6 mars 2008

Le papa de « Donjons & Dragons™ » est mort…

Posté par Paul dans la catégorie : Jeu de rôles; l'alambic culturel .

gary-gigax-2007.jpg La communauté (autrefois plus vaste qu’aujourd’hui) des joueurs de jeux de rôles, à laquelle j’avais, et j’ai encore un peu, l’immense plaisir d’appartenir, est en deuil. L’un des pères du premier « jeu de rôle » grand public, Monsieur Gary Gygax, est décédé à l’âge de 69 ans. La fortune que la traduction de son œuvre dans une multitude de langues lui a permis d’accumuler, ne lui aura pas profité bien longtemps. Le dernier jet de dé de sa partie lui a été fatal, à moins que ce ne soit l’un des monstres dont il avait parsemé ses créations qui ne se soit vengé et l’ait lâchement éliminé. Certes, « Donjons & Dragons » n’était pas le plus fin et le plus subtil des jeux, mais il était le premier, et beaucoup de ceux qui ont ensuite goûté à d’autres jeux plus évolués avaient mis le doigt dans l’engrenage jeuderôlesque par le biais du « grand ancêtre » !

Tout cela remue de bien vieux souvenirs et me ramène à la période des années 80-90. Des copains nous ont fait participer à notre première partie de D&D™ – je crois que c’était en 1984 – et je garde encore en mémoire des images de cette première séance à laquelle j’ai participé : le scénario était des plus fantastiques, dignement inspiré par la lecture de la SF dont son auteur était friand. Tour de cristal, magiciens, téléportation, et une horde de vilaines créatures malfaisantes : rien ne manquait pour créer l’ambiance. « Une prise » et j’avais mordu à l’hameçon, pire que l’opium, mais bien moins dangereux… Il faut dire que les blogs n’existaient pas à l’époque pour s’occuper les doigts et l’esprit : il ne fallait pas trop en demander à l’informatique ! C’était déjà bien que notre Apple II nous permette de faire du traitement de texte… L’outil était disponible ; la motivation s’ajoutait ; je me suis lancé à fond dans l’écriture.

dd.jpg Gary Gygax et son complice Dave Arneson avaient eu l’idée géniale de faire une synthèse entre certaines pratiques utilisées uniquement dans le cadre de psychotérapie de groupe, et l’utilisation d’outils plus conventionnels dans les jeux de société, comme les dés ou les figurines. Il suffisait d’ajouter, comme toile de fond, une pincée d’emprunts à l’univers des contes et légendes et une louche d’ambiance médiévale fantastique dont les jeunes anglo-saxons commençaient à être friands. « Bilbo le Hobbit » et le « Seigneur des Anneaux » fleurissaient en traduction au quatre coins de la planète, et certains hippies fatigués n’hésitaient pas à voir des hobbits partout ! Le « maître du Donjon » commençait une histoire et les joueurs, par l’intermédiaire de leur personnages (des héros rocambolesques) intervenaient dans le déroulement. Selon l’habileté du « maître », chacun avait l’impression d’évoluer plus ou moins librement et de participer à la construction du scénario. Certaines histoires étaient un peu bébêtes (genre « moi vois moi tue ») d’autres ouvraient la porte sur des mondes imaginaires passionnants ou nécessitaient la résolution d’énigmes savantes. Les mises en scène sont devenues parfois plus complexes, certains joueurs n’hésitant pas à revêtir un costume, à s’équiper d’armes fictives et à jouer dans des décors réels créateurs d’ambiances encore plus fortes… On appelait ça le « jeu de rôle grandeur nature ». Depuis, certains ont laissé tomber le côté ludique et se sont lancés à fond dans la reconstitution historique (mais ceci est un autre sujet et nous en reparlerons !).

add.jpg La première boîte du jeu « Donjons & Dragons » est sortie en janvier 1974, mais il a fallu pas mal d’années avant que les premiers cercles de jeu se créent en Europe. Dans notre pays, la première revue consacrée exclusivement aux jeux de rôles était « Runes », apparue en janvier 1983. D’autres journaux emboitèrent rapidement le pas : « Casus Belli » par exemple, dont le rôle fut essentiel dans la diffusion du JDR en France, puis en 1985, « Dragon Radieux » créé par votre serviteur et une bande de joyeux (ses) luron(ne)s. « Donjons & Dragons™ » a connu ensuite une version avancée, beaucoup plus complexe, puis a eu une multitude de descendants dans de nombreux pays. Les thèmes de ces jeux étaient (et sont encore) extrêmement variés, évoluant dans des cadres historiques stricts ou dans des univers imaginés par les auteurs de science fiction. Les auteurs de jeux de rôles s’inspiraient largement des héros de la littérature populaire américaine ou française : on a vu ainsi apparaître des jeux de rôles se référant à Lovecraft (l’appel de Cthulhu), à « Daredevils » (et aux super héros des comic’s américains), aux « Trois Mousquetaires » ou au célébrissime « James Bond ». De la préhistoire au « post apocalyptique » tout était bon à scénariser et à mettre en jeu : un vrai régal pour les écrivains en herbe.

joueursrole.jpg Le jeu de rôles a eu son heure de gloire, suivie d’un relatif déclin. Il faut dire que les parties étaient longues, rien de comparable avec les jeux « classiques ». Si elles se prêtaient bien à l’occupation des soirées estudiantines, il devenait moins évident de se libérer 7 ou 8 h d’affilée en ayant une activité professionnelle ou deux ou trois marmots à surveiller. Les joueurs ont vieilli (et oui !) et ont été remplacés par d’autres, plus jeunes, plus attirés par les consoles de jeu. Sur écran, les « donjons » ont grandi, sont devenus plus complexes, les « dragons » se sont multipliés, mais l’esprit du jeu, l’improvisation, la convivialité du délire collectif, bref tout ce qui faisait son charme en fait, ont disparu. Peu de rapport à mes yeux entre ce qu’on appelle maintenant « jeu de rôles » sur les ordinateurs et les bonnes vieilles rigolades que l’on se payait, en groupe, à explorer les manoirs poussiéreux ! Les milieux conservateurs (américains notamment), ainsi que quelques représentants du milieu médical en mal de notoriété, se sont acharnés contre la pratique du jeu de rôle. Ce « loisir malsain » était accusé tour à tour d’encourager les jeunes à des pratiques sataniques ou de les pousser au suicide. Il est vrai qu’on a pu assister à quelques dédoublements de personnalités et à quelques dérives malsaines, mais les gens qui en ont été victimes auraient tout aussi bien succombé à une overdose d’engagement militaire ou de consommation de drogue. La grande majorité des joueurs ne faisait aucune confusion entre l’univers virtuel dans lequel évoluait leur personnage doué de supers pouvoirs et l’univers quotidien aux dimensions beaucoup plus contraignantes.

Ce passage rituel par « Donjons & Dragons » m’a en tout cas ouvert beaucoup de portes et m’a permis de rencontrer nombre de mes amis actuels. Rien que pour cela, et pour les souvenirs que certaines soirées de jeu m’ont laissés, que Monsieur Gygax trouve le repos éternel au walhalla des créateurs géniaux !

NDLR La première photo présente Gary Gygax en 2007 à la convention de jeux de rôles US (photo wikipedia). Les photos 2 et 3 montrent quelques-unes des multiples productions de l’auteur conservées dans la ludothèque familiale et la photo 4 représente un groupe de joueurs de jeu de rôle à la maison, en 1990. Le jeu en cours n’est pas D&D™ et l’amie « Pounette » se reconnaîtra, avec quelques années de moins, en maîtresse de jeu « diabolique » !

5 Comments so far...

leirn Says:

7 mars 2008 at 08:03.

Je certifie qu’aucun joueur n’a été réellement maltraité, déchiqueté, pulvérisé, éparpillé, mâché, volé, projeté ou affamé pendant cette partie de Jeu de Rôle.

Bonne chance à GG, il va enfin pouvoir se faire tout le Deities & demi-gods à la main

Pounette
🙂

leirn Says:

7 mars 2008 at 14:23.

tiens sur ce même sujet, une photo mignonne :
http://icanhascheezburger.files.wordpress.com/2008/03/dndkittehmorn128491548670347053.jpg

fred Says:

10 mars 2008 at 08:19.

oui.. repose en paix Gary ! Grâce à toi on s’est bien amusé pendant les années 80 !
Râââ la partie du Vendredi Soir ! Elle me manque celle là ! Le Bès ronronnait sur le canapé, le Dédé souhaitait « qu’on le laisse finir », le Taf faisait entendre sa voix de stentor et Eric boudait parceque j’essayais de le gruger au partage des pièces d’or …
Il doit être compliqué à chauffer le temple du mal élémentaire !

Le Gascon Says:

16 janvier 2009 at 12:00.

Un bonjour du Gascon,

Que de souvenir merci à vous aussi d’avoir animé notre passion pendant quelques années.
Ma ludothèque est encore rempliée de DRAGONNERIE.

A bientôt

fred Says:

27 décembre 2011 at 14:42.

Toujours à la recherche de nouveautés en matière de JdR, je suis tombé sur ça :
http://www.dailymotion.com/video/xm2wwz_golden-show-jeu-de-roles-avec-poc_fun#rel-page-9

Quand est ce qu’on joue ? 🙂

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