31 mars 2020

Le grand bal mortifère des cyniques

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Questions de santé .

Une petite dose de libéralisme par ci…
Une bonne dose de mortalité virale par là…
Une grosse dose de libéralisme par ci…

Panique en Grande Bretagne. Avant même le passage à la phase critique de la pandémie Covid 19, 40 000 infirmières et 10 000 médecins manquent à l’appel. Un grand merci de la population aux derniers gouvernements conservateurs (et partisans acharnés du néo libéralisme). La santé publique ça coûte cher et ça ne rapporte pas assez aux actionnaires. C’était plus amusant de jouer au poker sur le fameux Brexit.
Mortalité dramatique en Italie. Résultat d’une bonne dizaine d’années de politique d’austérité, les équipements (en particulier les lits en réanimation) sont insuffisants. Les souris ont bouffé le parmesan. Les places dans les hôpitaux publics, même dans le Nord sur-développé, manquent cruellement. Appelée à la rescousse, l’Union Européenne, en grande partie à l’origine des mesures drastiques d’austérité, se vautre dans les déclarations de solidarité guère suivies d’effet. Je ferme une frontière, puis je l’ouvre « sur dérogation », comme l’Autriche lorsqu’elle s’aperçoit qu’elle manque de personnel de santé pour s’occuper des personnes âgées…
L’Allemagne, plus raisonnable peut-être dans l’application de la politique commune de massacre des services publiques, plus riche aussi, tire relativement mieux son épingle du jeu. Les capacités en réanimation sont quatre fois supérieures à celles de l’Italie, le double de celles de la France. Lundi 30, le nombre de cas déclarés est élevé (plus qu’en France) la mortalité est cinq fois inférieure.

Et la France dans tout ce mic-mac, me diras-tu, cher lecteur venu d’une autre planète ? On ne fait pas mieux, et même pire que chez certains voisins. Même notre traditionnelle « ligne bleue des Vosges » et notre « savoir faire hexagonal sans pareil » ne jouent plus leur rôle. Notre Jupiter omniscient a beau gesticuler, tel un moulin à vent, pour masquer la tragédie ; rien n’y fait. La seule chose qui apparait clairement c’est l’amateurisme complet de l’équipe dirigeante. C’est l’improvisation permanente, les mesures prises avec un temps de retard, les déclarations mensongères… Nous voyons à l’œuvre un gouvernement dont les membres, tout droit issus des écoles de commerce, sont plus aptes à faire du boniment et à ranger un tiroir caisse, qu’à gérer une crise majeure ne figurant pas dans leur formatage initial. Nous payons aussi, lourdement, les pots cassés d’une politique de démolition des services publics encore renforcée par les élucubrations droitières de la politique macronienne. Plus d’un an que les personnels de santé protestent, manifestent et dénoncent les conditions infernales dans lesquelles ils travaillent. Une seule réponse du gouvernement : des balles caoutchouc et des mesures concrètes contre les régimes de retraite de ces soi-disant privilégiés ; pour finir, l’annonce d’une distribution prochaine de peanuts et de médailles en toc. Se rendant bien compte (mais un peu tard) que même la majorité de la population n’arrive plus à avaler la potion amère de l’austérité, nos dirigeants cherchent maintenant à rapiécer au plus vite les blouses blanches déchirées. « Il nous faut un nouveau capitalisme » professe sans rire ce bon vieux Bruno Lemaire…

Admirez cette belle carte des fermetures de lits, en France, seulement sur deux années… Ce document « gauchiste » provient du Figaro.

Quelques exemples pour appuyer mon propos ? Disparus des stocks les masques dont on aurait bien besoin pour protéger la population… absents des rayonnages, les tests de dépistage, les vêtements de protection, les gants et tout le toutim… Plus d’usine française pour fabriquer ce matériel. Plus aucune production locale de molécules pour les médicaments de base, plus de chaines de production pour les masques, les appareils respiratoires, les blouses de protection, les bouteilles d’oxygène. La dernière usine textile fabriquant des masques a été vendue aux Etatsuniens et fermée il y a deux ans. La dernière usine proposant des bouteilles d’oxygène a fermé elle aussi. Il se trouve que les locaux sont encore opérationnels, en attente d’un repreneur qui ne se présente pas ; les ouvriers proposent une reprise de la fabrication, après nationalisation, mais on ne les écoute pas. Alors on fait appel à nos amis chinois… et à la charité publique. L’hôpital de Dijon demande des bénévoles pour coudre des blouses dont il fournit le patron ; même démarche pour les masques un peu partout en France ; les cagnottes participatives pour soutenir l’effort de nos « héros » les soignants se multiplient. Jupiter pendant ce temps, parle de charters pour alimenter notre pays depuis les stocks chinois, mais, dans un même temps, bloque la distribution des protections élémentaires aux personnels en contact avec le public qui en ont un besoin criant. La confiance dans les déclarations du gouvernement est à un niveau si bas que les personnels soignants demandent la publication des commandes françaises à l’étranger pour être rassurés sur le fait qu’elles existent bel et bien et ne sont pas qu’un effet d’annonce. Les médecins, en première ligne, meurent ; quant aux malades, on en promène quelques uns en TGV avec force images médiatiques.

Le seul mot qui me vient aux lèvres c’est « pitoyable » et le seul sentiment que j’ai envie d’exprimer c’est « colère » !

Nous voilà confinés – décision sans doute raisonnable mais quelque peu tardive, derrière laquelle se profile, dans tous les pays qui l’appliquent à la lettre, la volonté de renforcer encore plus la surveillance des citoyens y compris en temps de « paix » intérieure. On pourrait pinailler sur la validité de certaines de ces mesures, ou discutailler sur l’application des sanctions. J’espère que ce gouvernement d’épiciers trouvera un bon usage à tout cet argent collecté, impôt supplémentaire, une fois de plus, pour pénaliser les plus démunis, les moins dégourdis et surtout ceux qui n’ont guère de refuges en temps de guerre sociale. Voter ne présente aucun risque (du moins avant les élections) alors que faire du jogging est une menace publique tout comme se rendre une fois par jour à la boulangerie. Laisser les uniformes apprécier à leur guise ce qui constitue un danger ou n’en constitue pas risque d’ouvrir la porte à un nombre conséquents d’abus… et de comportements discriminatoires. Mais que voulez-vous mon bon Monsieur, on ne fait pas d’omelette patriotique sans casser quelques œufs particuliers. La peur qui rôde est aussi l’occasion de voir remonter à la surface le comportement vichyssois de certains de nos compatriotes ; une petite lettre anonyme par ci, une petite dénonciation par là, ça soulage énormément. Ne jamais oublier ce que disait Emilie Carles dans « la soupe aux herbes sauvages » : à la Libération en 1945, nombre de nos concitoyens se sont contentés de remplacer le portrait de Pétain par celui de De Gaulle… Dans tout immeuble se cachent un ou plusieurs justiciers masqués qui n’hésiteront pas, sans péril puisqu’ils n’ont pas d’honneur, à signaler le danger que représentent les sans-abris, les homosexuels, les noirs, ou, pourquoi pas, les personnels soignants. « Méfiez-vous de la petite dame du deuxième ; elle travaille dans un EHPAD et côtoie chaque jour des personnes contaminées. L’applaudir sur son balcon c’est bien, la croiser dans l’escalier ou, pire, dans l’ascenseur, c’est une situation inadmissible ».

Face à la crise, notre Jupiter décrète. Un petit 49.3 pour appliquer la démolition des retraites. Une batterie de mesures digne du « Guiness Book » pour le bien-être public. Notre premier ministre en avait presque des larmes de fierté lorsqu’il a fait son annonce : jamais un conseil des ministres de la Vème République n’avait accompli un tel exploit ! Les décrets sont en tout cas une solution commode pour agir, soi-disant, pour le bien de tous. Les mesures « temporaires » prises depuis quelques jours, seront-elles annulées, comme le déclarent nos dirigeants, lorsque le péril sera écarté ? D’autant que les « périls » passés, présents et futurs ne manquent pas. Un « péril » en chasse un autre : terrorisme, grogne sociale, crise écologique… Ce n’est plus une vie que d’être un Macron de la République. Jamais moyen de poser la cape du superhéros justicier. Il faut reconnaître, pour faire preuve d’objectivité, qu’il y a un domaine qui fonctionne bien chez nous : c’est celui de la répression. Rassurons ceux qui dorment sur un matelas de billets : nulle pénurie d’armes et de munitions n’est à craindre pour éborgner, asphyxier, blesser, la population récalcitrante. Le bilan absolument effarant de la répression contre les Gilets Jaunes en témoigne. Dommage que le mouvement social n’en ait pas profité pour constituer un stock de masques respiratoires. Pendant des semaines, l’atmosphère de certaines grandes villes a été rendu irrespirable par les largages inconsidérés de tonnes et de tonnes de gaz. On eut apprécié la même capacité chez nos ministres de l’intérieur et de la santé à stocker les masques respiratoires que les balles en caoutchouc pour éborgner. Faisons comme nos médias zofficiels : évitons les sujets qui fâchent et dénonçons l’absence totale de démocratie chez les autres. Quels tyrans ces Orban, Erdogan, Poutine… et les autres !

La solution adoptée, la seule possible ? Je vous propose simplement ces quelques lignes relevées sur le site de France Inter à propos de la situation du Portugal : «Moins d’austérité, moins de coupes claires dans la santé publique, un pays mieux préparé. Ce qui autorise d’ailleurs Lisbonne à faire preuve de générosité : le 28 mars, Lisbonne a décidé de régulariser tous les migrants qui ont déposé un dossier de résidence et de renouveler automatiquement les titres de séjour qui arrivent à échéance.» Le 30, dans l’après midi, on relève environ 6400 cas de Covid 19 confirmés au Portugal, contre 85 000 en Espagne.

La boucle est bouclée avec le sous-titre de cet article. Je m’arrête là. Je ne voudrais pas que cette colère justifiée ne fasse trop monter ma pression artérielle, et ne me transforme en « sujet à risque ». D’autant que je rentre dans une tranche d’âge qui ne fera pas de moi une personne à soigner en priorité. Alors calmos. Je ne m’étale pas sur mon confinement personnel. Je fais partie des petits bourgeois bienheureux qui disposent de place pour patienter, d’une bibliothèque conséquente et d’un jardin pour calmer leurs nerfs. J’assume ! Bon courage à tous les autres ! Pardonnez-moi cette conclusion égoïste. Je vous assure : je n’ai pas mauvais fond.

addenda n*1 – 3 avril : (source, journal « La Montagne ») Un nouvel espoir vient de s’envoler pour les salariés de Luxfer de Gerzat (Puy-de-Dôme). Alors que l’usine pourrait préserver la France d’une pénurie de bouteilles d’oxygène, le ministre de l’Economie vient d’écarter l’hypothèse d’une nationalisation du site. Une déception pour le député André Chassaigne. C’est une déception de plus dans le triste feuilleton que vivent les salariés de Luxfer depuis le 26 novembre 2018 et la fermeture de l’usine basée à Gerzat (Puy-de-Dôme). Ces dernières semaines, une nouvelle lueur s’était allumée avec l’espoir de relocaliser en France la fabrication de bouteilles d’oxygène. La nationalisation du site devenait donc une piste notamment défendue par le député André Chassaigne. Un fin de non-recevoir notifiée ce jeudi matin L’élu du Puy-de-Dôme ne cache pas sa déception. Car ce jeudi 2 avril, durant la visioconférence organisée par le Premier ministre avec les dirigeants de partis et les présidents de groupe, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, a répondu par une fin de non-recevoir à la demande de nationalisation de l’entreprise Luxfer de Gerzat.

4 Comments so far...

Zoë Lucider Says:

8 avril 2020 at 16:08.

Cher Paul, oui nous sommes privilégiés parce que confinés dans des espaces où on respire sans entrave et où on marche à son aise. mais la situation est plus qu’angoissante. Pas tant l’épidémie elle-même que le monde d’après. Pas d’illusion, à moins que le Covid fauche une grande partie de nos ploutocrates, nous les aurons plus que jamais à la manœuvre et surement pas pour le bien commun.
Quant aux ouvriers de l’usine, on pourrait leur conseiller de faire ce qu’ont fait ceux de la SCOP TI qui ont tenu 1336 jours d’occupation de leur usine afin de la récupérer. http://www.scop-ti.com/
Prenez soin de vous … et des autres

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