4 février 2008

Equi’Sol Salon du commerce équitable

Posté par Paul dans la catégorie : le monde bouge .

logo-equisol.jpg Ce week-end, à Lyon, ou plus précisément à Villeurbanne, se tenait le premier salon européen du commerce équitable, organisé par l’association Equi’sol. Comme nous n’étions pas invités au mariage à l’Elysée, nous sommes allés faire un tour à ce salon. L’arrivée en voiture tenait un peu du jeu de piste car le vent s’était malicieusement amusé à faire tourner les panneaux de fléchage dans tous les sens, rendant le parcours dans le quartier labyrinthique de la Doua plutôt acrobatique. Pour un premier salon, le succès était au rendez-vous et nous avons été surpris par la présence d’un grand nombre d’exposants, ainsi que d’une quantité importante de visiteurs. Nous avons retrouvé la foule bigarrée des salons écolos comme « Primevère » (qui aura lieu dans moins d’un mois) : une bonne louche de militants, une bonne quantité de bourgeois éclairés en quête d’informations et des jeunes, étudiants sans doute, compte-tenu du quartier, beaucoup de jeunes. Au détour des allées, on croisait des gens d’un peu toutes les nationalités, et les conversations allaient bon train dans des langues variées. C’était sympa, bon enfant et plutôt dépaysant.

maxhavelaar.jpg Côté exposants, le salon était organisé en « pôles » : grossistes, importateurs, producteurs de vêtements, d’aliments, stands d’associations… La zone réservée aux grossistes, importateurs, plutôt destinée aux professionnels (qui avaient eu leur journée spéciale, le vendredi) était la plus calme. La fréquentation des autres secteurs était raisonnable et l’on pouvait s’approcher des stands pour discuter un peu, ce qui était plaisant. Les « poids lourds » et « demi-lourds » du commerce équitable, Max Havelaar, Oxfam, Artisans du Monde, Fair Trade, Alter Eco… étaient bien entendu présents, ainsi qu’une multitude de petites sociétés, de groupements de producteurs ou d’associations. Certains stands informaient largement sur la provenance de leurs produits et faisaient preuve d’une relative transparence sur les coûts. D’autres rappelaient plus l’épicerie de quartier de Mme Michu, proposant des tonnes de bijoux, de bric à brac, ou de tee-shirts pour lesquels la principale garantie était un panonceau « équitable » sans aucun autre détail. Il y avait visiblement quelques « brebis galeuses » dans le troupeau ! Méfiants à l’égard de vêtements ou de fabrications artisanales hors de prix (nous n’acceptons pas la fatalité selon laquelle équitable = cher pour le consommateur), nous ne nous sommes pas attardés sur ces stands. En d’autres lieux, associations ou revues par exemple, nous avons eu des contacts intéressants. Certaines initiatives donnaient envie d’aller un peu plus loin que le simple coup d’œil : le groupement « fermes du monde », associe par exemple des fermes de la région Rhône Alpes avec des producteurs des pays en voie de développement, pour proposer des produits « mixtes ». Sur leur stand, on trouve ainsi des compotes pomme-mangue, ou des plats cuisinés en conserve associant par exemple une viande locale avec des fruits exotiques. Un collectif grenoblois, « femmes en développement au Cameroun », propose des stages d’échanges de savoir, organisés au Cameroun, autour d’un projet de construction coopératif. Les revues « Altermondes » et « l’Age de Faire » (dont je vous parlerai bientôt pour faire de la pub) étaient présentes, ainsi que des exposants traditionnels de Primevère comme l’agence de voyage Arvel et la société financière alternative La Nef.

equitable.jpg Une simple chronique ne suffirait pas pour évoquer tous les aspects positifs et négatifs que soulève le dossier « commerce équitable ». Des livres entiers y ont été consacrés et ne font pas le tour de la question, tellement l’angle sous lequel on aborde la discussion change le point de vue des interlocuteurs. Dans une chronique récente sur les labels « bio », je faisais part des doutes que j’avais concernant les garanties offertes par certains d’entre eux, notamment le nouveau label européen, tout en concluant que je restais quand même largement acheteur de ce type de produits compte tenu des enjeux. Le questionnement concernant le commerce équitable est encore plus important, surtout depuis que les grandes surfaces de distribution ont ouvert leurs rayons à ce type de produits, d’une part pour se donner une bonne image de marque, à bon compte, d’autre part parce que les marges offertes sont intéressantes et que le secteur est en pleine expansion.

Je n’ai pas la même relation de confiance avec Carrefour ou Leclerc, qu’avec le camarade auquel j’achetais (quasiment sous le manteau), des paquets de café labellisés « Max Havelaar », lors des réunions syndicales. Depuis une dizaine d’années, bien des choses ont changé, en bien comme en mal. Ce qui a évolué en bien par exemple, c’est que le problème du mode de production, et de la rétribution du producteur, sont venus un peu plus sur le devant de la scène commerciale. D’après les sondages, 80% des consommateurs savent, à peu près, ce que veut dire la mention « commerce équitable » sur un paquet de café ou sur une tablette de chocolat (qui ont été les deux produits « phares » du commerce équitable pendant longtemps). Si je précise « à peu près », c’est que l’idée générale, producteur mieux payé, est passée. Cela veut dire aussi que l’on réalise à nouveau que derrière un « produit », il y a obligatoirement un « producteur ». Cela paraît idiot de dire cela de cette façon, mais c’est un facteur qui a son importance ! Pour ce qui est du détail, par exemple combien touche réellement le producteur, de quelle façon le produit est-il distribué, comment les différents maillons de la chaîne de distribution sont-ils rémunérés… c’est beaucoup plus vague. Mais le consommateur, à ce niveau, a une excuse : le détaillant, petit commerce ou grande distribution, même combat, est beaucoup plus discret à ce sujet. Si le label officiel « AB » est flou sur de nombreux points, pour le commerce équitable c’est encore pire : il n’y a carrément pas de label officiel clairement défini. Les étiquettes qui authentifient les produits sont en fait des labels privés associatifs (Oxfam, Max Havelaar) dont le mode d’attribution est parfois remis sérieusement en question.

Les partisans du « commerce équitable » font remarquer, à juste titre, que l’entrée de ces produits labellisés dans la grande distribution c’était le seul moyen de les faire connaître, donc de les vendre en quantité. Plus un produit est vendu, plus le nombre de producteurs mieux payés augmente. Les opposants font remarquer alors qu’en l’absence de label officiel, chacun a tendance à mettre en place son propre réseau avec un cahier des charges particulier. Les hypermarchés envisagent ainsi de créer leur propre filière d’importation, « zappant » les intermédiaires genre « alter eco » ou « Max Havelaar », de manière à avoir plus de souplesse dans leur gestion (traduire par « accroissement des marges »). On peut se demander alors, en l’absence de « normes », s’il suffit qu’un producteur soit payé dix pour cent de plus pour que la transaction soit « équitable »…

equitable2.jpg Le commerce équitable peut améliorer la transparence dans les échanges commerciaux Sud-Nord, et permettre une rencontre entre producteurs et consommateurs. C’est une bonne chose. Mais il peut aussi créer, de façon insidieuse et perverse, un déséquilibre dans les marchés locaux. Dans un dossier publié il y a quelques années et qui avait fait un peu office de « pavé dans la mare », la revue « Silence » avait donné quelques exemples de situations problématiques. La culture de la Quinoa a été ainsi relancée dans certaines régions d’Amérique latine par l’augmentation de la demande occidentale et les prix élevés offerts par les acheteurs, plutôt incitatifs. Du coup, un certain nombre de coopératives ont abandonné les cultures diversifiées pour se spécialiser dans la production de quinoa, entrainant une forte augmentation des prix pour le commerce local : pénurie de haricots, de maïs et augmentation du prix de détail de la céréale, liée au prix à l’exportation.

Dans ce domaine-là comme dans d’autres, on n’est pas loin de la problématique du « battement d’ailes du papillon », c’est à dire que l’on s’aperçoit très vite qu’une réponse intéressante à une question particulière, soulève d’autres questions, crée d’autres problèmes et qu’il faut être prudent dans toute démarche. Mais être prudent ne signifie pas non plus ne rien faire. Il faut simplement considérer, comme pour la production « bio », qu’un simple coup de tampon (label quelconque) ne dispense pas de chercher des informations complémentaires, de questionner, d’exiger des réponses. On court sinon le risque que le nombre de brebis galeuses dans le troupeau, n’entraîne celui-ci à l’abattoir ! En tout cas, grâce à ce salon, j’ai appris ce qu’était une « MUSO » (Mutuelle Solidaire) et je vous ferai bientôt partager ma nouvelle science…

NDLR : Il existe un collectif national, baptisé PFCE (plate-forme pour le commerce équitable – voir logo ci-dessus), regroupant une trentaine d’organisations françaises (O.N.G., entreprises, points de vente…) qui travaille non seulement à la promotion du commerce équitable, mais également à une harmonisation et à un renforcement du système de garanties proposé au consommateur, en l’attente d’une labellisation officielle.

2 Comments so far...

fred Says:

4 février 2008 at 12:42.

« Si le label officiel “AB” est flou sur de nombreux points… »
Tu m’étonnes ! Pour moi, AB Production était synonyme de DOROTHEE ou des Musclés !
Mais grâce à toi, ma culture politique progresse de jour en jour !

Lydie Says:

5 février 2008 at 11:48.

Si on n’avait pas un Fred, il faudrait l’inventer…
Merci pour ce trait d’humour qui m’a fait me gondoler !

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