27 octobre 2012

Saint Vinci qui êtes côté en bourse n’oubliez surtout pas mon Ayrauport international

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Vive l'économie toute puissante .

L’art de gaspiller faire fructifier les finances publiques pour un projet tout aussi débile grandiose que ruineux qu’innovant !

 C’est la tragique histoire d’un pauvre ex-maire de Nantes, devenu premier ministre d’un gouvernement étiqueté socialiste, qui avait bien du mal à faire passer son projet d’aéroport international. Ce dossier lui causait beaucoup de soucis même s’il ne manquait pas d’atouts dans sa manche :
– son copain Manuel lui fournissait autant de contingents de CRS qu’il voulait pour dégager les emmerdeurs sur le terrain ;
– ses copains de la presse faisaient de gros efforts pour éviter de parler de cette triste affaire (des copains il n’en manquait pas puisque, lorsqu’il s’agit de saccager une partie du territoire, gauche et droite s’entendent comme larrons en foire) ;
– ses alliés « électoraux » étiquetés « écologistes » étaient frappés d’amnésie quant à leurs engagements anciens, et de mutisme face aux gesticulations gouvernementales…

 Mais voilà, ses copains de chez Vinci avaient un besoin urgent de remplir leur caisse en bulldozérisant et en bétonnant à tout va, et surtout une poignée d’irréductibles arriérés se donnaient un mal fou pour mettre à mal son idée grandiose d’un kolossal terrain d’envol pour charters et autres gros porteurs. Un ramassis de trouble-fêtes, constitué d’écologistes non encartés, d’anars cagoulés, d’élus responsables et autres paysans expulsés, bref un véritable capharnaüm politique, jouaient à la guéguerre dans les forêts entourant Notre Dame des Landes, le lieu saint choisi comme point de départ des futurs pélerinages à Las Végas, aux Seychelles ou à Singapour. Ces mal polis, mal coiffés et mal rasés, prétendaient que la France n’avait pas besoin d’un quatre cent soixante seizième aéroport (d’accord, je triche je compte même celui de Morestel les bains, à côté de chez moi), d’autant qu’un autre équipement du même genre se trouvait à 40 km de là et qu’en Bretagne on dénombrait pas moins d’une dizaine de terrains importants (oui mais… Nantes, est-ce bien la Bretagne ?). Ces irresponsables protecteurs de la nature poussaient même l’audace jusqu’à faire remarquer qu’il n’était pas utile de bétonner 1600 ha supplémentaires juste pour supprimer quelques exploitations agricoles de plus. Au train où ça allait, si les bricoleurs de l’INRA ne mettaient pas au point une carotte transgénique qui pousse dans le ciment et qui apprécie les gaz d’échappement, on ne boufferait bientôt plus que du polystyrène ou des mangues importées du Brésil par avion…
Oui mais voilà, cet aéroport dont l’idée trainait depuis un demi-siècle dans les cartons, notre ministrounet en rêvait jour et nuit…

Vous ne trouvez pas qu'ils ont changé ? Qu'ils font plus "social" ?

Autre souci, Ayrault l’inflexible, avait dû solliciter l’aide de son pote Manuel, puisque c’est lui qui avait la haute main sur les robocops et leurs dobermanns. Mais notre bon Jean Marc était légèrement inquiet car le bon Monsieur Valls était réputé pour ses excès de zèle et ses idées rétros. Qu’un con de CRS dégomme deux ou trois manifestants et c’était la tuile : il n’y aurait plus moyen d’amuser la galerie avec les agités d’extrème-droite perchés sur les mosquées, il faudrait déballer au grand jour cette affaire d’aéroport. De là à ce qu’il faille enchaîner sur le nucléaire (encore une fuite discrète à Flamanville), les gaz de schiste (il paraît que tout est bloqué mais certains chantiers de prospection ont débuté) ou les OGM (merci à certains académiciens d’avoir calmé le jeu – on s’en souviendra)… Et puis les patrons qui licencient, les retraités qui commencent à s’inquiéter… aïe ! aïe…
Oui mais voilà, cet aéroport dont l’idée trainait depuis un demi-siècle dans les cartons, notre ministrounet en rêvait jour et nuit…

 Jean Marc pensait que dans cette affaire – religieuse après tout puisque placée sous le patronage de Notre Dame des Landes – le bon Saint François pourrait être de bon conseil. Que nenni ! Le bon Saint François n’avait guère de temps à consacrer à ces vétilles, tant il avait ses propres domaines de préoccupation ; sa propre courbe de popularité ressemblait singulièrement à celle de son prédécesseur et cela l’inquiétait grandement. Tous ces mélimélos avec les écologistes lui pourrissaient la vie. La seule solution pour le premier ministre, comme bien souvent, était de gagner du temps et d’espérer qu’un autre sujet d’attention viendrait distraire les trouble-fêtes de leur centre d’intérêt actuel… Ce que Jean Marc Ayrault commençait à craindre un peu c’est que son Ayrauport international devienne le Larzac de ce gouvernement.  Il lui fallait trouver une solution géniale. Une idée lui traversa l’esprit : et s’il téléphonait au grand Valéry, le collectionneur de diamants, le créateur des fééries volcaniques, l’homme qui s’était coltiné le dossier du camp militaire du Larzac, le vrai… le premier… ? A moins qu’il trouve une solution pour bénéficier de l’appui des chasseurs, pêcheurs et autres amateurs de tradition ; et s’il remplaçait l’aéroport par une piste de courses pour formule 1 ? L’embarras de notre Ayrault était grand…
Fin du premier épisode

Que va faire notre premier Sinistre ? Saura-t-il se dégager avec fermeté et habileté de cette embrouille ou devra-t-il se contenter d’un manège avec des avions en bois sur l’une des places de Nantes ? Que vont devenir les belles camionnettes blindées de notre camarade Valls et les bulldozer de la société Vinci ? Qui va gagner, les bons ou les méchants, mais d’abord, (question hypocrite) qui sont les bons dans cette histoire ? Comme moi, chères lectrices, chers lecteurs, vous aurez la réponse dans les semaines à venir. D’autres épisodes de « Plus belle la vie à Nantes » sont en préparation.

  Note de la rédaction post élucubrations (NDLRPE)
Voilà : je voulais vous conter cette triste fable. Il est clair qu’encore une fois la « Feuille Charbinoise » n’est pas dans le camp du gouvernement. Les états d’âme de Monsieur Ayrault, le tiroir caisse de la société Vinci, on s’en fout allègrement. Une vaste partie de cache-cache a commencé depuis une semaine entre les opposants, les élus et surtout les bleu marine casqués. Depuis l’affaire de la construction du stade de Grenoble (tiens encore une mairie socialiste !), les policiers ont appris à grimper aux arbres et à décrocher les opposants les plus acharnés… Mais à Grenoble, le terrain de jeu n’était pas bien grand… A Notre Dame des Landes on est en rase campagne et, malgré un bouclage qui rappelle de biens mauvais souvenirs (Malville par exemple – c’était un gouvernement de droite, c’est dire à quel point je suis objectif) il est sans doute possible de jouer au chat et à la souris assez longtemps. Cette mobilisation sur le terrain est essentielle mais elle doit être accompagnée d’actions de solidarité un peu partout. Une permanence du PS a été repeinte en rose, mais je ne crois pas que ce soit la bonne solution car cela fait de la peine aux militants de ce parti. De plus, le rose comme couleur et la rose comme emblème politique je n’aime pas trop ; sur les affiches du PS, je préfère le poing, mais je crois que cette partie là de leur logo, nos socialistes d’opérette l’ont un peu occultée !
Un lien indispensable pour suivre l’évolution de la situation sur place : « ZAD : tritons crêtés contre béton armé ». Un certain nombre d’organisations écologistes et autres ont également signé une « déclaration solennelle » que vous pouvez consulter à cette adresse. Il semble qu’après une semaine de maintien de l’ordre acharné, une fraction de la population se réveille enfin.

 

6 Comments so far...

Lavande Says:

28 octobre 2012 at 23:24.

Pauvre Leonardo, il ne méritait pas un homonyme pareil!

Paul Says:

29 octobre 2012 at 08:30.

@ Lavande – effectivement Leonardo méritait mieux ! Des parkings aux grands chantiers en passant par une multitude d’autres secteurs d’activités, voilà une boîte qui s’en met plein les poches sur notre dos.
Tu as eu de la chance, « La Feuille » reçoit tellement de spam malgré les filtres que ton commentaire a failli être trucidé !
Pourtant il ne parle ni de bons financiers, ni de viagra ni de fringues de marque au rabais…

Zoë Lucider Says:

1 novembre 2012 at 15:25.

La bagarre pour la sauvegarde du site de NDDL dure depuis un moment. Elle a suscité la tenue cet été du 2ème forum contre les GPII (Grands Projets Inutiles Imposés) et comme on s’en doutait le Jean Marc une fois ministre a mis la gomme pour passer en force. Au nombre des bévues qu’on lui reproche, celle-là en est une énorme. Si ça continue, Hollande devra le renvoyer dans ses foyers et lui faire fermer sa grande … lubie

Paul Says:

1 novembre 2012 at 16:18.

@ Zoë – Ayrault, Hollande et une clique d’énarques, toujours les mêmes, aux postes de conseillers dans leur entourage. Fabrice Nicolino a publié un bon billet à ce sujet avant hier. Quant à NDDL, je sais effectivement que la lutte a commencé il y a un bon moment. Disons qu’en ce moment nous sommes à un virage critique, genre ça casse ou ça passe. Je crois que côté « indignation » on est un peu débordés aussi, dans tous les domaines : des OGM aux gaz de schiste en passant par le nucléaire et autres sans parler du volet social et économique.

Zoë Lucider Says:

1 novembre 2012 at 18:16.

Ouaip, on ne sait plus où donner de l’énergie. Reçu ça aujourd’hui. Ça fait mal au ventre de voir comment les robocops opèrent.
http://vimeo.com/52063732

Paul Says:

1 novembre 2012 at 18:22.

@ Zoë – Merci de réanimer un peu le débat ! En guise de commentaires en ce moment je ne reçois que des spams malgré le filtre ! Plus de 40 en deux jours…

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