26 février 2008

Le clairon de l’Utopie : première sonnerie

Posté par Paul dans la catégorie : Le clairon de l'utopie .

Le Parti Socialiste et la Gauche Réformiste dans son ensemble manquent singulièrement d’imagination dans le domaine d’une politique économique alternative au chaos actuel. Leur crédo principal consiste à dire « laissons faire les entreprises, ce n’est pas l’affaire des politiques » ; nos ténors politiques préfèrent déblatérer sur les pitreries du président ou sur des sujets sans implication économique immédiate (genre « laïcité », « devoir de mémoire » ou « valeurs de la République »). Je vais me payer le culot, en tant que citoyen lambda (mais pas plus c. visiblement qu’un député moyen), de faire quelques suggestions : une ébauche de programme, comme ça, sur le comptoir, entre deux ballons de rouge, gratos (je paie même mes ballons). Je me dis qu’après tout, depuis deux millions d’années, ce sont les aiguillons utopistes des minorités qui ont fait progresser l’humanité ! Je suis une minorité comme les autres… Voici donc quelques éléments pour un programme idéal du candidat socialiste Cheval aux prochaines élections municipalo-législativo-européennes.

perepeinard1.jpg On va commencer par l’aspect le plus démagogique de mon programme, à savoir les mesures qui vous donneront l’envie, soit d’arrêter tout de suite de lire cet article parce que vous le qualifierez de débile, soit au contraire d’aller jusqu’au bout parce que les propositions sont suffisamment radicales. Première mesure envisagée : simplification drastique du système d’imposition. Tous les prélèvements de taxes et d’impôts sont supprimés sauf deux, l’imposition sur la propriété foncière et l’imposition sur les revenus (travail et capital), qui est élargi à l’ensemble de la population majeure du territoire. Pour ce dernier, le taux d’imposition évolue avec le montant des revenus déclarés et le nombre de tranches d’imposition est revu à la hausse. Plus on gagne d’argent, plus on paie un pourcentage d’impôts élevé. Comme les très riches m’énervent, tout ce qu’ils gagnent est reversé en impôts.

La première tranche d’imposition, elle, ne se paie pas en argent mais en journées de travail socialement utile (on rétablit les corvées du Moyen Age). Cette disposition correspond au fait qu’un Revenu Minimum Vital Individuel est mis en place par la société. Tout être humain vivant sur le territoire national (j’emploie cette formule parce qu’on ne dit jamais – je ne sais pas pourquoi – sur le territoire international), qu’il soit « actif » ou « inactif » a droit au versement d’une somme d’argent fixe tous les mois, lui permettant de se loger décemment (1 pièce par personne), de se nourrir (cantine) et de s’habiller (blouse chinoise) ainsi que d’utiliser les transports en commun sans frais. En échange de ce R.M.V.I, tout individu qui en a la possibilité physique – indépendamment du travail qu’il effectue par ailleurs – doit un certain temps de travail, chaque mois, à la société : travaux socialement utiles, travaux pénibles de peu d’intérêt, aide humanitaire intelligente dans les PVD. Ces tâches sont déterminées et organisées en fonction des profils individuels. Il n’est pas forcément utile à la société qu’une personne qui a un travail salarié s’absente trop régulièrement ou qu’une activité soit trop morcelée. Ce travail social obligatoire peut donc être annualisé et prendre la forme de stages d’une durée plus longue dans un autre secteur d’activités (je rêve d’envoyer les notaires ou les profs de fac faire du ramassage de déchets par exemple ou la cueillette des haricots). Il peut aussi consister à effectuer gratuitement un certain nombre des heures que l’on fait dans son activité salariée habituelle (à condition que l’activité choisie ait une utilité sociale reconnue – CRS ça compte pas). Toute personne est libre de choisir un emploi rémunéré à sa convenance pour compléter ce R.M.V.I. si elle souhaite gagner plus que le strict minimum. La durée du travail choisi est déterminée, à l’embauche, d’un commun accord entre le patron et son employé (là ça commence à ricaner sec au comptoir).

Les impôts sur le revenu concernent bien entendu tous les revenus qui sont regroupés dans un même « panier ». Ils sont collectés au niveau national puis répartis aux échelons inférieurs, exemple théorique : 1/3 Etat, 1/3 région et 1/3 groupements de communes. Les impôts indirects sur la consommation, particulièrement injustes, sont totalement supprimés. Les droits de succession sont abolis pour les raisons suivantes :
– s’il s’agit d’une épargne constituée sur les revenus, ils ont déjà été imposés au moment du gain ;
– s’il s’agit d’un outil de travail, ils seront imposés sur la base de ce qu’ils rapportent à celui qui en hérite ;
– s’ils sont vendus par l’héritier, ils seront imposés sur la plus-value réalisée, au titre des impôts sur la propriété.

perepeinard2.jpg Cet impôt sur la propriété est lui aussi calculé par tranches. On peut imaginer un paramétrage assez simple : calcul d’un ratio en divisant la valeur totale de la propriété par le nombre de personnes qui en ont la jouissance. Tranche de base garantissant un logement et une surface de vie correcte par habitant : pas d’imposition. Taux progressif en fonction de la surface possédée. L’imposition locale est supprimée, de même que toutes les taxes farfelues sur la télévision, la collecte des ordures, les chiens à six pattes ou les portes et fenêtres. Dans la mesure où l’imposition indirecte est supprimée, la taxe sur les carburants disparaît aussi, créant un gros trou dans les caisses de l’Etat. Là aussi, il faut trouver un moyen de sanctionner les gros consommateurs : une forme évoluée de tickets de rationnement peut convenir. Chaque citoyen majeur et possédant un permis de transport reçoit une carte de crédit « combustibles » permettant d’acheter chaque mois une certaine quantité de carburant à prix fixe. Une fois le quota dépassé, le prix du carburant augmente de façon vertigineuse pour le consommateur. Ce surcroît de dépense doit être pris en charge par l’employeur lorsque celui-ci impose à son salarié des déplacements anormalement importants pour raison professionnelle. Cette mesure est importante car elle peut amener à revoir l’ensemble du programme d’aménagement de l’habitat et la répartition des zones urbanisées et des zones d’activité. Il est aberrant sur le plan écologique et humain qu’un salarié ait besoin d’effectuer plusieurs dizaines de kilomètres pour se rendre sur son lieu de travail.

Compte-tenu de l’importance que revêt l’imposition sur le revenu, principale source d’argent pour la collectivité, il est impératif que chaque candidat qui se présente à un poste de responsabilité politique (député, conseiller régional ou municipal par exemple) présente le projet budgétaire de son parti, à ses électeurs, avec une répartition très claire de l’utilisation des fonds récupérés : sur 1000 euro collectés, tel pourcentage sera affecté à la défense nationale, tel pourcentage à l’éducation… Le mandat donné à un élu doit être très clair sur le plan financier et non pas basé sur quelques grands principes vaseux comme c’est le cas actuellement. En cas de non respect des promesses, les électeurs en tireront les conséquences nécessaires : du balai !

perepeinard3.jpg Cette première étude traite des problèmes de revenus et d’imposition des individus. Il s’agit d’un programme transitoire, éducatif en quelque sorte, le temps qu’un certain nombre de valeurs humaines reviennent sur le devant de la scène, qu’un changement profond de l’organisation de la société fasse disparaître par exemple les revenus qui proviennent d’autres sources que le travail. Mais ça, c’est un autre épisode : ça s’appelle le renversement du capitalisme. Certains me feront remarquer que d’ici là, il va falloir s’attaquer aussi à la taxation du revenu collectif des entreprises, problème qui n’est pas évoqué dans ce « brouillon ». Ce n’est certes pas une mince affaire compte-tenu des arrangements multiples que permet la législation internationale actuelle. Mais rien n’est impossible à celui qui ne manque pas de bonne volonté ! Cette chronique ne fait qu’effleurer un sujet complexe, mais cela ne me dérange pas que mon programme soit qualifié de léger puisque je ne suis candidat à rien. Je me contente d’ajouter quelques pierres permettant d’arriver un jour à la construction de mon palais idéal… Imaginez le choc si le PS reprend un certain nombre de ces idées sans les édulcorer, aux prochaines élections !

NDLR : Les illustrations n’ont qu’un léger rapport avec le texte. Elles sont un hommage à un journal satirique anarchiste, « le père peinard », apparu un mois de février (1884) et disparu un autre mois de février (1902) après la publication de 253 numéros et beaucoup d’ennuis avec le ministère de l’intérieur. Son fondateur était un personnage assez célèbre dans le milieu politique de ces années là : Emile Pouget. Peut-être en reparlerons nous un jour ?

2 Comments so far...

fred Says:

26 février 2008 at 14:51.

« calcul d’un ratio en divisant la valeur totale de la propriété par le nombre de personnes qui en ont la jouissance.  »

Serait ce une tentative déguisée pour le retour des appartements communautaires si cher à nos amis ex soviétiques ? Si oui, je m’émeus ! je beugle ! je pleurniche ! En tant que membre du club des ours dans leurs grottes, je trouve cette mesure carrément intolérable ! na !

Lavande Says:

26 février 2008 at 18:31.

« je rêve d’envoyer les notaires ou les profs de fac faire du ramassage de déchets par exemple ou la cueillette des haricots »
C’est des chinoiseries ça. Depuis quand tu te prends pour Mao ? Et puis pourquoi les profs de fac, hein?

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