20 octobre 2016

Jardin d’automne, couleurs et nostalgie…

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour...; Notre nature à nous .

couleurs-automnales Finies les pérégrinations dans l’Aveyron. Il est grand temps de retourner au jardin pour y mettre un peu d’ordre avant les froidures hivernales et procéder aux dernières récoltes de fruits et légumes frileux. La saison d’été a été plutôt bonne. Je me suis appliqué à faire les choses comme je pense qu’il faut les faire et le potager m’a largement dédommagé de mes peines. Le travail d’automne est peut-être moins gratifiant car il s’agit en grande partie de défaire ce que l’on a fait au printemps : arracher les plantes victimes du premier gel qui a été précoce cette année, défaire les installations éphémères construites pour courges et haricots, remiser outils et matériel d’arrosage… L’enthousiasme n’est plus le même car c’est le temps du repli sur soi qui s’annonce. Finis ces moments prodigieux où l’on surveille la germination des graines ou l’éclatement des premiers bourgeons. Il y a quand même deux facteurs importants qui corrigent cette façon un peu pessimiste de voir les choses. Tout d’abord, la sensation d’abondance lorsque caves et armoires se remplissent peu à peu de confitures, de compotes et de conserves et que la nature, généreuse, fournit à volonté châtaignes et champignons. Plaisir matériel, certes, mais ô combien important pour bien préparer l’hiver… Ce n’est pas sans raison que marmottes et écureuils accumulent la graisse sous leur pelage en ces mois d’opulence. Il y a aussi la beauté des paysages, lumière que l’on ne voit qu’en cette saison et couleurs de feu d’artifice qui viennent égayer les buissons. Dernier spectacle avant sommeil prolongé ; il faut en profiter et charger nos batteries au maximum avant les longues nuits d’hiver. Les érables, les viornes, les mélèzes participent d’une dernière fête avant le baisser de rideau. Les liquidambars attendent leur heure paisiblement : le soleil de novembre décidera de leur coloration plus ou moins festive. Certains arbres découragés par de trop fortes chaleurs estivales ont déjà largué leur feuillage ou se contentent de couleurs plus ternes. Ce n’est plus le moment de l’impatience et à l’exubérance. Il faut prendre le temps de bien faire les choses : les provisions à la meilleure place, les outils à l’abri des intempéries. Le temps des veillées, de l’amitié partagée et des histoires contées approche.

haricots-grains-secs Je récolte les derniers haricots à rame. La météo clémente du mois de septembre leur a permis de sécher dans de bonnes conditions. Le travail est long et un peu fastidieux : récolter les gousses, enlever les rames, nettoyer le sol et le couvrir pour l’hiver. Le panier vidé sur la table de la salle à manger, il faut écosser soigneusement, trier selon la destination. Une partie des plus belles graines servira de semence l’année prochaine. Cela fait plusieurs années que je maintiens quelques variétés traditionnelles de Sardaigne, « Chiaro pintu » ou « piatto nero » par exemple et je souhaite que l’expérience continue. Que les graines soient destinées à la reproduction ou à notre alimentation, il faut veiller à un séchage bien régulier avant de les mettre dans de grandes boîtes en fer avec une gousse d’ail pour chasser les intrus éventuels. Etalées dans de grands plats, elles offrent un spectacle chatoyant : bruns, rouges et noirs mélangées. On dirait la palette d’un peintre excentrique.
Les haricots ne sont pas les seuls à mobiliser mon attention. Il faut aussi cueillir les derniers survivants de la culture sous serre. J’ai débâché celle-ci au début du mois de juillet et je suis parti en voyage sans prendre la peine de la recouvrir. Concombres, courgettes et tomates ont été victimes du même coup de gel que les plantes installées à l’extérieur. Seuls les concombres chinois ont un peu mieux résisté, protégés par leur feuillage abondant. Etonnante cette variété chinoise du concombre, cultivée pour la première fois cette année. Ils sont très productifs, savoureux et d’une longueur hors du commun : de 50 à 60 cm pour les plus beaux spécimens. Comme ils sont d’un diamètre généralement inférieur à leurs homologues anglais ou épineux, ils ont aussi moins de graines, et permettent de préparer de succulents tzatzikis… Bel exemple d’internationalisme non ? Légumes asiatiques, recette grecque, terre dauphinoise… il faudrait, pour compléter, que le yaourt soit bulgare et les oignons calabrais, mais on s’éloignerait du « consommer local » et donc de « l’écologiquement correct ». D’ailleurs, le yaourt de la ferme bio voisine est excellent et les oignons de mon jardin délicieusement parfumés ! Que demande le peuple ?

courge-trombocino Les courges ont eu la gentillesse d’attendre mon retour. Là non plus je n’ai pas été très prévoyant. Les coups de gel en octobre sont rares mais ils ont déjà eu lieu dans le passé. Par chance, le thermomètre n’est pas descendu trop bas et si les cucurbitacées ont perdu leurs belles feuilles vertes, elles n’ont pas été endommagées. Cette fois, je suis certain que les fruits que je rentre sont bien mûrs. Comme chaque année j’ai récolté des muscades de Provence, variété au goût très fin qui réussit bien dans mon potager. Cette année j’ai testé une variété italienne « trombocino d’Albinga » et le résultat est concluant : c’est une courge très goûteuse et très productive. Les fruits ne sont pas très gros mais ils ont une forme amusante, virgule à l’envers avec une grosse boule en bas. Les premiers gratins cuisinés nous ont mis l’eau à la bouche. Côté conservation je pense qu’il n’y aura pas de problème, même si je n’ai encore pas trouvé le local idéal. La courge n’aime ni le froid, ni le chaud, ni l’humidité, ni la lumière. Le meilleur emplacement serait un grenier hors gel mais bien ventilé. Je n’ai pas un tel espace à ma disposition. Je conserve donc ma récolte en cave, dans des cagettes empilées, très espacées, sur les étagères plutôt qu’au sol. Les muscades tiennent jusqu’en février à condition d’éliminer à temps les mauvais sujets ! J’ai fait sécher une poignée de graines récoltées sur l’un des beaux fruits qui a déjà terminé son existence dans un plat à gratin. Ma seule inquiétude concernant ces semences c’est que celles de courge se croisent facilement et qu’il est difficile de conserver une variété « pure » lorsqu’on en cultive plusieurs différentes de manière trop voisine. On verra en 2017 ce qui se passe…

moutarde Les parcelles d’engrais vert que j’ai semées au mois d’août ont assez bien levé, mais il a fallu les arroser abondamment au départ. J’ai maintenant deux belles planches de phacélie et une de moutarde en fleurs. Ces parcelles ne me demandent pas trop de travail à l’automne. Par contre se pose la question du « que faire » avec les parcelles qui se libèrent maintenant. Il est trop tard pour semer et je vais me rabattre sur une couverture pas trop étanche à base de paille et de compost puisque j’en ai du tout prêt sous la main. La couverture du sol qui est l’un des principes de base de la permaculture (mais aussi du jardinage bio – je rappelle cela pour ceux et celles qui croient éternellement avoir tout inventé) ne va pas sans poser quelques problèmes sur les terres lourdes comme la nôtre. Une terre lourde s’asphyxie facilement si la couverture est trop épaisse, et elle est très longue à réchauffer au printemps. J’ai donc opté pour une solution de compromis consistant à enlever tous les résidus de paillage au tout début du printemps pour que le sol bénéficie directement des premiers rayons du soleil. Par contre je couvre pendant l’hiver. Cette méthode a le mérite aussi de décourager un peu les limaces et les rats qui profitent de cet abri douillet et confortable que leur offre le jardinier l’hiver : quand je leur fais le coup de la terre nue, leur situation devient très inconfortable. Aucun conseil de jardinage, qu’il soit bio ou autre, ne doit devenir une directive. Le principe de base pour chaque jardinier en herbe est de connaître au mieux sa terre et d’adapter cultures et façons culturales à la réalité qu’il côtoie. La phacélie et la moutarde vont geler pendant l’hiver et leurs tiges vont se coucher et constituer un excellent paillage naturel. Inutile de les couper, elles n’auront plus le temps de grainer en cette saison.

Riches couleurs du Parrotia

Riches couleurs du Parrotia

Abondance de pommes cette année, reinettes rouges, jaunes, grises… Mais, en l’absence de soins appropriés, elles ne sont pas très belles et une grande partie de la récolte est tombée avant récolte. Les carpocapses, ces vilains insectes qui pondent dans les fleurs et dont la larve se développe au cœur du fruit, s’en sont donné à cœur joie. Produire autant pour conserver si mal, c’est une chose qui me met un peu en colère. Cette année le problème a été partiellement résolu pendant notre absence. De joyeux cueilleurs qui occupaient les lieux en notre absence ont courageusement ramassé les fruits tombés et ont confectionné une montagne de pots de compote. A côté de cela, nous avons quand même mis en cave de quoi tenir jusqu’à Noël. Nos pommes, « naturelles », sont délicieusement parfumées et le problème, une fois qu’on les a goûtées, c’est que l’on n’éprouve que du dégoût face aux magnifiques exemplaires sans saveur proposés dans les étals classiques. Ce ne sont pas des fruits mais des formes offertes aux peintres amateurs de « natures mortes ». Le jardinage demande certaines compétences ; l’arboriculture en demande d’autres. « Conduire » ses arbres, savoir les tailler, sélectionner les fruits, les protéger des prédateurs, demande temps et patience. Je manque un peu des deux ! J’essaie pourtant d’innover : au lieu de constituer un verger spécifique, j’essaie de disperser mes fruitiers au milieu des arbres d’ornement, histoire de compliquer la tâche des parasites divers. Mais d’autres problèmes se posent tel l’ensoleillement par exemple. Un pêcher trop ombragé par ses voisins ne produit guère ! Alors je me console avec les petits fruits, framboises, mûres, groseilles… qui poussent en abondance, ne demandent pas trop d’attention, et apprécient beaucoup notre sol. Le seul problème que j’ai à résoudre, pour ces arbustes, est celui de l’arrosage d’été. Cette année, la récolte des mûres a été bien réduites à cause de l’absence relative de précipitations en septembre : beaucoup de fruits ont grillé au lieu de s’épanouir.

Erable du Japon particulièrement coloré

Erable du Japon particulièrement coloré

Tout ça pour dire que le jardinage c’est moins facile que ne le laissent penser certaines revues ou certains enthousiastes de la tribu des Yaka. Chaque année apporte sont lot de satisfactions et de déconvenues. Je me demande même s’il n’y a pas des cultures sur lesquelles mieux vaut sans doute tirer un trait lorsque les conditions ne sont pas réunies au niveau du sol et du climat. On en revient alors au bon vieux système d’échange traditionnel : tu produis des melons et des abricots pour moi ; je compense en te livrant côtes de blettes et courgettes ! Le produire local a du bon, mais il faut parfois les pieds sur terre garder. J’espère aussi la multiplication des bourses et des marchés d’échange ce qui m’éviterait de passer un temps infini chaque année à produire des plants de toutes sortes et à installer des quantités industrielles de tomates parce que « le semis a bien marché et que ça fait de la peine de gâcher ! » A travers le jardinage aussi on peut apprendre à construire une économie participative et communautaire. Cela se faisait beaucoup dans les jardins ouvriers autrefois, cela revient à la mode aujourd’hui et c’est tant mieux.
Malgré les chasseurs, l’automne pour nous, c’est aussi le temps des balades qui reprennent dans la région. Nous avons encore de beaux trésors à découvrir !

Notre balade du jour : un étang à Courtenay...

Notre balade du jour : un étang à Courtenay…

6 Comments so far...

François Says:

21 octobre 2016 at 09:42.

Trop chouette, ces chroniques de jardinage, avec ton accompagnement lucide et attentionné de ton jardin!

Paul Says:

21 octobre 2016 at 10:04.

@ François – Merci ! Le jardinage m’apporte beaucoup… 3 semaines d’absence et j’ai été heureux comme un roi de m’y promener. Pour tant, en cette saison, les froidures matinales n’aident guère à poser les pantoufles !

la Mère Castor Says:

22 octobre 2016 at 15:04.

Magnifique ! cueillir, couvrir, conserver, prévoir. Je ne jardine guère et suis pleine d’admiration pour ce travail essentiel de la terre.

Paul Says:

22 octobre 2016 at 18:14.

@ Mère Castor – Un jour il faudra lister tous les verbes auxquels fait penser le jardinage, puis noter tous les noms d’outils bizarres, tous les mots qu’on peut employer pour décrire un potiron, une tomate… Pfff ! quel labeur !

la Mère Castor Says:

24 octobre 2016 at 10:14.

ça ferait une belle liste de mots, pourvu seulement qu’ils ne soient pas en voie de disparition comme tant de mots concernant les métiers de l’artisanat.

Grumeau Couillasse Says:

29 octobre 2016 at 21:46.

Mmh… excellent partage !
La raclette aux légumes qui va bientôt accaparer toute mon attention et celle de ma compagne a failli me distraire de tes propos.
L’Auvergne, là-haut, oui c’est vrai que ça caille déjà et zut pour les pommes, les miennes aux confins de la Normandie et des Pays de Loire sont quasi-exemptes de vers, justes mûres et cueillies en nombre, Belles de Boskoop, Reinettes et Cox orange.
J’avais un Golden aussi, mais il n’a pas supporté le coups de boutoir de mes deux béliers, pourtant fort sympathiques.
Jardinons !
J’ai essayé cette année les concombres citrons, petites boules très goûteuses, les poivrons chocolat et les aubergines blanches, hélas trop tardives.
Les noix pleuvent, les châtaignes, les nèfles et les poires d’hiver préviennent du labeur à venir, comme si on n’avait que ça à faire avec toutes ces framboises remontantes; les radis noirs se cachent, il me faudra encore louer une pelleteuse pour les déterrer en janvier.
Non, je ne suis pas de Marseille ?
Merci pour ta petite tranche de vie, jardinière et gustative. Puisses-tu par ton talent susciter des émules!

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