26 décembre 2017

Mes dix livres préférés de l’année (2) : florilège de citations

Posté par Paul dans la catégorie : mes lectures .

Après avoir présenté (dans la chronique précédente) ma sélection de dix ouvrages lus cette année et que j’ai fort appréciés, je laisse maintenant la parole aux auteurs et je vous propose un choix de citations. Une chronique « copie-colle » ! Bonnes lectures pour les fêtes.

Les huit montagnes de Paolo Cognetti

«Si l’endroit où tu te baignes dans un fleuve correspond au présent, pensai-je, dans ce cas l’eau qui t’a dépassé, qui continue plus bas et va là où il n’y a plus rien pour toi, c’est le passé. L’avenir, c’est l’eau qui vient d’en haut, avec son lot de dangers et de découvertes. Le passé est en aval, l’avenir en amont. Voilà ce que j’aurais dû répondre à mon père. Quel que soit notre destin, il habite les montagnes au-dessus de nos têtes.»

«Ma mère avait fait du beau travail en vingt ans : partout où je posais les yeux, elle avait laissé sa marque, celle d’une femme qui avait les idées claires sur ce qui rend une maison accueillante. Elle avait toujours adoré les cuillères en bois et les casseroles en cuivre, et détesté les rideaux qui empêchaient de regarder au-dehors. Sur le rebord de sa fenêtre préférée, elle avait mis un bouquet de fleurs séchées dans une cruche, la petite radio qu’elle écoutait à longueur de journée et une photo de moi et Bruno où nous étions assis dos à dos sur une souche de mélèze, sans doute à l’alpage de son oncle, avec nos bras croisés sur le torse et des airs de durs…»

La vie secrète des arbres de Peter Wohlleben

«Une poignée de terre forestière contient plus d’organismes vivants qu’il n’y a d’êtres humains sur Terre.»

«Nous devons veiller à ne pas puiser dans l’écosystème forestier au-delà du nécessaire et nous devons traiter les arbres comme nous traitons les animaux, en leur évitant des souffrances inutiles. L’exploitation du bois doit se faire dans le respect des besoins spécifiques des arbres. Cela signifie qu’ils doivent pouvoir satisfaire leurs besoin d’échange et de communication, qu’ils doivent pouvoir croître dans un véritable climat forestier, sur des sols intacts, et qu’ils doivent pouvoir transmettre leurs connaissances aux générations suivantes.»

Kalawaya – Churla chamane bolivienne de Henry Gougaud

«Nos dieux ne savent pas punir. Ils ignorent ce que ce mot veut dire. Ils ne sont même pas plus grands que nous. Sans notre présence ils n’auraient pas pu venir à l’existence, et sans eux, nous nous serions asséchés comme des ruisseaux privés de source. Si la terre est notre mère, et pour nous cela ne fait aucun doute, elle ne peut que nous aimer, et nous ne pouvons que lui offrir notre constante affection. Elle ne nous donne pas seulement ce qui nous est nécessaire, elle nous donne tout ce qu’elle a, comme font toutes les mères du monde pour leurs enfants (…). En Occident, vous la traitez comme une servante. Pire, comme une esclave. Elle doit travailler et travailler encore sous le fer de vos machines et la puanteur de vos pesticides. Vous la traitez comme les Espagnols nous ont traités.»

«Seulement elle, c’est une femme. Si je vais vivre dans les bois, personne ne me dira rien. Si une femme le fait on la traitera de sorcière. Si je me taisais, quel problème ça ferait ? Je ne serais qu’un homme qui ne parle pas. Une femme qui ne parle plus est forcément à moitié folle.»

 

 Rosa Candida de Auður Ava Olafsdottir

«J’ai tendance à croire que l’homme est, par nature et en gros, bon et honnête si les circonstances le permettent et que les gens s’efforcent généralement de faire de leur mieux.»

«- Combien de temps peut durer une histoire d’amour ? Et une relation sexuelle ? Et le mélange des deux? Est-ce que ça peut durer une vie entière, toute la vie?
– Oui, oui, et comment donc, dit frère Thomas, c’est tout à fait possible. Il y a tant de facettes à l’union d’un homme et d’une femme, que ce n’est pas un tiers qui pourra comprendre ce qui se passe entre eux.»

Quand sort la recluse de Fred Vargas

«Quand il a eu vingt-trois ans, il a massacré le père. Crac, trois coups de hache, il l’a décapité. Et son sexe avec. Je ne sais pas comment on dit « décapiter » pour la verge.»

«D’une puissance physique inégalable et d’une résistance mentale indélogeable, Retancourt apparaissait à Adamsberg comme un arbre de légende : de ceux sur les branches desquels la totalité des agents de la Brigade, perdus à la nuit dans une vaste forêt secouée par la tempête, pourraient se réfugier dans une sécurité définitive. Un chêne celtique.»

«Les êtres remplis d’une si haute idée d’eux mêmes n’ont jamais envisagé de chuter un jour. Quand cela se produit, ces êtres se vident, effarés, impréparés, leur substance s’évapore dans la stupeur de l’échec. Pas de milieu, pas de nuance, pas d’anticipation. Ainsi sont ils.»

Mes amis devenus de Jean Claude Mourlevat

«Nous avons parlé plus de trois heures et écouté de la musique, assis sur le tapis. Le tube de l’année était  » A whiter shade of Pale » du groupe Procol Harum qui commence par l’inoubliable  » we skipped the light fandango-o-o ». Aujourd’hui encore, il suffit que j’entende les trois premières mesures de ce titre, pour me retrouver à seize ans, assis sur ce tapis, le coeur battant, amoureux fou.»

«Tout en elle me tourneboulait, son regard sombre en premier avec son triple effet: brûlure, caresse et noyade, mais aussi ses cheveux noirs dans lesquels j’avais envie de m’enfouir et de m’enfuir.»

«J’étais tombé ami comme on tombe amoureux. Après cela je n’ai plus jamais été seul dans ma vie et cinquante ans plus tard, c’est ce même Jean que j’attends, accoudé à une barrière métallique, sur l’embarcadère du port d’Ouessant, en cet après-midi d’octobre.»

«Je n’en reviens toujours pas de l’incroyable galerie de tordus, de pervers et de sadiques que comptait le personnel de cet internat.»

Dans la forêt de Jean Hegland

«Petit à petit, la forêt que je parcours devient mienne, non parce que je la possède, mais parce que je finis par la connaître. Je la vois différemment maintenant. Je commence à saisir sa diversité – dans la forme des feuilles, l’organisation des pétales, le million de nuances de vert. Je commence à comprendre sa logique et à percevoir son mystère.»

«C’est la première fois que nous voyons autant de lumière le soir depuis que la lampe à pétrole a rendu l’âme en crachotant au printemps dernier. Cela change nos voix, donne à nos mots plus de rondeur et de douceur et de plénitude, avec une pointe de crainte révérencielle. Pures et sans fumée, les flammes oscillent et bondissent comme des danseurs autour de leurs mèches noires et raides, et tout dans la pièce paraît chaud et tendre.»

Liberté belle de Joël Cornuault

«L’apprentissage des langues et de l’histoire, et la sympathie pour des êtres humains différents, vivant dans un contexte différent leurs langues différentes, suffisent à rendre les longs déplacements nécessaires et attirants, spécialement à la saison de la jeunesse. Toutefois contrairement à ce que fait croire la propagande commerciale des Agences Cook de par le monde,  voyager n’a été rendu ni plus facile ni plus épanouissant par les vols intercontinentaux. La possibilité de se déplacer à la surface du globe rapidement et sans risque, du moins officiellement, encourage une insatisfaction de consommateurs de paysages, plutôt qu’un sens profond du plaisir géographique et un développement de la géophilie, c’est à dire l’appétence des hommes pour la beauté immédiate de la terre.»

«Pendant ces quelques jours à Phénix, je vais enfin pouvoir me vêtir comme je l’entends. Lézarder dans le sous-bois avec un pantalon effiloché, adopter une tenue plus naturelle pour fréquenter la campagne, après cette longue période passée dans une tenue de convention. Non que je cherche spécialement à m’avilir en présentant une image corporelle dégradante. Pas plus que je ne communie dans la culture du faux vieux, qui fait revêtir aux adolescents des pantalons préalablement déchirés et décolorés. Simplement, je me sens à l’étroit, dans tous les sens de l’expression, dans des habits de ville destinés sinon à séduire l’autre, sinon à gagner la confiance des passants, du moins à m’éviter les œillades soupçonneuses et les histoires embrouillées avec les voisins. Se vêtir à sa guise est un premier moment de réappropriation. Après cela, on peut se faufiler plus commodément dans les interstices, quand il s’en présente devant ou autour de soi.»

Les vieux fourneaux de Paul Cauuet et Wilfrid Lupano

«Vous êtes inconséquents, rétrogrades, bigots, vous votez à droite, vous avez sacrifié la planète, affamé le tiers-monde !
En quatre-vingts ans, vous avez fait disparaître la quasi-totalité des espèces vivantes, vous avez épuisé les ressources, bouffé tous les poissons ! Il y a cinquante milliards de poulet élevés en batterie chaque année dans le monde, et les gens crèvent de faim !
Historiquement, vous… VOUS ÊTES LA PIRE GENERATION DE L’HISTOIRE DE L’HUMANITE !
Et un malheur n’arrivant jamais seul, vous vivez HYPER vieux !»

«- Tu comptes faire chier le monde encore longtemps ?
– Le plus longtemps possible, oui. Qu’est ce que tu veux faire d’autre ? A nos âges, il n’y a plus guère que le système qu’on peut encore besogner. Du coup, ma libido s’est reportée sur la subversion. C’est ça ou moisir du bulbe.„

Le moine et le singe roi de Olivier Barde-Cabuçon

«- Je ne réclame que l’application de mon droit inaliénable en tant qu’homme à exercer le premier des principes de la liberté.
– A savoir ?
– Se révolter contre la loi lorsqu’elle nous est imposée de force et va à l’encontre de la nature humaine.
– Et quelle est-elle, selon vous, cette nature humaine ?
– Elle est le fondement même du but de notre existence sur terre qui doit être de faire le bien d’autrui et non de soumettre l’autre.
– Vous refusez toute loi et donc tout ordre sur terre ? Mais que feriez-vous sans ordre ?
– Ah, ah ! s’exclama le moine. Je l’attendais ! La loi et l’ordre ! Elle est bien bonne celle-là ! Vous semez la peur du désordre pour nous convaincre de l’utilité de votre présence ! Sachez, monsieur, qu’il y a lois oppressives et lois émancipatrices.
Sartine s’emporta
– Vous n’êtes qu’une force libertaire, un champ confus de liberté, d’indépendance et d’autonomie ! Vous refusez de vous soumettre à nos lois car vous vous estimez au-dessus d’elles. Vous êtes porteur de forces destructrices puériles et aveugles.
– Je dirais plutôt merveilleuses et terribles !
– Des forces sans principe, sans foi ni loi !
– Certes ! Mon idéal est, comme le dirait le grand Thibault, que les hommes se régulent entre-eux sans avoir besoin de divin ou d’absolu. Un jour, ils apprendront à le faire.»

Post Scriptum
Cette liste et ces citations à peine publiées, j’ai déjà des hésitations et des regrets… Mais il y a aussi des livres qui traversent notre ciel comme des comètes. Ils nous semblent précieux, irremplaçables et quelques temps après le feu d’artifice, leur souvenir s’estompe. D’autres ouvrages, parfois ensevelis dans une bibliothèque comme au fond d’un océan, remontent à la surface à l’occasion d’un rangement-tremblement de terre. Découverts au mauvais moment, lus dans de mauvaises conditions, ils prennent lors de cette seconde apparition, une toute autre dimension. Ceux dont la présence perdure en mémoire peuvent alors être catalogués comme pouvant être « emportés sur une île déserte » où ils meubleront, sans peine, les moments de solitude et provoqueront une détente ou une exaltation salutaire.

One Comment so far...

la Mère Castor Says:

4 janvier 2018 at 18:06.

merci merci merci ! Je suis toujours preneuse des conseils de lecture.

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