14 janvier 2008

Bonaguil, chef d’œuvre médiéval

Posté par Paul dans la catégorie : Carnets de voyage; vieilles pierres .

bonaguil1.jpg Le château de Bonaguil, dans le Lot, est un magnifique exemple de l’architecture castrale française à la fin du Moyen-Âge. Ce château, construit un peu au milieu de nulle part, forteresse impressionnante n’ayant jamais été l’objet du moindre affrontement, œuvre d’un seigneur qui lui a consacré son existence, a pendant longtemps intrigué les historiens. Pour les amateurs de vieilles pierres et de bâtisses médiévales, c’est un lieu fascinant à visiter : n’ayant jamais souffert de destructions importantes, il n’a jamais été dénaturé par des restaurations intempestives et conserve donc l’allure qui était la sienne au XVème siècle. En visitant Bonaguil, on peut donc se rendre parfaitement compte du degré réel de maîtrise de l’architecte et des artisans bâtisseurs qui l’ont construit. Bonaguil présente le paradoxe d’être l’un des derniers châteaux-forts bâtis, à une époque où le développement de l’artillerie rendait le concept de château-fort presque totalement démodé.

On découvre l’énorme vaisseau de pierre, au creux d’une vallée, après avoir longuement roulé sur de petites routes sinueuses qui arpentent les collines boisées du Haut Agenais. Bonaguil ne se dresse pas au sommet d’un piton vertigineux comme les châteaux du pays cathare ; Bonaguil ne s’élève pas au-dessus des flots tumultueux d’une rivière ou d’un fleuve dont il aurait pu contrôler le passage ; Bonaguil ne se trouve pas sur un emplacement stratégique, voie de passage ou frontière provinciale. Il jaillit soudainement au cœur d’un modeste vallon, perché sur un socle rocheux , dominant du haut de son donjon spectaculaire quelques modestes masures qui se blotissent à ses pieds. Avant même de franchir la porte d’entrée du château, la première question que l’on peut se poser c’est « pourquoi Bonaguil, pourquoi ce château, à cet emplacement-là, à l’écart de la vallée du Lot, loin de toute agglomération importante ? »

bonaguil2.jpg Chose curieuse par rapport au bon état général des lieux, les archives sont modestes et n’apportent que fort peu d’informations sur l’histoire de cet édifice. On ne connaît pas l’identité des maîtres d’œuvre qui le façonnèrent. Même la vie de celui qui a été à l’origine des principaux aménagements réalisés à la fin du XVème siècle, Bérenger de Roquefeuil, est mal connue. On sait qu’il est né en 1448 et qu’il est mort en 1530 après avoir eu une douzaine d’enfants. Il s’agissait probablement d’un homme de caractère, sans doute un peu mégalomane. On lui attribue cette déclaration : « Par Messire Jésus et tous les saints de son glorieux Paradis, j’élèverai un castel que ni mes vilains sujets ne pourront prendre, ni les Anglais s’ils ont l’audace de revenir, voire même les plus puissants soldats du roi de France ». Mais même ce texte est sujet à caution car la charte sur laquelle il a été recopié au XIXème siècle a disparu. Le château, tel qu’on peut le visiter actuellement, illustre quand même bien ces propos. Tout a été fait pour rendre le donjon imprenable et les systèmes de défense sont particulièrement ingénieux : une très forte enceinte extérieure, puis une seconde enceinte intérieure dotée de cinq tours, avant d’atteindre le donjon, profilé comme une nef pour mieux échapper aux tirs d’artillerie. Les tours de la seconde enceinte sont énormes : l’une d’entre elles fait 14 mètres de diamètre et possède des murs de 4 m d’épaisseur à la base… Des fossés et des galeries creusées dans le roc permettent une circulation rapide des soldats de la garnison. Tous ces murs sont percés de multiples embrasures pour les arquebuses ou les couleuvrines, dont les angles de tir se recoupent pour un maximum d’efficacité.

Il n’y a pas que la conception défensive de Bonaguil qui est remarquable. Les corps de logis, au nombre de deux, les « communs » et le « logis seigneurial », possèdent de nombreux aménagements : de grandes cheminées, un système d’amenée d’eau dans les lieux où elle est indispensable, ainsi que des conduits pour l’évacuation des eaux usées. On se plaît à imaginer l’allure que pouvaient avoir les grandes salles d’apparat avec leurs lourdes tentures et les teintes ocres sur les murs. La grisaille actuelle des pierres ne donne qu’une bien piètre idée de la décoration médiévale… Sous le château, de vastes galeries que l’on peut encore visiter, servaient de voie de circulation mais aussi d’entrepôt réfrigéré pour les marchandises et d’écuries pour les chevaux. Un puits très profond garantissait l’approvisionnement régulier du château en eau potable. La forteresse était parée pour affronter un siège prolongé qu’elle n’a jamais connu !

bonaguil3.jpg La destinée de Bonaguil a été plutôt calme au fil des siècles : le château a échappé aux guerres de religions et à l’ire de Richelieu et de Louis XIII (Richelieu a fait démolir un nombre impressionnant de châteaux en France) . La Révolution lui a causé quelques dommages mais rien d’irrémédiable. Viollet-le-Duc l’a visité en 1844 et le bâtiment a failli à ce moment-là être racheté par l’Etat. Depuis 1860, il est la propriété de la commune voisine de Fumel, qui s’occupe de son entretien. D’illustres visiteurs sont passés à Bonaguil, notamment André Breton, en 1959, qui a été fortement impressionné par le site. Il faut dire qu’il a eu la chance, comme nous l’avons eue beaucoup plus tard, de faire la visite avec un guide extraordinaire, Max Pons, enfant du pays et conteur hors-pair, qui a su faire vivre pour nous ces pierres comme si elles étaient encore habitées… Max Pons était un grand ami de l’écrivain Henri Paul Eydoux, qui a réalisé, dans son livre « châteaux fantastiques », une description superbe de Bonaguil. Un autre passionné, lui aussi disparu… Nous sommes retournés trois fois au moins à Bonaguil. A chaque fois, les visites ont été passionnantes, mais, lors de nos derniers passages, Max Pons n’était plus là et la magie n’opérait plus de la même façon.

Quand vous aurez visité les Tours de Merle dont je vous ai parlé dans l’un de mes précédents « carnets de voyage », prolongez donc votre séjour… Roulez en direction du Sud-Ouest, vers le département du Lot. Cherchez la rivière, puis Fumel et enfin Bonaguil sur votre carte. Le château vous attend et la région est riche de mille et une autres découvertes naturelles et historiques à faire : Pech Merle et Lascaux, Sarlat, Cahors… 15 jours ne suffiront pas à arpenter tous ces lieux passionnants et il vous faudra faire des choix !

bonaguil4.jpg
Photos de l’auteur, gravure de Viollet-Leduc

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