24 juillet 2016

Congés non payés, grève reconductible ou pause philosophique ?

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour... .

congespayestimbre Les trois mon capitaine ; les trois. C’est clair : le rythme de publication des chroniques a sérieusement ralenti. Je ne pense pas que cela signifie que j’ai l’intention d’arrêter ce blog, même s’il faut se méfier des crises d’introspection. Je crois simplement qu’après plus de sept cent articles publiés et plus de huit années d’activité relativement intense, une pause s’avérait nécessaire, histoire de faire le point sur toutes les questions que je me pose. Pendant tout ce temps, j’ai navigué à vue, en conservant les maigres lignes directives qui étaient les miennes au départ : suivre mon inspiration du jour mais aussi montrer que le champ du politique déborde largement le cadre de la politique politicienne. Je voulais aussi exprimer le fait que la pensée libertaire (qui est mienne depuis quelques décennies) dépasse largement le cadre étriqué des clichés dans lesquelles Droite et Gauche veulent l’enfermer. Son champ d’investigation est multidirectionnel… et je me situe, avec modestie, dans la lignée de penseurs comme Elisée Reclus (« l’homme et la terre ») ou Sébastien Faure (« encyclopédie anarchiste »), qui ont su jongler habilement avec la géographie, l’histoire, l’ethnologie, l’économie, l’éthique… et montrer quelle vision les anarchistes pouvaient avoir de tout cela.

Lectures estivales instructives...

Lectures estivales instructives…

Je ne vais pas vous importuner des heures avec mes états d’âme ! Dans la mesure où il s’agissait de directions et non d’objectifs, je me garderai bien de savoir si tout ce papotage a servi à quelque chose. Lors des discussions avec mes premiers lecteurs, certains·nes, m’ont dit que cela n’avait guère de sens de vouloir « parler de tout » même si ce n’était pas tout à fait « n’importe comment ». Pierre viendrait un jour et ne reviendrait pas le lendemain : je m’intéresse à l’histoire, mais surtout pas à l’actualité politique ; pour Marie, ce serait le contraire… Pas assez militant pour les militants, pas assez historique pour les historiens, pas assez d’arbres pour les arbrivores… la suggestion de ces premiers lecteurs critiques était de scinder le travail et de créer plusieurs blogs qui auraient chacun leur lectorat. Ce à quoi je répondrai encore ce que j’ai répondu à l’époque : ce qui m’intéresse c’est l’ouverture et surtout l’élargissement de l’horizon des débats. Je n’ai que peu d’intérêt à parler d’anarchie à des anarchistes. Je n’aime pas la facilité même si je suis plutôt du genre « père tranquille »…

Gustave Courbet ne cachait pas ses sympathies pour le drapeau noir

Gustave Courbet ne cachait pas ses sympathies pour le drapeau noir

Tant mieux si certains ont pu découvrir que l’anarchisme ne se limitait pas à la collection tartignole de clichés que dévoilent médias aux ordres et experts patentés. Ravachol, Vaillant, Casério font partie du mouvement mais ils ne sont pas les seuls. La dynamite a fait son boulot à un moment où l’on pensait que c’était un moyen de réveiller les masses endormies. L’eau a coulé sous les ponts et le débat a fait évoluer l’idée et les pratiques. Comme l’a si bien exprimé Kropotkine, je pense pour ma part qu’ «un édifice basé sur des siècles d´histoire ne se détruit pas avec quelques kilos d´explosifs». Des syndicalistes, des féministes, des écologistes se sont réclamé de l’idée libertaire, ainsi que des personnalités connues dans d’autres domaines de recherche, dont on s’est gardé, bien souvent, de dévoiler les sympathies : des peintres, des architectes, des ethnologues, des géographes, des mathématiciens… . Sous les plis du drapeau noir on trouve des personnages aussi divers que Gustave Courbet, Pierre Clastres, Alexandre Grothendieck, Noam Chomsky ou Albert Camus. Point de doctrine, de comité central, de police des esprits, mais un bel élan de générosité et d’humanisme. Joyeux foutoir que l’anarchisme pour certains… Creuset dont sont sorties de bien belles pensées sur l’être humain à mon avis. Quel plaisir de relire Reclus, Kropotkine, Rocker, Malatesta et tous ces grands noms qui n’ont laissé que peu de traces dans l’histoire officielle. Quel plaisir de voir et d’entendre les milices du Rojava rendre hommage en musique et en images aux combattants de l’Espagne libertaire ! L’absence de moule fait qu’il n’y a rien à jeter et que c’est à la fois une éthique et une philosophie qui sont parfaitement adaptées à ce début de XXIème siècle en plein chaos. L’anarchie c’est le bordel ? Faites moi rire ! Que penser de l’ordre qui – soi-disant – règne dans notre société actuelle ? Je pense au contraire, comme le disait Elisée Reclus que « l’anarchie c’est la plus haute expression de l’ordre ». Désolé, Léo, mais je ne crois absolument pas que « l’anarchie est la formulation politique du désespoir ». On ne se débarrassera pas de toutes les hiérarchies qui nous emprisonnent en quelques journées, mais toute initiative qui va dans cette direction est bonne à prendre. Tant pis si le « grand soir » n’est pas pour demain matin, pourvu que la vie soit bonne à prendre et belle à partager (référence au chanteur Serge Utgé-Royo).

Les courges montent vers le ciel.

Les courges montent vers le ciel.

Après ce plaidoyer pour justifier le fait de continuer à m’enfoncer dans mes erreurs – cette digression diront certains (et j’en suis coutumier j’en conviens), je reviens à l’observation de mes moutons et je vais essayer de répondre à l’angoissante question : à quand le prochain billet sérieux ? Eh bien, à part ce relevé de conversation au confessionnal, je n’ai pas encore de réponse à apporter. Cela veut sans doute dire que, derrière mes certitudes affichées, il y a néanmoins des doutes. Cela veut dire aussi que mon désir de créer de toutes pièces un espace vert style arboretum – projet sur lequel nous travaillons depuis une quinzaine d’années – consomme une bonne part de mon énergie. Si on ajoute à cela un potager quelque peu surdimensionné et l’envie de tester de nouvelles techniques dans le domaine de la culture bio… la marmite déborde largement, d’autant que la nature n’est pas toujours tendre lorsque l’on si confronte. Lorsqu’il pleut, il faut tondre et désherber sans cesse ; lorsque la chaleur s’en vient, c’est l’arrosage qui prend le relai ainsi que les récoltes (par chance, abondantes). Il faut sans cesse résoudre de nouveaux problèmes, car, malgré le discours moralisateur des grands prêtres « Yaka », rien n’est simple. Il faut du temps aux prédateurs des « nuisibles » pour réapparaître et au sol pour se rééquilibrer. Tout cela pour dire que fatigue et manque de temps sont sans doute aussi responsables de mon silence prolongé. Alors pourquoi ne pas arrêter d’écrire, tout simplement ? Eh bien parce que l’écriture fait partie de mes multiples centres d’intérêt et qu’il est nécessaire de communiquer, d’expliquer, de rabâcher sans cesse si l’on ne veut pas que les théories xénophobes, racistes, conformistes, nationalistes, militaristes (j’en passe et des pas meilleures) occupent peu à peu l’espace de liberté qui règne encore sur certains secteurs de la toile.

je butine tu butines Concrètement, j’arrête mes publications jusqu’à l’automne mais je compte bien reprendre le harnais début septembre. Je fais ce choix plutôt que celui de continuer à publier de manière trop erratique. Cela n’a guère de sens et conduit un blog à sa mort clinique (ou tout au moins à ramener le lectorat au dernier carré de fidèles) ; ce n’est pas ce que je veux. Je fais partie de cette catégorie de gratte-papier mégalos qui écrivent pour être lus ! Bref, chez moi, ce n’est pas la nuit qui porte conseil, mais la saison estivale. Je vis dehors autant que possible et je me gave d’oxygène et de lumens. Observer la compétition entre le rougeoiement des tomates et la progression du mildiou est une source d’inspiration unique. Même au potager les forces du bien et celles du mal s’affrontent sans pitié. Avoir un peu de temps devant moi me laissera aussi du temps pour approfondir certains sujets traités un peu trop vite à mon goût. Un certain nombre d’éléments nouveaux m’amène par exemple à reprendre l’étude du camp d’internement d’Arandon pour les Républicains espagnols. J’en profiterai aussi pour reprendre le texte de présentation du blog qui me paraît quelque peu suranné.

Pour conclure, l’été c’est aussi la saison de l’amitié, des belles rencontres et des verres levés. N’hésitez pas à vous exprimer. Les commentaires sont là pour cela.

bleuets

3 Comments so far...

fred Says:

25 juillet 2016 at 09:59.

mais mais … j’suis dur de la feuille ou c’est l’anarchie ?
Ne laissons pas la chienlit envahir nos jardinets !
(faut que je parte en vacances moi aussi !)

François Says:

26 juillet 2016 at 08:17.

Message reçu, je lève mon verre (même s’il y a de l’eau dedans) à ta santé, Paul!

Marianne chipoteuse Says:

5 août 2016 at 11:19.

Courbet et le drapeau noir, c’est un brin anachronique – mais pour les autres cités, c’est aussi un usage métaphorique, je veux bien ! Quant aux barricades du Rojava, oui, mais quel déploiement d’armes lourdes ! Est-ce cela qu’ils retiennent de la révolution espagnole ?
Bon été.

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