31 mars 2022

A l’horizon, la montagne de Lure, encore enneigée

Posté par Paul dans la catégorie : Carnets de voyage .

Impressions fortes d’un voyage printanier

Sur les traces de Giono, en Provence ? Dans ma tête, un peu… Dans les faits, pas vraiment. Pour ces quelques jours passés à St Etienne les Orgues, nous avons laissé de côté Manosque, le Contadour et nombre de villages du plateau dont l’écrivain pacifiste a arpenté les chemins. J’avais pourtant dans les mains « la route Giono », guide touristique détaillé, quelques jours avant le départ, mais une fois de plus, ce sont le hasard et les humeurs journalières qui ont guidé nos pas. La météo ne nous était guère favorable en ces journées de mars, et cela m’a amené à déclarer à qui mieux mieux aux autochtones ayant accepté d’écouter mes jérémiades, que le « ciel provençal », ce bleu illuminant les champs de lavande fleurie, n’était qu’un artifice de carte postale, une tromperie créée par un afficionado des logiciels de retouche photo. Par chance, notre pays d’adoption pour une semaine était si joli qu’il n’y avait pas besoin de colorisation artificielle pour qu’il se fasse aimer.

 St Etienne les Orgues est une charmante bourgade au pied de la montagne de Lure. Nous y avons passé quelques jours dans un gîte confortable, accueillis par une hôtesse souriante. Heureusement que nous n’avons pas cherché l’origine des Orgues figurant dans le nom de notre chef lieu de campagne… Nous ne les aurions trouvées pas plus dans d’inexistantes falaises de basalte que dans l’église qui n’abrite de trésors autres qu’ornementaux. La solution de l’énigme m’a été offerte en fin de séjour, en feuilletant le joli petit guide « Pays de Lure – Carnet d’un voyageur attentif », rédigé par Patrick Ollivier-Elliott : l’origine du nom est sans doute à rechercher du côté des « sorgues », les sources en provençal. Elles sont nombreuses dans ce fond de vallée plutôt fertile. Dans son roman « Manosque des plateaux », Jean Giono dépeint le bourg d’une façon plutôt cauchemardesque, parlant de « village inquiet », « village de la peur »… Peu de rapport avec le ressenti que nous avons éprouvé. Selon d’autres auteurs un peu plus indulgents, il s’agit plutôt d’une bourgade cossue, dont les anciens habitants se sont enrichis grâce à la cueillette et la transformation des plantes médicinales nombreuses que l’on pouvait récolter tout au long de l’année dans la « Montagne ». Les droguistes colporteurs de ce village et des localités voisines ont fini par être connus au delà des frontières de l’hexagone. Selon Patrick Ollivier-Elliott, St Etienne était, à la fin du XVIIIème l’un des villages les plus riches de la vallée. Une soixantaine de marchands droguistes étaient les artisans de cette fortune. L’interdiction faite à ceux qui n’étaient pas « apothicaires » de préparer des mélanges et de les vendre en a ruiné plus d’un.

Nos pas nous ont conduits dans de nombreux lieux plus ou moins connus de ce territoire. Je n’en ferai pas la liste exhaustive ; juste quelques instantanés qui laisseront indubitablement des traces dans ma mémoire.

Bleu, jaune

Non pas l’Ukraine selon l’état d’esprit du moment, mais la façade de la librairie « Le Bleuet » à Banon, dont je rêvais de franchir le seuil depuis des années. C’est maintenant chose faite et à deux reprises pendant notre bref séjour. L’appellation « maison des livres » n’est pas volée puisqu’il s’agit d’un ensemble de demeures dont la structure a été quelque peu bouleversée. On passe d’une enfilade de pièces à un autre secteur en empruntant d’étroits passages. On grimpe d’un étage à un autre par un dédale d’escaliers. Il y a des livres partout, un collectif de vendeuses, vendeurs, ouverts et souriants, prêts à répondre aux questions parfois saugrenues des visiteurs. Le stock, considérable, a de quoi séduire les amateurs de livres parfois introuvables ailleurs. Je suivais régulièrement le site Internet et j’avais participé au plan de refinancement/sauvetage au temps de l’ancien propriétaire, regrettant de n’avoir eu aucune info en tant que souscripteur sur le devenir des lieux. Simple client maintenant, je ne me sens plus impliqué de la même manière, mais souhaite voir vivre longtemps cet anachronisme que représente la vie d’un tel commerce dans un bourg de quelques milliers d’habitants, célèbre jusqu’à présent pour son fromage de chèvre affiné au marc…

 

Petit blanc bien frais

Renaissance aussi, en de multiples petits lieux, des bistrots de village. Certains ne présentent guère d’attraits mais il est des lieux qui paraissent vite sympathiques. Pris d’une envie subite d’apéro (Tonton Macron ayant décidé, électoralement parlant de ne plus nous considérer comme des parias) nous sommes passés à l’acte dans le petit village de Lardiers abritant le bistrot « chez Mojo ». Nous avions repéré les lieux l’avant veille après avoir admiré les séquoias qui se dressent à l’entrée de cette jolie bourgade. Vitrine attirante, nous avons franchi le pas et nous ne l’avons pas regretté, d’autant que la patronne, nos verres approchant du degré de remplissage critique, nous a fait remarquer habilement qu’elle préparait aussi à manger, et que son plat du jour correspondrait sans doute à nos attentes. Elle était confiante et nous aussi. Du coup, on a comblé la petite demi-heure qui nous séparait du service, en allant cuver notre première libation dans la voiture, portières ouvertes, profitant du ciel trop gris et des températures bien douce. Grâce au « Bleuet » nous avons utilisé notre temps de manière éminemment culturelle. La soupe au fenouil, le plat du jour et le dessert qui a suivi, autant dire que nous n’avons pas été déçus. Bien le genre d’endroit à écouter de la musique, le soir au coin du feu. Le plus dur a été la petite randonnée de 7 km que nous avions prévue pour l’après midi… Prévue et exécutée alors que nous étions les premiers à douter sévèrement de nos capacités. Malgré les vapeurs d’alcool (vite envolées) nous n’avons pas eu de mal à suivre le balisage pour nous rendre à « Roche Ruinée » en partant de Fontienne. Sur le chemin du retour nous avons croisé une forêt de capteurs solaires et nous avons compris aussi l’inquiétude et la colère des habitants de St Etienne quant à l’implantation d’autres centrales du même type dans les paysages de Lure. Maintenant que nos Enarques ont pris en main le dossier des « énergies renouvelables », le gigantisme des projets, allant s’amplifiant, ne va pas sans nous poser problème. Je crois bien que je reviendrai sur cette question.

Champignons de pierre

 Vous allez me dire qu’après le blanc et le rouge il ne manquait plus que les champignons hallucinogènes. Vous n’avez tort qu’à moitié, car ce sont bien des champignons qui ont occupé une autre de nos après-midi. Cette curiosité géologique se trouve en dessus de Forcalquier. Vous n’aurez aucun mal à situer le lieu-dit « les Mourres », les réponses données par la gentille toile d’araignée sont multiples et plus complètes que celles que je saurais vous donner. Se promener dans une forêt géante de champignons en pierre de plusieurs mètres de haut, ça crée une sacrée impression en tout cas. D’autant que ce ne sont pas quelques malheureux spécimens isolés que vous découvrirez mais plusieurs centaines d’individus plus ou moins bedonnants, ou genre « grosse tête branlante ». Si j’habitais le coin, il y en a plusieurs que j’aurais volontiers baptisé d’un p’tit nom sympa. Joli circuit pédestre en partant du parking des Mourres. Réservé au touriste curieux, pas trop aviné et bien chaussé ! Ma compagne en parle longuement dans son blog…

Hêtres centenaires

 J’ai gardé la plus belle randonnée pour la fin. De l’abbaye de Notre Dame de Lure, il ne reste plus guère que la chapelle, nichée au fond d’une combe boisée où il fait bon s’asseoir dans l’herbe et profiter des grands hêtres et de leur ombre lumineuse. La forêt qui entoure l’abbaye est magnifique et l’on prend plaisir à y baguenauder. Nous avons parcouru avec grand plaisir une boucle de 7 km, sur un sentier bien tracé et bien balisé. Sur notre route nous avons rencontré tant d’arbres vénérables qu’il eut été difficile de les photographier tous. Nous avons plutôt choisi de tirer le portrait de quelques cousins des Ents de Tolkien, mais mon âme de menuisier amoureux du bois a frémi en observant de belles alignées de futs rectilignes. Hêtre bienheureux qui procure du plaisir de sa naissance à sa mort. L’humain ne lui est certes que peu reconnaissant, même si Pierre Lieutaghi lui consacre de bien jolies phrases dans son inventaire des arbres arbustes et arbrisseaux de nos contrées. Nous n’irons pas à la rencontre de cet homme admirable qui gîte non loin du prieuré de Salagon, autre merveille locale, dans le petit bourg de Manne. Nous ne voulons en aucun cas le déranger avec notre babil de botanistes en culottes courtes.
En feuilletant toute la doc que notre aimable propriétaire a mise à notre disposition j’apprends que Robert Morel, ce grand artiste de l’édition, habitait aussi dans le secteur. Je comprends mieux alors le lien entre ces deux hommes et je feuillette avec encore plus de respect les livres de l’un, édités par l’autre, un des coups de cœur de ma bibliothèque.

Marchés provençaux

 Des cuillères en bois d’olivier, des épices odorantes, de bonnes salades bios, des distributions de tracts par les copines•copains de Mélenchon et de Jadot. Que ce soit le petit marché de St Etienne, le moyen marché de Banon ou le grand marché de Forcalquier, l’ambiance provençale sur fond de ciel gris était au rendez-vous. J’étais de bonne humeur, le sac à dos rempli de bonnes provisions de table, cela m’a permis de « brancher » un peu les militant•e•s affairés à défendre leurs poulains. Du côté des Verts, ça s’est résumé à un « franchement… Jadot… beuh… Y’me rappelle un certain Brice… Dommage, vous aviez Sandrine Rousseau dans votre cabas… En tant qu’écologiste elle était quand même plus crédible… » Réponses embarrassées de braves gens qui n’étaient pas loin de partager mon point de vue, mais qui obéissaient sagement à la discipline de parti. Rebelote avec les Insoumis et leur « cheval de retour » : les idées de la France Insoumise, sympa, notamment en ce qui concerne le « passeport maudit » de Tonton « ne t’inquiète pas, nous aussi on te méprise »… Mais choisir ce vieux roublard de politicard à la Tsipras, franchement, vous croyez arriver au changement sociétal avec une simple retouche du crépi ? Il y a d’autres figures de proue chez les Insoumis me semble-t-il ? Ils m’ont tous trouvé très gentil, mais sont vite allés prospecter des clients moins irrévérencieux ! Quant à nous, nous sommes allés nous dévergonder et « faire » notre premier restau depuis huit mois ; la serveuse en était tout émue et nous aussi. Quant à nos papilles, elles ont été à la fête pendant une heure.

Seuls les Ents de la forêt de Lure m’accordent encore leur attention.

 

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