culottes ». L’artilleur peut être fier de lui : grâce à ses savants calculs, la portée de ses engins de mort a doublé, mais cela ne suffit cependant pas à l’armée autrichienne pour éviter la déroute… [NDLR : voilà maintenant que ce blog immoral et apatride rend hommage aux ennemis de la nation, on aura tout vu !]. Entre deux campagnes, notre mathématicien réfléchit, calcule, vérifie, note… bref, occupe laborieusement ses journées. L’essentiel de son œuvre est rédigé en une vingtaine d’années seulement, entre 1780 et 1800. Vega meurt jeune, à l’âge de 48 ans. Il semble que son statut de militaire ne soit pour rien dans les conditions de sa disparition. Celle-ci a lieu dans des conditions mystérieuses, en septembre 1802, non loin de Vienne. Ses camarades retrouvent son corps sur les berges du Danube. Accident ou crime crapuleux ? Jusqu’à ce jour, Sherlock Holmes n’a pu résoudre cette énigme, alors vous pensez, ce n’est pas avec mes modestes talents que je vais le faire ! Un bon thème en tout cas pour un polar historique qui reste encore à rédiger.

log En fait, s’il y a une chance que vous ayez entendu parler de Vega pendant vos études, c’est probablement à cause du nombre π : c’est en effet lui qui, le premier, a énoncé les cent quarante premières décimales de ce nombre énigmatique, en 1789 (les cent vingt six premières – seulement – étaient justes…). Malheureusement pour lui, ni le Guiness Book, ni le prix Nobel de mathématiques n’existaient encore. Vega fut un ardent défenseur de l’introduction du système métrique décimal dans le domaine des poids et mesures. Il plaida cette cause difficile sans succès auprès de la monarchie des Habsbourg en 1781. Il fallut un siècle de plus pour que l’empereur François Joseph franchisse le pas et adopte le même système que ces « maudits Français ». Rappelons que chez nous, c’est par un décret de la Convention, en date du 7 avril 1795 que la révolution eut lieu dans le domaine des mesures. Il y eut ensuite une contre révolution de 1812 à 1830 puis une restauration définitive en 1830. L’un des travaux les plus remarquables de Jurkj Vega est la publication de volumineuses tables de logarithmes qui restèrent en usage jusqu’au début du XXème siècle. Par la suite, les ordinateurs prirent la relève pour les calculs. Certains se moquaient ouvertement de cet amoncèlement de données numériques et l’histoire raconte que l’on avait même promis une pièce d’or à qui trouverait une erreur. Mais Vega avait procédé à de nombreuses vérifications. La petite histoire précise même qu’il « occupait » à ce travail les soldats de son régiment… Un exemplaire au moins de cet ouvrage majeur « Thesaurus Logarithmorum Completus », appartenant à l’un de ses contemporains, Charles Babbage, (l’un des pionniers de l’informatique dont j’aurai l’occasion de reparler), est actuellement conservé à l’Observatoire Royal d’Edimbourg. Ce livre, publié une première fois à Leipzig, fut ensuite réédité une centaine de fois, jusqu’en 1924 au moins. En récompenser de cet important travail, l’Empereur d’Autriche lui accorda le titre de « Baron », ce qui, pour le fils d’une famille modeste (paysans pauvres), orphelin très jeune, fut sans doute une distinction appréciée.

Dernier champ d’investigations : notre homme était également un passionné d’astronomie et ses calculs ont entrainé la découverte d’étoiles que les instruments d’observation de l’époque ne permettaient pas d’observer. En hommage à ses succès dans ce domaine, un cratère de la lune et un astéroïde portent son nom. En 2004, la Slovénie a célébré le deux cent cinquantième anniversaire de la naissance de son héros, dont l’effigie ornait (avant le passage à l’euro) un billet de 50 tolars. Plusieurs livres, brochures et timbres lui sont également dédiés. Un musée est consacré à ce grand homme : il se trouve à Zagorica, à l’emplacement de sa maison natale (infos sur le site du musée).

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23janvier2009

Education Nationale : vous avez aimé 2008 ?

Posté par Paul dans la catégorie : Sur l'école; Vive la Politique.

Eh bien 2009 ne devrait pas vous décevoir !

annee_de_liquidation Le bras droit éducatif du petit Timonier (que certains ont baptisé « play-mobil de l’Elysée » – j’aime bien aussi) vous annonce de nouvelles réjouissances… Les secrets de la nouvelle thérapie : on prend les anciennes mesures et on repasse une couche un peu plus épaisse ; on ajoute quelques idées toutes neuves émanant du cerveau élyséen ; le cocktail devrait permettre de finir de massacrer ce qui ne l’a pas encore été. Vous en avez rêvé dans vos pires cauchemars ? Dark Vados va le faire pour vous, en moins de temps qu’il ne vous en faut pour vous réveiller, prendre conscience et commencer à râler. A peine sorties vos pancartes de protestation, l’affaire sera dans le sac. L’Education nationale aura été encore un peu plus allégée de son sur-effectif d’enseignants ; son budget grassouillet bénéficiera d’un régime un peu plus sévère ; les flics, les chiens et le service de veille informatique du ministère s’appliqueront à ce qu’il n’y ait plus de ratés dans la machine. A tous ceux qui considéraient que le grand chef de l’éducation n’était pas une flèche, sachez que lui-même se compare à une fusée sur sa rampe de lancement : « J’en vois qui écrivent que ma mission est terminée. Une lettre de mission c’est une rampe de lancement que vous donne un président. Sur cette rampe, une fusée ne s’arrête pas en cours de route parce qu’elle a décollé. Il faut continuer. » (*) Toutes mes condoléances aux collègues encore en activité !

carotte_botte Finalement si l’on examine un peu en détail l’année écoulée, le ministre a été relativement calme : il n’a fait que démanteler les Réseaux d’Aide aux élèves en difficulté (RASED dans le primaire), réduire le nombre de places aux concours de recrutement (afin, comme promis, de remplacer le moins possible de fonctionnaires partant en retraite), chambouler les programmes, bouleverser les horaires, désorganiser les lycées, multiplier jusqu’à l’hystérie les évaluations… Le tout avec une vitesse et une précipitation évoquant la charge de la cavalerie de Custer contre les Indiens… Mais il paraît que ce n’était qu’un tour d’échauffement : la fusée va accélérer. Il faudrait pourtant que ce brave homme prenne garde : il arrive parfois que les engins spatiaux les plus élaborés explosent juste après le lancement. Une petite erreur dans le calcul de la trajectoire et plouf !, une belle gerbe d’étincelles dans l’atmosphère… En 2009 la garde impériale part au combat contre l’absentéisme, lance « l’académie sur internet » (non, bien qu’on soit dans la guerre des étoiles, ce n’est pas la « star academy »), améliore la mise sur orbite ANPE des lycéens, et remet sur le tapis (sans doute au moment des examens de fin d’année) sa réforme du lycée qu’il n’a pas abandonnée… J’en passe et des meilleures : un programme époustouflant, digne d’Hollywood. D’autant que le ministre laisse entendre qu’il a d’autres idées en réserve pour la fin d’année (la remise en cause de l’école maternelle peut-être ?). Pendant que le bougre conférence, salonne et déblatère, la révolte gronde dans les écoles, les collèges et les lycées. Quand je dis « la révolte gronde », il faut bien sûr garder à cette phrase des proportions raisonnables : j’ai peine à imaginer certains enseignants de ma connaissance le couteau entre les dents, trop occupés qu’ils sont à la défense de leurs petits intérêts particuliers ! Mais disons qu’une large frange des personnels de l’Education Nationale commence à trouver que le vase déborde. Les petites primes de-ci de-là ne suffiront bientôt plus à faire avaler les couleuvres ministérielles.

gourdin Pourtant, les gouvernements successifs ont fait très fort pour diviser les enseignants, avec la complicité active ou passive des syndicats : la diversité des salaires pour un travail identique est bientôt plus grande que sur les chaînes de montage de la grande industrie : vous savez, cette époque héroïque où chez Renault, à Flins ou à Billancourt, on se cassait la tête pour constituer des équipes de travail dans lesquelles les ouvriers parlaient cinq ou six langues et où il y avait autant de fiches de paie différentes que d’ouvriers embauchés. Le système, exporté dans la fonction publique, a donné de bons résultats : il est logique que des enseignants pratiquant eux-mêmes la politique de la carotte et du bâton avec leurs élèves, soient largement sensibles à cette façon de faire. Euros contre heures supplémentaires, promotions contre approbation inconditionnelle des directives les plus stupides, concours internes débiles pour donner des titres à certains et pas à d’autres… On a joué à fond la carte des vacataires contre les titulaires, des instituteurs contre les professeurs d’école, des profs certifiés contre les agrégés, des lycées contre les facs… Mais je crains que cette époque bénie pour les dirigeants soit terminée. Les vieux de la vieille ont du mal à supporter le discours tendance jeune cadre dynamique, où l’on prend les enfants pour des véhicules en cours d’assemblage et où l’on se met à fantasmer sur des courbes, des graphiques, et des projections sur la rentabilité de tel ou tel investissement pédagogique. Quant aux plus jeunes enseignants, ceux qui n’ont pas connu l’époque relativement bénie où l’on avait une certaine maîtrise de la pédagogie que l’on voulait mettre en place, eh bien eux se cassent les dents sur des conditions de travail impossibles : classes surchargées, gamins incadrables et refusant (les lâches) de se conformer aux grilles d’évaluation et aux schémas d’objectifs programmés. De plus en plus d’entre eux, notamment ceux qui sont rentrés dans l’Education Nationale plus par défaut de choix que par orientation volontaire, se demandent dans quelle galère ils sont tombés. Pourvu qu’ils soient suffisamment attentifs à l’environnement humain dans lequel ils travaillent, ils se rendront très vite compte que l’école n’est pas une industrie et que les techniciens supérieurs issus des grandes écoles de l’administration ont mieux à faire ailleurs (?) qu’ici !

graphique1 On met en place de nouveaux dispositifs sans même les avoir testés, sans avoir pris la peine de se demander s’ils présentent un intérêt quelconque. Les heures de soutien scolaire accordées aux élèves en difficulté en sont un bon exemple : que faire de plus idiot pour un enfant qui a du mal à supporter l’école parce qu’il y est en situation d’échec, que de lui offrir quelques heures de classe supplémentaires ? Certains vieux collègues faisaient déjà ça quand j’ai débuté : « tu ne sais pas faire ton problème ? Tu feras des maths pendant que les autres feront de la peinture ». J’en ai eu un comme ça d’élève dans ma classe : il avait dix ans ; depuis son cours préparatoire (apprentissage de la lecture) il était systématiquement privé de récréation parce qu’il était plus lent que les autres… Vous croyez que lorsqu’il est arrivé chez moi il bénissait l’image de l’instit qui lui avait imposé ce régime de faveur ? Deux années d’une pédagogie un peu plus subtile n’ont pas suffi pour remettre la barque à flot : quand il est parti au collège, il avait toujours l’école en grippe… Les idées stupides n’ont pas manqué cette année en primaire : je ne trouve pas très malin d’enseigner le passé antérieur aux enfants sous prétexte que le niveau en français baisse (c’est drôle de considérer d’ailleurs que le français c’est juste de l’orthographe…). Il eût peut-être fallu que le ministre réfléchisse un peu plus et apprenne à se servir de la règle de trois avant de considérer que c’était là un apprentissage incontournable à l’école… Je m’arrête car la liste pour 2008 est encore longue. Il semble qu’en 2009 ce n’est pas une chronique de blog qu’il faudra mais un volume de l’encyclopédie Larousse pour parler de toutes les idées révolutionnaires de notre Rantanplan national.

fusee-dark-vados Révolte donc il y a et par conséquent répression. La politique de la prime et du doberman. L’initiative de notre collègue Alain Refalo que j’avais évoquée dans une précédente chronique (ça ne peut pas passer, il faut que ça casse) donne des cauchemars à l’administration. Une longue série de courriers dans lesquels les enseignants refusent de mettre en œuvre les réformes ministérielles ont suivi. Plus de mille lettres de désobéisance ont déjà été expédiées. Le ministère se fâche et les mesures répressives tombent : brimades administratives, visites à répétition des inspecteurs, et, mesure la plus scandaleuse : retenues sur les salaires. L’inspection académique de la Haute-Garonne a ainsi informé Alain Refalo qu’à partir du 5 janvier il était sanctionné d’un retrait de salaire de deux journées par semaine (**). Visiblement Dark Vados veut frapper fort, comme sa collègue de l’intérieur avec sa grotesque affaire de Tarnac, histoire de faire un exemple et de décourager ceux qui voudraient se joindre à cette action. Mais là aussi le Cornac qui siège au poste de conduite du mammouth réagit un peu tard. Il se peut même que cette sanction stupide et démesurée jette encore un peu plus d’huile sur le feu qui couve. Quand ce seront des dizaines d’instituteurs dans chaque circonscription qui enverront des courriers pour signaler qu’ils refusent la mise en œuvre des « dispositifs d’aide individualisée », il va falloir que le ministère embauche des milliers d’inspecteurs contrôleurs pour aller vérifier sur le terrain ce qui se passe. La loi ne leur permet pas encore le retrait de salaire sur la base d’une simple lettre. Plus nombreux seront les insoumis, moins ils prendront de risques et plus le Jedi en chef se ridiculisera. La grève du 29 janvier devrait mobiliser, certes, mais il y a plus à chercher, à mon avis, du côté des actions de blocage et de désobéissance pour faire monter la pression. Comme le disait un de mes amis : les lourdes machines n’aiment pas avoir trop de grains de sable dans leurs rouages !

Notes. (*) conférence de presse de Xavier Darcos le 22/01 – (**) voir le site « Résistance pédagogique pour l’avenir de l’école« , pour complément d’information –

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21janvier2009

Le bois dont on fait les alluchons

Posté par Paul dans la catégorie : voyages sur la terre des arbres.

cormier Pour une fois, ce n’est pas du bois avec lequel je me chauffe dont vous allez entendre parler… Laissant de côté les tumultes de l’actualité, je vais vous causer « alluchons ». Non, il n’y a pas d’erreur de transcription, je n’ai pas l’intention de faire mon balluchon, mais je m’intéresse à un bois très dur, le cormier, qui avait des usages bien particuliers dans les temps anciens. Il fut une époque où l’on savait déjà construire des systèmes de transmission (arbres, roues dentées, engrenages) mais où l’on n’utilisait pas encore l’acier ou le bronze, soit parce qu’ils étaient trop coûteux, soit parce que l’on ne savait pas les usiner avec suffisamment de finesse, ou bien encore parce que l’on avait besoin d’un minimum de « souplesse » dans la liaison entre les composants du dispositif – souplesse que le métal n’offre pas vraiment. On fabriquait alors les systèmes de transmission en bois, et, pour les pièces qui travaillaient beaucoup (« pièces d’usure »), on choisissait bien évidemment des bois très durs. L’usage du frêne était assez répandu, mais l’essence que l’on appréciait le plus était le cormier, appelé aussi sorbier domestique, à ne pas confondre avec le sorbier des oiseleurs dont j’ai déjà parlé dans une chronique antérieure. Le cormier était alors l’un de nos bois les plus précieux, parce qu’il possédait un grain fin et qu’il était l’un des plus durs de nos forêts. Si j’emploie l’imparfait c’est que de nos jours, on ne trouve pratiquement plus de grumes de cormier dans les scieries : il s’agit d’un arbre en voie de disparition.

lanterne-et-alluchon L’un des domaines dans lequel on appréciait le plus les propriétés du bois, c’était dans la mécanique des moulins à vent ou à eau. Les ailes du moulin étaient montées sur un axe (généralement un tronc de chêne) comportant un énorme volant, le rouet. Celui ci était équipé de dents qui, en s’engageant entre les rayons d’une cage montée sur un axe vertical (pièce appelée aussi lanterne), permettait de transmettre à angle droit le mouvement de rotation de l’axe principal : grâce au rouet denté et aux fuseaux de la lanterne, l’arbre horizontal en entrainait un autre qui, lui, était vertical. Inutile de préciser que l’on ne maitrisait pas les sautes d’humeur du vent et que s’il y a une pièce qui « souffrait » lorsque le moulin fonctionnait, c’était bien celle-ci. Pour maintenir le dispositif en état, il fallait veiller à ce que les précieux « alluchons », les dents de bois plantées sur le rouet, ne soient ni brisées ni trop usées. Le bois de cormier était considéré comme le plus performant pour réaliser ces précieuses dents et leur fabrication demandait beaucoup de précision. Ce travail était l’œuvre d’un charpentier de moulin qui traçait et découpait chacune des pièces à la demande. Certes l’espacement des rayons de la « cage » en bois était régulier, mais il était nécessaire d’ajuster chaque alluchon de façon précise à l’interstice dans lequel il devait s’emboiter. Cela d’autant plus que, dans beaucoup de moulins, cette transmission pouvait être débrayée lorsque soufflait un vent trop violent ou que l’on voulait procéder à des travaux d’entretien. La problématique était à peu près la même dans les moulins à eau, et l’on faisait appel très souvent au même dispositif, rouet avec des alluchons et lanterne. De nombreux moulins anciens sont actuellement remis en état, souvent par des bénévoles. Je vous invite à faire un tour par exemple sur le site du moulin de St Arnould dans les Flandres : c’est à l’association de bénévoles qui s’occupe de rénover le bâtiment que j’ai emprunté certaines des photos illustrant cette chronique.

ebauche-alluchon Le cormier avait d’autres usages traditionnels : on s’en servait également pour réaliser les vis de pressoirs, les navettes de métier à tisser, les semelles des rabots. La finesse de son grain permet en effet des découpes très précises, et une fois poncé avec soin, il devient aussi lisse que du marbre. Il est donc aussi recherché par les ébénistes pour réaliser des placages décoratifs, les luthiers pour fabriquer les mécanismes de piano, les tourneurs qui font avec des manches de couteaux, les armuriers qui taillent les crosses des fusils ou les sculpteurs et les graveurs. Ces derniers artisans considèrent qu’il est l’un des meilleurs matériaux pour le travail dit en « bois debout » (débit perpendiculaire à la fibre et non dans le sens du bois). Seul le buis peut l’égaler, mais, pour ce dernier, il est impossible de trouver des blocs de taille importante. Le bois de cormier avait aussi un usage ludique puisque l’on s’en servait, notamment dans la région de l’Anjou, pour réaliser les boules du jeu dit « boules de fort ». Ce jeu présente quelques ressemblances avec la pétanque, si ce n’est qu’il se joue en salle et que le terrain est légèrement relevé sur les bords. Pour placer sa boule le plus près possible du « faible » (la cible) il faut tenir compte impérativement de la dérive latérale liée à la pente du sol…

rouet-lanterne Le sorbier domestique a une croissance très lente, ce qui explique la valeur de son bois mais aussi le peu d’intérêt que lui portent les exploitants forestiers soucieux de rentabilité à court terme. L’arbre a peu à peu disparu de la lisière de nos taillis et de nos futaies, et il devient difficile de trouver des grumes d’une taille respectable. L’arasement des talus et l’arrachage des haies de bocage dans de nombreuses régions d’Europe ont également contribué à sa disparition. Le cormier est une essence qui s’adapte à n’importe quel terrain, pourvu qu’il soit profond et fertile. Il est par contre très exigeant au niveau de la lumière et ne supporte pas la concurrence d’arbres de croissance trop rapide qui lui feraient ombrage. Il faut au moins un siècle et demi (si ce n’est deux) pour que l’arbre atteigne une vingtaine de mètres de haut et un diamètre de 50 à 60 cm. Si vous êtes très patient, l’arbre a une espérance vie d’au moins cinq ou six cents ans et dans ce cas, on peut espérer une circonférence de quatre mètres (ce qui, grâce à un calcul tout aussi mathématique que complexe permet de déduire un diamètre de 1,2738853 m). Ses performances sont donc bien moindres que celles du chêne ou du hêtre. L’infatigable chasseur d’arbres (j’ai nommé Krapo arboricole) a réussi à publier sur son blog une photo vraiment magnifique de cormiers de dimensions respectables… On commence à replanter quelques sujets dans certaines régions, en Bretagne notamment, mais il ne représente qu’un très faible pourcentage dans les programmes de reboisement (encore inférieur à celui des sorbiers des oiseleurs). Puisque j’évoque à nouveau le sorbier des oiseleurs, je vous signale, au passage, qu’il n’est pas facile de distinguer les deux cousins : tous deux ont des feuilles composées ; les folioles du cormier sont un peu plus grosses que celles du sorbus aucuparia. Les silhouettes des deux arbres sont assez différentes : le sorbier des oiseleurs a une cime étroite et claire ; celle du cormier est plus arrondie et plus dense. L’écorce du sorbier des oiseleurs est aussi plus claire.

corme Avec les baies du sorbier des oiseleurs, ces grosses grappes rouges qui décorent l’arbre à l’automne, on peut faire une confiture très savoureuse. De la même manière, on peut aussi utiliser les cormes pour diverses préparations. Mais attention, les petites poires doivent absolument être blettes pour être utilisées. Lorsqu’elle ne sont pas très mûres voire même passées, elles sont extrêmement astringentes et difficilement consommables. Avaler une corme verte après l’avoir soigneusement croquée est une véritable prouesse. Selon Pierre Lieutaghi (qui est l’un de mes « maîtres à penser » en matière de botanique) on se moquait autrefois d’une personne qui voulait changer de sexe en lui disant : « il te faudrait d’abord manger sept (ou neuf) sorbes, sans faire la grimace ! ». Avec les cormes on fabriquait (et on fabrique encore mais de moins en moins) une boisson fermentée, proche du cidre ou du poiré, appelée curmi ou curmé. Les Irlandais utilisent le terme « cuirm » pour désigner la bière et la ressemblance est certaine. Le curmé est probablement l’un des ancêtres de nos boissons alcoolisées actuelles. Il faut faire attention cependant car le taux d’alcool que l’on obtient pendant la fermentation est plus élevé que celui du cidre. De nos jours, il paraît que l’on incorpore parfois quelques cormes dans les pommes pressées pour la fabrication du cidre fermier, mais la disparition du sorbier domestique a rendu cet usage plutôt rare. Les Romains appréciaient beaucoup ce breuvage. Le fruit du cormier fait aussi partie de la panoplie courante des guérisseurs car ses vertus digestives sont nombreuses. Comme disaient nos grands mères, il « resserre » le ventre et constitue donc un remède efficace contre la diarrhée ou la dysenterie. Il a aussi la vertu d’être un régulateur du flux sanguin selon certains auteurs. Les croyances et les traditions populaires qui s’attachent au cormier sont nombreuses mais elles se confondent avec celles que l’on attribue au sorbier des oiseleurs. Je ne me répèterai donc pas à ce sujet, ne voulant pas que l’on me traite de « radoteur » ! Sur ce, comme j’ai bien l’intention de planter un cormier cet hiver, je vais poursuivre ma quête d’un pépiniériste capable de me fournir un plant de ce végétal difficile à trouver…

Notes. Cet article reprend partiellement et surtout complète celui sur le sorbier des oiseleurs paru précédemment sur la feuille charbinoise : « l’ami des grives, des sculpteurs et des nymphes ». Photo 1 : wikipedia – Photos 2 et 3 : © Pierre Veraes moulin de St Arnould – Photo 4 : © Patrick Loiseau, moulin de Moussaron à Condom (office du tourisme de la Ténarèze) – Photo 5 : auteur inconnu. Cette chronique est dédiée à Krapo arboricole pour fêter le premier anniversaire de son blog sur les arbres vénérables : longue vie !

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