15septembre2014

Rêvons un peu d’espaces lointains difficiles à atteindre

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Le clairon de l'utopie.

« Aucune carte du monde n’est digne d’un regard si le pays d’Utopie n’y figure pas. »

vers l'horizon Je souscris volontiers à cette proposition, sans la revendiquer puisqu’elle a déjà un lien de paternité étroit avec l’écrivain anglais Oscar Wilde. J’approuve également la phrase moins célèbre qui vient compléter cette idée : « Le progrès n’est que l’accomplissement des utopies ». Non que toutes les utopies que j’ai pu découvrir dans la littérature m’aient franchement enthousiasmé, mais parce que le terme « utopie » est trop souvent utilisé avec une connotation négative, soit par ceux qui ont eux-mêmes édicté les règles du jeu en cours, soit par ceux-là mêmes qui voudraient les renverser, mais qui ne cessent de dénoncer « les utopistes irresponsables ». Une proposition de transformation radicale de la société paraît toujours utopique au moment où elle s’ébauche ; à peine est-elle énoncée que ceux qui craignent le plus ses conséquences se hâtent de la ranger dans le placard des chimères. Vous rêviez du communisme ? Voyez ce que cette idée a donné en Chine ou en Russie ! Mieux vaut vous atteler à des projets plus raisonnables : une vie meilleure est à portée de livret d’épargne, de clé à mollette ou de baïonnette suivant les époques et la situation géopolitique. Voilà le discours de « l’être raisonnable », face à l’idéaliste qui cherche à atteindre des espaces apparemment inaccessibles même en se dressant sur la pointe des pieds. Et pourtant ce sont ces idées-là qui font rêver et qui sont aussi, à mon avis, moteurs du changement social. Surtout quand ceux qui les conçoivent ont les pieds dans la boue ou les mains dans le cambouis…

derriere-les-barreaux Ce qui est surprenant en fait, c’est qu’il ne faut que peu de choses pour qu’une base solidement établie ne se renverse, pour que folie ne devienne raison, pour que les barreaux des prisons ne s’entrouvrent. La colère populaire est souvent imprévisible. Maintes fois, au cours de l’histoire de l’humanité, une brèche s’est ouverte, un brèche laissant espérer des horizons nouveaux… Le drame c’est que fréquemment aussi, une fois le brasier éteint, une nouvelle tenture est venue masquer le ciel et l’horizon, une draperie parfois plus lourde que l’ancienne, plus opaque, plus cruelle pour ceux qui ont tenté à nouveau de la déchirer avec leurs ongles. L’être humain a la capacité de se libérer ; il n’a pas celle d’empêcher ses semblables de construire une nouvelle geôle. Les milliers d’années, à la fois si longues et si brèves qui se sont écoulées depuis les débuts de l’Histoire (avec un grand H) ont démontré que nous ne savions que passer d’une dépendance à une autre, et non point devenir autonomes. Certes, la loi des séries a son importance, mais rien n’est inéluctable. Il faut trouver le grain de sable qui viendra enrayer la machine. Trouver de nouvelles issues : avoir une autre destinée que chasser un oppresseur pour implorer un autre de venir prendre sa place ; une autre éthique que celle qui consiste à briser un tabou pour en construire un autre immédiatement derrière ; se convaincre qu’on n’a pas besoin d’un Guévara, d’un Chavez, d’un Castro ou même d’un Mélenchon pour rêver à de nouveaux horizons (je fais pas mal d’emprunts à la liste des leaders Sud-Américains car ils ont été nombreux, depuis quelques décennies, à alimenter le panthéon des révolutionnaires romantiques !). Rares sont ceux qui, jusqu’à présent, ont vu plus loin que la lumière du brasier purificateur. Rares sont ceux qui ont compris que lorsqu’on renversait un chef, ce n’était pas pour en aduler un autre, mais pour mettre en place une structure sociale dans laquelle le lien d’autorité n’aurait plus de raison d’être ; chaque individu, en liaison avec les autres, devenant alors seul maître de son destin. « Ma liberté commence où commence celle des autres » aurait précisé Michel Bakounine, l’un des phares de l’anarchie… que même le bicentenaire de sa naissance n’a pas suffi à remettre sur le devant de la scène.

des fleurs dans la rocaille Lors de chacun des soubresauts révolutionnaires qu’ont connus les trois derniers siècles de notre histoire, il est des individus particulièrement clairvoyants qui ont compris ce fait essentiel : ce n’est point de chef ou de gouvernement qu’il faut changer, mais de mode de relation sociale. Toute dictature instaurée, même si elle n’est que temporaire dans l’esprit brumeux de l’idéologue qui l’a engendrée, n’œuvre qu’à sa propre continuité. Que cette dictature soit exercée par une classe sociale, un collège de technocrates jugés compétents, un esprit machiavélique, ou une junte militaire, cela ne change rien à la problématique. Ce n’est pas un hasard si la Révolution d’Octobre 1917 a abouti aux délires staliniens. Bakounine (encore lui), quelques décennies avant le triomphe du Léninisme : « Les marxistes prétendent que la dictature, seule – leur dictature bien évidemment – permettrait d’exprimer la volonté populaire. Notre réponse est celle-ci : nulle dictature n’a d’autre objectif que sa perpétuation et elle ne peut conduire qu’à l’esclavage du peuple la tolérant ; la liberté ne peut résulter que de la liberté, c’est à dire de la rébellion du peuple laborieux et de sa libre organisation. »

anarchia Au risque de décevoir les partisans d’un Grand Soir brutal et définitif qui éliminerait d’un revers de manche toutes les tares de l’humanité, ferait table rase de toutes les injustices et permettrait l’émergence d’un homme nouveau tel un phénix jaillissant de ses cendres, je pense qu’il vaut mieux investir nos maigres forces dans de nouvelles démarches. Changer la société pour changer l’homme est un credo sympathique qui semble avoir failli par le passé. Faute d’idées vraiment nouvelles et surtout d’expérience pratique en ce qui concerne le chantier de construction à venir, l’homme s’est contenté de se forger de nouvelles chaines, et ceci souvent avec enthousiasme. Le fait que le capitalisme privé devienne capitalisme d’état n’a rien changé ou presque dans le quotidien des travailleurs, d’où leur méfiance, puis leur rejet à l’égard de la parodie de socialisme qui s’est installée dans les Pays de l’Est.
Qu’en est-il de la démarche inverse ? Changer l’homme pour changer la société me paraît également être une démarche risquée car trop théorique.
Sans doute y-a-t-il une nouvelle dialectique à trouver entre ces deux lignes de conduite qui semblent diamétralement opposées. Je ne rentre pas dans l’étude détaillée de ces deux cheminements idéologiques ; Gaetano Manfredonia l’a fait dans son excellent ouvrage « anarchisme et changement social » paru aux éditions ACL en 2007. J’essaie de poser quelques jalons pour baliser un autre itinéraire de pensée, à la lumière de mon expérience et de mes lectures.

altra guerra Les schémas de respect et de soumission à l’ordre établi sont beaucoup plus solidement installés dans nos têtes que l’on ne le croit souvent, et il n’est pas évident de les remettre en cause de façon durable. On ne change pas facilement une structure mentale que les rapports avec les parents, les éducateurs, les étages supérieures des diverses hiérarchies auxquelles nous avons été confrontées ont longuement œuvré à mettre en place, parfois par machiavélisme, mais le plus souvent par simple reproduction du modèle dominant. Il semble bien que l’esprit humain ait peur d’une certaine forme de vide et que notre souci premier, lorsque nous réussissons à nous détacher d’une chaîne, soit d’en rechercher une autre, histoire de consolider et de simplifier notre relation au monde. L’autogestion d’une tâche n’est pas une idée qui sourit à tout le monde et la simple obéissance paraît parfois bien plus reposante. Obéir évide de décider, et présente aussi, de manière sournoise, l’avantage d’avoir un tiers à qui s’adresser en cas de faillite de la décision. Trop d’expériences autogestionnaires ont échoué parce que le simple principe de la rotation des tâches ne fonctionnait pas. Le travail était toujours confié à la même personne, estimée plus compétente. La victime systématiquement désignée trouvait alors tout à fait normal de bénéficier d’avantages en guise de contrepartie à la charge de travail supplémentaire qui lui était attribuée. Dans ce cas, la direction « collégiale » devient alors une simple chambre d’enregistrement, et le « chef » reste humain et compréhensif tant que ses subordonnés nouvellement instaurés ne lui cassent pas trop les pieds et ne perturbent pas trop ses petites manies.  On pourrait placer à ce stade la célébrissime citation de La Boétie… Mais je ne voudrais pas rabâcher.

Plus on va acquérir d’expérience en matière de destruction de rapport d’autorité, plus facilement on esquivera les pièges qui vont se présenter au fil du temps. Il est donc essentiel d’expérimenter dans une sphère de proximité, à petite échelle, les lois que l’on souhaiterait voir opérer dans un champ social plus vaste : entreprise, commune, syndicat, groupe d’action revendicative, sont d’excellents champs expérimentaux. Rotation des tâches, mandat impératif, contrôle permanent, limitation en durée de l’exercice d’une délégation sont autant de principes qu’il faut tester et affiner au quotidien. Si l’on ne réussit pas à mettre en place de nouvelles règles de fonctionnement dans un collectif réduit, il y a peu de chances qu’elles soient viables dans une communauté plus vaste. Des expériences ont eu lieu au cours de l’histoire populaire ; mieux les connaître permet d’éviter certains écueils.

Horace_Vernet-Barricade_rue_Soufflot Se pose alors la question du « point de rupture ». Jusqu’à quel stade le fruit va-t-il accepter le développement de vers en son sein, avant de mettre en marche ses mécanismes d’auto-défense ? La date anniversaire du 11 septembre chilien est là pour nous rappeler que lorsque l’ordre établi mondial estime que la ligne rouge a été franchie, il n’y a que quelques pions à déplacer sur l’échiquier pour rétablir la situation… Exit Salvador Allende avec l’aide de l’armée et le soutien actif du gouvernement étatsunien… Bienvenue Pinochet et de longues années de souffrance. Jusqu’à quel point l’ordre économique mondial peut-il supporter qu’un pays ne devienne ingouvernable à cause de la multiplication des structures économiques parallèles, de la désobéissance civile généralisée, et le désintérêt d’une large fraction de la population pour ce qui se passe dans les hautes sphères de la politique ? La réponse nous ne la connaissons pas encore, mais il est deux vérités qu’il ne faut pas oublier : l’internationalisme incontournable de la subversion et la recherche de formes nouvelles d’auto-défense (la non-violence tactique et non formelle en fait partie à mon avis). Nous ne ferons pas l’économie d’une rupture de type « révolution » ; il est simplement important de se dire que la forme que prendra celle-ci reste encore à inventer, et que les schémas de 1789, 1848 ou 1917 ne sont plus forcément applicables à notre réalité actuelle. Il est probable que des pavés continueront à voler, mais ce n’est pas sur une barricade que la naissance d’une société nouvelle aura lieu ! Cette idée est un miroir aux alouettes aussi dangereux que le parlementarisme. Il nous faut – d’urgence – d’autres perspectives que le fusil ou le bulletin de vote !

Ungovernable Je constate, avec une satisfaction profonde, que les idées libertaires ne sont point passées de mode, bien au contraire. Non seulement la rue en témoigne, si l’on est un tant soi peu attentifs aux revendications portées par les Indignés lors des mouvements revendicatifs ces dernières années, mais l’actualité éditoriale également… A peine sorti le « Maitron » des anarchistes aux éditions de l’Atelier, dictionnaire des militants francophones, travail colossal s’appuyant à la fois sur la toile et sur le papier, que l’on annonce une « Histoire mondiale de l’anarchie« , éditée en commun par Arte et Textuel. La chaîne de télévision annonce d’ailleurs un documentaire en deux parties, « Ni dieu ni maître » en 2015…

En guise de conclusion provisoire, je dirai que ce qui me paraît une approche positive dans cette affaire, c’est de mettre en place, dès à présent, les bases d’une société différente, en espérant que les réalisations et les valeurs prônées soient suffisamment claires, vigoureuses et convaincantes, pour pousser vers la sortie ce monde capitaliste ancien qui nous asphyxie (en démontant par ce faire le mythe selon lequel il s’agit soi disant du seul modèle social possible, sans alternative) ! Il va falloir retrousser les manches très haut et être nombreux à le faire. Nombreux sont les carcans à faire vaciller. Un vœu pieux pour terminer : puisse la jeunesse qui s’est investie dans les divers mouvements d’insoumission de ces dernières années, ne pas retomber dans les mêmes ornières que les générations précédentes.

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1septembre2014

Le bric à blog estival a pris l’eau de toute part pour s’abreuver

Posté par Paul dans la catégorie : Bric à blog.

Marchands de canons

non a la guerre Je ne sais pas quel sera le bilan « touristique » de cet été agité sur le plan météorologique, mais il y a au moins une catégorie de commerçants et d’industriels qui peut se frotter les mains, ce sont les marchands et les fabricants d’armes. Eux ne connaissent pas la crise ! Palestine, Irak, Lybie, Ukraine, Syrie… à feu et à sang… Les grossistes en munitions de tous formats se frottent les mains et se congratulent mutuellement dans les salons feutrés où ils ont l’habitude de se rencontrer. Un grand merci aux gouvernements occidentaux, à celui des Etats-Unis en particulier. Dans la plupart de ces pays où la mort vous guette à chaque coin de rue, le gendarme du monde est venu faire un tour pour expliquer aux autochtones attardés ce que c’était que la démocratie. La démocratie c’est comme la religion : ce sont des affaires qui marchent ! Tous les prétextes sont bons pour se flanquer une bonne raclée mutuelle. Les camps de réfugiés prolifèrent, la malnutrition et la famine s’installent durablement. Les guerres invisibles se multiplient elles aussi à grand renfort de drones et de satellites ; on distribue les « permis de tuer » avec beaucoup de libéralité, en Afghanistan, au Pakistan, au Nigeria, au Yémen, au Soudan… milices et drones font la loi. Obama, le « pacifiste », doit détenir le record du nombre d’exécutions sommaires sans jugement. Les techniciens militaires américains, basés au Nouveau Mexique, en Arizona ou ailleurs, se livrent à un jeu vidéo grandeur nature passionnant. Quant aux Israéliens, ils sont passés à l’échelle supérieure : un missile par ci, un missile par là, ça va bien un moment, mais il y a un stade où les avions tueurs sans pilote ne suffisent plus et il faut bien dérouiller un peu les chenilles des chars, sinon à quoi serviraient tous ces budgets militaires à la con ? D’autant qu’on n’en revient pas au corps à corps comme dans l’antiquité mais qu’on joue à distance avec des interrupteurs et des boutons poussoirs : et hop un hôpital, et tac une école, et zou un autocar. Zut on s’est trompés ! Merde c’était un avion civil ! Les ordures, ils cachaient leurs munitions dans les caves d’une école ! Désolés pour la bavure, on avait pourtant envoyé un SMS cinq minutes avant !

drone americain en action Apparait dans le décor géopolitique une nouvelle star, l’EIIL,  semblant détrôner l’organisation Al Quaïda passée de mode. Chose étonnante, cette singulière « bande armée » alignerait des dizaines de milliers de combattants suréquipés. Rien que du bon pour les supermarchés de la mort ! Qui finance cette bande d’hystériques ? Les analystes estiment que les soutiens sont très discrets : l’Arabie Saoudite, alliée de la première heure est devenue méfiante ; la Turquie interviendrait en sous-main, trop contente que les Kurdes soient quelque peu malmenés ; l’essentiel des fonds proviendrait de « riches donateurs anonymes » des Etats du Golfe.

Je vous recommande quelques « lectures saines » à propos des thèmes évoqués ci-dessus :
• « Guerre Pourquoi ? » un texte du GIPRI (Institut International pour la Paix de Genève) repris par Altermonde ;
• « Les six grands exportateurs d’armes » un texte publié sur le site d’Amnesty International (d’après des données plus récentes, il faudrait en ajouter un septième : Israël) ;
• « Israël ne veut pas de la paix » traduction d’un article du journaliste israélien Gideon Levy ;
• « La guerre c’est la santé de l’Etat » sur le site de la Fédération Anarchiste…
• Des infos au quotidien sur la situation en Cisjordanie et sur la Bande de Gaza sur le site de l’Agence Medias Palestine , que j’ai découvert récemment…

Politicaillerie

bye-bye-Montebourg La dernière sortie de Marie-Noëlle Linemann m’a fait bien rigoler ; avec beaucoup de bonté d’âme, elle a perfidement fait remarquer que si notre bon Président comptait seulement sur le soutien du MEDEF pour gouverner, il allait avoir du souci dans les mois à venir. Je tiens à préciser en plus que les gens du MEDEF sont des gens peu fiables, et plutôt jusqu’auboutistes et que Saint François risque d’avoir à reculer de plusieurs cases encore sur l’échiquier social sans être bien certain de leur faire plaisir. La scolarité jusqu’à seize ans est une stupidité dans un pays où l’on s’apprête à rouvrir de nouvelles exploitations minières jugées peu rentables par le passé. Et si l’on  renvoyait tous ces gosses de pauvres à la mine pour assurer le plein emploi ? En attendant ces lendemains qui chantent (pour le patronat) si l’on remettait sur la table la question d’un SMIC réduit ? Un mois de travail pour payer un mois de loyer et pour la bouffe on va aux restaus du cœur…
Les coups bas se succèdent et les rats semblent décidés à quitter le Titanic avant même que l’on ait eu le temps d’embarquer femmes et enfants. Après les « personnalités de Gauche » extérieures au PS, après les « dissidents », c’est au tour des ministres qui voulaient être ministre à la place du ministre d’envoyer quelques coups bas là où je pense. Pauvre Hollande, il en deviendrait presque sympathique si derrière sa bonhommie apparente ne se dissimulait pas une crapulerie toute mitterrandienne. Répétez après moi (méthode Coué) : « je suis convaincu que l’austérité est la bonne voie et que la version numéro 2 des Valseuses va nous sortir de la mouise. » C’est bien… encore une fois !
Quelques bonnes pages à savourer sur la politique intérieure :
• « Pierre Gattaz hésite à mettre la pression sur le gouvernement »
• « Vous reprendrez bien un peu de dividendes » tribune de Luc Peillon publiée sur Libération

Brut de décoffrage et petits potins

peace1370  A propos des émeutes de Ferguson aux Etats-Unis, un très bon texte intitulé « Ce que cela signifie quand ils disent paix« . En anglais, mais les photos qui illustrent l’article valent à elles seules le déplacement si vous lisez péniblement la langue de Shakespeare.

Ne croyez pas qu’il n’y ait que le Parti toutsaufsocialiste dans ma ligne de mire. Ce n’est guère plus glorieux chez les écologistes de salon. Lisez l’analyse que fait Fabrice Nicolino du parti des Verts (E.E.L.V.) ; à lire sur Planète sans visa : « EELV, ce parti qui ne sert à rien« .  Comme je suis fondamentalement méchant, j’aime bien. En tout cas, ce texte que certains jugeront peut-être « cruel », est d’une lucidité sans appel. Nous en avons assez de la « politicaillerie » et la voix de l’écologie n’a pas besoin de ces guignols pour se faire entendre. Du balai.

Je visite régulièrement le blog de l’Amicale des amateurs de nids à poussière, sans doute parce que je dois en être un ! A lire ce mois, un article sur Marius Alexandre Jacob publié en 1905 par le journal « la vie illustrée ». Amusant de voir comment le sujet était traité à l’époque. Pendant l’été le blog consacré à Marius Jacob vous propose toute une rétrospective en musique et chansons sur la question de l’illégalisme, du bagne et des mauvais garçons. A visiter également bien sûr pour compléter votre culture musicale.

A lire aussi « 24 Août 1944 – 24 Août 2014 » sur le blog de Floréal : comment les anarchistes, interdits de séjour par Mr Valls sur la place de l’hôtel de ville pour commémorer la libération de Paris il y a deux ans, ont été conviés, tout à fait officiellement à participer aux cérémonies cette année… Les sautes d’humeur du pouvoir… Au fait, savez-vous pourquoi on tolère la présence de gens aussi peu fréquentables d’ailleurs ? Tout simplement parce que les premiers chars de la division Leclerc qui sont entrés dans Paris étaient conduits par des combattants espagnols, majoritairement anarchistes… Dans cet article, Floréal reproduit le discours de clôture de la cérémonie. Faute de temps, ce texte n’a pu être lu lors de la cérémonie… dommage ! Pour les amateurs d’histoire, tous ces événements sont contés en détail dans le livre de Evelyn Mesquida « La Nueve »… Quelques très belles chansons de Serge Utge-Royo évoquent divers épisodes de la Révolution espagnole et notamment cet épisode méconnu de la libération de Paris dans la chanson « un nuage espagnol » (disque « L’espoir têtu »).

Notre fiston voyageur-écrivain est reparti vers le Grand-Ouest américain par un nouvel itinéraire toujours aussi aventureux : avion, train, stop, bus… Tout cela est gentiment chroniqué à cette adresse. Cette nouvelle expédition a pour prétexte la mise en forme du tome 3 des « aventures du Pourquoi pas », récit en trois volumes d’un périple antérieur effectué au Canada et dans les Montagnes Rocheuses. J’en ai déjà parlé. Pour les retardataires ou les nouveaux venus, on trouve toutes les infos dans le blog de l’intéressé. Si ce n’est déjà fait, on peut même acheter les deux premiers volumes !

Pour finir, une belle maxime philosophique, d’origine grecque semble-t-il, que j’ai glanée dans une page sur la Toile (je ne sais plus trop où) : « une société devient remarquable quand les anciens plantent des arbres contre lesquels ils savent qu’ils ne pourront jamais s’adosser. »
Allez, c’est bon : je vous laisse méditer et pour ma part je vais continuer à planter, bien que la saison n’ait guère été encourageante ! Que d’eau ! Que d’eau !

"Le revolver noué" œuvre d'art de Carl Frederik Reuterswärd - photo envoyée par Lavande pour compléter ce "brig à glog".

« Le revolver noué » œuvre d’art de Carl Frederik Reuterswärd – photo envoyée par Lavande pour compléter ce « brig à blog ».

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24août2014

Si tu ne viens pas au livre, le livre viendra à toi…

Posté par Paul dans la catégorie : Des livres et moi; l'alambic culturel.

La magie des bibliothèques ambulantes

des-livres-et-des-nuages_81770533_1 C’est un superbe documentaire vu sur ARTE, « des livres et des nuages » qui m’a donné envie d’écrire ce billet… Le thème m’a séduit ; la réalisation ne m’a pas déçu… Conscientes de l’importance qu’il faut apporter à la lecture, des communautés rurales de la zone andine, au Pérou, se sont organisées pour mettre en place des bibliothèques de village tenues par des bénévoles. Pour renouveler le choix des livres proposé à l’appétit dévorant de nombreux lecteurs, les villageois ont organisé également un tour de rôle pour transporter – à dos d’homme – des séries d’ouvrages d’un endroit à un autre. Le réseau ainsi constitué a une grande influence sur la vie des communautés. La démarche dépasse largement le cadre relativement étroit qui est le sien à l’origine. Le personnage central de l’histoire, une jeune écolière amérindienne, est particulièrement touchant. Les « anciens » sont étroitement associés à ce réseau culturel et mis à contribution par les animateurs. A partir des récits oraux des uns et des autres, de nouveaux livres sont édités, permettant aux autochtones de conserver la mémoire de leurs traditions et de leurs coutumes. Renait ainsi une fierté qui a été bien maltraitée pendant des siècles d’occupation et de supériorité proclamée de la civilisation des conquérants. Le rythme du film est lent, mais cette lenteur correspond bien à la démarche de ces hommes et de ces femmes, qui arpentent les hautes vallées andines le dos lourdement chargé d’un gros baluchon de livres !

livres-tristounets Tout cela me rappelle en premier lieu le passage du bibliobus dans l’école de mon enfance. Nous possédions une bibliothèque scolaire. Elle contenait une quantité importante d’ouvrages mais l’ensemble était fort peu attrayant quand on le compare à l’offre que l’on trouve dans les centres de prêts actuels (médiathèques et autres centres documentaires). Les livres, recouverts de façon uniforme avec du papier kraft aussi brun que poussiéreux, s’alignaient sur des étagères d’armoires soigneusement closes. La seule indication que l’on pouvait percevoir c’était un numéro écrit à l’encre violette sur des étiquettes scolaires collées au dos des volumes. Il me semble que cette collection de livres, soigneusement choisis pour leur haute valeur éducative et morale, ne se renouvelait jamais. L’intérêt que l’on portait à la livraison (trimestrielle ou semestrielle, je n’en sais trop rien) d’un lot de nouveautés mis à disposition par la Bibliothèque Centrale de Prêt de l’Isère, était d’autant plus grand pour ceux qui – comme moi – étaient déjà des passionnés de lecture. Mes souvenirs d’école primaire sont assez vagues. J’ai dans un coin de ma mémoire l’image de lourdes caisses de livres en bois brut, des contenants semblables à ceux que l’on voit dans les films ou dans les manuels scolaires pour ranger les armes livrées aux Résistants. Le contenu de ces malles au trésor étaient sans doute présenté dans une armoire spéciale, sur divers rayons, en fonction de l’âge auquel nos professeurs estimaient qu’ils s’adressaient. Ce qui me perturbe un peu c’est que j’ai du mal à dater précisément ces événements et que je me demande, en écrivant, si je ne confonds pas avec ce qui se passait dans les premières écoles où j’ai été affecté en tant qu’enseignant… Il existait, dans les années 60, peu d’ouvrages  vraiment rédigés pour la jeunesse, et l’offre destinée aux jeunes adolescents et adolescentes se limitait aux grands classiques maintes fois réédités. Quand je vois la richesse des catalogues des éditeurs contemporains, je suis impressionné et sans doute un peu jaloux ! Que j’aurais aimé à l’époque dévorer les romans de Jean-Claude Mourlevat, Cathy Ytak ou Anne Pierjean. Heureusement que l’offre étriquée de la bibliothèque scolaire était complétée à la maison par les albums ou les petits livres de la Bibliothèque Rose que m’offrait ma sœur pratiquement chaque dimanche ! Comme j’avais la chance (?) d’habiter à l’école, je me souviens aussi des expéditions plus ou moins clandestines que j’organisais pour aller farfouiller dans les placards, « hors des heures d’ouverture », ce qui me donnait le privilège d’accéder à des rayons qui n’étaient pas forcément ceux auxquels j’avais accès aux heures légales… Mais ceci est une autre histoire !

bibliobus moderne Comme indiqué précédemment, j’ai eu l’occasion plus tard, arrivé à l’âge adulte, de croiser à nouveau la route du gros bus de la BCP de l’Isère. Dans les premiers temps c’était encore nous, les enseignants, qui sélectionnions les livres pour nos élèves. Je pense que mes propres critères de choix étaient simplement un peu plus évolués ou ouverts que ceux de la génération précédente de Hussards de la République, et que j’ai donné l’occasion aux enfants que j’avais en classe de découvrir des auteurs un peu moins classiques mais un peu plus attrayants. Très vite, sous l’impulsion des échanges qui se faisaient au sein du Groupe Freinet de l’Isère et de quelques collègues pionniers en la matière, j’ai aussi abandonné les tristes manuels de lecture de l’édition scolaire, pour partager avec les enfants, le plaisir de découvrir ensemble un « vrai » roman susceptible de leur donner vraiment le goût de feuilleter les pages. Du côté du « bibliobus », la prestation s’est démocratisée aussi. Dans la petite école trois classes où je travaillais dans les années 80, nous avions la possibilité de faire monter les enfants en petits groupes dans le gros camion. Chacun choisissait deux titres, puis je complétais la pile en y rajoutant quelques volumes intéressants auxquels les lecteurs en herbe n’avaient pas fait attention. C’était très enrichissant d’observer la tactique de chaque « client » pour opérer sa sélection. Pour certains c’était rapide : les couvertures les plus chatoyantes dissimulaient sans doute les récits les plus palpitants ; pour d’autres le choix était cornélien… il fallait abandonner à la sortie du camion 7 ou 8 livres parmi la dizaine que l’on avait dans les mains. C’est souvent parmi ces « rejets » de dernière minute que je prenais le choix complémentaire pour la classe. Dans la dernière école où j’ai travaillé, de taille beaucoup plus importante, nous avons pu installer un centre documentaire conséquent, après nous être longuement battus avec la mairie pour obtenir un crédit annuel suffisant pour assurer le renouvellement du stock et le remplacement des publications détériorées. C’était Byzance. Mais, pour une raison que j’ignore, nous n’avons plus eu droit aux visites du bibliobus. Je pense que compte tenu de la réduction des offres à caractère social des dernières décennies, les baisses de crédit ont imposé à la BCP de ne plus travailler qu’avec les petites écoles moins favorisées. En tout cas ceux qui claironnent dans les journaux que les enfants n’aiment plus lire auraient dû venir faire un tour dans notre bibliothèque ; ils auraient probablement révisé certaines de leurs idées toutes faites et évité d’alimenter les marronniers.

tournee automne Les souvenirs qu’évoque la transhumance des livres entre les villages de la Cordillère ne se limitent pas à l’école. A peine visionnée la dernière image du documentaire, le très beau récit de l’écrivain québecois Jacques Poulin, intitulé « La tournée d’automne » s’est imposé à ma mémoire. Parmi l’ensemble de l’œuvre de cet auteur que j’apprécie beaucoup, je crois que le récit de cette « tournée » d’un bibliothécaire de la ville de Québec, parcourant la rive Nord du Saint-Laurent, la région de Charlevoix, avec un bus chargé de livres, fait partie du trio de tête de mes préférés. Le camion du héros de cette histoire est tout à la fois : lieu de vie, lieu de rencontres humaines, lieu d’échanges littéraires… et je trouve cela fascinant. Les chemins de deux personnages singuliers vont se croiser au fil des pages : le récitant, « le chauffeur », amoureux des livres, dont les espérances déclinent et qui pense qu’une fois sa tournée terminée l’existence ne vaudra plus la peine d’être vécue… Marie, une femme embarquée dans la tournée au Québec d’une troupe de saltimbanques, une singulière fanfare française qui organise des spectacles de rue et tente de mettre du baume au cœur des villageois isolés.  Comme dans la plupart des ouvrages de Jacques Poulin, les livres et les chats sont omniprésents. Les rencontres et les incidents qu’ils provoquent viennent très souvent apporter une note de gaîté à certains passages teintés de nostalgie. Les moyens sont plus évolués que ceux dont disposent les paysans des Andes, mais le passage du bus tisse un lien social tout aussi important, même s’il semble plus futile. Il ne s’agit sans doute plus de sauver une culture – l’ambition est plus modeste ! – mais simplement d’offrir quelques instants de bonheur à des êtres isolés ou en butte aux misères provoquées par les aléas de la vie. Un très bel ouvrage…

bus2 Bibliobus donc… Au fait, savez-vous de quand date cette idée et qui en fut le concepteur ? Selon Wikipedia, Le système a été inventé par l’association des bibliothécaires français (cocorico !) et présenté lors de l’exposition coloniale de 1931. L’idée obtient un certain succès. En 1938, Henri Vendel, bibliothécaire à Châlons en Champagne, inaugure la première tournée de la « bibliothèque circulante » de la Marne. Plus de 350 communes sont ainsi desservies. Après la deuxième guerre mondiale, le dispositif sera adopté par de nombreuses bibliothèques départementales. Le système du bibliobus à la française s’appuie sur l’existence d’une bibliothèque centrale installée dans un bâtiment ouvert au public ; sa mission est d’élargir la zone d’action de la bibliothèque mère et de faciliter l’accès aux livres à ceux qui sont éloignés de la ville. Il ne se substitue en aucun cas à la bibliothèque fixe comme c’est le cas dans de nombreux autres pays. Si l’on accepte une définition plus large du concept de bibliothèque itinérante, on pourrait en attribuer la paternité aux colporteurs qui vendaient dans les villages les petits volumes de la « bibliothèque bleue » au XVIIème et XVIIIème siècles. Mais si l’on retrouve la notion du livre itinérant, on s’écarte de l’idée de base de la bibliothèque qui est celle de prêt gratuit ou à faible coût…
Maintenant, des bibliothèques itinérantes, on en trouve sous toutes les latitudes, sur tous les continents. Conscients des difficultés que présentait l’accès à la culture écrite dans de nombreuses régions défavorisées, des associations, des services gouvernementaux, ont en effet poussé à la création de bibliothèques itinérantes un peu partout sur la planète, ce système présentant l’avantage de nécessiter un investissement moindre que l’établissement de multiples bibliothèques fixes.

Dashdondog Jamba  Les réseaux de distribution, les modalités de fonctionnement de ces organismes nomades sont si nombreux qu’il est à la fois difficile et d’un intérêt limité de chercher à en dresser un catalogue. Quelques recherches sur la Toile m’ont cependant permis de faire de belles découvertes. Je vous invite par exemple à lire l’histoire contée par Dashdondog Jamba, auteur de livres pour enfants en Mongolie. Il raconte son expérience autour d’une bibliothèque itinérante qu’il a mise en place pour inciter les jeunes à la lecture. Les chiffres à eux seuls sont impressionnants : vingt-trois tournées effectuées – les premières à l’aide d’une charrette à cheval – une centaine de milliers de kilomètres parcourus, soit plus de deux fois le tour de la terre. L’aventure a commencé il y a longtemps déjà et certains de ses lecteurs ont maintenant quarante ans. Chaque étape du voyage est une nouvelle aventure : cent kilomètres parfois séparent deux camps de yourtes ; l’état du réseau routier et le climat ne sont pas toujours favorables à ces expéditions. La chaleur de l’accueil réservé au bus permet d’oublier bien des malheurs. La bibliothèque itinérante reste quelques jours dans la communauté. Pour inciter les enfants à se détourner de l’écran du téléviseur, l’auteur-bibliothécaire utilise différentes techniques d’animation. Il a ainsi composé un poème singulier qui décrit le bruit des mots… Parfois ce sont les marionnettes qui sont mises à contribution. Tout cela est bien plaisant à découvrir. Pour conclure cette chronique un peu désordonnée, je vous livre ces quelques lignes empruntées à l’auteur. Ce sont les derniers mots qu’il adresse aux enfants en quittant le campement :
« Si vous lisez des livres, vous deviendrez intelligent,
Si vous devenez intelligent, vous saurez vous servir de vos mains,
Si vous savez vous servir de vos mains, vous trouverez toujours de quoi vous nourrir. »
Merci à la BNF d’offrir de l’espace à d’aussi jolies histoires…

Source des illustrations – image 1 : extrait de « des livres et des nuages » réalisé par Pier Paolo Giarolo – image 3 « le guide du chemin de l’île » média citoyen du chemin de l’île,  bibliobus de la ville de Nanterre – Image 5 : site Orphée de la Bibliothèque des Bouches du Rhône, un bibliobus dans les années 60 – Image 6 : site BNF « Takam Tikou »

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8août2014

« Anarchists Against The Wall »

Posté par Paul dans la catégorie : Histoire locale, nationale, internationale : pages de mémoire; Portraits d'artistes, de militantes et militants libertaires d'ici et d'ailleurs.

Le travail remarquable d’un petit groupe d’activistes israéliens pour la défense des droits des Palestiniens

La tempête de feu et de destruction qu’a subi la bande de Gaza semble connaître un bref répit. Elément suffisant peut-être pour faire un pas en arrière et s’interroger sur le soutien qu’apporte le peuple israélien à l’action belliciste du gouvernement de droite ultra-conservatrice qu’il a élu. Les médias occidentaux nous vantent sur tous les tons l’adhésion d’une large majorité des citoyens à l’écrasement de toute volonté de résistance à l’occupation de la part des Palestiniens. Qu’une large fraction du peuple soutienne le massacre en cours, je veux bien le croire. Ce n’est pas la première fois que la propagande d’un régime totalitaire fait mouche. Je ne saurais trop vous recommander la lecture de l’analyse du journaliste franco-israélien Michel Warschawski, publiée dans le journal suisse « Le courrier » : « Pour Israël, l’ennemi c’est la négociation ». Dans son texte, l’auteur étudie avec finesse la stratégie du gouvernement Netaniahu, et les différentes réponses que propose la société civile.
Il existe en Israël un courant d’opposition minoritaire mais néanmoins très actif. Parmi toutes les organisations, connues ou méconnues, qui forcent l’admiration, car il n’est jamais facile d’aller à contre-courant dans un pays en guerre, j’ai choisi aujourd’hui de vous parler du petit groupe « Anarchists against the wall » (« Anarchistes contre le mur ») et du travail remarquable auquel se livrent ses militants depuis plus d’une dizaine d’années. Tous les Israéliens ne marchent pas au pas derrière les chars de Tsahal; tous les Juifs ne sont pas Sionistes. Evitons les amalgames rapides.

AATW image 1 Le jeudi 24 juillet 2014, une vingtaine de militants de cette organisation ont bloqué l’entrée d’une base de l’Armée de l’air, dans le Nord de Tel-Aviv. Les manifestant·e·s se sont allongé·e·s sur la route conduisant à cette base, le visage masqué de blanc taché de sang. L’objectif était de marquer, de façon non-violente, l’opposition aux bombardements meurtriers de la population civile de Gaza, et d’arriver à retarder, ne serait-ce que de quelques minutes, le décollage incessant des chasseurs-bombardiers. L’intervention de la police militaire ne s’est pas faite attendre et tous les manifestants ont été arrêtés. Certes, ce genre d’action peut paraître insignifiant, à l’échelle de la catastrophe humanitaire en cours, mais elle a le mérite de rappeler à l’opinion publique qu’il existe des voix divergentes. Plus d’une cinquantaine de refus d’incorporation ont été constatés : tous les jeunes israéliens ne souhaitent pas se souiller les mains en faisant le « sale boulot » pour le compte d’une bande de politiciens nationalistes, réactionnaires et tout aussi intégristes que leurs ennemis du Hamas. Ils n’ont d’autre choix alors que de se réfugier à l’étranger, se cacher, ou être jugés et emprisonnés. Afin d’attirer l’attention sur leur action, ils ont adressé une lettre collective au gouvernement, dénonçant les agissements honteux de l’armée israélienne dans les territoires occupés… Le nombre d’objecteurs de conscience refusant d’exercer un service armé s’élèverait à 2500 à 3000 jeunes par an, ces trois dernières années. Tant que l’opposition reste essentiellement orale ou écrite elle peut s’exprimer, au moins dans les médias plus ou moins marginaux. J’ai fait mention à plusieurs reprises de dénonciations véhémentes publiées dans les colonnes du quotidien travailliste Ha’aretz. Celui-ci fait relativement exception à la règle du « soutien sans faille à Tsahal ». On pourrait même se demander si certains de ces textes n’auraient pas été censurés en France, par nos médias zofficiels, soutiens quasi-inconditionnels de la politique du Likoud.

AATW image 2 Le mouvement AATW s’est constitué il y a une dizaine d’années, et a multiplié les actions « coups d’épingle » contre l’armée. Malgré la répression incessante, ses militant·e·s ne se sont jamais découragé·e·s, et leurs activités, toujours dérangeantes pour l’establishment, même si elles ne sont guère relayées à l’étranger, montrent qu’il y a quand même quelques grains de sable pour essayer de gripper le rouleau compresseur sioniste. Je voudrais dresser une brève rétrospective de leurs interventions les plus marquantes dans le paysage politique israélien, en précisant qu’il s’agit pratiquement toujours d’actions sur le terrain, la non-violence et la résistance passive étant les choix les plus fréquents de mode d’intervention. Quand on sait les risques que l’on court à s’opposer aux militants conservateurs, aux colons nationalistes et aux militaires de Tsahal, cette particularité mérite d’être signalée. Il est toujours plus facile de s’indigner sur le papier que face aux marionnettes casquées et armées. Les militant·e·s d’AATW sont intervenus fréquemment dans la zone du village de Bil’in. Situé en Cisjordanie, à 12 km à l’Ouest de Ramallah, ce village a été l’un des symboles de la résistance palestinienne contre la colonisation israélienne. En 2006, plus de la moitié des terres de ce village ont été confisquées et dévastées en vue de construire le mur de la honte ainsi que de nouvelles colonies. Des manifestations hebdomadaires de protestation ont été organisées sur une longue période. Les villageois, aidés par des activistes venus de tous les pays, ainsi que par des militants d’AATW, ont fini par remporter, en 2007, une victoire historique contre les occupants : la haute-cour israélienne leur a (pour une fois) donné raison et a bloqué l’extension des colonies existantes. La lutte pacifique menée par des militants déterminés a permis d’obliger l’état israélien à reculer, à démolir certaines constructions illégales et à modifier le tracé de construction du mur, de manière à ce que les terres que l’on a condescendu à bien vouloir laisser aux villageois palestiniens soient regroupées. Le Comité populaire de Bil’in et le mouvement « Anarchists Against The Wall » ont reçu, en 2008, la médaille Carl Von Ossietzky, attribuée chaque année par la Ligue Internationale des Droits de l’Homme, aux organisations suscitant des initiatives qui font avancer les droits fondamentaux des citoyens de cette planète. Il s’agit là sans doute du premier coup de projecteur qui a été donné sur l’action d’AATW.

AATW image 3 Cette même année 2006, en novembre, une trentaine de manifestants ont occupé des tanks et des bulldozers dans un camp militaire à la frontière de la bande de Gaza  pour protester contre le massacre de Beit Hanoun. Les activistes sont montés sur les engins qu’ils ont recouverts de banderoles dénonçant les agissements de l’armée et de photos des victimes palestiniennes. Cette action s’inscrivait dans le cadre d’un mouvement national de protestation auquel participent d’autres groupes israéliens comme Gush Shalom ou Women’s coalition for peace… Les actions à Bil’in et dans la périphérie se multiplient et ne vont pas sans heurts. Une tour de surveillance est occupée en avril 2007 ; la police intervient sans ménagement et fait un emploi massif de gaz et de balles en caoutchouc. Plus de 20 militants sont blessés parmi lesquels la prix Nobel de la paix Mairead Corrigan Maguire, d’origine irlandaise.
En 2008, d’autres actions ont lieu dans le village de Ni’ilin, pour protéger l’intégrité des terres agricoles. Le bilan de ces actions est lourd : blessures, arrestations, emprisonnements… En juillet 2008, un vigile recruté par le ministère de la défense, n’hésite pas à tirer à balles réelles sur un cortège de manifestants désarmés. En 2009, le village de Ma’asara s’ajoute à la liste des lieux où ont lieu des démonstrations hebdomadaires pour témoigner de la résistance des Palestiniens au démantèlement de leurs communautés de vie. Sur le site de l’organisation AATW, les communiqués se suivent et se ressemblent : répression, arrestations, blessures par dizaines… La presse internationale est bien discrète sur les exactions commises par les colons et leurs soutiens institutionnels : maisons rasées, terres agricoles brûlées, plantations d’oliviers arrachées… La Résistance sur le terrain se poursuit cependant avec des méthodes non-violentes bien qu’il y ait parfois des dissensions entre les militants sur l’opportunité de continuer à jouer la stratégie du pot de terre contre le pot de fer.

AATW image 4 En novembre 2009, pour commémorer la chute du mur de Berlin, les militants démantèlent quelques éléments du mur construit à Ni’ilin. C’est la première fois, depuis qu’Israël a commencé la construction de la muraille, en 2002, que les opposants réussissent à en briser quelques éléments. L’un des participants, Moheeb Khawaja, a déclaré : « Il y a vingt ans de cela personne n’aurait pu penser que le mur qui séparait en deux la ville de Berlin pouvait être renversé. Pourtant, en deux journées du mois de novembre, cela a été fait. Aujourd’hui, nous avons aussi montré que cela pouvait avoir lieu ici et maintenant. C’est notre terre, derrière ce mur, et nous ne l’abandonnerons pas. Nous gagnerons pour une raison bien simple : la justice est de notre côté ».
Difficile de citer toutes les actions de solidarité auxquelles participent les militants d’AATW, tant elles sont nombreuses. La partie actualité du site internet de l’organisation est mise à jour lorsque c’est possible : trop à faire, trop peu de militants et l’action passe en priorité sur l’information… La liste des morts s’allonge aussi du côté des militants palestiniens. Chaque année on commémore le début de la résistance commune à Bil’in ; chaque commémoration donne lieu à de nouvelles arrestations… La non-violence tient toujours malgré les provocations de l’armée israélienne, dont certaines unités se sont fait une spécialité. En mai 2012, un officier israélien membre de l’unité d’élite Metsada chargée de missions « spéciales » de prévention, reconnait que ses hommes ont jeté des pierres sur les soldats israéliens présents à Bil’in pour forcer ceux-ci à faire usage de leurs armes contre les manifestants pacifistes…

AATW image 5 Ces dernières années, le gouvernement israélien a changé de tactique à l’égard de certains mouvements d’opposants solidaires avec les Palestiniens. La violence ne suffisant plus, les procès se multiplient et les amendes aussi, visant à asphyxier toute velléité de résistance. Sur son site internet, AATW a lancé un appel à la solidarité internationale pour faire face à des dépenses toujours plus nombreuses… Les besoins sont estimés à 1500 dollars chaque mois pour pouvoir fournir une assistance juridique aux militants et sympathisants arrêtés. La solidarité telle que la conçoit AATW ne s’arrête pas aux modestes limites de son groupe et les détenus palestiniens sont aidés chaque fois que cela est possible. Je vous invite à lire en détails la page « qui sommes-nous » rédigée par l’organisation. Elle a le mérite d’exister en version française. Le groupe AATW a le mérite aussi de débattre du rôle que peuvent jouer des militants issus du camp de l’occupant en solidarité avec les « occupés » et a tenté d’adopter à ce sujet une position originale. En aucun cas, les militants opposés au mur de l’apartheid ne doivent se substituer aux Palestiniens dans ce qui est leur combat. Ils n’ont pas un rôle moteur à jouer, mais doivent se présenter comme un appui. L’objectif de leur action est clair lui aussi : il ne s’agit pas, comme pour d’autres organisations, d’un combat mené pour que les citoyens israéliens puissent vivre enfin en paix, mais d’un combat pour que justice soit rendue au peuple palestinien. Ce choix situe l’engagement des militants d’AATW à un tout autre niveau sur le terrain, même s’ils ne se font aucune illusion sur leur importance numérique et sur leur impact face au rouleau compresseur de la machine de guerre israélienne.

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addenda – à propos de la non-violence, extrait du livre « anarchy alive » d’Uri Gordon (Editions Atelier de Création Libertaire 2012)
« L’action directe en Palestine-Israël soulève deux points spécifiques concernant la violence politique. [...] Aujourd’hui, les anarchistes israéliens et internationaux n’entreprennent que des actions non-violentes et Palestine. Ce choix de la non-violence joue là un rôle tout à fait différent de celui qu’il tiendrait dans un pays du G8, par exemple. Il prend place dans un décor constitué par un conflit extrêmement violent, dans lequel la lutte armée s’avère plus la norme que l’exception. En même temps, l’ISM et d’autres organisations (tout comme les lois internationales d’ailleurs) reconnaissent la légitimité de la résistance armée tant qu’elle ne s’en prend pas à des civils. D’une façon intéressante, la « diversité des tactiques » met, dans ce cadre, les anarchistes dans une position plus confortable que celle d’un pacifisme strict. En s’engageant dans des actions non-violentes, sans pour autant dénoncer l’opposition armée, les libertaires israéliens ont, à leur manière, accepté une certaine diversité des tactiques. Certes, dans ce cas, ce sont eux qui prennent l’option non-violente. Ils contrebalancent ainsi l’accusation consistant à avancer que ladite diversité n’est qu’un euphémisme visant à défendre la violence. Il s’agit aussi d’octroyer une visibilité, de faire en sorte que le public occidental puisse identifier des aspects de la lutte des Palestiniens qui ne sont pas violents.
Le second point concerne le degré, rare, de violence étatique que subissent les anarchistes israéliens et internationaux. Celle-là est à la source d’un grand nombre de stress post-traumatiques et d’épuisement dans leurs rangs… »

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31juillet2014

Local, équitable, artisanal, durable… Bien ! Mais pour quelle clientèle ?

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Le clairon de l'utopie.

Un questionnement plus qu’une démonstration, sur des problèmes dont la solution paraît « évidente » à certains avant-gardistes mais pas au commun des mortels…

textile Bangladesh La plupart des grandes sociétés de vente par correspondance ou des grandes surfaces spécialisées, en particulier dans le secteur du textile, font fabriquer leurs produits au Bangladesh, au Pakistan, au Vietnam, ou dans d’autres « paradis » industriels où la main d’œuvre est peu coûteuse, ainsi que taillable et corvéable à merci. La qualité est souvent tirée vers le bas, les produits chimiques autorisés pour traiter les textiles pas toujours conformes aux règles de bien portance aussi bien pour ceux qui fabriquent que pour ceux qui s’en servent après. Peu importe : dans ces conditions, je peux acheter un T-shirt à 3 ou 4 euro, un pull-over pour une dizaine d’euro… et ainsi de suite. Cette politique d’abaissement des coûts de production a mis à mal l’industrie textile en France et dans une bonne partie de l’Union Européenne.

Consommateur un peu plus « branché » et exigeant, je préfère que mes sous-vêtements soient en coton bio. Je ne suis pas vraiment certain de la qualité de ce que j’achète, mais j’apaise ma conscience moyennant un petit investissement supplémentaire : le prix est grosso modo le double, parfois un peu moins. Disons que mon T-shirt bas de gamme coûte maintenant 6 euro. Je gagne le SMIG ou à peine mieux, c’est à dire environ 7,50 € net de l’heure (c’est le net qui m’intéresse, pas le brut, car c’est avec le net que je remplis mon chariot au supermarché). Cela veut dire qu’avec une heure de travail je peux me payer presque deux T-shirt bas de gamme made in « loin d’ici » ou un « coton bio » made in « pas ici en tout cas ».

Logo-GOTS Consommateur très averti, très exigeant et surtout très militant, j’ai décidé d’acheter bio, local et si possible fabriqué dans un atelier autogéré ou une coopérative pour que les salaires versés aux actifs soient d’un montant honorable… Plein d’arguments éthiques jouent en faveur de ce choix ; quelques arguments économiques aussi : durée de vie plus longue du produit mieux fini et réalisé avec des fils de qualité et une teinture stable. Au cas où j’ai la peau sensible, il est probable aussi que j’économiserai une consultation chez le dermatologue, bien que les allergies aux différents bains chimiques utilisés pour fabriquer les vêtements bon marché, soient, à ma connaissance, relativement rares. Par contre, c’est là où le bât blesse, il est fort peu probable, si je fais ce choix, que je sois payé au SMIG horaire. Autant vous le dire tout de suite, aucun des produits que j’ai pu trouver sur le Net ne répondait à ces critères quelque peu utopistes. Le plus approchant de mon cahier des charges, sans citer de marque, s’approche des 30 euro pour un T-shirt et des 60 euro pour un sweat en coton. Je ne parle pas des pulls en laine de mouton. Si je gagne le salaire que les employeurs versent avec générosité à leurs ouvriers français, ce n’est plus une mais quatre heures de travail qui sont nécessaires pour acheter un T-shirt. Il devient difficile d’imaginer quelqu’un qui touche le SMIG s’équiper dans ces conditions-là. Certes, il y en a qui privilégient leur bagnole ou leur « home-cinéma » et qui, pour ces dépenses prestigieuses, ne comptent pas. Certes on pourrait tenter le discours moralisateur genre : « si tu roulais pas dans une bagnole neuve qui te coûte un bras tous les mois, tu pourrais manger du jambon bio une fois par semaine, et acheter des pulls « made in local » qui dureraient toute ta vie, à condition qu’une armée de mites ne rentre pas dans ton armoire… » Ce genre de démarche ne peut, à mon avis, qu’être purement individuelle et je vous laisse le soin de développer vos sermons quelque part sur la montagne. Dans un premier temps, cela signifie que la production locale, artisanale, de qualité, ne survit qu’avec des consommateurs plutôt fortunés.

revendication ringarde ? Il faut alors réfléchir sérieusement à ce que l’on raconte. Il devient difficile de mettre dans le même panier au nom de la décroissance, les éléments suivants :
- se battre pour les hausses de salaire c’est ringard, c’est bassement matériel et cela contribue au pillage de notre belle planète ; il faut privilégier une vie sous le signe de la sobriété ;
- il faut par ailleurs encourager l’économie solidaire et locale, créer de l’emploi dans les zones rurales, revaloriser le travail artisanal, encourager la production écologique plus respectueuse de l’environnement… Encore faut-il que le consommateur ait les moyens de le faire.

Que veut-on réellement mettre en place ? Un artisanat de luxe, réservé au consommateur averti et fortuné, ou une production de masse destinée à Monsieur Tout-le-monde ? L’artisanat de luxe ça n’a rien de nouveau… Du temps de la monarchie, les céramistes, les soyeux, les orfèvres… vivaient déjà grâce aux subsides d’une classe sociale qui avait des goûts étriqués mais un portefeuille assez facilement ouvert. Rien de neuf à ce stade-là. Mais il y a quand même une sacrée réflexion à avoir sur le problème. On ne peut pas évacuer d’un simple trait de crayon, les baisses de coût engendrées par la production en série. L’image du valeureux tisserand installé dans sa chaumière ardéchoise et fabriquant avec amour la couverture ou le pull-over qui va être vendu sur le marché local a la vie dure. La réalité est plus crue : même si le modèle n’est pas individualisé et n’a pas fait l’objet d’une étude de dessin particulière, il faut bien compter une dizaine d’heures pour le processus complet de fabrication d’un gilet ou d’une veste. Je ne suis pas un expert, mais je ne suis pas tombé de la dernière pluie non plus. Mon valeureux façonnier souhaite être rémunéré 15 euro net de l’heure, et il a quelques malheureuses charges à payer : faites le calcul du prix de revient, seulement de la main d’œuvre ! Ajoutez à cela l’éleveur de mouton, en amont, qui souhaite tirer un prix correct de la toison de ses bêtes ; n’oubliez pas la filature, car il est difficile de faire un pull directement avec une toison ; une pincée de frais pour le transport et la commercialisation du produit ; c’est alors une dizaine de journées de travail qui sont nécessaires au Smicard pour payer la facture.

pain quotidien Vous me direz que je caricature un peu le processus ; je le concède volontiers, mais en calculant mieux, vous ne réduirez pas beaucoup le montant final. Il faut donc arrêter de se bercer avec des images et s’intéresser à des facteurs bassement matériels, tels que, par exemple, la viabilité économiques de certains projets. Pour la suite de mon exposé, je vais quitter le domaine de la production artisanale, que je connais mal, pour revenir au domaine agricole qui est actuellement porteur d’un certain nombre de rêveries aussi. Dans notre démarche de recherche d’une consommation intelligente, nous avons croisé un certain nombre de producteurs dont la démarche ne nous semblait absolument pas viable dans les conditions actuelles. Le manque de sérieux du projet vient parfois de l’angle sous lequel il est étudié. Pour éclairer ma démonstration je vais choisir un exemple simpliste, mais du coup facile à comprendre : celui du futur paysan-boulanger désireux de vendre du pain à des réseaux locaux, constitués, a priori, de consommateurs guère plus fortunés que lui. Il y a deux façons d’engager la démarche. La première c’est de se dire qu’il est raisonnable de vendre un kilo de pain bio autour de 5 euro. Partant de là, on se livre à une étude de marché : combien de pains faut-il que je fabrique pour dégager un revenu suffisant ? Combien d’heures de travail cela représente-t-il de la charrue jusqu’au fournil ? La part du travail est évidemment prépondérante, l’avantage pour le paysan-boulanger étant qu’il est son propre fournisseur, et ne doit donc pas supporter le coût d’achat de la matière première… On se rend vite compte qu’il faut envisager très vite une production conséquente pour arriver à joindre les deux bouts de la ficelle. Cette production est-elle réalisable dans des conditions horaires acceptables ? Là se situe la question. Deuxième façon : on fixe le prix du kilo de façon à obtenir un revenu correct avec une production modérée… Je repose alors la question figurant dans le titre de ce billet : qui achète ? Quels sont les clients potentiels ?

FDJ OBESE HT 1 Cette question mérite qu’on s’y attarde un peu d’ailleurs… Je n’ai pas sous la main d’étude sociologique détaillée de la clientèle qui fréquente assidument les marchés bios, les supermarchés spécialisés, les AMAP, les ventes à la ferme… Je suis donc obligé de me baser sur des observations personnelles (donc discutables). Nous fréquentons depuis des années un point de vente à la ferme type AMAP. Il me semble que la clientèle est constituée pour une large part de gens qui n’ont pas de problème majeur de revenus (des enseignants par exemple, ou des cadres moyens et supérieurs), et pour une faible part de clients ayant des revenus modestes mais ayant fait le choix de placer l’alimentation de qualité parmi les postes budgétaires prioritaires. Mais l’étude de la relocalisation de la production ne peut pas se limiter au secteur alimentaire. Le problème de la nourriture est en effet bien particulier car se glisse derrière, comme facteur d’influence, celui de la santé. De plus en plus de gens savent maintenant que l’équation Mac Do/pizza / nourriture industrielle n’est guère compatible avec l’option « santé durable ». De là à acheter des vêtements, du mobilier, des biens de consommation courante produits localement et dans des conditions de travail que l’on pourrait qualifier d’équitable, il y a un grand pas à franchir.

La solution partielle au problème passe sans doute par une réorganisation du marché : circuits courts pour la distribution des produits, définition d’un autre mode de compensation pour les échanges et surtout par une acceptation de conditions de vie relativement spartiates. Un système qui s’apparente à du troc, peut fonctionner assez facilement en milieu rural, dans de petites communautés mais devient plus difficile à mettre en place en milieu urbain, notamment parce que, sur ce terrain-là, les métiers d’utilité sociale discutable prolifèrent. Par le biais des S.E.L., une coiffeuse, une infirmière ou une électricienne peuvent échanger leurs prestations contre d’autres ou bien contre des denrées alimentaires. Moins évident pour la kyrielle d’employés de bureaux, d’agences, de banques… Dans les débats auxquels il participe ou dans les ouvrages qu’il a rédigés, Pierre Rahbi, que j’admire beaucoup, est d’ailleurs prolixe en matière d’économie rurale, mais évacue assez vite les problèmes liés aux concentrations humaines. Difficile pourtant d’ignorer que les grands centres urbains existent et que leur place, au niveau planétaire, est largement prépondérante. Rappelons, pour mémoire, que l’agglomération de Chongqing en Chine dépasse les trente millions d’habitants, et que, dans ce même pays, il y a une trentaine de villes de plus de deux millions d’habitants. « Small is beautiful » et sans doute plus facile à gérer… mais « small » c’était avant !

voisins de paniers Cette réorganisation du marché ne peut se faire que par une éducation des mentalités, et il y a un long chemin à parcourir. Je vous en parle à l’aise parce que j’estime en avoir parcouru déjà une partie, sans pour autant voir se rapprocher l’autre extrémité ! Pour l’instant je ne me vois pas survivre sans la pension mensuelle (certes de plus en plus chiche, mais elle existe encore pour quelques temps !) que me verse l’Etat pour mes bons et loyaux services. J’admire l’enthousiasme de ceux qui prétendent se passer d’argent, être auto-suffisants, régler tous leurs problèmes par le système D… J’admire l’abnégation et la grandeur spirituelle de ceux qui peu à peu se détachent de tout… Mais leur voie n’est pas la mienne. Quand j’ouvre les yeux, quand je regarde autour de moi, j’estime toujours que ce n’est pas à moi de faire le plus gros effort pour réduire mon empreinte carbone. Je ne vois pas pourquoi je me déplacerais en vélo sous la pluie quand je n’en ai pas envie, alors que mon voisin plus fortuné utiliserait sans scrupules son 4×4 flambant neuf rescapé du Paris-Dakar… Bouh l’égoïste ! Au piquet ! Il faut prendre garde à ce que les raisonnements concernant la décroissance ne s’adressent pas à une élite, mais réfléchir à des solutions qui soient progressivement adaptables à l’humanité dans son ensemble. Difficile, mais c’est comme ça…

J’espère ne pas être brûlé en effigie pour ces propos quelque peu iconoclastes dans la bouche de quelqu’un qui s’estime engagé dans une démarche de type écologique. Encore une fois, ce sont les membres de la tribu des « Yaka » qui me chauffent un peu les oreilles. Je n’ai nullement l’intention de remettre en cause une démarche que j’estime, sur le fond, d’une grande importance. Notre planète ne nourrira pas (au sens le plus large du terme) dix milliards d’ingénieurs de la Silicon Valley ou de patrons du CAC 40. Reste à savoir si l’on attend que la solution vienne d’un énième conflit mondial, d’une dictature sauce vert (de gris), de l’apparition d’un nouveau prophète, ou d’un choix collectif librement assumé. Personnellement j’ai fait mon choix…

Post Scriptum et Pre Criticum : je suis conscient du fait que ce billet, trop bref, ne fait que survoler une question dont l’étendue est aussi importante que la superficie de notre belle bleue. Je ne fais que partager quelques questions qui me turlupinent… et dont je trouve qu’on zappe un peu facilement les réponses.

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22juillet2014

Gaza, ne pas laisser l’indifférence s’installer…

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Vive la Politique.

Gaza Irak, Ukraine, Syrie, Lybie, Centrafrique, Tchad… et j’en oublie, tant il y en a de ces zones sur la planète où l’on joue au poker avec la vie de millions d’innocents. L’actualité nous submerge d’images terribles ; les unes effaçant les autres sans qu’il n’y ait de trève. La compassion et les larmes de crocodile des assassins qui dirigent le monde remplacent toute analyse politique. Un avion s’écrase ? On s’enquiert d’abord de savoir s’il y a des Français à bord. Des bombes rasent un hôpital ? On s’interroge pour savoir si l’attaque était légitime ou non. Certains lancent des roquettes, sans discernement paraît-il, on les qualifie de terroristes ; d’autres transforment une zone grande comme un département français, en un enfer pour la population civile, on parle de « représailles légitimes ». Au mieux, on se contente de renvoyer tout le monde dos à dos. C’est si commode ! Le gouvernement d’extrême droite de Netanyahu dicte ses ordres à ses amis indéfectibles, de Washington à Paris ; un gouvernement prétendument socialiste approuve en silence le massacre des civils de Gaza, mais ne tolère pas que l’on proteste sur son territoire et ferme les yeux aux agissements provocateurs de la tristement célèbre LDJ (Ligue de Défense Juive, interdite dans plusieurs pays). Il est impossible de critiquer le comportement de l’Etat d’Israël, sans être qualifié d’antisémite par les zélés défenseurs de cet état colonialiste…

C’est la guerre nous dit-on, et l’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs… L’armée israélienne est désolée, sincèrement désolée de toutes ces babures. Les défenseurs de Netanyahu sont intarissables : vous évoquez les exactions commises par Tsahal mais ne dites mot sur les malheureuses victimes du terrorisme islamiste… Triste argumentaire : il suffit d’observer les statistiques pour le démonter… Belle interprétation du « œil pour œil, dent pour dent » : quel est le rapport en termes de nombre de victimes ? Cent fois côté palestinien ? Et en terme de dégâts sur les infrastructures nécessaires à une vie quotidienne acceptable ? Qu’est-ce qui justifie l’emploi de bombes meurtrières DIME (Dense Inert Metal Explosive) dont les chirurgiens n’arrivent pas à extraire les éclats ?  Quand on terrasse un champ d’oliviers pour y construire une colonie, on se comporte de façon légitime ? Jamais la question fondamentale n’est posée : qui est l’occupant ? Qui est le colonisé ? Combien de temps encore ce cirque va-t-il durer ? Combien de bombes devront être encore lâchées ? Combien d’assassinats d’enfants et de vieillards faudra-t-il laisser commettre, avant que l’Etat d’Israël soit considéré comme ce qu’il est par la communauté internationale ? Qui est vraiment responsable d’une montée de l’antisémitisme (le vrai celui-là) et du retour sur le devant de la scène de discours tout aussi nauséabonds que scandaleux ? Je crois que la réponse est à chercher du côté des criminels de Tel-Aviv… Heureusement que le discours haineux du CRIF n’est guère représentatif de la communauté juive de France et que beaucoup ne se sentent plus représentés par ces propos racistes et paranoïaques…

Je n’ai pas l’intention de me lancer dans un long argumentaire sur la situation. D’autres l’ont fait et beaucoup mieux que moi. Je ne suis pas un « expert » mais un citoyen lambda qui exprime sa colère. Je ne voudrais pas que mon silence de ces dernières semaines passe pour une approbation quelconque de l’agression israélienne à Gaza. Je vous propose quelques liens intéressants pour compléter cette réaction épidermique. Les trois textes sont publiés sur « Altermonde sans frontières », le même jour. Beau tir groupé… En tout premier lieu, un très bon article , intitulé « moi aussi j’en ai marre » qui résume plutôt bien mes positions personnelles. En second lieu, un billet percutant exprimant la position sur le conflit d’un chirurgien français, le professeur Christophe Oberlin. Rien de tel enfin que de faire parler les cartes pour avoir une vision simplement « technique » du problème. Celles-ci sont très parlantes… Je vous invite aussi à visiter régulièrement le site de l’UJFP  (Union Juive Française pour la Paix) pour éclairer votre lanterne. Rien à voir avec le discours écœurant du concert des médias officiels, aussi bien audios que visuels. Quant à l’affirmation selon laquelle l’objectif final de l’opération conduite par Tsahal est de « tuer des Arabes », en grand nombre, et le plus vite possible, ce n’est point un leader du Hamas qui l’exprime, mais le journaliste israélien Gideon Levy du quotidien Haaretz…

Tant que le gouvernement israélien bénéficiera d’une impunité diplomatique internationale, la crise perdurera, les barbaries s’ajouteront aux barbaries… Le système du « deux poids, deux mesures » n’a jamais donné de bons résultats.

Note : je préviens que, pour cet article, les commentaires inconvenants ne seront pas publiés. La propagande des faucons de tout bord bénéficie de suffisamment de points de diffusion à l’heure actuelle. La photo choisie pour illustrer ce billet provient du site « Agoravox ».

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11juillet2014

Potins d’été (première stance)

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....

• Passer outre la mauvaise humeur que provoquent ces pluies incessantes, ces plongées intempestives du mercure, et l’impossibilité – agaçante – de mener à bien les projets extérieurs.
• Se dire, qu’après tout, les instants de pause dans une vie plutôt agitée ne sont peut-être pas si regrettables que cela.
• Penser très fort que c’est peut-être l’occasion de se mettre au clavier (de l’ordinateur… le piano je l’ai abandonné il y a un demi-siècle) et de rédiger une petite chronique à lire, non pas au coin du feu, mais assis derrière la fenêtre à guetter un rayon de soleil…
• Se mettre à l’ouvrage – non sans difficulté – car la brume, la grisaille, le coton hydrophile, le feutrage des paysages poussent à l’indécision et à la morosité.

Les hirondelles qui ont niché à la grange, elles, ne sont pas affectées par les rigueurs climatiques. Sur la photo, elles sont rassemblées pour leur première leçon de pilotage ; elles ne prennent pas encore la poudre d’escampette !

Une belle réussite de l'année : le HLM à courges...

Une belle réussite de l’année : le HLM à courges…

Je relis les titres des billets – nombreux – que j’ai commencés ces derniers temps et, comme il se doit, souvent laissés en plan. Quelques bons titres, quelques thèmes aguichants, des idées qui mériteraient sûrement un développement plus étoffé comme le disait mon prof de philo. Rien qui me facilite vraiment la tâche. Besoin d’innover, comme une chatouille au creux de la main, mais le cerveau ne réagit guère à ce stimulus limite agaçant. Besoin de chercher de nouveaux espaces, de nouveaux thèmes, mais paralysie de la curiosité lorsqu’il s’agit de baguenauder et de trouver de nouvelles sentes à explorer. J’ai fait part, l’autre jour, de mon désir de mettre le blog en sommeil quelques semaines. Après tout, pendant cette période dite estivale, vous êtes moins nombreux à me lire et seuls les spammeurs et les agités du code expliquent raisonnablement les quelques pics d’audience depuis un mois. Tous les ingrédients sont donc réunis sur mon plateau pour que je saisisse ce prétexte bien commode du repos estival pour m’en aller conter mes histoires aux pinsons, aux escargots et aux poissons rouges de la mare. Mais je crois que pour une fois je ne choisirai pas cette solution de facilité. Je vais continuer à commettre quelques billets d’humeur ou d’exploration, au gré des vagues et des cumulo-nimbus.

Je pourrais me contenter, par exemple, pour n’avoir à consulter aucun dictionnaire, de vous conter ce qui se passe de palpitant à la maison au fil des jours… C’est l’objectif avoué de ces potins. Si ça vous lasse ou si ça vous agace, vous pouvez toujours aller temporairement visiter une autre crèmerie : il n’y a que l’embarras du choix.

Mamaz 1 Samedi dernier, en soirée, nous avons organisé notre cinquième « spectacle à domicile ». Le clou de la soirée, c’était la prestation d’un groupe de musique baptisé « les Mamaz » : deux chouettes filles qui chantent, chahutent, grimacent et jouent de divers instruments, accompagnées (on pourrait dire « supportées » dans les deux sens du terme) par un très bon pianiste aux talents insoupçonnés de comédien. Le spectacle s’intitule « et pourtant elles chiantent » et l’on peut dire de ce titre qu’il résume fort bien les acrobaties vocales, musicales et scéniques qui se sont joyeusement succédé pendant une heure et demie. Manon Lardanchet, Mathilde Combe et Joël Clément ont un vrai talent et mériteraient d’occuper une place plus importante sur les scènes trop discrètes de cette catégorie musicale confidentielle que l’on appelle parfois « chanson à paroles ». Allez faire un tour sur le site du groupe et vous comprendrez, un peu, pourquoi les amis présents et nous-mêmes avons tant apprécié la soirée. En tout cas, ce spectacle ne démérite pas des précédents et nous sommes assez fiers de notre programmation ! Avant ce morceau de choix, la mise en bouche, très réussie, était laissée aux soins d’un jeune pianiste classique talentueux, Denis Gravina, qui a interprété quelques pièces de Grieg, Mendelssohn et Messiaen. Si je vous dis qu’après ces réjouissances culturelles nous avons terminé la soirée en nous régalant devant un copieux buffet alimenté par tous les participants, c’est juste pour vous donner envie !

ciel d'orage Nos volontaires Help’x n’ont guère de travaux à effectuer ces derniers temps : c’est un autre effet direct de la météo très aléatoire que nous avons cette année. Les cueillettes de fruits rouges ont débuté bien plus tôt que l’année dernière, quant aux légumes, après des débuts prometteurs au mois de juin, ils trainent un peu la patte pour mûrir ces derniers temps. Le principal sujet d’actualité c’est la lutte contre les limaces et surtout les rats taupiers. J’avais déjà écrit sur ce sujet il y a quelques étés et je ne vais pas réitérer. En tout cas je deviens un expert en rat taupier, ce charmant (aarrgh !) petit rongeur que l’on appelle aussi campagnol terrestre. Ce sympathique animal de compagnie s’installe dans le sous-sol de votre jardin, se garde bien de montrer le bout de son museau, et fait des ravages considérables dans les cultures. Mon expérience de bac construit en « lasagnes » selon l’un des modèles préconisés en permaculture s’est avéré être une véritable catastrophe. Le seul vrai bénéficiaire du projet c’est (ou ce sont) un (ou plusieurs) campagnol(s), ravis d’avoir niché dans le bois mort bien au frais sous les couches de paille et de compost. Du fin fond de leur domaine, ils ont mis le quartier en coupe réglée. Les dégâts sont considérables : avant que je ne capitule et laisse ce micro-jardin en no man’s land, il (ou ils) a coupé plus d’une quarantaine de plants de légumes selon un hit-parade gastronomique très précis : céleris (une folie), betteraves (un régal), salades (miam), mais aussi aubergines, choux en tout genre, courgette… N’ayant que l’embarras du choix cet animal que j’ai surnommé Attila attend patiemment que la racine (ou le bulbe) soit suffisamment charnue avant d’engloutir le plant en le tirant vers le bas… Pour certains légumes, le monstre se contente des racines, pour d’autres, comme le céleri, l’ensemble du végétal est englouti. Arvicola Terrestris, je t’aurai !

jardin en bac Je hais donc le rat taupier et je commence à avoir des doutes sur certains façons culturales préconisées en permaculture, notamment l’absence de travail superficiel du sol et le fait de se contenter d’apporter des débris végétaux et du compost en surface. L’hiver très doux que nous avons eu cette année a favorisé la pullulation des rongeurs. Quant aux prédateurs, eux, ils ne sont pas pressés d’effectuer leur travail de régulation. Conséquence positive de mes coups de colère successifs, je crois bien que les chats, absents du paysage de la maison depuis quelques années, vont faire leur retour eux aussi. Histoire de faire plaisir aux végétariens, je me demande si le jardin, cette année, ne produirait pas plus de viande que de légumes… Il ne reste plus qu’à mettre au point la recette de la terrine limaces-courgettes et nous serons presque auto-suffisants. Ces charmantes bestioles sont suffisamment gluantes pour qu’il n’y ait pas besoin d’adjoindre un gélifiant au mélange. Beuark, rassurez-vous, ce n’est là qu’une menace en l’air. Mais il n’en reste pas moins que ces bestioles aussi sont de redoutables prédateurs. En une nuit, une seule limace a réussi à ratiboiser une quinzaine de plants de salades en godet… La charmante apprentie jardinière qui venait d’effectuer le délicat travail de transplantation d’un petit godet vers un grand ne manquera pas d’apprécier quand elle va s’enquérir de la santé des nourrissons de mon service néonatal. La coupable de ce méfait s’était gentiment cachée sous un pot… J’ai cruellement mis fin à son existence. Mon seul regret c’est qu’un hérisson ne se soit pas chargé du boulot à ma place, mais il y a des années et des années que nous n’avons plus croisé ces charmantes bestioles autrement qu’en tapis à clous au bord de la route. Insecticides, poisons divers et automobilistes aveugles sont responsables du massacre de l’un des auxiliaires les plus précieux du jardinier.

femme araignee Il pleut. J’écris, un peu. Je lis beaucoup et de grandes et belles choses. Je mitonne une petite chronique « lecture estivale », mais je ne résiste pas à la tentation de la faire précéder par un apéritif conséquent. Grâce au blog « Actu du Noir », j’ai découvert qu’Anne Hillerman avait repris la série de romans policiers écrite par son père Tony. Je partage l’avis de Jean Marc Laherrère : la transition est plutôt réussie. Les bouquins de la famille Hillerman (on peut dire comme ça maintenant) racontent les aventures de deux membres de la police tribale navajo, Joe Leaphorn et Jim Chee. Les intrigues servent de prétexte à dépeindre une immense fresque de la vie des indiens Navajos et Hopis dans les réserves que leur ont concédées les autorités gouvernementales américaines. Anne Hillerman a ramené au premier plan un personnage que son père avait créé dans les derniers volumes de la série, celui de l’agent Bernadette Manuelito, et cela crée une nouvelle dynamique dans la saga. La lecture de ce nouveau volume intitulé « la fille de femme araignée » m’a bien plu. Le style est différent mais les ingrédients qui ont fait que j’appréciais la série sont toujours rassemblés. Moi qui adore les personnages récurrents (à condition qu’ils présentent un intérêt quelconque bien entendu) me voilà ravi et impatient de voir la série continuer ! Parallèlement à ce roman policier, j’ai lu un autre ouvrage passionnant qui a pour cadre les réserves navajos, mais il s’agit cette fois d’une biographie… Le livre intitulé « le scalpel et l’ours d’argent » raconte la démarche de la première femme chirurgienne navajo qui a tenté de concilier deux cultures médicales apparemment inconciliables, celle de son peuple et celle que lui avait inculquée la faculté des blancs. Elle a cherché pendant des années à faire converger deux ensembles de pratiques que tout semblait opposer : la culture médicale traditionnelle n’a que mépris pour les rituels de guérison des peuples « primitifs » ; la culture navajo n’admet pas que l’on ouvre un corps pour guérir ou enlever un organe malade. Les résultats de son travail sont suffisamment exceptionnels pour que des facultés de médecine s’y soient intéressées dans le monde entier. Je trouve cette démarche riche en opportunités pour le futur : plus le temps passe, plus l’on découvre l’importance que joue notre cerveau dans la gestion des pathologies et en particulier dans leur guérison. Aussi amusant que cela puisse paraître, je trouve que les deux ouvrages se complètent !

Les hasards des échanges par mail m’ont aussi conduit à faire un peu de généalogie et à m’intéresser au parcours de mon grand-père paternel, mort au tout début de la guerre de 1914-18. J’ai découvert la difficulté qu’il y a parfois à mettre un nom sur la photo de quelqu’un que l’on n’a pas connu, surtout lorsque tous ceux qui auraient pu le connaître sont morts aussi. Par delà toutes ces commémorations nauséabondes, ces médailles de pacotille et ces hommages pompeux rendus par des politiciens tout aussi véreux que leurs ancêtres, il y avait des créatures de chair et de sang. Maudite soit la guerre en Palestine ou en Syrie en 2014, comme en France il y a un siècle.

A la revoyure (la périodicité de ces « potins estivaux » n’est pas encore fixée).

Post Scriptum : Référence des deux ouvrages cités : « La fille de femme araignée » de Anne Hillerman, collection Rivages Thriller, éditions Payot et Rivages, traduction de Pierre Bondil – « Le scalpel et l’ours d’argent » de Lori Arviso Alvord et Elizabeth Cohen Van Pelt, Indigène éditions.

 

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2juillet2014

Une étrange Reine de Palmyre au XIXème siècle

Posté par Paul dans la catégorie : aventures et voyages au féminin; les histoires d'Oncle Paul.

Les aventures Moyen-Orientales de Lady Esther Stanhope, riche aristocrate anglaise.

Hester_Stanhope Figure singulière que celle de cette riche aristocrate anglaise, nièce du célèbre William Pitt, qui termina son existence quasiment recluse dans un monastère en ruine qu’elle avait transformé en palais, au pays des Druzes, dans les montagnes du Liban… Personnalité suffisamment haute en couleurs, pour que notre bon Monsieur de Lamartine, lors de son « voyage en Orient » fasse des pieds et des mains pour la rencontrer et laisse, pour la postérité, un portrait élogieux de cette Lady devenue prophétesse dans l’ancien royaume de Palmyre. D’autres auteurs ont, depuis, tracé son portrait plus ou moins romancé… A travers le parcours singulier de cette femme se dessinent aussi les contours d’un siècle où la volonté de voyager, d’appréhender un monde nouveau et exotique, de vivre une vie raisonnablement aventureuse, est devenue une véritable mode au sein de la bonne société fortunée, que ce soit en France, en Grande-Bretagne ou dans de nombreux autres pays d’Europe. Ce que le parcours de Lady Stanhope a de différent des autres, c’est que c’est son orgueil, la haute opinion qu’elle avait d’elle même et le mépris dans lequel elle tenait une bonne part de ses contemporains, notamment dans l’aristocratie anglaise, qui l’a poussée à s’établir en Orient. Elle voulait un monde qui ne soit qu’à elle, à son image, un royaume à son entière dévotion où elle aurait pu jouer à sa guise avec la destinée de ceux qui l’entouraient. On peut considérer qu’elle atteignit partiellement son objectif et nous allons voir par quel cheminement !

William Pitt Esther (ou Hester) Stanhope est née en 1776 dans une riche famille de l’aristocratie anglaise. Son père est (entre autres) l’inventeur d’une célèbre presse à imprimer. Elle est aussi la nièce de William Pitt, premier ministre anglais, adversaire résolu des révolutionnaires français de 1789 puis ennemi acharné des menées napoléoniennes. Au décès de son père, Lady Stanhope se réfugie auprès de son oncle, et habite désormais le légendaire « 10 Downing Street ». Elle occupe une place prépondérante auprès du premier ministre, dont elle est à la fois la secrétaire, la conseillère et la gouvernante. Pendant une dizaine d’années, son influence sur l’entourage de Lord Pitt va être considérable. Elle est extrêmement rigoureuse et ne supporte guère les courtisans qui manœuvrent dans l’entourage de son oncle. Quoique habile politicienne, et diplomate subtile, elle n’apprécie aucunement l’hypocrisie et les mœurs dissolues de ceux qui se targuent sans cesse de morale et de religion. En 1806, William Pitt décède. Il a perdu la dernière manche de son combat contre « l’empereur de pacotille » des Français. La bataille d’Austerlitz s’est terminée par une victoire pour Napoléon. Tout va mal pour les Anglais, même s’ils ont, jusqu’à ce jour, réussi à contenir les ambitions invasives du souverain français. Pour Lady Stanhope, la situation se dégrade rapidement car elle ne bénéficie plus de la protection de son oncle et beaucoup de ceux contre lesquels elle a agi rêvent de vengeance ! C’est aussi la fin d’une certaine aisance financière pour la grande dame. Elle doit se contenter d’une pension peu généreuse et quitte Londres pour retourner en province où la vie est moins dispendieuse. Cette mise à l’écart la vexe considérablement, et, ne supportant plus la monotonie de sa nouvelle existence,  elle décide de quitter son pays sans plus attendre. Un jeune médecin, le docteur Meryon, l’accompagne. Il lui sera fidèle tout au long de son périple. Il sera son confident, mais aussi son biographe, sans qu’il n’y ait entre eux de relation amoureuse.

lady hester stanhope-malta En 1810, elle embarque pour Gibraltar où elle séjourne quelques temps, puis elle se rend sur l’île de Malte où elle fait la connaissance d’un jeune compatriote, Michaël Bruce, qui devient son amant. Le couple se rend alors à Athènes, le temps de mettre en émoi la bonne société. Le périple méditerranéen continue alors avec une longue escale à Constantinople, où elle est reçue avec égards par le Sultan Mahmout II. Elle fait un séjour enchanteur en Turquie, explorant les quartiers de la capitale en chaise à porteurs, et se livrant à de longues excursions en barque sur le Bosphore.

Changement de décor et premières péripéties à la fin de l’année 1811, lorsqu’elle décide de quitter la Turquie pour se rendre au Caire, en Egypte.  Le bateau qu’elle a choisi pour effectuer ce trajet fait naufrage au large de l’Île de Rhodes. Il faut un certain temps pour que les survivants dont elle fait partie soit enfin secourus puis conduits jusqu’en Egypte. Elle s’installe au Caire. Le vice-roi d’Egypte, Mohammed-Ali est séduit par cette femme extravagante, qui a renoncé définitivement à ses atours féminins et ne porte plus qu’un costume d’homme à la mode turque. Comme elle est de grande taille, l’amplitude de ses nouveaux vêtements lui confère un charme singulier et rend sa silhouette particulièrement impressionnante. Elle se lasse du Caire comme de Constantinople et souhaite découvrir de nouveaux horizons. Elle se brouille un temps avec son amant car celui-ci souhaiterait qu’elle accepte de revenir en Grande Bretagne, conseil qu’elle refuse obstinément d’écouter.  Après un périple jusqu’aux pyramides qu’elle effectue seule en remontant le Nil en bateau, elle se réconcilie avec Bruce et se rend en Palestine. Le jeune homme a définitivement renoncé à lui proposer un retour au pays natal et préfère la suivre dans sa vie nomade. La petite troupe visite Jaffa, Jérusalem, Nazareth… Lady Esther trouve ces villes séduisantes mais particulièrement sales…

Femmes_de_sidon Elle rencontre l’Emir des Druzes qui lui propose de continuer son périple jusque dans le Sud du Liban pour visiter la ville de Sidon et découvrir la splendeur du Mont Liban (Le terme Liban désigne à cette époque une zone géographique montagneuse et non un Etat). Lady Stanhope voyage dans des conditions particulières : sa caravane progresse lentement, elle établit le contact avec les populations locales auxquelles elle témoigne de nombreuses marques de sympathie. Elle parle couramment l’Arabe, et se montre curieuse de nombreux sujets : les différences entre les pratiques religieuses l’intéressent particulièrement. En de nombreux endroits elle est accueillie à bras ouverts. Sa personnalité  est pour une part responsable de cet accueil chaleureux ; les largesses monétaires de Michaël Bruce à l’égard des diverses congrégations religieuses le sont aussi ! En juillet 1812, elle parvient en quelque sorte au terme de la première partie de sa quête et séjourne quelques temps dans le pays des Druzes où elle est reçue somptueusement. Elle aussi, pour ne pas être en reste, dépense sans compter, d’autant que son chevalier servant, le fidèle Bruce, se montre prodigue des finances paternelles. Mais c’est bientôt la fin de l’opulence… La famille du jeune homme estime que la cavalcade géographique et financière a assez duré et le père pose un ultimatum : Bruce doit choisir entre sa ruineuse maîtresse et le soutien financier qu’il reçoit pour prolonger sa vie de bohème. Le 7 Octobre 1813, les dés sont jetés… Les amants se séparent sans que l’histoire ne précise si cet instant est dramatique ou non ! Lady Stanhope reste en Syrie, à Damas où elle vient d’arriver. Mickaël Bruce retourne en Grande Bretagne conformément à la décision paternelle. Leurs chemins ne se croiseront plus.

Sidon-chateau Lady Stanhope s’installe dans les ruines d’un ancien couvent, Mar Elias, dans les montagnes de l’arrière pays de Sidon. Le lieu lui a été concédé par l’Emir Béchir qui, dans un premier temps, l’apprécie beaucoup. Son état de santé n’est plus très bon. Elle se remet très lentement d’une longue maladie, sans doute la peste, qu’elle a attrapée sous une forme atténuée au cours de son périple en Palestine et au Liban. Privée du soutien de son ami, sa situation matérielle aussi commence à poser problème. Sa fortune personnelle, dont elle a perdu une large partie lors du naufrage au large de la Grèce, est pratiquement épuisée. Ni sa famille, ni le gouvernement de son pays d’origine ne la soutiennent plus. Absente depuis des années d’un pays qui a peu de gratitude pour les services politiques qu’elle lui a rendus, elle ne s’occupe guère de la gestion de ses affaires, trop éloignées pour qu’elle s’y intéresse. Elle continue cependant à  dépenser presque sans compter : elle fait d’importants travaux pour réaménager son lieu de résidence et lui donner un caractère un peu plus somptueux ; elle entretient un personnel nombreux et ses proches abusent d’une générosité dont elle n’a plus les moyens ; elle se mêle de politique dans son pays d’adoption et n’hésite pas à subvenir aux besoins des réfugiés qui font appel à son secours. La situation est instable dans la région et les conflits sont trop nombreux pour les énumérer dans le détail. Ses biographes décrivent avec emphase les chevauchées, parfois très courageuses, auxquelles elle a participé, dans un contexte souvent hostile. Il est probable que Lady Stanhope joue un rôle dans le jeu diplomatique complexe qui oppose la France et l’Angleterre au Moyen-Orient, mais il est difficile de préciser lequel, tant les agissements de la vieille dame sont contradictoires. Son orgueil est immense et il semble qu’elle agisse avant tout en fonction de ses intérêts propres. Ses relations avec l’Emir Béchir deviennent exécrables, et les deux personnages se livrent à une partie d’échecs grandeur nature quasi incessante. Lasse de tous ces conflits (dont elle est par ailleurs souvent responsable), elle devient de plus en plus mystique et elle évolue dans un système mental dans lequel l’astrologie, la divination, l’interprétation des songes, occupent une place de plus en plus grande. Les tribus qui vivent dans son voisinage la qualifient de « prophétesse » !

Alphonse-de-Lamartine Lady Stanhope vieillit et se renferme sur elle-même. Elle devient peu à peu recluse et se laisse aller à de longues méditations. Elle s’adonne à d’interminables observations du ciel et passe parfois des journées entières sans adresser la parole à quiconque. Elle consacre du temps au jardin à l’orientale qu’elle a fait aménager dans l’enclos du monastère. Ses contacts avec le monde extérieur se font plus rares et il faut parlementer longuement avant de pouvoir séjourner dans sa demeure. Au fil du temps, les élus sont de moins en moins nombreux. Lamartine fait partie de ses hôtes d’un jour, en 1832. Lady Esther a été touchée par la lettre que lui a adressée l’écrivain. Voici en quels termes elle l’accueille dans son « palais » :

« Vous êtes venu de bien loin pour voir une ermite, me dit-elle ; soyez le bienvenu. Je reçois peu d’étrangers, un ou deux à peine par année ; mais votre lettre m’a plu, et j’ai désiré connaître une personne qui aimait, comme moi, Dieu, la nature et la solitude. Quelque chose d’ailleurs me disait que nos étoiles étaient amies et que nous nous conviendrions mutuellement. Je vois avec plaisir que mon pressentiment ne m’a pas trompée ; et que vos traits que je vois maintenant, et le seul bruit de vos pas pendant que vous traversiez le corridor, m’en ont assez appris sur vous pour que je ne me repente pas d’avoir voulu vous voir. Asseyez-vous et causons. Nous sommes déjà amis. »

la-dame-du-mont-liban  Sa rencontre avec la nouvelle reine de Palmyre, ainsi que l’ont qualifiée les bédouins, impressionne l’écrivain et il en témoignera longuement dans le récit de son voyage en Orient. Voici le portrait qu’il dresse de son hôtesse quelques temps avant sa mort :

« [...] Lady Esther tomba dans le complet isolement où je la trouvai moi-même ; mais c’est là que la trempe héroïque de son caractère montra toute l’énergie, toute la constance de résolution de cette âme. Elle ne songea pas à revenir sur ses pas ; elle ne donna pas un regret au monde et au passé ; elle ne fléchit pas sous l’abandon, sous l’infortune, sous la perspective de la vieillesse et de l’oubli des vivants ; elle demeura seule où elle est encore, sans livres, sans journaux, sans lettres d’Europe, sans amis, sans serviteurs même attachés à sa personne, entourée seulement de quelques négresses et de quelques enfants esclaves noirs, et d’un certain nombre de paysans arabes pour soigner son jardin, ses chevaux et veiller à sa sûreté personnelle. On croit généralement dans le pays, et mes rapports avec elle me fondent moi-même à croire qu’elle trouve la force surnaturelle de son âme et de sa résolution, non seulement dans son caractère, mais encore dans des idées religieuses exaltées, où l’illuminisme d’Europe se trouve confondu avec quelques croyances orientales, et surtout avec les merveilles de l’astrologie. Quoiqu’il en soit, Lady Stanhope est un grand nom en Orient et un grand étonnement en Europe. [...] »

D’après les mémoires de Lady Stanhope, publiées par Meyron, son biographe, le jugement de la prophétesse à l’égard de l’écrivain français fut beaucoup moins clément ! Elle le trouve imbu de sa personne, impoli et sans noblesse… Elle le considère comme un « versificateur » sans grand talent et ironise sur les propos qu’il lui prête…

En janvier 1838, le gouvernement anglais informe Lady Stanhope qu’il suspend le versement de sa pension : ses dettes sont trop importantes et les sommes allouées par la couronne britannique serviront à dédommager les créanciers. Ce nouvel épisode de ses relations tumultueuses avec Londres, provoque une colère sans précédent chez la vieille femme qui adresse une série de courriers incendiaires à la reine Victoria et à toutes les personnes haut placées du gouvernement avec qui elle possède encore un semblant de lien. Toutes ses lettres restent sans réponse. Elle renvoie en Angleterre son médecin personnel, le fidèle Meryon, afin qu’il intervienne en sa faveur auprès des autorités. De son côté, elle congédie une bonne part de ses serviteurs, n’ayant plus les moyens d’entretenir du personnel, et se mure au sens propre comme au figuré dans son palais, son futur tombeau. Elle meurt le 23 juin 1839. Son corps est découvert le lendemain par des visiteurs. Les serviteurs restant se sont enfuis et ont littéralement pillé la demeure… Triste fin pour une femme qui se croyait promise aux plus hautes destinées, et élevait dans ses écuries le cheval sur lequel le Créateur tout puissant, revenu parmi les humains, chevaucherait fringant, à ses côtés !

 Post Scriptum – Cette chronique nous éloigne quelque peu des portraits d’aventurières et d’aventuriers que j’ai l’habitude de dresser. Le non conformisme de Lady Stanhope n’a rien de révolutionnaire. Certains ont parfois comparé sa trajectoire aventureuse avec celle d’Isabelle Eberhardt, mais il y a en réalité très peu de points communs entre les deux femmes, si ce n’est leur force de caractère et leur fascination pour l’Orient. Pour le restant de leur destinée, tout les sépare : fortune, talent littéraire, ouverture d’esprit, intérêt pour l’Islam… Pourquoi vouloir à tout prix comparer ? En ce qui concerne notre étrange « Reine de Palmyre », le fait qu’elle ne corresponde pas au modèle classique des exploratrices du XIXème siècle n’enlève aucun attrait à sa destinée excentrique, bien au contraire ! L’environnement politique et diplomatique complexe dans lequel elle a tracé son propre chemin a permis à certains de ses biographes de broder quelque peu sur certains épisodes de son existence. Plusieurs livres lui sont consacrés ; je vous laisse le plaisir de la recherche si vous souhaitez aller plus loin dans cette aventure !

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27juin2014

En juin, c’est promis, le bric à blog ne déraille pas

Posté par Paul dans la catégorie : Bric à blog.

revolte cheminote Toute ma sympathie aux cheminots de la SNCF pour la grève courageuse de près de deux semaines qu’ils ont menée contre vents (médiatiques) et marées (politiciennes). De réforme en réforme, le service public SNCF se délite peu à peu pour devenir une vulgaire entreprise commerciale comme les autres. Seules les grandes lignes intéressent encore l’aréopage de technocrates qui dirige la grande maison. L’usager des voies secondaires est devenu depuis quelques années un vulgaire « client » que l’on traite avec un mépris inversement proportionnel à l’importance de son portefeuille. Je vous donne régulièrement des liens vers le site « Massif Central Ferroviaire » qui ne cesse de dénoncer les malversations commises par la direction de cet ex-magnifique service public à l’égard de ceux qui persévèrent à vouloir prendre le train le plus souvent possible, pour leur travail ou pour leurs loisirs. Tout est fait pour décourager un utilisateur lambda qui aurait l’idée saugrenue de vouloir parcourir un trajet autre que Lyon-Bruxelles ou Paris-Bordeaux. Amusez-vous par exemple à joindre deux villes d’importance non négligeable comme Grenoble et Cahors, sans passer par Paris ou Montpellier, et racontez-moi votre périple. Je vous concède que c’est un peu moins long qu’il y a trois siècles en diligence, mais on est très loin également de la vitesse du son ! Enquêtez auprès de vos proches voisins de compartiment : si vous en trouvez deux qui ont payé leur place le même prix, bravo vous aurez gagné un sandwich SNCF. Encore quelques efforts, et dans les rares TER qui rouleront encore dans de bonnes conditions, les contrôleurs vendront des cartes à gratter pour compléter leurs revenus, méthode Ryan Air.
J’entends sans cesse parler de « dette » de la SNCF… Un organisme public, mis en place pour rendre service à la collectivité, n’a pas de dette : il a un coût. Il faut bien entendu que ce coût soit proportionnel au service rendu, mais on ne crée pas un service public pour faire des profits. Le bénéfice que l’on escompte tirer des lignes rentables, doit permettre de maintenir des liaisons ferroviaires même dans les zones où la rentabilité est difficile à obtenir. Il faut se méfier de ces « écarts » de langage qui ne sont pas sans signification. Tout le monde le sait, la privatisation des services publics suit son chemin, soit disant inexorable (!). Ce genre de discours participe du processus général d’intoxication des esprits. Ne soyons pas dupes ! A lire, à propos des médias et de leurs jugements à l’emporte-pièce à l’encontre des « privilégiés » du rail, la très bonne analyse d’ACRIMED (comme d’habitude).

braves gens dormez

L’ampleur de ce mouvement ainsi que son échec amènent à se poser un certain nombre de questions sur les moyens de lutte utilisés par les cheminots. Sur ce coup là, ils ont eu du mal à conserver le soutien de l’opinion publique. Les médias ont bien fait leur travail de conditionnement : aucune explication ou presque sur les motifs de la grève, multiplication des micro-trottoirs de « clients » mécontents, intox constante sur le pourcentage de grévistes… Les directions syndicales se sont contentées d’un suivisme peu enthousiaste des décisions d’A.G. ou ont purement et simplement lâché le mouvement dès le départ. Peut-être faudrait-il, rapidement, envisager de nouvelles stratégies de lutte, comme le suggère Patrick Mignard sur « Fédérer et Libérer » :  la gratuité de trajet offerte aux usagers par exemple, comme cela se fait sur les autoroutes (mais en général pas à l’initiative des péagiers). Dans les transports ferroviaires ce n’est pas aussi simple : il faudrait étudier un système pour que les contrôleurs, sur qui repose ce genre de comportement revendicatif, bénéficient d’un minimum de soutien et ne soient pas les seuls à payer les pots cassés… Mais l’utilisation de nouvelles stratégies s’avère souvent payante.

Manifestation-des-intermittents A part ça, dans les limites hexagonales de la France éternelle, les pitres se déchainent. Les chiens vont lâcher les cheminots pour s’attaquer aux intermittents. Si l’on en croit la télévision, c’est fou ce que le mendiant en bas de la rue peut-être un privilégié, un bouffeur de subventions, un assisté chronique… En fait, les seuls qui ne soient pas vraiment des assistés, ce sont les actionnaires et les patrons… Les cadeaux incessants que leur font les divers gouvernements ne sont que la juste reconnaissance de l’importance de leur mission… Très bon texte sur Altermonde à ce sujet : ça s’intitule « Moi aussi je suis subventionné« .
Concours entre l’UMP et le PS pour savoir qui implosera le plus vite. Concours entre l’UMP et le PS pour savoir qui proposera les mesures sociales les plus réactionnaires et fera le plus de cadeaux au patronat. La vie sociale de tous ces guignols, Coppé, Juppé, Montebourg, Fillon, Hortefeux, Vals… et tutti quanti…, je m’en balance. Je n’ai pas de temps à perdre et je préfère m’intéresser à l’étude des insectes de l’entomologiste Jacques-Henri Fabre. Le volume qu’il consacre au mode de vie des bousiers est absolument passionnant. Ces insectes-là roulent du caca toute la journée et ne cherchent pas à s’en dissimuler, eux au moins. Le seul parti qui ne déçoive pas ses électeurs, du moins pas pour l’instant, c’est le Front National : ses candidats font le travail de merde pour lequel ils ont été choisis par une large part de nos concitoyens : emmerder les pauvres, les Arabes, les Roms, et surenchérir d’idées obscènes pour aller encore plus loin dans leur abjection. Vous m’excuserez mais, dans ce cas aussi, j’ai plus d’admiration pour les bousiers.

assassinat par drone interpose Beaucoup d’autres infos mériteraient que l’on s’arrête un peu, notamment dans l’actualité internationale. Le bordel en Irak, en Syrie, au Liban, en Afghanistan, en Lybie, démontre l’efficacité des diverses interventions militaires de la communauté internationale pour « rétablir la démocratie ». La marmite au Moyen-Orient est au bord de l’explosion ; l’occasion est trop belle pour les boutefeux à la Netanyahu de balancer un peu plus d’huile sur le feu. Quand aux Etats-Uniens, ils sont navrés, ne comprennent pas l’ingratitude des peuples qu’ils ont « libérés », et rendent responsables du bordel actuel les dirigeants locaux corrompus qu’ils ont contribués à installer au pouvoir. Plus d’intervention militaire américaine au programme, à part des Forces spéciales, quelques agents de la CIA, et des nuées de drones pour que les engagés de l’armée de l’air américaine continuent à progresser en matière de jeux vidéo. Après avoir exporté « Disney-Land » et le « beurre de cacahuètes » sur la planète presque entière, il n’y a plus qu’à compter les points selon Obama, avec une nuance de tristesse dans la voix ! Bombardons, égorgeons, lapidons, exécutons sommairement, Dieu fera le tri (en fonction de la religion) et reconnaitra les siens. J’espère qu’à l’entrée du Paradis il y a un minimum de tri sélectif entre les fanatiques de chaque bord, sinon le big bazar va continuer au delà de son aire de jeu habituelle.

bois illegal L’écologie aussi c’est politique et la politique ça se passe ailleurs qu’au sein du gouvernement social mou. Sur le terrain par exemple, comme vient de le rappeler récemment l’ONG Greenpeace. Pour une fois ce n’est pas aux marchands de radiations ou aux pourvoyeurs de marée noire que les militants de cette organisation se sont attaqués, mais aux trafiquants de bois. Vaste programme, et le travail ne fait que commencer ! Chez les vendeurs de mobilier, le client est en général plus sensible aux nuances de vernis, à l’aspect plus ou moins « rustique » d’une finition, rarement à l’origine du bois utilisé pour fabriquer le meuble qui l’intéresse. Au cas où il interroge le vendeur, celui ci s’empresse de répondre qu’il s’agit – comme il se doit – de bois labellisé provenant de forêts exploitées « durablement » et patati et patata. Outre que les différents labels censés protéger les forêts présentent des garanties discutables et surtout peu contrôlées, une large part du bois utilisé dans le secteur de la menuiserie et de l’ébénisterie industrielle a des origines beaucoup moins nobles : encore un secteur commercial ou la fraude permet des trafics invraisemblables. L’ONG Greenpeace a mené une campagne spectaculaire, mais dont l’impact est resté limité dans les médias, pour dénoncer les multiples abus dans ce secteur. Ainsi que l’a démontré l’ONG, le commerce de bois volé, c’est à dire exploité dans des forêts qui ne devraient pas l’être, dans des conditions particulièrement catastrophiques, se porte très bien… Voici l’adresse du dossier consacré à cette affaire ; il est très instructif et je vous invite à prendre le temps de le consulter plus en détail. Les amoureux des grandes et belles forêts et des arbres majestueux risquent de souffrir ! Quant au renforcement des contrôles douaniers, on l’attend toujours… Dans le bon vieux temps, par chez nous, une facture unique permettait à plusieurs camions de franchir la frontière italienne à répétition pendant quelques semaines. De nos jours, on ne raisonne plus par camions mais par cargos entiers ; la fraude a simplement changé d’échelle !

Une petite brève pour mettre du baume au cœur des plus militaristes et des moins écologistes de mes lecteurs : selon le site d’informations « Basta », parmi les rééquilibrages budgétaires annoncés, il y a le transfert de 250 millions d’euro du budget du ministère de l’écologie vers celui de la défense. J’espère sincèrement que cette somme permettra de mettre au point des obus à l’uranium appauvri un peu plus durables, des mines anti-personnels équitables, et des bombardiers propulsés à l’énergie solaire. De toute façon, investir dans l’écologie c’est jeter du bon argent par la fenêtre ; investir dans le militaire, c’est prévoir les interventions humanitaires de demain…

Je ne voulais pas terminer la partie « politique » de ce bric à blog sans vous signaler que le site d’infos alternatives Rebellyon a fait peau neuve. La nouvelle présentation est sympa et surtout plus facile à appréhender que l’ancienne. Une visite régulière permet de moissonner les infos rhônalpines les plus intéressantes.

 Après le quart d’heure « colère » la minute « détente et création ».

seenthis-01 Je me rends de plus en plus souvent sur « seenthis » un site de short-blogging (on ne pourrait pas trouver un joli mot français pour qualifier ce type d’écriture ?) dont le contenu, varié, permet de faire des découvertes sympathiques un peu dans tous les répertoires. Les collaborateurs proviennent d’horizons très divers, et les collaboratrices aussi. Un lien sur « seenthis » m’a permis de découvrir « Opengeofiction« , un logiciel pour participer à la création d’un monde imaginaire (cartographie). Vous me direz qu’on a déjà bien à faire avec notre petite planète bleue pour aller s’enquiquiner à en créer d’autres. Dans ma grande période « jeu de rôle », je me suis déjà livré à ce genre d’opération en ébauchant la création d’un vaste monde, ambiance Tolkien, que j’avais baptisé « Tregor », en hommage à la région du même nom en Bretagne que je tiens en très haute estime. Je m’aperçois que le virus du « Deus ex machina » ne m’a pas quitté, et que je participerais bien à ce genre de processus collectif si mes journées voulaient bien se rallonger de quelques heures. Mais pour l’instant je vis sous le régime de la dictature potagère et je ne peux donc point m’adonner au terraformage de territoires. Certains·taines d’entre-vous pourront peut-être, par ce biais, libérer leurs pulsions créatrices… Ce n’est pas plus idiot que de faire des réussites…

gueule de wab Le site Utop’Lib m’a permis de découvrir un groupe de musiciens sympas : gueules de wab. Ce n’est pas l’orchestre philharmonique de Berlin, mais leurs musiques et les textes de leurs chansons sont sympas. Mon côté fainéant reprenant le dessus, je ne me complique pas la vie et je vous propose une partie de leur texte de présentation : «Les Gueules de WaB sont à la fois artistes « artisans », poètes, chanteurs, oenologues pour nuits d’ivresse, partisans, défenseurs des causes perdues, et de fins analystes des sentiments humains. Ils donnent toute leur importance aux détails, croient aux rencontres et font confiance à la vie. Leur musique est faite de ça.» Bien que je ne sois pas un poivrot convaincu, le concept « d’œnologues pour nuit d’ivresse » me plait beaucoup. Ecoutez les extraits, visitez le site des musiciens. Il y a tant de belles choses à écouter sur la scène alternative !

L’été s’installe petit à petit. Je sens que mon rythme de publication va ralentir, déjà qu’il n’est pas bien nerveux… à moins que je ne décrète carrément une pause pour quelques semaines. J’hésite, car j’ai un bon paquet de chroniques « en bonne voie de »…. Alors je vais peut-être persévérer un peu. Je ferais bien aussi un peu de « toilettage » sur des chroniques anciennes pour les remettre au goût du jour. J’en ai parfois un peu marre de « l’éphéméritude » de la toile !

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18juin2014

Retour au château de Bonaguil et en d’autres lieux médiévaux que j’affectionne…

Posté par Paul dans la catégorie : Carnets de voyage; vieilles pierres.

entree dans Bonaguil Nous avons eu le plaisir, à la fin du mois de mai, de participer à un voyage organisé par le C.E.C.F. (Centre d’Etudes des Châteaux-forts) à la découverte des bâtisses médiévales du Lot et Garonne. Le congrès de cette sympathique association a été l’occasion de revenir dans un lieu qui a une forte valeur symbolique à mes yeux, le château de Bonaguil, non loin de Fumel et de la vallée du Lot. J’ai déjà consacré une chronique à cet édifice remarquable, construction quelque peu anachronique de la fin du Moyen-Age. J’ai plaisir à vous en parler à nouveau, car je crois que c’est ce château qui a joué le rôle de déclencheur dans ma passion pour l’étude des châteaux forts, maisons fortes et autres édifices construits entre le Xème et le XVème siècle de notre histoire. Mon intérêt déborde largement le cadre de la France de l’époque, et j’ai grand plaisir à arpenter les ruines d’autres pays d’Europe, de l’Autriche à l’Irlande en passant par l’Italie. Mon seul regret est de ne pouvoir, pour l’instant, élargir mon cercle de recherches en allant baguenauder dans quelques Etats du Moyen-Orient, dans lesquels il est difficile de se déplacer à sa guise par les temps qui courent !

Pourquoi revenir sur Bonaguil alors que j’ai déjà été relativement prolixe en détails dans ma première chronique ? Par nostalgie ? Sûrement pas ! Pour faire le point du chemin parcouru depuis janvier 2008 ? Peut-être, mais ce n’est pas la raison principale… Je ne crois pas non plus avoir plus de sympathie pour l’aristocratie de cette période de notre histoire que je n’en ai pour les tribuns actuels. Ce qui me plait dans les monuments anciens c’est leur harmonie, leur intégration dans le décor naturel (critère que l’architecture contemporaine semble ignorer totalement), et surtout l’admiration que j’éprouve à l’égard de tous ces bâtisseurs, habiles manouvriers, qui ont su tirer un si beau parti des matériaux qu’ils travaillaient ; sans doute un brin de romantisme aussi pour corser le tout ! J’ai fait quelques photos de la charpente d’un kiosque situé au cœur d’une petite bourgade (Bruch), en particulier d’un assemblage tenon-mortaise chevillé, sur lesquelles mon regard s’attarde chaque fois que je feuillette le dossier photo du voyage (voir dernière image de la chronique).

chateaux fantastiques J’aime beaucoup le terme de « passeur » appliqué à une personne qui m’a (nous a, vous a) permis de découvrir une nouveau centre d’intérêt et d’élargir le champ de ma (notre – votre) réflexion. Je crois que mon premier « passeur » pour la castellologie a été Henri-Paul Eydoux. Lorsque nous avons, ma compagne et moi, mis les pieds pour la première fois à Bonaguil, je venais d’achever la lecture des cinq tomes de ses « châteaux fantastiques ». Un second passeur, Max Pons, historien, nous a ouvert les portes de son « domaine réservé » ; en quelque sorte, il a achevé la fixation de ce nouveau « dada » dans mon esprit. Depuis cette époque lointaine, de l’eau a coulé sous les ponts-levis de nombreux autres édifices… Bonaguil est sans doute resté le monument le mieux conservé de toutes les ruines que j’ai collectionnées et inscrites dans mon palmarès. Je me suis aperçu ces derniers temps que j’avais un faible pour les monuments ruinés, un peu à l’écart des sentiers touristiques ou quelque peu négligés par l’histoire officielle. J’éprouve un intérêt moindre pour les châteaux dont l’occupation s’est poursuivie au fil des siècles et que les propriétaires actuels, parfois modestes descendants d’illustres familles, livrent à la vue des « roturiers » par le biais de visites tout aussi guidées que guindées. Dans ces chefs d’œuvres répertoriés au guide Michelin, il faut parfois chercher longtemps pour trouver quelques traces de la construction originelle. Le guide patenté préfère insister sur le lit à baldaquin dans lequel s’est prélassée Madame de Monpensier, plutôt que sur la petite fenêtre en ogive, admirablement construite, en pierres de taille savamment agencées, qui se blottit sous la toiture de l’une des tours…

touche pas a mon siege Non, moi ce qui me plait c’est plutôt le jeu de devinettes : quel pouvait bien être l’usage de cette salle ? ou pour quelle raison ont-ils placé une chapelle à cet endroit… Lors de ses derniers congrès, le CECF s’est consacré amplement à la datation des bâtiments par l’étude des encadrements de portes ou de fenêtres. C’est très technique, un peu rébarbatif, mais cela éclaire grandement la lanterne de l’historien amateur que je suis. Ce n’est pas la formation intensive que j’ai suivie pendant ces journées, ou la lecture de quelques brochures spécialisées, qui feront de moi un « expert » en la matière. Je l’ai dit d’ailleurs à plusieurs reprises dans ces colonnes, « l’expertise » ne m’intéresse guère. Ce que je voudrais c’est, avant de me réincarner sous une autre forme et sur une autre planète, bref avant de changer de continuum spatio-temporel, posséder quelques connaissances plus ou moins rudimentaires sur le monde présent ou passé qui m’entoure… Un désir plus exigeant qu’il n’y paraît : connaître une trentaine de constellations, d’oiseaux sauvages, de plantes médicinales, d’arbres pittoresques… ajouter à cela la capacité de différencier quelques roches, le plaisir de visiter quelques contrées pittoresques, le désir de lire et d’entasser dans des bibliothèques toujours trop petites des ouvrages savants ou non, mais toujours passionnants… En attendant que j’aie atteint mon objectif, éclairez ma lanterne sur un point : pour quelle raison le mouton figurant sur l’image en tête de paragraphe tient-il un os entre les dents et a-t-il l’air méchant ? Cette sculpture croquignolesque se trouve sur les stalles de la pittoresque église du XIème siècle de Moirax. Les sculpteurs de cette époque (*) connaissaient-ils les géniales BD de F’Murr ?

Bonaguil tour Retour à Bonaguil donc. Depuis notre dernier passage, des choses ont changé… Cela ne concerne pas l’édifice en lui-même qui a conservé la fière allure qu’il avait déjà il y a cinq siècles. Les divers travaux d’entretien ont su se faire discrets. C’est principalement la pression touristique qui a augmenté sur le site. Les visiteurs sont de plus en plus nombreux et je ne doute pas que lors de certaines journées estivales cette présence devienne carrément envahissante. Elle est loin l’époque où les premiers passionnés du lieu, Fernande Coste ou Max Pons, attendaient patiemment qu’un groupe de plus de deux ou trois personnes se constitue pour arpenter le labyrinthe des fossés, des galeries et des couloirs. Les séries télévisées ont mis « le moyen-âge » à la mode, et la visite d’un château « pour de vrai » est devenue un élément incontournable du parcours touristique. Contrairement à ce qui s’est passé ailleurs, les aménagements nécessaires pour canaliser « la horde » ne pèsent pas trop lourd à Bonaguil, et les marchands de souvenirs « made in ailleurs » ne se bousculent pas au portillon. La forteresse conserve l’un de ses aspects anachroniques du Moyen-Âge : elle ne se trouve dans le voisinage d’aucun axe routier important, et il faut faire un « détour » pour venir la voir (cinq cents années plutôt c’était un détour pour venir l’assiéger !). Certes un effort de communication important a été fait par les différentes officines touristiques locales, mais les promoteurs ont un peu de mal à vendre le produit car il n’y a ni parc d’attraction, ni zoo avec des dinosaures dans le voisinage ; pas de démonstration de tir à la bombarde, ni de banquet faussement médiéval organisé à la cime du donjon un jour d’orage… Rien que de la pierre, coco, et ça c’est parfois difficile à vendre. Certes mon rêve aurait été qu’il n’y ait pas de route goudronnée pour accéder au lieu saint et qu’une marche à pied de deux heures ait été nécessaire, comme pour certains châteaux des Vosges alsaciennes. Mais je me mets à la place des autochtones et je ne leur dénie pas le droit à certains aménagements. Bref, la situation se dégrade, mais pour l’heure Bonaguil n’est ni le Mont Saint-Michel, ni le palais du Louvres ! Notre visite a été guidée par un historien connaissant bien l’endroit, Yannick Zaballos, et nous avons eu grand plaisir à suivre son cheminement dans le labyrinthe des fossés et couloirs tout en écoutant son exposé solidement documenté.

Bonaguil defense Bonaguil est un château passionnant pour les historiens, même s’il n’a été le lieu d’aucun événement d’importance dans l’histoire de France. Il a été construit à la fin du Moyen-Âge, à une époque où les conflits entre puissances locales s’apaisent et où le pouvoir royal centralisateur s’affirme. Construit dans un lieu saugrenu, il ne présente aucun intérêt stratégique et n’a donc jamais été assiégé ou conquis. La construction a subi les outrages du temps ainsi que quelques modifications destinées à améliorer le confort intérieur ou à réduire les coûts d’entretien, par ses occupants ultérieurs, mais aucune restructuration vraiment importante. En fait ce château se présente comme un véritable catalogue du savoir-faire des architectes et des maçons en matière de stratégie défensive au XIVème et XVème siècle. Autre élément important, il démontre avec force ce qui était l’un des rôles prépondérant joué par ces édifices féodaux, à savoir l’affirmation du pouvoir et de la supériorité de celui qui le possédait. Face à la puissance qui se dégage du donjon, tour maîtresse de l’ouvrage, les manants sont prévenus : c’est bien en ce lieu que réside celui qui dirige leur destinée… De l’exercice du pouvoir à la folie des grandeurs il n’y a qu’un pas à franchir, et je ne doute pas que certains de nos politiciens modernes, de droite comme de gauche, auraient un grand plaisir à le faire !

moulin Barbaste Lors de notre bref séjour dans le Lot et Garonne, nous avons découvert d’autres merveilles comme le fort peu connu château de Perricard, le moulin fortifié de Barbaste ou l’église romane de Frespech. Grâce aux récits de notre guide, aux photos souvenirs que nous avons rapportées, ces lieux resteront sans doute gravés dans ma mémoire tant que celle-ci fonctionne encore un peu ! Problème majeur de tout voyage organisé, il y a des endroits dans lesquels nous aurions aimé trainer un peu plus longtemps et d’autres où nous aurions préféré abréger la visite. Mais nous connaissions les enjeux avant le départ, et ce voyage est avant-tout une invitation à revenir ! Il est difficile, lorsque l’on présente un monument, de trouver un équilibre entre les détails techniques, et la partie narrative, sur le mode conteur, qui permet de créer une ambiance. Ce parcours castellologique m’a permis d’enrichir mon catalogue de connaissances architecturales et c’est important. Il est plaisant de savoir un peu « lire les pierres » et dépister les erreurs les plus grossières dans la datation des bâtiments. Mon souci d’érudition se limite à ce stade, un peu comme vis à vis de la botanique. Les relations entre les plantes et l’homme, à travers leur culture, leurs usages, l’image qu’elles ont laissée dans notre inconscient, m’intéresse plus que le fait de mémoriser un inventaire de genres, de familles ou d’espèces. Mais quand on parle de plantes, il est utile d’être capable de les nommer précisément. Pas d’ethnobotanique sans rudiments de botanique ; c’est un peu la même chose pour la castellologie : quelques rudiments architecturaux sont nécessaires pour pouvoir placer intelligemment le château dans son contexte historique et social.

belle voute Une chose est en effet certaine, c’est que l’archéologie médiévale a beaucoup progressé ces dernières décennies et l’image que l’on se fait des édifices civils ou religieux de cette période aussi. Mais certains clichés ont la vie dure, comme celui des enduits qu’il faut impérativement faire disparaître pour retrouver le charme de la pierre nue bien jointoyée, « comme au Moyen-Âge ». Cette « pierre apparente » tant appréciée de certains amateurs était pourtant signe de dénuement, et dans les habitats les plus fortunés, on prenait soin d’enduire les murs avec des chaux, souvent colorées, qui rendaient les intérieurs (et parfois les extérieurs) plus plaisants à habiter. Un excès en appelant un autre, certains experts rénovateurs sont devenus des partisans acharnés du crépi épais qui serait – à leurs yeux – plus conforme. Il semble que la juste réponse se situe au milieu entre ces deux extrêmes (notre bon François Bayrou serait ravi) : le crépi utilisé au moyen-âge était léger, respirant, et laissait entrapercevoir la structure de pierre. L’usage de couleurs pastels ou d’un blanc bien franc, participait à l’éclairage des pièces de vie. En témoignent, les marches taillées sous certaines fenêtres, comme dans le donjon-porte de Bruch, dont la fonction principale était de renvoyer la lumière solaire vers le plafond vouté et blanchi, et participait à un éclairage d’ambiance particulièrement agréable…

Sur ces considérations hautement techniques, je vous abandonne à vos occupations. Mais je n’en ai pas fini avec les châteaux. Un de ces quatre, il faudra que je vous parle d’une autre belle bâtisse, dans ma région cette fois… Il s’agit du château des Allymes, dans le Bugey. Contrairement à Bonaguil, ce bâtiment, assez imposant lui aussi, a joué un rôle non négligeable dans l’autre guerre de cent ans que nous avons connue en Dauphiné, celle qui a opposé notre province au voisin savoyard. Mais, comme le disait si souvent « Oncle Paul » en conclusion de ses récits épiques, ceci est une autre histoire !

Note : (*) En fait les stalles datent du XVIIème siècle d’après mes espions.

un bel assemblage

 

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