2 mai 2008

Chronique du voisin ordinaire exceptionnel…

Posté par Paul dans la catégorie : Boîte à Tout .

Là, franchement, je crois que je n’y arrive plus ! Trois amies québecoises charmantes ont débarqué à la maison et nous essayons de leur faire découvrir les charmes de notre belle région (car, malgré tout ce que j’ai pu en dire dans une ancienne chronique, cette région du Nord-Isère ne manque pas de charme, il suffit de gratter un peu !). Et voilà qu’en plus le soleil est au rendez-vous (jamais contents ces paysans !), que l’herbe en profite lâchement pour pousser dans notre vaste jardin et que les plants de fleurs, sous serre, piaffent d’impatience pour être repiquées. Si je vous précise en plus que d’ici trois jours notre planning surchargé de jeunes retraités dynamiques comporte un envol pour la douce Eire, vous comprendrez le stress terrible dans lequel je nage et, comme vous êtes dans l’ensemble plutôt gentils, j’espère que vous compatirez. On s’explique pourquoi le petit timonier bling bling, ami des travailleurs, veut leur donner une occupation salariée jusqu’à soixante-dix ans !

Manque de chance, j’avais deux ou trois idées de choses importantes à vous raconter… de ces choses qui, comme par hasard, demandent qu’on ait un peu de disponibilité pour organiser ses pensées, et qu’on puisse mettre un neurone en relation avec l’autre sans se tromper dans les connexions. Là franchement pas moyen, je prends mon boulot de guide touristique très au sérieux et j’essaie de faire connaître à mes sympathiques visiteuses un maximum de sites intéressants, en éliminant ce qui, raisonnablement, ne peut être fait, et en rationalisant au maximum les déplacements. Je cours donc, du jardin à la cuisine, de la cuisine à la voiture, de la voiture au magasin… Pascaline itou… En trois jours, une avalanche d’idées me tombe dessus : tous ces endroits dont il faudrait que je vous parle, tous ces gens qu’on rencontre lorsqu’on va dans les lieux touristiques et dont le comportement vous laisse pantois… Chaque fois que je me promène, c’est fou ce que le clavier me démange…

A propos de gens, il faut quand même que je vous parle de mon voisin. Jusqu’à présent j’avais décidé de me retenir un peu, je ne sais pas trop si c’est par discrétion (après tout, tout le monde peut accéder à ce blog) ou par mesquinerie, parce que j’attendais qu’il en fasse encore un peu plus ou que je gardais ce thème de chronique pour mes vieux jours. Mais là, dans le tourbillon incessant de ma vie quotidienne, il en a « pondu » une qui a bloqué ma course dans les allées du jardin et m’a obligé à sortir l’ensemble du dossier de l’ombre dans laquelle il sommeillait. « Oh là là, je sais pas ce que j’ai, je suis fatigué ce soir, je dois faire une espèce d’infarctus… » a-t-il répondu, d’une voix guillerette à son épouse qui lui demandait ce qu’il faisait… Vous me direz que ce n’est pas bien méchant, et que tout le monde peut « lieucommuniser » de la sorte, sauf que mon voisin, lui, il est capable de vous en sortir des comme ça, à la volée, trois par jour, depuis trente ans que je cohabite le même voisinage. Il suffit d’avoir le temps, de le « brancher » un peu, et ça vient, comme ça, tout seul, sans efforts, sur tous les sujets : la météo, la politique, et… surtout… l’élevage, sa passion. Il empile les poules et les pigeons comme d’autres les timbres dans un album ou les boules à neige dans une étagère…

Au début, j’ai cru que son comportement faisait de mon voisin un être extraordinaire, comme on en rencontre peu… Mais peut-on qualifier d’extraordinaire un événement qui se répète de façon régulière ? J’en ai donc déduit que c’est un voisin ordinaire exceptionnel. Maintenant que je vous ai mis l’eau à la bouche, je suis obligé de vous en conter une ou deux, sinon vous allez être frustrés et donc aigris. Allons-y donc gaiement. Pour commencer, je vais vous parler d’une époque lointaine, les années 80, que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. En ce temps-là, mon voisin avait un élevage de lapins très mal conçu… Mâles et femelles mélangés dans le même local se reproduisaient, s’entretuaient, se sauvaient… Une vision d’apocalypse, d’autant qu’il habitait à la ville (je ne vous dirai pas laquelle…) et qu’il ne venait que le week-end. Un jour, un petit groupe de ces charmants animaux s’étaient enfuis car la porte était mal verrouillée. Panique du voisin, qui nous expliqua, ce jour-là, qu’il allait les abattre à la carabine car il avait peur que ses animaux n’attrapent la rage… Le lendemain, le Tartarin nous commenta ses exploits et nous précisa que l’un des fugueurs lui ayant montré les dents avec un air sauvage au moment de mourir, il avait certainement attrapé la fameuse maladie. Pour nous prouver à quel point il était précautionneux, il nous expliqua : « Je le garde deux jours au réfrigérateur ; s’il devient vert, c’est qu’il a la rage, je le balance ! »

Ses déboires avec les animaux d’élevage étaient nombreux : un renard avait découvert le local et l’enclos dans lequel il gardait poules, canards et poulets. Le vil goupil avait pris l’habitude de se servir au distributeur et notre cher voisin s’en arrachait les cheveux. Un matin, au réveil, nous entendons une radio émettre des sonorités assez criardes dans le champ d’à côté. Le bruit dure toute la journée : j’ai l’impression d’habiter dans un supermarché… Je me dis que mon voisin a mis un peu de musique pendant qu’il effectue quelques travaux sur son poulailler… Le lendemain, rebelote, la radio, alors que le voisin n’est plus là. Je l’attrape à son premier passage et lui demande, avec diplomatie, s’il n’a pas oublié d’éteindre son poste, si ses travaux sont terminés… Point du tout m’explique-t-il, un ami (je lui ferai la peau à celui-là) lui a expliqué que les renards avaient peur des bruits d’origine humaine. Il compte donc sur son poste pour assurer la surveillance de son élevage. Le choc est terrible : j’ai beau être (déjà à l’époque) un peu habitué, je suis interloqué et ne sais quoi répondre… Heureusement Goupil vient à notre aide, l’après-midi même, en prélevant deux belles poulettes dans le cheptel sans être dérangé par RMC. La radio s’éteint définitivement.

Cette histoire de renard turlupine mon voisin : il n’en dort plus la nuit, sort pour un oui ou pour un non, le fusil à la main ; bref, il y a de quoi s’inquiéter. Il fait démarche sur démarche auprès de la société de chasse, de la mairie, du député, puis finit par écrire au préfet, pour dénoncer l’incurie totale de l’équipe municipale. Le préfet, en bon serviteur qu’il est de notre bien aimée République, ne manque pas de faire un courrier au maire pour le rappeler à l’ordre. Pour remédier à ce cauchemar, mon voisin prend alors une initiative terrible : il demande l’autorisation en mairie de construire un mur pour enclore une autre de ses parcelles de terre. C’est décidé : il va construire une volière étanche, avec grillage et tout ce qu’il faut. Le maire donne son accord, et notre voisin donne libre cours à son délire volailler. Le renard n’a qu’a bien se tenir : les fondations font soixante centimètres de profondeur, les murs sont en béton banché, les grilles sont métalliques et il y en a de partout. Il n’y a que les gitans qui savent ouvrir des fortifications pareilles… et ils ne vont pas s’en priver. Les années qui vont suivre l’édification de ce bâtiment (évoquant, à nos yeux, une annexe de Fleury Mérogis) verront d’autres prélèvements, effectués cette fois par des bipèdes…

C’est tout pour aujourd’hui, car je viens de me rappeler que c’est une « brève » que j’écris, pas un roman. Mais si vous êtes très sages, je garde une bonne réserve d’histoires dans ma manche… Précaution d’usage : tout est fictif bien sûr, y compris le bonhomme. Toute ressemblance avec… ne serait dû qu’au hasard. Et puis, il est bien brave en fait, mon voisin (bien gentil comme dirait plutôt mon père)…

One Comment so far...

Lavande Says:

4 mai 2008 at 11:34.

Ne me dis pas que tu es pote avec le renard au point qu’il se laisse photographier comme ça!
Quel animal superbe!
Ça me rappelle une citation (chinoise je crois) que j’ai entendue hier: « Dieu a inventé le chat pour que l’homme ait l’illusion de caresser le tigre »
Idem pour le chien et le renard?

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