21 janvier 2016

Une page après l’autre, tout simplement…

Posté par Paul dans la catégorie : mes lectures .

lire Après la marche, la lecture… Ces deux activités sont largement compatibles et l’ordre dans lequel elles se déroulent est sans importance. C’est un biathlon sans contraintes !
Les plaisirs de la vie sont décidément variés et il est amusant d’explorer toutes leurs facettes. Pendant tout le temps où j’ai bossé, je n’ai guère eu le loisir de prendre du recul sur ce genre de questions. Maintenant que je suis un planqué de retraité, j’ai un peu plus le temps pour observer l’empreinte de mes pas… Après les sentiers à explorer, les pages à feuilleter… Un programme qui me met en joie !

pantoufles douillettes On pénètre pas à pas dans l’intimité du livre d’un auteur que l’on aime, comme l’on prend plaisir à enfiler un vêtement confortable, des pantoufles bien chaudes, une combinaison polaire bien douillette. J’adore les sensations que me procurent la découverte ou la relecture de l’ouvrage d’un auteur que je connais et que j’apprécie. L’effort, mêlé d’inquiétude, que me demande la découverte d’un nouvel écrivain me plait également. Je ne sais pas quel est le facteur qui me pousse à choisir un nouvel auteur ; pourquoi celui-ci et pas un autre ? Je crois avoir disserté sur cette question dans un billet ancien. Il me semble que les tables de lecture chez les libraires (surtout chez ceux qui font un effort réel pour créer leur visuel et ne se contentent pas d’aligner les nouveautés ou les meilleures ventes*) jouent un rôle considérable dans ce processus. Les conseils d’amis ou d’autres lecteurs me sont utiles aussi. Je regarde également avec un a priori favorable les ouvrages sélectionnés dans certaines collections. Cette confiance est parfois mal placée. Ce n’est pas parce que j’apprécie, au hasard, la collection « Libretto » chez Phébus ou la qualité éditoriale (papier et typographie) des éditions « Actes Sud » que je vais forcément trouver mon bonheur dans leur sélection ! Mais j’avoue que l’aspect matériel d’un livre a son importance. Je crois que j’éprouve un plaisir certain à découvrir des auteurs qui sortent des sentiers battus. A de rares exceptions près, les célébrités ne m’attirent guère. Je préfère me plonger dans des ouvrages de moindre notoriété : cette orientation m’a permis de découvrir des écrivains comme Claude Tillier, Régis Messac, Henri Roorda, Mary Austin, Nicolas Dickner, Vonda Mc Intyre ou tant d’autres dont le nom ne me vient pas à l’esprit sur le moment…

dernier Poulin Découvrir un nouvel auteur a pour moi un côté rassurant. Je lis beaucoup et je crains sans cesse « d’être en panne de lecture ». C’est pour moi un plaisir immense de savoir que j’ai, dans un recoin de mon bureau, une pile de livres qui attendent que je les ouvre et que je les déguste à la petite cuillère comme une coupe de mousse au chocolat. Il y a aussi le plaisir de différer le plaisir. Ce titre-là ? non pas tout de suite, la victoire est trop facile, la jouissance quasiment préméditée : mieux vaut être patient, prendre quelques risques en commençant par cet autre que l’on vient de m’offrir et dont le contenu est comme celui des cornets surprises que l’on déballait quand on était gamin. Que va t-on découvrir sous la couverture pelliculée ; que cache cette image attrayante censée attirer le regard du lecteur ? Qui est cet auteur dont je n’ai jamais entendu parler ? J’ai acheté, au mois de décembre (et avec un temps de retard) le dernier ouvrage de l’écrivain Jacques Poulin, un de mes auteurs fétiche. Sachant qu’il n’y avait que peu de chances que je sois déçu, je l’ai laissé – héroïquement – pendant deux ou trois semaines dans ma pile de lectures en attente, plutôt que de déballer le colis apporté par le facteur, comme un sauvage, à grands coups de ciseaux ! Quand je me suis enfin décidé à lui consacrer tout mon temps, j’ai fait l’effort de m’arrêter en cours de route, plutôt que d’essayer de connaître trop vite le mot de la fin. Jacques Poulin, à mon grand dam, mais aussi pour mon plus grand plaisir, est un auteur peu prolifique. La dernière de couverture refermée, je sais qu’il me faudra attendre deux ou trois années pour connaître à nouveau le plaisir que j’ai éprouvé. Heureusement qu’entretemps il y a les joies de la relecture ! Ce que je dis pour Poulin est bien entendu valable pour d’autres auteurs. Mais, par chance, la majorité d’entre eux écrivent beaucoup plus souvent, à moins bien entendu qu’ils ne soient décédés depuis leur dernière parution (une larme pour Tony Hillerman au passage). Pour le dernier opus de Thomas Cook (« la vérité sur Anna Klein »), un auteur de polars auquel j’accroche bien, j’ai eu du mal à poser le livre en son milieu, et j’ai bouclé sa lecture en deux séances seulement. Il faut dire que Cook est un artiste de la manipulation et que je n’ai pas pu résister au fait de vérifier si mon hypothèse était bonne pour la conclusion ou non.

Depossedes Une remarque en passant concernant l’écriture… Cette chronique était en gestation depuis pas mal de temps, mais elle me posait problème et n’avait pas abouti à quelque chose qui me satisfasse… La lecture est un domaine où je n’ai pas d’idées bien arrêtées. Je relis mes premières notes écrites il y a quelques mois et je ne suis pas convaincu par les idées exposées alors : trop pompeuses, voire lénifiantes.  Je m’aperçois que j’ai « copié-collé » quelques unes des phrases initiales dans ce nouveau billet mais que je les ai précédées de la mention « vieux texte : éléments à reprendre ? » – « Vieux texte » pour des lignes que j’ai écrites dans le courant de l’année 2015. Il ne faut peut-être pas exagérer ! Pourtant, c’est clair, il y a des énoncés qui ne me conviennent plus du tout. Ils nécessitent, au minimum, un remaniement partiel. Je crois que cette démarche hésitante m’a pour ainsi dire interdit, dans le passé, de devenir militant d’une organisation politique quelconque. Je n’ai jamais été capable de vendre un journal ou un bouquin en disant qu’il était « bon ». Se contenter de dire qu’il y a des articles intéressants à l’intérieur, ou des idées qui méritent d’être débattues, ce n’est pas une démarche efficace pour un bon commercial. Trop souvent, les gens espèrent qu’on va leur vendre du rêve, là où moi je n’ai à leur proposer que du « à débattre ». Cela ne veut pas dire que je ne fais pas de choix, que je n’agis jamais par peur d’aller dans la mauvaise direction ; cela signifie simplement que je ne peux rien proposer de « figé » ni sur le plan politique ni dans aucun autre domaine. Grand admirateur du géographe anarchiste Elisée Reclus, je ne vais pas pour autant le « vendre » comme l’auteur incontournable à avoir lu… Pour revenir à mon sujet initial, la lecture, il est quand même rare que je quitte une librairie sans y avoir trouvé mon bonheur et il est rare aussi que ma pile de « lectures à venir » soit réduite à la portion congrue.

Supermarche Super U Certains livres me procurent une satisfaction intense… D’autres me déçoivent et me mettent parfois même en colère. C’est souvent le cas pour des bouquins qui sont écrits en suivant un certain nombre de recettes commerciales éprouvées. J’en lis fort peu mais il arrive que je m’égare ! Pas mal d’auteurs de polars tombent dans cette ornière et leur roman est construit comme un futur scénario de film à succès. « Millénium » ou « Da Vinci Code » sont passés par là. Les cours universitaires ou les livres de cuisine ont complété le travail. Pour faire un roman « à succès », il faut : pas mal d’hémoglobine, quelques passages de violence vraiment malsaine, un brin de complaisance envers la torture, quelques scènes de sexe un peu pimentées, un héros obligatoirement paumé, une héroïne sexy… J’ai horreur des livres prévisibles. Je ne supporte pas les visions complaisantes de la violence et du sadisme. Pour résumer, un bon écrivain peut faire ressentir la souffrance éprouvée par une victime sans être obligé de détailler doigt après doigt les ongles arrachés… Certains livres que l’on rattache au « genre » littérature policière me plaisent particulièrement parce que l’auteur raconte une histoire au sein de laquelle il y a une tension indiscutable, mais pas vraiment d’assassin (autre que l’environnement social) et pas vraiment d’enquêteur. Si vous voulez tester ce genre d’écrits, essayez par exemple l’excellent « Un dimanche soir en Alaska » de Don Rearden. Quand je tombe sur un bouquin prémâché, cela me met en colère, colère née de la frustration. La sensation que l’on éprouve quand on s’est hissé sur la plus haute marche de l’escabeau pour attraper la confiture de prunes tout en haut de l’armoire ; le pot ouvert, on découvre qu’il s’agit d’un mélange fadasse ou moisi. De la littérature « à succès » pour linéaire d’hypermarché.

un-dimanche-soir-en-alaska-679355.jpg Qu’est ce que j’attends en général d’un « bon » livre alors ? C’est difficile à dire et, s’il existait une recette, je serais grandement intéressé. Déjà, sans doute, qu’il me fasse rêver, plutôt que de me replonger dans la noirceur quotidienne ; qu’il soit palpitant, donc que j’aie envie de tourner la page ; qu’il ait une histoire intéressante à me raconter ; que les personnages me soient, pour une part non négligeable, sympathiques… Importance du contenu, des idées donc, mais aussi du style de l’auteur. Il faut que la magie des mots opère et que j’y sois sensible. C’est ce que j’ai trouvé chez des auteurs comme Ursula K. Le Guin, Kenneth White, Jacques Poulin… Une écriture finement ciselée. Mais cette dernière qualité ne me suffit pas. Le style enrichit la matière mais ne s’y substitue pas. De la même façon qu’en cuisine la décoration de l ‘assiette ne saurait remplacer la qualité des ingrédients employés. Les romans à l’écriture finement ciselée, dans lesquels on sent que l’auteur a peaufiné son travail, mais n’a, au bout du compte, rien à raconter d’autre que des banalités dégageant une profonde sensation d’ennui, me laissent totalement indifférent. L’enseignement classique du français que j’ai subi, il y a fort longtemps, pendant mes années d’apprentissage, a réussi cette prouesse de me faire rejeter presque totalement la littérature classique qui constitue, paraît-il, l’une des pièces maîtresses de notre culture, mais ne m’a pas dégoûté de la lecture – ce qui aurait pu être une conséquence tragique du premier résultat. Je me complais dans ce que notre Académie et nos brillants intellectuels ont toujours considéré comme des « genres » insignifiants ou marginaux : la littérature fantastique, les romans policiers, les récits de voyage, d’aventure, de nature… Sans aucun sectarisme, ce qui me laisse le plaisir, lorsque j’en trouve un à ma convenance, de lire de très bons ouvrages « dans les normes ». Par chance, je constate quand même que les « normes » en question commencent à disparaître. Je me rappelle les bonds que je faisais lorsque j’entendais un collègue enseignant ou une brave mère de famille me déclarer que tel ou tel chérubin ne lisait pas puisqu’il n’ouvrait « que » des bandes dessinées. Quand je pense qu’il m’arrive même de lire des BD qui ne sont pas recommandées par les critiques de Télérama…

enigme diane Je ne parle ici que de la lecture de livres traditionnels, je n’aborde ni les livres électroniques, ni les textes publiés sur internet auxquels je me confronte quotidiennement. Le choix du terme « confronter » n’est pas un hasard. Je n’ai guère de plaisir à lire à l’écran. Je le fais pour m’informer et je reconnais que j’ai une forte tendance à la « diagonale » ; beaucoup plus que sur papier. L’option « livre électronique », je ne l’utilise qu’en voyage. Je reconnais que les tablettes sont plus confortables que les écrans traditionnels, mais hormis la question du poids, l’intérêt de la lecture sur écran me paraît réduit et je suis souvent frustré de ne pas avoir une vraie pile de papiers dans les mains. Le pire c’est que le livre électronique me prive de la joie et de la tranquillisation que m’apporte la perspective d’étagères remplies du sol au plafond d’ouvrages des plus divers. Cela pose des problèmes de rangement insurmontables à certains. Pour moi c’est un confort absolu et un calmant souverain.

Je pose mon livre. Je regarde par la fenêtre. L’été on peut admirer le spectacle des étoiles et prolonger la rêverie. Par ces temps de froidure, le ciel reste un peu trop couvert à mon goût. On fait avec. Cela fait du bien d’échapper un temps au spectacle du monde, guère réjouissant. Il ne manque plus qu’une belle table à dresser, quelques assiettes aux saveurs exquises, une amitié partagée, le plaisir d’un travail bien fait, un projet de voyage sous le coude… Mon regret : une vie probablement trop courte pour autant d’aventures. Là aussi, on fait avec !

Notes incontournables ou pas – (*) Une info absolument pas confidentielle, mon « top » librairies sur Lyon : La Gryffe – Raconte moi la terre – Le bal des Ardents… J’en ai éliminé plusieurs, surtout des « grandes » qui vendent les livres comme des viennoiseries… Mes excuses pour celles que je ne connais pas. Je réparerai cette lacune un jour. Il y a d’autres endroits que j’adore, comme « La lettre Thé » à Morlaix, mais c’est quand même à mille kilomètres ou presque de ma cambuse !
En illustration, quelques couvertures de livres qui me plaisent. Ce n’est pas un hit-parade mais plutôt le fruit des errances de ma mémoire !

 

One Comment so far...

François Says:

21 janvier 2016 at 22:10.

Merci pour ce joli billet. Je partage ce plaisir que procure la lecture, et aussi la découverte d’un auteur.

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