20 janvier 2010

Le camp d’internement d’Arandon en 1939/45

Posté par Paul dans la catégorie : Espagne révolutionnaire 1936-39; tranches de vie locale .

Chronique anniversaire d’une chronique.

expo-musee-grenoble Il y a un an et un jour, sur ce blog, je publiais une chronique intitulée « d’une recherche dans un domaine… à une découverte dans un autre« , dans laquelle je faisais part de mon étonnement d’avoir découvert, à quelques kilomètres de la maison, un camp d’internement datant du dernier conflit mondial. Ce lieu avait servi de prison, dans un premier temps pour les Républicains espagnols « accueillis » dans le département de l’Isère, puis pour des réfugiés politiques, juifs, d’origine allemande ou autrichienne, internés lors de la déclaration de guerre avec l’Allemagne. Le camp d’Arandon semblait effacé de la mémoire de tout un chacun, en particulier de celle des « locaux ». Depuis la publication de ce billet, j’ai eu de nombreux contacts ; des commentaires nouveaux ont été publiés sur le blog tout au long de l’année ; j’ai reçu un certain nombre de courriels, et plusieurs autres sites ont fait des liens vers « la feuille charbinoise » pour inciter leurs lecteurs à consulter le document. Des éléments nouveaux sont apparus, et je me suis dit que je ne pouvais pas laisser ce travail en l’état et qu’il me fallait le réactualiser. Cette chronique anniversaire est donc un peu particulière et ne prend son sens que si vous faites l’effort de consulter ou de relire la toute première publication. Parallèlement à cette mise à jour que je fais, une exposition est organisée au Musée de la Résistance à Grenoble. Elle s’intitule « le train s’est arrêté à Grenoble », et traite de l’internement des réfugiés espagnols sur l’ensemble du département de l’Isère. Elle est ouverte aux visiteurs, sauf erreur de ma part, jusqu’au mois d’avril. En ce qui concerne la seconde période d’utilisation du camp, j’ai eu l’occasion de me procurer et de lire l’ouvrage (épuisé) de David Vogel « Et ils partirent pour la guerre », éditions Denoël, qui raconte l’enfermement des réfugiés juifs « étrangers ». Je fais référence à ce livre pour certaines citations choisies dans cet article. Il s’agit d’une autobiographie, même si l’auteur a choisi de donner un autre nom à son héros. David Vogel est mort en déportation, et son manuscrit, rédigé en 1942 entre deux internements, puis dissimulé, n’a été retrouvé et publié qu’en 1990.

palais-houille-blanche-1925 Février 1939, le palais de la houille blanche, situé parc Paul Mistral, à Grenoble est surchargé. Bien qu’il ne soit absolument pas prévu pour cet usage, plus de deux mille réfugiés espagnols transférés depuis les camps situés vers la frontière, y sont enfermés depuis le 31 janvier. Le préfet de l’Isère est bien conscient du caractère explosif de la situation qu’il a sous les yeux et cherche désespérément à transférer le « fardeau » vers d’autres localités de l’Isère. L’opération est d’autant plus délicate que les réfugiés sont « officiellement » dans une situation sanitaire préoccupante. Mais la contagion que l’on craint le plus, c’est celle des esprits. Il ne faudrait pas que ces « rouges » aient la possibilité de contaminer la population locale avec leurs idées de changement social et de révolution. Les mesures d’enfermement doivent donc être strictes, tout en gardant une apparence un tant soit peu humanitaire. La quarantaine pour raisons sanitaires va permettre de limiter au maximum les contacts avec l’extérieur et va compliquer considérablement le travail des associations d’entraide. Les gardes mobiles ont reçu des consignes strictes. Nulle personne « étrangère au service » ne doit pouvoir pénétrer dans l’enceinte du palais de la houille blanche, parc Paul Mistral, surtout pas les journalistes. Lorsque des malades doivent être hospitalisés, d’importantes mesures sont prises pour les isoler. Le problème c’est aussi que l’on a besoin des locaux pour d’autres usages : la foire de Grenoble approche ! Les conditions de vie sont telles qu’au printemps on dénombre une cinquantaine de décès parmi les internés. Il faut donc déplacer 2300 personnes, hommes, femmes et enfants, le plus rapidement possible. Après avoir recensé les sites potentiellement intéressants, le préfet prend sa plume et écrit aux maires concernés. La réponse à sa demande est très claire : un tollé de protestations. Seul le maire de la petite commune d’Arandon, dans le Nord-Isère, un industriel de l’automobile, Mr Vialle, qui a dû cesser son activité en 1937, saisit au bond l’occasion de valoriser des locaux dont il n’a plus guère l’usage. Le problème c’est qu’il s’agit de locaux industriels, peu adaptés à l’hébergement, et qu’une partie seulement des bâtiments est disponible, les autres étant déjà loués pour d’autres usages. Un accord est trouvé entre les parties, mais auparavant, le préfet doit faire front à une véritable fronde des maires du canton de Morestel qui ne veulent pas supporter seuls les coûts et les « risques » d’une telle opération. Le préfet se veut rassurant et envoie un nouveau courrier qui est une merveille de diplomatie. Il argumente sur deux points principaux  : les personnes transférées à Arandon seront bien enfermées et surveillées et les fournitures nécessaires à la construction et à l’entretien du camp seront achetées aux commerçants locaux…

usine-vialle-2web 1300 détenus sont conduits dans le nouveau camp, majoritairement des femmes et des enfants. Les moyens financiers annoncés pour la rénovation ne sont pas disponibles et peu d’aménagements sont réalisés, faute de temps et d’argent. Les conditions de détention sont désastreuses. Un rapport est rédigé par un médecin expert, le docteur Ouillon, en date du 27 juillet 1939. Cet inspecteur départemental de l’hygiène dénonce les insuffisances sanitaires multiples de l’installation. Ce document est aussi une merveille d’hypocrisie. Au fil des pages, L’enquêteur énumère les insuffisances sanitaires qui sont criantes, dresse une liste de travaux de première nécessité, avant de conclure que, compte tenu du contexte, il comprend bien que ses exigences ne puissent être satisfaites et que… les choses peuvent bien rester en l’état. Quelques exemples choisis au fil du texte permettent de se faire une idée de l’aménagement des locaux. Trois hangars sont utilisés : l’un sert de réfectoire, le second de dortoir, et le dernier abrite cuisine, infirmerie et salle des gardes. Le dortoir est cloisonné à l’aide de planches de façon à séparer les hommes, les femmes et les quelques ménages qui résident dans le camp. Le couchage est sommaire : des paillasses sont étalées sur un plan en bois surélevé. Selon le médecin, les couvertures et les draps sont fournis en nombre suffisant. La cuisine comporte un équipement sommaire, et il n’y a qu’un seul cuisinier permanent rémunéré pour 1300 pensionnaires. Un tour de rôle est établi parmi les prisonnières pour l’aider dans sa tâche. « La nourriture manque peut-être un peu de variété, […], mais elle est suffisante en quantité et en qualité. » Une laiterie est aménagée pour préparer les biberons des 32 nourrissons que l’on trouve dans le camp. Le médecin déplore l’absence d’un placard grillagé qui permettrait de protéger le lait des mouches. Un médecin fait un passage quotidien. Il est assisté par une infirmière française et deux espagnoles « volontaires » recrutées parmi les femmes du camp. « Il y a lieu de remarquer qu’en cas d’épidémie même bénigne, cette infirmerie se trouverait tout à fait insuffisante » Rappelons qu’il s’agit d’une population qui a été maintenue en quarantaine à Grenoble en raison d’une « situation sanitaire jugée plus qu’inquiétante », liée aux conditions de vie dans un pays en guerre. Côté hygiène, il y a en tout 8 douches pour les femmes et 4 pour les hommes, ainsi que 3 bassins à laver. Les latrines sont en nombre limité et très sommaires. Rien ou presque n’est prévu pour l’évacuation des eaux usées : « Il existait, lors de ma visite, une insuffisance manifeste de draînage et d’égout » explique en langage très châtié le docteur Ouillon. « En raison de la grande quantité d’eau qu’emploient ces 1224 personnes, à quoi venaient s’ajouter encore les pluies diluviennes survenues dans la région, la cour était remplie de flaques d’eau croupissantes. » Histoire de compléter ce tableau déjà peu flatteur, notre brave inspecteur remarque également que les locaux sont pratiquement inchauffables, or la région a la réputation d’être humide l’automne et très froide l’hiver…

usine-vialle-arandon1 Heureusement, la sécurité des populations locales est assurée : « Le camp est entièrement clos par un double rang de deux mètres de hauteur de fil de fer barbelé. Entre les deux rangs, il existe un véritable chemin de ronde où se promènent les gardes mobiles. Il y a une sentinelle à chaque ouverture. La surveillance est constante et effective. » « L’espace clos est très vaste (un hectare ou deux ?) ce qui atténue dans une certaine mesure le danger signalé (propagation des épidémies) et rend moins présente la rigueur policière » Qu’en termes élégants ces choses là sont dites ! Je vous garde la conclusion de ce rapport pour la bonne bouche : « On peut dire qu’actuellement les réfugiés espagnols trouvent à Arandon des conditions de vie qui, sans être tout à fait confortables, sont néanmoins suffisantes. Aucun ne se plaint. La grande majorité présente des mines florides et réjouies, qui, pour celui qui les a vus à leur arrivée en France, atteste assez la valeur de l’hospitalité qui leur a été accordée dans l’Isère. »
Il n’en reste pas moins qu’une fois la guerre déclarée avec l’Allemagne, ces détenus deviennent fort encombrants. L’administration va faire des pieds et des mains pour convaincre ces braves gens qu’un retour en Espagne est le meilleur choix possible et qu’il ne faut pas hésiter. Le sous-préfet de la Tour du Pin se déplace en personne pour promouvoir cette idée de retour au pays natal, puisque « le conflit est maintenant terminé ». On propose également aux hommes en bonne santé de rejoindre les CTE (Compagnies de Travailleurs Etrangers) qui œuvrent notamment sur la fameuse ligne Maginot. Il n’est quand même pas question de proposer des armes à ces individus dangereux ! Je reviendrai sur cette question du devenir des Républicains après la déclaration de guerre dans une autre chronique car je ne voudrais pas trop m’écarter de mon sujet.

usine-vialle-arandon2 En octobre 1939, David Vogel, citoyen autrichien de confession juive, réfugié en France depuis plusieurs années, est arrêté par la police française. Après divers transferts, il sera à son tour conduit au camp d’Arandon qui est devenu un lieu de détention pour de nouveaux « étrangers indésirables », les réfugiés qui ont quitté le grand Reich pour sauver leur peau. Lorsqu’il arrive avec ses compagnons de détention, le camp est pratiquement désert ; sauf quelques femmes, la plupart des Espagnols sont repartis début octobre. Les bâtiments sont déserts, remplis de détritus, particulièrement sinistres. « Le long des murs, on avait construit des châlits de bois superposés, larges de deux mètres. Une rangée supplémentaire était aménagée au milieu de la salle. Un espace d’environ quatre-vingts centimètres séparait la couchette inférieure de celle du dessus. […] A la paille pourrissante étalée partout se mêlaient toutes sortes d’ustensiles cassés et de débris divers. […] La pièce avait beau mesurer dans les douze mètres de haut, elle puait et la poussière vous prenait à la gorge. » Dès leur arrivée, les cinq nouveaux prisonniers sont invités manu militari à déblayer, nettoyer, vider les latrines… Petit à petit, le camp se remplit de nouveau. Le commandant du camp, le capitaine Ledoux, un chasseur alpin, mène sa troupe à la baguette et instaure une discipline de fer. Après tout ce ne sont que des « ennemis » qu’il a sous sa garde, ennemis parmi lesquels certains sont certainement des agents de la cinquième colonne… Un contingent de plusieurs centaines de prisonniers arrive du camp du Chambaran, autre lieu d’internement des « étrangers » dans le département. Un tri savant vient d’être effectué : les « politiques » sont restés à Chambaran, les « juifs » ont été déplacés à Arandon. Les autorités françaises font du zèle. La situation des détenus ne s’arrange pas. « La pitance était maigre et mauvaise, le pain toujours rassis, dur comme pierre. On nous distribuait midi et soir la même soupe claire ; un morceau de viande fibreuse, insipide et impossible à découper, quelques haricots secs dans beaucoup d’eau ; des lentilles noirâtres mêlées à des petits cailloux, les mêmes que l’on versait dans de grandes auges, près de la porte, pour nourrir les cochons du maire… » Un élément ressort en effet des divers témoignages : le propriétaire des lieux a tiré profit de différentes manières de la présence des réfugiés espagnols puis des prisonniers allemands dans son usine. Les hommes ont été embauchés pour diverses corvées, tel l’abattage de bois, par exemple, n’ayant aucun rapport avec le fonctionnement du camp.

usine-vialle-arandon4 Bien qu’il n’y ait aucune raison sérieuse de maintenir ces hommes en détention, bien peu sont libérés. Pendant l’hiver 1939/40, quelques uns sont volontaires pour s’engager dans la légion étrangère. Les autres restent et profitent des bienfaits de la saison froide : dans les dortoirs, le chauffage est défaillant, et la température descend jusqu’à moins 3. Le 28 février les derniers prisonniers du contingent de David Vogel séjournant à Arandon sont déplacés dans la drôme, à Loriol. Le camp paraît donc désert à partir de cette date. La suite de l’histoire reste toujours à reconstituer, car il ne semble pas que les locaux aient été abandonnés. Lors de la signature de l’armistice, les archives ont été partiellement détruites, ou bien évacuées et perdues. En 1945, les dernières traces ont été effacées. On ne sait donc pas à quoi ont servi les baraquements entre juin 1940 et la fin de la guerre. Faute de documents officiels ne restent plus que les témoignages pour reconstituer le déroulement de ces quatre ou cinq années . C’est la période concernant le séjour des Républicains qui est la mieux renseignée dans les archives. Grâce aux différents échanges de courriers, aux rapports, aux directives données par le préfet à Grenoble ou le sous-préfet, on possède pas mal de données administratives sur l’internement des rescapés de la « Retirada ». On sait par exemple que les internés d’Arandon étaient majoritairement originaires du Pays Basque. On sait qu’il s’agissait essentiellement de femmes, d’enfants, ou de familles complètes. Les hommes en âge de combattre , soldats, miliciens ou militants, c’est à dire les éléments « les plus dangereux », étaient maintenus ou renvoyés dans les camps du Sud de la France, dans lesquels régnaient des conditions bien plus épouvantables encore. Le gouvernement français les avait baptisés « camps de concentration », terminologie que l’on essaiera plus tard de faire oublier, bien entendu. Le principal souci des autorités était de se débarrasser de ces individus au plus vite ; le seul choix qu’on leur laissait parfois était celui de la frontière à laquelle on les reconduirait pour les livrer à leurs bourreaux franquistes.
Ce qui fait le plus défaut, au niveau du camp d’Arandon, ce sont les données humaines. Les sources iconographiques sont très rares ; les témoignages aussi. Il faut les rassembler petit à petit pour ne pas oublier ce lieu qui a bien failli disparaître de la mémoire régionale ; un vrai travail de fourmi… Heureusement, de plus en plus de descendants de ces réfugiés si mal accueillis dans le beau pays de France, veulent connaître l’histoire de leurs aînés et remuent ciel et terre pour que ce travail de mémoire s’effectue.

NDLR –  L’affiche publiée en tête d’article est celle de l’exposition qui a lieu à Grenoble. Les photos 2 et 3 sont d’anciennes cartes postales – Les photos 4 à 8 ont été prises ce jour et montrent ce qui reste des anciens bâtiments. Il s’agit actuellement d’une friche industrielle. Certains toits s’effondrent et quelques constructions désordonnées ont été rajoutées au gré de l’imagination des bâtisseurs. En comparant avec la vue ancienne (photo 3) on peut se faire une idée de ce qui fait partie des bâtiments d’origine et de ce qui n’en fait pas partie. Aucune plaque commémorative d’aucune sorte que ce soit ne fait référence ni au constructeur de l’usine (Vialle) ni à ses occupants de 1939/40.  Par temps de pluie, les lieux sont particulièrement sinistres. Les clôtures ont bien entendu disparu, mais la structure des lieux (entre un étang, une voie ferrée et une petite route) permet de se faire une idée assez exacte de la place occupée par le camp. D’autres photos sont disponibles : nous pouvons en fournir une copie aux personnes intéressées ; leur reproduction est autorisée à condition de faire mention de leur origine. Cette chronique est dédiée à tous ceux qui nous ont motivés pour continuer l’enquête. La collecte d’infos, d’images et de témoignages continue.

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19 Comments so far...

Pascaline Chion Says:

20 janvier 2010 at 21:11.

Nous avons pris la voiture pour nous rendre, à cinq minutes de chez nous, en un lieu à côté duquel nous passons régulièrement depuis plus de trente ans. Il nous a fallu longtemps pour le situer depuis cette fameuse publication il y a un an et un jour.

Arrivés là, pas de doute grâce au croquis dont nous avons eu connaissance par le travail de Géraldine Andréo, à l’ancienne carte postale des établissements Vialle, et à un repérage sur la carte de l’IGN : c’est un choc. C’est arriver à Dachau ou Ravensvbrück, mais sans les panneaux qui l’annoncent.

Certains me diront que le passé est passé, que je n’ai pas besoin de me le remémorer, ni les gens, qui vivent là autour et ne méritent pas d’être dérangés. Pour ma part, je verrais bien au minimum une stèle érigée par devoir de mémoire.

Le camp d’internement d’Arandon est tombé dans l’oubli. Une cheminée fume, et plus loin par les vitres cassées nous voyons des amoncellements de pneus ou d’autres matériaux, utilisés sans doute par un agriculteur.

Certains me diront aussi qu’il ne faut pas tout mélanger, par exemple un camp d’internement, un camp de concentration, et un camp d’extermination. J’ai déjà participé à des débats pour déterminer une hiérarchie dans les souffrances. Vaut-il mieux être victime de Hitler ou de Staline, les geôles de l’inquisition sont-elles, oui ou non, plus terribles que les taules contemporaines ?

Faux débat. Tous les combats doivent être menés, et ne pas respecter les droits d’une personne n’est pas tolérable quelles que soient les conditions dans lesquelles cela se passe. Ne me faites pas dire que je ne souhaite pas éradiquer la torture ! Les droits humains doivent rester inaliénables et toutes les formes d’attaque qu’ils subissent doivent être également combattues.

Je veux dire que ce petit camp d’Arandon, tellement riquiqui qu’il ne comptait « que » 1300 prisonniers, qu’on l’a oublié, qu’ici personne n’en parle, qu’il ne fait pas partie à proprement parler de l’Histoire, et puis on y menait pas d’exécutions, eh bien ce camp devrait apparaître comme tel, un lieu de persécution. Il faudrait un petit quelque chose pas forcément voyant, même si ça emm…papaoute les riverains d’avoir le nez dans un caca qui n’est pas le leur.

En même temps, sans crainte des contradictions, j’aspire aussi à laisser à ce lieu son calme, qui invite par beau temps à profiter de l’étang, là tout près, des jeux pour enfants, des balades à faire, et de ne plus voir dans les sinistres murailles que des blocs de béton à oublier au plus vite…

Je rêve pourtant de rencontrer non plus des anciens prisonniers, si longtemps après, mais leurs descendants. Je rêve de les inviter chez moi, afin de les mener sur ces lieux sinistres. Je rêve d’y planter une hellébore noire qui répétera ce que les murs nous ont dit : « je suis inquiet de ton silence ». Ou un myosotis. « Forget me not ».

carmen sanchez Says:

20 janvier 2010 at 22:38.

Madame Pascaline,
J’ai été très émue en lisant votre texte. En la mémoire de ma grand-mère, je vous remercie.
Lorsque les autorités se sont « débarassés » de ma grand-mère, à son retour en Espagne, elle a fait de la prison et ses 6 enfants ont été placés. Je ne vous cache pas la colère qui est en moi, surtout lorsqu’on ne répond même pas à mon courrier. N’oublions pas que c’est grâce au passé que nous sommes et que demain nous ferons partie du passé. Heureusement qu’il existe des personnes comme vous, merci Madame

Paul Says:

21 janvier 2010 at 13:47.

Ce commentaire, reçu de Millyna Loubry, ne me parait pas avoir été orienté sur la bonne chronique. Je me permets donc de le reproduire ici.
« Concernant les réfugiés espagnols, je n’ai pas le temps de tout lire en ce moment.
Ce que je sais, c’est qu’une fois libérés des camps, la misère a continuée.
Je parle du parrain de mon mari, mais ils ont dû être nombreux dans ce cas d’après ses dires.
Trouver du travail était très difficile. Les paysans embauchaient sous conditions, il fallait un ou plusieurs certificats de bonne moralité établi principalement par les curés. Ce qui induit qu’il fallait être catho. Logés dans des réduits sur de la terre battue, des journée de travail à n’en plus finir etc payés au lance pierre puisqu' »hébergés » et sois disant nourris. J’ai également un document qui dit que en cas de désambauche, on vire les étrangers en premier. »

François Says:

21 janvier 2010 at 20:10.

La France n’a pas l’exclusivité de ce genre de camps, ni des pertes de mémoire qui y sont associées. Une série de camps d’internement viennent d’être « redécouverts » aux alentours de Zürich. Anne Cunéo en a fait une excellent chronique: http://www.cuk.ch/articles/4445

Paul Says:

21 janvier 2010 at 20:22.

@ François – Je confirme tes propos : j’ai lu cet article d’Anne Cunéo et il est effectivement très instructif sur le comportement de la Suisse à l’égard des réfugiés pendant la même période.

Paul Says:

24 janvier 2010 at 08:56.

J’ai reçu ce commentaire par courriel de la part des Giménologues. Il me parait très intéressant car il corrige ou analyse une ou deux approximations de mon article. Avec leur accord, j’en publie donc des extraits, ainsi que mon propre commentaire.
« nous allons mettre en lien sur notre site votre deuxième texte sur Arandon. Bravo pour les photos
Je me permets de vous demander où vous avez trouvé la date du 31 janvier 39 dans le passage suivant : « Bien qu’il ne soit absolument pas prévu pour cet usage, plus de deux mille réfugiés espagnols transférés depuis les camps situés vers la frontière, y sont enfermés depuis le 31 janvier » car aux archives, la lettre au préfet du 2 février 39 parle de réfugiés « arrivés par train en gare de Grenoble à 1h45 du matin ».»

Il s’agit d’une erreur de ma part, mauvaise interprétation d’un document photocopié. Merci de l’avoir rectifiée.
« Autre commentaire, quand vous écrivez : « On sait par exemple que les internés d’Arandon étaient majoritairement originaires du Pays Basque » ; le recensement effectué par les autorités iséroises, tel qu’il apparaît dans le rapport du Commissaire spécial au préfet du 25 mars 39, donnait le chiffre de 1429 Basques et de 741 Catalans; mais cela ne veut pas dire grand chose sur l’origine des réfugiés car ces derniers ne pouvaient choisir qu’entre ces deux « catégories » qui n’avaient pour but que de canaliser les rapatriés vers les deux endroits ouverts de la frontière.
Nous avons trouvé aux archives d’autres documents relatifs aux réfugiés de l’Isère et aux convois vers l’Espagne et nous mettrons tout cela en forme dès que possible. On vous tient au courant»

D’après les documents de la préfecture, les réfugiés sont effectivement « majoritairement » basques. D’où l’importance d’avoir d’autres sources que les documents administratifs. Votre remarque me rappelle un passage lu justement dans un ouvrage rédigé par un réfugié (ou son fils ?) qui expliquait que les Espagnols étaient qualifiés de Catalans ou de Basques en fonction de la localisation des camps dont ils provenaient dans le Sud ou le Sud-Ouest de la France. Ceux qui provenaient de la frontière côté Perpignan étaient catalogués « Catalans » et ceux qui arrivaient côté Bayonne avaient droit à l’étiquette « Basque ». On voit le sérieux de ce travail de renseignement et surtout le peu de considération porté par certains responsables administratifs zélés à ces personnes.

Merci en tout cas pour votre intervention et pour les précisions apportées.

Bill d'isere Says:

24 mars 2012 at 09:40.

Natif de la région et amoureux de ces terres, je connaissais un peu l’existence de ce camp. J’avais même lu quelque part sur le web un article basé sur des documents d’époque décrivant « une grève » dans le camp. Le Préfet fut obligé d’améliorer les conditions de détention… Malheureusement, je n’ai pas gardé les réferences de cet article.

Je voulais aussi témoigner d’un bout de mon histoire familliale. Mes grand parents, paysans près de Crémieu avaient prit la décision d’embaucher un réfugié Espagnol venant sans doute de Rivesaltes (ma Grand Ma’ ne se souvenait plus trés bien, mais il venait « du sud »). Lorsque ce brave homme, bon travailleur de surcroit, reçu l’ordre de rejoindre un camp, puisque notre République le jugeait subitement dangereux, mes grand-parents décidèrent, en accord avec lui, qu’il n’irai pas !

Il passa le reste de la guerre caché dans la crèche des vaches, situation certe inconfortable mais probablement salutaire.

Mais comme dans cette famille, il est de tradition de ne pas faire de discrimination, mes aieux prirent aussi, dans cette crèche, un juif Lyonnais et un jeune réfractaire au STO…

Malgré une dénonciation en bonne est due forme d’un adorable voisin bien intentionné, les « boches » ne trouvèrent jamais les invités.

Malheureusement, le monsieur juif voulut retourner sur Lyon pour aller chez son dentiste personnel. Il fut alors prit par hasard dans une râfle parmis tant d’autres ! Visiblement, il garda pour lui le secret de sa résidence, sauvant sans doute la vie à tout le monde dans cette ferme du dauphiné.

Puis, un beau jour, ce fut la paix qui vint cueillir tout ce petit monde un beau matin !

Le réfugié espagnol reparti vers d’autres cieux, nous n’avons plus jamais rein su de lui… Tandis que le jeune réfractaire s’engageat dans l’armée de libération. Chaque année, pour « la noël », il passait voir ma grand mére pour lui offrir un cadeau. Il est malheureusement plus de ce monde aujourd’hui. Mais jamais il n’a manqué ce rendez-vous.

Il a, aussi, fait le nécéssaire pour proposer que ma Grand’ma soit élevée un rang « des justes ». Mère grand a piquée une colère noire en disant qu’elle n’avait pas fait ça pour ça et que ce n’était pas à elle d’expliquer publiquement son choix mais plutot à ceux qui ne l’ont pas fait !

Ma grand mère est décédée en 1996, emportant avec elle tout les détails d’une histoire extroaridaire qu’elle, pourtant, qualifiait de banale, puisque dans ses croyances profondes, il ne s’agissait que de faire son devoir…

Même si mes croyances et mes engagements politiques sont différents des siens, mes convictions sur la nature humaine et les devoirs de chacun sont identique… Et j’espère chaque jours à ne jamais avoir à les mettre en oeuvre, comme elle l’a fait.

En tout cas, merci Paul pour cet éclairage sur l’histoire des hommes dans un petit coin du Dauphiné !

J’essayerai d’aller faire quelques photos des bâtiments d’Arandon…

Bill d'isere Says:

24 mars 2012 at 09:58.

J’ai retrouvé le trés intéressant article faisant référence au camp d’Arandon:

http://grenoble.indymedia.org/IMG/pdf/Cette_insubordination_qui_ne_vient_pas-9.pdf

Paul Says:

25 mars 2012 at 08:55.

@ Bill – Merci pour ce commentaire précieux complétant mes chroniques sur le camp d’Arandon. Le dossier reste ouvert et je récupère, de temps à autre, de nouvelles informations. Je ferai sans doute une mise à jour quand cela s’avèrera nécessaire. La mémoire « officielle » est très sélective et elle a le don de mettre en avant certains faits « glorieux » et d’en occulter de nombreux autres jugés encombrants. Le rôle joué par les résistants espagnols a été considérable dans tous les maquis, et leur apport au redressement de notre économie nationale après la guerre a été considérable aussi. Par dessus tout, je crois qu’ils ont surtout ouvert une porte et montré – malgré leur défaite – qu’une autre société pouvait se mettre en place et que d’autres lois économiques pouvaient régir notre fonctionnement économique. Se rappeler cela est important dans notre monde actuel où l’on s’acharne à nous montrer que la voie choisie par certains pour leur bien être est la seule voie possible et que « leur » avenir est « inéluctable » comme ils savent si bien le marteler !

christèle joly Says:

13 mai 2014 at 14:35.

Bonjour. Je fais des recherches sur les camps d’internements de l’Isère et suis à la recherche de photographies des lieux ayant servi de centres de rassemblement pour étrangers. Pourriez-vous me dire où vous vous êtes procuré la carte postale ancienne de l’usine Vialle d’Arandon. Merci

Paul Says:

13 mai 2014 at 20:40.

@ Christèle – Merci pour votre intérêt. Pour moi c’est un dossier qui reste ouvert en l’attente de nouvelles informations. Le site n’est plus du tout accessible au public car il sert d’entrepôt pour des déchets industriels dangereux et son « utilisateur » actuel n’apprécie guère les visiteurs.
Quant à la carte postale, elle provient de la collection familiale. Compte-tenu de la date à laquelle a été prise la photo, elle est dans le domaine public en principe. Nul ne s’est en tout cas plaint de sa reproduction dans ces colonnes.

Robert Says:

15 janvier 2016 at 11:41.

En fouillant dans nos archives et cherchant des éléments concernant une photo datant de 1939 du camp d’internement d’Arandon je suis tombé par hasard sur votre site. Je voudrais apporter une précision que vous connaissez peut-être, sur la Résistance qui prit corps en 1941 dans le canton de Morestel et qui aboutira plus tard à la formation du Maquis d’Ambléon dans lequel des Espagnols du camp d’Arandon sont venus rejoindre les rangs et participèrent pleinement à la libération totale de la région du joug nazi : de Bourgoin entre autres jusqu’à Lyon.
Le Maquis d’Ambléon, qui restera rattaché au Secteur 7 de l’Armée Secrète, reconnu comme appartenant aux F.F.I. de l’Isère et ayant combattu effectivement du 10 septembre 1943 au 2 septembre 1944.
Bien cordialement.

Paul Says:

15 janvier 2016 at 13:29.

@ Robert – Je vous remercie beaucoup pour toutes ces précisions intéressantes. J’ignorai effectivement que des Républicains espagnols aient participé au maquis d’Ambléon. Je le savais pour les maquis des Glières et pour le Vercors, mais je n’avais pas d’information sur le plan plus local. J’ai déjà publié deux chroniques dans mon blog sur Arandon et j’ai poursuivi mes recherches dans plusieurs directions : le camp d’internement de St Savin, entre autres, pour lequel j’ai trouvé très peu d’éléments et celui du Chambaran pour lequel il y a plus de données. La participation des Espagnols aux maquis m’intéressant grandement, je pense que je vais chercher également dans la direction du maquis d’Ambléon…

Christèle Joly-Origlio Says:

26 septembre 2016 at 13:44.

Bonjour, Je me permets de vous transmettre un lien vers un site que je viens de terminer sur des recherches effectuées sur l’internement dans le département de l’Isère. Vous pouvez le diffuser sur votre site si vous le souhaitez.
Merci http://internementisere.jimdo.com/

Paul Says:

26 septembre 2016 at 16:14.

@ Christèle Joly-Origlio – Je vous remercie pour votre commentaire, ainsi que pour le travail de recherche documentaire effectué. Ce lien intéressera certainement ceux qui ont parcouru ma chronique. Une démarche est envisagée pour qu’une plaque commémorative soit apposée à l’entrée du site. Ce ne sera pas chose facile, mais cela me paraît important.

Alice Says:

24 mars 2017 at 17:02.

Bonjour,
nouvelle dans la région, je sais tout de même que ma grand-mère espagnole était passée par Grenoble lors de la fuite de sa famille d’Espagne. Je tombe par hasard sur le nom que j’avais oublié du village dans lequel ma grand-mère, sa mère et ses frères et soeurs ont passé quelque temps : Arandon. Et sur votre site… jamais je n’avais eue idée que cette « détention » avait été à ce point cet enfermement indigne que vous décrivez, j’en ai les larmes aux yeux. Ma pauvre mamie, quelle souffrance…

Paul Says:

24 mars 2017 at 17:20.

@ Alice – Merci pour ce message émouvant. Je continue à suivre (même si c’est de loin) cette affaire d’Arandon. J’espère que l’on obtiendra un jour – au minimum – la pose d’une plaque « souvenir ». Rien, sur le site, ne permet de savoir à quel usage il a servi (autre qu’industriel) et c’est vraiment scandaleux ; même si les plaques commémoratives ne sont qu’un emplâtre sur une jambe de bois. Je reste à votre disposition si vous souhaitez d’autres informations ou des contacts ; je sais que d’autres personnes sont intéressées par cette question.

Alice Says:

24 mars 2017 at 21:22.

Merci Paul.
Est-ce qu’il y a une initiative dans ce sens ? Quel est le contact ? Merci de vos informations.
Ma grand-mère, enfant, est arrivée en France à pieds avec sa mère et ses frère et soeur. Ils ont passé plusieurs semaines sur la plage d’Argelès (comme la famille Cantona) puis ils se sont retrouvés place Paul Mistral à Grenoble, puis à Arandon. Mais ma grand-mère parlait peu de ce temps. Je savais qu’ils avaient été en camp d’internement, mais pas que c’était à ce point une prison insalubre, qu’ils étaient traités comme des ennemis… je suis bouleversée. Et en même temps, ma grand-mère aimait la France, elle était fière d’être française même si elle avait conservé un accent. Merci Paul pour cet article.

Paul Says:

29 mars 2017 at 08:58.

@ Alice – Aucune initiative officielle pour l’heure, seulement un contact avec la DRAC. Dans ce domaine les choses n’avancent pas vite !

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