19janvier2009
Posté par Paul dans la catégorie : Espagne révolutionnaire 1936-39; Histoire locale, nationale, internationale : pages de mémoire; tranches de vie locale.
Le camp d’internement d’Arandon (Isère) en 1939
Avant d’aborder ce qui va être le sujet propre de cette chronique, je voudrais vous raconter dans quelles circonstances j’ai été amené à m’y intéresser. Le cheminement est assez simple mais le résultat m’a plutôt surpris. L’article « tranche de vie rurale » publié le 12 janvier est le résultat d’un travail de recherche relativement long dans les archives familiales ainsi que dans diverses revues et études sur l’histoire régionale. Pour vérifier certaines de mes informations, j’ai terminé en faisant une recherche sur « Google » concernant le village d’Arandon dans les temps anciens, et j’ai fini par découvrir que ce village a hébergé un camp d’internement avant et pendant la deuxième guerre mondiale, pour les réfugiés espagnols dans un premier temps, mais aussi pour les citoyens autrichiens et allemands jugés indésirables (beaucoup de juifs parmi eux) et sans doute pour divers autres prisonniers (politiques, résistants) avant leur transfert dans d’autres lieux. Rien d’étonnant à tout cela me direz vous ; de tels lieux tristement célèbres ont existé ailleurs en France. Certes, mais ce qui me surprend c’est « l’amnésie » quasi totale concernant ce lieu d’enfermement aussi bien du côté de la mémoire des « anciens » que de celle de l’administration française. Il se trouve que j’habite la région depuis plus de trente ans et que l’histoire locale ne m’est pas indifférente : je n’ai jamais entendu parler de ce camp (ainsi que d’autres situés en Isère), alors que le village d’Arandon se trouve à une dizaine de kilomètres de la maison. Je m’intéresse par ailleurs beaucoup aussi à ce triste préliminaire à la seconde guerre mondiale qu’a été la révolution espagnole de 1936 à 1939. La destinée tragique des Républicains réfugiés en France commence à être un peu connue, notamment à travers l’histoire qui a pu être dressée des camps de Saint Cyprien, Le Vernet, Rivesaltes, Barcarès, Septfonds, en grande partie grâce aux souvenirs de ceux qui ont eu le triste privilège d’y séjourner… La situation des quelques 465 000 exilés, civils ou militaires, qui ont transité par ces lieux d’enfermement a été – on le sait maintenant – absolument sordide. Le terme de camp de concentration, employé à l’époque par les autorités françaises, semble avoir été assez bien choisi, vu le dénuement total des prisonniers et les taux de mortalité et de maladie phénoménaux qui y règnaient.
Vu le nombre considérable d’exilés cherchant à échapper à la barbarie franquiste, il faut très vite trouver un moyen de « soulager » les départements du Sud et du Sud-Ouest de cette lourde charge. Le gouvernement français de l’époque charge les préfets, dans chaque département, de trouver des solutions pour « héberger » un certain « quota » de ces étrangers totalement indésirables (le discours des autorités à ce sujet fait preuve d’une hypocrisie et d’une duplicité écœurantes). La préfecture de l’Isère fait partie des structures « d’accueil » concernées. Une première vague de réfugiés, relativement peu nombreuse, arrive au milieu de l’année 1937. Les conditions dans lesquelles ils sont traités sont à peu près correctes en Isère. Une deuxième vague est transférée à Grenoble en janvier 1939 : cette fois, ils sont plus de deux mille, hommes, femmes et enfants à arriver dans des trains spéciaux, étroitement surveillés. Cette arrivée est consécutive à l’ultime épisode de la guerre civile espagnole : l’invasion de la Catalogne par les troupes fascistes. Dans un premier temps, les « indésirables » sont regroupés au Palais de la Houille Blanche, parc Paul Mistral. Les conditions de détention y sont insupportables et de nombreux décès sont enregistrés parmi les réfugiés. En juin 1939 une bonne partie des Républicains (dont un nombre important de miliciens) sont transférés dans un camp nouveau ouvert sur la commune d’Arandon, à 75 km de Grenoble. Les autorités procèdent également à un certain nombre de rapatriements forcés vers l’Espagne (et les geôles franquistes). Les partants de ce premier contingent sont soi-disant « volontaires », et il s’agit essentiellement de « civils ». Comme je l’ai dit plus haut, l’attitude du gouvernement français est des plus équivoques : d’une part les internés, jugés très politisés, donc « contagieux » et dangereux sont traités avec la plus grande méfiance, d’autre part, à partir de la déclaration de guerre à l’Allemagne, le besoin de main d’œuvre se fait ressentir et du coup l’administration s’intéresse à cette force de travail inoccupée. On veut bien en embaucher un certain nombre, mais il n’est pas question – horreur ! – d’armer ces guérilleros révolutionnaires et de les incorporer dans les troupes régulières ! Il n’y a par ailleurs aucun budget digne de ce nom attribué pour aider à la gestion des « lieux d’enfermement ». Le résultat est une véritable catastrophe sanitaire un peu partout dans les camps. L’Isère n’échappe pas à la règle ; le journal « la voix du peuple » déclare à cette période : « on a déshonoré la République à Grenoble ».
Se retrouvent enfermés à Arandon un certain nombre de militants qui joueront, par la suite, un rôle important dans la Résistance. Mais à part ça, on sait relativement peu de choses sur le fonctionnement de ces centres d’internement qui étaient gérés par l’Armée, surtout après le départ des Républicains. Nombre d’archives ont été détruites lors de l’avancée allemande, mais la défaite française n’est pas la seule cause de cette épuration des dossiers. Il est fort probable qu’il s’est passé, à l’intérieur de ces camps (8 en tout dans le département, dont un à St Savin, un autre village proche de mon domicile) des choses à propos desquelles certains ne souhaitaient pas qu’il reste trop de traces (en particulier dans les années qui ont suivi la Libération). Beaucoup de juifs allemands et autrichiens (au moins quatre cents) furent rassemblés à leur tour au camp d’Arandon qui était considéré comme l’un des plus durs du département. Il semble qu’un tri ait été effectué au camp du Chambaran entre les « politiques » d’une part et les juifs d’autre part. A Arandon, ce sont ces derniers qui prirent la place des premiers occupants. Les Républicains avaient été soit rapatriés à leur tour en Espagne (certains via le Maroc), soit intégrés dans les CTE (Compagnies de Travailleurs Etrangers). Si un certain nombre de sites consacrés à la Résistance ou à la déportation mentionnent ce camp, la documentation disponible se résume à bien peu de choses : aucune info détaillée sur le site du Musée de la Résistance à Grenoble, ou sur celui de l’AJPN (« Anonymes, Justes et Persécutés durant la Période Nazie ») qui a pourtant entrepris une étude exhaustive de ce genre de lieux. En ce qui concerne les réfugiés Républicains espagnols en Isère, un gros travail de documentation a été réalisé dans le cadre d’un mémoire de Master de Sciences Humaines par Géraldine Andreo, mais le volumineux dossier ne comporte que peu d’éléments sur le fonctionnement du camp d’Arandon.
La lecture de ce mémoire est cependant très intéressante. On y apprend, entre autres, le manque total de collaboration des collectivités locales du Nord Isère à l’initiative préfectorale de répartition des réfugiés. Comme je le disais plus haut, les Espagnols font peur… Dès juillet 1937, la préfecture de l’Isère va entreprendre un recensement des locaux disponibles dans le département. Les résultats de cette enquête vont être bien utiles, en 1939, lorsqu’il s’agit de faire front à la plus grosse vague d’immigrants forcés. Dès le départ, nous apprend le document, les maires du Nord-Isère refusent totalement de s’impliquer : celui de Bourgoin-Jallieu s’oppose avec virulence à l’envoi de réfugiés sur le territoire de sa commune : il craint que cela cause des troubles dans ces communes paisibles. En janvier 1939, on note également le refus des maires de Vienne et de St Marcellin (ce dernier refuse même l’accueil dans la prison !). Si j’insiste sur ce point c’est parce que l’on a souvent tendance à dénoncer la façon d’agir des hauts responsables administratifs dans ce genre de situation, alors que les agissements des notables ne sont guère brillants sur le plan local également. Les comportements n’ont pas beaucoup évolué ces dernières années d’ailleurs ! Face aux refus successifs des communes, c’est finalement une usine désaffectée (Vialle) située à Arandon, qui est choisie pour « désengorger » le parc Paul Mistral de Grenoble, malgré, à nouveau, l’opposition virulente des maires du canton de Morestel. Le préfet argumente en précisant que les réfugiés seront enfermés, que les communes n’auront à supporter aucune charge, voire même que les commerces locaux bénéficieront de l’opération, car les denrées et les fournitures nécessaires à l’aménagement du camp seront achetées sur place. Le maire d’Arandon, propriétaire de l’usine, donne finalement son accord à l’opération et accepte de louer ses locaux. Quelques bâtiments seront utilisés, et, comme le terrain est vaste, des baraquements complémentaires seront rajoutés par l’administration. Géraldine Andréo détaille ensuite, dans son mémoire, les conditions financières de la location et de l’aménagement, mais elle précise aussi que les fonds disponibles sont insuffisants pour réaliser le projet tel qu’il a été conçu. Si elle parle en détails de la situation des réfugiés à Grenoble, elle reconnaît que pratiquement aucune information n’est disponible au sujet des conditions de vie dans les camps du Nord-Isère.
Les Républicains espagnols n’ont été ni les premiers, ni les derniers, dans l’histoire, à s’entasser dans des camps d’internement offrant des conditions de vie aussi déplorables. Les déplacements forcés de population sont devenus monnaie courante, en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique… Ce sont là les dommages dits « collatéraux » des conflits qui se multiplient. Si la mémoire de la Shoah a été bien entretenue, et même utilisée comme « excuse » pour d’autres déportations, d’autres massacres, certains épisodes de notre histoire ont bien du mal à conserver une place dans la mémoire collective. Si d’autres pays examinent de façon critique et sans trop de pudeur le comportement de leurs dirigeants dans les périodes antérieures de leur histoire, la pilule est encore difficile à avaler pour les Français, qui préfèrent garder intacte la vision « image d’Epinal » de leur passé. Le temps passe cependant et, peu à peu, les archives s’ouvrent aux historiens et la dure réalité des faits est mise en lumière (tamisée). La politique des gouvernements successifs de la France à l’égard des réfugiés ou des colonies, la collaboration active (ou passive) d’un certain nombre de citoyens aux objectifs de destruction du Parti Nazi… commencent à être analysées de façon plus approfondie. Mais il semble que certains n’aient pas tiré les leçons de ce que nous enseigne ce triste passé. Nos « modernes » centres de rétention, en France métropolitaine, ou bien outremer, rappellent de bien sinistres époques.
Notes. Les principales sources utilisées pour cette chronique sont : le mémoire de Géraldine Andréo, un texte d’Henri Mora intitulé « les vérités qui dérangent parcourent des chemins difficiles » (www.piecesetmaindoeuvre.com), un article de David Demange, intitulé « l’exil des Républicains espagnols en Isère », paru dans la revue « Ecarts d’identité », un compte-rendu de l’exposition « le train s’arrêta à Grenoble » organisée par le Musée de la Résistance. Les clichés photographiques ne se rapportent pas au camp d’Arandon mais à d’autres camps de concentration français où furent enfermés les Républicains. Le cimetière est celui du camp tristement célèbre de Septfonds. Le mouvement Freinet (Ecole Moderne) s’impliqua largement dans l’accueil des réfugiés espagnols, femmes et enfants en particulier. Plusieurs publications dont ce numéro de la Gerbe enfantine (moisson de textes libres) évoquèrent les atrocités commises en Espagne. De nombreux livres ont été publiés sur l’exil, mais ils font souvent l’objet d’une diffusion confidentielle (petits éditeurs).
Cet article comporte une suite qui a été publiée le 20 janvier 2010.
14janvier2009
Posté par Paul dans la catégorie : Histoire locale, nationale, internationale : pages de mémoire; Philosophes, trublions, agitateurs et agitatrices du bon vieux temps.
Certes on n’a pas trop l’habitude de l’appeler par son petit nom. Si je vous disais Karl vous verriez de qui je parle, mais Pierre Joseph ça ne saute pas aux yeux. Bon c’est à Proudhon auquel je vais m’intéresser aujourd’hui, le célèbre Francomtois, la bête noire de la bourgeoisie de son époque, l’épouvantail extrémiste anarchiste autonome qui avait osé écrire « la propriété c’est le vol » et que Marx traitait de « petit bourgeois » après lui avoir piqué une partie de ses idées. C’est indiscutablement un philosophe important, un théoricien politique intéressant, l’un des « pères fondateurs » de l’anarchisme, du fédéralisme et du mutualisme. On va tout de suite évoquer deux problèmes à son sujet avant de parler de son œuvre à proprement parler. Le premier reproche qu’on lui fait c’est d’avoir été plutôt misogyne et les féministes lui en veulent beaucoup pour cela. Il est certain que Pierre Joseph n’avait guère de considération pour les femmes et qu’il a, de surcroît, largement évité la question de leur émancipation dans son œuvre écrite. Le second reproche, le plus virulent par ailleurs, est d’avoir été antisémite. La question mérite réflexion. Il y a un élément indiscutable, c’est que l’on trouve dans les carnets de Proudhon des phrases démontrant amplement sa judéophobie (je préfère ce terme à celui d’antisémitisme chargé d’une symbolique politique trop récente dans l’histoire). Sans vouloir excuser l’auteur, je pense qu’il est largement victime des stéréotypes de l’époque : d’autres personnages célèbres comme Vallès, Engels, Châteaubriant… n’échappent pas à cette tare et, curieusement, on le leur reproche de façon beaucoup plus modérée. Il faut savoir également que Proudhon a une haine violente des Anglais (le terme d’Anglais désignant sans doute pour lui les Protestants..) et je crois que si l’on rapproche ces deux phobies on a un éclairage un peu différent sur les opinions « antisémites » de Proudhon. Le philosophe, socialiste convaincu, n’a de cesse de dénoncer le capitalisme en pleine expansion et exprime son dégoût à l’égard de la grande finance internationale… Il considère Juifs et Protestants comme les piliers de ce pouvoir économique écrasant l’humanité et se livre à une assimilation un peu hâtive : n’oublions pas qu’au milieu du XIXème la banque Rothschild par exemple est omniprésente, de Paris à Londres, en passant par Vienne ou Francfort. Je crois que le principal reproche que l’on peut faire à Proudhon à ce sujet est la pauvreté de son analyse. D’autres écrits dans son œuvre démontrent qu’il place tous les hommes à pied d’égalité et qu’on peut difficilement le qualifier de raciste…
Les rapports entre Marx et Proudhon ont fait l’objet de nombreux débats. S’ils ont eu, au début de leur carrière, des échanges de points de vue plutôt enrichissants, Marx et Proudhon ont suivi par la suite des cheminements divergents et leurs rapports ont fini par n’être plus franchement cordiaux. L’un écrit « philosophie de la misère », l’autre réplique par une « misère de la philosophie » assez cinglante. Leurs routes s’écartent alors, comme s’exacerbent, à la même époque, les divergences entre marxistes et anarchistes. La première Internationale fait scission… mais ceci est une autre histoire ! Il faut dire que, même s’il terrorisait les bourgeois de son époque, Proudhon s’opposait à l’idée de révolution violente, et se méfiait du communisme. Marx n’appréciait pas chez Proudhon la possibilité d’un rapprochement d’un prolétariat et d’une classe moyenne ayant des intérêts communs. Leurs divergences principales portaient cependant sur l’appréciation du rôle de l’Etat et sur la nécessité d’un soulèvement populaire violent pour transformer la société. Proudhon se présentait comme « anarchiste », étiquette que certains de ses compagnons de route hésitaient à lui accoler. Joseph Déjacque, l’auteur du pamphlet « à bas les chefs » le qualifiait « d’anarchiste du juste milieu, libéral et non libertaire ». Déjacque met le doigt sur l’un des intérêts majeurs de l’œuvre de Proudhon : se tenir au « carrefour » d’un certain nombre de réflexions initiées à l’époque (Cabet, Fourrier, Saint Simon d’une part, Marx et Engels de l’autre). Proudhon rejette le socialisme des phalanstères qui nie la liberté de l’individu mais il se méfie également du communisme préconisé par Marx et ses disciples, en partie pour les mêmes raisons. Il rejette le capitalisme qui est pour lui l’une des pires formes sociales possibles et n’a que mépris pour le paradis illusoire des religions. Il cherche en fait un moyen de transformer la société permettant d’arriver à une plus grande harmonie dans les rapports humains : l’égalité, l’entr’aide, la mutualisation, la fédération doivent être les idées forces du monde qu’il veut voir naître des ruines du monde bourgeois. Mais la liberté de l’individu est une valeur essentielle qui doit être non seulement préservée mais placée au centre du projet social.
Une lecture trop rapide de Proudhon ne permet pas de comprendre véritablement la signification de ses idées ; on risque même de les estimer, à tort, contradictoires. Lorsqu’il exprime son rejet de la propriété, c’est en fait pour défendre l’idée de possession. Chacun doit garder ce que le bénéfice de son travail lui permet d’acquérir. C’est la propriété capitaliste qu’il rejette, la confiscation d’immenses superficies de terres agricoles par les gros propriétaires fonciers, ou l’accumulation d’argent par les rentiers qui profitent du travail des autres. Il est hostile à la collectivisation des biens et aurait sans doute été aussi critique à l’égard des kolkoses soviétiques que des haciendas des riches planteurs. Ses derniers écrits renforcent encore cette tendance : « … le peuple, même celui du socialisme, veut, quoi qu’il dise, être propriétaire … » Mais, pour Proudhon, la seule source légitime de la propriété c’est le travail : ce que chacun produit est sa propriété et rien d’autre. La terre appartient au paysan qui la travaille, l’artisan doit posséder son atelier et ses outils et même le commerçant est propriétaire de sa boutique. Dans ses dernières œuvres, le philosophe en vient même à considérer cette « propriété » comme un moyen de défense de l’honnête citoyen contre les velléités d’asservissement de l’Etat. Ce qui inquiète autant la bourgeoisie c’est que très tôt notre anarchiste au couteau entre les dents s’implique dans la vie sociale : il écrit, mais ne fait pas qu’écrire… Il parcourt la France, occupe de nombreux emplois et observe attentivement la société autour de lui. Pour un fils de famille modeste (ses parents sont des paysans pauvres), son parcours social est même plutôt éblouissant. Après les évènements de 1848, il s’implique à fond dans le débat politique et devient député élu du département de la Seine. Il est totalement isolé à l’assemblée et ses propositions de loi (impôts sur le revenu, crédit mutuel gratuit…) provoquent les haussements d’épaule de ses congénères. La virulence de ses discours lui vaut par contre un emprisonnement de trois ans ce qui ne l’empêche pas de diriger plusieurs journaux socialistes et de publier « confessions d’un révolutionnaire » et « idée générale de la révolution au XIXème siècle ». Proudhon est un écrivain prolifique et il touche à de nombreux domaines : politique certes, mais aussi sociologie, économie, histoire, vie artistique… A sa mort en 1865 il laisse un nombre important d’ouvrages inédits, plus ou moins achevés, certainement la partie la plus intéressante de son œuvre.
Comme les anarchistes, Proudhon rejette l’organisation pyramidale de la société et surtout le pouvoir de l’Etat. Pour lui, cette institution politique n’a qu’un but : « maintenir avant tout la féodalité capitaliste dans la jouissance de ses droits ; assurer, augmenter la prépondérance du capital sur le travail ; renforcer, s’il est possible, la classe parasite, en lui ménageant partout, à l’aide des fonctions publiques, des créatures, et au besoin des recrues ; reconstituer peu à peu et anoblir la grande propriété ». Le suffrage universel n’est qu’un moyen « pour faire dire au peuple non ce qu’il pense, mais ce qu’on veut de lui » (on peut lire à ce sujet le texte « honte au suffrage universel », un texte inédit jusqu’à présent, dans le « Monde diplomatique » de ce mois). Proudhon est un ardent défenseur de l’ordre : selon ses conceptions, cet ordre ne doit pas être politique mais avant tout économique, basé sur la fédération et l’autogestion. Du coup, pour lui, le bouleversement social à venir ne doit pas être politique mais économique avant tout. Les travailleurs doivent prendre le contrôle des moyens de production et réorganiser l’ensemble du système selon des principes nouveaux. Si la lutte se situe avant tout sur le terrain politique, les citoyens seront peu à peu dessaisis des questions qui les concernent et la fausse révolution à venir ne servira que d’alibi à la constitution d’une nouvelle aristocratie d’exploiteurs et de profiteurs. Quand on voit ce qui s’est passé dans les « berceaux » du communisme quelques dizaines d’années plus tard, on peut, à défaut d’adhérer à ses idées, constater au moins qu’il faisait preuve d’une certaine lucidité !
Je n’ai pas l’intention, en quelques paragraphes, de faire le tour complet de l’œuvre de ce philosophe que je persévère à considérer comme des plus importantes. Je voudrais simplement montrer l’actualité de certains des problèmes sur lesquels il a réfléchi. Il s’avère important de trouver de nouveaux cheminements idéologiques si l’on veut sortir notre société actuelle de l’impasse catastrophique à laquelle conduit le capitalisme. Certains des débats qui resurgissent actuellement ont déjà eu lieu dans le passé : pourquoi ne pas réexaminer les solutions proposées qui n’ont pas été explorées véritablement ? Il faut savoir que l’œuvre de Proudhon a laissé derrière elle des traces concrètes. Les premières caisses de secours mutuel créées à la fin du XIXème permettent aux ouvriers de tenir lors des longues grèves ou de faire un peu mieux face aux difficultés liées à la vieillesse ou à la maladie. Le mot « mutualité » est encore (et heureusement) présent dans notre réalité quotidienne et il y a un rapport certain entre des organismes comme la « Sécurité Sociale » créée en 1945 et les idées d’entraide émises par le théoricien socialiste de son vivant. « Les hommes se grouperont volontairement en s’obligeant réciproquement les uns envers les autres et en s’engageant à donner ou faire une chose qui est regardée comme l’équivalent de ce que l’on fait pour eux. »
Il n’y a par contre aucun rapport entre la Fédération mondiale dont rêve Proudhon et la mondialisation diabolique qu’ont réalisé nos modernes capitalistes. Le principe fédéral est la base de la relation entre les communautés humaines placées sur un pied d’égalité : communes regroupées en provinces puis en grandes fédérations. Selon Proudhon celles ci doivent garder une proportion raisonnable et en ce qui concerne l’Europe il considère par exemple que la taille du continent est trop importante et qu’il devrait être partagé entre plusieurs fédérations. Ce qui est sûr c’est que pour lui, seul ce mode d’organisation permet la justice, l’égalité et l’équilibre dans la liberté. « Tous les individus dont se compose la société sont en principe de même essence, de même calibre, de même type, de même modèle ; si quelque différence entre eux se manifeste, elle provient non de la pensée créatrice qui leur a donné l’être et la forme, mais des circonstances extérieures sous lesquelles les individualités naissent et se développent ». Ce genre de propos permet quand même de pondérer quelque peu la vision un peu étroite que certains peuvent avoir d’un Proudhon « exclusivement misogyne et antisémite ».
En 1909, le Président de la République de l’époque Armand Fallières , s’était rendu à Besançon, ville natale de Proudhon, pour inaugurer une statue en bronze à la gloire du « père de l’anarchisme ». Notre petit timonier si prompt aux déplacements va-t-il lui aussi nous gratifier d’une allocution sur le socialisme libertaire et la grandeur de l’œuvre philosophique proudhonienne ? Les paris sont ouverts, mais de Guy Mocquet aux anars du XIXème il y a encore un sacré pas à franchir dans la récupération !
12janvier2009
Posté par Paul dans la catégorie : Histoire locale, nationale, internationale : pages de mémoire; tranches de vie locale.
Ils n’ont pas connu la Révolution française mais… la misère
Elle se nomme Claudine Contrevoz et lui Claude Gallay. Elle est morte le 26 novembre 1779 et il l’a suivie dans la tombe quatre jours plus tard. Ils étaient cultivateurs, cultivateurs pauvres, très pauvres sans doute, ne possédant qu’un lopin de terre, dans un petit village du Bas Dauphiné, Arandon, cette région que l’on appelle les Basses Terres, en lisière du grand marais de Bourgoin. Elle avait 51 ans et lui 54. Ils font partie de ces millions d’êtres humains dont l’histoire n’a rien retenu : ils n’ont laissé aucune trace de leur passage, ni bonne, ni mauvaise. Il ne reste d’eux que quelques malheureux extraits de registres paroissiaux : naissance, mariage, baptême des enfants, inhumation… Un cycle impitoyable répété sans fin ni cesse. Ne sachant pas écrire, peut-être même pas signer, ils n’ont pas rédigé leurs mémoires, ils n’ont pas gouverné leurs concitoyens, leur nom ne figure sur aucune plaque, ils n’ont pas voyagé, commercé, financé, exploité, massacré… Ils sont restés dans leur chaumière misérable pendant un demi-siècle, leur seule préoccupation étant d’assurer leur nourriture quotidienne et de constituer quelques réserves pour le long hiver, qui lui aussi, de façon inéluctable et répétitive ne manquerait pas de venir. On ne sait rien sur leurs joies, presque rien sur leurs peines, l’amour qu’ils se sont porté, les conflits qu’ils ont pu avoir avec leur famille, leurs voisins. Claude a-t-il été enrôlé dans les armées de Louis XV, a-t-il participé aux nombreuses batailles que ce souverain a livrées ? De quoi sont-ils morts : usure, maladie, blessure, accident ? Comment se fait-il qu’il n’ait pas survécu à la mort de son épouse ? Fièvre épidémique, chagrin inconsolable ? Cette dernière hypothèse peut être taxée de romantisme… Mais qui peut décréter que parce que l’on est paysan, pauvre et illettré, on n’a pas le droit de souffrir et que cette souffrance ne peut pas anéantir un être vivant ?
Leur vie commune a démarré sous de bien tristes auspices. Ils se sont mariés le 20 février 1748. Elle avait 20 ans à peine et lui 22. Au regard des lois de l’époque, ils n’étaient majeurs ni l’un ni l’autre et il leur a sans doute fallu le consentement de leurs pères respectifs. Leurs deux familles vivaient déjà dans le village. La communauté était petite et fonctionnait en vase clos : il y avait une petite centaine d’habitants et, en milieu rural, la coopération était la clé de la survie. L’entr’aide pour les travaux des champs, la solidarité dans les moments difficiles, les longues veillées d’hiver que l’on passait ensemble, faisaient que l’on ne pouvait pas ne pas connaître son voisin. Mariage d’amour, alliance d’intérêts entre deux familles, nul ne sait. Leur union est célébrée pendant l’hiver. Claudine accouche d’un premier enfant en octobre 1749. Il est mort né et il n’est pas baptisé, bénéficiant simplement de l’ondoiement, cette singulière pratique qui permet seulement d’ensevelir le corps en terre consacrée. La pauvre créature n’a même pas de prénom sur l’acte constatant son décès : apparu, disparu, point final. Le second et unique enfant vivant du couple, Gaspard, vient au monde trois ans plus tard. Il n’y en aura pas d’autre sans que l’on ne sache s’il s’agit d’un problème naturel ou d’une mésentente entre les conjoints (mais ce genre de prétexte n’entrait que rarement en ligne de compte). Gaspard, lui, est un garçon robuste puisqu’il survivra à ses parents et atteindra l’âge respectable (pour ce siècle-là) de 79 ans. Seul héritier de la famille, il conservera d’une seule pièce la propriété modeste de ses parents et réussira sans doute mieux que d’autres contemporains.
Revenons à Claude et à Claudine. Leur vie quotidienne est sans doute difficile. Les terres aux alentours d’Arandon ne sont pas d’une qualité bien fameuse. Les céréales, principale culture de la région, poussent mal. On produit peu de blé. La farine de froment est un luxe et les cultivateurs préfèrent semer du seigle, du blé « noir », qui pousse mieux dans les terrains peu fertiles. Les terres les plus pauvres sont réservées à la pâture des animaux, chèvres, moutons, porcs… ou bovins en quantité très réduite : ces animaux sont trop exigeants, ont une santé plus fragile et seuls les propriétaires les plus riches en possèdent quelques têtes. Les rendements agricoles sont mauvais, catastrophiques même lorsque le climat n’en fait qu’à sa tête. Jamais les paysans n’ont été obligés de payer autant d’impôts qu’au XVIIIème siècle, et jamais, dans l’histoire de France, la population rurale n’a été aussi misérable qu’en ce siècle-là. Chaque année, il faut payer les droits seigneuriaux, la dîme, la taille royale, le loyer des terres. Ces dernières, lorsqu’elles sont d’une qualité satisfaisante, appartiennent à la noblesse locale ou à la bourgeoisie des villes proches. Contrairement au Moyen-Age où l’on acquittait les loyers en nature, beaucoup de paiements doivent se faire en argent et les montants sont élevés. Cela veut dire qu’il faut vendre une partie plus ou moins importante des récoltes, selon les cours qu’établissent les marchands, y compris, certaines années, la réserve dont la famille a besoin pour passer l’hiver. Depuis le Moyen-Age (que l’on présente à tort comme une période de grande misère), la situation a bien évolué et dans le mauvais sens. Le loyer médiéval est payé en nature (fraction de la récolte) mais le pourcentage prélevé est généralement calculé de façon à ce que le paysan conserve de quoi subsister à la mauvaise saison et surtout à ce qu’il ait aussi des semences pour l’année suivante. Au milieu du XVIIIème, on se préoccupe fort peu de ce genre de question. La bourgeoisie et la noblesse ont besoin d’argent, en grande quantité, pour « paraître » et prospérer. Quant aux impôts royaux, ils sont en hausse continuelle : les besoins de l’Etat sont sans limites, la voracité et l’absence de moralité des Intendants aussi. Il faut donc « aligner » chaque année livres, sols et deniers en quantité suffisante, si l’on ne veut pas voir le maigre bien que l’on possède confisqué par les autorités.
Les rares textes descriptifs que nous possédons sur la vie rurale dans notre région au XVIIIème siècle convergent sur un point : à la fin des hivers difficiles (et ils sont nombreux !), il ne reste plus aux citadins pauvres et aux petits paysans que les racines des arbres à broyer et l’herbe des prés à brouter. Les familles Contrevoz et Gallay avaient d’autres enfants que Claude et Claudine et j’ignore de quelle surface de terre ceux-ci ont pu disposer. Dans la région, lors des successions, la propriété foncière était généralement partagée entre les garçons au décès des parents. Quant aux filles, suivant leur nombre, elles recevaient une dot financière modeste (lorsque la famille avait un peu de bien) à l’occasion de leur mariage, ou les simples encouragements de leurs parents ! Je possède la copie d’un acte notarié datant du début du XIXème et attestant du fait que cinquante ans après le décès de mes deux « héros », la situation n’avait pas évolué. Au XVIIIème siècle, la population rurale de la France augmente de façon importante, surtout après 1770, et les règles de succession entrainent un morcellement des exploitations rendant la vie quotidienne encore plus difficile. On ne sait que peu de choses sur les conditions de logement des nouveaux mariés. Dans certains villages, lors du mariage, la communauté villageoise « œuvrait » pour loger le jeune couple : on restaurait un bâtiment délabré ou l’on en construisait un neuf. Cela semble peu courant dans le Bas-Dauphiné. Lorsque la famille s’agrandissait, on se serrait un peu plus dans l’unique pièce à vivre de la chaumière, en attendant que le décès de l’un ou de l’autre réduise un peu la promiscuité. Nous ne sommes pas en montagne et si, bien souvent, la ferme se limite à un bâtiment principal, sans annexe importante, hommes et animaux sont indépendants. Nul besoin de la chaleur des bêtes pendant l’hiver : il y a suffisamment de bois pour se chauffer et le froid n’est pas aussi rigoureux qu’en Oisans ou dans le Jura.
Un autre aspect que je n’ai pas évoqué au sujet de Claude et Claudine – c’est drôle qu’il y ait tant à dire alors que l’on sait si peu de choses ! – c’est le problème que leur pose la vie en lisière du grand marais de Bourgoin, terre de sinistre mémoire. La disparition des zones marécageuses a atteint un tel point aujourd’hui qu’elle constitue un problème écologique majeur. On préserve, là où on le peut encore, les dernières roselières, les derniers étangs, de la voracité des exploitants de tourbe ou des prospecteurs immobiliers. Si l’on remonte un siècle ou plus en arrière dans notre histoire, les zones marécageuses constituaient un véritable fléau : climat malsain, prolifération de moustiques, fièvres et épidémies diverses, pauvreté des sols acides pour la mise en culture… Assécher les marais est l’une des nobles tâches que l’on entreprend, un peu partout en France, dès le XVIème siècle, pour essayer d’améliorer l’espérance de vie des populations. Les habitants du petit village d’Arandon semblent moins exposés que d’autres communautés, aux influences néfastes et aux senteurs nauséabondes du marais. Une partie des terres de la commune se situe dans les coteaux et les maisons sont construites à l’extrême limite du marais. Les paysans peuvent disposer ainsi de plusieurs types de sols différents adaptés aux cultures choisies. Les Gallay ont-ils leur propriété sur les hauteurs ou dans le fond de la vallée, je n’en sais rien. Est-ce la fièvre maligne qui terrasse les deux époux en 1779 ? Beaucoup de questions resteront sans réponse et seule l’imagination peut combler certaines lacunes.
Au fait, j’ai oublié de vous le dire, Claudine Contrevoz et Claude Gallay ont leur place dans mon arbre généalogique. Ils font partie de cette longue lignée d’anonymes, cultivateurs pour la plupart, dont je suis fier d’être le descendant ! C’est sous cet angle-là que la généalogie m’intéresse : mettre en relation les personnes et le milieu dans lequel elles ont vécu, mener une longue quête, une recherche d’indices pour essayer de mieux comprendre leur vie. Contrairement à d’autres qui ont une approche différente de cette activité, cela fait longtemps que j’ai renoncé à démontrer que j’étais l’un des héritiers de l’illustre lignée du preux chevalier Bayard ou du Roi Saint Louis. J’aurais préféré descendre de P.J. Proudhon ou d’Elysée Reclus, d’ailleurs !
8janvier2009
Posté par Paul dans la catégorie : Feuilles vertes; Vive la Politique.
Comme l’US Air Force en Irak ou en Afghanistan et l’OTAN (les mêmes) en Serbie, l’armée israélienne utilise largement pour les bombardements de Gaza des bombes à l’uranium appauvri particulièrement performantes (en terme de carnage humanitaire). Ces munitions dernier cri sont livrées à Israël par son allié de toujours, les USA. Je reprends ci-dessous de larges extraits d’un texte rédigé par l’ACDN (Action des Citoyens pour le Désarmement Nucléaire). Je ne crois guère à l’efficacité des pétitions, mais pour ceux qui estiment que c’est une action utile pour essayer de contrer la barbarie militaire, je vous signale qu’il existe un document à signer, à cette adresse, pour obtenir l’interdiction d’emploi et l’arrêt de fabrication de ces armes dans tous les pays du monde. Sachez cependant qu’en faisant cela vous allez créer une difficulté supplémentaire aux partisans du nucléaire civil à tout prix (« un mal, certes, mais nécessaire… ») : que faire des déchets de nos bonnes vieilles centrales si l’on ne les envoie pas sur la tête des mécréants ? Bien entendu, toute personne qui aurait la malveillance d’attribuer à l’Etat israélien une quelconque intention génocidaire dans l’utilisation de ces bombes serait instantanément qualifiée de « partisan du Hamas », de « vecteur nauséabond de la propagande intégriste musulmane »… J’en passe et des meilleures ; mais en ces temps troublés on peut vraiment lire n’importe quoi. Voici donc quelques informations concernant ces splendides produits de la technologie que son les bombes GBU39…
«Contrairement à une bombe « gravitationnelle » qui tombe par son propre poids, ce qui exige une estimation précise de l’altitude, la distance et la position de l’avion par rapport à la cible, la « bombe intelligente GBU-39 » [ fabriquée par Boeing] est un missile autopropulsé capable d’atteindre par ses propres moyens et avec une incroyable précision une cible située jusqu’à 60 miles nautiques (110 km) en avant et 40 miles (75 km) à droite ou à gauche de l’avion au moment du largage. Apte à voler par tous les temps, le missile peut même décrire un cercle et frapper une cible fixe située derrière l’avion. Il est guidé vers sa cible par un système embarqué de positionnement par GPS et de calcul de trajectoire. Ce système est préprogrammé mais peut être reprogrammé à tout moment et à distance, à partir des installations au sol. […] La SDB-1 ou GBU-39 a reçu sa certification en septembre 2005, sa production en série a débuté en avril 2006, et les premiers exemplaires ont été livrés à l’US Air Force début septembre 2006, en avance sur le calendrier et à un coût moins élevé que prévu (avec un amortissement des recherches sur une commande finale espérée de 24 000 unités). A cette occasion, le Maj. Gen. Jeffrey Riemer, responsable de la coordination du programme entre les différents laboratoires et fournisseurs civils et militaires, déclarait :
« Nous sommes enthousiasmés (excited) par le déploiement de cette arme, la SDB-1, qui vient s’ajouter aux diverses options léthales du F-15E (Strike Eagle) dans la guerre contre le terrorisme. » […]
Le F-15E peut en emporter 4 sous son fuselage, avec un attelage BRU-61 d’un poids total en charge de 664 kg, au lieu d’un seul missile ordinairement beaucoup plus lourd. Le lancement de chaque missile est pneumatique et non par mise à feu d’une cartouche explosive, ce qui supprime l’entretien courant, facilite la manutention, et accélère le rechargement de l’avion au retour d’une mission. Celui-ci peut donc effectuer des frappes multiples et des rotations accélérées. La précision, la fiabilité et la charge explosive limitée de la GBU-39, donc aussi sa moindre « léthalité » (ou capacité meurtrière), réduisent fortement les risques de « dommages collatéraux ». Ce qui permet des emplois interdits jusque-là : contre des combattants ennemis situés à proximité immédiate de « troupes amies »… ou au milieu d’une population civile amie, neutre ou ennemie, que l’on est censé épargner d’après les « lois de la guerre » et le droit international. L’idéal, en somme, pour la guerre « anti-guérilla » ou « anti-terroriste »…Dès le 5 octobre 2006, un mois après leur livraison aux Etats-Unis, deux avions F-15E « Strike Eagles » appartenant à la 494e Escadrille de Combat déployée en Asie du Sud-Est, en utilisaient des exemplaires pour la première fois contre des cibles réelles, en soutien aux troupes terrestres agissant en Irak. […]
La SDB-1 présente une autre caractéristique que la fiche technique de Boeing et la presse israélienne se gardent de préciser. En effet, sur les 93 kg attribués par Boeing à la tête (warhead), 23 sont dus à l’explosif proprement dit, de haute performance. Le reste, soit une cinquantaine de kilos, n’est autre que de l’Uranium Appauvri. […] En septembre 2008, le Congrès américain a autorisé la vente de 1000 exemplaires à Israël, qui lui ont été livrés dans les premiers jours de décembre. La trève de 6 mois acceptée par le Hamas en juin expirait le 19 décembre. Le 27 décembre, l’offensive israélienne commençait.
Le problème, c’est que la GBU-39, si elle limite les risques de crimes de guerre, entraîne avec certitude le crime contre l’humanité. Gaza est une étroite bande de terre hébergeant sur 360 Km2 près d’un million et demi d’habitants, avec une densité de 3823 habitants au Km2. Le dard des bombes GBU-39 est à l’Uranium Appauvri, disions-nous. Mais appauvri en U235 et enrichi en U238, dont la demi-vie radioactive est de 4,5 milliards d’années. L’UA est un redoutable poison chimique et radiologique qui brûle aisément à l’impact et se transforme en particules radioactives extrêmement petites (particules nanométriques de l’ordre du millionième de millimètre) qui échappent à toute barrière et tout type de masque à gaz. Les produits de ces combustions répétées d’uranium voyagent avec les mouvements d’air, contaminent l’atmosphère et pénètrent dans les organismes via la respiration, l’ingestion ou les moindres blessures. Ainsi, la majeure partie de l’uranium se retrouve sous forme d’oxyde d’uranium radioactif invisible dans l’atmosphère que les populations respirent, tandis qu’une autre partie contamine les sols, les sous-sols et les nappes phréatiques.
Les conséquences de l’utilisation de bombes à l’UA en Afghanistan et en Irak sont parfaitement connues, démontrées et dénoncées par de nombreux scientifiques – sinon tous, excepté ceux dont le salaire émarge aux budgets des armées américaine, française, israélienne… et autres. Elles ont été rendues dramatiquement visibles par les photos insoutenables de nouveaux nés malformés. On imagine sans peine les conséquences catastrophiques que de tels bombardements auront sur la population de Gaza : cancers, malformations congénitales, maladies du système immunitaire… et ce d’autant plus qu’elle souffre de malnutrition chronique et de manque de soins, en raison notamment du blocus israélien. Lorsqu’il a décidé de larguer des bombes GBU-39 à l’UA sur des zones densément peuplées de Gaza, le gouvernement israélien ne pouvait pas ne pas en connaître les effets.[…]»
L’intégralité de ce texte assez long peut être lue sur le site « mondialisation.ca« . A part ça les mouvements de protestation contre cette guerre se font de plus en plus fréquents, notamment en Israël où une fraction de la population prend conscience du fait que ce n’est pas par ce type d’action barbare qu’elle assurera sa sécurité dans les mois et les années à venir. Pour conclure sur une note d’optimisme, je vous invite à lire ce texte intitulé « appel de femmes d’Israël pour l’arrêt de la danse de guerre« .
7janvier2009
Posté par Paul dans la catégorie : Delirium tremens; les histoires d'Oncle Paul.
Et non un politologue. Je sais que le mot est dur à prononcer, mais en reprenant son souffle on y arrive. Ça m’a pris comme ça ; en cette période de l’année où l’on distribue les légions d’honneur ou les prix Nobel de bellicisme aux pires cancrelats de la stratosphère, il me fallait un titre honorifique et un bon. Je me suis donc accordé le diplôme prestigieux suivant : chevalier de la feuille d’or de l’hortisylvibiobotaniculture. Je me suis renseigné avant car je craignais que l’on paie les trophées à la lettre, et, comme il y en a vingt-six, ça allait me coûter bonbon. Mon conseiller fiscal m’a rassuré, c’est surtout la complexité graphique de la feuille que l’on a choisie de reproduire qui coûte un max. Je me suis donc rabattu, comme modèle, sur une petite feuille de bout de branche de noisetier (sans les chatons) et je l’ai découpée dans un couvercle de boîte de camembert car mon conseiller bancaire m’a dit que l’or était plutôt coûteux en ce moment. Prêt à tout pour avoir ce trophée, je n’aurais pas hésité à vendre l’intégralité de ma collection reliée de « mon tricot, ma maison » (le Grand Manitou sait pourtant à quel point j’y suis attaché). Je pensais que cela aurait suffi mais mon conseiller juridique m’a assuré que non.
J’ai donc consacré pas mal de temps à la création graphique de mon diplôme, puis, ne reculant devant aucun sacrifice, je suis passé à la réalisation de la feuille d’or sans or. Je suis très content du résultat bien que je n’aie pas réussi à me débarrasser de l’odeur assez prégnante de fromage…
Certains vont peut-être se demander pour quelles raisons j’ai obtenu, à l’unanimité de mon jury réuni au grand complet, une telle distinction honorifique. La réponse facile ce serait de leur rétorquer que je mérite bien un petit quelque chose puisque Sylvie Vartan et Michel Leeb (au hasard !) ont eu la légion d’honneur cette année. Je pourrais même pousser l’outrecuidance jusqu’à insinuer que je fais plus pour mes arbres, mes carottes et mes fleurs que ce que la susnommée starlette ou le non moins célèbre Bashung ont fait pour la chanson française, mais ce serait prétentieux. Malgré cette avalanche de distinctions honorifiques qui me tombent sur la tête, je tiens à rester humble et à garder une relation amicale, simple et humaine avec mes admiratrices (mes admirateurs aussi mais pas pour les mêmes raisons). Afin de respecter cette sublime (mais pas ultime) volonté, j’ai décidé que la remise du titre aurait lieu au cours d’une cérémonie privée. Je suis en train de réfléchir intensément au costume que je porterai à cette occasion, hésitant entre le bicorne des académiciens et le chapeau grotesque des saint cyriens. Dans mon cas, je pense qu’un bonnet orné de plumes de faisan et de gousses de févier me conviendrait parfaitement.
Je tiens à signaler aux notables responsables de ce genre de distribution débile que le diplôme d’HSBB obtenu grâce à mon mérite et à un minimum de corruption me suffit largement. Au cas où certains de ces crétins auraient eu quelques velléités de penser à moi pour un truc genre prix Femina ou Nobel de la Paix, j’arrête. Je ne voudrais pas que mon modeste manoir soit assailli par des hordes de journalistes plébéiens venus faire le trottoir avec des micros. Ces gens-là ne mettent généralement pas de pantoufles pour marcher sur les parquets, qu’ils soient de pin, de noyer ou d’ébène, et il faut courir des heures après la femme de ménage pour qu’elle veuille bien nettoyer. De plus, quand je leur propose de se rendre « au champ d’honneur » pour admirer « de visu » la « grandioseté » de mon travail, ils répondent généralement que leurs frais de déplacements ne couvrent pas la progression en terrain boueux, neigeux ou trop humide, et que ce genre de travail relève plutôt de leurs confrères « correspondants de guerre ». De plus, un sujet d’une telle importance géopolitique risquerait de faire l’ouverture du JT de TF1 et là, je l’avoue sincèrement, ça me ferait carrément gerber. Considérez donc que ce billet sera ma seule intervention dans les médias au sujet de ma promotion. L’audience croissante de la « feuille charbinoise », surtout les jours où elle publie ce genre de chroniques, garantit à elle seule un retentissement suffisant !
Sur ce, je vous quitte ; mon œuvre créatrice continue en 2009. Le temps de poser ma veste d’intérieur en cachemire et d’enfiler ma combinaison en peau d’ours, je m’en vais « aux champs » voir à quel emplacement je pourrai planter le cormier que j’ai promis à Krapo d’installer dans mon arboretum. Je précise à l’attention du robot de veille informatique de la Direction Centrale du Ragot et de l’Improvisation que ce texte n’a rien de politique. Il inaugure simplement une nouvelle catégorie de fictions portant le label « delirium tremens ». L’actualité me rend malade, particulièrement au Moyen Orient. Les propos tenus par certains « supplétifs des chargés de com de Tsahal » qui errent dans un certain nombres de blogs n’arrangent rien. J’espère que nos vaillants nemrods du renseignement ne chercheront pas à tout prix à décoder un message subliminal et néanmoins terroriste qui serait dissimulé dans ce texte. Il ne faudrait pas confondre trophée invisible avec comité du même nom, cormier avec caténaire ou cachemire avec insurrection. Le code (que j’utiliserai peut-être un jour) sera beaucoup plus complexe sans doutes ! Remplacer S…..y par Iznogoud, le petit timonier ou Louis XVI, c’est beaucoup trop voyant.
Notes : tout va bien, Martine Aubry vient de découvrir que les Israéliens avaient envahi la Bande de Gaza. De là à ce que le PS trouve que Tsahal exagère un peu, il n’y a qu’un pas, sans doute franchi dans un mois ou deux.
5janvier2009
Posté par Paul dans la catégorie : Histoire locale, nationale, internationale : pages de mémoire; l'alambic culturel.
A l’heure où la première puissance (militaire) mondiale s’apprête à changer de dirigeant, mais probablement pas de politique (du moins de façon significative), je ne résiste pas à l’envie de vous parler du dernier ouvrage que je viens de lire. Cela fait un certain temps que je n’avais pas fait de chronique « littéraire » pour la bonne et simple raison que ce livre, « Une histoire populaire des Etats-Unis » de Howard Zinn aux éditions Agone, m’a occupé pas mal de temps car il s’agit d’un « pavé » de 800 pages, plutôt facile à lire, mais tellement passionnant qu’il est hors de question de le « survoler ». L’histoire présentée ici n’est pas une histoire classique, enchaînant la simple description chronologique d’évènements et de personnages jugés importants. Certes l’auteur suit le fil du temps depuis l’invasion par les premiers Européens jusqu’à la toute récente guerre en Irak, mais il décrit ce qui s’est passé, en orientant son récit, chaque fois que c’est possible, selon le point de vue des colonisés plus que des colons, des pauvres plus que des riches, des esclaves plus que des maîtres… Je dois dire que cet exercice est parfaitement réussi et que le livre d’Howard Zinn fourmille de citations, de témoignages, d’anecdotes, qui le rendent absolument captivant. Le point de vue de l’auteur n’est pas neutre, bien entendu, mais ses démonstrations sont solidement étayées et elles ont le mérite de nous permettre de mieux comprendre la façon dont fonctionne actuellement la vie politique dans ce pays par exemple. Beaucoup de mythes concernant la « démocratie », les « pères fondateurs » de la République, l’émancipation des noirs, l’égalité des droits, sont passés au crible et sérieusement écornés.
Ce que je trouve particulièrement intéressant c’est que cette histoire populaire examine à la loupe des évènements politiques et économiques que nous connaissons fort peu, nous autres citoyens de la « vieille Europe » parce qu’ils ne sont que très peu abordés dans les livres d’histoire que nous avons eus entre nos mains, au lycée par exemple. Je pense par exemple au développement de l’industrialisation aux USA pendant le XIXème siècle et aux crises économiques à répétition qui ont jalonné cette période. D’autres thèmes, traités par les autres historiens, sont largement approfondis dans le livre de Zinn et il en ressort bien souvent un éclairage différent de la réalité : c’est le cas par exemple pour les rapports complexes existant entre les blancs pauvres, les esclaves noirs et les autochtones « indiens » pendant les premiers siècles de colonisation. Les nombreux documents rassemblés permettent également de comprendre quelle était l’attitude des différentes fractions de la population à l’approche des nombreuses guerres coloniales dans lesquelles se sont lancés les dirigeants US pendant la seconde moitié du XIXème siècle. Cela rappelle étrangement le comportement de ce même pays depuis une cinquantaine d’années. Personnellement, j’avoue que j’ignorais une bonne part de ces « opérations ». Le prétexte n’était point à l’époque la lutte contre le terrorisme mais, en façade, la volonté (déjà) d’apporter la démocratie dans des pays jugés arriérés, et dans la réalité, une défense vigoureuse des intérêts américains. Pour mémoire : débarquement des Marines en Argentine en 1852, intervention au Nicaragua en 1853, en Uruguay en 1855, en Chine en 1859, en Angola en 1860, à Hawaï en 1893, à nouveau au Nicaragua, à Cuba… Le comble de l’horreur (si comble il y a) fut atteint lors de la guerre contre les Philippines. Les soldats US se livrèrent alors à un massacre systématique de la population indigène. Ce n’étaient que des « nègres » révoltés et leur vie ne valait pas bien cher au regard des intérêts de l’Amérique toute puissante. Howard Zinn analyse l’attitude des soldats noirs sous l’uniforme US pendant cette période et témoigne des premiers mouvements de révolte, d’insoumission et de désertion. Toute ressemblance avec la guerre au Vietnam n’est que purement fortuite… Mais l’on voit, grâce à ce livre, que le comportement impérialiste de cet état n’est pas une nouveauté dans l’histoire.
L’émergence des courants tels que le féminisme ou le pacifisme sont également examinés à la loupe. Une partie importante du volume est consacrée au développement du syndicalisme et aux longues grèves ouvrières qui ont marqué également l’histoire du pays. On voit, tout au long de ces évènements, la stratégie de division qui a été largement employée par les différents gouvernements pour maintenir l’ordre à tout prix : fermiers blancs pauvres installés sur la « frontière » avec les Indiens et victimes de tous les affrontements, immigrants « installés » opposés aux immigrants fraîchement débarqués, travailleurs noirs fréquemment utilisés pour « casser » les mouvements de grèves et cristallisant la haine des ouvriers blancs… Ce qui est tragique c’est que cette stratégie, à laquelle a eu recours le pouvoir quel que soit le parti auquel appartenaient ceux qui l’exerçaient, a bien souvent été payante. L’un des autres mérites de cette « histoire populaire » est aussi de montrer comment est né le bipartisme politique aux Etats-Unis et de quelle façon les deux tendances dominantes, Républicains, Démocrates (ou autre appellation antérieure pour ces deux partis), ont toujours été étroitement associées au « milieu des affaires », ne tenant compte des intérêts des couches populaires que par opportunisme et n’ayant aucune intention de modifier de façon importante les rapports sociaux au sein du pays. Cette étude permet de mieux comprendre le décalage qui ne manquera pas de se produire entre les promesses plutôt vagues du candidat Obama et la politique « réaliste » qu’il va sans doute être obligé de mettre en place.
Tout au long des pages, on croise des personnalités connues ou inconnues des livres d’histoire classique, syndicalistes, militants socialistes ou anarchistes, écrivains plus ou moins engagés… Emma Goldman, Mark Twain, Mary Jones, Joe Hill, Alexandre Berkman apparaissent au fil des récits et des témoignages. La description de certains mouvements de grève et de la répression qui a suivi fait froid dans le dos… En Avril 1914, dans le Colorado, après une longue grève des mineurs, eut lieu le massacre de Ludlow. Onze mille travailleurs, pour la plupart des immigrants grecs, italiens ou serbes, résistèrent aux provocations de la garde nationale et aux pressions patronales pendant plus de six mois. Le mouvement se termina par un carnage : la famille Rockfeller, propriétaire des mines, n’hésita pas envoyer une milice privée équipée d’armes automatiques « nettoyer » les camps de grévistes dans les collines de Ludlow. Après le massacre, on retrouva dans des fosses communes des corps carbonisés de femmes et d’enfants. Il n’y a pas qu’en France que l’on faisait tirer sur les grévistes et Clémenceau avait des émules outre-Atlantique ! Le récit d’Howard Zinn permet aussi de découvrir l’histoire de certains personnages qui ont marqué et marquent toujours la Finance toute puissante : JP Morgan, Carneggie, Rockfeller, Gould… ont bâti leur fortune sur « l’aventure » du chemin de fer dans les grandes plaines de l’Ouest ou sur les ventes frauduleuses de fournitures frelatées à l’armée pendant la guerre de Sécession ou la guerre du Mexique. L’image de marque des « pères fondateurs », de Lincoln à Franklin en passant par Washington est sérieusement corrigée : ce dernier dirigeant par exemple était l’un des plus gros propriétaires fonciers et possédait l’une des plus grandes fortunes parmi les membres de l’élite aristocratique gouvernant les nouveaux Etats américains lors de la guerre d’Indépendance. Ces gens veillèrent bien entendu attentivement à ce que la nouvelle constitution ne remette pas en cause les droits qu’ils avaient acquis grâce à des manœuvres la plupart du temps douteuses.
Pour ceux qui s’intéressent principalement à l’histoire contemporaine des Etats-Unis, dont je reconnais avoir fort peu parlé dans cette chronique (je ne voudrais pas qu’elle devienne trop longue !), les Editions Agone proposent une version petit format de ce livre, moins onéreuse, ne comportant que la partie XXème siècle de l’étude. Personnellement, je trouve la version complète plus intéressante car elle traite d’une période et surtout de sujets qui sont un peu moins connus que la deuxième guerre mondiale ou le conflit du Vietnam. A vous de faire le choix en fonction de votre intérêt, mais, version courte ou longue, je trouve que la lecture de cet ouvrage est incontournable pour quiconque veut analyser de façon un peu approfondie la politique US actuelle. Je conclurai en vous proposant cette citation du « grand » Théodore Roosevelt en 1897 à propos des Etats-Unis confrontés à une énième crise économique : « J’accueillerais avec plaisir n’importe quelle guerre tant il me semble que ce pays en a besoin… » en émettant le vœu pieu que Mr Obama fasse preuve d’un peu plus de retenue et ne suive pas les conseils des « faucons » qui veillent dans son entourage. Tout cela me parait mal engagé ! La lecture de ce livre ne rend guère optimiste mais elle reflète la réalité.
Notes : au même titre que Noam Chomsky ,Murray Bookchin ou le Canadien Normand Baillargeon, Howard Zinn me parait être un « penseur » américain contemporain dont la lecture semble incontournable. Outre cette « histoire populaire », il a par ailleurs écrit « l’impossible neutralité », autobiographie d’un historien et militant, « Karl Marx, le retour », « En suivant Emma », « Nous, le peuple des Etats-Unis »… La lecture de ces auteurs est revigorante, tant il est dommage que nous n’ayions plus, pour l’essentiel, de ce côté de l’Atlantique, que des philosophes de salon dont la pensée militante principale n’a qu’un objectif : se faire inviter dans les « talk shows » télévisés !
3janvier2009
Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....
L’après-midi du jour de l’an, l’ami Michel m’a montré, ainsi qu’à quelques autres copains, le DVD qu’il vient de monter à partir d’images filmées lors d’un voyage en Turquie l’été dernier avec sa compagne et sa fille. Bien calé dans un fauteuil, l’esprit un peu embrumé par les libations, certes raisonnables mais néanmoins indubitables, qui ont suivi les agapes, certes mesurées mais néanmoins conséquentes, du repas de midi, je me suis laissé dériver peu à peu dans les ruelles d’Istambul, dans le bazar, dans les mosaïques complexes de la Basilique Sainte Sophie, dans les églises troglodytes de Cappadoce… Il ne manquait que les odeurs, les senteurs d’épices, les petits bruits du quotidien éclipsés par l’accompagnement musical un peu trop envahissant. Je n’étais plus vraiment chez moi, j’étais ailleurs, dans un ailleurs où je ne suis jamais allé, mais que j’ai envie de découvrir de façon de plus en plus pressante. Dans une chronique récente sur la Slovénie, je me suis un peu étendu sur ce besoin de mieux connaître le Moyen-Orient, d’explorer les rivages méridionaux de la Méditerranée. Cette envie n’a pas disparu, bien au contraire, et ce ne sont pas les brumes et les grisailles de cet hiver qui vont la dissiper ! Je manque totalement d’originalité à ce sujet et c’est vrai que c’est lorsque les froids se font plus intenses, les journées plus courtes et les cieux lourds de nuages que je rêve intensément de chaleur et de soleil levant sur des horizons bleutés ou orangés.
Les chaos rocheux de la Cappadoce, les cités souterraines, les villages troglodytes, ce sont des images déjà vues de nombreuses fois dans les documentaires que je prends plaisir à regarder sur Arte ou sur la Cinq ; mais les images de Michel, surtout quand il est là pour les présenter, ont une saveur et une intensité bien particulières. Michel a beaucoup voyagé, et il est passé et repassé par les mêmes endroits à de nombreuses reprises, de la Turquie au Népal, de l’Afghanistan au Vietnam, de l’Inde à la Grèce. Presque quarante années à sillonner une partie de la planète, souvent la même, ce qui fait qu’il accumule les visions, compare, commente les évolutions et trouve toujours une anecdote à raconter : chaque image prend ainsi une nouvelle dimension, une grandeur que peu de documentaires, quelle que soit leur qualité, ont possédé à mes yeux. Les projections sont encore plus hautes en couleur lorsque les « vieux de la vieille » de la route se retrouvent. D’autres amis voyagent aussi beaucoup dans les mêmes pays, mais ils ne sont jamais partis ensemble et ils ont tous une vision différente de lieux ou d’itinéraires qu’ils ont pourtant en commun. Ils racontent leurs séjours prolongés aux postes frontières, leurs marchandages dans les échoppes, comparent l’état de monuments qu’ils ont vus à quelques années d’intervalle, comme d’autres racontent leurs barricades ou leurs souvenirs des luttes passées ; eux ce sont les péripéties de leur traversée de la frontière Pakistanaise, ou les bousculades dans les trains indiens bondés qui alimentent leurs conversations, plutôt que les courses poursuite avec la police dans les ruelles, ou les longues nuits sans sommeil à rédiger des tracts incendiaires. Nous aussi nous avons fait pas mal de voyages, un peu plus conventionnels. Lorsque je les écoute discuter, je me sens un peu comme un gars qui fait de la randonnée pépère, de la « montagne à vaches », au milieu d’une réunion de guides de haute montagne…
Tous ces parcours sont différents du mien : je ne les jalouse pas car ce n’est pas du tout conforme à mon mode de fonctionnement (lorsque j’ai pris une décision, il est très rare que je la regrette), mais je prends plaisir à les découvrir car ils m’enrichissent. Les souvenirs de voyage de Michel, ce ne sont pas de bêtes cartes postales de vacances, mais des récits vivants, de petites histoires de personnes ou de lieux symboliques. Lui aussi s’est modernisé et il est passé à la caméra et à la photo numérique, mais j’éprouvais déjà le même plaisir lorsqu’il nous projetait un montage diapo ou lorsque (très rarement) il a accepté de nous montrer ses carnets écrits, illustrés de nombreux croquis. J’ai connu Michel avant son premier voyage dans les années soixante-dix. Pendant longtemps, il a voyagé seul, mais je me rappelle de l’un de ses premiers « départs », pour le Népal,comme il se devait à cette époque où de nombreux chemins conduisaient à Kathamandou. Il avait un compagnon, un certain Eric, si ma mémoire n’est pas trop défaillante, qui a déserté l’aventure dès les premiers obstacles rencontrés, au bout de quelques centaines de kilomètres. L’auto-stop c’était long, aléatoire et peu intéressant. Ce qui est drôle d’ailleurs, c’est que le même gars a voulu repartir avec lui, l’année suivante, et qu’il n’a finalement pas parcouru un seul kilomètre, renonçant à l’équipée sauvage, dès les premières minutes. Le groupe de copains que nous étions à l’époque, constitué sur la base d’une vision assez commune du monde, a éclaté dans diverses directions : pour certains, l’appel de l’Orient a été le plus fort, d’autres ont préféré les « paradis artificiels », lassés d’attendre une révolution qui ne venait pas. D’autres ont choisi une orientation plus conventionnelle : travail, famille… (mais pas patrie, je vous rassure !) En ce qui me concerne, j’avais déjà un pied dans la « maison travail » ; j’en ai mis un autre, avec grand plaisir, dans la constitution d’une petite famille, puis j’ai été entraîné par le tourbillon d’une vie qui ne laisse pas toujours beaucoup d’alternatives (ce qui ne m’a pas empêché de faire quelques écarts salutaires !). Je me suis investi longuement dans un métier au sujet duquel je me faisais beaucoup d’illusions. Je dois dire que ce double choix, professionnel et familial m’a apporté énormément de satisfactions, mais ceci est une autre histoire.
J’ai perdu de vue Michel pendant de longues années et, durant cette période, il a accumulé les voyages et les aventures passionnantes. Les chemins des uns et des autres se croisent, se séparent, se croisent parfois à nouveau… Nous nous sommes retrouvés, il y a pas mal de temps, et tout à fait par hasard… Nos expériences restent décalées et nos relations toujours aussi plaisantes : moi je suis libéré des obligations professionnelles, lui me donne l’impression d’être écrasé par ce fardeau. Vie familiale oblige, ses voyages se font, du coup, plus conventionnels… Quant à moi, mes enfants volent de leurs propres ailes, et mon envie « d’ailleurs » prend une place de plus en plus importante dans ma tête. Ce qui est surprenant c’est qu’elle va de pair avec un envie d’enracinement (planter des arbres, accumuler des « trésors », faire de la généalogie) et que j’approche de l’âge où certains enfilent leurs charentaises pour de longues années « popote ». Et puis l’on change aussi au fil des années et, chose que je ne faisais peut-être pas à vingt ans, je pèse un peu plus mes décisions et je réfléchis un peu plus aux conséquences de mes actes. Du coup, c’est vrai que j’ai un peu du mal à me lancer dans des expéditions vers certains pays. Partir en Tunisie ou en Turquie ça ne me pose pas de problèmes (pour l’instant mais avec la capacité qu’ont les Occidentaux à mettre le feu partout, ça ne durera peut-être pas !). Les charmes d’un voyage en Irak, en Afghanistan, ou en Iran, avec casque et gilet pare-balles dans la valise, sont déjà moins évidents !
Et puis, comme je n’en suis pas à une contradiction près, en fait de Méditerranée, dans un mois, nous partons… vers l’Ouest et vers le froid. La neige, la glace et les températures revigorantes du Canada nous attendent. Nous sommes pressés de voir notre « ambassadeur charbinois permanent » au Québec. Les pieds dans mes raquettes, je songerai peut-être parfois aux rochers de Cappadoce, mais je ne m’inquiète pas trop. En plus, Michel me l’a dit : la Cappadoce en cette saison, il y a de la neige, bien souvent, et il y fait froid, très froid, encore plus souvent ! Et puis au Québec, il y a une chaleur humaine qui remplace bien des brasiers ! Vive les igloos !
Notes : « escroc », me dira Michel , s’il consent à jeter un œil sur mon blog ; ce ne sont pas des photos de Cappadoce ! Eh non… Ce sont des photos prises en Toscane du Sud, une région où l’on rencontre aussi des phénomènes géologiques intéressants et puis je n’aime pas trop « voler » les photos d’autres photographes ! La Toscane aussi c’est « ailleurs »…
Si vous ne connaissez pas la série de BD « le photographe », plongez vous dans cette trilogie passionnante : vous aurez une petite idée de l’ambiance des voyages en Afghanistan dans les années 70-80. C’est un travail graphique, historique et ethnologique excellent signé Guibert, Lefèvre et Lemercier, aux éditions Dupuis (Aire Libre). C’est certainement l’une des meilleures BD « voyage » que je connaisse, même s’il s’agit là d’un « voyage » bien particulier…
31décembre2008
Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....
A vous tous, fidèles ou infidèles lectrices et lecteurs de la « feuille charbinoise », nous offrons nos meilleurs vœux pour 2009. Espérons que cette année en gestation nous apportera collectivement une lueur d’espoir pour l’avenir. Nous avons bien besoin d’un peu d’optimisme pour résister au vent de folie qui tente chaque jour un peu plus de nous déstabiliser et de déraciner nos croyances profondes en un futur meilleur. Espérons que ces douze mois à venir seront l’occasion pour chacune et chacun d’entre nous de vivre ces moments de bonheur intense qui donnent à notre existence toute sa saveur et sa plénitude.
Quant aux autres, ceux qui nous gouvernent, nous méprisent, nous exploitent, jouent avec nos peurs et nos pulsions les plus malsaines, ceux pour qui la vie humaine ne pèse aucun poids face à leur envie irrésistible de pouvoir et de profits, ceux-là, je leur souhaite la misère, la déchéance et la défaite. Ils n’ont d’êtres humains que l’apparence et leur pelisse de velours n’est qu’un déguisement mensonger sous lequel se cache une charogne malodorante. Je crois encore qu’un jour l’humanité pourra vivre libérée de tous ces jougs qui l’oppriment. En attendant cette ère nouvelle qui se fait désirer, nous devons tout faire pour construire, au quotidien, d’autres rapports avec nos semblables et instaurer de nouvelles règles du jeu dans un environnement social que les pouvoirs en place rendent de plus en plus en plus invivable. Face à leur individualisme meurtrier, nous devons essayer d’opposer notre individualité épanouie et notre sens de la solidarité. Face à leur libéralisme oppressant, nous nous devons de lutter pour l’égalité des droits de tous les habitants de cette planète bien étroite, à partager ce qu’elle peut nous offrir. Face à leur morgue indécente, il nous reste l’humour, la générosité, l’entr’aide… et ce n’est pas rien !
Nous voulons tout, tout de suite, et encore plus demain !
Comme je l’avais fait l’année dernière, je dédie mes pensées, en cette fin d’année, à tous ceux, célèbres ou anonymes, qui œuvrent pour la construction de ce monde meilleur auquel nous aspirons à chaque instant. J’espère que tous ceux qui se battent pour leur vie, pour leurs droits, pour leur liberté, pour de meilleures conditions de vie… avanceront au moins d’un pas sur le chemin de leur lutte. A bientôt !

29décembre2008
Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Vive la Politique.
Je ne sais pas, je préfère ne pas savoir, quelle est la responsabilité des peuples dans la politique de leur gouvernement. Ce que je sais, ce que je clame haut et fort ici dans ces colonnes, c’est que le gouvernement de l’Etat d’Israël est un gouvernement de lâches, d’assassins et de fascistes. Ce que j’affirme c’est que la politique de ce gouvernement est non seulement à l’origine d’une véritable hécatombe de civils palestiniens et ce depuis des dizaines d’années, mais qu’elle est d’une malhonnêteté totale à l’égard de son propre peuple, puisque ces dirigeants savent pertinemment qu’un bain de sang ne pourra entrainer que d’autres bains de sang. Cette escalade de la violence est voulue délibérément par les faucons israéliens et par leurs alliés et complices américains. Leur objectif n’est pas, et n’a jamais été, d’assurer la défense d’Israël et la sécurité de son peuple, mais le génocide pur et simple des Palestiniens qui refuseront l’assimilation et l’instauration d’un « grand Israël » qui dominera définitivement le Moyen-Orient. Je rappelle, pour mémoire, que certains néo-conservateurs américains comme Wolfowitz envisageaient purement et simplement, il y a quelques temps de cela, de « déplacer » les Palestiniens en Irak occupé, pour « régler » le problème du Moyen-Orient.
Les raids particulièrement meurtriers dont a été victime le territoire de Gaza pendant ce week-end et les conditions dans lesquelles ils ont été élaborés et conduits témoignent parfaitement de cette volonté politique d’anéantissement. Il ne s’agit pas d’un « épisode » de plus dans le va et vient incessant du cycle « provocation-répression » comme le laissent penser une large part des médias occidentaux. Comme le révèle le quotidien israélien Haaretz, cette opération, comme l’invasion du Sud-Liban, a été préparée de longue date. Au moment où les autorités israéliennes prétendaient « négocier » un cesser le feu avec le Hamas, l’Etat-major de Tsahal préparait activement l’opération de ce week-end. Ehud Barak demandait à ses officiers d’effectuer tout un travail d’approche et de renseignement pour localiser les infrastructures de sécurité du Hamas ainsi que celles de toutes les organisations militantes agissant sur le terrain. Au moment où la décision finale était prise de frapper, le gouvernement israélien poussait l’hypocrisie jusqu’à annoncer l’ouverture de plusieurs points de passage pour permettre l’entrée des convois humanitaires. Dimanche matin, plus de deux cent tonnes de bombes avaient déjà été lancées sur Gaza, frappant sans distinction bâtiments civils et locaux de la sécurité. Depuis l’offensive en Irak on sait ce que vaut la précision des soi-disant frappes chirurgicales. Les hôpitaux doivent faire face à un afflux considérable de blessés, et beaucoup des victimes admises en urgence sont en réalité des femmes, des enfants et des personnes âgées. Le massacre n’est pas terminé puisque, selon les officiels israéliens, « toute maison susceptible de contenir des armes est considérée comme une cible en puissance ».
Pendant que se déroulait cette opération de « maintien de l’ordre », les stations de radio et de télé israéliennes, selon leur habitude, s’étalaient longuement sur le nombre croissant de « terroristes » abattus et l’efficacité incomparable des valeureux pilotes de F16. Heureusement de nombreux témoins, y compris pas mal de militants d’ONG étrangères présents sur le terrain, peuvent raconter ce qui se passe réellement et décrire le calvaire vécu par la population palestinienne. Ces récits sont poignants et je vous invite à en lire quelques-uns sur « Global Voices« . Voici celui de Marcy Newman (International Solidarity Movement): « 11h30 du matin : l’armée israélienne commence les attaques aériennes avec des avions de chasse américains, des f16. La radio n’est pas allumée dans le bureau de l’hôpital. Personne ne semble être au courant. Mais en quinze minutes, 200 blessés inondent les urgence, comme l’hôpital Al Shifa. Le service d’orthopédie et la maternité sont transformés en service d’urgence. Des bébés de 10 mois aux femmes de 55 ans, les civils palestiniens sont massacrés. C’est le jour le plus sanglant depuis 1967. »
Je suis écœuré, tellement écœuré que j’ai failli ne pas écrire cet article… Mais je ne veux pas que mon silence passe pour de l’indifférence ou pire pour une approbation tacite. Pendant ce temps là, notre gouvernement à nous, qui n’en est pas à une bassesse près, réclame un « cessez-le feu », comme s’il s’agissait d’une guerre entre deux armées conventionnelles, disposant de moyens équivalents de destruction ! Comme s’il n’y avait pas d’un côté une population qui se bat pour se libérer, ou tout au moins pouvoir vivre décemment, sans avoir à subir des humiliations quotidiennes, et de l’autre une armée occupante dotée d’une technologie ultra-moderne et bénéficiant du soutien aveugle de toutes les grandes puissances occidentales (et ce quelque soient les exactions qu’elle commet) ? Le parti socialiste, parti de jésuites et de faux-culs, fait part de son « immense préoccupation »… et je ne commenterai pas. Je n’ai plus rien à dire sur cette structure fossile. Les journalistes, aux ordres, pérorent sur les risques et périls de ce genre de situation et essaient de renvoyer dos à dos les responsables de ces événements. On insiste sur les dégâts considérables commis par les pétoires du Hamas et on présente comme « légitime mais un peu exagérée » la riposte israélienne… L’insécurité vaut bien un petit massacre, et puis, c’est clair, la Bande de Gaza n’est peuplée que par des « intégristes voyous », financés par le terrorisme international (ça c’est plutôt le leitmotiv de la presse US). On ne fait pas dans la nuance chez nos braves intellectuels hexagonaux ; quiconque critique Israël est aussitôt taxé d’antisémitisme. Le moindre prétexte permet les assimilations les plus hâtives et l’on préfère s’étaler sur les exactions d’un comique pourri et d’un nazillon d’opérette plutôt que sur la mort des enfants sous les bombes de Tsahal. Comme le faisait remarquer un journaliste israélien l’été dernier, il est plus aisé de critique la politique du gouvernement israélien à Tel-Aviv qu’à Paris !
Je ne rentrerai pas dans le jeu de ces sempiternelles polémiques pour intellectuels de salon. Je ne vois qu’une chose dans cette histoire c’est que ce sont toujours les mêmes qui se prennent les bombes sur la figure, que ce sont toujours les peuples qui se font massacrer et que les dirigeants politiques de tous bords ne sont que des crapules. La violence aveugle fait le lit de la haine, de l’intégrisme religieux et alimente les guerres futures. Israël fabrique les martyrs que l’on vengera demain à grands coups d’attentats-suicides… Moi qui n’ai qu’une piètre opinion des informations télévisées, j’ai vu cependant l’autre jour, sur Arte, un reportage d’une ou deux minutes, un peu moins « orienté » que les autres : un paysan palestinien dont la maison est totalement encerclée par le « mur de la honte » a refusé d’abandonner son domicile malgré les multiples pressions dont il a été victime de la part des colons occupants israéliens et de l’armée qui les protège. Il a au contraire invité journalistes et caméramans à venir chez lui, voir dans quelles conditions il vivait. Un officier de Tsahal lui a alors déclaré que s’il continuait à attirer les reporters étrangers chez lui, un palestinien « au service de l’armée » rentrerait dans sa propriété et tirerait à l’arme automatique sur les colons. Cet acte légitimerait alors le fait de détruire la maison…
Je tiens à signaler, pour conclure, que les sources utilisées pour la rédaction de cette chronique sont, pour l’essentiel, israéliennes. Il y a encore dans ce pays des gens honnêtes qui se battent, jour après jour, pour dénoncer les exactions de leur Etat. je tiens à leur témoigner à la fois mon estime et mon admiration. Je vous signale aussi le communiqué rédigé par l’UJFP (Union Juive Française pour la Paix) qui met en avant les lourdes responsabilités de l’Union européenne et de la France dans le massacre en cours. Sur le même site, vous trouverez un inventaire non exhaustif des actions de protestation en cours en Israël. J’ai aussi été très touché par ce texte publié sur le site « Bellaciao » (« le sang de Gaza est entré dans ma maison ») et je vous en recommande la lecture. Bon réveillon. Fin de la trêve des confiseurs.
Notes : photos d’agences de presse. Recherche des sources en cours.
A ceux qui trouveraient le terme de « fasciste » (employé au sujet du gouvernement israélien) inadapté ou exagéré, je propose la lecture d’une lettre envoyée en 1948 au New York Times par Albert Einstein et un certain nombre d’autres personnalités de l’époque. Ce courrier parle de la création du parti de la liberté dans l’état nouvellement créé d’Israël et emploie les termes suivants : « parti politique étroitement apparenté dans son organisation, ses méthodes, sa philosophie politique et son appel social aux partis Nazi et fascistes. » Il faut savoir que ce parti de la liberté est l’ancêtre de l’actuel Likud. Ce texte peut être lu sur « Altermonde« .
25décembre2008
Posté par Pascaline dans la catégorie : Le sac à Calyces.
Monsieur le Chef du Personnel
Après de nombreuses années de service irréprochable durant une carrière pourtant longuette, même si certains voudraient m’en voir faire encore plus, je vous prie de bien vouloir prendre note de ma démission à partir de tout de suite et qu’on n’en entende plus parler non mais sans blague.
Ci-joint un courrier destiné à mes clients réguliers pour vous éviter de rédiger un tissu inepte de mensonges et d’hypocrisie.
Lettre du père Noël
Chers enfants
Ça commence bien, ce “chers” n’est pas à prendre au sens que vous croyez. Vos exigences depuis quelques années dépassent, et de beaucoup, des moyens que j’avais crus illimités.
Les temps sont durs voyez-vous, et, à quelques jours de l’échéance annuelle, une grève surprise de mon armée de lutins a causé beaucoup de tort à mon entreprise. J’avais pourtant délocalisé mon personnel au mieux, et depuis longtemps ; je ne peux pas les faire bosser plus loin ni les payer plus mal. Ils n’étaient pas syndiqués et préféraient les paillettes de la gloire à un salaire convenable. Mais un vent d’insurrection a soufflé et sous prétexte de retrouver une dignité perdue, ils ne se contentent plus de miettes.
Mes rennes prennent des formes inconnues de cancer à force de bouffer du lichen radioactif. En raison du réchauffement climatique, je cherche un système de refroidissement à poser sur mon traîneau ou sur leurs dos, sauf si je trouve quelqu’un capable de les tondre à ras. Ils ont du mal à s’adapter aux températures élevées et attrapent de nouvelles maladies. J’avais cru bénie la période pendant laquelle je les ai nourris de farines animales, puis mon troupeau a été victime d’une véritable hécatombe, alors je me suis posé quelques questions.
Quant à moi, contraint de me balader à moitié à poil vu le climat, je suis en rupture de contrat publicitaire avec coca-cola, rapport au manteau rouge, et c’est un sale coup supplémentaire.
Ajoutons à ça la mauvaise réputation des alcools et du tabac : il ne m’est plus guère possible d’en offrir par cartons de six ou par cartouches, je vous raconte pas la tête qu’on me ferait maintenant en passant à la caisse du supermarché ou du débit de tabac – ben oui, du supermarché, même si j’ai du personnel, les fournitures de base vous voulez que je les trouve où ? Dans ma hotte ? Ah ah !
Pendant que je me prends la tête à pénétrer dans vos maisons bardées de serrures multi-sécurisées, vous célébrez l’anniversaire de l’autre pingouin, même certains ont cru s’y fier, total rien ne bouge. Vous attendez des jours meilleurs sans remuer le petit doigt.
Tout ça pour dire que cette année, je change de politique, d’objectif, de stratégie, de but… je fais ma petite révolution pépère dans mon coin. Plus de cadeaux matériels, je vous offre à la place un message de sagesse : consommez moins, ne bouffez pas trop, mais faites une fête à tout casser.
Quand vous serez remis de votre gueule de bois (deux cuillerées à soupe de sel dans une tasse de café, il n’y a pas plus radical), préparez la révolution douce, je ne vois plus que ça. Sortez de chez vous, sortez vos voisins de chez eux, faites marcher vos cerveaux, s’il en reste.
Consommer est devenu un but en soi, qui vous laisse insatisfait dans votre course en avant. Certes, il est trop tard pour y penser, il est trop tard pour arrêter, mais plutôt que d’attendre les ruptures de stock de foie gras et de saumon, prenez l’habitude dès maintenant de vous contenter de peu.
Ne vous inquiétez pas pour moi, j’ai un deal pour prendre la place du dernier gardien de phoques dans le désert du Kalahari, un boulot un peu plus peinard que celui que j’exerce depuis bien trop longtemps.