2mai2014

En mai, un Bric à Blog un peu désabusé mais sans jeux de mots laids

Posté par Paul dans la catégorie : Bric à blog.

Sans jeux de mots laids… ? Enfin je vais essayer parce que c’est le genre de défis dont je triomphe rarement. Désabusé car il n’y a rien de bien réjouissant – il faut le dire – dans une actualité où les bruits de botte résonnent de plus en plus fort à nos oreilles. J’en suis à me demander si mes concitoyens d’ici et d’ailleurs (les frontières n’ont guère d’importance) ne deviennent pas de plus en plus masos. Tous ces comportements m’inquiètent, que ce soit de considérer comme une nouvelle positive l’arrivée à Matignon de « l’ami des Roms », d’en venir à souhaiter le retour sur la scène politique du « fan club du Fouquet’s », ou de se choisir un maire d’extrême droite histoire de « renouveler la vie politique communale » (sic). Ailleurs ce n’est pas mieux… Les dictateurs en herbe pullulent et peinent de plus en plus à contenir leur hystérie totalitaire. Le nouvel hymne européen pourrait sans doute être : « fais moi mal chéri, fais moi mal… mais entraine toi d’abord sur les immigrés ». Ah le bon vieux temps de Pétain…

emprunte-consomme A ceux qui pensaient que les hommes politiques démocratiquement élus avaient encore une marge de manœuvre pour contrer banques et industriels tout puissants, les événements récents démontrent le contraire. A ce sujet, je trouve l’analyse de Patrick Mignard fort intéressante. L’article intitulé « Rationalité économique et logique politique » est bref et pertinent, trop limpide peut-être pour être accepté par certains. Tout un arsenal de lois répressives est là, juste sous la main des futurs dirigeants populistes : ils n’ont plus qu’à l’appliquer à la lettre pour verrouiller les réseaux sociaux, faire inculper de terrorisme tous ceux qui remuent encore l’oreille gauche, contrôler un peu plus des médias qui s’autocensurent déjà avec efficacité… Souriez d’un air béat, vous êtes déjà filmés, fichés, enregistrés, traqués… y compris par les sites commerciaux qui se font une joie d’exploiter notre tempérament de moutons. Lisez donc cet article, signé Yves Eude, sur le Monde : « comment notre ordinateur nous manipule« . Il illustre fort bien mes inquiétudes, même si je pense qu’il ne fait que dévoiler la partie la plus visible de l’iceberg.

break_the_chains_of_debt-36447 En matière d’écologie, et surtout d’écologie sociale, beaucoup de choses passionnantes ces derniers temps à lire sur les sites de « Basta ! », « Reporterre », Utop’lib et « Altermonde » qui sont mes références les plus fréquentes en matière d’infos. Je visite aussi de temps à autre « Terraeco » ainsi que le site de la « Confédération Paysanne » et celui de « Via Campesina », Mouvement Paysan International. Reportez vous à ma liste de liens permanents pour toutes ces adresses. J’ai beau être branché jardinage et permaculture, je n’en suis pas moins l’actualité de très près. J’aime les idées iconoclastes, comme celle de renoncer à payer la dette des Etats vis à vis des banques, proposition émise, entre autres, par David Graeber, un anthropologue et économiste américain qui publie des textes que je trouve intéressants.  Le résumé de ses récents propos peut être lu sur Basta. L’article s’intitule « la façon la plus simple de désobéir à la finance, c’est de refuser de payer les dettes« . Le plan d’austérité de l’ineffable duo Valls/Hollande est sûrement la plus mauvaise solution possible pour sortir de la crise. Il y a d’autres solutions pour trouver cinquante milliards : toujours sur Basta, Agnès Rousseaux en suggère un certain nombre qui sont tout à fait pertinentes. Je conçois que ce soit plus simple d’utiliser la méthode gouvernementale et de tirer sur la corde (à condition d’être capable de prévoir précisément le moment où elle va casser). Les solutions préconisées dans l’article nécessitent un certain courage politique, et ces deux mots ne font plus guère bon ménage ensemble. Je suis très satisfait en tout cas de savoir que je fais partie de la tranche des pensionnés multimilliardaires qui peuvent être rançonnés sans scrupules. J’ai de la chance ! A quelques centaines d’euro près, je basculais dans le lumpen prolétariat… J’aimerais bien, moi, les voir se démerder avec 1200 euro par mois, et bien souvent moins, tous ces Fabius, Valls, et autres Alliot-Marie… Cette dernière est bien à plaindre : si elle est élue au parlement européen, elle va perdre de l’argent rapport à sa situation actuelle… Faut-il lancer un « Mamathon » comme le suggère le blog « les Aza » ?

fairtrade-max-havelaar Sur « Basta » également une étude intéressante sur le manque de sérieux des labels commerce équitable… « Le chocolat équitable, un produit en voie de disparition ?« , l’enquête traite spécifiquement du chocolat, mais ses conclusions pourraient s’appliquer aux autres produits commercialisés avec les mêmes « garanties ». Le pauvre Multatuli doit se retourner dans sa tombe s’il est au courant de l’utilisation que l’on fait du label se référant au titre de son roman le plus célèbre. On peut relire « la feuille charbinoise » à ce sujet. Dommage que les principes qui étaient à la base de cette idée généreuse soient à ce point galvaudés. Puisqu’on est dans le domaine alimentaire, on continue.
Ce n’est pas souvent que je recommande des articles publiés sur Rue 89 car ce site m’énerve. Mais là, je suis tombé sur un texte vraiment humain, vraiment beau. Le rédacteur s’appelle Fabien Granier. Son histoire, bien triste (autant vous prévenir tout de suite) se passe au Portugal, dans un petit village. C’est un de ces coins sur terre où la vie se déroulait, cahin-caha, avec ses doutes et ses certitudes, ses échecs et ses modestes succès… Jusqu’au jour où, zonage oblige, quelques tristes technocrates de la commission européenne ont décidé que ça serait parfait, dans ce coin-là, de remplacer les cultures traditionnelles par de la cerise en monoculture. Ils ont rêvé, ces cons, d’une Europe organisée comme un plateau de Monopoly : des olives par ici, des abricots par là, des melons à perte de vue ou de la betterave à sucre sur des hectares et des hectares. Tout ce qui n’était pas conforme à leur remarquable planification devait disparaître. Au Portugal comme ailleurs, les politiciens d’un jour se sont mis au service de ces experts d’opérette et le désastre a commencé. Il fallait se mettre au goût du jour ; et le goût du jour pour le « héros » de ce récit, ça lui rapporte des clopinettes… Pas de quoi vivre décemment ; juste l’envie de balancer une terre sur laquelle il a passé sa vie. D’agriculteur, il est devenu « exploitant agricole »… Exploitant ou exploité ?

Freilandhaltung De l’agriculture à l’alimentation, le lien est plutôt direct. Il est un problème qui fait débat depuis longtemps, mais qui revient sur le devant de la scène ces dernières années, c’est celui de la consommation de viande : végétarisme or not végétarisme ? J’avoue que le débat entre « pros » et « antis » ne me passionne pas. J’ai lu cependant avec intérêt l’article de Jocelyne Porcher sur Terraeco introduisant une nuance pas toujours évidente aux yeux de certains, entre le travail de l’éleveur traditionnel et l’élevage industriel. « La question n’est pas de manger moins de viande, mais comment en manger mieux. » Ce billet a le mérite d’oser suggérer une solution intermédiaire. Plutôt que de tirer un trait sur la consommation de viande, ce qui n’est pas évident pour tout le monde, en réduire de façon conséquente la consommation, mais s’attacher aussi à connaître la provenance de la viande consommée… L’article a le mérite d’ouvrir certaines portes pour un débat… Celui-ci n’a pas vraiment eu lieu : la virulence des commentaires me laisse rêveur quant à l’ouverture d’esprit et à la « non violence » toutes relatives, de certains intervenants totalement hostiles à la consommation d’aliments carnés. Heureusement, je connais plein de végétariens intelligents et je suis capable de ne pas faire d’assimilation hâtive… Je ne pensais pas que ce terrain là était presque aussi miné que celui du conflit israélo-palestinien… Histoire de pousser la logique jusqu’au bout on pourrait considérer qu’abattre un chêne pour en faire un beau meuble c’est ni plus ni moins qu’un assassinat… Que va-t-on devenir quand on en saura un peu plus long sur la souffrance des plantes ? Je pense que certains rêvent d’un monde idéal où l’homme serait définitivement éradiqué ! Si l’on continue à braquer les populations contre l’écologie en argumentant de façon totalitaire et insultante, c’est d’ailleurs ce qui va se passer, je crains…

24-mai-bellegarde-non-aux-forages-ndgs  Je ne pense pas non plus que sortir de la crise énergétique qui s’annonce à l’horizon en restant otages de l’énergie nucléaire ou en plébiscitant l’exploitation des nappes de pétrole profondes, des schistes bitumineux ou du gaz de schiste soit vraiment une idée intelligente. Qu’elle enrichisse un peu plus les actionnaires des multinationales du secteur, certes. Que cela soit un bon choix pour notre environnement et notre santé, certainement pas. Les loups rôdent dans nos belles régions et ce ne sont pas ceux qui s’attaquent aux troupeaux de moutons qui font le plus de dégâts… Il faut rester vigilant et se mobiliser pour contrer toute tentative d’exploitation de gisements. Le 24 mai, mobilisation en Rhône-Alpes pour bloquer définitivement les forages pétroliers prévus par la compagnie anglaise Celtique sur le territoire des communes de Corcelles et de Lantenay. Un rassemblement est prévu à Bellegarde pour s’opposer au renouvellement des permis concernés qui arrivent à expiration. Beaucoup d’informations passionnantes sur ce dossier sur le site « Stop Gaz de schiste« .

jaures Armentiere J’ai trouvé très intéressant, sur le plan historique, ce panorama politique et social de l’année 1903 publié en plusieurs parties sur le blog « Alexandre Jacob l’honnête cambrioleur ». Le texte est repris sur l’excellente revue historique « Gavroche », malheureusement disparue. La Gauche est au pouvoir. La suppression des congrégations prédicantes et enseignantes est à l’ordre du jour. La misère est grande en Bretagne et l’arrogance du patronat suffit à mettre le feu aux poudres : émeutes à Hennebont sauvagement réprimées par les forces de l’ordre. La situation n’est pas meilleure dans le Nord ; de violents incidents éclatent à Armentières… même Jaurès s’en émeut (image en début de paragraphe). Evénements dont je compte bien vous parler un jour dans le cadre de mes chroniques sur les luttes sociales. Depuis le tristement célèbre « premier mai à Fourmies en 1891″, la situation dans les usines et les ateliers n’a guère évolué. Il faut lire et relire sans cesse ces passages historiques essentiels, ne serait-ce que pour se rappeler le prix élevé payé par nos ancêtres pour gagner ces quelques avantages que le patronat cherche à grignoter aujourd’hui. Merci à Jean-Marc, l’auteur de cet article, d’alimenter ainsi notre mémoire !

carte.taiwan Un peu de beauté dans ce monde brutal. J’ai fait quelques jolies découvertes (avec l’aide de certains dois-je dire pour être honnête) que je souhaite partager avec vous : « Le jardin en folie d’un aborigène Amei« , par exemple… Logique que je commence par un jardin puisque c’est mon principal sujet de préoccupation du moment ! Ce reportage publié sur le site « le poignard subtil » vous emmène en voyage sur l’île de Taïwan, dans le paradis qu’ont créé Wiu Tianlai et son fils Wu Zhexiong. Ce jardin est orné de sculptures monumentales réalisées à l’aide de bois flottés ramassés sur la plage voisine. Cet univers fantastique a été complété peu à peu avec des sculptures en ciment, lorsque le bois ne suffisait plus à satisfaire les besoins créatifs des artistes. Le thème initial choisi était un bestiaire ; les représentations sont devenues de moins en moins conventionnelles et parfois un peu grivoise. J’aime beaucoup le « diable en érection » par exemple ou la représentation de « l’intellectuel ». J’aime énormément cette interaction entre art et création paysagère. Lors d’un de nos voyages au Québec, je m’étais pris de passion pour le parc des sculptures dans la ville de Saint-Jean Port-Joli, en regrettant que la dimension végétale ne soit pas plus développée. Profitez de votre passage sur ce site pour aller fureter dans ses coins et recoins. Toute la série de reportages intitulée « Art brut à Taïwan » mérite votre attention, en particulier…

On continue dans le domaine artistique. Voici un lien que je vous recommande vivement. Observez les photos, les films… Un perroquet, une grenouille… Que nenni ! Tout simplement les merveilleuses créations d’un artiste de génie. Sa matière première : des corps humains modelés et peints en fonction de son imagination. C’est plutôt rassurant de contempler ce genre de spectacle ; cela améliore l’image que l’on peut avoir de l’esprit humain, quand d’autres utilisent leur temps pour essayer de perfectionner les cadences de tir des armes automatiques ou convaincre les jeunes de se sacrifier pour de nouvelles croisades ineptes.

A part ça, et pour finir, il n’est pas trop tard pour vous annoncer le salon parisien du livre libertaire qui aura lieu du 9 au 11 mai à l’espace d’animation des Blancs-manteaux. Plus d’informations sur Utop’lib, l’incontournable site de nouvelles conçu pour tous ceux qui ne veulent pas encore désespérer de l’humanité et s’intéresser à de nouvelles idées et à de nouvelles pratiques.

 

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30avril2014

Petite chronique jardicole du mercredi

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour...; Notre nature à nous.

Riot_Monument Il paraît que demain c’est le premier mai… la fête du travail diront les uns, mais non, des travailleurs, diront les autres ; quelques patibulaires vont fêter la sainte qui a fini en rôti trop cuit ; les copains anars se rappelleront l’origine de cette fête qui n’a rien à voir avec une fête, rien à voir avec le muguet et encore moins avec les « héroïnes de la nation ».  Je n’ai guère le temps de vous raconter ma vie, ni celle des autres. En ce moment, je suis plutôt monotâche : jardin, jardin et jardin. Ça a le mérite de me détacher un peu de l’actualité – peu réjouissante – et de me donner un dynamisme que je craignais d’avoir enfoui sous une épaisse couche de gravats pendant l’hiver. Comme au mois de mars, nous bénéficions de l’aide de trois jeunes particulièrement efficaces et je crois que notre « espace vert », « parc arboré », « mini arboretum » (je n’ai toujours pas décidé comment baptiser ce lieu guère conventionnel) n’a jamais été aussi bien traité. Pour une fois j’ai le sentiment de pouvoir (presque) faire tout ce qu’il y a à faire et c’est particulièrement gratifiant… J’ai donc le temps d’expérimenter un peu.

fouillis vegetal Dans ce contexte, je fais une formation accélérée au B.A. ba de la permaculture et de la culture en buttes. Les deux sont à la fois liés et indépendants : on peut faire de la culture en butte sans rentrer pleinement dans la philosophie de la permaculture. Je trouve cette dernière séduisante mais un peu trop mystique à mes yeux. Je ne suis pas convaincu qu’il y ait besoin de déifier la nature pour adopter des pratiques culturelles intelligentes. De plus les « Y’aka » (je ferai bientôt une chronique sur cette tribu omniprésente dans tous les secteurs militants) m’ont toujours hérissé le poil. Non, il ne suffit pas de faire « ceci » ou « cela » pour que tous les problèmes soient réglés.

jardinage en bacs Quelles sont les conséquences concrètes de tous ces visionnages de documents vidéos et de toutes ces lectures dans mes pratiques quotidiennes ? Il y en a un certain nombre, indubitablement. Jardinier bio de la deuxième heure (mais ça fait quand même quarante ans !) qu’est-ce qui évolue dans mes pratiques et qu’est-ce qui reste inchangé ? Parmi les idées qui m’intéressent et que je vais mettre en pratique progressivement (en fait j’ai déjà commencé car je trouve que seule l’expérimentation permet de valider une théorie), il y a :

  • la dissémination des cultures dans une zone plus ou moins boisée ;
  • l’abandon partiel de la monoculture (légumes regroupés et alignés au cordeau) ;
  • la pratique intensive de la couverture du sol ;
  • la surélévation progressive de certaines parcelles ;
  • la suppression du travail du sol en profondeur et la limitation des travaux superficiels…

Désolé pour ceux et celles qui sont déroutés par ce charabia : je n’ai guère le temps – ai-je dit plus haut – de faire de la pédagogie.

jardin haut Tout cela n’est pas évident à mettre en œuvre et je fais des essais sur de petites surfaces. Je n’ai pas fait de culture sur butte cette année, mais cela fait un certain temps que je construis des bacs surélevés pour jardiner. Mon motif principal, à l’origine, c’était de préparer des jardins faciles à cultiver quand mon dos ne me permettrait plus des acrobaties à répétition. Avant de me brancher sur la permaculture, j’appelais ça « mes jardins de vieux » en rigolant. Les premiers bacs que j’ai construits répondaient aussi à un autre objectif : comme je suis un peu naïf, j’espérais limiter les invasions de rongeurs de petite et moyenne tailles. Pour ce faire, je me suis appliqué à grillager et à couvrir de pierres de tailles diverses ou de tuiles brisées le fond de mes constructions, avant de les remplir avec terre et compost mélangés. Echec sur toute la ligne : ça n’a pas empêché les mulots et les campagnols de passer dans les bacs en les escaladant ! Du coup, le nouveau jardin haut réalisé cette année est conçu d’une façon différente… Le bois mort de différents diamètres, les branchages broyés ou non ont remplacé ma « ligne Maginot » anti rongeurs ! J’ai ensuite rempli jusqu’à une soixantaine de centimètres de hauteur avec de la terre (un peu trop argileuse je trouve a posteriori), du terreau, du compost encore bien vivant, de la paille et une fine couche de tonte de gazon. Je compenserai la perte de hauteur au fil des années en ajoutant de nouvelles couches. Je vais respecter aussi le principe d’une couverture systématique du sol par des résidus végétaux. Quand je veux semer ou repiquer, je fais une fenêtre dans cette couverture ; quand les plants se sont développés je ramène la couverture au plus près. Reste à voir ce qui va se passer avec les limaces !

plessis par ci plessis par la Dans mes « jardins hauts » je pratique la mixité sociale, et j’essaie d’associer certaines plantes compatibles. J’ai semé quelques poquets de haricots au pied des courgettes ; j’ai disposé habilement quelques plants de consoude, d’œillets et de soucis au milieu de tous les légumes. Tout cela est appétissant en diable. Par rapport à la culture « en buttes » je perds le bénéfice de l’accroissement de surface que donne la forme en dôme, mais, vu la surface totale dont je dispose, l’aspect « intensif » du processus de culture ne me turlupine pas. Qu’ai-je fait d’autre à part hausser le niveau du sol à la hauteur de mon nombril ? Je me suis amusé à créer des « micro-jardins » disséminés dans le parc : en forme de haricots ou de bananes, j’ai essayé de leur donner diverses orientations et diverses expositions plus ou moins ombragées. Depuis l’été dernier, certains sont entourés de plessis, d’autres non. Sur ces micro-parcelles de quelques mètres carrés, j’ai associé de petits fruitiers (cassis, groseilles, gojis) avec les légumes les plus divers : artichauts, choux, salades, et prochainement betteraves ou haricots. Le sol est abondamment paillé et fumé avec du compost. Comme je suis allé un peu vite en besogne, je pense que je vais avoir quelques problèmes avec les adventices (on ne dit plus « mauvaises herbes », ça fait un bail que ce n’est plus « politiquement correct »).

compost Qu’est-ce que je n’ai pas changé pour l’instant, dans mes pratiques de vieux routard du jardinage bio ? Je continue à travailler le sol sur une vingtaine de centimètres de profondeur pour les parcelles basses. Chez nous, la terre est très lourde, du genre argilo-humique. Même les parcelles protégées par un engrais vert (phacélie) se sont sérieusement compactées avec les abondantes pluies hivernales et il a bien fallu faire quelque chose pour améliorer leur structure. Contrairement à certains écolos, je ne suis pas viscéralement hostile aux engins motorisés et ma bonne vieille motobineuse m’est toujours d’un bon usage. Elle ne tourne pas très vite et n’opère pas un « carnage » parmi les vers de terre. Quant au brassage des couches, personne n’oblige l’utilisateur à travailler à pleine profondeur. Je laisse le labour profond aux racines. Première hérésie aux yeux des puristes. Seconde hérésie, je pense, je continue à pratiquer le compostage en tas auxquels j’attribue une grande importance. Cette semaine, avec l’aide de mes courageux travailleurs help’x (voir épisodes antérieurs de mon immense autobiographie) nous avons réalisé un tas magnifique avec des matériaux de premier choix… J’en ai rêvé la nuit tellement j’étais satisfait. Il faut reconnaître que la réussite d’un beau compost m’excite plus la zone « plaisir » du cerveau que le discours d’investiture de Valls à l’assemblée !

petits pois en rang d'oignon Je conserve une bonne part de légumes regroupés et alignés comme des petits soldats. Je suis d’accord sur le fait que cela facilite le boulot des prédateurs en tout genre mais cela simplifie aussi le mien quand je dois désherber une ligne de carottes ou butter un rang de pommes de terre. J’attends de voir ce que vont donner mes multiples micro-jardins avant d’évoluer en profondeur sur la structure globale de mon potager. Je lutte toujours avec hargne contre les limaces à grand renfort de granulés de sulfate et de coups de couteau rageurs. J’ai beaucoup de sympathie pour les musaraignes et pour les hérissons, mais j’utiliserais bien les armes lourdes contre les surmulots et autres « rats taupiers » qui attendent que mes salades soient à mi-développement pour leur trancher le col. Je vénère profondément la déesse « Gaïa » et je suis certain qu’un jour les bons équilibres naturels triompheront des méchants humains qui leur veulent du mal. Mais je dois constater que malgré mon respect pour les prédateurs censés rétablir cet équilibre, je vis dans un environnement qui ne favorise guère les hérissons (maudites voitures), les renards (maudits chasseurs) ou les rapaces de toutes plumes (maudits insecticides). Si les coccinelles sont assez nombreuses pour limiter les invasions de pucerons, ce n’est pas le cas pour les prédateurs des rongeurs par exemple. Il faut beaucoup plus de temps et un ensemble de conjonctures favorables pour rétablir une population conséquente de buses ou de milans. Les rats sont beaucoup moins difficiles à satisfaire et dans un contexte qui leur est favorable, ils croissent et se multiplient presque aussi vite que les sauterelles !

ruche De temps à autre, je vous informerai des progrès ou des régressions dans ma démarche agro-écologique. Pour l’heure, je vais me mettre au boulot manuel histoire d’avoir quelques anecdotes à vous raconter pendant les mois à venir. L’une des prochaines chroniques historiques que je compte vous livrer nécessite que je boucle encore quelques lectures. Quant au blocage de ma pension ou à l’augmentation de 5% obtenue par les truands d’EDF, je préfère garder le silence ; la colère n’est pas bonne pour la santé. Enfin du moins pas trop !

papillon bleu

J'espère que la permaculture et la culture politique ne sont pas incompatibles !

J’espère que permaculture et culture politique ne sont pas incompatibles ! Pour l’heure, je n’ai pas encore tenté de massif en forme de A cerclé… Dans le clos Elisée Reclus poussent des arbres et arbustes de presque tous les continents…

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21avril2014

Emile Chapelier et la colonie « L’expérience »

Posté par Paul dans la catégorie : pages de mémoire; portrait de militantes et militants libertaires d'ici et d'ailleurs.

Un petit tour chez les militants libertaires en Belgique au début du XXème siècle

Notre récente virée en Belgique m’a donné envie de m’intéresser à l’histoire du mouvement libertaire dans ce pays car elle est particulièrement riche. Un premier personnage, pratiquement inconnu en France, a retenu mon attention : il s’agit d’Emile Chapelier, un militant très actif au début du XXème siècle. L’une des « traces » qu’il a laissée dans l’histoire du mouvement social est la création de la colonie « l’expérience » dans la banlieue de Bruxelles.

EmileChapelier  Emile Chapelier devient anarchiste à l’âge de vingt ans. Contrairement à d’autres militants de sa génération, ce n’est pas en famille que se sont forgées ses convictions mais grâce à sa rencontre avec un vieux mineur anarchiste avec lequel il se lie d’amitié. Son enfance et son adolescence ont été particulièrement difficiles. Sa mère est morte alors qu’il était très jeune, et son père totalement illettré ne gagne pas assez d’argent pour qu’il puisse faire des études. Elevé par sa tante et son grand-père, il ne va à l’école que pendant une seule année. Le reste du temps il travaille pour gagner son pain ; il est tour à tour ouvrier maçon, cordonnier, puis mineur. Ses apprentissages intellectuels, il les commence donc bien tard, mais il met les bouchées doubles, suivant en cela les conseils de son ami qui lui a longuement expliqué l’importance de la connaissance dans tous les domaines. Il étudie en autodidacte et s’intéresse à l’orthographe, à la grammaire, à la philosophie et aux sciences. Ce parcours est d’autant plus remarquable que quelques années plus tard Chapelier va devenir un auteur prolifique, un conférencier apprécié, et un propagandiste acharné du communisme libertaire. Son implication dans la grève des mineurs de 1893 à Liège va lui valoir ses premières démêlées avec la police et surtout avec son employeur. On ne veut plus de lui dans la province de Liège et il doit se rendre à Bruxelles pour pouvoir travailler à nouveau. L’année suivante il est condamné à une première peine de prison pour propagande antimilitariste dans une réunion publique. Chapelier se lance alors dans l’écriture : il participe à la rédaction du journal « L’insurgé » fondé par un autre militant belge célèbre, Georges Thonar. Une fois encore, la témérité de sa plume lui vaut des ennuis avec la justice ! Le journal n’est guère apprécié, que ce soit par les partis réactionnaires ou par le très influent Parti Socialiste belge. Le jeune militant est accusé de fabrication de fausse monnaie et doit franchir la frontière et chercher refuge en France pour éviter un procès dont il a toutes les raisons de se méfier.

Experience2 La clandestinité ne lui convenant pas, il revient en Belgique et se livre à la justice, ce qui lui vaut d’être condamné à cinq années de prison. Pendant cette période il a largement le temps d’approfondir ses études. Deux ans après sa sortie de prison, en 1902, il rencontre celle qui deviendra sa première compagne et tiendra une large place dans la suite de ses aventures, Marie David. La jeune femme est issue d’une famille aussi peu fortunée que celle de Chapelier ; elle a été, au gré de ses infortunes, couturière, servante ou vendeuse. Emile Chapelier se livre alors à un intense travail de propagande et il est difficile de lister tous les lieux dans lesquels il anime débats et conférences, ainsi que tous les écrits qu’il rédige. D’illettré complet qu’il était jusqu’à sa vingtième année, Emile Chapelier est devenu un auteur prolifique. Son engagement pour le communisme libertaire est total. En 1904 se réunit à Charleroi un congrès communiste libertaire auquel participent une centaine de militants. A l’issue de cette réunion, les participants décident de la création d’une « Fédération amicale des anarchistes ». Cette organisation est remplacée en 1905 par un « Groupement Communiste Libertaire ». Emile Chapelier est présent sur tous les fronts de lutte : toutes les idées nouvelles l’intéressent et il va par exemple donner de nombreuses conférences sur l’espéranto. Il déplorait le manque d’organisation de ses compagnons anarchistes et approuve totalement la création du GCL.  Il estime aussi que le temps de la propagande par le fait (période des attentats) est révolue, et qu’il faut se lancer dans la « propagande par l’exemple ». Il est temps de montrer au peuple, de façon pratique, ce que peut donner une société anarchiste. Tant que la révolution n’aura pas lieu, il n’est pas possible de changer la société dans son ensemble, mais – pense-t-il – il est possible de constituer des ilots  de propagande : des lieux dans lesquels seront mis en pratique le plus possible les idées qu’expriment les libertaires dans leurs écrits. Les compagnons ouvriers pourront ainsi s’apercevoir qu’il ne s’agit pas de simples vues de l’esprit et qu’il est possible d’expérimenter dans la vie de tous les jours les règles fondatrices de la nouvelle société dont beaucoup espèrent encore la venue.

insurge_1896 En 1905, avec Georges Thonar, son complice du journal « l’insurgé », il décide de créer une première colonie communiste. Le projet est largement soutenu par le « Groupement Communiste Libertaire » nouvellement formé et reçoit un nom évocateur : « l’expérience ». Un premier lieu d’implantation est choisi : il s’agit de Stockel dans la banlieue de Bruxelles. Thonar et Chapelier ne sont pas les seuls à choisir cette voie, loin de là. L’idée est en vogue en Europe à cette époque et les tentatives de milieux de vie alternatifs se multiplient. Plusieurs atteignent une certaine notoriété et une durée de vie relativement longue, comme la communauté de Romainville ou celle d’Aiglemont en France, ou bien la « Cecilia » créée par les Italiens au Brésil. D’autres ne seront qu’éphémères et consumeront comme des fétus de paille ceux qui s’y impliqueront. Lorsque la « propagande par le fait » tombe en sommeil, les anarchistes se tournent vers de nouveaux horizons : pour certains militants c’est l’entrée massive dans les syndicats, pour d’autres ce sont des luttes sectorielles comme la promotion du naturisme, l’antimilitarisme ou le néo-malthusianisme. D’autres militants n’acceptent pas ces divisions et persistent à trouver une voie commune à tous pour développer les idées libertaires au sein de la société. Certaines des colonies créées à l’orée du XXème siècle ne sont alors pas seulement des milieux de vie libre, mais aussi des foyers de propagande. L’activité militante y est intense et s’ajoute aux travaux nécessaires pour assurer la survie du collectif. Aiglemont dans les Ardennes ou Stockel à côté de Bruxelles rentrent dans cette catégorie là.

Stockel_exprience Le lieu de résidence choisi par la colonie n’a rien d’un palace. Les moyens financiers limités du petit groupe fondateur permettent de louer seulement une bâtisse en mauvais état et quelques terres dans le petit hameau de Stockel. Le bâtiment est en bien mauvais état et doit être restauré pour être habitable. Chacun met la main à la pâte. Un panneau, placé en dessus de la porte d’entrée principale expose l’un des principes majeurs de la colonie, la célèbre devise rabelaisienne « Fay ce que voudras ». Parmi les principes figurant dans la charte initiale de la Colonie on trouve cette déclaration : « [La société dont nous rêvons] aurait pour base la loi de l’entraide impliquée dans la propriété commune de toutes les richesses sociales et naturelles, chaque individu ne pouvant être heureux que si le bonheur de tous est assuré ; tous travailleraient en vue du bonheur de chacun ».
Les activités des colons sont variées, d’autant que certains se lassent vite des travaux agricoles plutôt ingrats. Le théâtre tient une place importante dans leur vie. Emile Chapelier s’est lancé, entre autres, dans l’écriture et la mise en scène de la pièce intitulée « la nouvelle clairière ». Celle-ci est interprétée par les colons en de nombreux endroits et participe du travail de propagande qui a été entrepris. Tous les dimanches c’est porte ouverte à « l’expérience » et les bons bourgeois de Bruxelles peuvent venir sur place, seuls ou en famille, pour observer, comme au zoo, la vie de ce petit groupe d’hurluberlus. On se moque souvent, on admire parfois, le travail effectué. Ces ouvriers qui « se prennent pour des paysans » ne sont guère pris au sérieux par le voisinage, d’autant qu’en plus ils sont végétariens. D’autres visiteurs, plus sérieux, viennent en observateurs critiques et s’impliquent pour un temps dans le fonctionnement de la colonie. Plusieurs personnalités connues du mouvement libertaire y séjournent un temps, notamment plusieurs membres de la future « bande à Bonnot ». Le résident le plus connu est sans doute Victor Serge dont le parcours dans le mouvement révolutionnaire sera complexe (après la Révolution de 1917, il deviendra bolcheviste, puis repassera dans l’opposition en constatant de visu, en URSS, la dérive autoritaire de la « patrie du Communisme »). Voici la manière dont il raconte son premier contact avec Chapelier et ses amis :

Victor_serge « Nous arrivâmes par des sentiers ensoleillés devant une haie, puis à un portillon… Bourdonnement des abeilles, chaleur dorée, dix-huitième année, seuil de l’anarchie ! Une table était là en plein air, chargée de tracts et de brochures. Le Manuel du Soldat de la C.G.T., L’Immoralité du Mariage, La Société nouvelle, Procréation consciente, Le Crime d’obéir, Discours du citoyen Aristide Briand sur la Grève générale. Ces voix vivaient… Une soucoupe, de la menue monnaie dedans, un papier : « Prenez ce que vous voulez, mettez ce que vous pouvez ». Bouleversante trouvaille ! Toute la ville, toute la terre comptait ses sous, on s’offrait des tirelires dans les grandes occasions, crédit est mort, méfiez-vous, fermez bien la porte, ce qui est à moi est à moi, hein ! M. Th., mon patron, propriétaires de mines, délivrait lui-même des timbres-poste, pas moyen de le rouler de dix centimes, ce millionnaire ! Les sous abandonnés par l’anarchie à la face du ciel nous émerveillèrent. On suivait un bout de chemin, et l’on arrivait à une maisonnette blanche, sous les feuillages. (…) Dans la cour de ferme, un grand diable noir au profil de corsaire haranguait un auditoire attentif. De l’allure vraiment, le ton persifleur, la répartie cassante. Thème : l’amour libre. Mais l’amour peut-il ne pas être libre ».

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L’amour libre est l’un des thèmes sur lequel va achopper la colonie. Il est facile de dénoncer les tares de la société autoritaire ; il est plus difficile d’échapper à une morale qui a imprégné toute une existence passée ; l’application trop stricte de principes moraux « révolutionnaires » n’est pas forcément la meilleure des méthodologies ! Les conflits entre personnes sont nombreux et empoisonnent le fonctionnement collectif du petit groupe de Stockel. Lorsqu’un équilibre est trouvé entre les principes et leur application, c’est le « monde extérieur » qui s’en mêle et génère des ennuis. Union libre, régulation des naissances, végétarisme, antimilitarisme… les thèmes de propagande sont nombreux et ne sont pas du goût des autorités religieuses ou civiles. Le 22 juillet 1906 se tient à Stockel le deuxième congrès communiste libertaire belge. Parmi les idées émises lors de cette réunion, celle de créer une Internationale Anarchiste.
Au mois d’Octobre 1906, la police fait pression sur le propriétaire du local de façon assez triviale. S’il renouvelle le bail de location, il est viré de son emploi de … garde chasse royal. Ni une, ni deux, la colonie doit déménager et chercher un local adapté à ses besoins. Un nouveau refuge est trouvé à quelques pas du village de Boitsfort, toujours dans la banlieue de Bruxelles. La maison est en bien meilleur état que la précédente, mais le terrain qui l’entoure est tout petit et ne permet plus à la colonie de chercher à vivre en auto-subsistance. Chèvres, poules ou légumes, il faut choisir. Elément positif, les anarchistes sont plutôt bien accueillis par la population locale après quelques réunions d’explication. Le propriétaire est plutôt favorable aux idées qu’ils défendent et ne se laisse pas intimider par les manœuvres de la police. La communauté édite de nombreux tracts, des brochures, présente des pièces de théâtre, anime des conférences… Mais toutes ces activités coûtent fort cher et la situation financière de « l’Expérience » boitsfortaine devient de plus en plus critiques. Les conflits entre personnes apparus à Stockel se multiplient et prennent une tournure de plus en plus sérieuse. Le couple Chapelier ne survit pas à ce contexte : Emile et Marie se séparent définitivement. Elle quitte la communauté et elle n’est pas la seule. Les effectifs, déjà réduits, fondent comme neige au soleil. En février 1908 il est décidé de mettre un terme à « l’Expérience » qui aura duré presque quatre ans.

colonie communiste Cet échec se traduit par un changement d’orientation dans les choix politiques d’Emile Chapelier. Il s’éloigne du communisme anarchiste et se rapproche du Parti Ouvrier Belge, plus modéré dans ses positions que les divers groupements auxquels il a été affilié jusqu’à ce moment. Il s’engage pour le syndicalisme révolutionnaire. En 1910 il publie un « catéchisme syndicaliste en six leçons » et devient rédacteur en chef du journal « L’exploité », journal socialiste d’action directe. Après la guerre de 1914/1918, il s’engage dans la lutte pour la Libre pensée et milite dans la Ligue matérialiste de Belgique. Chaque nouvel engagement est l’occasion pour Chapelier de se lancer dans la rédaction de nouvelles brochures, de nouveaux articles… Dans les années 20, on le retrouve dans le comité de rédaction de la revue « le Rouge et le Noir » dont le fondateur est Pierre Fontaine. Il meurt le 17 mars 1933 dans l’anonymat. Les dernières années de sa vie sont peu documentées.

NDLR – La vie d’Emile Chapelier et le fonctionnement de la colonie « l’Expérience » sont assez bien documentées. La rédaction de cet article s’appuie sur plusieurs sources parmi lesquelles un texte  de Jacques Gillen publié sur le forum Recherches sur l’anarchisme, un article de la Gazette de Bruxelles intitulé « l’Expérience » (Ce site propose une bibliographie assez complète de Chapelier), ainsi que la notice concernant Emile Chapelier sur Wikipedia.  Si le sujet des communautés libertaires vous intéresse vous pouvez vous reporter aussi à une étude qui couvre l’ensemble des tentatives ayant eu lieu en France.
Les illustrations utilisées proviennent des sites « Cartoliste », « Belgique Insolite » (dernière image), et Wikipedia pour le plus grand nombre.

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11avril2014

Agitation printanière

Posté par Paul dans la catégorie : Notre nature à nous.

IMG_6289 Le printemps est là et bien là. On s’en rend compte bien sûr avec tous les signaux que la nature envoie, mais aussi par l’agitation frénétique qui règne dans la maison et rend difficile la possibilité d’avoir des moments calmes réservés à l’écriture. Nos premiers travailleurs volontaires du réseau Helpex sont arrivés en mars et déjà repartis. Nous en sommes déjà à la « deuxième génération » et bientôt à la troisième. Lorsque nous ne connaissons pas encore nos invités, nous préférons des séjours courts, de deux semaines en moyenne, qui permettent d’aplanir bien des difficultés pour les uns comme pour les autres. Le revers de la médaille c’est que cela oblige à renouveler souvent les explications, mais aussi le fait que les séparations sont souvent difficiles. Cela a été le cas avec la petite équipe du mois de mars, un couple de jeunes Italiens et une Australienne avec qui nous avions d’excellents rapports. Nous reverrons sans doute certains un jour, mais d’autres non. Ajoutons à cette activité d’échange de services, l’hébergement pour un ou deux jours de voyageurs dans le cadre de l’association BeWelcome (principes de fonctionnement en réciprocité similaires à ceux de Couch’Surfing), plus le passage de quelques amis·es venus prendre des nouvelles ou demander un coup de main, et vous vous ferez une petite idée de l’animation qui règne en ce début de printemps dans nos quatre murs. La précocité saisonnière entraine aussi quelques bousculades dans le calendrier des travaux agricoles et la mécanique humaine ne suit pas forcément : mon genou fonctionne avec des hauts et des bas (plus de bas que de hauts ces derniers temps) et a du mal à accepter l’accélération du rythme d’activité ; le matériel de jardinage se rebelle aussi quelque peu… Tout cela s’accumule et je ne passe guère de temps devant le clavier ou dans la bibliothèque pour faire les recherches que demandent mes projets de chroniques actuels. Je dois dire que cela me convient aussi et que cela correspond au rythme naturel des saisons.

cueillette des haricots Le fait de faire appel à des volontaires du réseau Helpex simplifie certes notre existence mais ne réduit pas les problèmes à néant. Il faut que chacun·cune puisse effectuer ses trois ou quatre heures de travail quotidien dans de bonnes conditions. Cela demande un minimum d’effort d’organisation. Nous tenons particulièrement à ce que l’accueil soit chaleureux, les conditions de logement bonnes et la nourriture la meilleure possible et tout cela ne se fait pas en claquant du doigt ! Nos volontaires courageux nous apportent aussi du travail supplémentaire ! La gestion des repas demande de l’organisation et un peu de réflexion : il est rare que nous soyons le même nombre autour de la table deux repas consécutifs. Nous faisons aussi un peu de tourisme avec nos visiteurs ; il est rarement possible de leur laisser gérer seuls la totalité de leur temps libre. Nous ne vivons pas dans un lieu débordant d’activités culturelles, et mieux vaut préférer la lecture, la marche, la méditation plutôt que les sorties en boîte de nuit ou les soirées cinéma quand on est à la maison ! Comme je l’ai dit plus haut, l’entretien du parc matériel nécessaire au travail quotidien dans notre espace vert ne va pas sans créer quelques soucis. Faute de pouvoir acheter du matériel professionnel, trop onéreux, nous devons jongler avec les défauts de plus en plus nombreux de l’équipement réservé aux jardiniers du dimanche : quand ce ne sont pas les courroies qui lâchent sur les tondeuses, ce sont d’autres pièces. Les fabricants prennent un malin plaisir à truffer leurs appareils de pièces étudiées pour casser le plus souvent possible… La dernière tondeuse que j’ai achetée, il y a deux ans, et que je ménage pourtant vu sa santé fragile, s’avère être une source inépuisable d’emmerdements. Deux réponses à cela : soit l’on change de plus en plus souvent de machine, soit on achète des engins destinés aux collectivités ou aux professionnels, dont la durée de vie est deux ou trois fois supérieure, mais dont le prix et trois ou quatre fois plus élevé…

QuartareM Comme cette activité autour du grand jardin ne nous paraissait pas suffisante et que nous trouvions la maison trop calme, nous avons innové depuis le début de l’an dernier en organisant, trois fois par an, des spectacles à la maison : chanson ou théâtre pour l’instant mais nous comptons bien élargir le champ de nos activités. Trois soirées sympathiques ont eu lieu en 2013 : deux avec des chanteurs (Christopher Murray et Rémo Gary), une avec une troupe de théâtre lyonnaise, la Compagnie Monsieur Cheval. Le succès rencontré nous a donné envie de persévérer et cette année au mois de mars nous avons reçu un quatuor vocal de chant traditionnel, QuartareM, et nous organiserons en juillet un deuxième concert avec un pianiste et deux chanteuses : MaMaz. Tout cela bien entendu ne nous rapporte pas une thune et ce n’est pas sur ces soirées que nous comptons pour acheter du café pour nos apprentis jardiniers ou des tondeuses toutes neuves pour mettre le gazon au pas. Le seul plaisir immense que nous tirons de ces soirées c’est la richesse de ces moments de bonheur partagé. Les artistes se partagent le chapeau garni avec plus ou moins de générosité par les spectateurs, et ont la joie de pouvoir échanger avec ceux et celles qui les ont écoutés lors du copieux buffet qui se déroule après chaque concert. Je suis toujours étonné par la convivialité de ce cérémonial et par la richesse des échanges impromptus qui ont lieu autour d’une part de quiche et d’un bon verre de vin du Roussillon (les 14° de ce nectar divin ne sont pas seuls responsables des yeux qui pétillent et des sourires qui s’épanouissent sur les visages !). Pascaline, qui se charge de la mise en place des spectacles, a découvert à quel point les informations doivent être répétées pour être lues et (éventuellement) comprises.

baby sitting impro Comme dit la plus grande de mes petites filles, « c’est bien chez papi-mamie, il y a toujours du monde ! » Elle ne s’étonne plus trop de croiser des visages inconnus lorsqu’elle séjourne à la maison avec sa petite sœur, ni d’entendre des langages différents, même si – souvent – l’anglais domine. Cette année nous avons simplement décidé d’être un peu plus rigides dans l’organisation de notre planning et de ménager quelques périodes de tranquillité : nous avons choisi de conserver pour nous une petite semaine de « solitude » tous les mois quand c’est possible. Tout cela, histoire de ne pas oublier que nous avons des routines à préserver… Il faut bien que je regarde la télé au moins une heure de temps en temps histoire « d’amortir » cette fichue redevance et d’alimenter mes « humeurs du jour » ! Nous ne vivons pas dans le monde de Winnie l’ourson et il y a parfois des ratés, des frictions et des doutes, mais je ne vous en parlerai guère : la vague des moments heureux bat en brèche les brisants de la mauvaise humeur. Il y a les rendez-vous ratés, les explications incomprises parce que trop vite données ou dans un langage un peu trop hasardeux. Fichue tour de Babel au sein de laquelle chacun s’exprime avec un idiome différent… Fichus citadins pleins de bonne volonté mais qui ne distinguent pas toujours la fleur précieuse amoureusement bichonnée, de sa compagne sauvage dont il faut limiter l’envahissement. Mais par chance ils ne sont que minorité, et apprennent vite le B.A. ba du jardinage. Plusieurs de nos stagiaires sont d’ailleurs arrivés avec un solide bagage de connaissances horticoles et nous avons profité pleinement de leurs idées. Mon intérêt – nouveau – pour la permaculture est en grande partie lié à ces échanges fructueux.

poivrier du Sichuan Certains de nos visiteurs sont au contraire novices et découvrent la tondeuse à gazon, le compostage ou la plantation des arbres. C’est sympathique mais ça ne fait pas toujours notre affaire car nous aimerions bien, à certains moments, déléguer un peu ; mais il vaut mieux participer au travail (c’est sympa de bosser à plusieurs) et surveiller du coin de l’œil le bon déroulement des opérations. Il faut alors avoir de bonnes jambes et courir de la motobineuse qui n’obéit pas aux ordres donnés en anglais, jusqu’à la la jardinière débutante qui s’apprête à recouvrir les graines de carottes avec une bonne vingtaine de centimètres de terre. Les découvertes ne se limitent pas au jardinage ou au bricolage : il y a aussi ceux qui, par exemple, apprennent la joie du repas partagé, en commun sur la grande table, plutôt que le plaisir solitaire du réfrigérateur que l’on ouvre pour grignoter un bout de fromage.
Le profit que nous tirons de ces échanges n’est pas seulement matériel. Il y a pour nous la satisfaction de voir nos projets se réaliser, un peu plus vite que prévu, mais aussi celle, difficile à mesurer, de voir validés certains de nos choix de vie, une part de notre philosophie, et notre  amour de la nature. Il y a la chaleur de ces embrassades lorsque l’on se quitte ou que l’on se retrouve, car il y en a qui reviennent et je ne pense pas que ce soit le masochisme qui les pousse à faire ce choix ! Bref, nous allons continuer à planter des arbres, à les entretenir mais aussi à partager le plaisir de les voir grandir avec d’autres. Certains de ces arbres sont parrainés, c’est à dire dédiés à une personne de notre entourage, comme ce bouleau de l’Himalaya que nous avons planté dimanche à la mémoire d’un beau-frère trop tôt disparu, ou ce mélèze planté à l’occasion de la naissance de notre petite voisine. D’autres arbres sont là simplement parce qu’ils sont remarquables ou que nous les avons remarqués. Le facteur, aujourd’hui, vient de me livrer un poivrier de Chine. Nous avons admiré ce petit arbre au jardin botanique de Bruxelles. La magie des envois par correspondance fait que, dès cet après-midi, il aura son petit coin à lui, pas trop loin de la maison.

Voilà une excuse toute trouvée pour vous quitter et aller profiter du chaud soleil de cette après-midi.

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5avril2014

Mais où sont-ils allés ?

Posté par Paul dans la catégorie : Carnets de voyage.

Bien que le jardin ait démarré tôt, comme l’ensemble de la végétation cette année, nous nous sommes quand même octroyés une petite pause printanière. Plutôt que de vous dévoiler notre périple – dont vous n’avez sans doute pas grand chose à faire – j’ai décidé de le transformer en une série de petites énigmes. Saurez-vous retrouver les cinq villes où nous avons promené notre bout de nez sous un soleil radieux ?

photo n°1 – sur la tombe d’un personnage célèbre

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photo n°2 – un peu trop facile je pense

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photo n°3 – un lieu fort animé et bien plaisant

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photo n°4 – magnifique mais un peu trop touristique à notre goût !

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photo n°5 – un peu plus compliqué (peut-être va-t-il falloir que vous consultiez un expert en bières) mais il faut bien un peu pimenter le jeu ! En réalité nous avons résidé dans une ville un peu plus connue située à 5 km au nord…

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Et voilà, je suis prêt à retrousser les manches et à vous écrire quelques chroniques un peu plus sérieuses. Ne vous faites pas trop d’illusions… Si vous trouvez le nom des cinq villes, vous ne gagnerez que notre considération. Ce n’est pas un avatar du jeu des mille euro.

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27mars2014

Au pays du Chèvrefeuille blanc… Connaissez-vous le Banksia ?

Posté par Paul dans la catégorie : voyages sur la terre des arbres.

Banksia integrifolia Cet arbre magnifique pousse notamment sur la côte Est de l’Australie, mais mon histoire, elle, commence à la maison, un petit matin du mois de mars. Corinne, une « helpeuse » australienne a séjourné trois semaines chez nous. Jardinière talentueuse, à la fois patiente et passionnée, elle a marqué de sa présence la renaissance printanière de notre espace de verdure. Elle était très émue à l’idée de nous quitter et de retourner dans son pays et elle nous a fait un petit cadeau tout simple que nous avons beaucoup apprécié : un fruit sec de Banksia integrifolia, que l’on appelle aussi Banksia côtier ou chèvrefeuille côtier. Ainsi qu’en témoigne l’une des photos ci-dessous, le fruit est étrange : il évoque un cône de résineux, sans l’odeur, mais aussi un fossile finement sculpté, à cause de sa dureté et de sa couleur gris ardoise. Compte-tenu de son caractère insolite et de sa provenance lointaine, il a aussitôt rejoint notre « cabinet de curiosités ». Du fruit à l’arbre, en passant par la graine, il n’y a qu’un pas, et je l’ai franchi, bien entendu, pour satisfaire ma curiosité personnelle et – je n’en doute pas – celle de mes lecteurs amoureux des arbres. Et puis je me suis dit qu’un petit voyage en Australie ça avait un côté sympa. Nous n’y sommes jamais allés, compte-tenu de la longueur du trajet, mais notre explorateur maison y a séjourné pendant presque une année et nous a longuement décrit les particularités géographiques, faunistiques et botaniques qu’il avait pu observer. Comme Corinne est aussi une artiste peintre talentueuse je me suis permis d’emprunter la photo de l’un de ses tableaux représentant un arbre, même si ce n’est pas un Banksia, pour vous faire connaître son travail (voir illustration en fin de chronique).

portrait Joseph Banks Comme dans bien des cas, l’origine du nom de l’arbre est liée à l’identité de son « découvreur », le naturaliste Sir Joseph Banks. Cet explorateur anglais, membre de la première expédition de James Cook dans l’océan pacifique est le premier à avoir formellement identifié cette nouvelle espèce d’arbres. Il n’a cependant fait le travail qu’à moitié, et c’est Carl Von Linné le jeune qui a véritablement commencé la description de plusieurs membres de la famille du Banksia en spécifiant les caractères qui les distinguaient les uns des autres, et ceux qui marquaient leur appartenance à un même groupe végétal. La famille « Banksia » s’est en fait révélée difficile à déterminer et il a fallu deux siècles avant que l’on établisse une classification vraiment précise des différents spécimens qui la composent. Anecdote pittoresque, même si elle ne concerne pas directement la variété integrifolia : en fouillant l’épave de l’un des bateaux de l’expédition La Pérouse, disparue à Vanikoro en 1788, les plongeurs ont retrouvé des échantillons botaniques, et notamment un sachet contenant des graines d’un arbuste nommé Banksia ericifolia. Le conservatoire botanique national de Brest a hérité de ce précieux sachet et a tenté de faire germer ces graines immergées depuis plus de deux cents ans. L’expérience a échoué, mais le protocole scientifique mis en œuvre à cette occasion, peut s’avérer intéressant pour régénérer des espèces disparues à partir d’éléments conservés dans les herbiers anciens par exemple.

Banksia planche bota Il faut reconnaître que les botanistes ont eu du pain sur la planche au fil des siècles, quand on sait que l’on a dénombré en Australie plus de 24000 espèces végétales natives ! Comme dans d’autres familles, les représentants peuvent prendre des formes très diverses, plantes herbacées, arbustes ou arbres de grande dimension. C’est à cette catégorie-là qu’appartient l’objet de mon étude actuelle, le Banksia côtier. Placé en situation favorable, il peut en effet dépasser vingt-cinq mètres de hauteur. Lorsque les conditions sont moins favorables, il reste au stade arbustif. Bien qu’il ait la capacité de s’adapter à des sols très divers, même pauvres, il ne supporte pas les rudes conditions climatiques hivernales de nos contrées, excepté les zones les mieux exposées du midi de la France. Il ne tolère que de faibles gelées. Dans la famille des Banksias, « integrifolia » est pourtant l’espèce la plus facile à acclimater ! Pour se consoler, certains jardiniers ont néanmoins tenté de le cultiver en bonsaï, sous serre ou en appartement. Mais comme je n’aime guère les bonsaïs…

664px-Banksia_integrifolia_MHNT.BOT.2008.11.34 L’écorce du Banksia est grise et rugueuse. Ses feuilles sont vert foncé sur le dessus, blanc argenté sur le dessous. Elles sont groupées en verticille (insérées en cercle au même niveau autour d’un axe). Les fleurs du Banksia côtier sont moins spectaculaires que celles des autres espèces de la même famille, parce qu’elles sont moins visibles. Elles sont souvent dissimulées par le feuillage plutôt dense. Ce sont en réalité des épis floraux : des centaines de fleurs jaunes disposées en spirale autour d’un cœur ligneux d’une dizaine de centimètres de longueur. Les fleurs tombent peu à peu découvrant la partie ligneuse, couverte de nombreux petits fruits verdâtres. Les fruits deviennent gris lorsqu’ils sont mûrs. Les follicules s’ouvrent alors en libérant une ou deux graines qui tombent sur le sol. Chacune d’entre elles est munie d’une petite ailette de un à deux centimètres de long, ce qui permet d’assurer la dispersion des semis. L’épi ligneux se dessèche et tombe à son tour. Ainsi que je l’ai expliqué au début, son apparence est singulière en raison de sa forme, de sa texture et de sa couleur.

400px-Mature_flower_of_an_Banksia_integrifolia Les usages du Banksia sont nombreux et les populations aborigènes connaissaient ses vertus, bien avant l’arrivée des premiers colons. Ils recueillaient par exemple le nectar des fruits en les caressant avec la main et en se léchant les doigts, ou bien ils faisaient macérer les épis dans une calebasse. Cette pratique leur permettait de récupérer du sucre à une période de l’année (fin d’automne-hiver) où les autres fleurs sont relativement peu nombreuses. La partie ligneuse était utilisée comme peigne ou comme bougie une fois enduite de graisse et munie d’une mèche. Les premiers immigrants ont suivi l’exemple des aborigènes et utilisé eux aussi ce nectar, en particulier comme sirop contre la toux. Le bois a une belle coloration plus ou moins rouge. Il est d’une densité moyenne et il a fortement tendance à gauchir au séchage ; si l’on ajoute à ce défaut important le fait qu’il constitue un aliment de choix pour les termites, on comprend qu’il soit peu utilisé en construction. Il est apprécié par les tourneurs et sert un peu en menuiserie pour fabriquer des lambris ou des bibelots. Ce bois est également un bon combustible.

phalangier de Norfolk Autour du Banksia, se constitue un véritable écosystème. De nombreux animaux apprécient son voisinage. Plusieurs espèces d’oiseaux fréquentent assidûment ses branchages : notamment des Méliphages à gouttelette, à bec grêle ou barbe-rouge, des Loriquets à tête bleue… Mais d’autres nectarivores apprécient le suc de ses fleurs : des  insectes ou des mammifères comme le Phalanger de Norfolk ou la Roussette à tête grise. C’est au lever du soleil que l’agitation est la plus importante car c’est à ce moment-là que les fleurs sécrètent la plus grosse quantité de nectar.

L'énergie de l'arbre - tableau de Corinne Batt-Rawden

L’énergie de l’arbre – tableau de Corinne Batt-Rawden

Sans prétendre à l’exhaustivité, je pense vous avoir donné quelques informations essentielles sur cet arbre sympathique. L’espèce n’est pas vraiment menacée et sa plantation est même recommandée en milieu océanique pour stabiliser les dunes et stopper l’érosion côtière. Si vous allez un jour en Australie, j’espère que vous aurez à cœur de photographier un Banksia Integrifolia et de m’envoyer votre photo. J’aurai plaisir à l’afficher en arrière de l’étagère où figure le porte graine que Corinne vient de m’offrir !

 

 

 

 

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20mars2014

Et si on laissait un peu les enfants progresser à leur rythme ?

Posté par Paul dans la catégorie : Sur l'école.

Quelques propos à bâtons rompus sur la façon dont les apprentissages sont gérés par l’école…

jeux d'enfants Et si l’on cessait une fois pour toute de vouloir leur imposer une quelconque norme, des objectifs à atteindre, des performances conçues par de machiavéliques cerveaux d’adultes ! Laissons du temps pour l’apprentissage au lieu de vouloir fabriquer de futurs petits surdoués mal dans leur peau, ou des perdants prédestinés… En écrivant cette chronique, il y a quelques années de cela, j’aurais eu l’impression de donner un coup de pied dans une porte qui s’entrouvrait. Mais ce temps-là, où l’on tendait l’oreille au discours des pédagogues, où l’on s’intéressait à l’éveil de l’enfant, semble s’éloigner à grandes enjambées. A grand renfort de statistiques de l’OCDE, les tenants de l’école entonnoir semblent avoir repris les commandes de la machine infernale « éducation nationale ». On ne parle plus que de recentrage, d’efficacité, de rendement, de performances accrues… quitte à abandonner de plus en plus de voyageurs sur le côté de la voie, pour se désoler ensuite, de manière fort hypocrite, des « niveaux qui baissent », des « élèves qui se désintéressent » ou des « profs qui se découragent ». Il est grand temps de relire Robin, Freinet, Montessori ou Ferrer…

tableau Millet J’observe ma petite voisine qui fait ses premiers pas dans la cour. Cela ne fait que quelques jours qu’elle a lâché la main des adultes. En une semaine de temps, elle a conquis une autonomie formidable : l’absence de bras sécurisant, les chutes à répétition, rien ne la décourage : le plaisir de la découverte est trop fort. Pour les premiers pas il a fallu un sol régulier, dépourvu d’obstacles, mais maintenant les graviers, les objets à contourner, les changements de direction, tout est maîtrisé ou presque ! Il y a quelques semaines, ses parents s’inquiétaient de son désintérêt total pour la station verticale, et de son envie frénétique de ramper, avec une habileté d’ailleurs assez impressionnante. J’observe et je suis fier pour elle et pour ses parents, mais pas seulement. Mon esprit pervers d’éducateur au repos fait très rapidement la comparaison entre ce qui se passe pour la marche et la façon dont se déroulent les autres processus d’apprentissage… et je suis un peu catastrophé par le mépris total dans lequel on tient les apprentissages premiers. Je me demande si les esprits ont beaucoup évolué depuis une quarantaine d’années, période préhistorique à laquelle j’ai commencé à sévir dans l’enseignement…

The_Modern_School,_by_Francisco_Ferrer,_translated_by_Voltairine_de_Cleyre_in_1909  J’ai bien peur que non. Il me semble que dans le domaine de l’éducation, comme dans d’autres domaines (énergies renouvelables, agriculture biologique, qualité de vie…), dans notre pays on marche à reculons. Le ver du libéralisme creuse peu à peu son trou dans le fruit école… Qu’importe puisque pour ceux qui tiennent les commandes, il y aura toujours une offre éducative correspondant à la demande de ceux qui ont les moyens de choisir. Les écoles privées sont, et seront encore plus dans les années à venir, en mesure de proposer des services correspondant au choix éducatif des parents : privé rime souvent avec confessionnel mais pas forcément… Il existe d’excellentes écoles proposant des méthodes de travail alternatives ; je pense entre autres aux écoles Decroly, Steiner ou Montessori… Mais elles sont rarement dans les zones rurales ou les banlieues. « L’école du peuple », chère à Freinet, se débat dans des difficultés de plus en plus grandes et des contradictions souvent insolubles. Elle est soumise aux ordres et aux contrordres des politiques qui se succèdent à ses commandes. Faute de compétences réelles dans le domaine, ces dirigeants cherchent l’inspiration dans les sondages, dans les revues d’opinion ou dans les cabinets de lobbying. Je me souviens fort bien du célébrissime « plan informatique pour tous » dont l’objectif premier était le sauvetage de la branche ordinateur du groupe Thomson. Je préfère par contre ne pas vous raconter dans quelles conditions je suis devenu – du jour au lendemain, et par la grâce de dieu – formateur en anglais. Ordinateur, langues étrangères, lutte contre l’échec scolaire… au gré du vent mais toujours au niveau des pâquerettes : des paillettes et du strass… Il faut plus d’années pour éduquer un enfant que ce que dure un mandat électoral… Il en est de l’éducation comme de la préservation de la forêt : tout cela relève d’une vraie gestion durable.

Education Nouvelle Populaire Quel crétin a décidé un jour que tous les enfants devaient apprendre à lire, à écrire ou à compter à la même vitesse ? Quel idiot a imaginé qu’il fallait recommencer l’escalier à la première marche si l’on n’était pas capable de franchir la dernière ? Heureusement que ce simple d’esprit s’est abstenu de pontifier sur l’apprentissage de la marche ! 18 mois âge fatidique… sinon on retourne à la case départ, dans le berceau, avec pour objectif la marche un an plus tard ! Cela vous fait sourire ? N’est-ce pourtant pas là le processus en place tout au long de la scolarité d’un enfant ? Les experts ont établi un processus d’apprentissage immuable présentant la particularité de ne tenir aucun compte des spécificités de chaque enfant : capacités d’intégrer un concept rapidement, simplement par une démarche intellectuelle, ou nécessité de tâtonner longuement pour consolider un acquis, environnement social stimulant ou milieu familial générateur d’angoisses… etc… etc… Mes propres enfants n’ont jamais rampé latéralement comme l’a fait ma petite voisine pendant une longue période. Elle par contre n’a jamais pratiqué le « quatre pattes »… Imaginez qu’un « expert » du ministère, ex-chef du personnel chez Renault, décide que le « quatre pattes » est un passage obligé de l’apprentissage de la marche. Que fait-on de ceux qui ne s’intéressent pas à cette démarche ? On les incite à persévérer ? on leur projette une vidéo avec le mode d’emploi ? On les réprimande de plus en plus sévèrement ? Pourquoi ne pas fixer un âge limite pour la course, pour la parole, pour le saut d’obstacle ? Et pourtant ! On emploie déjà le mot « retard » lorsqu’un enfant marche un mois plus tard que la moyenne… La moyenne ? Le mot est lâché, j’y reviendrai.

imprimerie ecole J’ai employé un peu plus haut l’image de l’escalier. Je vais y revenir car elle me plaît beaucoup. Je vous rassure tout de suite ce n’est pas moi qui me sers le premier de cette analogie. L’apprentissage pour un enfant, cela ressemble à un escalier, mais pas à un escalier standard. Chacun dessine son propre plan. Pour l’un, le parcours sera irrégulier : des marches de hauteur différente, plus ou moins larges, une pente variable dans le temps selon les individus. D’autres dessineront un escalier beaucoup plus raide à grimper, avec parfois un long palier au bout de trois, cinq ou dix marches. La hauteur de la marche symbolise la phase expérimentale : plus le concept à acquérir est difficile, plus la marche est élevée. La largeur de la marche représente le palier de consolidation. Nombreux sont les enfants qui, après un apprentissage, ont besoin d’une phase de consolidation plus ou moins longue. J’ai réussi ; je recommence ; je sais faire quelque chose ; je le refais une, deux, trois ou cent fois, avant même d’essayer quoi que ce soit d’autre. Les mécanismes en œuvre dans ce cas sont nombreux : besoin de sécurité ou de valorisation entre autres. J’ai franchi une étape ; j’en suis fier ; je fais état de mes nouvelles capacités ; la reconnaissance de ma réussite par mes pairs me fournit l’énergie nécessaire pour lever à nouveau le pied vers la marche suivante… Ne croyez pas que nous autres, adultes, fonctionnons autrement ! La démarche cognitive est différente aussi selon les sujets : certains ont la capacité de fonctionner simplement selon un schéma intellectuel et de valider leurs expériences uniquement sur le plan mental. D’autres ont besoin d’expérimenter avec leurs mains : d’où l’intérêt de la manipulation d’objets pour compter, ou de l’utilisation de l’imprimerie très en vogue autrefois dans les classes « Freinet » pour l’apprentissage de la lecture…

La Ruche  Je peux illustrer l’énoncé précédent par deux exemples au moins montrant la déconnexion entre l’école et la réalité. Un jeune enfant d’origine turque est jugé peu performant en mathématiques alors que lui-même assure fréquemment les courses et aide sa famille à faire certains comptes. Un jour il me rapporte la solution d’un problème qu’il vient de résoudre – pense-t-il – brillamment. Il m’annonce fièrement une consommation hebdomadaire de plusieurs milliers de baguettes de pain par une famille comprenant cinq membres. Je lui demande alors qui se charge de ce genre d’emplettes dans sa famille ; la réponse ne tarde pas : c’est moi ! Combien de baguettes achètes-tu chaque semaine ? Un calcul mental rapide et il me répond : environ quatorze. Je lui demande alors pourquoi il m’annonce un résultat supérieur à trois mille dans son problème… Cela ne te semble pas curieux ? Après quelques échanges, il m’explique avec ses mots à lui, que les deux situations sont très différentes : le problème c’est des mathématiques… Alors ! Autre cas d’un enfant en état de disgrâce dans le monde des mathématiques… Alors qu’il raisonne – semble-t-il – de façon tout à fait illogique, un passage devant l’écran d’ordinateur et quelques séances de programmation en Logo montrent qu’il n’en est rien. Au bout de quelques tentatives, sa « tortue » dessine à l’écran une jolie petite maison constituée par un carré, un triangle et un petit rectangle pour représenter la porte. Ce qui lui plaît, m’explique-t-il les yeux brillants, c’est que lorsqu’il rentre une instruction de déplacement, il voit le résultat concret s’afficher à l’écran… Et puis au moins, « il n’y a pas de gribouillons, le dessin est très net ». En l’écoutant j’ai l’impression de me voir en train d’écrire avec un traitement de texte…

dits de Mathieu Je reviens à mon histoire d’escalier. L’école, se voulant paradis de la transmission des connaissances, se construit sur une utopie : par souci d’optimisation, elle  aimerait que le plan de l’escalier soit le même pour tous… Cela peut marcher avec un troupeau de moutons ; cela n’est guère efficient avec une troupe d’enfants… Trop de facteurs compliquent le cheminement : je n’ai cité dans les paragraphes précédents que les facteurs individuels : il faudrait intégrer aussi la dimension sociale qui intervient de façon certaine dans le processus d’apprentissage. L’enfant qui apprend n’est jamais un être isolé. Il vit dans un schéma relationnel complexe : d’autres enfants, sa famille, son milieu… L’idée d’une école « sanctuaire » au sein de laquelle les enfants ne se consacreraient qu’à l’apprentissage, et feraient place nette dans leur cerveau lorsqu’il franchissent la porte du lieu sacré est une pure vision technocratique. Il faudrait aussi évoquer un autre facteur essentiel qui est celui de la motivation. Freinet proposait à ce sujet une formulation jugée sans doute simpliste par l’école du XXIème siècle : « on ne fait pas boire un cheval qui n’a pas soif ». Cette phrase simple qui figure parmi les idées de base des techniques Freinet mériterait à elle seule une chronique complète (*). L’école, lieu de vie, intégrant des sujets vivants et s’intéressant à leurs préoccupations, à leurs projets… L’école, un environnement propice à la création dans tous les domaines, à l’expérimentation… L’école, un endroit où l’on valorise plutôt que de sélectionner… L’école une maison ouverte où l’on apprend l’entraide, la coopération, les échanges de service… Vous rêvez monsieur ! S’il est un point sur lequel les Sinistres, de Droite comme de Gauche, sont bien d’accord, c’est qu’à l’école on apprend à Lire, à Ecrire et à Compter, après une bonne leçon de morale tous les matins et quelques pauses artistiques au son de la Marseillaise…

Notes : (*) A défaut de chronique, on peut lire et relire à profit, « les invariants pédagogiques » de la Pédagogie Freinet, ou encore « les dits de Mathieu« . La formulation est un peu archaïque pour cette dernière brochure, mais les « fondamentaux » restent toujours valables à mes yeux.

Liens pour prolonger : Quelques exemples concrets de fonctionnement d’une classe Freinet sur le site personnel d’une maîtresse formatrice, Martine Baro – Le site incontournable de l’Institut Coopératif de l’Ecole Moderne (pédagogie Freinet) – Le site de l’AVPI (Vers la Pédagogie Institutionnelle) – N’autre Ecole, revue de la Fédération CNT des Travailleurs de l’Education, avec de nombreux articles pédagogiques intéressants…

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14mars2014

Ça mon coco, c’est un bric à blog pile poil comme il en faut un au mois de mars

Posté par Paul dans la catégorie : Bric à blog.

Rien que de l’agricole ou presque !

C’est le printemps alors on commence par parler jardin, agriculture, écologie et petits oiseaux.

bio Quand l’INRA parle de l’agriculture biologique, il y a de quoi être sceptique, vus certains antécédents de cet organisme et notamment son penchant marqué pour l’agriculture intensive. La lecture d’un document récent publié par des « chercheurs » de l’Institut ne peut que renforcer ces craintes. Il y a de quoi avoir froid dans le dos quand on apprend que les signataires de cette étude sont soi-disant des « scientifiques ». Le contenu de cette publication met en doute l’intérêt même de l’agriculture biologique,  dénonce son absence de rendement, et préconise l’usage de certains pesticides par les agriculteurs bio. Les conditions dans lesquelles ce travail a été réalisé ont provoqué une véritable tempête au sein de la vénérable institution car elle abrite, par chance, un certain nombre de gens plus sérieux supportant mal d’être associés de façon plus ou moins indirecte à un document de ce genre. Une centaine de chercheurs ont signé une lettre de protestation mettant en doute la qualité de ce travail. On peut lire à ce sujet un excellent reportage sur le site Reporterre. L’article contient une copie de la lettre adressée par les contestataires à leur direction.

Tractors_in_Potato_FieldDe l’Insa à la FNSEA et à son lobbying de défense de l’agro-industrie, il n’y a qu’un pas à franchir. Ce gouvernement, tout comme le précédent, est de toute évidence aux ordres de la FNSEA, ce syndicat majoritaire dans le monde agricole qui défend principalement les intérêts des grosses exploitations, en particulier des céréaliers. Les écologistes se sont réjouis trop vite de leur première victoire contre le projet délirant de la ferme des Mille Vaches dans la Somme. Le Tribunal Administratif d’Amiens vient de donner tort aux opposants à la construction de cette usine géante pour animaux. Ils réclamaient la suspension des travaux en raison de vices de forme importants dans le montage du projet. Le T.A. n’a pas exprimé d’avis sur le permis de construire en lui-même, mais a refusé l’interruption du chantier réclamée par une centaine de riverains, la Confédération Paysanne et plusieurs organisations écologiques. L’avenir de l’agriculture est là ; le gouvernement en est bien convaincu ; il n’y a qu’à lire les communiqués qui ont suivi les Etats Généraux de l’Agriculture en février. Rappelons, pour montrer quels intérêts défend la FNSEA,  que son président, Xavier Beulin, est aussi patron de Sofiproteol (géant industriel pesant plus de 7 milliards d’euro dans la balance). On imagine tout à fait ces « pauvres paysans » défendant les exploitations familiales ou l’agriculture de montagne. En matière électorale le PS n’a pourtant rien à gagner en soutenant une structure ultra-réactionnaire, important bailleur de fonds des campagnes de l’UMP. Mieux vaut en rire qu’en pleurer. Encore une fois, l’étude publiée par le site Reporterre, vous apportera toutes les informations nécessaires à une bonne compréhension du dossier. L’avenir agricole, pour ces beaux messieurs, ce sont des exploitations de plusieurs milliers d’hectares, des pesticides à gogo, des OGM à perte de vue, de l’irrigation jusqu’à plus soif… Tout cela financé par le portefeuille des contribuables.

secheresse Yunan 2013 Dans un billet récent publié sur « Planète sans visa », Fabrice Nicolino attire l’attention de ses lecteurs sur la situation écologique catastrophique dans laquelle se trouve la Chine. Nous ne découvrons dans nos médias que des études à la gloire de l’économie chinoise et de sa progression spectaculaire au cours des deux dernières décennies. Les rayons de nos magasins sont remplis de produits manufacturés en Chine… Tout cela a un coût : humain en premier lieu quand on sait quelles sont les conditions de travail dans les grosses unités industrielles de ce pays, mais aussi écologique. Le gaspillage des ressources énergétiques et des matières premières est considérable. L’absence de dispositifs permettant de contrôler un tant soit peu les rejets polluants dans l’air, l’eau et la terre, a pour conséquence une grave pollution d’une grande partie du territoire chinois. Le pillage des ressources en eau, par exemple, est tel que de graves problèmes d’approvisionnement se posent pour les décennies à venir. La Chine envisage de plus en plus sérieusement de récupérer l’eau des hauts plateaux tibétains, au détriment de l’Inde voisine. Ce choix désastreux pour l’écologie de la région dans son ensemble constituerait un casus belli quasiment certain avec le puissant voisin. Il n’est pas question de contrarier le gouvernement chinois et les médias occidentaux limitent leurs critiques. Il ne faudrait pas s’aliéner un client de choix pour nos merveilles technologiques et nos produits de luxe. Au cas où les Chinois souhaiteraient aligner leur consommation moyenne de viande sur celle des citoyens américains, à savoir 125 kg par an, par habitant, existe-t-il seulement un moyen de répondre à la demande ?

ecoruralis Une mauvaise solution pour essayer de nourrir tout ce monde ? Aller chercher des terres fertiles là où il y en a, et surtout là où elles ne sont pas chères. Il s’agit là d’une démarche que le gouvernement chinois a adoptée il y a pas mal d’années. La Chine achète ou loue pour des sommes dérisoires d’immenses espaces agricoles en Afrique ou en Amérique du Sud par exemple. Mais ce pays n’est pas le seul à procéder de cette manière. Il n’y a pas besoin de voyager très loin pour observer ce genre de phénomène. Depuis quelques années, en Europe, les pays de l’Ouest, France et Allemagne en tête, convoitent les terres agricoles des pays de l’ancien bloc de l’Est. Les terres roumaines, fertiles et peu onéreuses, sont particulièrement convoitées. Les gros propriétaires de ce pays trouvent là un moyen de faire de l’argent facilement, avec, comme il se doit, la bénédiction de leur gouvernement. La corruption est si répandue en Roumanie qu’il est extrêmement difficile de contrôler les transactions immobilières qui ont eu lieu ces dernières années. Selon l’ONG EcoRuralis, l’une des rares organisations écologistes à s’intéresser à la question, plus de 700 000 hectares de terre, en Roumanie, sont déjà aux mains d’investisseurs étrangers. Cela représente 7 à 8% des terres arables du pays. Le même processus s’applique également aux forêts qui sont achetées et/ou exploitées par des entreprises étrangères. Depuis quelques années le bois d’œuvre utilisé sur le marché français par les fabricants de menuiserie provient de Pologne, d’Ukraine, de Roumanie… Coupes à blanc, déforestation sauvage, saccage des paysages sont monnaie courante. Le site Bastamag a publié une très bonne étude sur ce sujet et je vous en recommande la lecture. Les pratiques désastreuses évoquées ci-dessus sont, comme il se doit, vivement encouragées par la Commission Européenne…

permaculture design Bon, on ne va pas rester dans les sujets qui fâchent et je vais essayer de vous proposer quelques liens sympas et un peu plus positifs ! Cela fait deux années que nous nous intéressons à la permaculture, sans toutefois la mettre vraiment en pratique. Nous ferons sans doute cette année nos premiers pas. Certains concepts sous-jacents à cette technique agricole nous semblent intéressants. D’autres nous emballent moins. Aucune méthode n’est vraiment transposable de façon universelle, mais les idées nouvelles méritent d’être expérimentées. Si vous êtes novices en la matière ou si la question vous intéresse, sachez que l’on trouve sur la Toile une documentation abondante et variée, notamment des vidéos. Le site « permaculturedesign » me paraît particulièrement riche en propositions et offre de nombreuses vidéos assez convaincantes. Je pense que c’est l’un des incontournables dans le domaine. Parmi les expériences passionnantes à connaître, il y a aussi le « jardin des fraternités ouvrières » en Belgique, présenté en détail dans cette vidéo.  Sur un terrain de 1800 m2 cohabitent 2050 variétés d’arbres et 5000 variétés de plantes comestibles. On ne peut pas accuser les propriétaires de ce jardin idyllique de gaspiller de la place… Trente-cinq années de culture sans aucun apport extérieur d’amendements. Quant au taux d’humus du sol, il ferait tomber dans les pommes les « experts » de l’INRA cités dans le premier paragraphe de cette chronique ! Autre excursion intéressante possible sur un site portant le nom évocateur de « Prise de Terre, du courant alternatif pour le jardin« . Vous y trouverez des conseils, des informations sur les stages auxquels il est possible de participer et de magnifiques photos de réalisations aussi diverses que des bâtiments en écoconstruction ou des massifs de plantes médicinales aux formes harmonieuses. La permaculture est une approche globale de la relation entre l’homme et la nature, celle-ci étant envisagée de la manière la plus harmonieuse possible. Une revue s’intéresse de près à la permaculture ; il s’agit de « Passerelle Eco » (voir site web).
Si les quelques liens fournis dans ce paragraphe ne suffisent pas à satisfaire votre curiosité, il ne vous reste plus qu’à faire un tour sur le site de l’Université Populaire de Permaculture : vous trouverez sûrement une réponse aux questions que vous vous posez. Nous, pour l’instant, nous n’en sommes qu’à appliquer le B.A.BA dans quelques secteurs de notre espace de verdure.

incroyables comestibles france_bretagne_rennes On termine avec la sympathique aventure des « incroyables comestibles » avec le site français des protagonistes de cette expérience. Petit rappel : cette histoire des « incroyables comestibles » a débuté en Grande Bretagne dans la ville de Todmorden.  Le principe est simple : il s’agit de mettre en place une économie vertueuse, incitant les habitants d’un quartier ou d’un village à produire et à consommer localement. Chacun tente de mettre en culture les espaces les plus inattendus et d’offrir le fruit de son travail sous forme de don ou de troc. On partage tout ou partie de ce que l’on produit. Pas d’argent dans cette transaction vertueuse. Une utopie ? Sans doute ! Mais une utopie qui fonctionne. De grandes idées et des petits pas peuvent permettre de changer la vie d’une communauté comme l’indique un panneau explicatif affiché dans une ville. A Todmorden les espaces cultivés sont nombreux : chacun peut se servir librement et gratuitement de légumes et de fruits. Chose curieuse, la mise en place de ces pratiques a réduit considérablement le nombre d’actes de vandalisme ayant lieu sur la commune. Transformer les villes en potagers gratuits… voilà une agréable façon de terminer cette chronique sur une note optimiste ! La Feuille Charbinoise, le blog qui ménage le moral de ses lecteurs·trices…

Zut j’ai oublié les petits oiseaux ! Vite un lien !

Origine des illustrations – photo n°1 : blog SOS Crise – photo n°2 : Wikipedia Commons – photo n°3 : Chine informations (Des enfants jouent dans un étang asséché dans le village de Duomaga de la ville de Kunming, capitale de la province du Yunnan, le 26 mars 2013) – photo n°4 : site de l’ONG Eco ruralis Roumanie – photo n°5 : http://www.permacultureglobal.com – photo n°6 : incroyables comestibles France – photo n°7 : photo bucolique à souhait… cheu nous.

notre verdure

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7mars2014

De l’importance sociale de bien cuisiner et de bien manger

Posté par Paul dans la catégorie : le verre et la casserole.

Chronique épicurienne…

courgettes-farcies Préoccupation ô combien importante – nous nous en rendons compte au quotidien – que la défense du « bien manger ». C’est étrange d’imaginer qu’une cause comme celle-ci, que l’on aurait pu qualifier de bourgeoise ou de futile, il y a une quarantaine d’années, devienne un réel sujet de préoccupation maintenant. Ce ne sont point tellement les arguments « santé » (indéniables) qui m’intéressent en traitant ce sujet mais sa dimension sociale et ethnologique, une réflexion sur la place de l’alimentation dans la vie quotidienne en quelque sorte. J’ai toujours eu plaisir à cuisiner et à partager le résultat de mon travail sans me poser de questions sur cette attitude. Le déclic qui m’a poussé à rédiger ce billet, c’est le discours tenu par une paysanne éthiopienne, entendu dans un documentaire sur ARTE, « Cuisine des Terroirs ». Cette femme m’a interpellé car elle fournissait une réponse que je trouvais admirable à une question que je ne m’étais pas encore vraiment posée. Je retranscris cette phrase, entendue au cours de cette émission, par ailleurs plutôt intéressante : « Un plat bien préparé est pareil au rire qui égaie une personne en colère. » Je trouve que l’on pourrait en tirer un proverbe, tant cette phrase est chargée de sens. Surtout quand on entend ces paroles non pas dans la bouche d’un théoricien officiel de la gastronomie comme Brillat-Savarin, ou dans celle d’un animateur de ce genre d’émission culinaire au rabais dont la télévision nous inonde. Non. Cette réflexion hautement philosophique est formulée par une paysanne d’Ethiopie occupée à préparer un mélange d’épices pour la cuisine familiale,  sur un feu de bois à même le sol de sa hutte. Petite remarque en passant : on est loin des cuisines intégrées à quelques dizaines de milliers d’euro qui font la fierté de certains de nos concitoyens… Que de raffinement dans les gestes mais aussi dans les idées qu’elle énonce par ailleurs, au sujet de sa vie quotidienne ! Elle apporte un soin particulier à la préparation des plats, même lorsqu’il s’agit de cette cuisine quotidienne qui insupporte à beaucoup et se voit bien trop souvent remplacée par une pizza surgelée ou un hamburger aux saveurs standardisées. Cet exemple a de la valeur à mes yeux car il montre que le bien manger et le généreusement partagé ne sont pas forcément liés à une quelconque richesse matérielle. J’aurais même tendance à dire, de façon un peu caricaturale peut-être, qu’ils sont inversement proportionnels !

jardiniere-de-printemps Revenons à notre modeste demeure, quelque part en France, entre Alpes et Jura, dans une campagne en voie d’urbanisation accélérée, pour essayer d’explorer quelques pistes de réflexion. Est-ce la gourmandise, par exemple, qui est le seul moteur du plaisir que l’on ressent à cuisiner ? Peut-être pour certains, mais c’est rarement mon cas. Je suis gourmand des plats préparés par les autres, mais pas tellement de ma propre cuisine. Lorsque l’on prépare un plat, il n’y a guère de surprise au moment de le servir. Par ailleurs, je ne réalise pas forcément en priorité mes plats préférés ; je tiens compte plutôt, en choisissant mes recettes, des approvisionnements disponibles, des goûts de mes invités, et d’un minimum de règles diététiques (*). Or les plats que je préfère ne sont pas forcément des merveilles en matière d’équilibre alimentaire et d’apport de calories. Si je m’accorde la possibilité de satisfaire mes propres caprices, les conséquences risquent d’être catastrophiques pour mon embonpoint. Non pas que je vise la ligne « mannequin » – je ne me suis jamais senti concerné par cette question – mais parce que je sais pertinemment qu’au delà d’un certain nombre d’excès, la prise de poids constitue une gène dans l’accomplissement des activités que l’on a envie de pratiquer. Un compromis subtil avec mes organes vieillissants m’amène donc à surveiller un peu la ligne rouge des doses à ne pas franchir ; d’autant que la période où l’on a le plus de temps pour cuisiner, l’hiver, est aussi celle où l’on a le moins d’activités physiques pour éliminer… Je ne bûcheronne pas tous les jours ! Donc ce n’est pas trop la gourmandise qui sert de moteur à ma démarche culinaire, mais plutôt le plaisir de bien recevoir, et celui – non négligeable – d’être complimenté et de voir les gens satisfaits autour de moi. Une question d’ego dirait ma grand-mère psychologue.

grande-tablee Nous recevons de nombreux voyageurs à la maison, selon diverses formules (Help’x, Couch’Surfing, BeWelcome) dont je vous ai déjà parlé. L’un des intérêts de cette activité d’hébergement, pour nous, est de rencontrer des gens issus de cultures et de milieux sociaux très divers. L’un des points communs des commentaires que font nos invités de quelques jours ou quelques semaines sur leur site de référence, c’est qu’ils ont bien mangé et qu’ils ont trouvé les repas particulièrement conviviaux. « Convivial », le mot est lâché… autre piste de réflexion. Il s’agit là d’une dimension de l’acte de manger dont nous nous préoccupons de plus en plus : l’importance du moment passé à partager un plat, à discuter (pas forcément de cuisine) et à entendre les histoires des uns et des autres. Il n’y a pas forcément besoin de temps à rallonge pour tout cela… Nous ne sommes pas des adeptes de la station prolongée à table, mais cela n’empêche pas les 20 ou 30 minutes que nous passons ensemble, que ce soit en couple, en famille ou avec des amis, de ressembler à autre chose qu’une soupe à la grimaces ou à une charge de cavalerie. Nous avons pu constater, avec certains de nos visiteurs étrangers, que ce moment essentiel du repas partagé tend à disparaître de plus en plus dans beaucoup de pays. Il y a certes des réfractaires à cet irrésistible et dévastateur courant de modernisme, mais ils ne sont qu’une minorité, un îlot de résistance face à la colère de l’océan… Beaucoup de voyageurs venant des Etats-Unis par exemple sont favorablement impressionnés par ce rituel visiblement de moins en moins pratiqué dans leurs contrées d’origine. Il ne s’agit pas là de faire étalage d’une quelconque « vertu française » : je ne doute pas que ce processus gagne rapidement notre beau pays, malgré les solides références gastronomiques  dont nous nous targuons. Le mode de vie urbain, les conditions de travail, les temps de déplacement, l’importance démesurée prise par les temps de loisirs organisés y sont pour beaucoup mais pas seulement. Ce changement s’insère dans un vaste mouvement de repli sur soi, de désocialisation… Chaque minute gagnée semble compter dans une journée et le cycle « réfrigérateur – micro-ondes – téléviseur – plat tout-prêt » a sans doute de beaux jours devant lui. Renseignement fourni par les statistiques, la France est d’ailleurs le pays d’Europe où l’on trouve le plus grand nombre de fast-food par habitant. Le repas dominical résiste encore un peu, mais pour combien de temps ?

tomate-coeur-de-boeuf Je voudrais aussi clarifier ce que j’entends par « bien cuisiner », histoire d’éliminer d’office tout malentendu économique (**)… Mon point de vue actuel est en effet quelque peu divergent de celui de gens que l’on entend s’exprimer dans les médias : animateurs bêtifiants s’exhibant dans ces émissions de « cuisine-réalité » qui pullulent sur nos écrans, ou  bon nombre de chefs étoilés qui s’extasient sur la richesse de notre gastronomie. Ces braves gens s’intéressant à l’aspect prestigieux des ingrédients, à la complexité de leur préparation, à l’importance de la décoration… Ce n’est guère mon cas… Aliments prestigieux ? Nous n’en utilisons guère à la maison pour des raisons essentiellement financières et parfois idéologiques. Nous nous intéressons plus à la qualité et à la saveur des aliments basiques que nous achetons ou que nous produisons (légumes, céréales, viande, épices…).  Complexité de la préparation ? Je n’ai jamais appris la cuisine et je ne maitrise aucune technique sophistiquée. Je n’ai par ailleurs qu’une patience limitée, et la décoration au pochoir me fatigue vite (comme la broderie). Je ne suis pas un fanatique de l’assiette « œuvre d’art » richement enluminée par l’apport de substances inédites ou méconnues. Celles ci sont généralement employées en quantité tellement réduite qu’il est impossible d’en percevoir le goût… Je préfère le bon vieux plat que l’on pose au centre de la tablée et que l’on partage en fonction de l’appétit de chacun. Cela ne veut pas dire que je ne sois pas sensible à l’esthétique et aux assemblages de couleurs… Je n’en fais simplement pas une priorité. Lorsque je prépare une salade par exemple, je trouve important de veiller à un bel équilibre des coloris dans l’assiette. Pratique liée à une tradition familiale sans doute, j’accorde aussi une grande importance à la cuisine des restes. Nous avons horreur du gaspillage et la part des aliments jetés, chez nous, n’atteint certainement pas la moyenne habituellement signalée chez les consommateurs « bien nourris ».

partager Nous ne sommes plus à l’aube du XXème siècle où, dans les livres de cuisine les plus renommés, on incitait la ménagère à utiliser les produits de base les plus insipides : farine la plus blanche possible, sucre blanc de betterave… L’art du cuisinier était alors de montrer son savoir faire en donnant du goût à des matières premières qui n’en avaient presque plus. C’est drôle d’ailleurs car cela ouvrait la porte aux excès de l’industrie agro-alimentaire qui ont suivi et qui s’amplifient de jour en jour. La réussite gustative d’une sauce béchamel repose tout simplement sur l’emploi d’une farine goûteuse, de beurre de qualité et d’un lait de ferme entier… C’est dans cette direction que nous cherchons : nous essayons de nous approvisionner en tenant compte, en plus, du respect des saisons et des conditions de culture, mais sans en faire une religion non plus. Un produit issu de la « bio » intensive n’est pas meilleur qu’un autre issu d’une exploitation classique du même genre. L’étiquette « issu de l’agriculture biologique » a un sens restreint ; au palais, aux yeux et au sens olfactif de faire le reste du travail. Pour trouver des produits de qualité, cela demande un peu de temps, effectivement (surtout si l’on n’est pas indifférent à la dépense – ce qui est notre cas) car cela nécessite souvent de varier les sources d’approvisionnement et de renoncer au sacro-saint « chariot » à l’hypermarché (***). Nous produisons autant que nous pouvons les légumes et les fruits, mais pas pendant toute l’année. Nous ne récoltons pas de céréales et n’élevons pas d’animaux. Il faut donc acheter. C’est pour la viande que c’est le plus difficile et surtout le plus onéreux. Nous avons été habitués trop longtemps à consommer de la viande industrielle de qualité pitoyable et à un coût relativement bas. Notre alimentation ne repose pas sur la viande comme je l’ai expliqué par ailleurs, mais nous ne sommes pas végétariens non plus. Il suffit, pour rétablir l’équilibre, de redonner à la viande la place qui est la sienne dans les sociétés traditionnelles (réservée aux jours de fête) ou de l’utiliser parcimonieusement à l’inverse de ce qui se passe dans la restauration traditionnelle. Nous avons réduit la quantité de viande consommée et nous l’achetons, le plus possible, dans des fermes bios ou dans des lieux où nous pouvons « tracer » de façon sérieuse l’origine des animaux. Le fait d’habiter à la campagne constitue un atout indéniable pour mettre en œuvre tous ces choix.

savoir-faire Cela revient-il cher de manger comme il faut ? Non si l’on rééquilibre ses repas et que l’on prend le temps de cuisiner… Il ne faut pas croire que le « tout prêt » soit économique… Il suffit pour cela d’observer les tarifs pratiqués dans un catalogue de plats surgelés : comparez le prix d’un plat de « tagliatelles aux champignons » à ce que cela vous aurait coûté de le préparer… Même si vos tagliatelles sont bio, fabriquées artisanalement, et que vous avez acheté vos champignons en quantité parcimonieuse au marché, votre coût de production sera inférieur. En n’achetant plus certains produits ou en réduisant leur consommation, en évitant certains comportements trop empreints de snobisme (c’est l’un des reproches que je fais à l’association « slowfood » par exemple), en recherchant le plus possible un approvisionnement direct auprès de producteurs locaux, vous pouvez éviter un glissement budgétaire fatal à l’équilibre de vos comptes. Certains produits – la viande de porc ou la charcuterie par exemple – sont beaucoup plus chers lorsqu’ils sont issus de l’agriculture bio que des élevages industriels. Il n’y a pas photo, c’est évident. Si vous êtes végétarien ce problème vous indiffère. Si ce n’est pas le cas vous risquez la crise d’apoplexie. J’ai vu récemment du jambon issu d’un élevage de porc noir, race traditionnelle du Sud-Ouest, vendu à 88 euro le kilo. Si ce prix de revient est justifié, peut-être l’éleveur devrait-il se poser quelques questions sur le marché potentiel qui s’ouvre à lui pour écouler sa production ! Il s’agit là d’un cas extrême et d’autres agriculteurs proposent des lots de viande à des prix beaucoup plus raisonnables. Là aussi, il faut peut-être changer l’organisation des approvisionnements, se grouper, partager… Les pistes sont nombreuses et l’intérêt grandissant pour les AMAP le montre bien. Une étude récente a montré que la majorité des consommateurs de produits « bio » n’étaient pas particulièrement fortunés.

J’espère ne pas avoir trop énervé ceux qui passent leur temps à courir et qui estiment ne plus avoir un temps de vie suffisant pour cuisiner et partager. Je leur souhaite simplement de pouvoir le faire de temps à autre… J’ai été confronté moi aussi à ce genre de problème. Pour l’heure, je me vois contraint à interrompre cette longue dissertation : il est temps que j’aille arroser mes salades. Sous serre, la température grimpe vite ces derniers jours grâce au soleil enfin présent, et les végétaux piaffent d’impatience ! Il faut aussi que je me mette aux casseroles. Pendant que je vais aller jardiner, mon « bœuf cuillère » va mijoter délicatement à feu très doux ; il n’en sera que meilleur.

Notes postliminaires et éventuellement importantes
(*) Proposition ajoutée pour faire plaisir à mon médecin, au cas, peu probable, où il lirait ces quelques lignes.
(**) Dans la mouvance post-soixante-huitarde qui a bercé ma jeunesse, la nourriture était quelque chose de parfaitement trivial, de ridiculement bourgeois. La mode était plutôt au sandwich mangé à la va-vite, accompagné d’une bière dégueulasse, le rêve étant d’accomplir cet acte insignifiant, assis au sommet d’une barricade, le regard vengeur tourné, non pas vers la ligne bleue des Vosges mais celle des uniformes…
(***) Dans ces magasins merveilleux, l’ère de l’économie est bien révolue. Comparez les prix pratiqués sur les produits frais avec ceux qu’affichent les commerçants de votre marché local. C’est édifiant.

7 

28février2014

La chronique débile dont vous êtes le héros

Posté par Paul dans la catégorie : Delirium tremens; les histoires d'Oncle Paul.

monstre 1 1 – Panne d’inspiration devant la feuille blanche qui s’installe à l’écran ? Pas vraiment… L’envie simplement d’échapper au calibrage des chroniques habituelles : c’est parti, on verra où ça ira. Plus que d »une ceinture, vous avez besoin d’un parachute, au cas où, pour quitter l’habitacle. Un thème ? Non, pas de thème. Pas de méchants qui gagnent et de bons qui perdent comme c’est trop souvent le cas dans les histoires que je vous (me ?) raconte. Pas de coup d’œil inquiet dans le rétroviseur de l’histoire, de crachat dans la soupe politicienne ou de prophétie trop évidente à professer. Grimace devant la glace pour changer en sourire forcé, l’effroi que j’ai ressenti, il y a quelques jours encore, en voyant, ces regards vides d’espérance, ces dos voutés, ces démarches incertaines, tout cela quelque part dans un espace de tristesse publique. Mon histoire échappe au cadre habituel d’un exposé un tant soit peu rigoureux, avec une petite phrase un peu légère par ci par là pour détendre l’atmosphère. Pas de carcan stylistique, de sensibilité à ménager, de conventions à respecter. Ma chronique va sortir de ces sentiers que mes chaussures ont tracés dans la terre boueuse du jardin. Pas de thème, pas de règles, pas de carcan ; j’insiste. Les chroniques, ces mots mis côte à côte pour des raisons si complexes que l’on se noie quand on les cherche – les chroniques disais-je, ont bien le droit elles aussi de n’avoir un jour ni Dieu ni Maître et surtout pas de programme commun de gouvernement.

musique maestro 2 – Ecrire des histoires comme on aligne des notes sur une partition, avec des altérations, des silences, des rythmes aléatoires guidés par le rebond et la sonorité des mots ; puis de temps à autre, fin d’un phrasé musical, double barre pointée, on reprend le début du morceau, le temps que l’auditeur puisse intégrer la mélodie, et la fredonner en accompagnement. Imaginez qu’à ce point de mon histoire sans queue, sans tête, mais d’une certaine longueur déjà, je vous mette ce fameux signe musical, ce code informatique qui faisait boucler sans fin nos balbutiements de programme. Les musiciens, peut-être plus astucieux que leurs compères informaticiens ont trouvé la parade pour empêcher l’interprète de revenir sans arrêt à la ligne de départ : on revient au paragraphe premier, mais quand on l’a relu une seconde fois, on est dispensé de la corvée numéro 2 et l’on peut se précipiter tête baissée dans les pièges du paragraphe qui vient en troisième. Encore faut-il, bien sûr, que la ligne musicale du texte soit suffisamment mélodique, mais cela, l’auteur ne peut en juger. Le public est roi. Peut-être cela fonctionne-t-il sur ce texte, et l’on pourrait alors considérer le premier paragraphe comme un refrain. Le second paragraphe étant une sorte de mode d’emploi, il est parfaitement inutile de le relire jusqu’à plus soif. Quittons donc le mode mineur et ses notes interrogatives, et abordons, avec de multiples interrogations, la clé de fa du paragraphe 3.

pleine lune musicale  3 – Les chroniques ont le droit – aussi – de vouloir être approchées comme les partitions d’une sonate. Pourquoi sonate, et non concerto ou symphonie ? Tout simplement parce qu’elles ne concernent que deux mains et que leur gestation n’est l’œuvre que d’un seul auteur plus ou moins inspiré. Point d’orchestre pour interpréter une quelconque marche militaire ou un discours d’investiture. Juste quelques notes pour une mélodie champêtre, interprétées par l’instrument de votre choix  (ou presque) : l’accordéon fait danser et ne convient guère aux sonates que l’on écoute l’air grave et que l’on apprécie au rythme de petits claquements discrets de la langue contre le palais. Le cor de chasse n’est pas à sa place non plus ; sa puissance décomplexée pourrait bien attirer à la fenêtre un quelconque cervidé, plus à sa place – vous en conviendrez – dans une chênaie profonde que dans l’étroiture d’un blog. Je crois qu’il faut se résoudre à entendre une flûte traversière ou un haut-bois, un piano, un clavecin ou – entorse aux règles que se donnent les musiciens classiques – une harpe celtique au son si harmonieux…

livre dont vous 4 – Croyant se mouvoir dans un labyrinthe aux issues balisées, le lecteur est en droit, lorsqu’il aborde le paragraphe quatrième, de se demander comment le compositeur va négocier une sortie honorable et éviter les couacs disharmonieux qui sont le lot commun des séances de déchiffrage. Il est encore temps, puisque le morceau n’est point trop long, ni totalement écrit, de se livrer à une nouvelle pirouette. La plus simple  serait de renvoyer le lecteur-jongleur aux premiers mots du paragraphe 3. L’alibi ne serait plus alors la volonté d’aider la mémoire à enregistrer une quelconque mélodie ou à choisir un refrain, mais simplement de permettre à l’aligneur de mots de trouver comment se sortir d’une situation de création littéraire indéfinie qui pourrait lui occasionner quelques maux de têtes rédhibitoires. Il existe bien sûr une solution de facilité à laquelle recourt l’informaticien lorsqu’il se lance dans la littérature. Cela donne – je pense que vous connaissez le concept – un « Livre dont vous êtes le héros ». En ce qui concerne la présente situation, je crée un paragraphe numéro 5 qui se résume à une simple phrase « erreur de choix – votre lecture est terminée ». Il ne me reste plus qu’à trouver un schéma de lecture, d’une logique imparable, qui amène systématiquement le lecteur au paragraphe 5. Histoire de pimenter un peu le parcours, comme le font si bien les écrivains adeptes de cette technique littéraire, je peux ajouter aussi un paragraphe 6, avec une issue plus souriante, et introduire subtilement dans ce paragraphe-ci un choix cornélien : « rendez-vous à la case 3 si vous choisissez de vous reposer plutôt que d’affronter le crocodile géant habillé d’une armure à plaques » ou « affrontez courageusement le monstre que l’auteur du texte a placé habilement et sans trop savoir pourquoi en travers de votre chemin. Dans ce cas, le paragraphe 6 de la sonate, l’Allegro, vous attend de pied ferme. »

5 – Vous avez eu tort de choisir la fainéantise et la lâcheté. Cela fait belle lurette que votre sœur Anne a renoncé à tricoter en vous attendant. La chronique se termine là. Si vous êtes beau joueur, vous ne lisez ni le 7 ni le 28.

crocodile 6 – Le crocodile rentre dans la pièce ; il se jette sur la pianiste et n’en fait qu’une bouchée. Par respect pour ses congénères, il ne laisse trainer que le sac à main négligemment posé au sol. Il se tourne alors dans votre direction, ami lecteur, et se demande si le dessert qu’il a choisi va être à la hauteur du repas qu’il vient d’engloutir. Inutile de préciser que vous êtes nu comme un ver (enfin presque, parce que je souhaite que « La Feuille » reste accessible aux moins de 18 ans), sans la moindre arme sous la main, et que toutes les issues sont bouchées. La seule échappatoire qui vous reste est l’éloquence… Tentez de convaincre le crocodile que vous ne valez pas une messe ou une mousse au chocolat. Si vous manquez d’imagination, pensez aux hommes politiques qui savent toujours se tirer des situations délicates grâce à une pirouette.

ecoliere 7 – A part la logique inébranlable ou la conscience professionnelle, attributs fréquemment rencontrés dans le monde de la lecture, nul ne sait quel cheminement hasardeux vous a permis de glisser jusqu’à ce paragraphe puisque vous auriez dû périr dans d’affreux tourments de conscience au numéro 5, ou d’atroces douleurs physiques au numéro 6 (on se doute bien que de finir en biscuit apéritif entre les mâchoires d’un sac à main encore vivant n’a rien d’agréable). Mais admettons que Dame Nature ait autorisé votre survie. Je vous rassure tout de suite : l’écriture de « romans dont vous êtes le héros » est un peu passée de mode. On préfère maintenant le manga japonais qui se lit plus simplement de la fin jusqu’au début, en attendant qu’un quelconque bug sur une tablette de lecture ne vous oblige à lire Balzac ou Claudel de façon totalement aléatoire, en fonction des choix hystériques d’un processeur complètement déboussolé. Ce dernier procédé peut fonctionner avec cette chronique rebelle, mais la méthode manga est vraiment catastrophique. En plus vous courez à la déception car, à aucun moment de l’histoire, n’apparait l’écolière en jupe plissée qui va essayer de vous attirer à sa suite dans le labyrinthe des rues de Tokyo.

fire-alarm 28 – Le 7 étant un chiffre qui possède une consonance biblique, vous comprendrez que je n’arrête point là mes divagations. « Et le septième jour, satisfait de son travail, le créateur se mit à divaguer et à corriger d’un coup de pinceau rageur quelques unes de ses réalisations les plus pittoresques… » Non ça ne convient pas du tout ! Autant choisir 28 qui représente la somme du travail effectué les 7 premiers jours et justifie pleinement un repos sans cesse décalé le huitième jour. Vous me suivez ? Non pas vraiment ? C’était bien la peine d’aller perturber la sieste du crocodile et de l’empêcher d’écouter jusqu’au bout sa sonate préférée, celle qui se joue « au clair de lune ». Vingt-huit sera donc le mot de la fin d’une histoire qui n’a rien de bissextile. Il est temps de déclencher l’alarme incendie !

Post production et effets spéciaux : vous ne croyez pas que vous auriez mieux fait de lire une autre des six cent et quelques chroniques publiées sur ce blog plutôt que celle-ci ? Enfin, si vous l’avez lue pendant votre temps de travail, c’est moins grave…

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