3 juin 2016

Bénies soient les inondations, mais aussi le tennis et le mondial de foot…

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Vive la Politique .

TV C’est du pain bénit pour les services de propagande qui tiennent lieu de médias d’information. Messieurs Pujadas et consorts peuvent enfin reléguer à l’arrière plan tous ces sujets sociaux qui les importunent. Tous debout, nuit et jour, pour installer les personnes âgées dans les canots pneumatiques, pour hurler à chaque balle de match ou pour insulter les supporters de l’équipe milliardaire adverse. Du pain béni je vous dis. Plus aucune raison de parler des cheminots en grève si ce n’est pour les insulter ; inutile de dresser un état des lieux du mouvement social puisque celui-ci, paraît-il, s’effrite. Les salariés, entendant enfin la voix de la raison patronale, votent la fin de la récréation avec des résultats dignes des ex-pays staliniens (96 % pour la reprise à la raffinerie de Donges après avoir fait voter les salariés des sous-traitants, les touristes de passage, les chiens, les chats, les perroquets et une partie des retraités…). Dommage que les CRS, maladroits, commettent quelques bavures sur des journalistes. La solidarité professionnelle jouant, « on » est bien obligés d’évoquer ces quelques dérapages malencontreux. « On » omet de préciser par contre que lors de la même manif, les policiers ont foncé sur les manifestants avec leurs camionnettes. Quant aux collégiens blessés lors de la prise d’assaut de leur collège par une brigade de casseurs en uniforme, eh bien la dépêche a dû être égarée. Dommage ! « On » ne manque pas non plus d’évoquer les « dizaines de milliers d’usagers » privés d’électricité par des grévistes antisociaux. Par contre, on ne parle pas des autres usagers qui paient leur courant tarif heures creuses toute la journée grâce à quelques petites actions bien menées. On ne dit pas non plus qu’ils sont plus d’un million dans ce cas en région parisienne…

article_sapin On n’a pas encore rendu la CGT responsable des inondations (à la télé SUD et la CNT n’existent pas), mais ça va pas tarder. Quand on pense à ces salauds qui se permettent de brûler quelques poubelles alors que le péril « crue de la Seine » menace le cœur de notre pays ! Quand on pense à ces milliers de CRS mobilisés pour écraser la grogne sociale alors qu’ils pourraient aider les pompiers à pousser les barques de sauvetage. Quoique, certains seraient bien capables de noyer les individus au faciès de terroriste ou les hurluberlus porteurs de brassards CGT ou CNT… Au cas où il y aurait des inondations dans la capitale, j’étendrais les mesures de protection aux militants des diverses « nuits debout » en leur offrant, bottes, estrades ou une relocalisation des prises de parole sur le parvis du monument religieux que les ancêtres de Cazeneuve ont érigé en haut de la butte Montmartre. Mais là, je nage en plein délire. De voir toute cette pluie tombée, cela me dilue les neurones.

GRATUIT Combien de temps, les gens vont-ils être encore dupe de ce genre de manipulations dont la grossièreté m’étonne depuis presque 50 ans ? En tout cas, la « berlusconisation » des esprits est très avancée chez nous. Les medias dont on parle sont de plus en plus concentrés entre quelques mains fortunées qui font la pluie et le beau temps dans leurs équipes de rédaction. Les écoles de journalisme se sont chargées du moulage initial (lire François Ruffin à ce sujet), le chantage à l’emploi fait le reste. Quand on voit les moyens journalistiques déployés pour couvrir les dégâts liés à la montée des eaux, on imagine ce qu’aurait pu être la couverture des différentes AG qui se sont répétées ces derniers mois dans une multitude de grandes villes. Mais le sujet n’est pas porteur selon le Ministère de l’Intérieur et même les chaînes qui se vantent de pratiquer une information un peu différente, comme Arte, se sont contentées de véhiculer quelques clichés éculés et d’éviter tout débat de fond (au moins aux heures « ouvrables »). Bénis soient tous ces faits-divers que l’on peut monter en épingle jusqu’à une hauteur qui leur permet d’échapper à toutes les crues. Quand les terroristes ou la nature se calment un peu, il reste encore les événements sportifs de masse pour anesthésier les foules. La grande messe du football approche : l’heure est aux packs de bière et aux pizzas en promotion. Quoi de mieux pour pouvoir éructer en paix devant son téléviseur ? Même les femmes, enfin libérées, s’y mettent. A part la croissance du chiffre d’affaires des brasseries, l’Euro 2016 (ignare que je suis, j’allais écrire « coupe du monde ») a un autre mérite : il permet de légitimer une fois de plus l’état d’urgence et de déployer les CRS qui ne sont pas occupés à matraquer dans les zones stratégiques. On ne sait jamais, si les terroristes faisaient sauter les entrepôts de Kronenbourg ! On craint pour les « fans zones », mais j’avoue ne pas avoir compris de quoi il s’agit.

16 Même le thème des crues printanières pourrait être évoqué de façon plus intelligente. La grande absente de tous ces reportages factuels qui sont diffusés ad nauseam est la question « pourquoi ? » On évoque l’excès de constructions dans les zones inondables, mais pas un mot sur ces centres commerciaux géants qui gangrènent les terres fertiles avec des marées de béton ; pas un mot sur les techniques agricoles conventionnelles qui transforment les terres en toboggans pour l’eau de pluie ; pas un mot sur l’opposition aux idées insensées de nos énarques qui ne rêvent qu’aéroports, autoroutes ou zones de loisir et de commerce dont notre pays est déjà largement pourvu. Jour après jour, de plus en plus de citoyens conscients s’opposent à des projets comme celui de la famille Mulliez en région parisienne : « Europa city », un centre commercial gigantesque à Gonesse dans le val d’Oise : 80 hectares dans le cadre d’un projet d’urbanisation de 280 hectares. Oui mais, Monsieur, grâce à cette réalisation incontournable, les Parisiens pourront faire un tour de ski entre leurs courses à Auchan et leur visite à Kiabi. Quand ils seront terrassés par la fatigue générée par toutes ces activités culturelles, ils pourront choisir l’une des 2700 chambres d’hôtel prévues sur les plans pour se reposer. Comme il s’agit sans doute d’un projet « écolo et durable » de plus, les familles pourront explorer la ferme urbaine qui va être créée pour l’occasion avec de vraies poules et peut-être même de vraies vaches…
Le pire, à mes yeux, c’est que beaucoup de personnes sont sans doute fascinées par cette initiative. Trop de gens ignorent le lien qui existe entre l’agriculture et les produits qu’ils ont dans leur assiette. Un Macdo c’est quand même plus excitant qu’un champ de colza… Il faut reconnaître, à leur décharge, que le chemin est de plus en plus long entre producteur et consommateur lorsque le lait servant à fabriquer le yaourt arrive en éléments séparés d’Europe de l’Est, d’Inde ou même de Chine. On nage en plein délire et une autre inondation nous menace, celle des loisirs organisés qui ne laisseront bientôt plus un seul espace de liberté et d’autonomie à nos cerveaux atrophiés. Déjà qu’avoir le choix entre Carrefour et Leclerc pour transbahuter les containers chinois dans nos chariots, ce n’est pas vraiment ce que j’appellerais « liberté » !

17 On se contente de références répétitives au « changement climatique », mais évoqué de manière si expéditive que cela fait plutôt penser à un rappel de poncif qu’à une quelconque explication pédagogique. Le volume de pluie au printemps sur le centre de la France devrait sans doute augmenter de 5% tous les dix ans au cours de ce siècle. Voilà la seule véritable information (non documentée) que l’on pouvait retirer du journal de France 2 hier au soir. Car, je l’avoue, la pluie me rendait si neurasthénique que j’ai fait un biathlon hier au soir : journal d’ARTE, suivi des batifolages (on ne peut vraiment plus utiliser les termes « journal » ou « infos » dans le cas de cette chaîne) de France 2. C’est clair : je ne recommencerai plus ; si je continue sur cette pente savonneuse, je vais finir par regarder un « vrai » match de foot à la télé, ce qui ne m’est jamais arrivé. Pour être honnête, je dois reconnaître que j’ai « craqué » avant la fin des pantalonnades pujadesques. Je suis allergique au Pujadas comme d’autres le sont au gluten. Pour me faire pardonner, je suis revenu sur le site « l’En-dehors » qui fait vraiment un bon boulot de recensement des événements ayant trait au mouvement social. Contrairement à ce qu’annoncent les croque-mort, celui-ci frétille toujours allègrement. Mon seul regret c’est les sites d’infos alternatives ne s’intéressent pas plus à l’avenir politique de Monsieur Baupin, archiprêtre de l’écologie : j’ai peur que sa carrière politique ne soit compromise. Quand on pense à tous ces héros de l’écologie qui ont failli (pas forcément pour des problèmes de quéquette – un égo démesuré trouve d’autres voies pour s’exprimer) ! Il semblerait que la voie parlementaire soit tout aussi invalidante pour le vert que pour le rouge. Vive les assemblées populaires, l’autogestion des luttes et la démocratie directe !

ACHARNEMENT Quant à la « Feuille Charbinoise » organe représentatif du tout puissant F.A.R.C. (front anarcho-rural cyclothymique – non pardon – charbinois) c’est vrai qu’elle se manifeste peu sur le front largement occupé par ses consœurs et ses confrères. Rassurez-vous, ce n’est qu’un ralentissement saisonnier jardinesque, et non une mort cérébrale annoncée. En tant que leader admiré, homme de main, bonne à tout faire, intellectuel de service, militant de base et crémier, je suis un peu débordé et n’exerce mes maigres talents d’écrivain qu’aux heures encore disponibles. Si encore on était au moins deux aux AG du FARC, la démocratie serait moins directe mais plus palpable. Tandis que là, j’élabore les consignes, je propose une ligne directrice et je transcris tout ça en petits paquets de pixels. Ça manque de débat idéologique au FARC.

Amen.

PS – PS ne signifie pas Gauche Roudoudou mais Post Scriptum. C’est du latin, comme « Amen » ; donc je pense qu’on peut l’employer sans risque. Par contre, je ne savais pas traduire « Bénies soient les illustrations ». Les traductions « Google » en latin sont approximatives je trouve…  L’objet de ce PS c’est de signaler que les illustrations de cette chronique sont aimablement fournies par « La Belette », alias Patrick Mignard. J’espère qu’il ne sera pas vexé que je mette PS avant son PM. D’un autre côté mes initiales perso, je crois bien que c’est PC. Alors…

One Comment so far...

Clopin Says:

3 juin 2016 at 18:51.

T’as raison, Paul, le niveau monte, et pas que celui de l’eau, celui de la connerie aussi ! Ce serait trop long de te citer les exemples qui me viennent à l’esprit et puis ce serait faire double emploi avec les tiens… Si quand même un : les ploucs continuent à arracher les haies de notre bocage et semer du maïs et s’étonnent de voir leurs baraques inondées !

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