5 février 2018

Quelques livres pour les amoureux des arbres…

Posté par Paul dans la catégorie : Des livres et moi; voyages sur la terre des arbres .

Le succès en librairie rencontré par le livre de Peter Wohlleben « la vie secrète des arbres », ouvrage déjà recensé et encensé sur ce blog, est impressionnant ; simple mode ou thème préoccupant réellement nos concitoyens, je n’en sais rien… Dans la foulée sont d’ailleurs parus une bonne série d’ouvrages sur le même thème. Plusieurs sont simplement redondants ; quelques titres abordent le sujet sous un autre angle. Parler des arbres que l’on aime et de la forêt, ce n’est pas nouveau et je me propose de vous présenter une petite sélection d’ouvrages, essais, romans, documentaires, que j’ai lus sur le sujet. Certains sont trouvables neufs, d’autres en librairie d’occasion ; tout dépend de leur date de parution. L’ordre dans lequel je les énumère est lié soit au hasard, soit à leur lecture plus ou moins récente.

Hêtres remarquables au Pays Basque

Le dernier livre lu sur le sujet (qui m’a d’ailleurs inspiré le thème de cette chronique) c’est un recueil de textes de Mario Rigoni Stern intitulé « arbres en liberté« . L’édition originale en Italie date de 1991 et la traduction française est parue en 1998 chez « La fosse aux ours », maison d’édition lyonnaise qui a publié une bonne partie de l’œuvre de cet auteur prolifique. L’écrivain nous propose un petit catalogue des arbres qui croissent dans le pays qu’il connait si bien, l’Altipiano, dans les environs du bourg d’Asiago, non loin de la frontière autrichienne au Nord-Est de l’Italie. Beaucoup de ces arbres ont été plantés autour de sa maison. Rigoni Stern ne se limite pas à une approche botanique, mais enrichit agréablement son texte en accrochant à leurs branches, « comme les boules d’un sapin de Noël, souvenirs d’enfance et de guerre »… Je tire cette citation de la quatrième de couverture de l’éditeur qui, pour une fois, est vraiment une réussite. Du mélèze au tilleul, en passant par l’olivier ou le sorbier, l’auteur dresse un portrait pittoresque de cette nature dont il est si proche. Quelques mots au sujet du bouleau, arbre de lumière :

«Lorsque j’étais enfant, dans le monde végétal, ce n’étaient pas les bouleaux qui attiraient mon attention ; les arbres qui me fascinaient c’étaient les mélèzes et les grands sapins et, parmi les arbustes, le saule des chèvres et le cytise que je recherchais en bordure des prés pour y trouver des fourches de lance-pierres ou des bâtons pour fabriquer l’arc et les flèches de nos jeux.
Les bouleaux, je ne comprenais pas leur beauté ; au printemps nous jouions près d’eux quand la neige fondait, sans même lever les yeux vers leurs célestes branches. Et la coutume de nos ancêtres, qui en mai déclaraient leur amour aux jeunes filles du village en déposant des branches de bouleau à peine écloses devant la porte de leur maison, s’est perdue au contact de la civilisation méditerranéenne.»

les deux frangins dans une hêtraie

Très différente est l’approche d’Alain Corbin dans son ouvrage « la douceur de l’ombre« , publié chez Fayard en 2013. Historien, spécialiste du XIXème siècle en France, Corbin s’intéresse à tous ceux, artistes ou philosophes, dont l’œuvre a été marquée par la présence des arbres et le culte qu’ils leur vouent. Les « acteurs » de ce livre sont nombreux : Virgile, Ronsard, La Fontaine, Goethe, Chateaubriand, Ponge, Thoreau… Au fil des pages, vous croiserez aussi des personnages moins connus du grand public, comme Horace Greeley (l’un des premiers observateurs des séquoïas) ou Duhamel du Monceau (botaniste intéressé entre autres par les mécanismes de croissance des végétaux). Certains noms comme Elisée Reclus ou David Henri Thoreau reviennent souvent ! Les titres des chapitres donnent le ton de l’ouvrage : « l’arbre, de la crainte à l’épouvante », « l’arbre interlocuteur, confident et mentor », « l’arbre et la rêverie érotique », « le passeur du chtonien à l’ouranien »… Des notes détaillées complètent cet ouvrage très érudit, ainsi qu’un glossaire listant les célébrités croisées au fil des pages. Je vous propose deux brefs extraits :

«L’arbre, outrepassant le rôle de simple interlocuteur, joue parfois celui de confesseur. Elisée Reclus rapporte qu’en Bretagne, en cas de danger de mort, quand le prêtre était absent, on pouvait se confesser au pied d’un arbre. Les rameaux entendaient les aveux du moribond « et leur bruissement portait au ciel la dernière prière du mourant ». Ici sont inversées les procédures du temple de Dodone.»
(à propos de la naissance des « jardins anglais au XVIIIème) «Quatre données déterminantes ordonnent ce réaménagement : 1) tout d’abord, une attention nouvelle portée à la respiration, aux bienfaits de l’aération, au désir de fuir les miasmes de la ville […]; 2) le besoin s’impose à l’individu, avec une force croissante au fil des décennies, d’adapter sa conduite aux exigences de la nature. Cela semble désormais la vraie manière de maintenir sa santé. […]; (3) plus décisive encore se révèle, à ce propos, l’influence de Locke et de Condillac, c’est-à-dire l’essor de ce sensualisme qui pose comme essentielles l’émission et la réception des messages des sens ; 4° les émois de l’âme sensible, l’accentuation de certaines représentations morales des conduites, de nouvelles figures du bonheur, l’emprise de l’amitié, puis la genèse du « ménage amoureux » contribuent à colorer de manière nouvelle l’appréciation de l’ombre, de la fraîcheur, du décor végétal et de la déambulation sous les arbres.»

Un tilleul isolé au milieu d’une pâture.

Le livre qui constitue ma propre bible en tant qu’amateur d’arbres est celui du grand ethnobotaniste Pierre Lieutaghi, « le livre des arbres, arbustes et arbrisseaux« , publié une première fois chez Robert Morel dans les années 70 puis réédité depuis à de nombreuses reprises. A mes yeux, aucun ouvrage de type encyclopédique ne dépasse celui-ci qui a été le premier inspirateur de ma passion pour la forêt. Je ne l’ai jamais lu de A jusqu’à Z, mais, à force d’y revenir pour faire des recherches, je pense bien l’avoir parcouru en entier ! Afin de faciliter le travail de recherche du lecteur, Lieutaghi a choisi comme il se doit le classement alphabétique et son étude se limite à la flore d’Europe de l’Ouest et plus particulièrement de la France. Cet ouvrage en deux tomes propose une synthèse des connaissances sur les arbres et les arbustes, allant de l’étude botanique détaillée et de la classification, jusqu’aux us et coutumes populaires relatifs aux plantes étudiées. Un lexique des termes techniques figurant au début du tome 1 sera particulièrement utile à tous ceux qui, comme moi, n’ont que des connaissances limitées en la matière. Au fil des pages vous découvrirez avec bonheur de grands classiques de nos paysages comme le Chêne rouvre, le Hêtre ou le Noisetier, aux côtés d’illustres méconnus comme le Nerprun ou le Mahonia. Au hasard de vos excursions dans l’ouvrage, vous découvrirez les nombreux usages médicinaux de l’Argousier ou peut-être prendrez-vous idée de faire de la confiture d’Epine-Vinette. Tout dépend de vos centres d’intérêts ! Le bois du cormier, lui, permettait de réaliser des éléments d’engrenage particulièrement robustes pour les moulins à eau ou à vent. Le figuier, un cadeau des Dieux :

«Les Grecs, les peuples de l’Asie du Sud-Ouest ou les Latins voyaient le Figuier, doué d’un mystérieux pouvoir, porter des fruits sans jamais faire de fleurs. Comment n’eussent-ils pas pensé à une grâce spéciale des divinités de la Terre ?»

silhouette de chênes épargnés dans une coupe

Le contenu est différent dans le livre de Jacques Brosse, « l’aventure des forêts en Occident« , paru chez JC Lattès en 2000, parce que l’auteur s’intéresse principalement à l’histoire de la forêt, même s’il consacre une place assez large à quelques monographies sur les arbres les plus courants. Petit extrait de l’introduction, histoire de vous donner le « la » :

Vivant beaucoup plus longtemps que l’homme, l’arbre pourrait être son ancêtre. Bien avant sa naissance, les forêts couvraient la terre entière. Ce sont elles qui la rendirent habitable. Elles sont encore aujourd’hui la condition première de son existence, de sa survie, ce que trop souvent on oublie. C’est pourquoi il faut, au seuil de ce livre, évoquer les longs méandres d’une laborieuse genèse qui inventa les plantes et, à leur apogée, l’arbre, ce géant bienfaisant, et la forêt d’où naquit la prolifération de la vie animale. »

Tout part des conifères, apparus au temps du Carbonifère ; grâce à leurs facultés d’adaptation remarquables, les conifères survivent aux multiples convulsions climatiques que connait notre planète. Leur processus de reproduction se complexifie avec l’apparition des premières pommes, fleurs mâles et femelles sur le même arbre, mais nettement distinctes. Puis c’est l’âge d’or de leur développement, la création de vastes étendues peuplées de gigantesques Séquoïadendrons comme on peut en voir maintenant dans les parcs de Californie. Au Jurassique apparaissent les étranges Gingko Biloba, qui dérangeront pendant un long moment la laborieuse classification établie par les botanistes. Au cours de l’ère tertiaire et du bref quaternaire la terre ressemble de plus en plus à ce qu’elle est aujourd’hui et les arbres, ces végétaux géants, occupent une place considérable sur les terres émergées. Le développement de la population humaine va avoir de nombreuses interactions avec l’avancée ou le recul des étendues boisées et nous découvrons au fil des pages l’histoire de cette relation complexe et parfois conflictuelle entre l’humain et la végétation. C’est surtout la quatrième partie de l’ouvrage, celle qui conte en détails l’histoire de cette forêt à la fois si hostile et si utile à l’homme, que j’ai préférée. Je m’intéresse plus à l’ethnobotanique qu’à la botanique pure, trop souvent rébarbative. Et ceci même si l’écriture de Jacques Brosse sait rendre vivantes les réponses à des questions souvent très techniques. Il n’assomme pas le lecteur de propos « savants », et l’on se rend compte très vite qu’il possède une solide érudition sur la question.

Olivier remarquable en Calabre

J’ai gardé pour la fin un ouvrage qui m’a lui aussi passionné : « Histoires d’arbres – des sciences aux contes« , rédigé par Edith Montelle et Philippe Domont, un forestier et une conteuse. Ce livre a été publié chez Delachaux et Nieslé en 2003 (c’est en tout cas la date de la première édition que je possède). Il ne s’agit pas d’une encyclopédie comme le livre de Lieutaghi puisqu’elle se limite à 18 arbres assez répandus dans notre environnement. Chaque chapitre porte sur un arbre différent. Outre un portrait détaillé de chaque « individu », à savoir ses particularités botaniques, son écologie, ses divers usages, les auteurs ont fait le choix d’associer un ou deux contes populaires à chaque description. Dans la partie du livre consacrée au peuplier d’Italie, par exemple, figurent deux récits traditionnels : un conte d’explication d’origine sioux, « Les flèches magiques qui prennent racine », et un autre français : « pourquoi le peuplier est grand et élancé ». Pour le mélèze, cet arbre magique, l’histoire proposée est d’origine Yakoute (Sibérie) : « Ar Koudouk Mas, l’arbre d’or sur la montagne d’or ». Outre les contes, le livre fourmille d’anecdotes touchant un peu à tous les domaines : de la médecine traditionnelle à l’artisanat en passant par les croyances, la symbolique et même par la toponymie. Un bref chapitre s’intitule en effet « découvrir le paysage grâce aux toponymes ». Le sujet est passionnant et mériterait d’être développé ; je pense d’ailleurs que d’autres auteurs l’ont fait. Comme citation, pour vous mettre dans l’ambiance, je vous propose ce bref extrait de « l’alphabet des arbres » :

«Chez les Celtes, toute connaissance fondamentale s’enseignait oralement. Les druides imaginaient que l’écriture figeait, tuait la pensée. Elle ne pouvait être utile que dans les transactions commerciales, pour lesquelles les Gaulois utilisaient la langue grecque. Il existait une écriture celtique : les ogams (d’Ogmos, dieu de l’éloquence, fils de Brig, déesse de la sagesse). Chaque lettre était l’initiale d’un nom d’arbre. Cet alphabet comportait treize consonnes et cinq voyelles. Il était formé de traits dessinés de part et d’autre d’une ligne, comme un rameau de branche. Au temps des occupations qu’a connues l’Irlande, il a été utilisé comme alphabet secret, les doigts de la main représentant la ligne et les phalanges des doigts les traits horizontaux…»

Magnifique forêt au cœur de la Calabre

Très incomplète est cette sélection, je m’en rends bien compte ; et pourtant difficile à faire ! Je n’ai choisi qu’une petite fraction du rayon « arbres » de ma bibliothèque, et je me demande maintenant pourquoi certains autres titres n’y figurent pas.  Cela présage probablement de la rédaction d’un second épisode, à moins qu’il n’y ait, comme dans les séries télé, tout simplement une deuxième saison ! Après tout, cette première sélection a été faite au cœur de l’hiver ; si j’avais rédigé cette chronique en été, peut-être aurais-je fait d’autres choix ! Parmi les grands absents de cette première liste, les ouvrages de Francis Hallé ou la jolie série de livrets sur les arbres publiés chez Actes Sud. Je ne sais pas combien il y en a de parus actuellement, mais ceux que je possède (l’érable, le figuier entre autres…) sont vraiment bien faits. Donc vous ne manquez pas de pain sur la planche (en bois) si vous voulez accroître votre érudition.

NDA : photos maison sauf le dessin en fin de chronique : La Belette

4 Comments so far...

Rémi Begouen Says:

5 février 2018 at 17:34.

Jacques Prévert, chose peu connue, a terminé son œuvre singulière par un grand beau et long poème, « ARBRES », magnifiquement illustré par Georges Ribemont-Dessaignes – beau-livre paru chez Gallimard en 1976, peu avant la mort du poète… :
peut-être as-tu idée d’en dire un peu plus dans la suite espérée à ce beau billet…

Paul Says:

5 février 2018 at 20:41.

@ Rémi – Tu as raison,Rémi, il faut parler de poésie et le texte de Jacques Prévert est une belle ouverture à ne pas manquer. Bon, je crois que moi aussi je vais avoir du pain sur la planche… Un jour aussi je plancherai (excuse moi le jeu de mot idiot) sur les amoureux du bois. Car les arbres, les plus beaux d’entre eux, ont une seconde vie après la mort. Pour eux, c’est établi !

Zoë Lucider Says:

7 février 2018 at 19:42.

J’avais laissé un commentaire et voilà, il n’est plus là, pour dire que ce billet m’en a inspiré un où je vous cite. Bon, on essaie à nouveau…

Paul Says:

7 février 2018 at 20:29.

@ Zoë – Merci – En ce moment je m’inflige la lecture en diagonale de tous les messages classés comme spam, mais il va falloir redoubler de vigilance. « Akismet » bloque en général tous les messages avec des liens, mais il faut dire que ce logiciel singulier n’apprécie pas non plus mes propres réponses aux commentaires qu’il me demande d’approuver. J’adore l’informatique.
Bon ça m’a permis de voir que l’on me propose : des fonds d’écran, du viagra, des polices d’assurances spécifiques au Montana, des extincteurs, divers médicaments, des trucs en caractère cyriliques… Désolé pour ce coup là Zoë, d’autant que ce n’est pas le premier !

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