22octobre2020

Le néant et l’actualité

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....

Cela fait plusieurs fois que le même « trou de mémoire » se reproduit, et je ne pense pas que mon cerveau soit en cause. Je consulte plusieurs sites d’infos le matin (ou d’échange d’infos). De façon très protocolaire, le premier site que je visite c’est « Seenthis », depuis la disparition « d’Altermonde sans frontières ». Lors de mon périple, il m’arrive de jeter un coup d’œil sur « Gogol News », puis de passer rapidement à autre chose… Cela fait plusieurs jours (pas forcément de suite) que je quitte Google, puis y retourne quelques minutes plus tard, ne me souvenant plus être déjà passé par cet endroit passionnant. Je balaie à nouveau les titres de « l’info » proposée, et m’aperçois de mon erreur au bout de quelques minutes de lecture, ce qui a le mérite de signifier qu’il y avait bien au moins un sujet qui avait accroché mon attention. Je tiens à préciser que cela ne m’arrive jamais à la télé ou avec les journaux dans la salle d’attente de mon (rayer la mention inutile) dentiste – coiffeur – neurologue – ophtalmologue… En général, les infos sur la télé me mettent tellement en colère que je ne risque pas de les oublier. Cela veut dire par contre que les pires conneries annoncées par Gogol ne me provoquent même pas un battement de cil…

Inquiet de ce comportement (après tout, à nos âges, on entend souvent parler de la maladie qui porte le nom d’un mec dont je ne me souviens que du prénom, Aloïs…), j’ai décidé de suivre mon comportement à l’aide d’un drône de surveillance de mon bureau : aucun résultat. J’ai décidé de me pencher sur le contenu de Gogol infos actualité, puis, pour ne pas créer de jalousie malsaine entre personnes fortunées, de Yahoo où je ne me rends pas car il me faut un moment pour savoir si je lis de la pub ou une dépêche d’agence. Eh bien, je crois que c’est le contenu qui est en cause ; soit à cause de l’accumulation ; soit par absence totale de hiérarchisation des sujets (comme à la télé). Mon cerveau doit gentiment assimiler les problèmes de cœur de Miss Normandie, à l’usage des bombes à sous-munitions dans le conflit dans le haut Karabakh ; ou ne rien distinguer entre le énième confinement / déconfinement des quartiers Est de Madrid et la démission du n°2 de la Débilité en Marche. Alors me direz-vous, ami•e•s pleins de sagesse, pourquoi ne pas me contenter des liens de Seenthis ou des articles de Basta ou de Reporterre ? Simplement parce que, par moment, j’aime bien découvrir l’actualité « à chaud » et connaître les dernières calembredaines de l’Agence France Presse. C’est tout. Et je ne vais quand même pas me taper France 2, 3, 4 ou 5 pour ça. Cela permet aussi aux robots fournisseurs du « Big data world » et des Services de Lutte contre l’écoloterrorisme, de considérer que, de temps à autre, je suis un citoyen lambda normal et pas uniquement un gaucho nihiliste intéressé par les écolos et les libertaires (de préférence les deux sur le même côté de la page).

Vous mettez en cause – cher monsieur – une fois de plus les médias les plus appréciés du vaste monde des internautes. Faire un pied de nez c’est une chose ; avancer des arguments sérieux en est une autre. Peut-être faudrait-il publier quelques preuves pour accompagner vos assertions ! Je vais donc observer les sites que j’incrimine pendant 48 h pour vos beaux yeux. Pour être parfaitement honnête, je dois dire aussi qu’il y a des titres auxquels je ne comprends rien, genre : « AMD vise les RTX 3080 et tease les perfs de ses Radeon RX 6000 ». Sans doute que cela vise des « geeks » un peu plus « branchés » sur la mayonnaise anglophonique (moi aussi j’ai le droit d’avoir un langage branché bouseux-franchouillard). Pour la suite de cette étude, et selon les recommandations de mon maître de thèse, je vais me limiter à des propos plus terre à terre. « Paul McCartney publie une photo émouvante avec John Lennon » ; merci RTL, ça a son importance ! « Grippe : la crainte d’une pénurie de vaccins en France, en pleine pandémie de Covid-19 » : ça fait quelques jours que ça dure, la mayonnaise sur le vaccin anti-grippal cuvée 2020 vieilli en fûts de chêne. Légalement parlant ce n’est pas de la Pub, mais quand même… Un jour, « ça y est le vaccin est disponible » ; le lendemain, « mais gaffe, il va y avoir pénurie » ; « la grippe et la Covid en même temps, même James Bond ne s’y essaierait pas ! » ; « Heureusement qu’il y a le vaccin contre la grippe ! » ; « selon certains parlementaires La Raclée En Marche, il faudrait que ce vaccin soit obligatoire » ; « oui mais, y ‘en aura-t-il assez ? » ; Ben non, « les pharmaciens tirent la sonnette d’alarme : il en manque ! »

Ma grandeur d’âme atteignant des sommets, je ne parlerai pas des dépêches d’agence reprises jusqu’à plus soif, sans qu’un mot ne manque ni qu’une faute d’orthographe ne soit corrigée. Pigiste informatique ou l’art du copier/coller. Mais cela a son importance : savoir qu’une info est approuvée par RTL, Europe 1, Ouest France, le Dauphiné et TF1, est une garantie morale d’authenticité, alors que tant de « fake news » (c’est du patois de Corrèze ?) sont déversées sur les pauvres inconscients que nous sommes… Les Islamo-gauchistes (quelle horreur !) nous abreuvent de contre-vérités haineuses ! Dénoncer ces rumeurs malencontreuses et malveillantes, ça s’appelle du Fast Checking. Comme principal moteur de bobards, la Covid coronavirée est en tête d’affiche. Dommage qu’il n’y ait pas plus de flashbacks  (je m’y mets moi aussi au patois de Corrèze, pour rester dans le ton) sur les conneries et les contradictions à jet continu de nos édiles ! Restons sérieux mon brave, vous savez bien que le nucléaire est la seule issue raisonnable, puisqu’elle est positive au niveau du Carbone (14 ?). C’est une affirmation aussi sérieuse que l’annonce d’un plan d’urgence pour les hôpitaux… Heureusement que tout se militarise peu à peu et que l’on passe du confinement « bon-enfant » au couvre-feu – prélude à la guerre totale contre le virus disséminé par les Islamo-gauchistes ! Et si l’on remettait au pouvoir les anciens tortionnaires de la guerre d’Algérie ? Il doit bien en rester, puis ça ferait un super titre pour Youcou/Gogol !

Marre de la politique ? Un petit détour sur Yahoo me permet de découvrir l’histoire d’un malotru qui, non seulement frappe sa compagne, mais de surcroit massacre les cochons d’Inde, au risque de provoquer l’ire de L214. Je m’intéresse à la gamme des SUV de BMW, jusqu’à ce que je découvre qu’il s’agit d’une publicité et non d’un communiqué de l’association Carfree pour dénoncer la croissance de la vente de ces saloperies encombrantes et polluantes que l’on nomme SUV. « Le Roi du Maroc s’offre 1600 m2 au pied de la Tour Eiffel » et on enchaîne sur « Salade de pommes de terre aux côtelettes d’agneau ». C’est nettement plus aguichant que « Irak : des associations s’insurgent contre les arrestations arbitraires d’un journaliste et d’un militant au Kurdistan ». Histoire de gagner du temps, on pourrait faire des synthèses : « Le Roi du Maroc mange des côtelettes d’agneau préparées par des Kurdes au pied de la Tour Eiffel ». Surprenant, mais guère plus con. Je me demande si les sites d’information ne sont pas gérés par General Food, Mac Do et Disney Land…

Sinon, Covid, covid, covid, jusqu’à ce qu’un malotru (providentiel) estime justifié de raccourcir l’un des enseignants du collège voisin. Un grand merci du ministère de l’inférieur à ce clown sinistre qui permet de relancer (était-ce vraiment nécessaire ?) le racisme anti…. tout ce qui est différent de nous. Crétin sanguinaire et congénital = musulman intégriste = musulman = arabe = migrant = le voisin d’en face. Porco dio ! Belzébuth au secours ! Il manque les écologistes et les anarchistes dans les termes de l’équation mais on peut faire confiance à l’imagination des Darmanin, Blanquer et autres dézingués de la bande à Croncron.

Pauvre monde. Je retourne me plonger dans mes romans favoris du moment. Une question m’angoisse quand même : ai-je vraiment rédigé cette chronique dans laquelle je voulais parler de la façon dont nous informent les géants de l’Internet ? A-t-elle bien été référencée par Google, recommandée par Facebook et vendue sur Aimetazone ? A moins que ce ne soit qu’un vulgaire cauchemar et que je ne me réveille bientôt dans le monde de Winnie l’ourson…

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12octobre2020

La météo fait grise mine ? Eh bien je lis… et c’est pas triste !

Posté par Paul dans la catégorie : Des livres et moi; l'alambic culturel.

On voulait de la pluie, eh bien on en a eu de la pluie et on en a encore. Ça se passe plutôt bien pour l’instant car, par chance, il y a la quantité mais pas la violence de la tempête et les dégâts qui l’accompagnent. Un temps parfait pour faire quelques coupes sévères dans la pile de livres que j’ai accumulés depuis la fin du confinement. Quand le temps devient maussade et que les jours raccourcissent, une envie frénétique de lecture me saisit en effet. Je vous propose quelques notes sur les découvertes romanesques de ces dernières semaines… J’espère que nous pourrons partager ainsi quelques bons moments…

 « L’enfant céleste » (de Maud Simonnot, éditions de l’observatoire) est l’un des titres de la « rentrée littéraire » de Septembre. Noyé au milieu de quelques centaines d’autres volumes, j’espère qu’il aura l’occasion de se faire une place dans la vitrine des libraires, car c’est vraiment un excellent roman ; une très belle page de vie, riche et sensible, que nous conte Maud Simonnot. le style très simple mais aussi très poétique de l’auteure a fait mouche : dès les premiers chapitres, j’ai été ému par ses personnages. Elle dresse leur portrait avec beaucoup de finesse et de nuances. Mary, la quarantaine, écorchée vive suite à une rupture sentimentale, est aussi la maman sensible et attentive de Celian, un jeune ado de quinze ans qui a bien du mal à s’adapter à une institution scolaire peu respectueuse des différences. Mary propose à son fils une démarche de rupture par rapport à ce quotidien submergé par la grisaille. Tous deux sont passionnés d’astronomie et de nature sauvage. Un lieu original va servir de refuge à leur détresse passagère : l’île de Ven, dans la mer Baltique, au Nord du Danemark, où l’astronome Tycho Brahe a séjourné de longues années et construit un observatoire astronomique. Ce voyage est l’occasion pour l’auteure de nous faire rêver avec de somptueuses descriptions. J’ai découvert avec ravissement les paysages sauvages de l’île de Ven. Le climat serait sans doute un peu rude pour moi, mais je l’ajouterais volontiers à la liste des lieux que j’aimerais découvrir. L’aventure est humaine aussi grâce aux habitants du lieu qui accueillent les deux voyageurs en perdition avec chaleur.
J’ai trouvé le scenario, mêlant astronomie, écologie, poésie, psychologie…, particulièrement intrigant et attachant. Le récit alterne la description des émotions ressenties par les personnages, avec des récits historiques et anecdotiques ; aucune lourdeur Au fil des pages, on découvre ainsi l’histoire de ce grand astronome qu’était Tycho Brahe. L’image du savant est quelque peu égratignée au passage, l’auteure n’omettant pas de décrire les aspects de la personnalité tyrannique du maître de l’Île. D’autres figures historiques sont d’ailleurs évoquées au fil des rencontres avec les résidents de l’île : Shakespeare, le mal connu, ou Copernic, le disciple de Tycho Brahe…  Les « second rôles » aussi sont pittoresques et ont leur importance dans l’histoire.
Le lien presque magique existant entre la mère et l’enfant reste cependant l’un des traits marquants de ce récit plutôt singulier. Dans sa tête, Mary navigue entre les paysages du Morvan de son enfance, et ceux de l’île où elle séjourne ; mais aussi entre ses problèmes existentiels et ceux de cet enfant qu’elle chérit avant tout. La manière de conclure le récit m’a également plu. Bref un premier coup de coeur pour cet automne 2020, un livre que je rangerai sans doute non loin de « la calanque de l’aviateur » tant aimé l’année passée. Il s’agit là d’un premier roman et je suis à l’affût des prochains écrits de Maud Simonnot…

  « Les trois sœurs qui faisaient danser les exilés » (d’Aurélia Cassigneul-Ojeda, éditions « ateliers Henry Dougier »), publié en Juin 2020, est une autre pépite de cette fin d’été. Un nouveau roman sur le thème de la « Retirada », l’exil vers la France, en 1939, des réfugiés espagnols après la victoire de Franco (mais une façon originale de l’aborder !). Que ce triste épisode de notre histoire nationale revienne sur le devant de la scène est une bonne chose, ne serait-ce parce que le problème des migrants, volontaires ou non, est à nouveau sur le devant de la scène, et que la gestion de ce genre de problèmes par nos gouvernants n’a guère évolué après quatre-vingt années. L’approche de l’auteure est particulière, puisque le premier personnage dont nous faisons la connaissance est lui-même un exilé italien, ayant quitté, avec ses parents, pour des raisons économiques, sa région natale des Pouilles et sa grand-mère tant aimée. Jeune enfant, il a dû suivre ses parents qui se sont installés dans la région d’Agen et ont fondé une activité de pépinière.
Blessé par une séparation mal vécue avec son épouse, Gabriele, notre héros, décide de changer de cadre de vie et de s’installer au Cap Cerbère pour y refaire sa vie. Son attention est très vite attirée par une grande demeure abandonnée dont il va se porter acquéreur. Dans cette maison ont vécu trois sœurs espagnoles, Flora, Rosa et Begonia, ainsi que leur père, artiste peintre fortuné, d’autres exilés également, mais pour des raisons sentimentales (décès de la mère). Au croisement de toutes ces routes d’exil, va naître une histoire riche en péripéties et en belles rencontres. La grande bâtisse va devenir un lieu d’animation plus ou moins confidentiel au cœur de la bourgade.
Au moment de la Retirada, les trois sœurs vont s’impliquer dans l’accueil, plus ou moins officiel, de réfugiés politiques, avant d’ouvrir leurs portes, quelques mois plus tard, aux Résistants traqués par la Milice, et aux Juifs menacés de déportation. La grande habileté de l’auteure est de nous faire changer de période historique, et de narrateur, en nous tenant par la main avec un fil conducteur suffisamment solide, la maison et ses occupantes, pour que l’on ne soit pas perdu. Je ne vous conterai pas le détail des péripéties qui réservent plus d’une surprise. Je vous dirai seulement que le livre se termine par de belles réflexions sur le problème de l’exil, et ce quels que soient les motifs qui l’ont provoqué. Un beau talent de plume qui donne envie de découvrir d’autres ouvrages d’Aurélia Cassigneul-Ojeda. Vous pouvez regarder cette présentation vidéo du livre par l’auteure pour compléter mon propos.

 « On dirait que l’aube n’arrivera jamais » (de Paolo Rumiz, éditions Arthaud). Un journal de bord pendant le confinement et la pandémie. Un de plus me direz-vous, mais l’originalité est au rendez-vous. Amusant de lire le récit du « surplace » d’un écrivain habitué à voyager. Cette fois, on ne navigue pas sur le Pô, on ne traverse pas les Apennins en Topolino, on ne suit pas le chemin des éléphants d’Hannibal dans les Alpes. Le décor est limité à une vue sur la mer Adriatique depuis un balcon au cœur de la ville historique de Trieste. Dans l’un de ses ouvrages précédents contant un séjour dans un phare en haute mer, l’auteur s’était déjà livré à l’exercice de l’écriture confinée. Dans ce dernier essai, la problématique est nettement plus large puisqu’au fil des pages Paolo Rumiz partage avec le lecteur ses réflexions sur la vie politique italienne et européenne, le désastre écologique et notre singulier comportement d’autruche face au désastre annoncé et largement documenté.
Je n’avais guère envie de lire de « journal de confinement ». je pensais d’ailleurs qu’il y aurait une floppée de publications sur ce thème. J’ai suivi « à chaud » les écrits journaliers de David Dufresne en Avril-Mai ; je crois que mon intérêt à ce genre d’évocation s’était arrêté là. Mais j’apprécie Paolo Rumiz, en particulier sa « légende des montagnes qui naviguent » et j’ai voulu savoir de quelle manière cet auteur allait aborder la question. Le résultat est intéressant, plus passionnant même. Rumiz est un auteur surprenant et sa philosophie m’interpelle. Ce que je trouve original en particulier c’est que cet homme « de droite » comme il se qualifie lui-même, a une analyse particulièrement fine des problèmes de notre société, et des conclusions loin de satisfaire à la doxa libérale habituelle. Je n’ignore pas que la classification arbitraire droite/gauche est souvent caricaturale… Mes vieux réflexes politiques jouent cependant leur rôle et me donnent souvent quelques a priori… La raison pour laquelle Rumiz se proclame parfois « de droite » me fait sourire aussi : il s’appuie sur le mépris qu’il a pour le carriérisme et la nullité des politiciens de Gauche de son pays. D’accord, mais de là à soutenir le camp dit « d’en face », il y a un pas que, personnellement, je ne franchirais pas, à moins qu’il ne s’agisse d’une part de provocation.
Bref, je vous invite à vous plonger dans les insomnies et les longues nuits de Rumiz : une lecture qui ne « prend pas la tête » mais permet quand même des réflexions profondes !

 « Le vent se lève » (de Lucienne Cluytens et Chantal Lebecq, éditeur Gilles Guyon) – Allez, va pour un p’tit coup de nostalgie. Mai 68, je n’ai pas connu, mais les années qui ont suivi, j’avais les deux pieds dans la marmite. La contestation et les manifs sur Lille, je n’ai pas connu, mon territoire étant plutôt à l’opposé géographique… Quant aux manifs antinucléaires, Bugey, Malville, entre autres, j’y ai mis non seulement les pieds, mais les mains également. Par chance, ce sont tous les événements de cette période « soixante-huitarde » et surtout « post-soixante-huitarde » qu’évoquent Lucienne Cluytens et Chantal Lebecq, dans un livre bien documenté, avec une plume alerte de surcroit. La structure du récit m’a un peu surpris au départ : les deux auteures ont travaillé de façon plutôt indépendante. Lucienne Cluytens se cache derrière des personnages fictifs et raconte le quotidien d’une adolescente et de son frère, leur découverte du milieu contestataire, les luttes antimilitaristes et antinucléaires, les premières revendications féministes ; Chantal Lebecq écrit à la première personne et s’appuie largement sur ses souvenirs personnels pour évoquer un parcours de vie au quotidien pour le moins agité. Ce choix d’écriture en alternance permet de couvrir un plus large spectre d’événements, chacun sachant que peu de militantes et de militants ont eu l’occasion de participer aux événements foisonnants de l’époque, du combat antinucléaire à Fessenheim, à la lutte antimilitariste sur le plateau du Larzac… En toile de fond, la musique, omniprésente, tous styles confondus : des artistes à l’origine du renouveau de la folk musique en France, des chanteurs engagés, des musiciens de Jazz… L’occasion de se rappeler qu’à l’époque Maxime Leforestier passait pour un chanteur engagé ! J’avoue que bon nombre de ces références musicales m’ont rappelé quantité de bons vieux souvenirs. Après tout, il n’est pas interdit de se faire du bien, même si la nostalgie l’emporte parfois !
Mais ce livre n’est pas réservé qu’aux vieux barbons… Pour ceux qui ont la chance (eh oui, ça présente certains avantages) d’être plus jeune, cela permet de comprendre un peu mieux l’ambiance de l’époque, et les grommellements frustrés des anciens combattants face à certaines revendications et combats actuels. Comme une impression de déjà vu, un sentiment de mouvement qui fait du surplace au lieu de suivre son cours naturel. Greta Thunberg n’aurait peut-être pas tant déparé que cela à côté de Pierre Fournier ou de Jean Pignero. Ils l’auraient certainement aidée à donner une tournure moins naïve à certaines de ses déclarations. Des revues comme « La Gueule ouverte », « Survivre et vivre », et même « Actuel », méritent une place dans l’histoire de la contestation sociale. Enfin, bref, un chouette bouquin qui m’a fait passer de bons moments et qui a pas mal remué le couteau dans des plaies pourtant bien cicatrisées ! C’était l’époque où l’on se déplaçait en stop, un sac de couchage et un sac à dos à l’épaule… Comme me l’a fait remarquer un copain, aller en Grèce en dormant en cabine plutôt que sur le pont supérieur du ferry, c’est pas mal non plus ! Je remercie les deux écrivaines pour leur travail de mémoire ; cela m’a évité de trop me creuser les méninges ! Mon seul reproche : quelques longueurs dans les évocations de souvenirs familiaux, mais cela participe aussi à la « couleur » de l’ensemble du récit.

On se retrouve dans quelques temps, pour un billet sur le mode « je râle, je râle, mais cela ne fait guère avancer le schmilblick semble-t-il ! »

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21septembre2020

Bas les masques !

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Vive la Politique.

« On ne va quand même pas foutre l’économie en l’air pour épargner quelques années à des vieux qui – de toute manière – n’attendent que de crever ! »
Cet éminent point de vue, on l’avait vu surgir lors des débats d’opinion sur le confinement en mars-avril, mais pour dire vrai, il n’était encore que balbutiant.
Maintenant il est difficile de ne pas l’entendre tant les médias dominants et certains réseaux sociaux lui servent de caisse de résonance.
Logique puisqu’au début de la contamination, on avait du mal à discerner quels étaient les groupes sociaux et les tranches d’âge « à risque ». Le virus allait-il avoir la grossièreté de tuer des personnes riches et utiles, ou allait-il se contenter, comme le pensaient des crétins congénitaux comme Johnson, Trump, Bolsonaro et quelques autres, de faire le ménage parmi les cas sociaux, les « sans-dents », les assistés qui nous « coûtent un pognon de dingue » ? Dans le doute, des gouvernements comme celui de notre bel hexagone, ont décidé de prendre un ensemble de mesures prophylactiques qui se sont révélées plutôt efficaces dans un premier temps, malgré l’absence totale de préparation à cette opération : absence de masques, de tests, de protocoles précis…

Les profits des opérateurs intermédiaires ont quelque peu vacillé pendant ce printemps silencieux ; heureusement pas le montant des plus grosses fortunes mondiales qui ont su croître et embellir malgré (ou grâce à) la tempête.
Nos vastes communicants ont pu alors pérorer avec mépris sur les courbes catastrophiques des voisins incompétents. Dans une France passablement secouée par les mouvements sociaux, les mesures de confinement ont par ailleurs eu le mérite de museler avec efficacité les contestataires en tout genre. Bénéfice conséquent pour un gouvernement passablement fragilisé. Il a suffi d’endormir la vigilance populaire (ce qui n’est jamais bien difficile) en émettant des brassées de vœux pieux qui ne coûtent pas cher et convainquent les plus crédules que même les plus cyniques de nos cheffaillons peuvent être touchés par la rédemption. Vous alliez voir ce que vous alliez voir : le capitalisme allait se moraliser, allait faire peau neuve et œuvrer avec ferveur au bonheur universel.

Je ferai remarquer aux crétins qui propagent l’opinion notée au début de ce billet que l’on ne sait toujours pas grand-chose sur cette sinistre maladie qui se propage parmi nous. Certes, plus de vieux meurent que de jeunes, mais parmi les trentenaires, quarantenaires, cinquantenaires… qui l’ont chopé, certains souffrent toujours de séquelles graves que nos statistiques officielles ignorent consciencieusement. Il faut dire que les séquelles sont toujours plus difficiles à mesurer que les alignements de cadavres… Faute de gibier dans les Ehpad, il se pourrait bien que la petite bête s’adapte à de nouvelles catégories d’âge et augmente ses ravages mortifères. Hypothèse à ne pas prendre à la légère…

Je ferai aussi remarquer aux mêmes crétins que parmi les « vieux » disparus, il y a de belles personnes dont on n’entendra plus parler, dont la vie a été pourtant plus porteuse de sens pour l’humanité que celle des golden boys (and girls) qui ne palpitent qu’au rythme des courbes du CAC 40. Un jour, on commémorera tous ces anonymes et on fera l’inventaire de tout ce qu’ont perdu non seulement les familles mais aussi la société dans son ensemble. Il y a des propos que j’ai lus au sujet de cette épidémie, qui me font regretter que ce sinistre virus n’ait pas la capacité de choisir ses victimes selon mes critères, et je reconnais qu’il y a des morts qui m’ont moins fait pleurer que d’autres… Il me plait parfois, dans les moments de hargne, d’imaginer une pandémie qui ne se propagerait que parmi les individus dont la capacité de nuisance à l’encontre de la société est supérieure à la normale. Les pertes seraient numériquement moins importantes, et les gains pour l’environnement et la planète seraient indubitablement significatifs. Enfin, je vais m’arrêter là dans ce propos, ne voulant pas passer pour plus barbare que les monstres qui sont aux manettes dans un certain nombre d’administrations, d’entreprises ou d’états !

Je pense en tout cas qu’il y a une politique sanitaire commune à adopter, au sein d’un même pays et surtout au sein d’une même communauté de pays : l’on n’en prend pas le chemin. Je viens de lire un bilan de la situation sur l’état du Kérala en Inde – je le connais un tout petit peu – et  ce bilan montre que les solutions à apporter à la crise sont nombreuses et certaines sont plus pertinentes que d’autres.

Allez, je m’arrête et je publie. Tant pis pour les illustrations, elles seront de retour dans une prochaine chronique. Je me contenterai d’une illustration sonore (en privé) : allez hop, un p’tit John Prine !

Merci à La Belette pour cette illustration de circonstance rajoutée a posteriori.

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3septembre2020

Baguenaudage

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....

Le potager ou la cabane des écrivains ?

Depuis le confinement printanier, baguenauder est à la fois l’une de mes activités et de mes expressions favorites. Quand je ne sais pas exactement ce que je vais faire… je baguenaude, dans la maison ou dans le jardin, à la recherche d’un objet, d’une idée, d’une intuition qui va m’interpeller. Ainsi va la vie au milieu des feuilles qui m’entourent. Que fais-tu ? me demande ma compagne. Je baguenaude, je baguenaude… Ah ! me dit-elle, consciente du fait que je n’ai guère plus d’informations à lui donner… C’est bien ! Par contre, je ne baguenaude qu’à pied. Il ne m’est jamais venu à l’idée d’utiliser ce mot lorsque je prends le vélo ou la voiture. Conduire n’est pas vraiment un plaisir, pour moi, sauf dans des circonstances exceptionnelles (genre petite route touristique). Je note que le dictionnaire donne le verbe « batifoler » comme synonyme pour « baguenauder », mais ce verbe-là me fait penser à gambader, courir, et évoque plus pour moi les roulades dans l’herbe ou la course du chien fou après la baballe. J’ai un peu passé l’âge !

Otava Yo un groupe de St Pétersbourg

On peut sans problème baguenauder en musique. Je joue de l’accordéon diato. Ce n’est pas l’instrument idéal à promener, mais surtout je n’en joue guère ces derniers temps, en raison d’un problème d’épaule qui me rend difficile l’extension du bras gauche, et, sans soufflet ouvert à fond, ma boîte à sons ne grince plus avec autant de vigueur et d’allégresse que les années passées. Alors j’écoute la musique des autres et je me régale avec de belles découvertes proches ou lointaines. Tournent en boucle en ce moment, le groupe néo-folk pyrénéen « trio baladins », la chanteuse US Rhiannon Giddens, les musiciens russes de l’ensemble « Otava Yo » ou l’extraordinaire chorale  Chypriote « Amalmagation Choir ». Ajoutez à cela quelques CD plus anciens restant toujours sur le haut de la pile : Sébastien Bertrand, Eric Frasiak, Mandolin Orange, le regretté John Prine… Ce ne sont pourtant pas ces musiciens-là que j’écoute en baguenaudant. Mes voisins les plus proches sont musiciens et de temps à autre, j’entends guitare, hang ou trombone qui résonnent dans la cour ou dans le parc. Grâce à eux, il m’arrive parfois de baguenauder sur fond musical. Jamais de baladeur par contre ; je n’aime pas les écouteurs car je déteste être coupé de mon environnement.

Le tome 1 d’un cycle prometteur

Si la chaleur ou la fatigue m’indisposent trop, mon errance se termine dans un fauteuil confortable, un livre à la main. Je peux réduire difficilement six mois de lecture intensive à une liste de titres, mais je ne résiste pas au plaisir de vous livrer quelques clés de mes bonheurs livresques récents. Des titres légers (mais qui font du bien par où ils passent) comme « Mamma Maria » de Serena Giuliano ou « Et je danse aussi », le petit bijou de Anne Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat (avec sa suite « Oh happy days ») ; des plats plus épicés comme « l’amant de Patagonie » d’Isabelle Autissier ou « Ecotopia » d’Ernest Callenbach ; des vitamines en barre avec « Changer la vie, changer le monde » de Murray Bookchin ou « La science, la paix, la liberté » d’Aldous Huxley…  Au détour de l’une de mes pérégrinations, j’ai aussi savouré le début du cycle du « Royaume de Pierre d’Angle » de Pascale Quiviger dans la catégorie que les éditeurs français nomment (sans doute par méconnaissance de la langue française) « Fantasy pour Young adults ». Rien qu’avec les titres cités dans ce paragraphe j’aurais pu faire une chronique complète, mais que voulez-vous, quand on baguenaude, on n’est pas toujours très sérieux. Comme je n’ai plus trop peur de rabâcher, j’y reviendrai peut-être. Allez, si, je me lâche sans attendre et j’ajoute le titre du dernier ouvrage lu, et qui mérite le temps que je lui ai consacré : « On dirait que l’aube n’arrivera jamais » de ce grand écrivain italien qu’est Paolo Rumiz. J’en extrais cette brève citation :

«La quarantaine va finir et moi, j’ai déjà peur du monde. Peur de sortir, peur que rien n’ait changé. Peur que les gens, au lieu de ralentir, n’accélèrent ultérieurement pour rattraper le temps perdu. Peur que tout reste comme avant, ou soit même pire. Mais si nous ne changeons pas de peau, à quoi aura servi tout ceci ?»

Au mois de Mai c’était vert !

Chose étonnante, je trouve souvent l’errance dans le jardin plus stressante que la lecture ou l’écoute musicale. Malgré les nombreux conseils d’amis chers (et de chères amies – excusez moi mais les règles de l’écriture inclusive me fatiguent), et bien que je fasse des efforts pour tenir compte de leurs remarques, j’ai toujours du mal à explorer les environs de la maison, sans rapporter de mes divagations une liste rallongée de travaux que j’aurais dû, ou que je devrais, faire. Je me rappelle la phrase de l’une de nos stagiaires : « Tu habites dans un endroit merveilleux et tu n’en profites pas ! ». Le problème est que « cet endroit merveilleux » donne un travail fou et que je suis de plus en plus conscient de nos limites. Au printemps, la végétation pousse très vite, histoire de me bousculer ; pendant l’été, c’est la canicule qui nous a posé de nombreux problèmes et la liste des arbustes et des fleurs qui hurlent « j’ai soif », me vrille les oreilles.

L’une des haltes du « chemin des bancs »

Heureusement, pendant les deux mois de confitourment, mon bricoleur de fils a créé tout un tas de structures en bois qui favorisent la méditation et le détachement spirituel des souffrances vulgaires de ce bas monde végétal. Ces ustensiles divers ont pour nom : banc, fauteuil, table de piquenique, chaises… Un chemin de croix un peu particulier se met en place dans notre parc et permet, au fil des stations, de tester le confort d’un siège et de s’appesantir sur la quiétude du lieu. Pour dire vrai, il faut quand même faire abstraction de l’affreuse chorale des coqs d’un élevage voisin. Seul le trombone de notre ami Laurent semble les décourager un peu de faire leurs incessantes vocalises.

Ces aménagements donnent la possibilité de conjuguer, agréablement, les divers éléments intellectuels de l’itinérance baguenaudienne. Certains visiteurs (et visiteuses) profitent de ces éléments de confort pour dessiner un peu ou tout simplement se détendre. J’aime que ce lieu que nous avons créé profite à d’autres que nous. La richesse nait aussi du partage.

L’ancien champs de maïs devenu forêt

Chose étonnante, surtout pour moi qui suis un adepte des voyages, le virus mal embouché m’a plutôt poussé à un repli à l’intérieur de nos frontières et, depuis mars et notre retour du Luberon, j’ai un peu du mal à inverser la tendance. Il faut dire que le monde extérieur, avec ses masques, ses distanciations sociales et toutes ses simagrées, à plutôt tendance à me repousser plutôt qu’à m’inviter à l’exploration. Mes arbres n’ont pas la majesté des sapins de Douglas géants découverts sur le plateau de Millevaches, mais ils proposent déjà un ombrage conséquent et de magnifiques jeux de lumière à travers leur feuillage. Il va bien falloir que l’on se décide à remplacer la baguenaude tranquille par quelques itinéraires de randonnées pédestres un peu plus fatigantes, certes, mais un peu plus motivantes aussi. Merci, Monsieur Covid, de nous lâcher un peu les baskets la saison prochaine ! Je n’arrive pas à me brancher sérieusement sur une escapade automnale. Comme il paraît qu’un lecteur averti en vaut deux, j’ai quand même pris la précaution de doubler ma réserve de livres à lire. Des fois que le virus s’attaquerait encore aux librairies.

Elle a « de la gueule » la p’tite maison de notre ami Laurent

Cela fait plusieurs années que je baguenaude intensivement. Mais je constate que mes promenades se rallongent et que mon indécision va croissante. Ainsi va la vie : il m’est plus facile de travailler à mi-temps et il est rare qu’une fois sieste et errance terminées, je me lance dans un projet qui n’a pas été soigneusement balisé dans la matinée. Passé 15 h, je veux bien changer le monde mais il faut qu’il coopère un peu ! Il commence à y avoir un décalage sérieux entre ma phase « projets » et ma phase « exécution ». Après le dos, mon arthrose galopante atteindrait-elle le cerveau ?

Bon, vous la trouverez peut-être un peu brouillon cette chronique… C’est logique puisqu’elle-même baguenaude ! Et pour conclure ? Eh bien de baguenauder à baguenaudier, il n’y a qu’un pas, mais ce pas je l’ai déjà franchi alors je n’y reviendrai pas…

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25août2020

Un porte savon métallique made in China

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; philosophie à deux balles.

 Le genre d’article que l’on achète sans trop se poser de questions, parce que c’est pratique et que cela évite les courses poursuites dans le lavabo ou sur le carrelage de la salle de bains après une savonnette humide. Pour une raison que j’ignore, cet objet futile du quotidien m’interpelle pendant ma dernière séance de brossage de dents. Ma première réflexion est géographique : encore un truc arrivé, avec des centaines de milliers de ses copains, dans un container qui vient de faire une bonne dizaine de milliers de kilomètres à travers l’Océan. Phénomène trop commun malheureusement, même si on essaie de le combattre en achetant le plus local possible. Encore faut-il que ce produit, comme des milliers d’autres, soit toujours fabriqué à une distance raisonnable. Pas forcément les moyens de le remplacer par un confrère de production artisanale réalisée en laiton bio dans les Cévennes… Je veux bien essayer avec des tiges de bambou, mais pour fabriquer un aspirateur, ce sera plus dur.

 Une seconde réflexion vient bousculer la première. Cet objet, bien fabriqué, apparemment résistant, coûte une dizaine d’euro sans doute. J’essaie d’imaginer le processus de fabrication qui permet de le produire en série avec un coût de l’ordre de un euro ou moins, compte tenu de la marge des intermédiaires qui se succèdent dans son circuit de commercialisation. Sur le dessus, il y a une grille fine avec des tiges soudées. Il est évident que la soudure n’est pas réalisée, point par point, à la main, par un ouvrier aussi qualifié que patient. Mais alors, comment est-ce fait ? J’avoue que je n’en sais rien. De la même façon, je ne sais absolument rien au sujet de la fabrication d’un millier ou plus d’objets, petits ou grands, qui m’environnent. Je réalise que cet état de fait, lié au processus d’industrialisation qui s’est mis en place depuis un siècle et demi et qui a permis la surconsommation de masse, est devenu commun, et qu’il est, d’une certaine manière, totalement aliénant. Lorsque l’on ne sait pas comment un objet est fabriqué, il est d’autant plus difficile de le réparer. Donc tout le processus de circulation de la marchandise nous échappe, et ce n’est pas le concept de recyclage que l’on met en place actuellement qui peut compenser notre manque total de savoirs dans ce domaine.

 Un petit voyage dans le temps – deux siècles en arrière par exemple – permet de réfléchir un peu plus à cette problématique. J’avoue que, à ce stade, j’ai posé ma brosse à dents (avant même de me questionner sur la manière dont cet objet quotidien est assemblé) et quitté la salle de bains… Dans nos campagnes et dans nos cités, il y a deux cents ans, tous les objets utilisés par la ménagère, l’artisan ou le cultivateur, sont fabriqués de manière assez simple, dans un environnement proche. Certes il y a des échanges entre les provinces et les états, mais les objets qui circulent sont des objets que l’on sait fabriquer sur place. Ce sont des raisons économiques qui sont à la base de ces échanges, ou bien la volonté de certains commerçants de s’enrichir plus rapidement. Des outils en acier peuvent provenir d’une région produisant de l’acier et voyager sous forme de produits finis, parce qu’ils sont transformés sur place par des artisans plus ou moins spécialisés et compétents. Mais ceci n’est pas la règle générale. Le plus proche est généralement le moins onéreux. Le fabricant est installé dans le même village, dans le même quartier ou en tout cas dans la même ville. On a accès à son atelier et l’on peut voir comment il travaille. Le spectacle du forgeron martelant le métal incandescent à sa guise pour en tirer des formes plus ou moins complexes est un spectacle courant et l’on n’a pas besoin de s’acquitter du droit d’entrée à un parc d’attraction thématique pour admirer son savoir-faire. Cette fabrication métallurgique, à la pièce, disparait au XIXème siècle avec la généralisation des forges industrielles.

 De nos jours, la plupart des objets familiers sont produits de façon automatisée sur des sites industriels lointains et les occasions de s’informer sur la manière dont ils sont fabriqués sont rares. Si l’on connaît le moindre détail sur la vie des léopards des neiges, des scorpions ou des poissons clowns, on n’a guère l’occasion de voir des documentaires détaillés sur les productions industrielles. Il y a quelques années déjà, on a commencé à dénoncer l’absence de liens entre les consommateurs citadins et la nourriture qu’ils consommaient. Je me rappelle que l’on s’amusait ou que l’on s’alarmait de voir les enfants répondre que le lait venait d’une brique dans un supermarché, ou ne connaître qu’un nombre très limité de denrées, en particulier des légumes. Sorti des pommes de terre, des carottes et parfois des épinards, certains participants des « journées du goût » à l’école ignoraient totalement l’existence des artichauts, des blettes, des navets ou des betteraves, et n’acceptaient de goûter ces produits bizarres destinés aux Martiens qu’avec réticence. Cette tendance s’est peut-être un peu inversée, mais je n’en suis pas si sûr.

Nous voilà en tout cas victimes du même genre d’aliénation concernant les produits manufacturés, que ce soit dans le domaine de l’agroalimentaire ou celui plus général des industries chimiques, métallurgiques ou plastiques. Je ne souhaite pas revenir au temps du charron, du boisselier ou de l’étameur, mais je souhaiterais que l’on ait plus d’information sur les chaînes de fabrication et de montage des appareils ménagers par exemple, et que l’on soit informé aussi, par la même occasion, sur les conditions de travail délirantes des gens à qui nous déléguons la fabrication de tous ces objets qui assurent notre confort au quotidien.

 J’ai trouvé une bonne prolongation à cette réflexion dans les ouvrages de William Morris, philosophe anglais du début du XIXème (eh oui !), en particulier sur la confrontation du monde de l’artisanat et de celui de l’industrie. J’ai lu « l’âge de l’ersatz » de cet auteur, et je m’apprête à lire « L’art et l’artisanat ». Cette réflexion est prolongée un siècle plus tard, dans le petit ouvrage de Simone Weil « Allons-nous vers la révolution prolétarienne », dans lequel elle s’interroge sur le parallèle entre le passage du travail artisanal (plus ou moins industrialisé mais faisant appel à une main d’œuvre qualifiée) au travail à la chaîne, et la baisse de conscience révolutionnaire du prolétariat des années 30. Je me doute que nombre d’auteurs contemporains ont tenté ce genre d’analyse, mais j’aime parfois retrouver dans les ouvrages anciens, l’ébauche d’une analyse des problèmes dans lesquels nous sommes à présent plongés jusqu’à l’asphyxie.

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16août2020

La méthode A, B, C, D, E de la Feuille Charbinoise

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Vive la Politique.

 Alors que notre distingué ministre de la santé, Olivier Véran (originaire du même département que moi – j’ai honte), vous a proposé triomphalement la méthode ABCD (Abbé Cédez !) pour se joindre à la croisade contre l’infâme virus masqué (mais non couillon c’est pas le virus qui est masqué, c’est toi). La Feuille Charbinoise, soucieuse du bien-être et de la santé du public va plus loin en vous proposant la méthode ADCD + E. Il s’agit là d’un protocole sérieux, à ne pas confondre avec celui proposé par une bande d’enfoirés moqueurs qui ont baptisé leur procédure charlatanesque W, X, Y, Z… Compte-tenu des lettres choisies, on sent bien qu’il s’agit là d’un commando irresponsable de joueurs de scrabble bien capables d’aider à la propagation d’un virus compte double, ou pire, compte triple.

Que mettons-nous de tangible derrière les lettres magiques que nous avons décidé de mettre en valeur ? Eh bien voici ce que cachent ces initiales habilement choisies…

• Aaaaah ! C’est dégueulasse !
• Beeh ! Vous allez quand même pas me contaminer avec vos glaviots !
• C’est dingue un malotru pareil !
• Dégagez votre sale trogne de mon chemin sinon je cogne…
• Euh pardon M’sieur l’agent, je ne vous avais pas reconnu.

 Ou alors (plus ésotérique et donc difficile à appréhender pour le plouc de base)

• A  bracadabra
• B outez ces gueux non masqués hors de mon cheu moi
• C ul terreux si t’as des C ouilles, mets ton C asque
• D ébile profond qui D éambule D ans nos ruelles sans son préservatif
• E stime toi heureux que ton E rreur n’ait pas de conséquences fatales.

Le défaut de la version 2 est d’être plus élitiste. Des mots tels que « bracadabra », gueux », « terreux », « déambule », « fatale » nécessiteront certainement l’emploi de Gogol translatte.

Alors on bosse sur une version 3 en Alexandrins (pour ceux qui ont treize masques mais un seul pif). La canicule favorisant l’élévation de l’esprit, ça pourrait donner un truc comme :

• Ah ça ira ça ira ça ira, poil au bras
• Bortez votre masque sinon gare aux matraques
• Cessez de nous faire chier avec vos conneries
• Monsieur Docteur Véran m’avez tout l’air d’un gland
• En marche vers la sortie et plus vite que ça !

 en prime :

• Foutons tous ces cons dehors
• Guignols de tous bords vous nous pompez la covid
• Honte à vous qui ânonniez que les masques étaient inutiles et qui bastonnez maintenant ceux qui ont décidé de faire plus confiance à leur bon sens qu’aux braiments de leur ministre !

En conclusion :

Dis le ministre, là, t’as pas l’impression de nous prendre pour des cons ? Note bien, à ta décharge, que tu ne serais pas le premier !

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12août2020

Tout va très bien, Madame la … (au choix !)

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; philosophie à deux balles.

 Covid, canicule, dengue, incendies… Notre humanité bien innocente est agressée de toute part ! Quelle injustice ! D’autant que promis, juré, si je mens Macron va en enfer… On a tout compris depuis quelques mois : tous nos dirigeants ont viré écolos, révolutionnaires, bouddhistes et ont installé les bouquins du gentil Pierre Rahbi sur leur table de nuit, juste en dessous du portrait de la gentille Greta et du gentil petit Nicolas (celui qui s’était égaré au gouvernement après avoir tiré un mauvais tarot sur le site de Boursorama). On l’a dit et redit, promis et béni : rien ne sera plus jamais comme avant. Comme l’a si bien fait remarquer Ruffin dans l’une de ses dernières vidéos, on a recommencé à faire des exonérations de charges aux entreprises les plus polluantes, mais ce sont les exonérations d’après, pas celles d’avant. C’est une différence colossale… Excellente vidéo qui m’a bien fait rigoler par ailleurs. Grâce aux divers avantages fiscaux, ces sociétés de bienfaisance pourront renforcer leur staff des ressources humaines afin de dresser les listes complètes des futurs licenciés. Les gros actionnaires pourront créer des emplois de substitution : pour porter les lourdes mallettes de biftons en Suisse ou aux Marquises, il faut de gros bras musclés. Quoique, mon bon monsieur, tout cela est de plus en plus virtuel. Je suis l’un des derniers à cacher un billet de dix euros dans le tiroir de mes chaussettes. (*)

 Revenons à des considérations sérieuses et de haut niveau. Je vous dois bien ça. Alors voilà comment je vois la situation…
Si la Nature était un rien intelligente, elle aurait pu faire un geste en arrêtant de dévaster la banquise, de faire monter mes salades et de cramer la Sibérie (lieu où j’envisageais d’aller me rafraîchir le fondement, avant que je prenne conscience du côté profondément égoïste et nuisible des déplacements en avion). Elle aurait pu aussi marquer une pause dans la pandémie et rapatrier chauves souris et pangolins dans les quelques branches d’arbre que laissent encore en paix les planteurs de palmiers en Indonésie. Tant qu’à faire cette Nature bordélique aurait pu aussi laisser un peu plus d’eau dans la nappe d’eau qui alimente ma source. Vu l’état des précipitations, nous avons été obligé d’enlever le doseur de la bouteille de pastis pour le placer sur la carafe d’eau… Nature ingrate face à l’immense générosité de l’homo sapiens qui se décide enfin à en reconnaître l’existence. La preuve, selon une étude récente des sociétés autoroutières (bien placées dans le hit-parade des promoteurs du développement du râble – de lapin) près des deux-tiers des automobilistes ne jettent plus leurs ordures par les fenêtres. Je regrette que cette information ait été présentée de manière négative par les médias assoiffés de marronniers : dire « qu’un tiers des automobilistes jettent leur merde par la fenêtre » c’est profondément négatif. De même, si une rave party attire une dizaine de milliers de fêtards dans le parc naturel des Cévennes, ce n’est pas pour écouter de la musique, mais pour communier avec les arbres de la forêt cévenole.

 Bref, il va falloir construire le monde de demain, celui qu’on appelle pompeusement « le monde d’après » sans l’aide ni la compassion de la Nature. L’homme seul face à l’âpreté de l’existence. Le pire c’est que plus on ne fait aucun effort, et moins la situation s’améliore… Vous voyez où je veux en venir ! Trêve de persiflage. Je reconnais me comporter comme un mauvais écolo, puisque c’est clair – Croncron l’a dit – il y a une bonne écologie, support du CAC 40 et de la déforestation raisonnée, et une mauvaise, irresponsable, qui ne veut rien qu’à nous punir et à nous rendre malheureux. La seule chose que la chaleur estivale a réussi à différer c’est la méga crise économique qui va tomber sur le coin de la gueule de ceux qui croyaient qu’on allait changer d’orientation et repartir dans la bonne direction : celle d’une meilleure répartition du travail, de l’argent et du bonheur. En 2008 on aurait bien voulu, mais on n’a pas pu, à cause de la CRISE. Ce n’était pas possible de laisser tout le monde dans le train du progrès (comme ils disent) alors Dieu (ou plutôt les dieux puisqu’ils sont plusieurs – tous plus amour les uns que les autres) a choisi la minuscule cohorte que l’on pouvait laisser s’empiffrer à volonté. Eh bien, je crains qu’en 2020, malgré les gesticulations des mauvais écologistes, il ne soit pas possible d’améliorer les conditions de travail des gens les plus utiles et souvent les plus précaires aussi. Ce n’est pas de la mauvaiseté de la part des habitués du forum de Davos, c’est à cause du pangolin, ouin ouin. Heureusement que comme pour les gueules cassées de 14/18 il reste les médailles en carton pâte, les défilés et les remerciements des zofficiels-les-larmes-aux-yeux. Devront s’en contenter.

 Bref citoyens conscients (et amis lecteurs de ce blog ainsi que de quelques autres – c’est la même chose), il n’y a plus à tergiverser ! Va falloir prendre notre futur en mains, sans attendre l’aide du Pangolin, de la ministre de l’écologie ou du rabbin du coin. Ce que nous ne sauverons pas avec nos petites mains, les acquis que nous ne réussirons pas à protéger en gueulant « au voleur », c’est clair, ce n’est pas demain qu’on pourra les retrouver d’occasion chez Emmaüs. Comme on disait en 68 : « nous voulons tout et tout de suite ! » et surtout plus de vaines attentes, de débats stériles et de pinaillages idéologiques. Je veux, je prends, je fais et, surtout, pas tout seul ! Comme le fait si bien remarquer Murray Bookchin dans ses ouvrages majeurs : l’écologie ce n’est pas se contempler le nombril après l’avoir badigeonné d’essence de Niaouli. L’écologie elle est sociale, politique, libertaire même, sinon elle n’est rien. Euh, en fait, je ne crois pas qu’il ait dit ça comme ça. Et puis, je n’ai rien contre l’essence de Niaouli !

Notes : (*) Au cas où un con malintentionné envisagerait de faire avec mes chaussettes comme avec ma tondeuse, ceci est une cake niouse exclusive

 

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9août2020

Coucou qui c’est ?

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour...; Humeur du jour.

Ça fait des mois que le clavier me démange… Mais vous savez comment c’est ! On s’habitue malheureusement à ne pas écrire ou à trouver désuets les quelques enchaînements de mots qu’on arrive à aligner à l’écran. Plus les automatismes disparaissent, plus les barrières se font nombreuses. Pas vraiment de l’autocensure, mais plutôt du « bofisme ». Et puis… j’ai reçu un p’tit message, très poétique, très encourageant, sur la boîte du blog. Il s’est posé comme la graine sur un terreau fertile. Va-t-il germer et donner une nouvelle plante ? L’avenir le dira… En tout cas, merci Marie Alice !

Les événements récents (sur lesquels je ne m’étendrai pas… pour l’instant) ont fourni à nos gouvernants un nouveau prétexte pour s’immiscer dans notre espace privé et essayer de brider un peu plus le champ des idées sur lesquelles nous pouvons encore réfléchir, avec l’illusion d’être encore un peu maître de nos vies. Chaque pouce de liberté conquis par le système va demander de plus en plus d’efforts pour être reconquis. Les partisans du fichage, du traçage, de la pensée formatée sont à la fête. Trop nombreux sont aussi ceux qui confondent révolte et révolution, et s’imaginent libres parce qu’ils confondent bon sens et libération prématurée des comportements. Pendant qu’ils font les guignols en jouant avec le droit à la santé qui est notre droit à tous, ils ne se rendent même pas compte qu’on leur pose des menottes de plus en plus serrées… Aude Vidal a écrit un très bon papier là-dessus dans son blog « écologie politique ». Ça s’intitule « Rébellitude ou anarchisme ? Une histoire d’eau » et ça envoie une bonne claque dans la tronche. Merci Aude. Derrière toutes ces attitudes croquignolesques domine un manque de respect pour les autres qui n’est – pour sûr – pas l’une des composantes de l’éthique libertaire.

 J’avoue que l’un des effets de la pandémie a été de développer un peu plus mon côté parano, quand je vois tout ce que l’état policier orwellien qui progresse à pas de velours peut tirer des gadgets avec lesquels nous jouons au quotidien. Certes, il y a un contrôle qui se fait à notre insu et parfois contre notre volonté : je pense aux réseaux de caméras qui quadrillent nos espaces urbains (mais aussi ruraux – c’était l’argument choc pour les dernières municipales chez nous) ; mais il y a aussi des informations que nous livrons aux traqueurs potentiels avec le sourire aux lèvres : connexions internet, téléphonie mobile, réseaux sociaux, cartes bancaires, cartes de fidélité… etc… Chaque empreinte que nous laissons dans nos déplacements ne fournit que des indices bien innocents, mais la capacité de croisement des fichiers, de recoupement des données, est devenue de plus en plus courante. Les cris d’effroi de la C.N.I.L. n’impressionnent plus guère nos gouvernants qui prennent prétexte de « leurs luttes d’intérêt général » pour autoriser tout et n’importe quoi. Pour me protéger des gauchistes, des terroristes et des virus, Monsieur BigData se fait de plus en plus insidieux. On se créait des petits frissons dans le dos il y a une décennie, en imaginant ce que pouvait donner le cumul des infos que nous pouvons donner sur nous même à travers les différents réseaux sociaux. La dimension du jeu a changé et les réseaux d’espionnage se sont multipliés… Parmi ces nouveaux amis de la liberté, les objets connectés et les compteurs « intelligents », qui sont beaucoup plus indiscrets que ce que nous croyons. Il n’y a pas que sur la Toile que l’on laisse de belles empreintes. Notre bon ami Gogol est capable de vous rappeler qu’en 2013 vous avez acheté une paire de chaussettes sur un site danois, et que vous n’y êtes retourné que deux fois depuis. Ça ne vous gêne pas ? Moi si, même si je sais qu’à l’heure actuelle, acheter des chaussettes rouges n’est pas encore considéré comme un délit.

 Alors ? Parano et réfractaire à toute technologie ? Sans doute pas encore (difficile d’ailleurs !) mais de plus en plus méfiant… A l’heure où l’on parle de réduire le nombre de distributeurs de billets, je prends un malin plaisir à payer mes courses en espèces : ça me plait certains jours que mon banquier ne connaisse pas la liste exacte de mes fournisseurs. Essayez de passer deux ou trois jours de vacances dans le trou du cul du monde sans que ni votre banquier, ni la police, ni Madame Michu ne soient au courant. Ce n’est pas si facile que ça. De surcroit, comme je ne focalise pas vraiment là-dessus, je suis certain qu’il y aura une faille dans le système infaillible que je vais essayer d’élaborer.  Alors, s’il vous plait, ne nous laissons pas égorger comme des agneaux. Il paraît qu’une fois dans le dernier couloir, il est difficile de faire demi-tour. Intéressons-nous aux utopies ! Je viens de lire un très bon bouquin intitulé « Ecotopia », écrit par un certain Ernest Callenbach et publié chez « rue de l’échiquier ». Ça se passe aux Etats, dans les années 80, en plein brouillard de pollution physique et mentale ; trois Etats de la côte Ouest ont fait sécession (Oregon, Californie, Washington). Ils ont changé de voilure et suivent le vent de l’écologie de manière plutôt sympa… Il est grand temps que vous le lisiez ce livre : il a été publié en 1975 aux Etats-Unis et il a fallu plus de 40 ans pour qu’il soit traduit dans la langue de Molière et de Macron. Ça date un peu, parfois, mais pas tant que ça : intéressez-vous à l’actualité, à Portland par exemple, et vous verrez que ça bouge, loin, très loin de chez nous ! Ça bouge encore en 2020. Même masqué, on peut manifester.

A part ça, nos arbres ? Eh bien ils poussent, même s’ils ont de plus en plus soif chaque année à la même période. La photo, c’est triché : elle a été prise au mois de mai en pleine crise de verdure !

 

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31mars2020

Le grand bal mortifère des cyniques

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Questions de santé.

Une petite dose de libéralisme par ci…
Une bonne dose de mortalité virale par là…
Une grosse dose de libéralisme par ci…

Panique en Grande Bretagne. Avant même le passage à la phase critique de la pandémie Covid 19, 40 000 infirmières et 10 000 médecins manquent à l’appel. Un grand merci de la population aux derniers gouvernements conservateurs (et partisans acharnés du néo libéralisme). La santé publique ça coûte cher et ça ne rapporte pas assez aux actionnaires. C’était plus amusant de jouer au poker sur le fameux Brexit.
Mortalité dramatique en Italie. Résultat d’une bonne dizaine d’années de politique d’austérité, les équipements (en particulier les lits en réanimation) sont insuffisants. Les souris ont bouffé le parmesan. Les places dans les hôpitaux publics, même dans le Nord sur-développé, manquent cruellement. Appelée à la rescousse, l’Union Européenne, en grande partie à l’origine des mesures drastiques d’austérité, se vautre dans les déclarations de solidarité guère suivies d’effet. Je ferme une frontière, puis je l’ouvre « sur dérogation », comme l’Autriche lorsqu’elle s’aperçoit qu’elle manque de personnel de santé pour s’occuper des personnes âgées…
L’Allemagne, plus raisonnable peut-être dans l’application de la politique commune de massacre des services publiques, plus riche aussi, tire relativement mieux son épingle du jeu. Les capacités en réanimation sont quatre fois supérieures à celles de l’Italie, le double de celles de la France. Lundi 30, le nombre de cas déclarés est élevé (plus qu’en France) la mortalité est cinq fois inférieure.

Et la France dans tout ce mic-mac, me diras-tu, cher lecteur venu d’une autre planète ? On ne fait pas mieux, et même pire que chez certains voisins. Même notre traditionnelle « ligne bleue des Vosges » et notre « savoir faire hexagonal sans pareil » ne jouent plus leur rôle. Notre Jupiter omniscient a beau gesticuler, tel un moulin à vent, pour masquer la tragédie ; rien n’y fait. La seule chose qui apparait clairement c’est l’amateurisme complet de l’équipe dirigeante. C’est l’improvisation permanente, les mesures prises avec un temps de retard, les déclarations mensongères… Nous voyons à l’œuvre un gouvernement dont les membres, tout droit issus des écoles de commerce, sont plus aptes à faire du boniment et à ranger un tiroir caisse, qu’à gérer une crise majeure ne figurant pas dans leur formatage initial. Nous payons aussi, lourdement, les pots cassés d’une politique de démolition des services publics encore renforcée par les élucubrations droitières de la politique macronienne. Plus d’un an que les personnels de santé protestent, manifestent et dénoncent les conditions infernales dans lesquelles ils travaillent. Une seule réponse du gouvernement : des balles caoutchouc et des mesures concrètes contre les régimes de retraite de ces soi-disant privilégiés ; pour finir, l’annonce d’une distribution prochaine de peanuts et de médailles en toc. Se rendant bien compte (mais un peu tard) que même la majorité de la population n’arrive plus à avaler la potion amère de l’austérité, nos dirigeants cherchent maintenant à rapiécer au plus vite les blouses blanches déchirées. « Il nous faut un nouveau capitalisme » professe sans rire ce bon vieux Bruno Lemaire…

Admirez cette belle carte des fermetures de lits, en France, seulement sur deux années… Ce document « gauchiste » provient du Figaro.

Quelques exemples pour appuyer mon propos ? Disparus des stocks les masques dont on aurait bien besoin pour protéger la population… absents des rayonnages, les tests de dépistage, les vêtements de protection, les gants et tout le toutim… Plus d’usine française pour fabriquer ce matériel. Plus aucune production locale de molécules pour les médicaments de base, plus de chaines de production pour les masques, les appareils respiratoires, les blouses de protection, les bouteilles d’oxygène. La dernière usine textile fabriquant des masques a été vendue aux Etatsuniens et fermée il y a deux ans. La dernière usine proposant des bouteilles d’oxygène a fermé elle aussi. Il se trouve que les locaux sont encore opérationnels, en attente d’un repreneur qui ne se présente pas ; les ouvriers proposent une reprise de la fabrication, après nationalisation, mais on ne les écoute pas. Alors on fait appel à nos amis chinois… et à la charité publique. L’hôpital de Dijon demande des bénévoles pour coudre des blouses dont il fournit le patron ; même démarche pour les masques un peu partout en France ; les cagnottes participatives pour soutenir l’effort de nos « héros » les soignants se multiplient. Jupiter pendant ce temps, parle de charters pour alimenter notre pays depuis les stocks chinois, mais, dans un même temps, bloque la distribution des protections élémentaires aux personnels en contact avec le public qui en ont un besoin criant. La confiance dans les déclarations du gouvernement est à un niveau si bas que les personnels soignants demandent la publication des commandes françaises à l’étranger pour être rassurés sur le fait qu’elles existent bel et bien et ne sont pas qu’un effet d’annonce. Les médecins, en première ligne, meurent ; quant aux malades, on en promène quelques uns en TGV avec force images médiatiques.

Le seul mot qui me vient aux lèvres c’est « pitoyable » et le seul sentiment que j’ai envie d’exprimer c’est « colère » !

Nous voilà confinés – décision sans doute raisonnable mais quelque peu tardive, derrière laquelle se profile, dans tous les pays qui l’appliquent à la lettre, la volonté de renforcer encore plus la surveillance des citoyens y compris en temps de « paix » intérieure. On pourrait pinailler sur la validité de certaines de ces mesures, ou discutailler sur l’application des sanctions. J’espère que ce gouvernement d’épiciers trouvera un bon usage à tout cet argent collecté, impôt supplémentaire, une fois de plus, pour pénaliser les plus démunis, les moins dégourdis et surtout ceux qui n’ont guère de refuges en temps de guerre sociale. Voter ne présente aucun risque (du moins avant les élections) alors que faire du jogging est une menace publique tout comme se rendre une fois par jour à la boulangerie. Laisser les uniformes apprécier à leur guise ce qui constitue un danger ou n’en constitue pas risque d’ouvrir la porte à un nombre conséquents d’abus… et de comportements discriminatoires. Mais que voulez-vous mon bon Monsieur, on ne fait pas d’omelette patriotique sans casser quelques œufs particuliers. La peur qui rôde est aussi l’occasion de voir remonter à la surface le comportement vichyssois de certains de nos compatriotes ; une petite lettre anonyme par ci, une petite dénonciation par là, ça soulage énormément. Ne jamais oublier ce que disait Emilie Carles dans « la soupe aux herbes sauvages » : à la Libération en 1945, nombre de nos concitoyens se sont contentés de remplacer le portrait de Pétain par celui de De Gaulle… Dans tout immeuble se cachent un ou plusieurs justiciers masqués qui n’hésiteront pas, sans péril puisqu’ils n’ont pas d’honneur, à signaler le danger que représentent les sans-abris, les homosexuels, les noirs, ou, pourquoi pas, les personnels soignants. « Méfiez-vous de la petite dame du deuxième ; elle travaille dans un EHPAD et côtoie chaque jour des personnes contaminées. L’applaudir sur son balcon c’est bien, la croiser dans l’escalier ou, pire, dans l’ascenseur, c’est une situation inadmissible ».

Face à la crise, notre Jupiter décrète. Un petit 49.3 pour appliquer la démolition des retraites. Une batterie de mesures digne du « Guiness Book » pour le bien-être public. Notre premier ministre en avait presque des larmes de fierté lorsqu’il a fait son annonce : jamais un conseil des ministres de la Vème République n’avait accompli un tel exploit ! Les décrets sont en tout cas une solution commode pour agir, soi-disant, pour le bien de tous. Les mesures « temporaires » prises depuis quelques jours, seront-elles annulées, comme le déclarent nos dirigeants, lorsque le péril sera écarté ? D’autant que les « périls » passés, présents et futurs ne manquent pas. Un « péril » en chasse un autre : terrorisme, grogne sociale, crise écologique… Ce n’est plus une vie que d’être un Macron de la République. Jamais moyen de poser la cape du superhéros justicier. Il faut reconnaître, pour faire preuve d’objectivité, qu’il y a un domaine qui fonctionne bien chez nous : c’est celui de la répression. Rassurons ceux qui dorment sur un matelas de billets : nulle pénurie d’armes et de munitions n’est à craindre pour éborgner, asphyxier, blesser, la population récalcitrante. Le bilan absolument effarant de la répression contre les Gilets Jaunes en témoigne. Dommage que le mouvement social n’en ait pas profité pour constituer un stock de masques respiratoires. Pendant des semaines, l’atmosphère de certaines grandes villes a été rendu irrespirable par les largages inconsidérés de tonnes et de tonnes de gaz. On eut apprécié la même capacité chez nos ministres de l’intérieur et de la santé à stocker les masques respiratoires que les balles en caoutchouc pour éborgner. Faisons comme nos médias zofficiels : évitons les sujets qui fâchent et dénonçons l’absence totale de démocratie chez les autres. Quels tyrans ces Orban, Erdogan, Poutine… et les autres !

La solution adoptée, la seule possible ? Je vous propose simplement ces quelques lignes relevées sur le site de France Inter à propos de la situation du Portugal : «Moins d’austérité, moins de coupes claires dans la santé publique, un pays mieux préparé. Ce qui autorise d’ailleurs Lisbonne à faire preuve de générosité : le 28 mars, Lisbonne a décidé de régulariser tous les migrants qui ont déposé un dossier de résidence et de renouveler automatiquement les titres de séjour qui arrivent à échéance.» Le 30, dans l’après midi, on relève environ 6400 cas de Covid 19 confirmés au Portugal, contre 85 000 en Espagne.

La boucle est bouclée avec le sous-titre de cet article. Je m’arrête là. Je ne voudrais pas que cette colère justifiée ne fasse trop monter ma pression artérielle, et ne me transforme en « sujet à risque ». D’autant que je rentre dans une tranche d’âge qui ne fera pas de moi une personne à soigner en priorité. Alors calmos. Je ne m’étale pas sur mon confinement personnel. Je fais partie des petits bourgeois bienheureux qui disposent de place pour patienter, d’une bibliothèque conséquente et d’un jardin pour calmer leurs nerfs. J’assume ! Bon courage à tous les autres ! Pardonnez-moi cette conclusion égoïste. Je vous assure : je n’ai pas mauvais fond.

addenda n*1 – 3 avril : (source, journal « La Montagne ») Un nouvel espoir vient de s’envoler pour les salariés de Luxfer de Gerzat (Puy-de-Dôme). Alors que l’usine pourrait préserver la France d’une pénurie de bouteilles d’oxygène, le ministre de l’Economie vient d’écarter l’hypothèse d’une nationalisation du site. Une déception pour le député André Chassaigne. C’est une déception de plus dans le triste feuilleton que vivent les salariés de Luxfer depuis le 26 novembre 2018 et la fermeture de l’usine basée à Gerzat (Puy-de-Dôme). Ces dernières semaines, une nouvelle lueur s’était allumée avec l’espoir de relocaliser en France la fabrication de bouteilles d’oxygène. La nationalisation du site devenait donc une piste notamment défendue par le député André Chassaigne. Un fin de non-recevoir notifiée ce jeudi matin L’élu du Puy-de-Dôme ne cache pas sa déception. Car ce jeudi 2 avril, durant la visioconférence organisée par le Premier ministre avec les dirigeants de partis et les présidents de groupe, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, a répondu par une fin de non-recevoir à la demande de nationalisation de l’entreprise Luxfer de Gerzat.

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19janvier2020

Ras-le-bol des « voisins vigilants »

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....

Elles fleurissent de partout sur les piliers de portail des maisons dans les lotissements voisins ces affreuses plaquettes jaunes « voisins vigilants ». Elles nous hérissent le poil. Elles sont parfois accompagnées d’un autre texte charmant : « si nous n’appelons pas la police, notre voisin s’en chargera ». Prochaine étape : clôtures, barbelés et miradors accompagnés de la création d’une milice privée ? Dommage qu’une bonne part de leurs utilisateurs n’imaginent même pas tout ce qui se cache derrière… du moins nous l’espérons.

Notre choix de vie est quelque peu différent alors nous avons créé notre propre « étiquetage ». A voir sur la photo ci-dessous. Tous droits de reproduction autorisés. Quand on n’aura plus de café, on offrira un verre d’eau de source. Quand aux chats, on leur a demandé de ne pas être trop agressifs et de se limiter à un comportement d’intimidation.

 

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