16 mai 2011

Samedi, La Feuille était au Salon…

Posté par Paul dans la catégorie : Des livres et moi; l'alambic culturel .

Au salon ? Mais quel salon, liberton, libertaine ?

Au Salon des Editions libertaires de Lyon, tontaine mais surtout pas tonton.

La Feuille n’exposait rien, car La Feuille n’édite rien d’autre que ces modestes petits vermicules virtuels que l’on nomme chroniques au pays des blogues, sans blague. Non, La Feuille n’exposait rien, mais butinait, compilait… et comme il se doit… feuilletait… les centaines de merveilles exposées là par des éditeurs fort dynamiques et particulièrement imaginatifs. Les seuls autographes que signa notre bon père La Feuille, se trouvaient au bas de chèques modestes et nombreux, pendant que notre bonne mère La Feuille lisotait tranquillement de-ci, de-là en attendant que son démoniaque compagnon ait suffisamment lourd à porter dans son sac pour estimer que la plaisanterie avait assez duré. Madame La Feuille, prétextant en effet qu’elle avait déjà tant et tant d’ouvrages sur le feu, resta fort raisonnable… Monsieur La Feuille, jetait l’argent par la fenêtre du geste auguste du semeur, répondant sans se démonter que tant que la pile de livres à lire n’atteignait pas le plafond, il ne s’inquiétait en aucune manière.

Le nombre de visiteurs était relativement réduit à l’heure où nous sommes passés, mais il y avait une bonne raison à cela : beaucoup de petites et de grandes gens susceptibles d’arpenter cette caverne d’Ali Baba battaient le pavé lyonnais pour exprimer leur indignation de voir quelques crétins intégristes et xénophobes vociférer une fois de plus contre l’Islam et les Musulmans. Un certain nombre d’organisations antifascistes de Lyon avaient appelé à un contre-rassemblement histoire de ne pas laisser le bloc identitaire et ses sbires monopoliser l’attention des médias lyonnais. Les visiteurs ont afflué après la manifestation et le lendemain dimanche.
Le salon avait lieu à la Maison des Associations sur le plateau de la Croix Rousse et une cinquantaine de petites sociétés d’édition et de structures diverses avaient répondu à l’appel. Ce nombre à lui seul,  ainsi que les centaines d’ouvrages proposés, montrent à quel point le secteur « libertaire » de l’édition française se porte bien. En plus du nombre élevé de nouveautés figurant dans les catalogues, je crois que ce qui m’a le plus frappé, c’est la qualité et la richesse du choix proposé par tous ces artisans. Les « vieux de la vieille », comme l’Atelier de Création Libertaire (ACL – Lyon) ou les éditions Agones (de Marseille) étaient présents ainsi que d’autres, plus ou moins connus. Bien que je suive d’assez près ce qui se passe dans le secteur, j’avoue très honnêtement qu’il y avait un bon quart des exposants présents dont je n’avais jamais entendu parler… Enfin presque, puisque pour certains éditeurs que j’estimais « inconnus », je possédais néanmoins un ou parfois plusieurs titres issus de leur collection. Je dois avoir des fuites au cerveau…

Un autre truc que j’ai constaté aussi c’est que beaucoup de titres sont des rééditions d’ouvrages plus anciens. J’en possède certains achetés pendant mes jeunes années militantes (que ces choses là en termes élégants sont dites…). Beaucoup sont épuisés et trouvables uniquement à prix d’or chez certains libraires spécialisés qui ont le sens des affaires et du tiroir caisse ; les voir réédités me fait bien plaisir. Séquence souvenir, j’ai ainsi découvert et racheté puisque je l’avais perdu, le premier livre « anar » que j’ai eu entre les mains : il s’agit d’un recueil de citations paru chez Tchou et intitulé « Ni dieu ni maître, les anarchistes ». Pour moi, ce livre c’était une mine d’or : je piochais à l’intérieur les citations dont je prenais un vil plaisir à émailler mes dissertes de philo. Mon prof était un marxiste-léniniste convaincu (c’était son seul gros défaut…) et c’était un plaisir de polémiquer avec lui. Je lui dois sans doute beaucoup car il est fort probable que s’il avait été anarchiste convaincu, j’aurais sans doute acheté un pamphlet royaliste quelconque (je plaisante – pardonnez moi de l’écrire en toutes lettres mais je ne suis pas fan des émoticones et je ne publie pas de chroniques en langage SMS). Figurez-vous donc qu’en prévision de ma visite, les éditions Tchou ont réédité et réimprimé en avril 2011 ce petit bouquin de la collection « les murs ont la parole », que j’avais initialement acheté en 1969. Un grand merci à la librairie La Gryffe, présente sur le salon, qui avait pensé à en provisionner un stock à l’occasion de mon pélerinage aux sources ! A propos de citation, vous en voulez une petite pour la route ? Je la dédie aux leaders en tout genre de la « Gauche charlottaufraises » . Elle est de Kropotkine (certes il était « prince » mais ne dirigeait pas le FMI…) : « La révolution ce n’est pas un simple changement de gouvernants. C’est la prise de possession par le peuple de toute la richesse sociale ». Ça sonne bien non ? Et puis ça change des berlusconneries de DSK.

Ne croyez pas qu’il y ait eu dans ce salon un quelconque sectarisme et que mon esprit ait été suffisamment obtus pour ne rapporter que quelques ouvrages dûment estampillés « anarcho-conforme » et labellisés « approved by Bakounine ». Sur le stand des éditions « Le mot et le reste », j’ai par exemple acheté « Le pays des petites pluies », de Mary Austin, une célébration de la beauté du désert… J’ai lu quelques pages de l’une des nouvelles contenues dans ce recueil et je me suis dit que cela ferait un bel enchainement au livre de John Muir, « célébrations de la nature » que je suis en train de lire en ce moment et dont je vous parlerai bientôt. J’ai trouvé sympa la réaction de la charmante jeune femme responsable du stand… Lorsque je lui ai indiqué mon choix, elle m’a déclaré avec enthousiasme : « j’ai envie de vous faire une bise, car vous avez choisi le livre qui me plait le plus sur la table… C’est vraiment un bouquin exceptionnel ! » Avec un préambule pareil vous comprendrez que j’ai un a priori favorable à l’égard de Mary Austin ! Dans mon sac à malices j’ai aussi ajouté une « histoire populaire des sciences » de Clifford D. Conner, butiné sur la table des Editions de l’échappée. Beaucoup d’autres titres m’ont attiré l’œil chez eux mais j’avais déjà atteint le seuil de dépense critique pour l’avenir du budget du mois. J’ai donc laissé tombé quelques ouvrages plus luxueux dont je rêve de faire l’acquisition depuis des mois, mais dont les prix m’ont paru dissuasifs. Figure dans ce lot un très beau livre avec de nombreuses illustrations sur l’exil des Républicains espagnols en France après 1939.

J’ai rapporté quelques « classiques » qui manquaient à ma collection et laissé sur le bord du chemin d’autres ouvrages, certainement passionnants, dont je ferai l’acquisition plus tard. J’ai quand même craqué sur « Albert Camus et les libertaires », écrits rassemblés par Lou Marin, paru aux éditions Egrégores, ainsi que sur le livre d’Hélène Sarrazin, consacré à Elisée Reclus, paru aux éditions du Sextan… Quelques achats à l’Atelier de Création Libertaire… Je suis obligé, ce sont des voisins, et je les côtoie sans cesse, par différents biais. J’ai trainé mes guêtres dans les parages de la revue IRL (« Informations et Réflexions Libertaires » qui s’appelait « Informations rassemblées sur Lyon » dans les tous premiers temps) à une époque que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître. Je suis admiratif devant la ténacité des copains qui ont animé et animent encore cette société d’éditions, ainsi que devant l’éclectisme et la qualité des choix éditoriaux qu’ils ont réalisés. Comme prime de fidélité j’ai reçu un beau cadeau : un poster antinucléaire réalisé dans les années 76-80 par les copains du collectif libertaire anti-nucléaire de Lyon… Je vous rassure tout de suite : le contenu n’a rien de poussiéreux et l’affiche n’est absolument pas démodée. Elle pourrait à nouveau être placardée dans les rues de nos cités – histoire d’interpeller nos élus et nos concitoyens si peu soucieux des problèmes énergétiques. On a, comme il se doit, évoqué quelques souvenirs avec Jean Marc, le copain qui tenait le stand. Heureusement qu’il y a encore quelques anciens combattants par-ci par-là – depuis que le dernier poilu est mort en Australie, il y a comme un vide à combler. Après avoir fait turbiner notre machine à remonter le temps, on a fait fonctionner celle à parcourir l’espace et l’on est rentrés, plan plan et rantanplan, surveiller le niveau d’eau dans notre pluviomètre. L’anarchie c’est bien, mais les haricots ont soif ! Si ça continue, notre région va devenir « le pays des petites pluies » !

Post Scriptum : ce compte-rendu (si tant est que ça en soit un !) est bien incomplet, j’en suis conscient. Parallèlement au salon avaient lieu tout un tas de tables rondes et de débats auxquels nous n’avons pas assisté. Problème d’horaires ou thèmes ne nous motivant pas forcément. Nul doute qu’un récit plus détaillé de ces rencontres sera publié sur Internet. J’en ferai état dans l’un des prochains « bric à blog ». Parmi les nombreux thèmes abordés, « les chemins de la mémoire antifasciste » en Espagne, « Thoreau, de la désobéissance à la résistance », « Y a-t-il un sujet révolutionnaire ? Une révolution est-elle envisageable, et com­ment ? » (thème passionnant, très certainement, animé par l’équipe de la revue « Réfractions » mais c’était le dimanche…)… Nous reviendrons à la prochaine édition du salon et nous serons, je n’en doute pas, plus assidus aux discussions qu’aux emplettes !

3 Comments so far...

François Says:

16 mai 2011 at 20:23.

Tout cela fait bien envie!

SEb. Says:

17 mai 2011 at 13:46.

Tiens, moi aussi, j’en suis sorti avec (entre autres choses) une histoire populaire des sciences et ça commence très bien.
Accessoirement, aurais-je su que vous passiez pour l’occasion que nous aurions trouvé un moment pour vous voir. Ce sera pour une autre occasion, mais n’hésitez pas à faire signe si c’est le cas 🙂

leirn Says:

17 juillet 2011 at 22:53.

ça me fait penser au slogan du groupe anar de la fac de Nanterre, quand j’y étais. Au moment des élections étudiantes, ils éditaient des tracs avec le chat noir, intitulé : « Votez Whiskas ». J’adorais

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