13 janvier 2014

Bric à blog passablement givré

Posté par Paul dans la catégorie : Bric à blog .

C’est janvier, le temps des guirlandes est terminé, pre(ô)nons de bonnes rés(v)olutions.

Je préfère ne pas évoquer dans ce bric à blog, certains sujets d’actualité, ramenés sur le devant de la scène par des médias ravis d’amuser le chaland, et qui rebondissent à hue et à dia dans la blogosphère. L’objet du débat est alors bien trop valorisé à mes yeux, même par ceux qui pensaient nuire. Inutile d’apporter une pierre à certains cairns. Mieux vaut chercher quelle zone du paysage on cherche à estomper grâce à ce brouillard artificiel. Comme disait ma grand-mère pékinoise, « quand le doigt montre la lune, l’imbécile regarde le doigt ». Ce sera ma première sentence moralisatrice pour 2014. Amen.

 La seule sentence de ce bric à blog, peut-être pas ! Je vais me permettre une petite digression politique quant au contenu de plusieurs blogs sur lesquels j’ai eu l’occasion de me promener. Je m’aperçois par exemple que je viens de donner un violent coup de frein, juste avant de vous recommander un site dont les orientations me paraissent finalement bien troubles ! Le confusionisme (et non le confucianisme) règne de plus en plus en maître… Au grand dam de certains (dont je fais partie), l’extrême droite pille allègrement des contenus qui étaient jusqu’à présent propriété privée de la mémoire ouvrière (et donc cogérés par la gauche). Il est vrai que c’est le grand n’importe quoi idéologique… On trouve l’excellent ouvrage de l’intellectuel libertaire Normand Baillargeon (« auto-défense intellectuelle ») vivement recommandé par un site qui ne cache pas ses sympathies pour le FHaine ; j’ai eu l’occasion d’entendre l’hymne de la CNT « a las barricadas » sur un site nazionaliste hongrois ; la révolte des Canuts est revendiquée par certains groupes de nos fascistes nationaux bien pensants… Je dois me pincer pour croire que je ne rêve pas. Mais l’inculture historique et politique fait aussi des ravages sur des sites qui s’auto-considèrent comme écologistes ou « de gauche »… On amalgame allègrement des ingrédients qui ne viennent pas vraiment des mêmes horizons… Au nom de « l’indignation » on mixe allégrement poujadisme, populisme, et colère de la base. L’ineffable Louis Pauwels se refait une jeunesse ; les théories « conspirationnistes » invoquent tout et n’importe quoi pour apporter de l’eau à leur moulin ; on invite les extra-terrestres à venir boire le café ; on dialogue avec l’au-delà, et on s’imprègne des vibrations cosmiques en s’asseyant le cul sur la bruyère. Il y a des jours où je regrette presque la bonne vieille classification « droite-gauche », car elle avait le mérite de simplifier (un peu trop sans doute) le cheminement idéologique ! Grâce aux clics de blogs en blogs, on part en voyage en direction du « rêve libertaire » et on se retrouve à contempler les défilés nazis à la porte de Brandebourg. C’est bien de chercher de nouvelles voies pour la révolution à venir, encore faut-il posséder les garde-fous suffisants pour ne pas s’embourber dans des ornières peu fréquentables. Je n’appuie toutes ces assertions d’aucuns « liens », appliquant l’adage énoncé dans le premier paragraphe : mieux vaut ignorer que porter sur le devant de la scène en croyant dénoncer…

 Revenons à des choses plus sympathiques. Le film « la voix du vent – semences de transition », découvert sur Utop’Lib est un beau film documentaire à regarder impérativement car il est porteur d’espoir et que nous avons besoin d’une bonne dose d’optimisme pour garder le cap par les temps qui courent. Il est possible de télécharger le fichier de la version française ce qui permet de prendre son temps et de le regarder en plusieurs étapes. Il s’agit du récit du voyage « initiatique » de deux amis, l’un Français, l’autre Espagnol, le long de la côte méditerranéenne de l’Espagne, à la rencontre de celles et ceux qui essaient de changer leur vie… Ce que je trouve intéressant c’est l’ouverture à différents types d’expérience, même s’il y a une nette mise en avant du retour à la terre, au détriment des expériences de collectivisations de sites industriels ou artisanaux. Ce qui m’a surpris c’est le peu de références au passé, en particulier aux multiples expériences d’autogestion, pendant la révolution de 1936. Cela rejoint ce que je disais dans le paragraphe précédent. Je comprends le rejet des « isme » par la nouvelle génération militante ; je déplore encore une fois le rejet des références historiques. En tout cas, ce film m’a ouvert des portes. Il m’a permis (entre autres) de découvrir les écrits d’une jeune auteure écologiste espagnole, Esther Vivas, que je trouve très intéressants. Un certain nombre de ses textes sont traduits et traitent de sujets d’actualité. On peut les lire sur son blog en français. Elle a écrit plusieurs ouvrages en catalan. L’un d’entre-eux au moins est aussi traduit : il s’agit de « En campagne contre la dette » aux éditions Syllepse.

 Puisque nous parlons des écrits d’une écologiste, terme qui a l’avantage de ne pas présenter des marques de genre, j’en profite pour vous signaler que cette question du masculin et du féminin dans la langue française me préoccupe, même si elle n’est pas au premier plan des questions que je me pose… J’ai lu à ce sujet un dossier intéressant sur le blog « Genre ». L’article s’intitule  féminisation de la langue. Il pose le problème des choix syntaxiques à opérer si l’on veut éviter la masculinisation systématique des noms de métier, une quelconque hiérarchisation, ou une lourdeur excessive des phrases. Féminisation des mots (auteure), écriture double avec une barre oblique  « / », un tiret « – » ou des parenthèses  « () », utilisation d’un point typographique médian  « · », obtenu par une combinaison de touches (sur mon clavier « option-majuscule-F »)… Les choix sont nombreux et sujets à polémiques. J’opte finalement de plus en plus pour le point médian. La question fera peut-être sourire quelques lecteurs mais je partage l’opinion de l’auteure : il est temps de mettre fin à l’invisibilité du féminin. Cette singularité de notre langue continue à surprendre les francophones. Quand j’étais gamin j’ai mis longtemps à comprendre que toutes les girafes n’étaient pas des femelles et tous les éléphants des mâles. Il m’a fallu quelques années de plus pour trouver incongru qu’on dise une ou un dentiste, mais qu’il n’y ait probablement pas de femmes qui soit « ingénieur » ; j’en connaissais pourtant qui étaient sacrément ingénieuses !

 A propos d’auteure, je vous signale deux découvertes sonores. La première a pour origine une personnalité (qui, espérons le ne sera pas prochainement récupérée par l’extrême droite !) ; il s’agit de Louise Michel. La seconde est une jeune fille totalement inconnue que nous avons eu la chance de rencontrer grâce aux échanges « helpx » à domicile. Les éditions Frémeaux ont publié en 2008 un CD contenant des textes de lettres écrits par Louise Michel à son ami Victor Hugo ainsi que quelques réponses de l’écrivain. Anouk Grinberg prête sa voix avec talent à la grande Louise ; Michel Piccoli remplace Victor Hugo, momentanément indisponible. Le résultat est très plaisant, très émouvant dirais-je même ; la diction très particulière d’Anouk Grinberg et la passion qu’elle exprime accentue le côté dramatique des textes de la militante anarchiste. Le CD peut toujours être acheté à la « librairie sonore« . On peut aussi le télécharger en MP3 et écouter des extraits sur « VirginMega » ou sur « Qobuz« . Cette dernière formule est moins onéreuse (désolé pour les liens commerciaux, comme le fait remarquer le site « Utop »lib » auquel j’ai piqué cette information !).
Notre amie Rose Goossen, grande voyageuse parmi tant d’autres, chanteuse talentueuse, a mis en forme plusieurs CD contenant les chansons qu’elle interprète. Son répertoire est très varié : classiques de la chanson à paroles française, du folk-song américain, mais aussi chants traditionnels turcs, italiens, et même swahilis… Elle a mémorisé et choisi d’interpréter ces textes au gré de ses voyages et de ses rencontres. Nous lui devons cette belle soirée que j’ai conté un jour sur ce blog à propos de la richesse des échanges help’x. Un soir que nous étions en liaison avec notre fils, séjournant en Australie, hébergé dans un orphelinat pour kangourous (ce n’est pas lui qui était orphelin dans l’histoire !), elle a chanté une berceuse pour faire plaisir au petit marsupial auquel notre rejeton voyageur donnait le biberon. Magie d’internet permettant une rencontre multi-continentale puisque Rose est canadienne. Ecoutez ses chansons, sa voix rauque et chaleureuse, sur le site « Miss Rose« . Vous pouvez télécharger un disque entier ou bien quelques morceaux, en versant la somme de votre choix (pas de prix fixé – sa démarche n’a rien de commercial !) pour soutenir ses projets de voyage non pas seulement autour des paysages du monde mais à la rencontre des gens d’un peu partout…

 Puisque nous voilà embarqués dans la musique, je vous propose de vous détendre en regardant une vidéo sympa. Il s’agit de la présentation d’une « Flash mob » (ciel encore un anglicisme !) qui a eu lieu  à Lannion pendant les fêtes. Peut-être avez vous déjà visionné cette séquence qui a été signalée sur de nombreux autres sites. De peur que vous ne manquiez ce moment festif bien chaleureux, je préfère risquer la redite et vous le donner à nouveau. Mon lien provient du blog « Cailloux dans l’brouill’art » dont je vous ai parlé dans mon précédent « bric à blog ».
Séquence « histoire et émotion », je vous invite à aller visiter le blog du « Denver post », journal étatsuniens, qui propose une évocation photographique des événements survenus à « Wounded Knee » de 1890 à 1973. Les documents sélectionnés, pour la plupart mal connus, proposent un récit de ce qui s’est passé sur le lieu de cette réserve indienne, du massacre de 1890 au soulèvement de 1973 conduit par les militants de l’AIM (American Indian Movement). Il s’agit là d’un rappel sans doute nécessaire de la façon dont la culture blanche occidentale s’est imposée en Amérique comme ailleurs, et des difficultés qu’éprouvent les populations ainsi normalisées à faire valoir leur propre héritage culturel et leurs droits.

 A ceux qui pensent que j’exagère un peu en tapant sans arrêt sur le dos des médias « officiels », que ce soit télé, radio, presse papier ou internet, je suggère d’aller lire sur ACRIMED ce dossier instructif concernant le reportage publié par une équipe du magazine  « Envoyé spécial » au sujet du quartier de la Villeneuve à Grenoble. Les habitants ainsi que plusieurs associations du quartier se mobilisent pour dénoncer le côté caricatural de cette présentation de leur milieu de vie, et la manière dont les aspects positifs ont été gommés d’une soi-disant enquête menée tambour battant pour dénoncer une fois de plus « un quartier pourri ». Deux des personnes interviewées dans l’émission se plaignent de la façon dont leurs propos ont été manipulés au montage. Suite à la fin de non recevoir opposée par la direction de France 2 (les associations demandaient un droit de réponse dans l’émission, mais se sont heurtées à un silence assourdissant), une plainte a été déposée pour diffamation publique. Vingt-six minutes pour réduire à néant le travail qui a été effectué sur le terrain afin de revaloriser l’image du quartier à l’extérieur, mais aussi la façon dont les habitants eux-mêmes appréhendent leur vécu au quotidien. Quand on pense que certains journalistes sont outrés d’être mal accueillis dans les cités alors qu’ils viennent « exercer leur métier ! ». Il y a du souci à se faire sur la façon dont ils conçoivent leur devoir d’informer…

 Heureusement qu’en notre bas monde il est encore quelques esprits rebelles ! Coup de chapeau à l’un de mes dessinateurs de BD préféré – j’ai nommé Jacques Tardi – qui vient d’envoyer paître les Jeanfoutres qui voulaient lui faire l’aumône de la « légion d’honneur ».« Etant farouchement attaché à ma liberté de pensée et de création, je ne veux rien recevoir, ni du pouvoir actuel ni d’aucun autre pouvoir politique, quel qu’il soit. C’est donc avec la plus grande fermeté que je refuse cette médaille ». Lisez le billet publié à ce sujet sur « Altermonde sans frontières ». Cela fait chaud au cœur en ces périodes de compromissions nombreuses et de vague à l’âme idéologique. Jacques Tardi n’est pas le premier, ni le dernier j’espère, à refuser ces oripeaux de reconnaissance. Son dernier opus est consacré à son père prisonnier pendant la seconde guerre mondiale dans un stalag en Germanie. Je vous en reparlerai.
Il s’agit en tout cas d’une info suffisamment plaisante pour clore ce « bric à blog ». Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter de bonnes lectures et de bonnes vibrations musicales.

NDLR – Quelques photos « maison » prises dans notre environnement proche, en décembre et janvier, histoire de vous donner envie de voyager ! Il n’y a pas que des stations de ski dans les Alpes…

3 Comments so far...

Paul Says:

14 janvier 2014 at 09:58.

En complément à ce que je dis au sujet du « confusionisme », on peut lire avec profit « Villages verts pour blancs pure-souche » (http://www.bastamag.net/Villages-verts-pour-blancs-pure)
sur le magazine en ligne « Basta »…

Lavande Says:

14 janvier 2014 at 21:18.

Je suis contente que tu parles du reportage scandaleux d’ « Envoyé Spécial » sur la Villeneuve.
Incroyable mais vrai, même le CSA a trouvé ça choquant et partial.
Qu’il y ait de gros problèmes c’est certain mais le reportage ne montre que cela. Toutes (ou presque) les images sont filmées de nuit. Certains incidents ont carrément été provoqués (tirs de cailloux dans des fenêtres). Quand on pense que les 40 ans de la Villeneuve ont donné lieu à un repas super festif, dans le parc, de … 1000 couverts… (sans journalistes!).
Un ami a été longuement interviewé par la courageuse journaliste en immersion chez les sauvages: à la fin elle lui a dit qu’en fait elle ne garderait rien de cette discussion pour l’émission car ce n’était pas CE QUE LES GENS VOULAIENT ENTENDRE!… même pas gênée, c’est mot pour mot l’expression qu’elle a employée.

Lavande Says:

14 janvier 2014 at 21:44.

Je n’avais pas lu le dossier d’Acrimed quand j’ai écrit mon commentaire: il est excellent et je conseille à tous de le lire.
Une petite anecdote. Il y a quelques années je me suis fait voler mon cartable dans la voiture (ben oui, j’avais fait une opération « portes ouvertes » qui a bien marché). Les copies qu’il contenait ne présentant aucun intérêt pour le zozo qui l’avait piqué, ce dernier l’a abandonné au milieu du parc. Une charmante dame l’a retrouvé et me l’a rapporté. J’ai voulu lui faire envoyer un gros (et cher) bouquet de fleurs; après avoir pris ma commande, à l’énoncé de l’adresse de la dame (galerie de l’Arlequin) le fleuriste a levé les bras au ciel et m’a dit « on ne livre pas dans ce quartier ». Je suis allé chez un autre fleuriste et j’ai porté le bouquet moi-même ( j’ai survécu).

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