23 février 2010

Comme une odeur de printemps (ou de mélange deux temps) ?

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour...; Notre nature à nous .

perce-neige Les perce-neige pointent leur museau à travers la mousse au pied du vieux sureau. Une certaine agitation règne parmi les habitants de l’étage supérieur du grand frène. Quand on s’approche de la mare, on ne réveille pas encore le chant des grenouilles mais on provoque l’envolée soudaine des mésanges qui se cachent dans les bambous. Elles attendent d’être un peu au calme pour aller glaner leur pitance sur les plantes aquatiques flétries par les gels successifs d’un hiver qui s’est avéré finalement plutôt rigoureux. Dans la grande maison voisine, on s’agite aussi : jamais les coups d’œil sur le baromètre n’ont été aussi nombreux, et la surveillance de la météo prévisionnelle à long terme aussi attentive. Il faut dire que les habitants du lieu ont une grande envie de bol d’air, et des démangeaisons du côté du plantoir et du piochon. Est-ce temps de commander des arbustes pour les nouvelles haies, ainsi que quelques specimens d’arbres originaux pour le plaisir de la collection ? Faut-il bondir à la coopérative pour acheter les semences de pommes de terre à faire germer ? Les questions fusent… Quatre mois avec une grosse insuffisance de verdure, ça commence à être long. Fin février, début mars, la période marque un changement profond dans notre rythme d’activité. Il est fort probable que la place occupée par les travaux intellectuels va considérablement se réduire. Il y a des chances par exemple (mais aucune certitude) que l’arrivée de nouvelles chroniques sur le blog se fasse un peu moins fréquente. Nous rentrons dans la saison « coup de feu », époque de l’année pendant laquelle le baromètre devient principal guide spirituel… l’ayatollah baromètre ! Il faut savoir jouer avec la météo, et prendre les bonnes initiatives au bon moment. Si en plus on tient compte, au moins de façon sommaire, du calendrier lunaire, le planning quotidien devient un véritable casse-tête. L’idéal ce serait peut-être des journées à durée variable ! Dix-huit heures pendant l’hiver, trente au printemps, cela conviendrait bien aux ruraux agités que nous sommes. C’est un peu compliqué à mettre en place sur le plan astronomique, mais avec un effort adéquat, rien n’est impossible ! Et puis ça serait moins monotone que 24 h tout le temps, vous ne trouvez pas ?

taillis-de-chataignier Chaque année, je me dis que ça va être la bousculade dans les semaines qui arrivent. Eh bien, cela ne changera pas en 2010, d’autant que nous avons tardé pour faire notre bois de chauffage : trop de neige, puis trop de pluie, trop froid… Je sais bien qu’une partie de ces motifs sont fallacieux, mais bon ! J’ai l’impression qu’il faut qu’il y ait un déclic dans le cerveau pour que l’on se lance de bon cœur dans toutes ces activités extérieures. A se demander si les perce-neige…. n’auraient pas un effet cérébral ! En tout cas, ça y est, on a commencé notre coupe de bois annuelle avant-hier après-midi. Le bruit des tronçonneuses s’est chargé de mettre un peu d’ordre dans les criailleries des oiseaux. Le merle n’a que peu de chance de se faire entendre avec un fond sonore pareil… Les promeneurs du dimanche n’ont pas dû apprécier l’ambiance, mais bon, il faut bien qu’on se chauffe ! Cette coupe annuelle nous prend toujours pas mal de temps, d’une part parce que nous faisons le travail à moitié, d’autre part parce que nous évitons le plus possible les « coupes à blanc » qui laissent de vilaines blessures dans le boisé. Nous coupons notre bois dans une forêt exploitée en taillis, mais cela ne nous empêche pas de prendre le temps de sélectionner les plus beaux arbres pour les préserver. L’idée c’est de faire évoluer la parcelle en « taillis sous futaie » comme disent les forestiers, en rendant possible pour la génération future, une exploitation à la fois en bois d’œuvre et en bois de chauffe. Le copain avec qui nous travaillons étant, de plus, un écologiste convaincu, nous prenons garde à laisser sur place les arbres morts qui ne présentent que peu d’intérêt pour nous, mais abritent une faune considérable… Je ne suis pas sûr que le pic qui raffole de ce genre d’abris apprécierait beaucoup que l’on sabote son HLM. Les arbres qui restent en place n’ont pas comme seul intérêt le fait de constituer une réserve de bois d’œuvre ; ils assurent aussi un certain ombrage aux rejets qui se développent à partir des souches, et ils évitent un trop grand assèchement du couvert forestier. La coupe du taillis dans notre région se fait environ tous les vingt ou trente ans. Si l’on traine un peu trop, ce qui a été le cas dans la parcelle où nous travaillons, on se retrouve avec des perches d’une dimension conséquente dont l’abattage est toujours un peu délicat.

debit-au-sol Mine de rien, avec ces pratiques un tant soi peu respectueuses de l’environnement, il en faut du temps pour assurer une réserve de bois suffisante pour un hiver. Les quinze ou vingt stères nécessaires pour un ménage (donc trente à quarante pour deux) demandent bien une dizaine de journées de labeur, peut-être un peu plus si l’on compte le transport puis le débit en bûches. Je précise, pour les novices ou pour les adeptes du convecteur électrique, qu’un stère c’est un mètre cube apparent, c’est à dire un tas ayant les dimensions requises pour faire un m3 en volume. Il ne faut pas confondre avec le « moule », mesurant 1,33 m dans toutes les côtes, qui représente lui un mètre cube vrai – la majoration des dimensions servant à compenser les trous qui existent obligatoirement dans un tas de branches. Il y a aussi la « corde », mais on ne l’emploie pas dans notre secteur. Ce système de mesure est très régional et constitue l’une des survivances des systèmes de mesure qui existaient sous l’ancien régime : plus d’arpents, de toise, de bichet ou de lieues, mais des moules et des cordes ! Je suis sûr que d’autres termes subsistent dans certaines régions pour mesurer surfaces, volumes ou contenants. En bas-Dauphiné, les survivances de l’ancien régime sont rares, du moins en ce qui concerne la géométrie. Dans le domaine de la politique, par contre… A l’aune de ce qui se passe dans les urnes, je pense que les descendants de Louis XVI ou de Napoléon seraient toujours sur le trône si on avait confié la destinée du pays aux habitants du coin… Pour en revenir au bois, la séance d’abattage d’hier a été épique. Il y a toujours une ou deux séances de rôdage au début, le temps que le coup d’œil et l’entrainement reviennent. On a joué à la fois au mikado et au casse-briques. Le premier gros châtaignier a dévié d’une dizaine de degrés de l’angle de chute que nous lui avions mentalement assigné et ça na pas loupé… il est allé « s’enfoucher » dans un congénère de la parcelle voisine. Plutôt que de passer du temps à le câbler et à le tirer, on a joué à faire tomber une deuxième perche sur la première… son poids n’a pas suffi… Quant à la troisième, elle a refusé de suivre les indications du plan quinquennal et elle est allée s’encastrer dans la seule direction dans laquelle il paraissait peu probable qu’elle aille. Travail d’apprentis diront certains, ou de bûcherons du dimanche (lundi, mardi, mercredi… aussi sans doute) ; à ces propos désobligeants, notre avocat commis d’office rétorquera que tout cela se joue à quelques degrés d’angle près et que le nombre de facteurs qui interviennent dans la chute d’un arbre est élevé : cela commence par le souffle du zéphyr et se termine par le poids du corbeau obèse perché sur l’une des branches et désireux de faire une tentative de saut à l’élastique. Du coup, ces trois malheureuses perches nous ont occupés un bon moment.

souche Une fois que les arbres sont au sol, il faut les nettoyer le plus intelligemment possible c’est à dire en limitant au maximum les enchevêtrements de branches et les transports inutiles. On n’imagine pas le poids que peut peser un rondin de châtaignier d’une trentaine de centimètres de diamètre et d’un mètre de long. Si vous voulez connaître la réponse, il vous suffira d’interviewer mon dos : trop lourd. Mieux vaut donc, pour le tronc, sortir tout de suite l’attirail du parfait refendeur… La panoplie est importante : masse, coin ordinaire, coin éclateur, merlin… Mais il n’en reste pas moins qu’il faut quand même soulever la masse et frapper lourdement sur le coin à plusieurs reprises. Si l’écarteur a été bien placé et si la bûche est de bonne composition, la refente peut se faire en une fois. S’il s’agit d’un bois teigneux genre acacia ou charmille, la lutte entre l’homme et le tronc récalcitrant peut durer facilement une demi-gourde d’eau bien remplie (gourde et demi-gourde sont des mesures professionnelles, utilisées principalement par les randonneurs, les cyclistes et les bûcherons). Je vous fais grâce de l’empilage, du chargement sur la remorque, de la mise en tas… Pour finir comme il faut le travail, il faut aussi s’occuper des branchages : c’est la fête à la goye (ou goyarde) pour dépiauter tout ça. Finie ou presque l’époque où les agriculteurs faisaient brûler toute cette saleté à grand renfort de « rouge » et de pneus avec une belle fumée noirâtre… Les déchets d’abattage, on les met en tas, bien proprement, histoire qu’ils se décomposent et constituent un apport nutritif conséquent permettant la régénération de la parcelle. Ils servent aussi d’abri aux animaux stressés qui n’ont plus guère le temps de creuser des terriers et permettent aux lièvres de faire la grimace aux chiens de chasse. Ces quadrupèdes hystériques n’aiment pas outre mesure aller les dénicher en dessous.

un-tas-impressionnant Quand la fin d’après-midi a été annoncée par la disparition du soleil derrière la colline (effet de style, en réalité, le ciel a fini ben gris mon zaïeu), on n’avait quand même pas trop mal progressé. L’aiguille qui indique le niveau de douleur sur mon compteur vertébral frisottait avec le rouge. Autant faire un peu attention, d’autant qu’il va falloir persévérer quelques jours car le moment est idéal. Le thème astral est favorable au bûcheronnage et les augures aussi (du moins si on ne s’est pas trompés en analysant le marc de café une fois la goutte versée). Plus sérieusement, le sol est trop mouillé pour que l’on puisse commencer les travaux de plantation d’arbres et d’arbustes – eh oui ! quand j’ai fini d’abattre je plante… Ainsi fonctionne l’esprit humain dans toute la splendeur de ses contradictions : creuser et reboucher, casser et recoller, couper et assembler… Mais là je touche à un autre domaine, celui de notre sacro-saint parc arboré, et c’est un sujet suffisamment important pour que je lui consacre une chronique entière ! Pour l’heure, je suis pressé, il faut que j’aille voir si les salades plantées sous la serre au début de l’hiver, font mine de bouger un peu, ou si elles persistent dans leur comportement végétatif – symptôme inquiétant de la pneumonie qu’elles ont dû attraper avec les froids de janvier. Si l’un(e) d’entre-vous s’ennuie, il (elle) peut toujours nous rendre visite et consulter nos offres d’embauche non rémunérées : il y en a plus encore qu’à l’ANPE du bourg voisin… Huit heures par jour, logé(e), nourri(e), avec la promesse de belles joues rouges à la fin du séjour… C’est autrement plus sympa que Cayenne a murmuré notre dernier esclave au moment où le curé du temple bouddhiste néo-calviniste (à proximité de l’ANPE) lui a accordé l’extrême onction juste avant de lui fermer les paupières !

Post-Scriptum : ce qui est dit dans ce billet concernant les grenouilles n’est plus vrai deux jours après la rédaction du début de ce texte. Elles sont bien là et deux d’entre-elles viennent d’exécuter un magnifique saut au trampolino en éclaboussant tout sur leur passage !

5 Comments so far...

JEA Says:

24 février 2010 at 09:04.

Notre village ardennais, à la population se mesurant en une centaine (grand maximum) de foyers, possède sa forêt (pas un bois, non). Depuis la Révolution. Chaque année, les parts par habitations-habitées sont tirées au sort. 8 Euros. Reste à battre. Mettre sècher. Ce qui explique que personne ici ne meure de froid. Par contre, bonjour les feux de cheminées…
Pour la « gestion » des feuillus, jusqu’à présent, l’OF déléguait un pro. Mais là comme par exemples dans l’enseignement ou les soins de santé, les « économies » frappent dur !

Vous avez bien le bon jour des pics d’ici…

Paul Says:

24 février 2010 at 12:49.

La pratique des coupes communales se fait aussi cheu nous… Peut-être plus encore de l’autre côté du Rhône, dans le Bugey. Je n’en sais rien. La région est très peuplée mais elle possède encore quelques zones boisées d’importance, mais on ne peut pas vraiment parler de « forêt » car les parcelles sont très morcelées. Les chemins et les hameaux sont nombreux, ce qui est, parait-il, le signe d’un peuplement ancien. La nouvelle politique d’urbanisation consistant à lotir tous les hameaux, le long des voies d’accès, il est de plus en plus difficile de faire de longues balades en nature sans avoir à se faufiler entre les villas neuves et leur escorte incontournable de quadrupèdes aboyeurs à l’air mauvais…

Clopin Says:

24 février 2010 at 13:08.

en j’en suis au même point que vous : il y a du soleil aujourd’hui et du coup un envie de couper , déplacer, planter même si la terre est bien brayonne !
Bon courage !

fred Says:

24 février 2010 at 13:28.

Mais y’a t’il aussi une boulette de meringue dans le mi-stère ?

Paul Says:

24 février 2010 at 14:44.

@ Clopin – Merci de nous avoir donné la pluie que vous deviez avoir hier. Là présentement, je devrais être en train de faire du bois… mais je compte les gouttes… Quant à notre terre, avec tout ce qu’elle a bu ces temps-ci, elle est imbibée pour un bon moment ! Il me reste la serre pour faire du micro-jardinage. Comme elle est couverte, la terre est sèche !

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