14 mai 2016

Virgilia D’Andrea, poétesse, syndicaliste anarchiste, militante antifasciste

Posté par Paul dans la catégorie : Histoire locale, nationale, internationale : pages de mémoire; Portraits d'artistes, de militantes et militants libertaires d'ici et d'ailleurs .

Virgilia D'andrea Ce 12 mai 2016, on commémorait l’anniversaire de la mort d’une grande dame italienne de la lutte antifasciste mais aussi poétesse de talent : Virgilia D’Andrea. Cette militante féministe et anarchiste disparait le 12 mai 1933 à New York. Elle n’est âgée que de 44 ans. Elle a résisté à la montée du fascisme en Italie, mais pas au cancer qui lui ôte son énergie vitale. Cette date anniversaire m’a donné envie de remettre en chantier une chronique que j’avais commencée il y a quelques temps. Elle ne sera pas publiée le 12 mai, mais la précision des commémorations n’a pas grande importance !
Tout comme le Britannique Albert Meltzer dont j’ai raconté la vie mouvementée il y a quelques temps, Virgilia D’Andrea est peu connue en France. Les compagnons anarchistes évoquent fréquemment la mémoire de militantes de stature internationale comme Federica Montseny (Espagnole), Emma Goldman (Américaine) ou Voltairine de Cleyre (très en vogue depuis quelques années). Noë Ito, Rose Pesotta ou Mollie Steimer, dont j’ai évoqué la vie à l’occasion dans ces colonnes, sont beaucoup moins connues. En ce qui concerne Virgilia D’Andrea, il est probable que la notoriété de son compagnon, Armando Borghi, l’ait quelque peu reléguée au second plan. L’histoire de sa vie nous montre pourtant qu’il n’en est rien et qu’elle a joué un rôle clé, dans les années 30, au sein du mouvement italien d’opposition au fascisme. Quant aux amateurs de poétesses italiennes disparues, ils ne sont pas assez nombreux, en France, pour constituer un cercle ! Son œuvre majeure, « Tormento », est publiée en 1922. Elle n’aura guère le temps de publier beaucoup d’autres ouvrages mais le besoin d’écrire de la poésie est une constante tout au long de sa brève existence. Elle consacre l’essentiel de son temps aux luttes syndicales et antifascistes. A l’heure où la bête immonde relève la tête dans bien des pays, il n’est peut-être pas totalement inutile de se rappeler la période sombre des années 1920/1930.

Tormento Virgilia est née le 11 février 1888 dans une petite bourgade tranquille des Abruzzes, Sulmona, en Italie. Sans être riche, sa famille possède suffisamment de biens pour que la jeune fille puisse espérer une vie tranquille. Ce ne sera pas le cas. Alors qu’elle est âgée d’à peine six ans, une série d’événements dramatiques viennent perturber le cours de son existence. En l’espace de quelques mois, sa mère, un de ses frères et son père décèdent. Les circonstances de ces décès sont plutôt singulières. Le père, par exemple, est assassiné par l’amant de sa seconde épouse… L’un de ses frères est aussi éliminé à cette occasion. Virgilia, devenue orpheline, est placée dans un couvent catholique. Sa première confrontation avec l’anarchisme date de 1900. Les religieuses du couvent forcent les jeunes pensionnaires à prier pour le repos de l’âme du roi Umberto I, assassiné par un anarchiste, Gaetano Bresci. Elle qui a été confrontée si jeune à la violence s’interroge sur les raisons de l’acte commis par Bresci, cet homme que les nonnes qualifient de « fou » et de « criminel ». Son esprit critique va se développer peu à peu. La discipline de l’institution religieuse y est pour quelque chose : pour lutter contre l’ennui, Virgilia passe l’essentiel de son temps à lire. Elle dévore tous les titres et tous les auteurs que la bibliothèque du couvent met à sa disposition. Durant cette période, la jeune fille est solitaire et elle a peu de relations avec ses coreligionnaires dont elle ne supporte pas les « caprices ». La disparition de son père l’a profondément marquée et l’on ne sait pas grand chose des relations qu’elle entretient avec son frère survivant. Elle s’interroge sur l’état du monde et cherche à comprendre l’origine des nombreuses imperfections qu’elle découvre peu à peu. En 1909, elle quitte l’institution religieuse avec un diplôme d’institutrice. Elle exerce son métier avec passion dans les bourgades des alentours de Sulmona. Elle apprécie le calme et la solitude de ces villages de montagne.

Abruzzes 1915 tremblement terre Deux événements majeurs vont se charger de renforcer les critiques qu’elle formule à l’égard de la société et de la classe dirigeante qui la gouverne et vont marquer un second tournant dans sa vie. Il s’agit du violent séisme qui survient en 1915 dans sa région natale, les Abruzzes et, peu de temps après, de l’entrée en guerre de son pays contre l’Autriche-Hongrie. Le tremblement de terre de 1915 dans les Abruzzes cause d’importants dégâts. Dans la ville d’Avezzano où elle enseigne à des enfants de familles pauvres, plus de dix mille personnes, surtout des femmes et des enfants, sont mortes enterrées sous les décombres des maisons, et des milliers d’autres sont blessées plus ou moins gravement. L’incapacité totale du gouvernement à gérer cette crise et à soulager les souffrances de la population renforce son opinion sur la duplicité et le cynisme de la classe dirigeante. Le gouvernement trahit le peuple qui l’a élu, à la première occasion… Son opposition à l’entrée en guerre de l’Italie l’amène très vite à rejoindre le courant pacifiste et antimilitariste qui se développe dans l’opinion. Elle explique tout ce processus d’évolution de ses idées dans le dernier livre qui est publié juste après sa mort : un recueil d’articles de presse intitulé « Torce nella notte » (Torches dans la nuit). Son engagement politique et syndical prend une place prépondérante dans sa vie. Elle participe en 1917 à une réunion clandestine pour constituer l’U.S.I., formation anarcho-syndicaliste qui va représenter une fraction non négligeable de la classe ouvrière. A cette occasion elle fait connaissance de deux personnages qui joueront un rôle essentiel dans la suite de son existence, deux militants anarchistes connus, Armando Borghi et Errico Malatesta. Borghi deviendra son compagnon pour la vie entière et Malatesta l’un de ses « maîtres à penser » en matière de théorie politique. Le lien avec Malatesta est si fort que le militant anarchiste se charge d’écrire la préface de son premier ouvrage de poésie, « Tormento », en 1922. Virgilia fait partie des comités élus qui vont prendre en charge le fonctionnement de l’U.S.I. Elle publie de nombreux articles dans la presse du syndicat. A partir de ce moment, la police italienne va suivre à la trace le moindre des déplacements de la jeune femme. Pour essayer de limiter son action, elle est assignée à résidence à la fin de la guerre.

mussolini  Les années qui suivent la fin de la guerre en Italie sont marquées par une agitation sociale intense : occupations d’usines, grèves de longue durée, manifestations. Dès 1919, Borghi et D’Andrea reprennent leur activité militante. Les espoirs de changement sont nombreux au sein de la classe ouvrière, mais c’est compter sans la violente réaction de la bourgeoisie et la trahison d’une partie de la Gauche qui va se laisser entrainer par les « chemises noires » de Mussolini. L’ex-dirigeant socialiste tourne sa veste et prend la tête d’un mouvement dont l’objectif principal est la reprise en mains de l’Italie et l’établissement d’une dictature pour éliminer tous ceux qu’il considère comme des traitres. A peine sortie de la prison où la police l’a enfermée en octobre 1920 pour quelques mois, Virgilia est confrontée à une vague répressive beaucoup plus brutale. La période « rouge » de l’histoire italienne va se terminer dans le sang. Mussolini prend le pouvoir en octobre 1922. De nombreux militants sont emprisonnés ou assassinés. Virgilia d’Andrea occupe une place trop importante dans le mouvement révolutionnaire pour échapper longtemps aux sbires du pouvoir. Il ne lui reste qu’une solution : l’exil. Elle quitte son pays natal pour Berlin en décembre 1922 puis Paris après une année difficile en Allemagne.

« I fascisti sanno di nulla rischiare…
e sono tanto più feroci quanto
più sono vili;
e tanto più vili quanto più si accorgono
che gli attaccati minacciano di risorgere. »

« Les fascistes savent qu’ils ne risquent rien
et plus ils sont lâches
plus ils sont féroces ;
ils deviennent plus lâches encore  s’ils se rendent compte
que ceux qui ont été attaqués menacent de se relever. »

Virgilia_D'Andrea2 Choisir l’exil ne veut pas dire renoncer à ses idées ; bien au contraire. Virgilia s’installe à Paris avec Armando Borghi. Les deux amants s’intègrent à l’importante communauté des réfugiés politiques italiens regroupant des militants de tous les courants de la Gauche. Les anarchistes sont nombreux et particulièrement actifs. Virgilia et Armando publient un journal culturel « Veglia » et s’impliquent activement dans la lutte antifasciste en n’omettant pas de dénoncer, le plus vigoureusement possible, la moindre des actions du nouveau gouvernement mussolinien. Dans ses poèmes, Virgilia parle de la classe ouvrière, de sa lutte pour l’émancipation, de la société nouvelle à construire. Pour elle, l’écriture est une arme pour combattre la bourgeoisie et le fascisme, mais ses textes sont tout en finesse et chargés d’émotion. Ce ne sont pas des manifestes pompiers. La jeune femme laisse parler son cœur et exprime son émotion et sa tendresse. Voici ce qu’écrit Malatesta dans son introduction à « Torrento » : « Elle se sert de la littérature comme d’une arme ; dans le cœur de la bataille, au sein d’une foule, dans le visage de l’ennemi, au fond d’une cellule de prison sombre […] elle lance ses vers comme un défi au tyran, une incitation à la paresse, ou un encouragement à d’autres combattants. »

Borghi Plus la voix des deux rebelles se fait entendre, plus nombreuses sont les pressions pour les faire taire. Les fascistes tentent de neutraliser leurs opposants par tous les moyens : intimidation, pressions sur le gouvernement français, élimination pure et simple. Les nervis rôdent et attendent la bonne occasion. La peur domine à nouveau et le couple décide de migrer aux Etats-Unis. Virgilia est malade et ne dispose que de peu de ressources. Les compagnons se mobilisent et collectent des fonds pour financer leur traversée de l’océan. Pendant toutes ces années, Virgilia D’Andrea s’implique aussi à fond dans la campagne de soutien à Sacco et Vanzetti. Elle écrit des articles et des poèmes à leur sujet. Deux de ces derniers sont publiés dans son deuxième livre « L’ora di marmaldo », publié en France puis réédité à New York. Elle dénonce la répression acharnée dont ses deux compatriotes sont victimes. Traître, le gouvernement bourgeois italien qui est responsable de leur exil tant les conditions de vie des travailleurs sont misérables ; traître, le gouvernement US qui promet monts et merveilles aux immigrants mais qui est en réalité raciste et soutient les patrons exploiteurs. Depuis l’enfance, cette notion de « trahison » l’obsède…

ladunatadeirefrattari Armando Borghi quitte la France le premier, fin 1926. Après un bref transit au Québec, il obtient un visa touristique et s’installe à Brooklyn. Sitôt arrivé, il s’implique dans une série de conférences pour réhabiliter la mémoire de Sacco et Vanzetti et dénoncer les méfaits du fascisme en Italie. Il est arrêté et menacé d’expulsion. Lorsque Virgilia arrive à son tour, il est à Ellis Island attendant son embarquement. Elle aussi transite par le Canada ; elle a obtenu son visa américain en faisant fi de ses convictions et en épousant un compagnon anarchiste du New Jersey. Malgré les pressions de l’ambassade italienne, le gouvernement US ne s’oppose pas à son entrée sur le territoire : ayant épousé un citoyen américain, elle bénéficie automatiquement du droit de résidence. Dès son arrivée à Brooklyn, elle rejoint Borghi dont elle a réussi à bloquer l’extradition. Tous deux sont fort bien accueillis dans la communauté anarchiste italienne de Brooklyn. Virgilia reprend son travail de militante antifasciste et se joint à Borghi pour une vaste tournée de conférences auprès des ouvriers immigrés dans différents états. Lors de ses prises de parole elle développe les idées force de l’anarchisme, s’en prend à l’église, responsable de l’aliénation des opprimés, et dénonce le « patriotisme » ennemi de l’internationalisme. Sa façon de percevoir la révolution et la mise en place d’une société libertaire est proche des idées de son compatriote Malatesta. Selon les services de surveillance US, les deux propagandistes se rendent (entre autres) en Floride, Louisiane, Pennsylvanie, Illinois… en effectuant plusieurs circuits successifs. Son éloquence séduit les foules et des centaines de personnes assistent à ses conférences. Virgilia écrit aussi des articles virulents dans le journal « l’Adunata dei Refrattari » (le rassemblement des réfractaires) journal italien destiné aux exilés.

via-virgilia-dandrea Tout ce travail lui demande une énergie considérable qu’elle a bien de la peine à mobiliser. Son cancer se développe et l’affaiblit ; elle traverse de longs moments de dépression auxquels succèdent des regains d’énergie et d’enthousiasme. La menace permanente d’expulsion n’arrange pas non plus la situation. L’ambassade italienne ne reste pas inactive ! La maladie prend le dessus et terrasse cette combattante indomptable. Fin 1932, elle apprend le décès en Italie de son ami Malatesta et cette nouvelle l’affecte profondément. Suite à une grave hémorragie, elle est admise à l’hôpital. Lorsqu’elle en sort, sa santé semble meilleure, mais cela ne dure pas. Elle est hospitalisée à nouveau début mai 1933 et subit une seconde opération chirurgicale qui ne fait que prolonger son agonie. Son cancer est enfin diagnostiqué. Elle meurt le 12 mai 1933 après avoir terriblement souffert. Emme est inhumée au cimetière Astoria à New York en présence de nombreux compagnons de lutte. Elle ne reverra donc jamais son pays natal mais ne connaitra pas non plus la mainmise fasciste sur une grande partie de l’Europe. Armando Borghi est très éprouvé par cette disparition. La relation qui unissait ces deux grandes personnalités était très intense. En 1937, Borghi se rend en Espagne et rejoint son fils qui se bat au côté des anarchistes contre les fascistes, dans les Brigades Internationales. En 1944 il cherche à rejoindre les maquisards anarchistes italiens qui se battent pour libérer leur pays, mais il n’obtiendra pas à temps les papiers nécessaires de la part de l’administration US. La vie de lutte continue, mais les perspectives sont bien sombres… Virgilia, quant à elle, aura droit à une plaque de rue dans sa ville natale, mais visiblement, les responsables de la communication de cette charmante bourgade ignorent à la fois son prénom exact et le rôle déterminant qu’elle a joué dans le mouvement libertaire antifasciste… (cette dernière photo provient du site report age).

Sources documentaires :
• « Dizionario degli anarchici abruzzesi » (Italien)
• divers articles sur « A Rivista » (Italien)
• sur le site « Projet Muse », Betrayal, Vengeance, and the Anarchist Ideal ; Virgilia D’Andrea’s Radical Antifascism in (American) Exile, 1928–1933 (Anglais)
• derive verso la libertà : « Virgilia D’Andrea, maestra, poetessa, anarchica » (en Italien).

6 Comments so far...

Rem* Says:

14 mai 2016 at 20:34.

Merci de me faire découvrir cette femme si courageuse…
Une remarque, certes très secondaire ici :
pour ma part (celle d’Andrée Chédid aussi!) je réfute le mot « poétesse » qui n’est guère… poétique : ma compagne genevoise libertaire, morte aussi d’un cancer sournois, s’amusait à se présenter ainsi : « Je suis poétesse-suissesse-à-gentillesses ou bien poète-helvète-experte-en-anarchie-d’être! »

marcel Says:

31 octobre 2016 at 15:39.

la censure de précisions qui avaient été adressées ici en dit long sur la… déontologie, des gens qui sur Internet se disent anarchistes

Paul Says:

31 octobre 2016 at 15:57.

@ Marcel – La « censure » ? Désolé Marcel, mais je ne pratique pas sauf en cas d’attaques personnelles ou de messages insultants. Par contre, il y a un problème récurrent, c’est celui des spams. Je suis obligé de recourir à un filtrage automatique, car j’en ai reçu jusqu’à cent par jour (actuellement cela stagne à une trentaine) : messages pour vendre du viagra ou proposer des liens pornographiques; Le problème du « robot » c’est qu’il vire fréquemment comme indésirables des commentaires contenant des liens. Plusieurs commentateurs réguliers de ce blog en ont fait les frais sans hurler à l’étrangleur. Certes j’ai un contrôle sur les messages qui sont détruits, mais quand il y en a vraiment beaucoup, je ne vérifie pas tout (ce que je fais pourtant en ce moment car il y a eu plusieurs accidents).
Bien au contraire, j’ai été déçu par le peu de réactions au billet sur Virgilia d’Andréa, et j’aurais été ravi qu’il soit complété par d’autres impressions, d’autres informations. Je suppose que si je vous demande de revoir la copie vous allez m’envoyer me faire voir ailleurs (!), ce que je comprendrais, mais ne hurlez pas à la censure à la première anicroche, certains lecteurs du blog depuis la première heure seraient plutôt étonnés. Va-t-il falloir créer un label « anarchiste estampillé », comme pour l’agriculture bio, pour pouvoir revendiquer une sensibilité très claire à certaines idées. Je crains que, vu l’ambiance confraternelle régnant entre certaines fractions du mouvement libertaire français,je n’obtienne pas le label universel.
Sans rancune.

marcel Says:

6 novembre 2016 at 17:18.

vous n’êtes qu’un sale petit menteur : vous venez encore de censurer sans « aucune » raison un commentaire -on l’a eu sous les yeux

Paul Says:

8 novembre 2016 at 22:13.

J’ai reçu le commentaire concernant la chronique sur Virgilia d’Andrea par mail, accompagné d’une lettre d’une agressivité non justifiée. Je reproduis le commentaire ci-après, mais pas la lettre. La discussion est close.

« Bonjour. Quelques précisions, car je travaille sur ‘L’Adunata dei Refrattari’ et les camarades qui en furent proches.
1) lorsqu’ils partirent pour Berlin en décembre 1922 Virgilia et Borghi n’avaient pas « choisi l’exil ». Et d’une manière générale les militants d’un certain renom répugnaient à ce choix, soit, s’agissant de sauver ce qui pouvait encore l’être, soit encore, dans le cas personnel de Malatesta parce qu’ils craignaient d’être « trop éloignés du peuple » en cas de retour après un exil prolongé. Mais comme ici rappelé ils n’eurent guère le choix. En effet alors qu’ils étaient au Jour de l’An à Berlin pour le congrès de l’AIT (avec Rocker etc.) ils apprirent qu’un mandat d’arrêt les attendait au retour en Italie, et ils ne rentrèrent pas.
2) Borghi n’avait pas quitté la France « le premier », en octobre 1926 -il l’avait quittée seul, pour sa tournée de propagande, en pleine campagne de défense de Sacco et Vanzetti (qu’il rencontra en prison) ; et il n’était pas question pour le couple de quitter Paris, ville où séjourner fut pour eux -même exilés- comme un rêve. La suite vaut d’être rappelée, car elle est peu connue en France. Ce qui empêcha Borghi de quitter le territoire US fut la confiscation de son passeport par un diplomate du consulat fasciste à Boston ; lequel put alors le dénoncer aux autorités US comme anarchiste, illégal, etc. Mais, vu qu’il était maintenant privé de passeport : l’expulsion, bon moyen de rentrer au plus vite à Paris retrouver Virgilia, l’arrangeait parfaitement… Donc il confirma tout ce que le FBI voulait, admit volontiers être l’auteur d’un article saluant le vol transatlantique de Lindbergh et qui était brandi à preuve de son athéisme (ben oui, il avait écrit que « dieu » n’est plus seul dans le ciel…) et aurait aussi bien avoué avoir cassé le vase de Soissons. Ayant obtenu satisfaction il passa donc au consulat fasciste à New-York déposer sa photo pour le titre de provisoire de transport mais prit le temps de le lire et s’aperçut qu’était écrit : Foglio di via. Cette expression, qui en français se traduit par feuille de route, désigne en italien… le document par lequel une autorité remet un détenu à une autre. Le but du jeu était que sitôt que le bateau (italien avec escale en France) aurait quitté les eaux territoriales le passager Borghi se retrouve les fers aux mains et soit remis à l’arrivée… en Italie fasciste -et non en France comme prévu. Bref, comme l’indique l’article : menacé d’EXPULSION il était maintenant en voie d’EXTRADITION. Ayant repéré la ficelle il informa à voie basse son avocat qui lui intima : « prenez, ce qu’on vous présente ». Et ce fut ainsi qu’au moment de l’embarquement les autorités US, qui étaient alors comme cul et chemise avec l’Italie fasciste et le restèrent jusqu’à Pearl Harbor, eurent la très désagréable surprise de voir Isaac Schorr (l’avocat), assisté d’un traducteur assermenté, dévoiler et empêcher la manoeuvre.
3) le recueil de Virgilia « L’ora di marmaldo » ne fut pas initialement publié en France (où pourtant elle se trouvait en 1925) pour autant que je sache mais à New-York. Ce n’est qu’à moitié suprenant quand on sait qu’aux Etats-Unis toute la tradition ouvrière, avec Joe Hill et autres, se nourrit de poèmes, ballades, etc., tandis qu’en France (à quelques exceptions près comme Déjacque au dix-neuvième siècle) la poésie est rarement considérée comme un élément à part entière de la lutte sociale. A quoi on peut ajouter qu’aux Etats-Unis Virgilia gardait intacte l’image de poétesse de l’Anarchie, surnom que lui avait donné Malatesta en 1922, tandis qu’en France elle avait été inévitablement associée dans l’exil aux polémiques qui sont le lot de la presse militante, voire associée à l’image réductrice de « compagne de Borghi ».

PS. en aucune façon Borghi ne se rendit en 1937 en Espagne, comme déjà le raisonnement le suggère (il ne serait pas ensuite revenu aux Etats-Unis), et pour des raisons de fond qu’il a rappelées. Cette erreur fréquente semble avoir pour origine un de ces « bruits » qui inondent les archives fascistes… « 

marcel Says:

9 novembre 2016 at 12:56.

… allons allons, Paul : tu vas quand même pas nous quitter comme ça, sans nous donner le nom de l’auteur du commentaire ?

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