11 juin 2019

Le jardin va bien… merci ! Et vous ?

Posté par Paul dans la catégorie : Notre nature à nous .

 Je réponds par avance à cette question que vous ne vous posez peut-être pas mais qui, pour moi, jardinier dans l’âme, est d’une importance primordiale. Le jardin va bien et demande beaucoup de travail au quotidien ce qui explique que je n’ai guère de temps à consacrer à mes activités écrites. Mais comme il y a beaucoup moins de changement dans mes opinions que dans le paysage de verdure qui nous entoure, ce manque d’assiduité est sans conséquence pour la planète. Un grand jardin c’est une source d’inquiétudes constante : aurons-nous assez d’eau avec la source pour faire front aux températures plutôt élevées annoncées par les gourous de Météo France ? Est-ce une année à limaces ou non ? Les rats taupiers vont-ils calmer un peu leur frénésie destructrice ? Face à ces interrogations, pas de réponse encore. Par contre, pour ce qui est des récoltes de fruits, on peut déjà prévoir que ce sera une petite année et que l’activité devrait être plutôt calme pour ce qui est des pêches, des prunes, des poires et des pommes… La météo agitée du printemps, avec ses alternances de fortes chaleurs et de gelées nocturnes a fait son travail d’éclaircissage sur les arbres. Une fois encore, la végétation a démarré trop tôt et a subi des dégâts sérieux au mois d’Avril. Par chance, ce n’est pas notre gagne-pain et on fera avec. Posséder par exemple une demi-douzaine de pommiers et acheter des pommes, ce ne sera pas la première fois. Des jours comme aujourd’hui, je ne sais pas si l’on peut parler de réchauffement climatique, mais par contre côté « bordel climatique » on n’est pas déçus. Trois semaines sans une goutte d’eau, suivies par trois semaines d’intempéries et des amplitudes thermiques quotidiennes supérieures à 20° : situation difficile pour certains végétaux.

 Pour réguler l’hygrométrie, cette année on a investi une fois de plus dans les cuves de stockage. Le centre de notre petit parc ressemble bientôt aux raffineries de Feyzin, sauf que là c’est de l’eau de source et pas du pétrole brut polluant…, sauf si l’on intègre le fait que nos cuves de 1000 litres sont en plastique, issu du… Bref, je m’active au jardin plus qu’au clavier. Ils me font marrer, tous ces permaculteurs qui baratinent le beau monde en expliquant que la permaculture c’est l’art de regarder bosser la nature, les mains dans les poches… Il y a d’autres arguments plus intelligents et surtout plus réalistes pour défendre cet ensemble de façons culturales (et culturelles) qui ne sont finalement qu’une habile synthèse de tout ce qui se pratique, un peu de partout, et depuis pas mal de temps. Je suis un peu méchant, sur ce coup-là, mais j’ai horreur des modes et j’hallucine quand je vois l’espace « bio » entièrement squatté par la permaculture, ou l’espace « pédagogie » monopolisé par les adeptes de Maria Montessori (laquelle doit s’agiter dans sa tombe si elle découvre le marketing qui s’est emparé de ses travaux). Moi, Monsieur, j’ai mis mes enfants à l’école Montessori et je dois me dépêcher d’aller « permacultiver » mon jardin car à 11 h j’ai mon cours de développement personnel avec un authentique Yogi cévenol…
Ce petit paragraphe juste pour vous montrer que je conserve la niaque et que la contemplation de mes bébés haricots ne me rend pas complètement gaga.

 Alors, quoi de neuf dans ce potager 2019 ? Eh bien plein de choses, ainsi qu’en témoignent les photos illustrant ce billet (photos prises par ma photographe préférée, lui servant à illustrer son propre blog – photos que je pille sans vergogne histoire de vous épater). Je continue à construire et à réparer mes bacs de culture. Je prévois ainsi mon activité jardinage pour les décennies à venir, quand je ne pourrai plus guère me baisser. Tous les nouveaux bacs que je construis sont protégés vers le bas par un grillage à mailles fines et je m’en félicite, les premières constructions servant trop souvent de refuge à ces maudits campagnols, tristement nommés rats taupiers, aussi sournois qu’intelligents. Leur véganisme acharné provoque les pires dégâts dans les cultures. Dans les années à venir, je vais faire l’effort de vider mes premières réalisations et de les protéger également. Si je compte uniquement sur le « rétablissement des équilibres écologiques qui ne va pas manquer de survenir » (selon les gourous de l’écologie potagère) je risque d’attendre quelques longues années, d’autant que mon jardin sert de réserve à tous les rongeurs qui fuient les champs de maïs voisins… Le remplissage de ces bacs est fait selon les préceptes servant à construire les buttes auto fertiles. Le fond est couvert par une épaisse couche de bois mort, puis de la bonne terre, du compost… Le sol de surface est seulement griffé de temps à autres et constamment couvert de paille ou de résidus de récolte, histoire d’alimenter une vie bactériologique foisonnante dans le sol. Comme je ne suis pas un écolo passéiste, je me tiens au courant de l’évolution des recherches et les techniques du maraichage sur sol vivant (MSV dit-on) me passionnent. Dans ces micro espaces de culture (4 à 5 m2), je mélange de nombreuses sortes de légumes de façon à optimiser l’utilisation de la surface et d’avoir tout le temps un sol couvert de végétation. Enfin, j’essaie.

 Je conserve la gestion traditionnelle du jardin, en planches d’un mètre de large, pour les pommes de terre, les haricots, les petits pois et toutes les cultures qui demandent de l’espace et quelques interventions mécaniques régulières. J’ai institutionnalisé quelques dispositifs expérimentaux comme « la maison des courges » construite avec du bambou. Comme je l’ai dit dans une précédente chronique, ces planches là sont encore travaillées, à la motobineuse, une fois par an pour décompacter un sol dont la structure évolue peu à peu, mais pas aussi vite que dans les bouquins. Hors les bacs qui respectent cette méthodologie, je n’ai pas encore construit de buttes dans le reste du potager, car je ne suis pas encore convaincu de leur intérêt compte-tenu de la nature de mon sol. Je ferai sans doute quelques expérimentations dans les années à venir. Je fais seulement une exception pour les fraisiers qui sont plantés au sommet d’un léger promontoire. Je maitrise de mieux en mieux l’art du compostage en tas et ma production augmente d’année en année. Cela me permet d’acheter de moins en moins de terreau et ce n’est pas plus mal. Les fleurs sont elles aussi disposées dans des massifs classiques, mais je réalise mes mélanges avec plus d’habileté qu’autrefois : je ne mets plus les fleurs les plus hautes au premier plan et les bordures juste derrière. La nature m’aide bien dans mon boulot et je laisse les arrangements se faire tout seuls aussi. J’ai de plus en plus de coquelourdes, de lupins, d’onagres, de bleuets… qui poussent où bon leur semble.

Du côté des arbres j’ai toujours de désagréables surprises : je perds chaque année des plantes. Les causes sont multiples : composition du sol (je ne plante plus de châtaigniers), caprices de la météo (gel tardif ou sécheresse) ou héritage du passé : comme je l’ai expliqué dans une ancienne chronique, mon parc est planté sur un terrain qui a servi de support de culture à du maïs pendant une trentaine d’années, et le sous-sol, 20 ans après, est sans doute surchargé de résidus de désherbants spécifiques. On ne se débarrasse malheureusement pas de l’atrazine stockée dans l’argile seulement en faisant des prières… Arrivés à une certaine profondeur, après quelques années de croissance, les jeunes arbres sont confrontés à des empoisonnements progressifs que les périodes de sécheresse n’arrangent pas. Alors on coupe, on replante, et on espère qu’au fil des ans les problèmes vont s’estomper. Dans les zones ou le sol est plus perméable, les agents chimiques migrent dans les nappes phréatiques, puis dans votre système digestif, et ça se passe mieux pour les arbres !

 Comme tout jardinier, je suis parfois découragé, d’autant que le travail se déroule selon un cycle immuable : faire, défaire et refaire. Les mois de mai et de juin sont toutefois galvanisants car la nature se met sur son trente et un. Chaque année le couvert végétal progresse et le fond de notre « champ de maïs » ressemble à une petite forêt ; la petite mare est bien vivante et le potager produit sans doute chaque année un peu plus. Alors que demande le peuple ? Des visiteurs qui viennent, admirent, profitent, font trois petits tours et puis reviennent un autre jour. Comme au cinéma, chaque semaine la programmation change. Les Weigélias s’endorment, pas grave, les cornouillers prennent la relève. A quand votre tour ? Le ticket d’entrée est gratuit. Je serais malhonnête si je ne précisais pas, pour conclure, que nous devons aussi le résultat obtenu cette année à l’aide attentive de trois joyeux volontaires : Enrico, Kristen et David, venus d’Italie, pour le premier, et du Canada pour les deux derniers. Kristen et David ont passé tout le mois de mai chez nous et leur empreinte dans le parc est bien visible ! Portez vous bien et soignez votre teint de jeune fille…

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