18 décembre 2010

Chômeurs, smicards, retraités… Vous aussi virez un enseignant…

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Vive la Politique .

Vous aurez une prime de fin d’année !

J’ai l’impression qu’en ces temps de grande froidure, plus on en prend plein la tronche et moins on réagit… Les frasques du climat semblent avoir anesthésié l’ensemble de la population, à moins que ce ne soit le « struggle for dinde » de fin d’année qui obnubile l’esprit de tout un chacun. J’espère en tout cas que ce ne sont pas les dernières vociférations de Mme La Pen qui monopolisent l’attention du public. Le problème en tout cas, c’est que, pendant la collecte des marrons indispensables – parait-il – à la confection d’une bonne farce, les annonces de mesures antisociales diverses et avariées continuent. Impossible de donner un coup de pouce supplémentaire au SMIC nous explique notre bon ministre. C’est la faute aux entreprises qui ne jouent pas le jeu d’une réévaluation de la grille des salaires… Méchants patrons qui, par leur comportement abracadabrant, irritent Monsieur « je te tiens par la barbichette ; le premier qui rira aura une tapette ». Le dilemme est cruel. Si l’on augmente de 30 euro le salaire du gars qui gagne 1047 € par mois et qu’on ne touche pas au salaire de ses collègues grassement payés qui touchaient 1080 ou 1100 €, que va devenir la hiérarchie des salaires ? Comme le gouvernement ne peut intervenir que sur le SMIC, c’est rapé… Cette année, on supprime la dinde et on ne garde que les marrons. C’est la crise : il n’y a plus de sous. Il faut E-CO-NO-MI-SER.

Exemple d’économies particulièrement remarquable : les recteurs, rouages essentiels de la puissante mécanique « Education Nationale », vont toucher une prime revigorante histoire de leur remonter un peu le moral dans cette période difficile ; histoire aussi d’en faire des serviteurs zélés à la puissance 2 du ministère concerné (puissance 2, car zélés ils le sont déjà !) Cette prime (annuelle) s’élève à environ 15 000 euro pour les bons éléments, c’est à dire tous, puisque les mauvais ne deviennent jamais recteurs. Pour ceux qui sont capables d’embrayer rapidement et de passer à la puissance 3, une petite majoration de 7000 euro est prévue pour pouvoir acheter des marrons eux-mêmes farcis au foie gras. Oui mais, mon cher Watson, pouvez-vous traduire votre jargon ? Qu’entendez-vous exactement par un zèle cubique ? C’est très simple ! L’objectif actuel du ministère est de virer un maximum d’enseignants (sauf dans le « privé » bien sûr). Cet objectif ambitieux s’inscrit dans le vaste plan gouvernemental d’élimination du plus grand nombre possible de fonctionnaires… Un recteur puissance 3 est un recteur particulièrement performant en matière de « nettoyage » de la fonction publique enseignante. Le duo de primes « vanille-chocolat » est en quelque sorte une prime au rendement accordée aux rouages transmettant les ordres du haut de la pyramide avec un minimum de grincements. Vivement que cette rémunération « au mérite » s’étende aux enseignants. Je propose que l’on paie au SMIC ceux qui râlent pour un oui ou pour un non, estiment impossible de faire du bon boulot devant 40 mômes en furie et réclament une formation continue à la hauteur des problèmes auxquels ils sont confrontés au quotidien. Une partie de l’argent récupéré pourrait permettre d’accorder une prime à leurs collègues qui ne font rien, ne pensent rien et par conséquent ne disent jamais rien de répréhensible ; une prime à ceux qui évaluent à tour de bras et remplissent consciencieusement tous les fichiers possibles et imaginables ; une prime pour ceux qui trouvent géniales toutes les idées du ministre et collaborent avec zèle à la chasse aux « sans-papiers »…

Ce n’est pas la première fois, public comme privé, que les chefs de service chargés de missions délicates se voient grassement récompensés pendant une période de vaches maigres. C’est assez logique : il faut bien mettre les larbins de bonne humeur avant de leur demander de procéder à une corvée particulièrement déplaisante. Il faut reconnaître qu’il n’est pas toujours facile de réunir quelques dizaines de chefs d’établissements secondaires, par exemple, pour leur expliquer qu’ils devront faire plus avec moins et se débrouiller pour faire passer ce genre de mesure, au mieux pour un progrès social au pire pour un mal nécessaire. Rentrez chez vous mes amis et expliquez aux profs, aux parents, aux élèves que l’année prochaine les lycées ou les collèges fonctionneront mieux avec moins d’enseignants, moins de personnel technique, moins de surveillants mais plus de caméras de vidéo surveillance et une annexe du poste de police voisin. Si l’on réfléchit bien, deux flics, maîtres chiens avec des dobermans renifleurs, suffisent largement pour surveiller un troupeau de jeunes délinquants en puissance (pardon, lycéens de banlieue) qui ne s’intéressent qu’à la fumette et aux jeux vidéos. Pas besoin de profs de maths, ils ont l’habitude du petit commerce et savent suffisamment lire et compter pour participer aux stages de poterie du Pôle emploi local.
Le mauvais esprit qui sommeille en moi me suggère une autre façon de voir les choses et par conséquent une autre idée d’économie dans l’Educ Nat : on vire tous les nuisibles qui s’incrustent dans la hiérarchie, inspecteurs en tout genre, recteurs et hauts fonctionnaires du ministère dont j’ignore sans doute l’existence…  Même si ça ne rapporte pas des tonnes de pognon, ça aura un effet thérapeutique en soulageant les nerfs de pas mal d’enseignants déprimés… Mais là j’ai l’impression que je m’écarte un peu du sujet du jour… Vite, je me débarrasse de ces mauvaises pensées !

Certains m’objecteront, et ils n’ont pas tort, que ces comportements limite mafieux que je signale pour l’Education Nationale, ont déjà cours depuis des années dans d’autres secteurs de la fonction publique – territoriale par exemple – et, comme il se doit, dans le privé. Ces dispositifs de flicage sont généralement complétés par un appel à la délation entre collègues de travail : la pratique est fréquente dans les grandes surfaces commerciales par exemple. Il reste donc une étape décisive à franchir pour le ministre de l’Education : mettre en place un service d’appels téléphoniques anonymes, plus une adresse postale pour faire bonne mesure, afin que les profs puissent se dénoncer les uns les autres. Chaque enseignant permettant de virer une brebis galeuse pourrait bénéficier d’une partie de la prime de rendement du recteur. Bien entendu cette dernière serait, en conséquence, légèrement amputée, mais, l’efficacité répressive du grand manitou se trouvant accrue, sa prime croîtrait aussi en conséquence. Ne me remerciez pas, monsieur le ministre, c’est un plaisir pour moi de vous donner quelques bonnes idées de temps à autre. Quand on est retraité, on a du temps libre… Ne pourrait-on, d’ailleurs, employer les retraités les plus méritants à quelques travaux de surveillance… J’ai remarqué l’autre jour, que mes anciens collègues avaient fait durer la récréation cinq minutes de plus que nécessaire. Un temps précieux qui aurait pu être utilisé pour étudier – au hasard – un couplet supplémentaire de la Marseillaise. De rien, monsieur le ministre, de rien !

Une dernière preuve du fait que notre monde va vraiment mal ? L’information vient de tomber sur les téléscripteurs avant d’être projetée sur le téléspectateurs : les salaires des patrons baissent… Je cite le magazine « Le Point », toujours mieux informé que moi : « Les dirigeants du CAC 40 ont vu leur rémunération moyenne baisser de 20 % en 2009, selon une étude publiée par la société de conseil aux investisseurs Proxinvest. Un président exécutif du CAC 40 a touché en moyenne 3,06 millions d’euros l’année dernière, bonus, stock-options et autres actions gratuites compris, contre 3,6 millions en 2008 et 4,7 millions en 2007. Du coup, l’écart de rémunération avec un salarié smicard s’est mécaniquement resserré. Il a atteint 173 Smic en moyenne. Seuls sept patrons du CAC 40 – contre 21 l’année précédente – ont dépassé le seuil des 240 Smic annuels… » Je vous livre l’info brute et je ne fais pas de commentaire. Je ne pense pas qu’il y en ait besoin. Enfin, si… J’ajouterai qu’à mon avis ces salaires annoncés n’intègrent pas les rémunérations complémentaires de ces messieurs : primes en tout genre, avantages en nature et autres jetons de présence dans des conseils d’administration aussi divers que bien achalandés. De base, un Carlos Ghosn, PDG de Renault-Nissan, gagne 9 240 809 euros annuels, soit 572 SMIC par mois, c’est pas trop mal quand même… Mais il pourrait mieux faire et il doit parfois avoir du mal à joindre les deux bouts ! Si les recteurs étaient plus efficaces, on pourrait peut-être élargir un peu plus le bouclier fiscal et arrêter de pressurer les patrons !

Une ou deux nouvelles rassurantes pour terminer ? Les mesures annoncées quant à la réduction drastique du nombre de professeurs ne concernent, bien entendu, que les établissements d’enseignement public. Ainsi que l’annonce le quotidien « Libération » dans l’un de ses derniers numéros, le travail de lobbying intensif conduit par les (z)élus soutenant activement l’enseignement privé porte ses fruits en cette fin d’année… Quatre millions d’euro supplémentaires de crédits sont débloqués pour 2011 et vont permettre la création d’au moins 250 postes. C’est logique me direz-vous, il faut bien quelqu’un pour accueillir les enfants de ceux qui pensent que l’ambiance « fumette-racket-amusette » n’est pas bonne pour la culture générale de leur bambin. Autre détail réjouissant découvert dans l’actualité récente (comme quoi, je le maintiens, pendant que vous vous gavez de papillotes, d’autres ne chôment pas) : certains enseignants stagiaires signalent la présence de militaires pour dispenser la bonne parole lors de leurs stages de formation. Le témoignage d’une prof de la région toulousaine, publié sur Rue 89 est des plus intéressant à ce sujet. Quel magnifique débouché que l’institution militaire pour les élèves en difficulté scolaire ! On pourrait imaginer une prime pour les professeurs dont les élèves, en fin d’année, signeraient un engagement. Ne me remerciez pas Monsieur le Président… C’est tout naturel… Après cela, s’il ne reste plus assez d’argent pour augmenter le SMIC, les allocations chômages et les pensions, eh bien, chômeurs, smicards et retraités n’auront qu’à trouver de nouvelles idées pour… virer encore plus de fonctionnaires !

7 Comments so far...

Zoë Says:

18 décembre 2010 at 19:06.

Il faudrait trouver le moyen de virer tous ces nuisibles mais il semble qu’une prolifération d’inutiles se soit installée (une sorte de cancer, on peut le dire) au détriment des actifs directement impliqués et ce à tous les niveaux de la fonction publique désormais. Je discutais avec une amie proche de la retraite dans une institution d’accueil de personnes handicapées, elle me disait qu’il était utile que les travailleurs âgés soient présents pour résister à la pression du management « impitoyable » qui a remplacé l’équipe ancienne. Merci de résister sur ce blog

François Says:

19 décembre 2010 at 20:46.

J’ai vu, hier, une conférence gesticulée de Frank Lepage, ça ne m’a pas remonté le moral, même s’il nous a fait beaucoup rire… Quand on voit la sélection opérée par l’école, quel espoir réel pour l’intégration des handicapés?

Et je vous passe les dernières nouvelles de Suisse, la droite a vraiment la bride sur le cou depuis quelques années.

la Mère Castor Says:

20 décembre 2010 at 09:39.

Tu me fais froid dans le dos. Merci pour cette salutaire et terrible démonstration.

fred Says:

22 décembre 2010 at 16:02.

bah c’est comme pour les anciens fonctionnaires étiquetés DDASS et DRASS qui ont été aspiré par la création des ARS (Agence Régionale de Santé), nous ne sommes plus comptés comme \fonctionnaires\ puisque cette agence mélange privé et public désormais…
Et ça recrute à des salaires de oufs !
youpi !

grille salaire Says:

24 décembre 2010 at 04:58.

Merci pour le partage des informations utiles telles … Je pense que c’est vraiment un poste très agréable. Merci pour l’excellent contenu

leirn Says:

29 décembre 2010 at 09:50.

J’arrive plus à me tenir au courant des péripéties de l’éducation nationale, ça me déprime trop. Plus j’en entends des nouvelles, plus c’est pire. Je n’en reviens pas. C’est là que je me dis : heureusement que le système a une forte inertie et que beaucoup de profs croient réellement à la mission de l’école : ils font le gros dos et tiennent le coup. Moi, j’avais vraiment envie de bosser pour le système qui m’a produit, l’améliorer, travailler dans ce sens. Le système n’a pas voulu de moi, moralité, je bosse pour le système suisse roman où on est en train de construire les structures que le gouvernement français détruit.
Tiens, si vous connaissez pas : http://jacques.risso.free.fr/allegro/manontroppo.htm
Au moins, ça fait rire

Salaire Says:

7 février 2011 at 07:40.

Merci pour cette information. J’apprécie vraiment votre travail, continuez

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