17 février 2009

A pied, en raquettes et en voiture

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour...; Carnets de voyage .

img_8388 Comme prévu, retour à la vie urbaine montréalaise ce mardi matin, après une généreuse fin de semaine (les Québecois, eux au moins, n’emploient pas cet horrible « week-end ») de quatre jours dans un chalet à proximité du parc Frontenac au Sud du Saint-Laurent. Je me plonge dans la lecture des nouvelles franco-françaises et je reconnais que j’ai un peu honte de vous parler flocons de neige et petits zoizeaux alors que, visiblement, la situation politique et économique pourrit de plus en plus dans l’hexagone, comme partout ailleurs, soi dit en passant… Mais bon, nous sommes contents de ce séjour outre-atlantique et visiblement certains lecteurs apprécient aussi ces « carnets » un peu brouillons alors je persévère et m’enfonce dans mon récit en vous en souhaitant bonne réception.

Posséder un chalet ou à défaut en louer un de temps en temps est visiblement quelque chose de très important pour les citadins du Québec, et l’expression mérite quelques explications pour les Français habitués à la vision cliché du trappeur canadien vivant en ermite dans sa cabane en planches au fond des bois. Le terme « chalet » désigne en fait n’importe quelle résidence secondaire, de préférence en pleine campagne, et, si possible, luxe suprême, au bord de l’un des dizaines de milliers de lacs que l’on peut trouver au Québec. Plus la population devient urbaine (un bon tiers de la population du Québec vit à Montréal et environs), et plus le besoin d’évasion devient important, au moins pour ceux qui en ont les moyens. Le prix des chalets, même lorsqu’ils sont éloignés de la ville, a en effet grimpé en flèche ces dernières années, artistes et bobos écolos en particulier, trouvant très tendance de quitter leur loft ou leur condo de temps en temps, pour aller respirer le bon air pur dans les parcs et les réserves, quitte à s’éloigner pour 24 ou 48 h de leur restaurant favori et par conséquent de leurs sushis (faites gaffe, il y a un jeu de mot !). C’est le retour à la nature, la salutation à notre mère la terre, la plongée dans la vie sauvage, hors civilisation, sans exagérer quand même, car pour beaucoup de ces oiseaux là, la vie sauvage c’est la randonnée en quad ou en skidoo, ou le ski alpin dans les stations branchées du Mont Tremblant. Mais l’envie du « chalet » touche également de vrais amis de la nature, de ces gens pour qui la vie citadine est un déracinement transitoire et qui attendent avec impatience le silence des forêts ou le clapotement de l’eau sur les rochers. Si les parcs offrent en général des résidences avec un confort relativement sommaire, les chalets privés sont par contre très bien équipés, du chauffage électrique à la télévision écran plat dernier cri, en passant par tout un équipement qui facilite grandement la vie « sauvage ». Celui que nous avons loué possédait même une cheminée à gaz propane et fausses bûches en fonte absolument grandiose. Je vous rassure donc : nous n’avons pas dormi pendant quatre jours sur des planches de bois, abrités sous une peau d’orignal en cuisant nos côtelettes de chevreuil à la braise. Par contre, nous sommes allés beaucoup dehors et nous avons largement profité de ce que la neige a de plus plaisant : la beauté des paysages et le plaisir des longues randonnées en ski ou en raquettes.

img_8530 Vous noterez que cette fois-ci, je n’ai pas commencé par me plaindre du froid. Il faut dire que d’une part, une dizaine de degrés en dessous de zéro ça se supporte mieux à la campagne qu’à la ville ; d’autre part, à l’exception de quelques bons coups de vent, la météo a été plutôt clémente. La différence de perception du froid entre ville et campagne est sans doute due à un facteur humidité moindre et à une meilleure circulation de l’air. Par ailleurs, en forêt, le vent, qui est un élément terriblement influent sur le thermomètre, est largement atténué. Tout ça pour dire que nous avons fait quelques sorties en raquettes particulièrement agréables, surtout lorsque j’ai eu trouvé un modèle qui convienne bien à mes courtes pattes de Hobbit (aux pieds malheureusement dépourvus de fourrure) et qui ne nécessite pas de faire des enjambées colossales pour éviter un méli-mélo terriblement propice à la chute du corps, conformément à la loi énoncée par Newton. Je rappelle à mes lecteurs distraits que je n’aime pas la neige et que j’aime encore moins me vautrer dedans ! J’ai donc renoncé aux belles raquettes traditionnelles en babiche que me proposaient mes amis, pour chausser de vulgaires patins en alu et résine… Honte sur moi, mais le sang qui coule dans mes veines n’est visiblement ni Huron, ni Cree, ni Montagnais (ce qui ne diminue en rien l’estime que j’ai pour la culture de ces peuples). Je ne vais pas vous raconter en détails les moments agréables vécus pendant ces quelques journées. Je ferai simplement un petit arrêt sentimental et photographique sur deux longues balades : la soirée « raquettes au flambeau » proposée par le parc du mont Mégantic et le « chemin de l’érablière » au parc Frontenac. Deux parcours faits dans des conditions très différentes et que je rêve de refaire à la belle saison, sans cette maudite poudre blanche, et les pieds bien ancrés sur le plancher des vaches (je ne suis pas issu d’une vingtaine de générations de paysans pour rien !).

img_8502 Le soir de la Saint Valentin nous avons participé à une animation à la fois culturelle (nourriture), physique (raquettes) et scientifique (astronomie) au parc du Mont Mégantic, « première réserve mondiale de ciel étoilé ». Le mont Mégantic n’est pas très éloigné (quelques kilomètres au plus) de la frontière avec l’encombrant voisin étatsuniens. Il est situé dans une zone relativement sauvage qui était, jusqu’à présent, relativement à l’abri de la pollution lumineuse et il abrite un observatoire astronomique réputé pour la qualité des travaux de recherche qui y sont effectués. Il y a quelques années, le parc s’est associé aux chercheurs pour lancer une campagne de « dépollution lumineuse » car la transparence du ciel baissait peu à peu. Un gros effort d’information a été fait en direction des communes des environs, et grâce à un certain nombre de conseils (et de subventions) une politique de transformation des éclairages publics et privés a été conduite, amenant à des résultats très positifs quand à la visibilité astronomique. L’objectif est aussi de servir d’exemple de « bonne conduite » pour l’ensemble du pays. L’un des astronomes animateur de la soirée nous a expliqué que la part gaspillée de l’éclairage urbain (lumière envoyée vers le ciel et sans intérêt public, ou éclairage surdimensionné) représentait environ 20 % du budget éclairage en Amérique du Nord, soit un gaspillage dont le coût est estimé à un milliard de dollars par an. L’intérêt de la démarche est donc à la fois écologique et économique. En tout cas, l’éclairage du sentier de raquette par des flambeaux ne nous a pas empêchés de profiter pleinement d’un ciel étoilé absolument grandiose. Pour tout dire, on se serait cru au milieu de notre jardin au mois d’Août, lorsque l’éclairage du stade de foot voisin (aaargh !) est éteint. En tout cas, le côté sportif du parcours est important aussi : essayez de progresser en raquettes sur un chemin en ayant une forte envie de regarder en l’air… Vous aurez quelques surprises ! En tout cas, la constellation d’Orion était magnifique et j’ai terminé la boucle sans le moindre horion.

img_8544 C’est en soirée aussi que nous avons fait la jolie promenade de l’érablière à Frontenac. La piste longe une petite vallée puis elle grimpe en sinuant sur une colline sur laquelle trônent de magnifiques érables. Les lueurs du soleil couchant ont d’abord donné au paysage des colorations jaune orangé qui sont venues réchauffer le sol blanc neigeux. L’obscurité s’est ensuite installée progressivement, estompant les formes et leur donnant d’étranges apparences. Les troncs et les rochers évoquaient de mystérieuses créatures, donnant au décor un caractère un peu féérique. Nul personnage de légende n’est cependant apparu, à ma grande tristesse, d’autant que la tranquillité des lieux était telle que l’on ne pouvait croire à une présence maléfique. A plusieurs reprises nous nous sommes arrêtés pour écouter la forêt, le bruit grinçant des raquettes empêchant bien souvent de discerner quelque bruit que ce soit, mais nous n’avons surpris ni chevreuil, ni lièvre ; il faut croire que ce soir-là, leurs pistes ne croisaient pas la nôtre. Le plus surprenant c’est que c’est en voiture que nous avons observé le plus grand nombre de cervidés. La quête de la nourriture, plus rare avec la neige, les amène souvent à s’approcher des lieux habités, et il faut, à la nuit tombante, prendre de grandes précautions pour éviter les collisions. Certes le chevreuil n’a pas la taille de l’orignal (élan, aussi gros qu’un cheval de trait) mais le choc n’est profitable à aucune des deux parties ! Quand nous avons déchaussé nos raquettes, en regagnant le parking de l’accueil du parc, la nuit était complètement tombée et c’est une féérie étoilée qui s’offrait à présent à notre regard.

img_8471 Nous sommes rentrés sur Montréal en empruntant un itinéraire qui nous a permis de survoler un peu cette vaste région de l’Estrie. Les paysages sont vallonnés, agréables au regard, et de vastes espaces semblent totalement sauvages. Nous nous sommes arrêtés à Sherbrooke : la ville a une architecture un peu particulière, avec beaucoup de bâtiments en briques rouges et une immense cathédrale en pierres grises. Personnellement, je n’ai pas beaucoup apprécié cette brève visite, mais il faut dire que j’avais encore la tête dans les bouleaux jaunes et les sapins baumiers. De plus j’étais « tanné » du froid urbain et des trottoirs gelés où il est parfois difficile de garder son équilibre. Nos aventures vont donc se poursuivre pendant une semaine à Montréal, avant que nous retraversions la « grande flaque » en sens inverse. Comme nous n’avons plus de voiture à disposition, il est fort probable que nous allons revenir à un programme plus culturel que sportif… (à suivre)

NDLR : le pied de recommencer à travailler sur un bon vieux mac. P’têt ben que le nombre de choniques va augmenter un peu ! Pour les photos, il va falloir qu’on fasse quelque chose de sérieux car le format choisi pour illustrer les chroniques ne met guère en valeur le super travail effectué par ma coéquipière !

3 Comments so far...

fred Says:

18 février 2009 at 10:17.

y’a un petit souci quand même, le reste des articles n’apparait plus depuis quelques jours !

Paul Says:

18 février 2009 at 14:54.

Ben non Fred, je vois pas de problème… Si quelqu’un d’autre le constate, merci de le signaler. Es-tu frappé par une mesure de censure individualisée à cause de ton comportement de mauvais citoyen ? Téléphone à la préfecture !

fred Says:

19 février 2009 at 10:06.

ah ben zut alors ! c’est peut être à cause de mon navigateur alors (IE) !
je suis drôlement privé du coup ! (le comble pour un mec du public)

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