24juin2022

Causons livres avant que vous partiez bronzer…

Posté par Paul dans la catégorie : l'alambic culturel; mes lectures.

 Eh oui on cause encore « bouquins » ; et bouquins intelligents en plus… Si le sujet vous chagrine, patientez : je prépare une chronique sur la méditation transcendantale, et l’art de patienter jusqu’aux prochaines élections en essayant de capter les ondes qui émanent de votre nombril. J’envisage aussi d’autres ouvertures sur des sujets de société vraiment préoccupants pendant la période estivale. D’ici là, il va falloir vous contenter de ces quelques propos plus ou moins littéraires. L’âge avançant, une certaine tendance au rabâchage et à la paresse me vient. Je ne vais pas m’amuser à relire toutes les inepties que je débite depuis 15 ans déjà alors il y aura peut-être des redites. Si vous êtes vraiment « accros », vous pouvez vous amuser à vérifier si je dis toujours pareil ou si je me contredis joyeusement d’une année à l’autre. Comme pour la « devinette » de Karambolage sur ARTE, si vous trouvez un exemple dans les résumés de lecture, signalez-le je vous enverrai une courgette ou un porte-clé ! Je laisse le soin aux « grosses maisons » de faire leur promotion et, sauf coup de cœur notable,  je ne m’intéresse, en priorité, qu’aux besogneux de l’édition qui font souvent le meilleur boulot, en tout cas le plus courageux.

« Un jardin en Australie » roman de Sylvie Tanette

La première histoire que je vous propose se déroule en Australie, en plein cœur de l’Australie, à Salinasburg, au centre des Territoires du Nord, une plaine aride où le soleil, le sable, la poussière rouge règnent en maîtres absolus. Ce gros bourg est une cité minière prospère dans les années 1930 ; elle sert de refuge à des aventuriers venus de toutes les parties du monde. L’extraction de la bauxite est source de richesse pour les uns, de misère et de maladie pour les autres. Une jeune femme, Ann, issue de la bonne société de Sidney, s’installe dans cet endroit désolé avec son mari, Justin, jeune cadre de la mine, en conflit avec son père, irlandais irascible, plus éleveur qu’industriel, et plus soucieux de tradition que d’innovation.

 Soixante dix années passent. Le déclin industriel a frappé. Les mines sont fermées. Un jeune couple rachète une ferme abandonnée, celle dans laquelle ont vécu Ann et Justin. Lui, Frédéric, est médecin à l’hôpital, elle, Valérie, a accepté le poste de directrice du centre d’Art moderne de la bourgade. Tous deux sont français d’origine et d’immigration récente en Australie. Ce n’est pas le hasard qui leur a fait choisir d’occuper la maison, mais un jardin qui, grâce à une alchimie singulière habilement élaborée par l’autrice, va servir de trait d’union entre les deux femmes, héroïnes de cette histoire. Ann est décédée depuis longtemps, mais son fantôme hante les lieux et elle se prend de sympathie pour la nouvelle occupante, d’autant que celle-ci est fascinée par le jardin singulier qui entoure la vieille masure. Les deux nouveaux occupants vont faire rénover rapidement l’habitat ; Valérie, elle, s’intéresse au jardin et aux plantes originales dont elle retrouve la trace au milieu des broussailles. Pendant que Justin consacrait son temps et son énergie à tenter de sauver la mine paternelle, Ann s’était prise d’une étrange lubie pour l’agronomie. Elle avait décidé d’implanter, dans ce lieu particulièrement inhospitalier, à la limite du désert et de ses nuées de poussière, un jardin luxuriant et d’y acclimater certains fruits inconnus en Australie comme le citron ou l’avocat.

« Un jardin en Australie » se présente comme un roman à deux voix, Valérie et le fantôme d’Ann, présent sur les lieux, contant chacune leur aventure. L’une dans les années 30, se terminant tragiquement, l’autre à notre époque, affrontant elle aussi une vie quotidienne pas facile entre son métier qui la passionne, son jardin qui l’intrigue de plus en plus, et sa petite fille, étrangement muette qui la préoccupe. En toile de fond, les préoccupations de ces messieurs, et leur vie professionnelle. Je ne vous en dirai pas plus, si ce n’est que c’est une très belle histoire, bien racontée, et que c’est un roman que j’ai déjà lu deux fois. Pour moi, l’étape suivante, ce sont les autres livres de Sylvie Tanette que je suis impatient de découvrir (*). Quand je visite le mien, de jardin, je me sens obligé parfois de me retourner pour voir si je n’aperçois pas une silhouette étrange blottie derrière un buisson…

« La main de Dieu » roman policier de Valerio Varesi.

 Un bon polar, dans une pile de livres à lire, ça ne gâche rien. Et, pour ce qui est d’écrire de bons polars, Valerio Varesi, écrivain italien que l’on compare parfois à Simenon (dans l’Hexagone ce n’est pas étonnant puisqu’il faut qu’on ramène toujours tout à notre nombril national). Perso, Simenon je ne suis pas particulièrement fan, alors je me garderai bien d’une liaison quelconque, même si j’aime parfois celles qui sont dangereuses. »La main de Dieu » c’est le sixième volume traduit d’une série policière ayant pour héros (ou plutôt anti-héros) le commissaire Soneri et pour cadre la ville de Parme, et son proche décor géographique (les Apennins et le cours du Pô). Amateurs de « thrillers » comme disent les franglophones, de romans d’action, passez votre chemin. Depuis « les brumes du Pô », Valerio Varesi promène ses lecteurs parmi les méandres de l’âme humaine et préfère explorer longuement les turpitudes de la bourgeoisie italienne, et notamment celle de sa bonne ville de Parme, plutôt que décrire à longueur de pages les plaies sanguinolentes de ses victimes et les perversions en série de ses criminels. Autant le dire tout de suite, les récits de cet auteur talentueux sont lents, et l’on a tout à fait le temps de suivre les méandres de l’enquête de son commissaire fétiche. Les histoires auxquelles on est confronté sont souvent proches de celles que l’on découvre dans la page « faits divers » de nos journaux locaux : trafic de drogue, règlement de compte politique, haine ancestrale entre deux clans plus ou moins mafieux, exploitation des sans papiers, des prostituées, des jeunes réfugiés sans repères.

 « La main de Dieu » ne déroge pas à la règle. Un cadavre sous un pont en plein cœur de la ville, de quoi alimenter la rumeur et déplaire à une bourgeoisie locale qui veut sauver les apparences à tout prix. Une camionnette volée (ou pas) abandonnée sur les berges de La Parma, le torrent local devenu rivière… Une piste qui conduit notre bon commissaire Soneri dans un petit bourg de montagne, apparemment sans histoires mais traversé par un clivage social infranchissable entre anciens et nouveaux habitants. Les uns essaient de sauver les traditions locales et de maintenir quelques emplois ; beaucoup se comportent comme des mercenaires au service d’un patron peu scrupuleux. Les nouveaux, eux, tentent de retrouver un mode de vie sauvage, libre et le plus possible à l’écart des règles d’une société dont ils ne veulent plus subir les lois… Soneri se débat avec ses propres contradictions, une hiérarchie qu’il méprise profondément, une société dont les règles morales sont de plus en plus souples pour les possédants, et une compagne qui fait ce qu’elle peut pour le maintenir à flot. Les personnages secondaires sont longuement détaillés, leur philosophie passée au crible des interrogations de Soneri, et ce volume a une profondeur particulièrement intéressante.

« Jura » recueil de textes de Michel Bühler

 J’espère que vous faites partie des « chanceux » qui connaissent Michel Bühler, le chanteur helvète. Si ce n’est pas le cas vous avez encore le temps de faire un rattrapage mais ce n’est pas une mince affaire car il a écrit plus de 200 textes de chansons. Comme il œuvre dans le domaine de la « chanson à paroles », il n’est guère présent sur les médias zofficiels. Michel Bühler ne ne contente pas de la chanson pour diffuser ses idées… Il écrit aussi des romans et des textes courts avec un style ma foi fort agréable à lire. Après avoir lu « La parole volée », je viens de découvrir « Jura » un recueil de textes consacré à la montagne qui a donné son nom au livre. Il s’agit souvent de textes inspirés des tableaux de son ami Pierre Bichet, artiste peintre. La couverture du livre, fort belle, est d’ailleurs illustrée par un fragment de tableau de cet artiste. Alors on se promène d’un lieu à un autre, on découvre tel ou tel personnage pittoresque de son entourage ou on se penche sur une de ces multiples traditions festives coutumières des villages isolés pendant le long hiver montagnard. C’est poétique à souhait, souvent émouvant, et reposant comme la vision d’un champ enneigé ou d’une étendue d’eau calme troublée seulement par les facéties des libellules.

 De certaines pages se dégage une nostalgie à laquelle je ne souscris pas tout le temps. Je ne suis pas sûr d’avoir envie de retrouver certaines conditions de vie d’il y a un siècle, mais il y a par contre un sens de la sobriété, de la sagesse, de l’autonomie que beaucoup cherchent à retrouver aujourd’hui, maintenant que l’on voit à quelles catastrophes nous conduit l’inconscience actuelle. Derrière le poète se cache un philosophe, mais aussi un militant exigeant mais jamais ennuyeux. J’aime beaucoup ce format de textes souvent très courts, un peu comme chez Joël Cornuault dont je parlais dans d’autres chroniques. Cela permet une pause enrichissante, un souffle entre deux activités qui se bousculent parfois dans nos programmes de journée.

Ce livre est édité chez « Bernard Campiche » à Genève et vous pouvez le commander chez votre libraire ou directement chez l’éditeur.

« Chanter le crime » essai documentaire de Jean-François Heintzen

 Sous-titre évocateur qu’il ne faut pas oublier de mentionner : « Canards sanglants et complaintes tragiques ». Un camelot arrive dans le village, s’installe sur la place du marché, sur le rebord d’une fontaine. Il déploie un vaste calicot sur lequel figure un texte assez long manuscrit sur une affiche grand format. Parfois ce n’est qu’une planche de dessins, genre page de bande dessinée. Le graphisme est simple mais efficace : couteaux sanguinolents, visages torturés, corps démembrés, flaques d’hémoglobine impressionnantes. Normal… Ce vendeur ambulant singulier est là pour vous conter (vous chanter plutôt) un crime atroce (ou une série d’assassinats – plus il y en a plus c’est vendeur) ainsi que son dénouement judiciaire s’il y en a un. Certains font ça a cappella, d’autres font sonner un vieil accordéon, qu’importe pourvu que ça attire le chaland à qui l’on espère bien vendre les paroles imprimées de la complainte pour quelques sous bienvenus.

 C’est un gros pavé – un véritable recensement en l’occurrence – et c’est bourré de documents écrits qui allègent agréablement les passages les plus nourrissants. C’est parti pour un voyage dans le monde du crime « à la française ». Au fil des pages, vous croiserez quelques célébrités comme Violette Nozière, ou d’autres besogneux à l’envie comme ce sacré Dumollard, l’assassin des servantes, tombés dans l’oubli. Les auteurs et autrices de ces « canards » ne se limitent pas aux tueurs en série. D’autres faits divers font aussi leurs choux gras, de l’anarchiste Caserio tirant sur le président Carnot aux soubresauts de l’affaire Dreyfus. Tout cela est classé, méticuleusement, par période historique, par type de victime, ou selon les supports choisis pour la diffusion. Ce n’est pas un ouvrage à lire d’un bout à l’autre, d’une traite… On risque un peu l’indigestion. Mais quel plaisir de le feuilleter et de passer un moment à s’informer sur certaines histoires abracadabrantes. Non loin de chez nous, on fait souvent une belle promenade dans le Bugey, pour découvrir après une bonne heure de marche le site enchanteur de la cascade du Luiset. Sur le bord du chemin, une croix discrète informe du lieu où fut assassiné un jeune berger, victime d’un tueur en série arrêté quelques temps après ce crime. Rien de tel que de consulter « chanter le crime » pour en savoir un peu plus long sur cette sinistre histoire. Il suffit de lire « l’affaire Joseph Vacher », « le tueur de bergers » : l’assassin est identifié à la suite d’une longue enquête conduite par un juge de Belley. Il laisse derrière lui les traces sanglantes de onze crimes commis sans aucun remord. L’homme, à la personnalité complexe, attribue la responsabilité de ses crises de rage à la morsure d’un chien quand il était lui-même enfant. Cette thèse ne suffit pas à lui épargner la guillotine. Il est exécuté le 31 décembre 1898 à Bourg. Petits bergers, dormez en paix.

Les chroniques, c’est comme les chansons, quand elles sont trop longues on n’écoute pas ou on ne les lit plus. Alors j’arrête là, bien que l’envie me démange de vous parler d’une dizaine d’autres bouquins dénichés ces derniers mois. Je reviendrai à la tache un de ces quatre, mais vous avez là de quoi aborder le mois de Juillet sans trop de soucis.

Notes : (*) Au moment de publier ce billet, je viens de terminer « Maritimes » de Sylvie Tanette, c’est également un bijou à conserver et à relire.

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9juin2022

Feuilles… de livres et d’arbres, pages d’amitié

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....

 Cinquante années que nous partageons le même bateau, ma compagne et moi. Un anniversaire qui ne manque pas de valeur, et pas seulement symbolique. Les vingt dernières années ont été largement occupées à voyager, mais surtout à constituer autour de nous un écrin de verdure et de feuilles imprimées pour abriter nos amours et nos amitiés. Une double coque pour protéger les valeurs qui nous rassemblent. Parc et bibliothèque ; belles écorces et reliures précieuses ; senteurs exotiques et goûteuses de certaines floraisons et âcres odeurs de l’encre d’imprimerie et des vieux papiers. Chaleureuse présence de l’amitié qui enveloppe cet univers un peu singulier et dont nous ne souhaitons pas forcément garder la jouissance privée et privilégiée.

Une bibliothèque semble extensible à l’infini ou presque. Je ne sais pas si l’on peut dire un jour que l’on est arrivé au bout de sa tâche de collecteur de parchemins, à moins de se contraindre à un environnement très spécialisé, ce qui n’est pas notre cas. Il est certain que celle ou celui qui limite sa collecte aux albums d’Hergé ou aux romans d’Agatha Christie a besoin d’une place limitée. Un parc arboré obéit à d’autres règles, plus contraignantes, celles de la nature. Les arbres grandissent et leur besoin en espace avec. D’arbrisseaux ils deviennent des géants aux branches multiples. Ils ont chacun besoin d’espace et écrasent de leur majesté leurs voisins trop frêles pour s’opposer à leur hégémonie grandissante.

 Le lieu où on les installe est définitivement choisi, ce qui est loin d’être le cas pour les livres dans une bibliothèque. On plante les arbres pour qu’ils développent leurs racines ; on ne plante pas les livres, quoique le concept plutôt fantastique de croissance appliqué aux volumes reliés pourrait ouvrir des perspectives amusantes. Je plante un Haïku, je récolte une nouvelle… Je sème quelques essais ; les années passent ; ils se transforment en encyclopédie… Dans le monde bien réel que nous habitons, les arbres s’installent dans un espace pour leur vie entière. Les livres ne sont qu’entreposés et peuvent déménager au gré des fantasmes de leur propriétaire. Tel ouvrage qui occupait une place de choix sur un rayon bien en vue, peut se trouver relégué quelques étages plus haut ou plus bas ; cet éloignement physique correspondant à une baisse de popularité dans notre esprit. Il laisse alors la place à une nouvelle pépite que l’on apprécie de garder à l’œil. Il peut s’agit d’une nouvelle découverte ou d’une acquisition ancienne que notre intellect moins éveillé n’avait su apprécier auparavant. Cela n’augmente pas la place qu’il occupe sur son rayonnage, mais peut être la cause d’un bouleversement radical dans son environnement. Claude Tillier passant de la bibliothèque du premier étage à celle du rez-de-chaussée (du « privé » au « public » en quelques sorte) cela n’a pas été sans une grande agitation livresque (se reporter à ma chronique sur le rangement des livres). Il est ainsi des ouvrages qui passent des étagères « vitrines » à d’autres plus éloignées, sans y laisser la vie pour autant ! Notre bibliothèque occupe plusieurs pièces de la maison. Nous ne visitons pas aussi fréquemment le deuxième étage que le rez-de-chaussée. L’ascension d’un livre n’indique pas forcément qu’il s’approche du paradis, ou de l’enfer en cas de mouvement inverse. Ce n’est bien souvent qu’un caprice de la météo intérieure. Bienheureux soient les auteurs qui bénéficient d’une relative stabilité dans leur environnement géobibliophile (*).

C’est loin d’être le cas pour le livre que je vous propose en ouverture de ce paragraphe, mais il faut reconnaître qu’il est des volumes (je ne vous dirai pas lesquels, rassurez-vous) que l’on a envie de reléguer pour un dernier repos dans un lieu peu accessible ou rarement consulté. L’enfer en quelque sorte, bien que ce terme dans le vocabulaire bibliophile désigne plutôt le lieu où l’on dépose les ouvrages qui ne doivent pas être accessibles à tous les yeux. Quel sera leur avenir ? Quelle est la dernière étape après l’expulsion définitive ? Le carton, sans doute, dans un grenier poussiéreux.  Je dois avouer que la peine capitale  est impossible ou presque à prononcer. Difficile pour un bibliophile d’abandonner un livre dans une benne de recyclage ; indécent de l’offrir à une connaissance, en prétextant le doublon ou la lassitude. « Tu devrais te plonger dans cette lecture ; c’est un ouvrage dont je me suis totalement désintéressé… » Incitatif non ? Heureusement, il reste le recours du libraire d’occasion ; la vente sur Internet demande beaucoup trop d’énergie. Et puis, même ressenti : je veux bien vendre « un doublon » mais pas un livre qui m’a fortement déplu.

  Notre parc, lui, a atteint les limites de sa croissance. Peu de changements surviendront car il est aussi difficile de faire usage de la tronçonneuse que de recourir aux bennes pour papier à recycler. Dans ce contexte, je pense que seules quelques pièces rarissimes occuperont les places laissées encore libres par les hasards des plantations antérieures ou par les méfaits d’un climat, de plus en plus capricieux. Quelques spécimens mal armés pour résister aux aléas d’une météorologie changeante, ont passé l’arme à gauche et ont abandonné l’espace qu’ils utilisaient à d’éventuels petits nouveaux mieux armés contre les gels tardifs et les sécheresses inopinées. Les livres ne craignent pas le gel et ne se suicident que rarement. Quant aux inondations ou aux incendies, ils règlent généralement le sort d’une bibliothèque complète et je préfère m’abstenir d’envisager de telles calamités.

Arbres exubérants et livres passionnants constituent, de concert, un environnement apaisant. Si les années à venir nous ménagent une certaine quiétude, j’ai bien l’intention d’en profiter au maximum. « Au pied de mon arbre », un livre à la main, « je vivais heureux »…

  J’ai été touché par la remarque faite par une des jeunes bénévoles que nous hébergeons à la belle saison. Après avoir fait une longue visite du parc, elle m’a fait remarquer, avec beaucoup d’humour, que je travaillais sans cesse à la construction de ce paradis, mais qu’elle avait l’impression que je ne prenais jamais le temps de m’y poser… Après son séjour, j’ai inauguré les « tours du propriétaire » pendant lesquels il était interdit de dresser des listes de « travaux à faire ». Cela demande une sacré discipline, et j’ai bien du mal à y arriver. Je ne perds pas espoir cependant. Nous avons une cabane, à l’autre bout du parc (voir photo plus bas). Nous l’avons baptisée « cabane des écrivains ». C’est un lieu propice à l’écriture, surtout si l’on a besoin de méditer loin des bruits domestiques. Mais je n’ai pas songé encore à y installer une bibliothèque. Un ami m’a récemment adressé une photo du bureau que l’écrivain naturaliste états-unien John Burroughs avait installé dans la sienne et je suis un peu jaloux. Comme quoi, les rayonnages peuvent trouver à s’étendre encore dans les années à venir ! Pour être honnête, je n’ai pas réussi encore à y faire autre chose que des séances de lecture, quelques « dîners sur l’herbe » et une mémorable séance d’accordéon. Là aussi, je compte bien faire des progrès pendant la décennie à venir. Les courageuses aventurières qui s’y sont installées récemment pour dormir ont apprécié leurs nuitées en tout cas ! Avis aux amateurs !

 Des visiteurs de plus en plus nombreux viennent se promener au milieu de nos arbres, et je suis reconnaissant (dans mon for intérieur) à ceux qui expriment leur admiration pour le travail réalisé, ou qui apprécient la quiétude de l’endroit (quiétude relative car nous habitons quand même une campagne assez peuplée et qu’il est difficile d’échapper aux bruits des engins motorisés que notre civilisation a su inventer).

Un dernier détail pour finir… Sur le réseau « Babelio » dont je fais partie depuis quelques années, on demande, dans la fiche de présentation, « quels livres j’emporterais sur une île déserte ? » J’ai répondu à cette délicate question avec le plus de sincérité possible. De temps à autre, tel livre quitte la malle que j’ai remplie, tel autre le remplace. Ce qui est certain c’est que se limiter à cinq ouvrages est pour moi mission impossible quasiment. Cela explique en grande partie l’instabilité apparente de mes choix. Aucun site de jardinage ne m’a jamais demandé quel arbre j’aimerais transporter dans mes bagages en vue d’une plantation dans un nouvel environnement. Il faut dire que si l’île où je me retrouve est vraiment déserte, il ne doit pas être facile d’y planter un liquidambar par exemple !

(*) Dans mon esprit, quelque part, une allusion discrète à la « géopoétique » de Kenneth White.

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29mai2022

Les épices me font rêver… d’Inde

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....

Ras El Hanout, Curry de Madras, Anis étoilée, Cardamome de Madagascar, Maniguette, graine de paradis…

Tous les continents ou presque sont à l’affiche en quelques mots.

Avez-vous déjà songé à ornementer l’opulence d’une laitue « grosse blonde paresseuse » de quelques soupçons de paprika de Hongrie ? La musculature d’un poivre de Malabar me paraît, quant à elle, figurer dignement dans la sauce moutarde d’une aiguillette de canard au cognac. La noix de muscade se complait à la baignade dans la béchamel d’un gratin de chou fleur violet dont elle ravive les senteurs fermières. Une pointe de cannelle (mais une pointe seulement !) donne un peu d’originalité à la classique (mais délicieuse) tarte aux pommes cuisinée avec les fruits du verger voisin.

Kaléidoscope d’images d’ici et d’ailleurs, du rêve et de la réalité parfois confondus. Senteurs, couleurs, et pourquoi pas, sons inaccoutumés. Certaines odeurs, comme celle de la cardamome ou de la girofle me ramènent en mémoire des images de notre voyage au Kerala, en Inde, il y a maintenant quelques années.

Graines et épices devant une échoppe

Déjeuner matinal sur la terrasse d’un hôtel de Thiruvananthapuram au Kérala. Notre bol fumant de légumes du cru dégage des arômes surprenants pour notre odorat habitué aux senteurs matinales du café et de la confiture de groseille. Dans le jardin voisin, un homme, pieds nus, escalade le tronc d’un arbre et cueille avec adresse les baies de poivre sur la liane s’enroulant autour du tronc. Un oiseau multicolore effarouché s’envole et son cri surprend la jeune fille en sari qui nous propose une corbeille de délicieuses galettes de pain Naan.

abondance au marché de Thrissur

Marché animé de Thrissur ; amoncellement de légumes et de fruits ; ravissement des yeux et des papilles ; empilement de sacs ouverts aux couleurs chatoyantes. Toute une palette de rouges, orangés, jaunes, caramel, s’offre à notre regard. Des marchands remplissent de poudres magiques leurs petites pelles métalliques et les offrent à notre convoitise. Ce jour là, je me dis que j’aimerais revenir, séjourner dans cette ville et faire ma propre cuisine à l’aide de tous ces ingrédients que je n’ai parfois vus que sur des images et dont j’aimerais harmoniser les saveurs et les senteurs.

café juste avant cueillette

Promenade en fin de journée, au déclin du soleil, dans un vaste jardin, planté de caféïers, de théïers et d’anacardiers chargés de noix de cajou. Plaisir exquis de goûter feuilles tendres et baies rouges ; recherche du parfum de café en écrasant dans nos mains les petites graines et le tendre feuillage qui les entoure. Retour à la terrasse où nous dégustons, en toute quiétude, les quelques notes de fraicheur que nous apporte un léger vent d’altitude. Nous sommes quelque part sur le plateau du Wayanad.

rue Kochi

Femmes en saris multicolores se pressant dans le quartier commerçant de Kochi. Notre déambulation nous conduit d’un arôme à un autre, vanille, café, cannelle. Ces parfums agréables ne suffisent pas, malheureusement pour couvrir les émanations nocives des pots d’échappement de véhicules aux carburateurs bizarrement réglés. Comparée au calme de nos havres de paix en montagne, toute cette agitation nous enivre et nous étourdit. Joie de trouver enfin une ruelle où l’on peut échapper un temps à la circulation folle de tous ces engins motorisés. L’encens reprend parfois le dessus lorsque l’on passe au voisinage de l’un de ces multiples temples que les Hindous bâtissent dans les endroits les plus improbables.

Malabar café quelque part dans le sud

Fin de l’intermède kéralais. Retour dans la petite pièce où nous prenons plaisir à cuisiner les repas partagés avec la famille, les oiseaux de passage ou les amis. Les épices y occupent une place de plus en plus conséquente. L’âge venant et la médecine se chargeant de réglementer sévèrement l’usage du sel, du sucre et des graisses odorantes, s’ouvre une large porte à l’emploi des épices dont les vertus sont recommandées par moult traités de diététique. Leurs rédacteurs, charlatans ou experts reconvertis dans les joies de la vidéo, sont soucieux de nous conduire au paradis en naviguant entre les écueils qui mettent notre santé en péril.

Les mentalités évoluent et la mode d’un orientalisme mis à toutes les sauces constitue un engrais fertile à l’emploi de toutes ces nouvelles saveurs. Comment s’adonner à la méditation Chakra ou Samatha après avoir savouré des tripes à la mode de Caen ? Comment être « avec soi en tête à tête » sans avoir inhalé un rien d’encens et mangé son bol de riz basmati safrané avec un zeste de cardamome et de poivre noir ?

Et pourtant… les épices ? Point trop n’en faut et il faut les choisir avec subtilité, disait l’oncle Romuald cuisinier hors pair et gérant à vie d’une guinguette imaginaire sur les bords de la rivière Baïse. Le poivre, le sel et les herbes de Provence suffisent amplement à nombre de recettes qu’il emprunte à l’un de ses traités gastronomiques préférés. Sans oublier quand même le poivre moulu au dernier moment, juste avant de porter le plat en salle. Adepte de tous les bonheurs possibles, je ne saurais lui donner tort ou raison !

Bazar des épices à Istanbul – photo G Da – licence Wikimedia

Le temps passe, les modes changent. De tels a priori ne sont plus à l’ordre du jour dans nos cuisines. Du curcuma qui prévient le cancer lorsqu’on l’associe au poivre, jusqu’à ces mélanges qui rendent le transit intestinal aussi doux qu’un voyage en gondole sur les canaux vénitiens, des menus sophistiqués des restaurants à succès aux conseils plus ou moins avisés des chefs étoilés de l’audiovisuel, les poudres miraculeuses remplissent nos étagères. Il est vrai qu’un bon curry (que l’on nomme Masala en Inde) permet un moindre dosage de sel et rend particulièrement savoureuses les premières courgettes du jardin. Certains adeptes de naturopathie vont même jusqu’à absorber au réveil des gélules contenant les poudres miracle qui leur permettront de rajeunir un peu plus chaque jour ! Rendons plutôt au riz Basmati sa jolie couleur jaune safran avec le Curcuma !

Je me gausse parfois. Je souscris à certains choix culinaires car j’ai toujours apprécié la richesse de la cuisine libérée des frontières… Mais pour moi, ce n’est pas là l’essentiel… Je crois simplement que ces mélanges exotiques aux senteurs plus ou moins identifiées, me font surtout rêver de voyages et de rencontres. N’est-il pas fondamental que le merveilleux retrouve place dans nos vies en toute simplicité ? Sachez que vous pouvez trouver les recettes du bonheur, seul, avec vos proches et vos amis, sans avoir besoin de vous contempler le nombril et sans vous exclure d’une socialisation bien supérieure à toutes les postures méditatives venues d’un ailleurs parfois imaginaire. Je fais partie de ces vieux grognons qui considèrent que les moulins à prière ne doivent pas remplacer les revendications syndicales, n’en déplaise aux patrons de nos entreprises « new age ».

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21mai2022

Triste.. la vie sans fleurs

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....

Capucine, c’est joli pour un petit pois

Dans quelques jours les ramures de mes petits pois « capucine » vont se couvrir de charmantes gousses violettes remplies de graines charnues. Mes papilles de légumophile gourmand s’en réjouissent déjà… Mais il y a un prix à payer pour ce plaisir : les grappes de fleurs absolument magnifiques, évoquant celles des pois de senteurs ornant actuellement le potager, vont disparaître et cela me désole.

Plus les années passent et plus j’ai envie d’ouvrir la porte de notre jardin nourricier aux plantes aromatiques, médicinales et ornementales. Pour simplifier cet abus de terminologies complexes, j’aimerais avoir des fleurs et des feuillages coloriés (il ne faut pas oublier les feuillages) partout. Il y a une raison à cela aussi, c’est que le travail d’entretien du potager capte une bonne part du temps que je consacre au jardinage et que j’ai l’impression, trop souvent, que les fleurs sont les parentes pauvres de mon paysage quotidien. Quel bonheur pourtant lorsque quelques œillets chinois se nichent entre les betteraves, ou que leurs cousins, les tagètes, agrémentent les alignements de tomates ou d’aubergines. On a bien mis au premier plan ces dernières années des choux fleurs jaunes ou violets, ainsi que des cardes à feuilles rouges par exemple, mais cela ne suffit pas à mon besoin de couleurs. Dans la serre, j’ai hérité d’un magnifique pied de coquelicot ainsi que de quelques nigelles. Après floraison je récupérerai méticuleusement les graines… Ces deux plantes sont plutôt invasives lorsqu’on les laisse agir à leur guise… Concilions donc poésie et besoins alimentaires !

Aubergines chouchoutées. Tagète bien entouré.

D’autant que si ce désordre volontaire rend passionnante la visite des planches de légumes, elle a le mérite de permettre à mes cultures de s’approcher un peu plus du modus vivendi de la nature. Plus le temps passe, moins j’ai envie que mes alignées de légumes n’évoquent les mornes plaines agricoles. Il se pourrait bien d’ailleurs que j’en sois récompensé. J’espère bien que mon « massif » d’aubergines « à la française » créé dans l’un de mes bacs cette année bénéficiera à la qualité de mes solanées violettes. On dit que les tomates apprécient la présence des œillets d’Inde – celles ci protégeant leurs radicelles des nématodes trop gourmands ; j’espère que leurs cousines prénommées aubergines en tireront le même bénéfice. L’an dernier, la récolte de ce légume qui est l’un de mes préférés a été bien maigre et, lorsque j’ai arraché les plants, sous la serre, à l’automne, les racines maîtresses étaient tondues comme celles des carottes. On aurait dit que leur fin chevelu avait succombé aux ciseaux herbivores d’une coiffeuse zélée.

Merveilleuses étoiles du Cornus Kousa

Donc, lorsque c’est possible, mélangeons légumes et fleurs. C’est le nouveau credo du maître des lieux ! On ne peut guère compter sur les fleurs des pommes de terre pour faire rêver le visiteur. La ciboulette n’a malheureusement pas toujours le temps de nous faire admirer ses inflorescences, quant à l’artichaut, peu de gens connaissent la beauté de sa fleur ouverte puisqu’on la trucide, sur la plante mère, au stade du bouton non éclos. Ajoutez à cela quelques magnifiques buissons fleuris sur le pourtour. Je ne parlerai point des lilas ou des Weigelias, fort communs… Mon regard est plutôt attiré, en ce mois de mai, par les étoiles crémeuses du cornouiller de Chine, et par les flocons blancs – neige tardive – des resplendissants chionanthes. Certaines floraisons sont fort courtes, et surtout certaines associations de couleurs, cela a le mérite de nous obliger chaque jour, qu’il pleuve ou qu’il fasse soleil, à partir en chasse des nouveautés du moment. Le hasard crée parfois des successions de couleurs et de formes assez impressionnantes, premier plan bleu pastel, second plan blanc crème sur un arrière fond tout en nuances de vert.

Flocons de neige merveilleux des Chionanthes

Cette explosion de couleurs et de vie rend le printemps si attrayant ! Il est fondamental pour moi que les fleurs, sauvages ou cultivées, s’insèrent dans tous les espaces qui nous entourent. Mon semis de bleuets a raté : seuls deux plants ont survécu et c’est tristesse lorsque l’on voit la densité avec laquelle ils peuvent pousser dans les champs de blé bio, généreusement apportés par une nature qui n’a pas eu besoin des sachets de graines un peu trop vieilles vendus par la jardinerie du coin. Cultivés sans intrants chimiques, les blés aussi peuvent offrir un spectacle de premier choix. Même si certaines zones de notre campagne commencent à évoquer les mornes plaines de la Beauce, il y a heureusement quelques îlots de résistance… Nous connaissons une ferme qui possède un conservatoire de blés anciens. Chaque année, le blé « à consommer », qui nous permettra de nous régaler avec un pain délicieux, est semé en mélange. Au mois de juin, point de défilé d’épis alignés comme pour le 14 juillet, mais un subtil mélange impromptu de tiges hautes ou courtes, d’épis charnus ou maigrelets, se dressant fièrement vers le ciel ou observant, au contraire, une pause plus modeste à l’ombre de leurs voisins. Ajoutez à cela coquelicots, bleuets et autres sauvagines, parfois considérés comme une marque d’opprobre par les cultivateurs admirateurs de champs tirés au cordeau, et vous aurez sous les yeux un tableau qui aurait inspiré les plus grands maîtres de l’impressionnisme. Alors, mes deux misérables bleuets, je les ai plantés au milieu des choux de Bruxelles. Pour l’instant, ce n’est pas l’extase kaléidoscopique, mais il ne faut point désespérer !

boule de neige, viorne, encore du blanc !

Je n’en suis pas encore là, mais je me pose des questions sur le triste alignement de mes haricots nains, en me demandant si, là aussi, un mélange subtil de variétés ne pourrait pas introduire un peu de fantaisie. Après tout, il existe bien des haricots verts, beurre ou violets ! Une telle politique risque bien sûr de provoquer l’ire des malheureux et des malheureuses qui seront de corvée de cueillette. Le principal obstacle que je vois à ce genre de délire c’est que les consignes deviennent fort difficiles à donner lorsqu’on a la chance, comme nous, de bénéficier de l’aide d’apprentis jardiniers. Pourrais-tu, s’il te plait, vérifier s’il n’y a pas de fraises mûres dans les bacs et dans les tables ? Essaie de ne pas en oublier car il y a des fraisiers dans huit endroits différents du jardin…

le coquelicot roi

Bon, je pense qu’il va falloir trouver une solution de compromis. Gardons à peu près groupés les légumes de même nature… Mais cela n’empêche pas d’essaimer quelques cosmos et autres zinnias ? Vous ne croyez pas ? Comment cela un « jardin de curé » ? Meuh non, nous n’habitons pas un presbytère ! Même si, comme le répète Gaston Leroux dans son Mystère de la chambre jaune, “Le presbytère n’a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat”.

Après avoir évoqué, il y a quelques semaines, le sujet à la fois réjouissant et stressant du rangement de ma bibliothèque, j’espère vous avoir un peu distraits de vos préoccupations du moment avec cet intermède. Dans une bibliothèque, on est amené à côtoyer des milliers d’ouvrages et il faut bien trouver quelques clés pour se repérer sur les rayonnages. Dans un potager, heureusement, le nombre de sujets à observer et à mettre en ordre est moins élevé – un retraité patient peut même supporter une certaine forme de chaos. Les poireaux, par exemple, ont un mérite : celui de ne pas s’outrager si on leur fait côtoyer les choux fleurs. Il n’est pas dit qu’un livre d’Alexandre Soljénitsyne fasse bon ménage avec les mémoires de Staline. Je ne suis même pas sûr que Pardaillan et d’Artagnan s’apprécieraient beaucoup…

Impériale digitale, au summum de sa grandeur

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31mars2022

A l’horizon, la montagne de Lure, encore enneigée

Posté par Paul dans la catégorie : Carnets de voyage.

Impressions fortes d’un voyage printanier

Sur les traces de Giono, en Provence ? Dans ma tête, un peu… Dans les faits, pas vraiment. Pour ces quelques jours passés à St Etienne les Orgues, nous avons laissé de côté Manosque, le Contadour et nombre de villages du plateau dont l’écrivain pacifiste a arpenté les chemins. J’avais pourtant dans les mains « la route Giono », guide touristique détaillé, quelques jours avant le départ, mais une fois de plus, ce sont le hasard et les humeurs journalières qui ont guidé nos pas. La météo ne nous était guère favorable en ces journées de mars, et cela m’a amené à déclarer à qui mieux mieux aux autochtones ayant accepté d’écouter mes jérémiades, que le « ciel provençal », ce bleu illuminant les champs de lavande fleurie, n’était qu’un artifice de carte postale, une tromperie créée par un afficionado des logiciels de retouche photo. Par chance, notre pays d’adoption pour une semaine était si joli qu’il n’y avait pas besoin de colorisation artificielle pour qu’il se fasse aimer.

 St Etienne les Orgues est une charmante bourgade au pied de la montagne de Lure. Nous y avons passé quelques jours dans un gîte confortable, accueillis par une hôtesse souriante. Heureusement que nous n’avons pas cherché l’origine des Orgues figurant dans le nom de notre chef lieu de campagne… Nous ne les aurions trouvées pas plus dans d’inexistantes falaises de basalte que dans l’église qui n’abrite de trésors autres qu’ornementaux. La solution de l’énigme m’a été offerte en fin de séjour, en feuilletant le joli petit guide « Pays de Lure – Carnet d’un voyageur attentif », rédigé par Patrick Ollivier-Elliott : l’origine du nom est sans doute à rechercher du côté des « sorgues », les sources en provençal. Elles sont nombreuses dans ce fond de vallée plutôt fertile. Dans son roman « Manosque des plateaux », Jean Giono dépeint le bourg d’une façon plutôt cauchemardesque, parlant de « village inquiet », « village de la peur »… Peu de rapport avec le ressenti que nous avons éprouvé. Selon d’autres auteurs un peu plus indulgents, il s’agit plutôt d’une bourgade cossue, dont les anciens habitants se sont enrichis grâce à la cueillette et la transformation des plantes médicinales nombreuses que l’on pouvait récolter tout au long de l’année dans la « Montagne ». Les droguistes colporteurs de ce village et des localités voisines ont fini par être connus au delà des frontières de l’hexagone. Selon Patrick Ollivier-Elliott, St Etienne était, à la fin du XVIIIème l’un des villages les plus riches de la vallée. Une soixantaine de marchands droguistes étaient les artisans de cette fortune. L’interdiction faite à ceux qui n’étaient pas « apothicaires » de préparer des mélanges et de les vendre en a ruiné plus d’un.

Nos pas nous ont conduits dans de nombreux lieux plus ou moins connus de ce territoire. Je n’en ferai pas la liste exhaustive ; juste quelques instantanés qui laisseront indubitablement des traces dans ma mémoire.

Bleu, jaune

Non pas l’Ukraine selon l’état d’esprit du moment, mais la façade de la librairie « Le Bleuet » à Banon, dont je rêvais de franchir le seuil depuis des années. C’est maintenant chose faite et à deux reprises pendant notre bref séjour. L’appellation « maison des livres » n’est pas volée puisqu’il s’agit d’un ensemble de demeures dont la structure a été quelque peu bouleversée. On passe d’une enfilade de pièces à un autre secteur en empruntant d’étroits passages. On grimpe d’un étage à un autre par un dédale d’escaliers. Il y a des livres partout, un collectif de vendeuses, vendeurs, ouverts et souriants, prêts à répondre aux questions parfois saugrenues des visiteurs. Le stock, considérable, a de quoi séduire les amateurs de livres parfois introuvables ailleurs. Je suivais régulièrement le site Internet et j’avais participé au plan de refinancement/sauvetage au temps de l’ancien propriétaire, regrettant de n’avoir eu aucune info en tant que souscripteur sur le devenir des lieux. Simple client maintenant, je ne me sens plus impliqué de la même manière, mais souhaite voir vivre longtemps cet anachronisme que représente la vie d’un tel commerce dans un bourg de quelques milliers d’habitants, célèbre jusqu’à présent pour son fromage de chèvre affiné au marc…

 

Petit blanc bien frais

Renaissance aussi, en de multiples petits lieux, des bistrots de village. Certains ne présentent guère d’attraits mais il est des lieux qui paraissent vite sympathiques. Pris d’une envie subite d’apéro (Tonton Macron ayant décidé, électoralement parlant de ne plus nous considérer comme des parias) nous sommes passés à l’acte dans le petit village de Lardiers abritant le bistrot « chez Mojo ». Nous avions repéré les lieux l’avant veille après avoir admiré les séquoias qui se dressent à l’entrée de cette jolie bourgade. Vitrine attirante, nous avons franchi le pas et nous ne l’avons pas regretté, d’autant que la patronne, nos verres approchant du degré de remplissage critique, nous a fait remarquer habilement qu’elle préparait aussi à manger, et que son plat du jour correspondrait sans doute à nos attentes. Elle était confiante et nous aussi. Du coup, on a comblé la petite demi-heure qui nous séparait du service, en allant cuver notre première libation dans la voiture, portières ouvertes, profitant du ciel trop gris et des températures bien douce. Grâce au « Bleuet » nous avons utilisé notre temps de manière éminemment culturelle. La soupe au fenouil, le plat du jour et le dessert qui a suivi, autant dire que nous n’avons pas été déçus. Bien le genre d’endroit à écouter de la musique, le soir au coin du feu. Le plus dur a été la petite randonnée de 7 km que nous avions prévue pour l’après midi… Prévue et exécutée alors que nous étions les premiers à douter sévèrement de nos capacités. Malgré les vapeurs d’alcool (vite envolées) nous n’avons pas eu de mal à suivre le balisage pour nous rendre à « Roche Ruinée » en partant de Fontienne. Sur le chemin du retour nous avons croisé une forêt de capteurs solaires et nous avons compris aussi l’inquiétude et la colère des habitants de St Etienne quant à l’implantation d’autres centrales du même type dans les paysages de Lure. Maintenant que nos Enarques ont pris en main le dossier des « énergies renouvelables », le gigantisme des projets, allant s’amplifiant, ne va pas sans nous poser problème. Je crois bien que je reviendrai sur cette question.

Champignons de pierre

 Vous allez me dire qu’après le blanc et le rouge il ne manquait plus que les champignons hallucinogènes. Vous n’avez tort qu’à moitié, car ce sont bien des champignons qui ont occupé une autre de nos après-midi. Cette curiosité géologique se trouve en dessus de Forcalquier. Vous n’aurez aucun mal à situer le lieu-dit « les Mourres », les réponses données par la gentille toile d’araignée sont multiples et plus complètes que celles que je saurais vous donner. Se promener dans une forêt géante de champignons en pierre de plusieurs mètres de haut, ça crée une sacrée impression en tout cas. D’autant que ce ne sont pas quelques malheureux spécimens isolés que vous découvrirez mais plusieurs centaines d’individus plus ou moins bedonnants, ou genre « grosse tête branlante ». Si j’habitais le coin, il y en a plusieurs que j’aurais volontiers baptisé d’un p’tit nom sympa. Joli circuit pédestre en partant du parking des Mourres. Réservé au touriste curieux, pas trop aviné et bien chaussé ! Ma compagne en parle longuement dans son blog…

Hêtres centenaires

 J’ai gardé la plus belle randonnée pour la fin. De l’abbaye de Notre Dame de Lure, il ne reste plus guère que la chapelle, nichée au fond d’une combe boisée où il fait bon s’asseoir dans l’herbe et profiter des grands hêtres et de leur ombre lumineuse. La forêt qui entoure l’abbaye est magnifique et l’on prend plaisir à y baguenauder. Nous avons parcouru avec grand plaisir une boucle de 7 km, sur un sentier bien tracé et bien balisé. Sur notre route nous avons rencontré tant d’arbres vénérables qu’il eut été difficile de les photographier tous. Nous avons plutôt choisi de tirer le portrait de quelques cousins des Ents de Tolkien, mais mon âme de menuisier amoureux du bois a frémi en observant de belles alignées de futs rectilignes. Hêtre bienheureux qui procure du plaisir de sa naissance à sa mort. L’humain ne lui est certes que peu reconnaissant, même si Pierre Lieutaghi lui consacre de bien jolies phrases dans son inventaire des arbres arbustes et arbrisseaux de nos contrées. Nous n’irons pas à la rencontre de cet homme admirable qui gîte non loin du prieuré de Salagon, autre merveille locale, dans le petit bourg de Manne. Nous ne voulons en aucun cas le déranger avec notre babil de botanistes en culottes courtes.
En feuilletant toute la doc que notre aimable propriétaire a mise à notre disposition j’apprends que Robert Morel, ce grand artiste de l’édition, habitait aussi dans le secteur. Je comprends mieux alors le lien entre ces deux hommes et je feuillette avec encore plus de respect les livres de l’un, édités par l’autre, un des coups de cœur de ma bibliothèque.

Marchés provençaux

 Des cuillères en bois d’olivier, des épices odorantes, de bonnes salades bios, des distributions de tracts par les copines•copains de Mélenchon et de Jadot. Que ce soit le petit marché de St Etienne, le moyen marché de Banon ou le grand marché de Forcalquier, l’ambiance provençale sur fond de ciel gris était au rendez-vous. J’étais de bonne humeur, le sac à dos rempli de bonnes provisions de table, cela m’a permis de « brancher » un peu les militant•e•s affairés à défendre leurs poulains. Du côté des Verts, ça s’est résumé à un « franchement… Jadot… beuh… Y’me rappelle un certain Brice… Dommage, vous aviez Sandrine Rousseau dans votre cabas… En tant qu’écologiste elle était quand même plus crédible… » Réponses embarrassées de braves gens qui n’étaient pas loin de partager mon point de vue, mais qui obéissaient sagement à la discipline de parti. Rebelote avec les Insoumis et leur « cheval de retour » : les idées de la France Insoumise, sympa, notamment en ce qui concerne le « passeport maudit » de Tonton « ne t’inquiète pas, nous aussi on te méprise »… Mais choisir ce vieux roublard de politicard à la Tsipras, franchement, vous croyez arriver au changement sociétal avec une simple retouche du crépi ? Il y a d’autres figures de proue chez les Insoumis me semble-t-il ? Ils m’ont tous trouvé très gentil, mais sont vite allés prospecter des clients moins irrévérencieux ! Quant à nous, nous sommes allés nous dévergonder et « faire » notre premier restau depuis huit mois ; la serveuse en était tout émue et nous aussi. Quant à nos papilles, elles ont été à la fête pendant une heure.

Seuls les Ents de la forêt de Lure m’accordent encore leur attention.

 

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11mars2022

Où vais-je ranger ce livre dans ma bibliothèque ?

Posté par Paul dans la catégorie : Des livres et moi.

où je trouve un prétexte pour vous parler de mes lectures du moment.

 Je termine un recueil de nouvelles écrites par Leïla Sebbar au sujet d’Isabelle Eberhardt. A peine ai-je lu les dernières pages de la postface rédigée par Manon Paillot que mon esprit vagabonde. Quelle place ce livre singulier doit-il occuper dans mes rayonnages ? Sans doute aux côtés des différents ouvrages que je possède déjà de la main même de cette aventurière . J’ai l’habitude de regrouper les ouvrages ayant trait à un auteur•re avec les livres rédigés par cette personne. Je trouve ce système assez rationnel, même s’il conduit à scinder parfois l’œuvre de quelqu’un qui est à la fois auteur de fictions mais aussi de biographies. Je ne possède pas d’autres livres de Leïla Sebbar, dont l’œuvre est plutôt abondante ; si je mets un terme à cette lacune il est probable que les nouvelles acquisitions figureront au voisinage des écrits d’Isabelle Eberhardt. On crée ainsi un pont entre deux auteurs, ce genre de lien constituant souvent l’originalité du classement d’une bibliothèque privée – système ayant le défaut d’être un peu hermétique aux yeux d’un visiteur adepte d’autres cheminements. Ce faisant je me suis identifié aux observations fournies par un écrivain turc, Enis Batur, dans son ouvrage « d’une bibliothèque l’autre » évoquant ce problème du classement qui constitue souvent la clé permettant de se repérer dans une collection étrangère à la sienne propre.

Ce dernier livre relève chez moi d’un autre catégorie littéraire, celle des gens qui écrivent non seulement sur les auteurs et les autrices mais aussi sur les livres eux-mêmes. A la maison, « d’une bibliothèque l’autre » a rejoint par exemple les divers écrits d’Alberto Manguel parmi lesquels « la bibliothèque, la nuit » ou « je remballe ma bibliothèque ». Sur la même étagère figure ce petit bijou qu’est « l’infini dans un roseau » d’Irène Vallejo, lu cet hiver et grandement apprécié pour la richesse et la variété avec laquelle l’autrice a abordé le thème un peu indigeste de l’histoire du livre. Comme le fait remarquer Alberto Manguel à plusieurs reprises, certains écrivains ne sont pas aussi simples à ordonner que cela. Je pense aux écrivains voyageurs, aux naturalistes et aux romanciers qui frisent ces différents domaines… De Ella Maillart à Pete Fromm en passant par Mario Rigoni Stern , Paolo Rumiz ou Paolo Cognetti, allez donc poser un quelconque repère ou inventer une cousinade plutôt improbable ! Les catégories « inventées » par les éditeurs sont parfois saugrenues et certains arrangements, conformes à la nomenclature classique, donnent lieu à des mariages plutôt discordants. Etant suisses tout deux, ayant eu l’occasion de se côtoyer, je veux bien célébrer les épousailles sur les rayonnages d’Ella Maillart et de Nicolas Bouvier… L’un ayant lu les écrits de l’autre et s’y référant parfois, nul problème à relier Mario Rigoni Stern et Paolo Cognetti… Pour ranger à leur côté les écrits d’André Bûcher et ses descriptions attachantes de la Drôme provençale, c’est un peu moins évident. Je l’ai fait quand même car cela me satisfaisait et c’est finalement le critère essentiel.

Dans ma bibliothèque le classement des ouvrages rédigés par les écrivains voyageurs et par ceux que les anglo-saxons regroupent dans la catégorie « nature writing » et que je préfère baptiser « naturalistes », a été complexe car ces deux domaines s’interpénètrent facilement. Le voyageur qui s’attarde plus sur les cactus croisés au bord du chemin que sur le mode de vie des autochtones rencontrés au fil de son parcours est-il plus écologiste qu’ethnologue ? Dans l’ œuvre du célèbrissime Edward Abbey, « désert solitaire » est plutôt contemplatif alors que son « gang de la clé à molette » s’apparente au roman d’aventure et au pamphlet d’écologie radicale… Peuvent-ils voisiner avec la « route de la soie » parcourue par Bernard Olivier ? Je peine à les imaginer ensemble.

J’apprécie beaucoup les livres de Joël Cornuault. On peut, sans difficulté les classer dans la rubrique littérature de la bibliothèque. Quoique… Nombre de ses écrits sont plus des essais que de la fiction. Biographe d’Elysée Reclus, plusieurs de ses ouvrages rejoignent – selon un principe énoncé plus haut – le rayon consacré à mon géographe anarchiste préféré. D’autres recueils touchent à des domaines divers : philosophie, éloge de la marche ou portraits de paysages, éthique… Difficile de ranger dans les écrivains naturalistes quelqu’un qui a consacré une partie de son travail d’écrivain à parler de son enfance parisienne et à décrire les arrondissements de Paris qu’il chérit avec une profonde nostalgie… De plus cet ennemi acharné du bibliothécaire méticuleux a le don de mélanger les genres dans beaucoup de recueils. Je viens d’en acquérir trois qui manquaient à ma collection auprès des éditions Plein Chant et j’ai longuement réfléchi à la question de leur voisinage dans les rayons. Il n’est en effet pas question pour moi de disséminer les livres d’un auteur (ayant de surcroit une forte personnalité) aux quatre coins de ma bibliothèque. Du coup, je lui ai conservé la place de choix qu’il occupait auprès du singulier Kenneth White dont l’œuvre oscille entre géographie, poésie, récit de voyage et réflexions sur notre vie quotidienne. Un bel appariement à mes yeux (que d’autres ne manqueront pas de contester). Non loin d’eux figurent des célébrités comme David Henri Thoreau ou John Muir.

 Il ne faut pas croire que la littérature générale échappe à ce genre de problématique… Quel intérêt de ranger Henry Poulaille aux côtés de Jacques Poulin ? Le concept de littérature prolétarienne me plaisant beaucoup, il est évident que très rapidement Poulaille a rejoint Guillaumin, Guilloux et Massé, dans le même secteur de la bibliothèque. Quant à Poulin et à son amour des chats, de la ville de Québec et des écrivains torturés, il pourrait aller côté « voyages », côté « écrivains et écrivaines canadiennes »… Je lui ai finalement créé sa petite niche douillette : celle des écrivains que j’affectionne. J’ai fait ça l’année où j’ai décidé de créer mon « hit-parade » personnel… qui a vite abouti au grand n’importe quoi, certains ouvrages ne restant là qu’un temps limité si l’on voulait se contenter d’un nombre réduit de titres comme on le fait dans tout bon hit-parade. Quant à dire si je préférais « le vieux chagrin » à la « calanque de l’aviateur » d’Annabelle Combes, cela a failli me donner la migraine. Je préfère le concept de « livres à emporter sur une île déserte », choisi par Babelio, le réseau social des lecteurs et des lectrices fondus de lecture. Sauf qu’il y a une limite drastique du nombre de bouquins à emporter et qu’il me faudrait une malle en ce qui me concerne…

J’adore en tout cas avoir à résoudre ce genre de casse-tête que représente l’ordonnancement d’une étagère de livres. Pas besoin d’en posséder des milliers pour que le problème se pose. Cela constitue l’un des charmes de la lecture, cette activité chronophage. Dans le rayon Nature et Voyages, les ouvrages sont en tout cas moins poussiéreux qu’ailleurs car les déménagements sont fréquents et les mariages pas toujours durables… La situation est heureusement plus calme dans le secteur « romans policiers » dont l’organisation est relativement plus simple… Quoique… Les rapports entre Peter Tremayne et Dona Leon ne coulent pas de source. Quant à Régis Messac, son œuvre écrite sur une trop brève durée navigue entre la SF (un chef d’œuvre comme Quinzinzinzili), les essais (« à bas le latin ») et le roman policier à l’américaine (le detective novel comme il le catégorifie lui même). Même réflexion que pour Joël Cornuault : une forte personnalité dont les différents écrits ne peuvent supporter d’être écartelés entre des rayonnages trop distants !

 Je fais fi, en tout cas, de l’ordonnancement alphabétique qui simplifierait sans doute la recherche d’ouvrages, mais verrait se trouver côte à côte un renard et un ragondin qui n’ont guère d’affinités ! Après quelques années de réflexion et de classement, une toile d’araignée finit par relier l’ensemble des ouvrages que nous avons la joie de posséder. Il y a bien sûr quelques déchirures, de nombreux chaînons n’ayant pas encore été découverts… Mais j’ai bon espoir de constituer un dédale de chemins littéraires pouvant être parcourus d’une multitude de manières, fonction des choix que l’on effectue lorsque des aiguillages apparaissent. Mon amour des réseaux de trains miniatures transposé dans un tout autre domaine en quelque sorte.

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26janvier2022

Monsieur n’écrit plus pour l’instant, mais Madame si…

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....

De chouettes chroniques écrites par ma compagne. Notre quotidien (rural et retraité) mais pas que… Sur ce blog, des réflexions, des points de vue, des opinions (pas toujours dans l’air du temps – enfin, pas toujours du côté des voix dominantes)… Bref, quand vous en avez marre des symphonies et préférez les sonates…
Voici le lien tant attendu.

 

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1janvier2022

Oyez braves gens !

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....

L’autruche charbinoise sort la tête du sable et vous présente ses vœux pour une année 2022 la plus souriante possible…L’an dernier c’était Gnafron, figure célèbre de la mythologie lyonnaise. Cette année je pensais faire appel à la figure prophétique d’Omacron, célèbre mercenaire de la politique politicienne… Mais je n’avais pas envie de voir ce nom là figurer en tête de l’une des rarissimes chroniques de ce blog. Alors je me suis autocensuré ! Je dois vous prévenir tout de suite que pour essayer de trouver quelque chose d’optimiste et d’intelligent à vous dire, il a fallu une bonne dose de (au choix, ou cumulées selon les jours) séances de yoga, doses d’amphétamines, verres de Bourgogne, chichon de nos montagnes, gratins de ravioles du Vercors, lichettes de Cognac bio… Bref un an de réflexion dans un ermitage aux fins fonds de la forêt profonde.

Je n’ai aucune justification à fournir sur mon silence radio complet pendant cette année si ce n’est que je n’avais pas envie de rentrer dans les sujets de conversation à la mode et de m’en prendre plein la gueule quoi que je dise. Je crains que ma méfiance à l’encontre des diverses chapelles, églises et religions en présence n’ait fait que se renforcer et qu’elle ne soit pas proche de s’évaporer. Je suis prêt – exemple pris au hasard – à communiquer mon opinion sur le « débat » vaccinal en cours, par exemple, mais uniquement dans un lieu privé, face à un seul interlocuteur et en ayant le choix des armes. Ça vous donne une idée de mon état d’esprit. D’où le vœu d’apaisement et de sérénité pour tous que je (me) vous envoie en premier pour l’année pleine de 2 qui s’en vient. Pour le reste, je me limiterai à « pourvu que ce ne soit pas trop plus pire que 2021 » à titre collectif, et à « puisse cette année sourire à vos projets, vous ouvrir de nouveaux horizons, et vous inspirer une adresse où il fait mieux vivre en bonne compagnie que là où vous êtes si vous n’êtes pas bien », sur le plan personnel.

Ne comptez pas non plus sur un bilan exhaustif de cette année écoulée. La propagande a fait des ravages ; l’opinion est plus divisée que jamais ; les idées de racisme et de discrimination (sanitaire ?) ont largement progressé ; on a même vu des gens dits « de gauche » beugler avec enthousiasme pour que l’on généralise le fichage, la surveillance et la mise au ban d’une partie de la société n’adhérant pas au mythe ravageur du progrès salvateur. Je me réjouis cependant d’avoir vu les laboratoires pharmaceutiques gagner autant d’argent… Il faut bien que la crise actuelle profite à quelques uns quand même ! J’attends avec une impatience dépourvue de plaisir, le prochain discours de la même gauche sinistrée sur l’incontournable Front Républicain salvateur aux prochaines pitreries présidentielles.

Histoire de terminer ce triste billet sur une note positive, je me permets de vous recommander trois livres que j’ai parcourus avec grand plaisir : « Grâce à eux » de Mimmo Lucano, « Change ton monde » de Cédric Herrou, sur la question des réfugiés, et « Le droit du sol » d’Etienne Davodeau, BD richissime sur le thème des déchets nucléaires. Il y a quand même des gens qui y voient clair dans le merdier actuel. Coup de chapeau aussi à Michèle Rivasi et à Christian Vélot pour leurs positions courageuses à l’encontre du courant d’opinion dominant. Je pense que les Dieux Vivants à la tête du microcosme EELV ne manqueront pas de les sanctionner lors de l’établissement de prochaines listes électorales…

Portez vous le mieux possible et écoutez la petite voix de la subversion qui se cache dans un recoin de votre cerveau, plutôt que la logorrhée des médias « mainstreams » comme on dit chez les Franglais.

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1janvier2021

Gnafron vous présente ses meilleurs vœux pour 2021

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....

Méditez, agitez-vous comme il vous sied, mais attention, le bâton du gendarme se rapproche chaque jour un peu plus !

 Bien entendu, les souhaits formulés par Gnafron n’engagent aucunement personne et surtout pas le tenancier de ce blog ! On n’a de certitudes que sur l’année écoulée. En l’occurrence, 2020 a été le théâtre d’événements bien dérangeants – la pandémie sinistrement connue n’étant pas le plus inquiétant. Alors quid de 2021, le dynamisme du mouvement social nous le dira. Ainsi qu’en témoigne l’histoire populaire de notre pays et de bien d’autres, l’histoire s’écrit dans les luttes et les mobilisations, non seulement ouvrières, mais, de manière plus large, citoyennes : dans les usines, dans la rue, dans les occupations, dans les gestes quotidiens d’insoumission et de désobéissance civile. Nombre de celles-ci sont occultées par les médias dominants. Depuis un siècle la finance internationale a bien compris quels étaient les enjeux de son maintien au pouvoir : obtenir le contrôle de toutes les sources d’information importantes et déverser des flots de platitudes et de mensonges pour endormir les rêves légitimes d’espérer un monde meilleur.

Nos dirigeants savent les menaces qui pèsent sur leur avenir et au fil des mois, prenant prétexte de multiples éléments d’actualité, les mesures liberticides se sont multipliées. Les mercenaires de la haute finance font bien le travail pour lequel ils ont été promus. Ne nous y trompons pas, l’épouvantail de la droite extrême au pouvoir ne doit pas nous masquer les nombreuses passerelles qui lui sont offertes par l’équipe dirigeante en place. L’horizon est de plus en plus masqué par les casques, les matraques, les drones, les interdictions de ceci ou de cela… Mais, comme le disait Pablo Neruda : «Ils pourront couper toutes les fleurs, ils n’empêcheront pas la venue du printemps.» N’en déplaise à ceux qui ne rêvent que de murailles et de prisons.

 Alors, bon vent à vous toutes et à vous tous. Portez-vous bien et protégez-vous. Même promulguées par des imbéciles cyniques, les règles sanitaires ne sont pas forcément nocives. J’espère vous écrire plus souvent, par le biais de ce blog, que je ne l’ai fait en 2020. Mais là aussi, les vœux que je formule sont aléatoires car j’ai parfois le sentiment de jouer de l’accordéon au milieu d’un embouteillage de SUV ; le découragement me guette parfois au coin du bois, mais bon… Tout cela me fait penser à la chanson « La Révolte de Pétignat » interprétée par Serge Kerval : «S’il faut vous dire comme on menait, le paysan et l’ouvrier, eh bien mettez-vous tous à boire, je vous raconterai son histoire…»

Amitiés libertaires en tout cas.

Sources : image 1 – Par Tusco — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=27099553 –

 

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30novembre2020

Le colibri m’emmerde et je vous dis pourquoi…

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Vive la Politique.

Je suis en désaccord avec la toute mignonne théorie du colibri si chère à Pierre Rabhi et à un certain nombre de ses coreligionnaires. Je ne vais pas m’empoisonner la vie à transporter une goutte d’eau à perpète pour éteindre l’incendie massacrant la planète pendant que les gros richards et les gros couillons larguent du pétrole en grosse quantité avec des avions gros porteurs. Le Christ est soi-disant mort sur la croix pour sauver l’humanité. Pas moi. Je préfère m’entrainer à tirer avec un canon de défense anti-aérienne pour abattre le Canadair boutefeu. Simplicité volontaire parce que c’est mon choix et que je veux bien l’assumer peut-être… Si j’avais plus de pognon, ça me permettrait d’alimenter plus généreusement les caisses de ceux qui – à mes yeux – ont besoin de moyens pour diffuser leurs idées. La théorie du Colibri m’exaspère car elle tend à rendre l’ensemble de la population responsable des problèmes de la planète. En 10, selon un rapport Oxfam, 388 personnes les plus riches possédaient autant que les 3,6 milliards des habitants les plus pauvres de la planète. Avec le creusement du fossé des inégalités, en 2017, ce nombre s’est réduit à 8. Huit possèdent autant que 3,6 milliards (*)… Tous responsables de la surexploitation des ressources ? Allez donc !

Décroissance non si c’est pour permettre à une bande d’ahuris de faire des croisières dans le remake du paquebot France qui voguera au gré des flots dans quelques années, ou d’aller se balader dans le vide intersidéral pour voir si l’on peut faire jolis clichés de la terre en perdition. Il faut arrêter ces discours misérabilistes, auto-flagellants et surtout culpabilisateurs. Je ne doute pas du fait que le moine usant du chat à neuf queues se faisait plaisir en se fouettant le dos puisque ça le rapprochait du Christ. Désolé, mais je n’ai pas besoin d’extase mystique pour être bien dans mes chaussures. Si j’ai froid, je me chauffe ; si j’ai faim, je mange et je ne me répands pas en lamentation parce que j’ai écrasé un moustique qui voulait me sucer le sang. Je ne ferai pas non plus la morale à un Ethiopien qui rêve d’avoir un réfrigérateur pour conserver sa nourriture ou à un Inuit parce qu’il mange trop de viande. L’accès au logement, à la nourriture, à l’eau potable, à l’éducation et autres besoins fondamentaux sont des droits qui doivent être impérativement satisfaits… Du moins, il me semble que quelqu’un avait écrit ça, autrefois, dans une quelconque déclaration grandiloquente.

Il est grand temps que l’écologie fasse le ménage en son sein et se débarrasse des contemplateurs de nombril et des moralistes à la petite semaine qui se prennent pour des gourous d’un jour chargés de montrer le droit chemin à leurs adeptes. Je ne ferai pas de liste car je ne veux pas que l’on m’accuse d’appel au meurtre ! L’écologie est sociale ou elle n’est pas. Je dirais même plus, elle est libertaire ou elle n’est pas… Nous ne nous débarrasserons pas des problèmes environnementaux avec l’appui des goldens boys du capitalisme et nous n’aurons pas un rapport viable avec notre environnement tant que les lois économiques n’auront pas été profondément chamboulées. Ce ne sont pas les envolées lyriques d’un Mathieu Ricard ou d’un Nicolas Hulot qui vont rendre le capitalisme plus vert. Il n’y a pas de révolution « sectorielle » possible non plus ; le changement sociétal ne peut-être que global (en n’oubliant aucun des secteurs qui doivent s’agréger pour avoir un minimum d’efficacité). Le chemin vers un avenir meilleur est long, semé d’embûches, et peut-être sans issu. Cela signifie que pour tenir nous devons obtenir des satisfactions et des gains provisoires… tout comme le voyageur avait besoin de relais sur la Route de la Soie pour accomplir son périple. L’économie sociale fait partie de ces relais, mais ne nous leurrons pas : ni les coopératives, ni les éco-hameaux, ni l’agriculture écologique, ni les strapontins de députés verts, ni les réseaux d’échange… ne provoqueront de changements majeurs dans notre monde à la dérive, sauf s’ils sont suffisamment nombreux et collaborent dans de vastes réseaux d’échanges englobant les luttes sociales. Leur utilité (sauf celle des députés verts) est par contre indubitable, ne serait-ce que parce qu’ils permettent de tester la viabilité des projets dont ils sont porteurs, et maintiennent dans nos esprits une espérance indispensable à notre survie.

Bref, les trop nombreux relents idéologiques judéo-chrétiens qui sévissent au sein de l’écologie m’indisposent. Ce n’est pas mieux du côté de la politique institutionnelle fut-elle d’extrême gauche : les groupements politiques ne songent trop souvent qu’à la pureté de leur « ligne idéologique » et consacrent plus de temps à se tirer dans les jambes les uns des autres en se traitant de collabos, de fascistes ou de ramollis du cerveau, qu’à faire avancer les luttes écologiques et sociales. Leurs leaders sont essentiellement là pour défendre leur chasse gardée. Laissons volontiers les politicards gauchistes de droite ou droitistes de gauche vider leur panier de boules puantes… Il est temps de construire du neuf, plutôt que de s’intéresser à la candidature plus ou moins déclarée de vieux cloportes de la politique qui n’ont comme dessein caché que  la volonté de promouvoir leur propre carrière, quelque soit le discours derrière lequel ils maquillent leurs intentions. Le mouvement des gilets jaunes a permis d’avancer d’un pas dans la bonne direction. Il lui a manqué juste un peu de culture historique pour faire un bilan des actions accomplies et se rappeler qu’il n’y a « pas de sauveur suprême, ni dieu, ni césar, ni tribun ». C’est bien de le chanter, c’est encore mieux de le traduire dans les faits !

Quant aux collapsologues, survivalistes, et autres prédicateurs de collision dans le mur… Qu’ils continuent à palabrer, mais ne leur donnons pas plus d’importance que nécessaire. Je pense que c’est là aussi une voie de garage de l’écologie. Les prophéties de malheur imminent dans les années 70 n’étaient pas entièrement fausses, mais elles étaient un peu trop dramatiques et ont pu fournir du grain à moudre aux tenants du « vous voyez bien que tout peu s’arranger, y’a encore du pétrole et des poissons dans les rivières ! » La peur est une arme dangereuse ; seul l’espoir nourrit le changement. Si j’émets de grosses réserves quant aux théories des collapsologues, je vous invite par contre à lire l’excellent ouvrage « La fin de la mégamachine » de Fabian Scheidler. Contrairement à ce que pourrait laisser penser le titre, il ne s’agit pas d’une prédiction apocalyptique de plus, mais d’un outil précieux pour comprendre la situation actuelle et élaborer des solutions. Comme dit dans la présentation : « seul celui qui connait sa propre histoire peut être capable de l’infléchir.»

C’est tout pour aujourd’hui et en plus pas d’illustration… Je suis content d’avoir vidé mon flacon de vitriol dans les toilettes. Je ne suis pas assez méchant pour le balancer à la figure d’une autre créature vivante, fut-elle même En Marche vers le chaos. Soyez donc suffisamment gentils pour ne pas me traiter d’intégriste. La preuve, si le colibri trouve un avocat je suis prêt à consacrer quelques minutes à l’écouter, mais laissez-moi le privilège de radoter… C’est plutôt mignon les colibris !

Notes : (*) Lire à ce sujet l’excellent ouvrage de Vandana Shiva (« 1% Reprendre le pouvoir face à la toute-puissance des riches).

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