5 juin 2008

La bibliothèque du Trinity college à Dublin

Posté par Paul dans la catégorie : Carnets de voyage; Des livres et moi .

Le rez-de-chaussée, d’abord… Des salles basses, dans la pénombre… On se croirait dans une crypte. Des panneaux aux murs avec de grandes reproductions de manuscrits enluminés, des explications détaillées sur la fabrication des parchemins, sur l’écriture et les alphabets utilisés, sur les techniques d’illustration… Technique, très technique, passionnant et grandiose. Au centre de chaque pièce des vitrines, avec un éclairage tamisé, contiennent les « merveilles » de la grande librairie : le « book of Kells », l’un des plus vieux manuscrits irlandais connus, le « book of Dimma » et le « book of Armagh ». Chacune des pages exposées est un véritable trésor d’enluminure. Les livres ont été restaurés mais leur état général impressionne : la réalisation du livre de Kells remonte sans doute au début du IXème siècle, vers l’an 800, ce qui le place parmi les plus anciens ouvrages connus au monde. Il contient les quatre évangiles du nouveau Testament, et témoigne de la haute maîtrise artistique qu’avaient atteinte les moines irlandais à cette époque. L’ouvrage tire son nom de celui de l’abbaye dans laquelle il a été conservé tout au long du Moyen-Age. Au milieu du XVIIème siècle, il est ensuite envoyé au Trinity college de Dublin d’où il ne bougera plus. Ceux qui sont intéressés par ce manuscrit peuvent consulter l’article que lui consacre l’encyclopédie Wikipedia : il est vraiment très complet. Le livre d’Armagh et le livre de Dimma sont probablement contemporains du « book of Kells ».

Malgré le silence et l’ambiance quasi-monastique qui règnent dans les lieux, c’est un peu la foire d’empoigne pour arriver à observer correctement les manuscrits dans les vitrines ! Du côté des panneaux techniques, c’est plus calme. Nous avons eu heureusement la bonne idée de nous rendre au Trinity college en début de matinée, juste avant les premiers cars bondés de touristes…

Un escalier assez large permet de se rendre au premier étage. Sur le palier, une baie vitrée intérieure permet d’observer le personnel chargé de l’entretien des livres, en plein labeur. Je contemple, assez rêveur, une jeune femme dont l’activité consiste à dépoussiérer une par une les pages d’un ouvrage visiblement très ancien, à l’aide d’un micro aspirateur. Cela me rappelle ce que me disait une amie qui suivait à l’époque une formation en reliure traditionnelle. L’une des premières choses qu’on lui avait apprises dans ses cours, c’est que le livre avait deux ennemis redoutables : le temps qui passe et le lecteur qui tourne les pages… La vue que j’aperçois à travers une grande porte vitrée, m’arrache à la contemplation philosophique de ce dur travail. L’immense salle voutée de la vieille bibliothèque m’attire comme un aimant. J’en franchis donc le seuil et je me retrouve dans une salle toute en longueur, très haute, semblable à la nef d’une cathédrale, mais une cathédrale vouée aux livres. L’image ci-dessous donne une idée des dimensions… Des rayonnages en ébène sont aménagés dans les « chapelles » de part et d’autre du couloir central. Ils courent du sol jusqu’à la voute et sont chargés d’ouvrages de plus en plus petite taille lorsqu’on s’élève. Des dizaines de milliers de dos en cuir s’exposent à la vue du visiteur. Il n’y a là que des ouvrages anciens, une fraction de ce que les connaissances humaines ont pu accumuler depuis des siècles…

Tout au long de l’allée centrale, plusieurs vitrines permettent d’admirer des gravures magnifiques, éditions originales extraites des livres de Gould sur les oiseaux d’Australie. John Gould est un naturaliste britannique ayant vécu au XIXème siècle. Son œuvre est célèbre en particulier grâce à la qualité des lithographies qui l’illustrent, réalisées notamment par sa femme Elisabeth. Il s’agit, je pense, d’une exposition temporaire. Le fonds de la librairie du Trinity College dispose d’un grand nombre d’ouvrages précieux et le renouvellement des vitrines ne doit pas poser problème. Au fond de la salle, un magnifique escalier en colimaçon, réalisé en fer forgé, permet d’accéder à une mezzanine dominant l’ensemble de la bibliothèque (illustration publiée dans ma chronique d’hier). Nous quittons les lieux en prenant notre temps, non sans jeter un coup d’œil sur l’ensemble des bâtiments situés dans l’enceinte du collège. Mais il est clair que pour notre petit groupe de visiteurs, le point central de la visite c’est la bibliothèque ! Le rôle de simple « voyeur » est un peu frustrant. J’aurais tant aimé prendre le temps de consulter certains ouvrages. Tiens, par exemple, celui qui se trouve sur le quatrième rayon en partant du haut, là, dans la travée DD, le cinquième en partant de la gauche… Je suis sûr qu’il renferme des images croustillantes ! A une hauteur pareille… On dit bien que l’enfer se situe au plus haut des cieux, non ?

NDLR : si vous vous intéressez à l’enluminure, je vous signale un livre intéressant, d’un prix raisonnable : « Lettres enluminées » de Margaret Morgan aux éditions Ouest France. Il s’agit d’un carnet pratique, avec de bons conseils, mais cela ne l’empêche pas de contenir de très belles illustrations. Sur la calligraphie en général, il paraît que notre « ambassadeur » charbinois à Montréal préparerait une chronique pour « la feuille », dès qu’il aura un moment de libre. Pour l’instant, il est très occupé à mettre en place un blog « carnet de voyage » sur l’Irlande (eh oui, il était avec nous, c’était une rencontre internationale !). Vous pouvez aller admirer son travail remarquable de photographe à cette adresse : Irlande 2008.

One Comment so far...

moi_am Says:

20 avril 2014 at 13:15.

Merci beaucoup, ce site ma beaucoup appris sur la Bibliothèque de Trinity College à Dublin.

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