4 avril 2013

Ils ne vivent pas sur la même planète…

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Vive la Politique .

et il est grand temps que nous apprenions à gérer la nôtre… sans eux

 » La fête du temps », c’est une belle chanson de François Béranger, dans laquelle le chanteur suggérait de mettre dans un zoo tous ces politicards et ces banquiers, s’il leur prenait idée de revenir mettre leur sales pattes dans le monde bienheureux où l’on fête toute l’année la fête du temps. Une petite piqûre de rappel pour ceux qui ont oublié ce petit bijou de la chanson à paroles intelligente :

« … Mais gare à celui-là qui voudrait profiter d´nous autres
En s´amenant là-bas avec son fric et des soldats
Pour ouvrir une banque ou encore clôturer nos champs
Y pourrait bien aller, sans bien avoir compris comment
Dans l´parc zoologique à la place des pauv´ zanimaux
Qu´ ça fait déjà longtemps qu´on a rendus à leur Afrique »

Une excellente introduction à mon propos du jour.
Il ne se passe pratiquement une semaine sans que l’on apprenne dans quelle fange se vautrent les hommes politiques de tout bord, rose pâle ou bleu horizon, quel que soit le pays où ils sévissent, pour  mettre les populations en coupe réglée. Du cynique Cahuzac à l’outrecuidant Berlusconi, en passant par toute une collection de ministres grecs, espagnols ou cypriotes, tous compromis jusqu’au cou dans des scandales financiers. « Ne faites pas comme moi, serrez-vous la ceinture ! » Etaient-ils plus insupportables tous ces nobliaux dégénérés de l’ancien régime qui se moquaient du peuple et de ses famines à répétition ? Rien n’est moins certain. Le lien entre ancien régime et République n’est pas si ténu que cela puisque l’on apprend ces jours-ci que l’infante d’Espagne, fille du roi Juan Carlos, est impliquée à son tour, comme son mari, dans un scandale de détournements de fonds ; une affaire parmi d’autres qui donne la nausée à nos amis espagnols, et l’on comprend pourquoi.

 Il n’y a aucun doute possible sur le fait que ce discours « tous pourris » profite à l’extrême droite. La blonde héritière à son papa et la bande de fachos qui gravitent autour d’elle vont en profiter pour tirer les marrons du feu, comme me le faisait remarquer une copine dans un courriel reçu à propos de « l’affaire Cahuzac ». Ne pas se faire d’illusion, ils ne valent pas mieux que les autres. L’extrême droite ne lave pas plus blanc que les autres formations politiques. Ses capacités de nuisance sont simplement plus réduites du fait de son éloignement relatif des affaires. Le pouvoir et le pognon ont la même odeur et exercent la même fascination dès que l’on approche des postes clé, quelle que soit la formation à laquelle on appartient. Le côté « épicier » domine plus vite chez certains, c’est tout. Pour d’autres c’est seulement « l’ivresse des cimes » qui compte dans un premier temps : voir par exemple les magouilles auxquelles on se livre même dans les bureaux politiques des organisations minoritaires (sur Planète sans visa, par exemple, Fabrice Nicolino décrit très bien les mœurs de l’état major des Verts). Ce n’est pas un mauvais calcul car, quand on atteint des sommets, on peut plus facilement faire le ménage autour de soi et arranger les choses à sa manière ensuite. Ce n’est pas sans raison qu’un Berlusconi s’active du croupion pour essayer de se refaire une virginité en politique, et que l’on oublie les vierges auxquelles lui-même s’intéressait avant. Les peuples ont la mémoire courte et l’électorat se renouvelle souvent. On peut échouer dans un jeu télévisé et se présenter dans un autre : le choix ne manque pas ! Parfois c’est difficile : le retour en politique d’un Carignon ou d’un Tapie par exemple, n’est pas forcément facile, mais l’on peut toujours espérer un avenir meilleur dans le privé.

Certains m’objecteront que dans tous les troupeaux il y a toujours une « brebis galeuse », et qu’un mouton malade ne doit pas obligatoirement entrainer la liquidation pure et simple de l’ensemble du cheptel. Je suis d’accord avec cette objection et prêt à reconnaître qu’il y a des gens très bien en beaucoup d’endroits, notamment dans les formations politiques dites de gauche (ne croyez pas que j’aie une quelconque sympathie pour les olibrius qui sont prêts à défiler au pas sous le portrait de Pétain, et rêvent de transformer notre pays en forteresse concentrationnaire). La compromission d’états majors syndicaux dont les membres vivent depuis trop longtemps dans l’antichambre du pouvoir ne signifie pas que les militants de base et certains leaders ne soient pas encore des gens honnêtes, sincères et convaincus. Cela démontre simplement qu’ils ont tort de déléguer leur pouvoir toujours aux mêmes individus, et d’accepter d’être représentés, en permanence, par des gens sur lesquels ils n’ont plus aucun contrôle. Qu’un Gérard Filoche, dénonce avec une sincérité incontestable la crapulerie d’un Cahuzac, très bien. Son témoignage mérite d’être entendu. Qu’il ait la naïveté de croire que de tels faits ne remettent pas en cause le modèle même d’organisation du Parti Socialiste, c’est dommage. Il devrait être plus attentif aux discours de notre bon François (pas le pape, l’autre), autrefois militant du même parti, qui reconnait – enfin – avec sincérité, qu’il n’a plus rien de socialiste du tout… Il est dommage d’en être réduit simplement, pour une personne de qualité, au rôle de pantin gesticulateur que l’on montre en public quand on a envie de se donner une image « de gauche ». Le salut viendra de la base et non du sommet, quel que soit le gourou auquel on se réfère !

 Bref cette affaire Cahuzac n’est qu’un pas de plus sur le sentier de la dégénérescence du politique tel que nous le concevons et le pratiquons dans nos démocraties occidentales bien mal portantes depuis qu’elles ont confié leur âme et leur destinée aux fonds de pension et aux banksters mafieux. Mes arrêts devant l’écran à l’heure des informations du soir sont plutôt rares. Le sommaire du journal télévisé d’Arte du jeudi 3 mars était particulièrement représentatif de ce qui se déroule en politique actuellement. Les sujets s’enchainaient : fuite des capitaux à Chypre avant que le gouvernement ferme le robinet des banques, affaire Cahuzac (Je vous jure, sur ce que j’ai de plus sacré, que je n’ai pas de compte bancaire à l’étranger : six cent mille euro, une paille), problèmes de corruption à répétition en Espagne, privatisations à tout va au Portugal… pour finir par une interview de la militante noire américaine Angela Davis, rappelant qu’un quart des détenus au monde sont enfermés dans les geôles de la soi-disant plus grande démocratie sur la planète bleue. Les traditionnels experts ponctuaient les reportages de leur discours sentencieux : « tout cela est bien pitoyable et ne peut profiter qu’aux extrêmes ! » Ces messieurs ont encore des efforts d’analyse à faire et il serait temps de confier l’étude de la situation économique globale à des personnes qui sortent un peu des sentiers libéraux battus. Enfin bref, comme je l’ai fait remarquer en éteignant la télé au bout d’un quart d’heure : il n’y a plus qu’à distribuer des euphorisants à tout le monde maintenant.

Quand serons-nous assez grands, et surtout assez mûrs, pour réaliser que dans le domaine politique, comme dans le domaine économique, nous n’avons plus besoin de ces clowns sinistres pour nous diriger et que nous pouvons prendre – nous-mêmes – notre destin en main, même si ce n’est pas facile et que cela nécessite des apprentissages. Les exemples ne manquent pas d’usines gérées par leurs employés qui sont maintenant bénéficiaires alors que les anciens gérants capitalistes racontaient à qui mieux mieux qu’elles ne valaient plus un rond ! Une démarche autogestionnaire – le mot est lâché, celui qui fait si peur – ne signifie pas que tout le monde doit s’occuper de tout, tout le temps. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a plus d’autorité du tout et que c’est le chaos. Cela signifie simplement qu’à un moment donné une personne est chargée de représenter les autres, pour un mandat limité en durée et sur un objet bien précis. On ne délègue pas pour cinq ans un pouvoir illimité à une personne qui s’est contenté de faire un sourire colgate et qui s’est fait élire sur un ensemble de promesses qu’elle ne tiendra pas. On choisit un représentant et l’on conserve le pouvoir de le contrôler. Rien à voir avec le jeu électoral « démocratique » actuel dans lequel on charge un élu de nous représenter sur toutes les questions qui lui passent à l’esprit. Je fais confiance à mon cordonnier pour réparer mes chaussures, mais non pour décider à l’improviste de la construction d’une centrale nucléaire.

Un beau thème de réflexion qui est lancé là, et ce n’est pas la première fois ! Le jour où enfin nous déciderons de prendre la gestion de notre vie en mains, de la maternité au cimetière, nous serons capable d’enfermer dans un zoo tous les banksters, généraux d’opérette, fanatiques religieux et autres députés en tout genre, qui veulent nous faire passer sous les fourches caudines de leurs profits matériels ou spirituels.

Post Scriptum : il est probable que vous ne lirez la prochaine chronique que dans une bonne dizaine de jours (sauf changement d’humeur ou événement particulier). Nous profitons de la conjoncture pour prendre quelques jours de repos et aller faire un petit tour en Espagne, non loin de la principauté d’Andorre, au cœur de la Catalogne. Il est grand temps qu’Oncle Paul mette ses capitaux à l’abri, au cas où Gérard Filoche deviendrait Ministre du Budget.

3 Comments so far...

Zoë Lucider Says:

4 avril 2013 at 10:46.

Chère feuille, je te fais cadeau d’un extrait d’un ouvrage qui n’a jamais trouvé preneur auprès des éditeurs, écrit par mes soins en 1996 (quand on n’était pas encore au summum de la folie où nous sommes rendus). Voici
(…)Certains jours je m’escrime au ciseau à bois pendant quinze heures, d’autres, je lis toute la journée. Et tu voudrais que j’échange ça pour m’inscrire sur la liste des «utiles », ceux qui rament dans le «bon sens » en courbant l’échine pour gratter de quoi remplir leur écuelle. Merci bien ! Je peux manger toute ma vie sans sortir de mes fourrés si j’y suis réduit. C’est pour ça que je suis venu m’installer ici, pour me créer un camp légitimement retranché. J’en ai marre de leur jeu de massacre. Ni envie de prendre des coups, ni d’en donner. Ca ne m’intéresse pas la bimbeloterie de leurs mâts de cocagne. Qu’on me foute la paix à tracer mes sillons, peinard, et à tarabuster mes souches ! Si ça les amuse les autres, les strass et les paillettes, les fontaines de champagne, les bolides qui se crachent à 200 à l’heure, la furie des cohues autour d’eux, les mendiants et les savants qui les servent, qu’ils continuent. Ca fait partie des pilules qui les consolent d’avoir à mourir un jour, chacun sa dope. Mais qu’ils laissent ceux, qui s’en foutent de ce cirque, vivre modestement et jouir autrement. Et qu’ils nous lâchent avec leur baratin. Les «lois économiques» ! Tout le monde le sait bien, c’est la plus redoutable des fausses religions, révélée par ceux qui tirent les marrons du feu, relayés par les compagnies du mensonge organisé qui lavent plus blanc la conscience du tiroir caisse. Qu’on arrête de nous présenter comme des demi-dieux des nababs prétentieux, ils devraient plutôt nous sembler grotesques, des obèses du fric puant la charogne de la misère et de la mort dont leur boursouflure se nourrit. Au mieux, on devrait en garder quelques-uns qu’on viendrait regarder se pavaner pour se rappeler que le ridicule a tué cette branche de la famille. L’homme libre doit mépriser ce fatras.
Bien à toi

Zoë Lucider Says:

4 avril 2013 at 10:51.

J’ai oublié de préciser que dans l’ouvrage intitulé « Le voyage des enfants », celui qui profère ce discours est un Français qui vit en Australie dans un endroit plutôt retiré du monde, mais je ne jurerais pas qu’il ne m’ait servi de pythie

Paul Says:

4 avril 2013 at 11:01.

Merci Zoë pour cette belle envolée, qui donne envie d’en connaître un peu plus long sur ce texte.
J’ai commencé, il y a quelques temps une chro intitulée « l’argent », sans grand rapport avec Zola, mais dans laquelle je tentais d’exprimer ce que je ressentais sur les rapports que l’argent crée entre les personnes. Je crois que ce qui m’exaspère le plus c’est l’arrogance de ceux qui croient tout avoir parce qu’ils ont un compte en banque bien garni, mais qui, à part ça, ne possèdent rien de ce qui fait la saveur de la vie.

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