8février2016

Les bagaudes, une révolte paysanne face à l’oppresseur romain.

Posté par Paul dans la catégorie : Histoire locale, nationale, internationale : pages de mémoire; Un long combat pour la liberté et les droits.

revolte contre empire Les révoltes populaires contre l’arbitraire du pouvoir étatique ont débuté bien avant le Moyen-Âge ou la monarchie absolue. L’épisode que j’entends vous conter là, avec les moyens documentaires du bord, prend naissance en 284 dans les campagnes gauloises. Il semble qu’il n’y ait pas eu qu’un seul village d’irréductibles Gaulois en froid avec les légions romaines !
Les documents dont on dispose sur ces événements qui se sont déroulés il y a presque deux millénaires sont bien entendu réduits et souvent contradictoires. Comme il est dit dans l’excellent film documentaire « histoire populaire des Etats-Unis » tiré de l’œuvre historique d’Howard Zinn, il y a l’histoire racontée (haut et fort) par les chasseurs et celle timidement esquissée par les lapins. Quand un paysan gaulois défie un empereur romain, il est clair que les deux protagonistes ne bénéficient pas du même soutien médiatique (Comment cela ? Rien n’a changé depuis le IIIème siècle ?).
Pour les partisans de l’Empire, les Bagaudes ne sont que chenapans, vauriens, bandits et va-nu-pieds. Pour les historiens des lapins, il s’agit de paysans ruinés par les charges fiscales, dépossédés de leurs terres par des propriétaires plus riches qu’eux, et n’ayant plus que la révolte armée pour essayer de se tirer d’affaires. Toute ressemblance avec une multitude de situations contemporaines n’est que purement fortuite. L’histoire n’a rien à nous enseigner disent certains…

La révolte des Bagaudes est un mouvement complexe car il va se dérouler en plusieurs phases étalées sur un siècle et demi, de 284 à 440 pour les derniers soubresauts. A l’évidence, tous les épisodes englobés sous la même appellation n’ont pas eu les mêmes protagonistes, et les motivations ont été sans aucun doute variées. La localisation géographique des différents mouvements diffère également. Il n’est pas évident de comprendre quelles sont les modalités qui ont permis l’attribution du nom de « Bagaudes » à certaines révoltes et non à d’autres. Le terme semble avoir été largement employé en tout cas pour qualifier toutes les formes de troubles sociaux, dans les campagnes, en Gaule, quelle qu’ait été leur ampleur. En tout cas, cette étiquette n’a pas été revendiquée par les révoltés eux-mêmes. Ce qualificatif a sans doute été créé par ceux qui ont décrit et catalogué les divers mouvements. Une explication plausible est donnée à l’origine du nom « bagaude ». Le mot viendrait de la langue celtique où il est connu sous la forme « bagad » qui signifie troupe. Il est probable que le mot existait en Gaule, employé comme nom commun. La révolte de 284 l’a rendu populaire. Histoire de suivre un peu la chronologie de cette affaire, je propose de commencer par le premier épisode en 284. Celui-ci se déroule dans l’Ouest et le centre du pays.

Diocletien buste Istambul Le milieu du IIIème siècle est une période de grande instabilité dans l’Empire Romain. La situation politique intérieure est chaotique : depuis l’assassinat de l’Empereur Sévère Alexandre en 235, jusqu’à l’arrivée de Dioclétien en 285, une soixantaine de prétendants se disputent le pouvoir central, annexent des provinces, lèvent des armées et se livrent un combat féroce. Pendant ce demi-siècle, la Gaule retrouve un semblant d’indépendance avec des Empereurs gaulois « autonomes ». La situation sur les marges de l’Empire n’est pas bonne non plus. Profitant de la faiblesse des Empereurs, les incursions des Goths à l’Est et des Maures au Sud se multiplient, et sont de plus en plus audacieuses. Les frontières de l’Empire se sont repliées sur le Rhin et le Danube. Ces troubles coûtent fort cher et l’insécurité règne dans les campagnes. Certaines villes sont ruinées et nombre d’établissements artisanaux importants ferment leurs portes (notamment des ateliers de tissage ou de poterie). Les impôts et les pillages obligent les paysans à fuir dans les bois et à abandonner leurs propriétés.

citoyens romains Les édits proclamés au début du IIIème siècle ont rendu tous les hommes libres « citoyens romains », mais l’égalité ne règne pas pour autant et la société se divise en deux classes n’ayant pas les mêmes privilèges. D’un côté les « honestiores », classe supérieure ; de l’autre les « humiliores ». Les uns occupent tous les postes clés et ne sont pas soumis à l’impôt ; les autres (l’immense majorité de la population), sont taillables et corvéables « à merci ». Pour dresser un tableau complet de la société, il faudrait ajouter à ces deux classes, les exclus, les hommes qui ne sont pas libres, à savoir les esclaves et les « insolvables » , ceux qui ne sont pas en mesure de payer leurs dettes. Seuls les honestories sont autorisés à porter des armes et à devenir cavaliers.
Il est fort probable que ce sont dans les classes les plus basses que l’armée des Bagaudes va recruter l’essentiel de ses effectifs ; mais il est possible que le contexte économique ait fait basculer bon nombre d’hommes libres dans la misère. L’un des premiers interdits que vont bafouer les insurgés c’est celui concernant le port des armes…

les-bagaudes-des-paysans-rebelles-conduits-par-amandus-photo-dr Le premier événement marquant du soulèvement des Bagaudes a lieu dans le Nord de la Gaule. Une armée, avec à sa tête un nommé Pomponus Aelianus, se constitue. Elle regroupe un certain nombre de bandes armées composées de paysans, d’esclaves et de déserteurs des légions. Dans le contexte, on peut considérer que ces bandes sont, à l’origine, des milices paysannes constituées pour contrer les incursions calamiteuses des barbares. Les difficultés économiques viennent renforcer le mouvement. La troupe se déplace du Nord vers le Sud. Sa marche victorieuse s’arrête sous les murailles d’Autun. Il est difficile de savoir si la ville est prise ou simplement assiégée. Il est connu qu’elle subit de nombreux dommages à la suite des affrontements. La légion, envoyée par l’Empereur Dioclétien et obéissant aux ordres de Maximien Hercule oblige les Bagaudes à reculer. Les insurgés se replient dans une forteresse qu’ils ont investie et fortifiée à proximité de Paris. Les historiens estiment que cette base arrière se situerait à l’emplacement de l’actuelle Saint-Maur-des-fossés. Les assiégés ne peuvent résister et sont vaincus. Maximien, malgré la réputation brutale qui est la sienne, aurait fait preuve d’une relative clémence à l’égard des prisonniers, cherchant plus à les intégrer dans la légion, qu’à s’en débarrasser. Voici comment les faits sont racontés dans l’histoire de France rédigée par Henri Martin au XIXème, récit basé sur plusieurs témoignages monastiques anciens :

« Maximien poursuivit sa route, assaillit les Bagaudes et les défit, à ce qu’on croit sur le territoire des Edues (près de Cussi en Bourgogne) ; après divers échecs la plus grande partie de cette multitude indisciplinée se dispersa et mit bas les armes ; les plus braves avec leurs chefs, Aelianus et Amandus, se retirèrent dans la presqu’île que forme la Marne, un peu au-dessus de son confluent avec la Seine, et qui était alors complètement isolée de la terre ferme par un mur et un fossé construits par Jules César ; ils se défendirent jusqu’à la dernière extrémité dans ce camp retranché, que les légions finirent par emporter d’assaut après un long siège. Aelianus et Amandus moururent les armes à la main. Ce lieu conserva pendant plusieurs siècles le nom de camp des Bagaudes ou fossé des Bagaudes ; c’est aujourd’hui Saint-Maur-des-Fossés près de Paris. »

esclaves Les témoignages diffèrent quant au sort de Pomponus Aelianus. D’autres historiens que Martin affirment qu’il a échappé à la capture. De par le portrait qui a été dressé de lui dans divers manuscrits, l’homme possédait un fort charisme et il était bon orateur. Son origine est obscure tout comme la fin de ses jours. Non content d’être chef de l’armée, il avait pris, tant qu’à faire, le titre d’Empereur. Comme je l’ai indiqué plus haut, ce comportement était fréquent à l’époque. Si l’on connaît les motivations des participants à cette révolte, on ignore tout de leurs revendications et de leurs projets. Il est fort probable qu’ils n’auraient abouti qu’à remplacer un pouvoir par un autre… car cela a été le destin malheureux de nombre de révolutions que nous avons connues jusqu’à présent. Certains historiens donnent aux révoltes du IIIème siècle en Gaule une dimension religieuse. Dioclétien aurait voulu, en envoyant Maximien, réprimer l’expansion du christianisme en Gaule. Peu d’éléments viennent en appui de cette thèse ; il est peu probable que le christianisme ait été suffisamment répandu en Gaule, vers la fin du IIIème siècle pour que la question religieuse ait joué un rôle dans les événements. D’autres récits insistent sur la cruauté de Maximien qui aurait fait décimer puis exécuter la totalité des soldats d’une légion thébaine refusant d’aller se battre contre leurs frères en religion… La volonté clairement affirmée de rétablir l’ordre me semble suffisante et il ne me paraît guère utile d’enjoliver ! Les données concernant l’armée des Bagaudes relèvent probablement du domaine du fantasme lorsque l’on parle de plus de cent mille insurgés…

embuscade Les Bagaudes reviennent sur le devant de la scène au Vème siècle avec plusieurs mouvements de révolte qui prennent naissance dans l’Ouest de la Gaule, en Armorique principalement mais aussi en Aquitaine. Ces événements sont datés vers 415, 435 et 446. La situation est à nouveau chaotique dans l’Empire romain. Les frontières établies au IIIème siècle ne constituent plus une garantie et les envahisseurs les bousculent allègrement. Le premier épisode des « nouvelles bagaudes » est sans doute lié à la famine qui a frappé la Gaule lors des années précédentes. Le second est la conséquence d’une augmentation de la pression fiscale et semble toucher l’ensemble du pays. Nombre de propriétaires sont contraints à abandonner leurs terres à un patron et à devenir simples cultivateurs. Un nommé Tibatto prend le commandement de ces révoltés. Le dernier épisode est aussi le plus sérieux et semble concerner le Nord de l’Espagne également. En Gaule,  les insurgés réussissent à assiéger la ville de Tours (Caesarodunum). A la tête des bandes armées se trouve cette fois un médecin du nom d’Eudoxius.
Les légions sont victorieuses en 448, comme elles l’ont été en 435 sous les ordres du même général, Aetius. Euxodius, en fuite, se réfugie à la cour d’Attila. Aetius ne tira guère de profit de cette dernière victoire : quelques années plus tard, il fut assassiné sur ordre de l’empereur Valentinien. Les maîtres n’ont guère de considération pour leurs serviteurs les plus fidèles !

legion en marche Une certaine prudence s’impose dans l’interprétation des causes et du déroulement de la révolte des Bagaudes. La durée du mouvement (plus d’un siècle et demi), les différences de contexte selon les époques, la forme souvent allusive des documents écrits, ne permettent en aucun cas une analyse d’une grande précision. Tout au plus peut-on déterminer des tendances. Ce mouvement de révolte était clairement anti-étatique, le but étant de se libérer de l’oppression exercée par le pouvoir central (romain en l’occurrence) et par ses représentants locaux ; mais il est quasiment démontré que par contre il ne portait aucune revendication sociale ou économique précise. On n’en est pas encore aux cahiers de doléances rédigés en 1789. L’organisation militaire du mouvement était particulièrement insuffisante et seuls étaient payants les embuscades ou les coups de main. En bataille rangée, les insurgés ne faisaient pas le poids. Les esclaves et les hommes libres impliqués dans l’insurrection voulaient, en de nombreux cas, mettre en place une société libre et durable plutôt qu’affronter des représentants de l’administration face auxquels ils se sentaient en infériorité. D’un soulèvement à un autre, certaines bandes continuaient à fonctionner dans la clandestinité et les travaux récents de divers historiens montrent que se sont impliqués dans les événements de 435 des groupes d’insoumis qui étaient déjà partie prenante des révoltes antérieures.

C’est en tenant compte de ces divers éléments que j’ai essayé de rédiger ce billet. Plus qu’un récit historique détaillé et argumenté, j’ai voulu attirer l’attention des lectrices et des lecteurs de ce blog sur l’origine lointaine des révoltes paysannes dans nos contrées. L’uniforme et le langage n’ont guère fait changer la forme de l’oppression tout au long des siècles !

PS (23 février 2016) – A ceux qui sont intéressés par cette période de l’histoire, je recommande la lecture de cette chronique fort intéressante qui creuse le thème de la disparition de l’empire : « Qui a eu la peau de l’Empire Romain ?« 

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31janvier2016

bric à blog janvier : Nivôse ou Pluviôse ?

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....

bisounours Maintenant que le mois est presque terminé, Oncle Paul, excellent prévisionniste météo, peut enfin donner la réponse à cette angoissante question : c’est plutôt Pluviôse. Les concepteurs du calendrier républicain n’avaient pas entendu parler du dérèglement climatique ; la neige n’a été d’actualité que pendant deux ou trois journées dans notre lointaine campagne ; le temps de faire une ou deux prises de vue pour cartes postales. La végétation ne sait plus trop quoi penser de tout celà : fleurit ? fleurit pas ? gèle ? gèle pas ? Les campagnols se frottent les oreilles dans les terriers au grand dam des jardiniers. Heureusement, l’année 2015 a vu naître pas mal de buses dans le secteur. Nous en avons dénombré une quinzaine dans le pré voisin. Avec un peu de chance elles devraient trouver abondante nourriture, à moins qu’elles aussi se soient converties au véganisme très en vogue. L’actualité nationale et internationale ne nous laisse guère de répit pour observer la situation météorologique. Nous ne sommes plus au mois de décembre et, au pays des roudoudous, les problèmes climatiques ne sont plus à l’ordre du jour. Vous m’excuserez donc pour cette introduction « météo » style France 3. J’en reviens à des questions plus sérieuses…

silence pandas L’agitation politique par exemple… C’est un peu le bazar dans le camp désuni des écologistes. De la cuisine électorale des uns au confusionnisme de certains autres, en passant par une vision du monde qui a parfois du mal à dépasser le niveau des pâquerettes, tout le monde pourra bientôt trouver chaussure à son pied et « faire du développement durable » comme Monsieur Jourdain faisait de la prose. L’extrême droite guette dans l’ombre et ne manque pas une occasion pour attirer dans ses filets les agneaux trop naïfs… Rassembler, fédérer, certes, mais faute de base politique commune on peut arriver à mettre n’importe quoi dans le même sac. Sur le site du journal alternatif « la brique » on peut lire une très intéressante critique du mouvement Alternatiba. Vouloir faire une vaste opération portes ouvertes au niveau de la gauche alternative c’est bien, mais il faut quand même surveiller qui passe le portail… Puisqu’on s’attaque aux icônes, intéressons-nous aussi au célébrissime WWF. « Changer le système avec le WWF, partenaire de Monsanto, Coca-cola ? » C’est l’une des questions que pose un article récent du site « Le p@rtage » dressant le bilan des négociations pendant la COP21. Le titre de l’article : « Le mouvement pour le climat est mort » donne la tendance. C’est intéressant à lire pour contrebalancer l’optimisme béat de certaines analyses qui ont jugé ce sommet « productif », « prometteur » ou « sur la bonne voie ». Le signataire de cet article, Ducky Slowcode, est médiateur pour le « Indigenous Environmental Network » [les Réseaux autochtones sur l’environnement] et pour le mouvement « It Takes Roots » (une coalition de plusieurs POC en première ligne et de groupes indigènes pour la justice sociale et environnementale). Pour ceux à qui cela fait de la peine que l’on critique le « WWF », un lien est donné vers un autre article du site « Le p@rtage » intitulé « Le silence des pandas (ce que le WWF ne dit pas)« , un complément intéressant aux déclarations de l’auteur. Petit rappel pour les nouvelles lectrices et les nouveaux lecteurs à l’orée de cette année balbutiante : la « Feuille Charbinoise » n’est pas un organe de propagande. Je n’adhère pas forcément avec la totalité des idées exprimées dans les articles que je vous donne en lien ; mais j’estime cependant que ces textes ont le mérite d’ouvrir des portes, d’appeler à la discussion et de mettre en valeur des idées qui sont trop souvent rejetées du débat public en raison d’aprioris sectaires. Dont acte.

coca-cola-no-entry Au retour de notre voyage au Kérala, l’an dernier à la même époque, j’avais évoqué un certain nombre de problèmes que rencontre cet état du Sud de l’Inde, dont la démarche politique, depuis quelques décennies, est plutôt originale. La société civile est sans cesse confrontée au comportement impérialiste des multinationales et aux problèmes de pollutions industrielles. Les réseaux d’adduction et de retraitement d’eau sont malheureusement peu développés encore et le marché de l’eau potable en bouteille est florissant. Les emballages perdus ne sont que très peu recyclés et la campagne indienne est littéralement submergée de sacs, de boîtes et de bouteilles vides. Cette ressource essentielle qu’est l’eau est de plus en plus contrôlée par des sociétés comme Coca Cola qui se livrent à une exploitation effrénée des nappes phréatiques. L’activité du géant américain entraine un assèchement des réserves souterraines et d’innombrables pollutions de surface. Je vous invite à lire « Coca-cola laisse un goût amer au Kérala » sur le site Altermondes. L’article dresse un bilan des luttes menées par les collectivités rurales contre le colosse industriel. Certains de ces combats ont été victorieux mais au prix de longues années de luttes et de procédures judiciaires. La chance du Kérala c’est que la société civile est pleinement impliquée dans les processus politiques. Les collectivités locales ont une part décisionnelle relativement importante dans la gouvernance du pays, et les habitants sont impliqués directement dans le fonctionnement des institutions (avec les limites indiquées dans mon article).

L.E.F Les techniques employées par les multinationales pour imposer leurs choix sont variées et vont de la corruption à l’intimidation, en passant par toute une échelle de moyens intermédiaires. Mais ces procédés ne sont pas employées seulement par les géants de l’industrie. Les gouvernements n’hésitent pas à les utiliser pour manipuler les foules. On part d’un événement générant une menace bien réelle qui impressionne les foules, puis on brode sur le thème jusqu’à provoquer une paranoïa générale. Il suffit de prendre un peu de recul et d’analyser ce qui se passe dans l’Hexagone depuis un an. Il serait intéressant de dénombrer le nombre de fois où les mots « terrorisme », « attentats », « Islam radical » et quelques autres ont été utilisés dans les communiqués d’agence rien qu’au cours du mois de janvier. Le terrain est prêt pour semer un bouquet de lois liberticides qui visent au moins autant un éventuel mouvement d’opposition à l’austérité que les agités de la kalachnikov. J’ai trouvé intéressante l’analyse de Patrick Mignard à ce sujet. Il publie un bon texte à ce sujet que l’on peut lire sur Altermonde sans frontières sous le titre « Manipulation de la peur, peur de la manipulation« . Ce qui fait froid dans le dos c’est que cette tentative d’intimidation fonctionne si l’on en juge sur les résultats des sondages d’opinion sur l’état d’urgence et les pouvoirs de la police. Merci à la Gauche roudoudou de donner aux forces de répression le pouvoir de faire ce que bon leur semble. Quand on sait que les trois quart des policiers et des militaires votent pour le Front National, on peut se faire une idée des résultats à venir (et déjà venus). Faux, me diront les derniers supporters de ce gouvernement d’opérette, la France reste une terre d’accueil : sur les 30 000 réfugiés que le gouvernement s’engage à héberger, une bonne soixantaine sont déjà installés. C’est dire si l’on prend ce problème à bras le corps !

que-la-fete-commence-couv La nouvelle a fait pas mal de bruits dans les médias, même les médiazofficiels : dans notre pays où il n’y a jamais de problèmes, où l’on n’a pas de pétrole mais des idées, où nous sommes éternellement à l’abri des radiations, voilà ti pas que l’espérance vie des hommes et des femmes a diminué. Comme cette information perturbe de façon disgracieuse l’audition des chantres du progrès universel et permanent, une réponse a vite été trouvée : c’est la faute à la canicule, à la grippe, à une légère baisse du taux de natalité… Sur Reporterre, André Cicolella, président du réseau « environnement santé » vous propose une analyse un peu plus sérieuse de ce problème. Ses propos sont beaucoup moins lénifiants que les commentaires qui ont été émis par l’INSEE à propos de cette statistique. Pour ce spécialiste, nous sommes à la veille d’une véritable catastrophe sanitaire, en raison de l’explosion du nombre de maladies chroniques. L’accélération du nombre de cas de maladies cardiovasculaires, de diabète, de cancers, d’affections psychiatriques est particulièrement alarmante. En cause, notre mode de vie, les conditions de travail, la malbouffe… Rien de bon pour le moral, certes, mais cette situation devrait nous inciter à réfléchir, puis à agir… Comme le dit si bien Yannis Youlountas, « je lutte donc je suis ! ». YY est cosignataire d’un livre publié par les éditions libertaires intitulé « que la fête commence »… Ce n’est pas le moment d’abandonner la lutte, selon les auteurs (parmi les autres signataires, Serge Quadruppani, John Holloway, Noël Godin…). « Il est temps d’arrêter de baisser la tête. Il est temps de sortir de nos vies bien rangées. Il est temps d’occuper les villes et les campagnes. Il est temps de bloquer, couper, débrancher tout ce qui nous aliène, nous opprime et nous menace. Il est temps de nous réunir partout en assemblées et de n’obéir plus qu’à nous-mêmes. »
Je vous rassure quand même : à court terme, la situation sanitaire de la population française reste quand même meilleure que celle des réfugiés qui tentent le voyage vers l’Europe. Outre les risques de naufrages, les violences, les viols, d’autres périls encore méconnus menacent ces populations fragiles. Les mafias diverses ont pris en main le problème là où les gouvernements ne sont pas à la hauteur de la tâche. Selon le journal britannique « the Guardian », on estime qu’environ dix mille enfants mineurs non accompagnés « ont disparu » du flot des réfugiés. On craint que beaucoup ne soient tombés entre les mains d’organisations criminelles spécialisées entre autres dans la prostitution (source en anglais). Selon les responsables d’Europol, un million de réfugiés sont entrés en Europe en 2015 et 27% seraient des mineurs : un gibier de choix pour les fournisseurs des réseaux pédophiles et pour les recruteurs des gangs de tout acabit.

tom et le jardin de minuit Bon, là je sens une certaine crispation parmi les lectrices et les lecteurs. Je pense que je commence à vous gaver avec les mauvaises nouvelles. Il est temps que je vous propose quelques pistes d’investigation un peu plus souriantes. Comme je suis un chroniqueur responsable et que je ne voudrais pas que le moral des ménages ne plonge dans les sondages, je vais faire un effort. Je vais par exemple vous causer « lecture », parce que côté « musique » c’est un peu tristounet. Plusieurs blogs que j’aimais bien ne publient plus rien pour tout un tas de bonnes raisons : « Crapauds et Rossignols », « Folk et politique », entre autres sont aux abonnés absents. Côté parchemins à déchiffrer, ça va mieux par contre. Je suis toujours assidu du blog de Jean Marc Laherrère, « Actu du Noir ». Grâce aux listes de liens de ce site, j’ai découvert un autre blog sympa : « Littéraventures« . Sa rédactrice, Mary, s’intéresse elle aussi aux polars, à la SF,  aux romans pour ados. Ses choix ne regroupent pas forcément les miens mais ils ont le mérite de l’originalité et j’apprécie beaucoup ses présentations. Je lui dois la découverte d’un nouvel auteur. Il s’agit d’un auteur estonien de polars médiévaux : Indrek Hargla, dont je n’avais jamais entendu parler. Grâce à elle, ma pile de « livres à lire » (voir billet précédent) a gagné quelque peu en hauteur. Dans une chronique récente, elle parle aussi d’une BD tirée d’un roman pour jeunes ados « Tom et le jardin de minuit ». Cela m’a rappelé de bons souvenirs car c’est un livre que j’ai partagé en classe avec mes élèves, à l’époque où je naviguais encore dans le bateau « école publique ». Par chance, ce jardin poétique est toujours ouvert aux explorateurs. J’emprunte à ce livre ma « sentence » de conclusion : « Je compris alors, Tom, que le jardin changeait tout le temps, parce que rien ne reste figé, si ce n’est dans notre mémoire…». Merci de votre visite !

PS – Je ne résiste pas au plaisir de vous montrer cette « copie d’écran » avant de la mettre dans l’album photo du blog. Pour certains clients, le retour du livre à l’envoyeur a été rapide ; mais pourquoi diable l’avaient-ils commandé ?

recyclage

Addenda : Le dessin n°4 est l’œuvre de Michel Kichka. Il a été réalisé en 2010, mais son thème est plutôt intemporel !

 

 

 

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21janvier2016

Une page après l’autre, tout simplement…

Posté par Paul dans la catégorie : mes lectures.

lire Après la marche, la lecture… Ces deux activités sont largement compatibles et l’ordre dans lequel elles se déroulent est sans importance. C’est un biathlon sans contraintes !
Les plaisirs de la vie sont décidément variés et il est amusant d’explorer toutes leurs facettes. Pendant tout le temps où j’ai bossé, je n’ai guère eu le loisir de prendre du recul sur ce genre de questions. Maintenant que je suis un planqué de retraité, j’ai un peu plus le temps pour observer l’empreinte de mes pas… Après les sentiers à explorer, les pages à feuilleter… Un programme qui me met en joie !

pantoufles douillettes On pénètre pas à pas dans l’intimité du livre d’un auteur que l’on aime, comme l’on prend plaisir à enfiler un vêtement confortable, des pantoufles bien chaudes, une combinaison polaire bien douillette. J’adore les sensations que me procurent la découverte ou la relecture de l’ouvrage d’un auteur que je connais et que j’apprécie. L’effort, mêlé d’inquiétude, que me demande la découverte d’un nouvel écrivain me plait également. Je ne sais pas quel est le facteur qui me pousse à choisir un nouvel auteur ; pourquoi celui-ci et pas un autre ? Je crois avoir disserté sur cette question dans un billet ancien. Il me semble que les tables de lecture chez les libraires (surtout chez ceux qui font un effort réel pour créer leur visuel et ne se contentent pas d’aligner les nouveautés ou les meilleures ventes*) jouent un rôle considérable dans ce processus. Les conseils d’amis ou d’autres lecteurs me sont utiles aussi. Je regarde également avec un a priori favorable les ouvrages sélectionnés dans certaines collections. Cette confiance est parfois mal placée. Ce n’est pas parce que j’apprécie, au hasard, la collection « Libretto » chez Phébus ou la qualité éditoriale (papier et typographie) des éditions « Actes Sud » que je vais forcément trouver mon bonheur dans leur sélection ! Mais j’avoue que l’aspect matériel d’un livre a son importance. Je crois que j’éprouve un plaisir certain à découvrir des auteurs qui sortent des sentiers battus. A de rares exceptions près, les célébrités ne m’attirent guère. Je préfère me plonger dans des ouvrages de moindre notoriété : cette orientation m’a permis de découvrir des écrivains comme Claude Tillier, Régis Messac, Henri Roorda, Mary Austin, Nicolas Dickner, Vonda Mc Intyre ou tant d’autres dont le nom ne me vient pas à l’esprit sur le moment…

dernier Poulin Découvrir un nouvel auteur a pour moi un côté rassurant. Je lis beaucoup et je crains sans cesse « d’être en panne de lecture ». C’est pour moi un plaisir immense de savoir que j’ai, dans un recoin de mon bureau, une pile de livres qui attendent que je les ouvre et que je les déguste à la petite cuillère comme une coupe de mousse au chocolat. Il y a aussi le plaisir de différer le plaisir. Ce titre-là ? non pas tout de suite, la victoire est trop facile, la jouissance quasiment préméditée : mieux vaut être patient, prendre quelques risques en commençant par cet autre que l’on vient de m’offrir et dont le contenu est comme celui des cornets surprises que l’on déballait quand on était gamin. Que va t-on découvrir sous la couverture pelliculée ; que cache cette image attrayante censée attirer le regard du lecteur ? Qui est cet auteur dont je n’ai jamais entendu parler ? J’ai acheté, au mois de décembre (et avec un temps de retard) le dernier ouvrage de l’écrivain Jacques Poulin, un de mes auteurs fétiche. Sachant qu’il n’y avait que peu de chances que je sois déçu, je l’ai laissé – héroïquement – pendant deux ou trois semaines dans ma pile de lectures en attente, plutôt que de déballer le colis apporté par le facteur, comme un sauvage, à grands coups de ciseaux ! Quand je me suis enfin décidé à lui consacrer tout mon temps, j’ai fait l’effort de m’arrêter en cours de route, plutôt que d’essayer de connaître trop vite le mot de la fin. Jacques Poulin, à mon grand dam, mais aussi pour mon plus grand plaisir, est un auteur peu prolifique. La dernière de couverture refermée, je sais qu’il me faudra attendre deux ou trois années pour connaître à nouveau le plaisir que j’ai éprouvé. Heureusement qu’entretemps il y a les joies de la relecture ! Ce que je dis pour Poulin est bien entendu valable pour d’autres auteurs. Mais, par chance, la majorité d’entre eux écrivent beaucoup plus souvent, à moins bien entendu qu’ils ne soient décédés depuis leur dernière parution (une larme pour Tony Hillerman au passage). Pour le dernier opus de Thomas Cook (« la vérité sur Anna Klein »), un auteur de polars auquel j’accroche bien, j’ai eu du mal à poser le livre en son milieu, et j’ai bouclé sa lecture en deux séances seulement. Il faut dire que Cook est un artiste de la manipulation et que je n’ai pas pu résister au fait de vérifier si mon hypothèse était bonne pour la conclusion ou non.

Depossedes Une remarque en passant concernant l’écriture… Cette chronique était en gestation depuis pas mal de temps, mais elle me posait problème et n’avait pas abouti à quelque chose qui me satisfasse… La lecture est un domaine où je n’ai pas d’idées bien arrêtées. Je relis mes premières notes écrites il y a quelques mois et je ne suis pas convaincu par les idées exposées alors : trop pompeuses, voire lénifiantes.  Je m’aperçois que j’ai « copié-collé » quelques unes des phrases initiales dans ce nouveau billet mais que je les ai précédées de la mention « vieux texte : éléments à reprendre ? » – « Vieux texte » pour des lignes que j’ai écrites dans le courant de l’année 2015. Il ne faut peut-être pas exagérer ! Pourtant, c’est clair, il y a des énoncés qui ne me conviennent plus du tout. Ils nécessitent, au minimum, un remaniement partiel. Je crois que cette démarche hésitante m’a pour ainsi dire interdit, dans le passé, de devenir militant d’une organisation politique quelconque. Je n’ai jamais été capable de vendre un journal ou un bouquin en disant qu’il était « bon ». Se contenter de dire qu’il y a des articles intéressants à l’intérieur, ou des idées qui méritent d’être débattues, ce n’est pas une démarche efficace pour un bon commercial. Trop souvent, les gens espèrent qu’on va leur vendre du rêve, là où moi je n’ai à leur proposer que du « à débattre ». Cela ne veut pas dire que je ne fais pas de choix, que je n’agis jamais par peur d’aller dans la mauvaise direction ; cela signifie simplement que je ne peux rien proposer de « figé » ni sur le plan politique ni dans aucun autre domaine. Grand admirateur du géographe anarchiste Elisée Reclus, je ne vais pas pour autant le « vendre » comme l’auteur incontournable à avoir lu… Pour revenir à mon sujet initial, la lecture, il est quand même rare que je quitte une librairie sans y avoir trouvé mon bonheur et il est rare aussi que ma pile de « lectures à venir » soit réduite à la portion congrue.

Supermarche Super U Certains livres me procurent une satisfaction intense… D’autres me déçoivent et me mettent parfois même en colère. C’est souvent le cas pour des bouquins qui sont écrits en suivant un certain nombre de recettes commerciales éprouvées. J’en lis fort peu mais il arrive que je m’égare ! Pas mal d’auteurs de polars tombent dans cette ornière et leur roman est construit comme un futur scénario de film à succès. « Millénium » ou « Da Vinci Code » sont passés par là. Les cours universitaires ou les livres de cuisine ont complété le travail. Pour faire un roman « à succès », il faut : pas mal d’hémoglobine, quelques passages de violence vraiment malsaine, un brin de complaisance envers la torture, quelques scènes de sexe un peu pimentées, un héros obligatoirement paumé, une héroïne sexy… J’ai horreur des livres prévisibles. Je ne supporte pas les visions complaisantes de la violence et du sadisme. Pour résumer, un bon écrivain peut faire ressentir la souffrance éprouvée par une victime sans être obligé de détailler doigt après doigt les ongles arrachés… Certains livres que l’on rattache au « genre » littérature policière me plaisent particulièrement parce que l’auteur raconte une histoire au sein de laquelle il y a une tension indiscutable, mais pas vraiment d’assassin (autre que l’environnement social) et pas vraiment d’enquêteur. Si vous voulez tester ce genre d’écrits, essayez par exemple l’excellent « Un dimanche soir en Alaska » de Don Rearden. Quand je tombe sur un bouquin prémâché, cela me met en colère, colère née de la frustration. La sensation que l’on éprouve quand on s’est hissé sur la plus haute marche de l’escabeau pour attraper la confiture de prunes tout en haut de l’armoire ; le pot ouvert, on découvre qu’il s’agit d’un mélange fadasse ou moisi. De la littérature « à succès » pour linéaire d’hypermarché.

un-dimanche-soir-en-alaska-679355.jpg Qu’est ce que j’attends en général d’un « bon » livre alors ? C’est difficile à dire et, s’il existait une recette, je serais grandement intéressé. Déjà, sans doute, qu’il me fasse rêver, plutôt que de me replonger dans la noirceur quotidienne ; qu’il soit palpitant, donc que j’aie envie de tourner la page ; qu’il ait une histoire intéressante à me raconter ; que les personnages me soient, pour une part non négligeable, sympathiques… Importance du contenu, des idées donc, mais aussi du style de l’auteur. Il faut que la magie des mots opère et que j’y sois sensible. C’est ce que j’ai trouvé chez des auteurs comme Ursula K. Le Guin, Kenneth White, Jacques Poulin… Une écriture finement ciselée. Mais cette dernière qualité ne me suffit pas. Le style enrichit la matière mais ne s’y substitue pas. De la même façon qu’en cuisine la décoration de l ‘assiette ne saurait remplacer la qualité des ingrédients employés. Les romans à l’écriture finement ciselée, dans lesquels on sent que l’auteur a peaufiné son travail, mais n’a, au bout du compte, rien à raconter d’autre que des banalités dégageant une profonde sensation d’ennui, me laissent totalement indifférent. L’enseignement classique du français que j’ai subi, il y a fort longtemps, pendant mes années d’apprentissage, a réussi cette prouesse de me faire rejeter presque totalement la littérature classique qui constitue, paraît-il, l’une des pièces maîtresses de notre culture, mais ne m’a pas dégoûté de la lecture – ce qui aurait pu être une conséquence tragique du premier résultat. Je me complais dans ce que notre Académie et nos brillants intellectuels ont toujours considéré comme des « genres » insignifiants ou marginaux : la littérature fantastique, les romans policiers, les récits de voyage, d’aventure, de nature… Sans aucun sectarisme, ce qui me laisse le plaisir, lorsque j’en trouve un à ma convenance, de lire de très bons ouvrages « dans les normes ». Par chance, je constate quand même que les « normes » en question commencent à disparaître. Je me rappelle les bonds que je faisais lorsque j’entendais un collègue enseignant ou une brave mère de famille me déclarer que tel ou tel chérubin ne lisait pas puisqu’il n’ouvrait « que » des bandes dessinées. Quand je pense qu’il m’arrive même de lire des BD qui ne sont pas recommandées par les critiques de Télérama…

enigme diane Je ne parle ici que de la lecture de livres traditionnels, je n’aborde ni les livres électroniques, ni les textes publiés sur internet auxquels je me confronte quotidiennement. Le choix du terme « confronter » n’est pas un hasard. Je n’ai guère de plaisir à lire à l’écran. Je le fais pour m’informer et je reconnais que j’ai une forte tendance à la « diagonale » ; beaucoup plus que sur papier. L’option « livre électronique », je ne l’utilise qu’en voyage. Je reconnais que les tablettes sont plus confortables que les écrans traditionnels, mais hormis la question du poids, l’intérêt de la lecture sur écran me paraît réduit et je suis souvent frustré de ne pas avoir une vraie pile de papiers dans les mains. Le pire c’est que le livre électronique me prive de la joie et de la tranquillisation que m’apporte la perspective d’étagères remplies du sol au plafond d’ouvrages des plus divers. Cela pose des problèmes de rangement insurmontables à certains. Pour moi c’est un confort absolu et un calmant souverain.

Je pose mon livre. Je regarde par la fenêtre. L’été on peut admirer le spectacle des étoiles et prolonger la rêverie. Par ces temps de froidure, le ciel reste un peu trop couvert à mon goût. On fait avec. Cela fait du bien d’échapper un temps au spectacle du monde, guère réjouissant. Il ne manque plus qu’une belle table à dresser, quelques assiettes aux saveurs exquises, une amitié partagée, le plaisir d’un travail bien fait, un projet de voyage sous le coude… Mon regret : une vie probablement trop courte pour autant d’aventures. Là aussi, on fait avec !

Notes incontournables ou pas – (*) Une info absolument pas confidentielle, mon « top » librairies sur Lyon : La Gryffe – Raconte moi la terre – Le bal des Ardents… J’en ai éliminé plusieurs, surtout des « grandes » qui vendent les livres comme des viennoiseries… Mes excuses pour celles que je ne connais pas. Je réparerai cette lacune un jour. Il y a d’autres endroits que j’adore, comme « La lettre Thé » à Morlaix, mais c’est quand même à mille kilomètres ou presque de ma cambuse !
En illustration, quelques couvertures de livres qui me plaisent. Ce n’est pas un hit-parade mais plutôt le fruit des errances de ma mémoire !

 

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15janvier2016

Yax’che, l’arbre de vie des Mayas

Posté par Paul dans la catégorie : voyages sur la terre des arbres.

majestueux Ceiba  Au centre de la terre apparut un arbre gigantesque dont les branches se développèrent dans toutes les directions. Il apportait aux hommes toute la nourriture dont ils avaient besoin et permettait aux esprits des morts d’accéder aux niveaux célestes. Lorsque ces esprits atteignaient enfin la canopée de l’arbre, ils étaient confiés aux bons soins des treize divinités qui se partageaient le monde supérieur. Telle était la considération que les Mayas portaient à cet arbre que les botanistes européens nommèrent Ceiba pentandra (sachant que le mot Ceiba vient de la langue taïno parlé par les Amérindiens des Grandes Antilles). Les explorateurs remarquèrent que le Ceiba Pentandra possédait un fût d’une dimension impressionnante et se prêtait certainement à la fourniture d’un bois d’œuvre de premier choix. Ils s’aperçurent ensuite que la matière soyeuse entourant la graine possédait d’intéressantes propriétés. On appela la fibre « kapok », quant à l’arbre, plutôt que d’utiliser le nom difficile à prononcer que lui donnaient les autochtones, il fut baptisé « kapokier », « cotonnier d’inde » ou « savonnier » selon les régions où on le découvrit. Les négociants commencèrent à remplir la cale de leurs navires avec les troncs fournis par les plus beaux spécimens. La « communion » avec « notre mère la terre » prenait une toute autre dimension… Celle qui, entre autres, allait initier l’accumulation de capital et la Révolution industrielle en Europe, pour le plus grand malheur des autochtones. Mais ceci est une autre histoire diront les amis naturalistes. Revenons à notre arbre mythique.

kapok Nombreux sont les géants de la forêt pour lesquels on a envie d’employer des superlatifs à profusion : le plus grand, le plus massif, le plus précieux, celui qui a le bois le plus utile… Le Ceiba pentandra en fait partie, même s’il n’est guère mentionné dans les livres de record. Ce qui est étonnant c’est que l’essentiel de la documentation que l’on peut trouver sur le Kapokier provient de sources anglophones. Un tour rapide dans ma bibliothèque m’a permis de constater qu’il est pratiquement ignoré dans les guides naturalistes en langue française ayant trait aux arbres. Certes il ne pousse pas sous nos latitudes, mais bon… J’ignore la cause de cet ostracisme.
Cet arbre majestueux peut vivre au moins deux cents ans et atteindre 60 mètres de hauteur (à titre de comparaison, le chêne Rouvre de nos forêts atteint une quarantaine de mètres pour les plus beaux spécimens). Le milieu tropical est favorable à sa croissance qui est estimée de l’ordre de 4 m par année. La silhouette de l’arbre est assez caractéristique : les branches horizontales sont étagées et largement étalées, formant une canopée assez dense qui abrite de nombreux hôtes. L’écorce est lisse, mais elle est couverte de grosses épines coniques. D’énormes contreforts également épineux soutiennent l’arbre et permettent au tronc de se dresser droit vers le ciel à une hauteur impressionnante. Les feuilles sont palmées et comportent cinq à neuf folioles. Elles mesurent 10 à 18 cm de longueur totale. Les fleurs, n’ayant rien de remarquable (à part leur odeur désagréable), apparaissent avant les feuilles. La floraison est parfois irrégulière et peut ne pas se produire certaines années. Ce sont des chauve-souris qui assurent la pollinisation et permettent l’apparition des fruits, en forme de capsule elliptique, ligneuse et pendante. Lorsque le fruit est mûr et s’ouvre, apparaissent alors un duvet blanchâtre (le fameux kapok) et des graines brunes qui se dispersent au vent. On s’est très vite aperçu que ce duvet constituait une matière première intéressante pour le rembourrage des oreillers, des coussins, des matelas ou des manteaux d’hiver. Le kapok est en effet imperméable, imputrescible et très isolant. Le seul défaut de cette fibre est d’être assez facilement inflammable.

gilet sauvetage kapok Une petite anecdote au passage concernant l’inflammabilité du Kapok…. En 1942, le paquebot français « Normandie », stationné dans le port de New York est réquisitionné par le gouvernement américain qui décide d’en faire un transport de troupes… Les travaux débutent : il est nécessaire de démonter les équipements et le mobilier de ce transatlantique pour améliorer ses capacités. Le 9 février 1942, des ouvriers travaillent dans le grand salon du navire. Un coup de chalumeau malheureux enflamme les paquets de gilets de sauvetage en kapok qui ont été entassés à cet emplacement. Le feu se propage de manière fulgurante. Les bateaux pompes déversent d’énormes quantité d’eau pour éteindre l’incendie et provoquent le naufrage du paquebot… Il s’agit là de la version « accidentelle » de cette histoire. Dans les années 60, des responsables de la Mafia reconnaitront que l’incendie est en réalité criminel : « petit règlement de comptes » avec les autorités locales pour appuyer la demande de libération du mafieux Luciano. Au cas où l’administration aurait fait un geste, la Mafia new-yorkaise aurait pu assurer une meilleure sécurisation du port contre les sabotages ! Le Normandie, victime du kapok ou de la mafia, selon la façon dont on interprète les événements, ne sera jamais renfloué.

planche botanique ceiba L’attrait pour le kapok était tel que l’on rechercha le « kapokier-savonnier » dans les forêts tropicales de différentes régions du monde et qu’on en fit pousser quelques plantations là où il ne croissait pas spontanément. L’Amérique centrale n’est pas la seule zone où pousse le Ceiba pentandra. On le trouve aussi en Afrique centrale et il est devenu « invasif » dans certaines îles du Pacifique où il s’est implanté de manière plus ou moins spontanée. Au XXème siècle, l’intérêt pour le kapok a baissé, car des fibres synthétiques moins onéreuses à fabriquer ont concurrencé le matériau naturel. Les importations en Europe se sont alors effondrées. Ces dernières années, avec la vogue du « retour au naturel », la tendance commence à s’inverser et certains sites proposent à nouveau coussins ou doublures en kapok.
L’intérêt pour le bois, lui, ne va pas en diminuant, même s’il est d’une qualité moyenne (bois tendre et plutôt spongieux) et ne présente pas l’intérêt de l’ébène ou du palissandre. On l’utilise massivement pour la fabrication des contreplaqués : son tronc régulier se prête bien au déroulage. On se moque alors de sa capacité à produire un matériau isolant : seul le diamètre et la longueur du fût intéressent les négociants. D’immenses parcelles de forêt sont abattues dans le cadre de son exploitation.

le geant vu du sol Le kapokier constitue un véritable écosystème à lui tout seul. Les fissures le long de son tronc, les creux le long des branchages, abritent de nombreuses espèces végétales : des orchidées, des fougères, des broméliacées… profitent de son ombrage et des zones de plus ou moins grande humidité que permettent l’entrelacement de ses branches immenses. De nombreuses espèces d’insectes (papillons), de reptiles (iguanes, serpents) ou de mammifères (chauve-souris, rongeurs) trouvent un abri confortable dans toute cette végétation. On ne trouve pas de kapokiers dans les arboretums européens. On peut en observer de magnifiques spécimens dans les parcs au Mexique, en Californie ou dans les Caraïbes. L’arbre apprécie la chaleur et l’humidité. Il a besoin d’un sol riche et d’une grande luminosité. Il résiste difficilement au gel (-5° selon certains guides de plantation, sous réserve d’un taux d’humidité suffisant).

IMG_3544 L’arbre occupe une place importante dans la mythologie des peuples vivant sous les tropiques. Aux Antilles, les habitants pensaient que le Ceiba était habité par des esprits appelés Soukougnans qu’ils craignaient beaucoup. Ces Soukougnans sont des créatures étranges. Le jour ils ont l’apparence ordinaire de personnes humaines. La nuit, grâce à un accord passé avec le diable, ils se dépouillent de leur peau. Leur corps devient lumineux et léger et ils se déplacent dans l’air comme des feu follets. Ils se précipitent sur leur victime et sucent le sang comme des vampires. Cette histoire connait de multiples variantes comme tous les récits issus de la tradition orale. Lorsque l’on rencontre un Soukougnan, il ne faut surtout pas le montrer du doigt ou prononcer son nom car vous devenez alors l’objet de sa vindicte. La conduite la plus prudente consiste, la nuit, à fermer portes et fenêtres après les avoir ornées d’une croix blanche. Brûler un soupçon d’encens renforce la protection. Pour se débarrasser définitivement de cette créature maléfique, le meilleur moyen est de trouver sa peau et de la badigeonner de sel ou de piment. Le Soukougnan ne peut plus reprendre son apparence humaine, et la lumière du jour lui est mortelle. Certaines descriptions de Soukougnans sont beaucoup plus sympathiques : un conte de la Guadeloupe les présente simplement comme de grands oiseaux de nuit avec les plumes noires et brillantes.
Les Soukougnans se font de plus en plus rares au XXIème siècle : peut-être faudrait-il envisager d’inscrire leur nom dans le livre des espèces menacées. Inutile en tout cas de vouloir couper les Kapokiers pour se débarrasser de ces démons en herbe ; les négociants en bois s’en chargent avec méthode…

cosmo3 Les représentations de Yax’che, l’arbre sacré, sont nombreuses dans la mythologie maya. Le Ceiba pentandra est d’ailleurs l’arbre national du Guatémala depuis 1955. Tous les dessins laissent apparaître la partie souterraine et la partie aérienne de l’arbre et permettent une vue synthétique de la cosmologie maya. Aux quatre points cardinaux se trouvent les Bacabs, un groupe de quatre frères, fils de Itazmna et Ix che. Ils sont associés chacun à une couleur et à une période du calendrier. Ils supportent les différentes strates du ciel et leur rôle est fondamental lorsque les prêtres veulent lire les augures concernant les récoltes. Chacun des treize niveaux du ciel possède son dieu principal. Au niveau le plus élevé habite Hunab’Kú. Le niveau du sol, la terre des humains, est représenté par un caïman. Le sous-sol comporte neuf strates, chacune habitée par une divinité également. Le niveau inférieur est le domaine de Ah Puch, le dieu de la mort. Le code des couleurs est précis : Yax’che qui supporte l’ensemble de l’édifice est généralement vert. Cantzicnal, le Bacab associé au Nord est blanc ; Hazonek (Sud) est jaune ; Zaccimi (Ouest) est noir ; Hobnil (Est) est rouge. Toutes les informations mentionnées ici sont apparentes sur le dessin que j’ai choisi pour illustrer ce paragraphe. La page « cosmologie » du site « Authentic Maya », vous permettra de compléter vos connaissances. Vous serez certainement surpris, comme je l’ai été, de la richesse de cette mythologie, témoignant d’une grande masse de connaissances accumulées sur l’univers.

IMG_2183 Ce n’est pas un hasard si un arbre joue un rôle essentiel dans la cosmologie des Mayas. Ce n’est pas étonnant non plus qu’ils aient choisi le plus majestueux d’entre-eux comme symbole. La forêt tropicale est omniprésente en Amérique centrale et les peuples autochtones en tirent l’essentiel de leurs ressources, aussi bien sur le plan nutritionnel, médical ou énergétique. Ils se servent du bois pour la construction de leurs demeures, pour cuire leur nourriture ou pour fabriquer leurs canoés (notamment du Ceiba Pentendra pour ce dernier usage). Les arbres leur offrent des teintures, des médicaments, des fruits et même un support pour leur écriture. Ils servent bien souvent d’abris et offrent leur ombre pour protéger des rayons ardents du soleil. Des Ceibas se dressent au cœur des villages et des villes mayas. Ils jouent en quelque sorte le rôle d’arbres à palabres comme les baobabs dans les villages africains.
Les temples sont en forme de pyramides et, comme l’arbre mythologique, permettent l’accès des mortels aux différents niveaux du ciel (comparer les deux dernières illustrations). Notez enfin que dans les gravures des Mayas, le Ceiba est fréquemment représenté par une croix (les quatre points cardinaux) ce qui a grandement simplifié l’adoption de la croix des conquérants catholiques, les deux représentations étant en partie compatibles. Le catholicisme est très implanté en Amérique centrale, mais les rites romains sont bien souvent confondus avec d’anciennes pratiques religieuses locales. Une nouvelle fois je sens que je vais dévier de mon propos initial et préfère m’arrêter là en espérant avoir nourri un peu votre curiosité !

 Petites précisions concernant cette chronique : le choix du thème m’est venu tout naturellement en lisant les chroniques successives que publie mon fiston voyageur au fil de son périple en Amérique centrale. La source est la même pour les photos 1, 5, 6 et 8. Il y en a des centaines d’autres à admirer sur « Rue du Pourquoi Pas« . Celles-ci ne sont destinées qu’à vous mettre l’eau à la bouche… De nombreuses recherches documentaires sur le web m’ont permis de compléter les informations qui me manquaient. Wikipedia Commons est la source des illustrations 2 et 3. La photo 6 provient du site « Authentic Maya » dont j’ai donné les références dans l’avant dernier paragraphe. La photo 3 provient du site « Royal Dragons » vente d’antiquités militaires.

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7janvier2016

Un pas devant l’autre, tout simplement

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour...; Feuilles vertes.

IMG_2669 Un pas devant l’autre, tout simplement ; le plaisir de marcher, de batifoler, de baguenauder, de jouer à cache-cache en suivant un sentier au milieu des arbres ; loin de toute préoccupation de record, de performance ; un équipement réduit à une paire de chaussures confortables, des chaussettes bien douillettes et une veste bien chaude (enfin, selon la saison !). Après avoir été une évidence, au temps où l’on ne possédait pas d’autre moyen de transport ; après avoir été une corvée, alors qu’on disposait de moyens d’évasion performants ; marcher redevient un plaisir. Dans un monde où la vitesse, l’instantanéité, le rendement… priment ; de toute évidence, on réinvente le plaisir de cheminer d’une fontaine à un arbre, d’un arbre à un rocher, d’un rocher à une trogne, en perdant un temps fou, alors qu’il y a tant à voir, tant à faire, tant à découvrir, mais loin, très loin, si loin qu’on n’ira jamais à pied. La voiture écrase l’escargot que son conducteur ne peut voir. Le piéton peut se permettre un détour sur son chemin ; il sait qu’il gagnera la course et qu’il n’a pas besoin de ratatiner son concurrent à coquille. Peut-être que le marcheur, s’il évoluait à la vitesse du colimaçon, pourrait observer la fourmi chahuteuse qui refuse de trimer comme une ouvrière chinoise… Mais le monde qui s’ouvre à celui qui se sert de ses jambes est déjà si riche, à comparer de celui qui se projette dans le paysage à la vitesse d’une comète à quatre roues !

IMG_2684 La marche, pour être réelle source de plaisir, se doit d’être gratuite, sans objectif imposé, sans rendement nécessaire. Aller à pied chercher son pain c’est bien, c’est sûrement très écolo, mais c’est parfois lassant car la contrainte est pesante. Il y a une route et un parking devant la boulangerie. L’engin motorisé permet d’aller chercher la baguette en moins de temps qu’il n’en faut pour la manger. L’objet de la quête a son importance et malheur à celui qui, parti pour la boulangerie dans un but bien précis, s’intéressera à un tout autre objet : aux manœuvres de la pie par exemple ; celle qui s’échappe par bonds successifs des multiples embuscades que lui tend le chat de la voisine. A suivre l’oiseau facétieux, on pourrait bien perdre le chemin du fournil, perdre la raison et ne découvrir qu’une bague chatoyante dans un nid haut perché. Après une heure passée dans la forêt, verdict impitoyable : midi, la boulangerie est fermée ! J’entends d’ici le rire moqueur de l’écureuil à qui notre étourdi pourrait demander une couronne de pain bien croustillante. Vous comprenez ? C’est la faute de la pie ; l’homme de l’art vient de clore le volet de son échoppe… Eh bien tant pis, déjeuner sans pain, punition du saltimbanque.
Quant à aller à pied à son travail… Je crois bien que je ne l’ai jamais fait. Si cela avait été le cas, j’aurais eu bien des absences injustifiées. Dans la littérature on a beaucoup disserté d’ailleurs sur le « chemin des écoliers », mais fort peu sur celui des ouvriers. Imaginez un peu un « chemin des employés » ayant quelque ressemblance avec celui des vagabonds du cartable ! Imaginez la tête de votre DRH lorsque vous allez lui expliquer que « ce n’est pas votre faute mais… ».

chemins et murs En fait, marcher est une fin en soi. On marche pour marcher. On peut marcher avec un objectif certes, mais il faut alors que celui-ci n’ait nulle importance stratégique. Je décide d’explorer le chemin des contrebandiers, la voie romaine, la piste des bûcherons, le sentier des écoliers… Je vais jusqu’à la statue d’Apollon puis je rentre en longeant l’étang des saules et la haie d’honneur. Soit, car le but à atteindre n’est qu’un miroir aux alouettes. Le chemin appartiendra toujours aux contrebandiers, même si on ne va pas jusqu’au bout ; il y a beau temps que les écoliers prennent le bus ; quant à Apollon, il pourra continuer à sourire à Apolline même si je ne lui chatouille pas les arpions. Ce genre d’objectif à atteindre ne porte aucun préjudice à l’action même de marcher en folâtrant. Tant mieux si l’on peut tremper un pied dans l’eau fraîche de l’étang ; tant pis si ce plaisir est remplacé par la découverte au bout du sentier, d’un trou mystérieux qui permet d’entrer en contact avec le fin fond du fond des profondeurs d’un noir spectral. Une chauve-souris à la place d’un poisson-chat ; une empreinte fossile à la place d’un bloc de sel de contrebande ; une noisette soigneusement évidée par un campagnol, à la place d’une poésie griffonnée sur le carnet d’un écolier.

L’objectif ce peut être de faire un tour complet pour revenir à son point de départ… Moi, par exemple, je n’aime pas beaucoup les aller-retour, même si le point de vue que l’on a de sa route est fort différent. De toute manière, même si ce n’est pas le but avoué, c’est bien comme cela que ça se passe dans (presque) tous les cas. Le gars ou la fille qui va à Compostelle n’a que rarement l’intention d’y acheter une résidence secondaire. Il faudra bien qu’il rentre un jour ! La plupart trichent et prennent le train, le bus ou l’avion pour le retour…

dalles de pierre En ce moment, nous profitons des belles après-midi ensoleillées pour faire quelques circuits pittoresques dans notre région. C’est l’occasion pour moi de vérifier que Bernard Ollivier a bien raison sur ce point : l’envie de marcher vient en marchant. Les premiers pas sont ceux qui coûtent le plus ; après, un  mécanisme étrange se met en place. Le processus s’automatise dirait un ingénieur , et l’on avance, un pas devant l’autre, tout simplement… Quelle motivation nous pousse à aller de l’avant ? On ne sait plus guère : je vais aller plus loin qu’hier ; je veux savoir ce qu’il y a après le virage ; je me demande si on est encore loin du carrefour ; plus loin, dans la forêt, on trouvera un peu plus de fraîcheur… Instants magiques où l’on ne prend plus garde à sa fatigue, à l’horloge ou aux rendez-vous planifiés. Certes, en ce qui nous concerne, nous ne sommes que des apprentis marcheurs et nous n’en sommes pas rendus aux cinquante kilomètres par jour avec le sac à dos de 20 kg de l’explorateur forcené. Mais à notre échelle à nous, nous subissons un peu aussi la loi de l’adrénaline. Ne pas rebrousser chemin sauf si celui-ci nous conduit dans des impasses paysagères ou des lieux où il ne fait pas bon vivre, car l’ambiance et le décor jouent aussi un rôle essentiel dans le tableau. S’il est des régions où il est facile de trouver une relative quiétude en s’éloignant des zones habitées, il en est d’autres où cette démarche devient difficile. C’est dans ces endroits que l’on comprend l’expression employée par les géographes de « mitage du paysage ». Les chemins annoncés trompeusement par la carte sont alors des voies goudronnées, les sentiers zigzagants en forêt sont des pistes rectilignes défoncées par les engins agricoles ou forestiers, le paysage a été tellement bouleversé au cours des dernières années que l’on ne sait plus trop où l’on va. Renard, chevreuil et perdrix n’ont plus d’autres choix que de vivre au contact de l’homme et de ses armes à feu.

vieille carriere Je n’apprécie guère la marche sportive. Parfois lorsque nous errons dans les chemins creux ou les petits sentiers des boisés de par chez nous, nous sommes rattrapés et doublés par des gens pressés, généralement suréquipés, la tête haute, le regard fixé sur la ligne d’horizon. Cela ne correspond pas à notre manière de voir les choses. Je ne voudrais pas que la recherche d’une quelconque performance m’empêche d’observer un colimaçon, un écureuil qui saute de branche en branche, ou de m’intéresser au travail d’un bûcheron ou d’un jardinier assidu. Il ne faut pas oublier que la marche c’est aussi le plaisir de la rencontre. Ce n’est pas un hasard si j’ai utilisé, au début de ce billet, des verbes comme baguenauder ou batifoler. Cela ne veut pas dire non plus que je me traine comme un badaud en train de faire du lèche vitrines. Non, cela veut dire simplement que nécessité et hasard font loi. Je ne vais pas me priver d’observer le dessin des pierres sur un vieux mur, ou d’échanger quelques propos (souvent plus riches que l’on ne le croit) avec un autre promeneur décontracté. Un concert d’oiseaux musiciens, ou quelques plumes colorées aperçues dans le fouillis d’un buisson méritent bien une petite pause dans l’aventure. A propos de concert d’ailleurs, celui de la nature me suffit et je ne comprends guère qu’on ait besoin d’écouter du rap ou un boléro de Ravel quand on déambule dans une chênaie. Pourquoi se fermer au monde extérieur alors que la marche est un prétexte pour mieux l’appréhender.

plume a ne pas oublier Marcher, c’est bon pour la santé. Tant mieux ! Si marcher retarde une disparition toujours trop précoce, tant mieux ! Nous aurons ainsi plus de temps à perdre pour mettre un pied devant l’autre… Je plains cependant ceux qui ne marchent que pour faire plaisir à leur balance ou à leur médecin. Ceux-là le font souvent sur un tapis dans une salle de musculation : il n’y a que là qu’ils peuvent trouver tous les appareils de mesure dont ils ont besoin pour évaluer leurs « progrès ». J’espère que les arbres du parc qu’ils aperçoivent par la fenêtre leur donneront un jour l’idée de changer d’horizon et de jouer aux corsaires ou aux explorateurs. Peut-être pourront-ils se prendre au jeu  et transformer ainsi leur parcours vertueux (et ennuyeux) en aventure excitante !

J’exprime tout cela mais je ne le respecte pas forcément au quotidien, il faut le reconnaître ! Difficile de faire presque du surplace dans le tournoiement qui nous environne. La lenteur demande un temps d’apprentissage considérable et le bénéfice que l’on en tire est long à percevoir. Tout notre environnement incite à la célérité. Si l’on mange en dix minutes, on en a dix de plus pour lire ; si on lit en diagonale, on peut avaler deux fois plus de pages  ; le temps gagné sur la lecture permet d’aller au cinéma ; un court métrage laisse plus de temps pour travailler que la version longue d’un film soporifique ; si l’on peut se débarrasser en quelques heures d’un travail à temps partiel, on a plus de temps pour manger… Cercle vicieux de la vitesse qui nous permet de revenir sans attendre au point de départ et d’entamer un second circuit dont les performances seront encore plus éblouissantes. Je ne suis pas pressé de mettre un pied dans la tombe. Chaque jour qui passe, mon cahier de desiderata augmente. Je crains que ma curiosité ne soit insatiable.

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31décembre2015

Déni de réalité : les vœux pieux de la Feuille Charbinoise

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....

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Déni de réalité, parce qu’il est bien difficile de se cacher les événements inquiétants de l’année qui vient de s’écouler. Il faut aussi enfoncer la tête profondément dans le sable pour ignorer les calamités qui vont nous tomber dessus en 2016. On a pourtant bien besoin d’envoyer de temps à autre un message d’amour dans ce monde de plus en plus difficile à observer dans le blanc des yeux. Seuls les vœux individuels de bonheur et de santé ont quelques chances de se réaliser et je pense que c’est pour cela que l’on peut les formuler sans trop de gêne ; quant à souhaiter que notre société évolue vers quelque chose de meilleur, cela demande une bonne dose d’espérance ou de naïveté. On proclame l’état d’urgence alors que c’est l’état dont il faudrait se débarrasser de toute urgence – cet état au service de l’arrogance et du cynisme des multinationales. Le discours haineux, belliciste et raciste semble avoir emporté la première place dans l’esprit de beaucoup de nos concitoyens. Face à la peur que les médias distillent jour après jour dans nos cerveaux, la liberté semble n’avoir plus aucun prix, alors que tant d’êtres extraordinaires ont laissé leur vie pour la défendre. Il va en falloir des vitamines, de l’énergie et de la combattivité pour faire face au déferlement d’actes et de propos que l’on espérait d’un autre siècle. Heureusement qu’il existe de nombreux « passeurs d’espoir » pour baliser les chemins obscurs à venir et nous permettre de survivre dans la jungle d’idées noires qui nous entoure de toute part. Espérons que Jacques Poulin, ce grand écrivain québecois, a raison et que la ligne de conduite qu’il nous propose nous permette à tous de devenir un peu « meilleurs »… C’est le souhait que j’ai décidé de vous envoyer à tous. Portez vous bien et n’oubliez pas tous les « invisibles » qui vous entourent. Eux aussi font partie de la « toile immense ».

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15décembre2015

Bric à blog de décembre : il est urgent de bien lire et de ne pas (se) laisser faire

Posté par Paul dans la catégorie : Bric à blog.

LH poison + promo Bon, je ne me suis pas exprimé entre les deux tours. Je ne voulais pas influencer ceux qui avaient le choix entre Estrosi et Le Pen. Ils avaient besoin de toute leur capacité de réflexion et d’analyse pour essayer de trouver des différences. Je ne dirai pas non plus ce que je pense – trêve de Noël mère de charité – de la fine équipe révolutionnaire Macron – Valls – Cazeneuve… J’ai nommé « La Gauche » ! Tagada tsoin tsoin. Je vous laisse lire l‘excellente analyse de l’ami Floréal, ou je vous renvoie à d’autres textes publiés sur « La Feuille » à propos des élections. En tout cas, en ce moment on nous casse sérieusement les arpions avec la patrie, la France éternelle et ses valeurs, et tout le tintouin. Remarquez qu’en phase de crise ce n’est pas une nouveauté. Il est à la fois triste et amusant de voir de quelle façon les nationalistes de tous bords ont écrit et réécrit l’histoire de notre pays pour distraire les écoliers. L’un de ces « faussaires de l’histoire » au XIXème siècle c’est le fort connu Ernest Renan, chantre de la Nation et surtout de la Réaction. Faites un pas de côté et consultez cette étude : « La vérité historique, première victime du nationalisme« . Notez bien que le phénomène n’est pas limité à l’hexagone : loin s’en faut ! Demandez aux nationalistes turcs ce qu’ils pensent d’Attila… Ils vous en dresseront un portrait dithyrambique… Quant aux victimes des attentats du 13 novembre, certaines commencent à faire entendre leur voix et n’approuvent pas forcément le déferlement de drapeaux tricolores, de marseillaises beuglées et de propos haineux. Lisez par exemple : « me prendre une balle ne m’a pas rendu con, pas la peine de le devenir pour moi » – le titre résume bien le propos.

etat-d-urgence Deux catégories de la population sont en tout cas bien occupées en ce moment : les flics et les journalistes… Attentats et Etat d’urgence dans la main gauche, COP 21 dans la main droite… Deux sujets sur lesquels je m’étendrai le moins possible, du moins dans ce bric-à-blog qui se voudrait « festif » et qui n’y arrive pas. Je voudrais vous donner simplement les liens vers des articles qui ont peut-être un peu moins bénéficié des feux de la rampe que les autres. J’ai trouvé intéressant, sur Reporterre, une interview de ma copine Vandana Shiva à propos de l’agriculture paysanne et des Amap… Je ne suis pas objectif puisque Vandana Shiva c’est ma copine… Dans un autre registre, sur le site « le p@rtage » (qui publie de plus en plus d’articles peu conventionnels et d’un grand intérêt) j’ai lu une étude de Georges Monbiot intitulée « l’impossible développement durable« . L’article remet les pendules à l’heure et va à l’encontre de ceux qui pensent encore sincèrement que l’on peut mixer écologie et capitalisme. En tout cas, pendant que le « gratin » malheureusement pas dauphinois, s’agite dans les salons, d’autres, sur le terrain agissent. Des nouvelles comme celle-ci : « La nation Wampis met en place le premier gouvernement indigène autonome du Pérou« , me semblent particulièrement roboratives. Le combat des peuples pour l’autonomie, pour la recherche de nouvelles formes de gouvernance, pour la liberté de tous, me parait être le seul combat prioritaire. Chaque fois qu’un être humain conquiert un peu d’autonomie, la lumière du soleil de la liberté brille de façon plus intense à l’horizon (céti pas beau c’te formule ?).

Brandon Bryant

Brandon Bryant

Sur la toile, j’adore lorsque les bulldozers de l’information commencent un article par « Ce que l’on sait sur… ». Un titre pareil c’est la garantie que la suite du communiqué ne contient que du vide brassé au mixer avec un peu de pâte à sel. Un jour, si je n’ai pas le temps de faire le travail de recherche préalable et indispensable, je commencerai l’un de mes billets historique ou naturaliste comme ça. Quelle est la motivation de tous ces marronniers à répétition ? Le besoin d’occuper l’espace ? Une rétribution du journaliste au nombre de mots publiés, comme les feuilletonistes du début du siècle dernier ? Ils pourraient varier la formule et choisir par exemple : « Ce que j’aurais pu savoir sur… si l’information avait été disponible ou si j’avais fait mon boulot comme il faut ». Une belle définition du métier par Georges Orwell : « Être journaliste, c’est imprimer quelque chose que quelqu’un d’autre ne voudrait pas voir imprimé. Tout le reste n’est que relations publiques. » En tout cas, on commence à avoir des informations sérieuses sur le travail des pilotes de drones américains grâce à quelques témoignages de criminels repentis. Je ne résiste pas à l’envie de publier cet extrait d’un article du 4 décembre publié sur la revue CounterPunch : « Les tueries vous tracassent-elles vraiment ? » (article rédigé par David Swanson, lien découvert sur « Seenthis »).
« Un jeune homme qui avait commis des assassinats sur une grande échelle est allé voir son guide religieux pour lui faire part de ses doutes et s’est vu répondre que les tueries faisaient partie des desseins de Dieu. Le jeune homme continua à tuer jusqu’à ce que les folies meurtrières auxquelles il avait participé eurent fait 1626 morts – hommes, femmes, et enfants. Et si vous appreniez que ce jeune homme s’appelle Brandon Bryant, et qu’il a tué en qualité de pilote de drone pour la U.S. Air Force, et qu’on lui a remis un diplôme pour ses 1626 morts et qu’il a reçu les félicitations des États-Unis d’Amérique pour du travail bien fait. Et si vous appreniez que son guide religieux était un aumônier chrétien ? »

city-berlin@2x Bon allez, on largue le triste champ politique. Dans le domaine de la géographie, en particulier celui de la cartographie, on découvre parfois de véritables œuvres d’art. C’est le cas de cette carte d’Europe, intitulée « Tous les chemins mènent à Rome » que je vous invite à aller admirer. C’est l’une des plus belles de toutes celles qu’on peut faire apparaître sur le site. 486 713 points de départ pour des voyageurs qui souhaitent se rendre dans la capitale italienne ; un algorithme pour calculer l’itinéraire le plus direct qu’ils pourront choisir ; tous ces itinéraires dessinés consciencieusement en infographie… A l’arrivée une feuille d’arbre finement nervurée ou toute autre image que pourra se représenter notre imagination. Si vous souhaitez prolonger le spectacle au-delà de l’extinction de votre écran magique, vous pouvez vous procurer le poster correspondant. D’autres images sont disponibles : en choisissant une ville, on peut faire apparaître les itinéraires possibles pour se rendre en son point central… Pour illustrer ce paragraphe de ma chronique, j’ai choisi Berlin…

renaclerican Certains lecteurs, certaines lectrices se souviennent peut-être d’une chronique que j’avais consacrée, dans les temps anciens, à l’illustre Anaximandre. Dans le bric-à- blog qui avait suivi j’avais fait mention d’un blog sympathique intitulé « la tribu d’Anaximandre », sur lequel on pouvait observer le magnifique travail photographique de Danièle Nguyen Duc Long… Ensuite, je l’avoue, j’ai un peu oublié mes visites régulières de l’époque sur ce site artistique remarquable. J’y suis revenu ces dernières semaines et j’ai pu constater que les publications étaient toujours aussi régulières et d’une qualité irréprochable. Je me fais donc un plaisir de vous donner à nouveau le lien, histoire de partager mon plaisir.
Comme je dois sans doute traverser une période favorable aux pèlerinages (il y a des tas d’autres lieux pour cela que La Mecque ou Lourdes), je me suis aussi replongé dans l’œuvre de Tove Jansson, auteure finlando-suédoise. Elle est réputée pour la série « Moumine le troll » que j’avais grand plaisir à faire découvrir à mes jeunes élèves, dans les temps anciens ; mais elle a aussi écrit pour les adultes et a laissé une œuvre graphique importante… Une visite au site officiel qui lui est consacré s’impose… Dommage que la série télé pour enfants qui a permis de la faire connaître en France n’ait pas eu le niveau de qualité que laissait espérer les écrits de cette grande dame. Certains jours je me prends pour Papa Moumine, d’autres pour le Renaclerican. J’espère que ce n’est pas trop grave, mais j’assume. Ça me change des périodes où je joue le Schtroumpf grognon. J’espère que les Ayant-droit de cette grande artiste me pardonneront d’avoir « emprunté » une image du Renaclerican pour illustrer ce paragraphe. En tout cas, si vous avez de jeunes enfants ou des petits enfants, sachez que les histoires de Moumine le troll sont belles à raconter et ouvrent de belles fenêtres sur le monde du rêve.

0001123038_10Comme j’adore les enchainements qui se font d’eux-mêmes (genre passer de Moumine le troll à Bakounine), j’ai envie de vous parler d’un chanteur italien que j’ai découvert ces derniers mois : Alessio Lega. Faites comme moi, cherchez sur la toile : les moteurs de recherche sont là pour ça en principe. Mais, comme il paraît qu’effectuer une recherche plus ou moins aléatoire ça dépense une quantité phénoménale d’énergie sans qu’on s’en rende compte, je vais vous proposer quelques liens. Deux belles chansons politiques : Malatesta (en vidéo), les paroles en français (*) ; la tombe de Bakounine (en vidéo), les paroles en français. Encore un mauvais esprit qui parle d’anarchie… mais pas que… Il chante aussi l’amour, la Résistance, et interprète fort bien quelques chansons françaises dans la langue de Dante Alighieri.

« Je repose à l’ombre de ceux qui croient que j’ai été
un rêveur ou un exalté
de ceux qui croient qu’aujourd’hui tout va bien :
démocratie et nouvelles chaînes.
Je repose à l’ombre de ceux qui lisent un de mes traités
au lieu d’occuper les rues
et moi qui hurle, moi qui ai couru, moi qui ai lutté
je repose dans les librairies. » (Alessio Lega – la tombe de Bakounine)

IMG_7803 Je termine par un peu de publicité non déguisée pour quelques autres productions blogueuses et familiales. Ma compagne, Caly, a écrit des textes à plusieurs reprises sur « La Feuille »… Ces dernières années elle consacre l’essentiel de son temps d’écriture à relater les péripéties de notre existence à ceux que ce « quotidien » pourrait intéresser, en particulier les voyageurs que nous hébergeons un temps à la maison : travaux de jardinage, chantiers, concerts à domicile, belles rencontres… un journal de bord en quelque sorte. Si notre vie quotidienne nous intéresse, allez jeter un coup d’œil sur le blog « Pas assez de temps« . Si vous voulez que l’on dresse un portrait élogieux de vos talents, venez nous rendre visite en retroussant vos manches… Pendant que vous nous aiderez à mettre en place les chaises pour un concert ou à éplucher les courges, j’aurai plus de temps pour écrire moi aussi et rédiger des billets sur « l’abolition du salariat »… Il se peut aussi que le récit de notre « ruralité » quotidienne vous paraisse un peu fade et manque d’exotisme. Je vous propose alors deux autres destinations dans mon catalogue. Dans le domaine artistique par exemple… Connaissez-vous le « Land-Art » ? Un peu, beaucoup ? Simple curiosité ? Allez visiter le blog « Tous Land artistes« . Je serais étonné que cela ne vous donne pas envie de mettre la main à la pâte. A défaut, la beauté des photos vous en mettra plein la vue. Garanti ! (et d’autant plus objectif que l’auteure du blog est quelqu’une qui m’est très chère – ce qui me permet de lui voler une photo sans lui demander la permission)…
Et puis, bien sûr, il y a le fiston voyageur. Celui qui a commis la trilogie « Les aventures du Pourquoi Pas ». Ces temps derniers il évolue en Amérique Centrale, du Mexique au Guatémala, plonge dans les Cenotes, photographie les pyramides aztèques sous tous les angles, et médite au soleil entre deux bières et deux rencontres exotiques. Il raconte ses nouvelles aventures avec beaucoup de sérieux, de talent et d’originalité (normal, c’est notre fils) dans ses carnets de voyage. Le blog s’appelle « Rue du Pourquoi Pas », et son contenu n’aurait peut-être pas déplu au Commandant Charcot, même si le célèbre explorateur évoluait sous d’autres latitudes. Et l’autre fiston, il fait quoi ? Il tourne, il programme et il pédale… Le tout d’une manière particulièrement impressionnante, mais c’est strictement confidentiel et cela ne sort pas du cercle familial.

J’espère que le bruit du monde, de plus en plus assourdissant, ne vous empêchera pas de faire une bonne sieste à l’ombre du sapin familial. On se retrouve sans doute pour les vœux de nouvel an incontournables et éternels, à moins que d’ici là le clavier ne me démange, ce qui n’est pas impossible ! Profitez de cette période pleine de clinquant pour bien lire et, surtout, ne pas vous laisser faire ! N’oubliez pas de fêter le solstice d’hiver…

Notes (avec un s puisqu’il n’y en a qu’une) : (*) le site sur lequel j’ai trouvé cette traduction s’appelle « dormira jamais ». Je crois que j’en reparlerai dans un autre « bric-à-blog » car je commence juste à l’explorer et il y a matière à lire !

Post-production : Ah les statistiques ! C’est le sept-centième billet, celui-ci… Il s’est fait attendre ! Si c’étaient des billets de 500 euro, je serais riche !

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1décembre2015

En 2015, le « pays des merveilles » d’Alice, c’est le centre commercial !

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Luttes actuelles.

Le reste, elle n’en a pas grand chose à foutre.

Le climat ? on s’en fout : le centre commercial est climatisé. Les libertés fondamentales ? On s’en fout : au centre commercial, il y a au moins dix marques différentes de papier toilette. La destruction des forêts, des terres agricoles ? On s’en fout, au centre commercial on remplit un chariot pour moins de deux cents euros. Les profits délirants de quelques multinationales et des affairistes qui les dirigent ? On s’en fout : au centre commercial, il y a des cartes à gratter. Oncle René a gagné le remboursement de ses courses de Noël l’an dernier. Avec ce qu’Alice a acheté cette semaine, elle a au moins cinq chances de gagner.

Tant que l’on ne porte pas atteinte à la liberté de consommer, de rêver de consommer, d’espérer gagner plus pour consommer plus, il n’y a aucun souci à se faire. Seule une minorité de citoyens est indignée par l’interdiction des manifestations civiles prévues à l’occasion de l’organisation de la vingt et unième kermesse pour le climat. Sous couvert d’état d’urgence instauré après les attentats parisiens, on assigne les militants à résidence, on interdit l’accès au territoire français pour les altermondialistes originaires d’autres contrées. On n’a pas touché à l’essentiel : les marchés de Noël et les compétitions sportives restent autorisés. Que le gouvernement Hollande écrive au Conseil de l’Europe pour avertir que notre pays va sans doute « empiéter », en raison de la situation, sur certains droits fondamentaux…, aucun problème. La nouvelle est présentée par les médias dans la rubrique « faits d’hiver », entre la coulée de boue au Brésil et la crise qui menace l’industrie du tourisme à Paris. Les « droits de l’homme » c’est comme le découvert bancaire : on avertit le responsable de son compte et on peut se livrer à quelques excès raisonnables, surtout si l’on a bonne réputation… Rien n’empêche alors de rétablir le délit d’opinion, la prison politique et l’ingérence dans la vie privée de citoyens lambda. Le délit de sale gueule redevient monnaie courante et la délation une pratique parfaitement admissible. Sur le site de la « Quadrature du Net » vous pourrez consulter, au jour le jour, la nature et le nombre de « dérapages » et de « bavures » commis depuis le début de l’état d’urgence… Vous pouvez aussi lire ou relire « la stratégie du choc : la montée d’un capitalisme du désastre » de Naomi Klein. La journaliste canadienne a bien fait le tour du problème.

marche forcee la belette

Attentats ou pas, je ne suis pas certain que la « farce à 21 » aurait donné lieu à une mobilisation considérable… C’est dans ce sens là que j’ai écrit le paragraphe d’intro un peu désabusé de ce billet. Plus on supprime des droits de base aux citoyens, plus l’indifférence et la résignation progressent. Seule une minorité d’activistes a conscience des problèmes écologiques croissants et pense qu’il est possible de faire encore quelque chose, d’avoir une action globale sur la société et d’inverser la tendance actuelle à se diriger droit dans le mur. Comme le fait remarquer le vice-président de la fondation Hulot, Dominique Bourg, « il n’existe pas de mouvement de la société civile pour le climat ! il faut arrêter avec ces âneries ». Si je ne partage pas la majorité des conclusions exprimées par l’auteur, je suis néanmoins d’accord avec l’une des raisons qu’il donne de cette absence de mobilisation de masse :  « Cela s’explique par des raisons anthropologiques : nous ne sommes pas du tout des Sapiens (« sapiens » autrement dit « savant ») ! Nous agissons et réagissons quand nous sommes assaillis sur le plan de nos sens, quand nous percevons l’immédiateté d’un danger. Voir un mammouth débouler sur nous nous fait dégager, mais si quelqu’un nous dit qu’il y en a un qui risque d’arriver dans trente ans, c’est une autre histoire ! » J’ai eu l’occasion de faire ce genre de constat à l’occasion de la participation à d’autres luttes que celle contre le changement climatique. Mobiliser contre le nucléaire n’est pas évident non plus parce que les problèmes liés à l’irradiation ne sont pas faciles à percevoir (encore que, avec la multiplication des accidents graves dans les centrales et les usages militaires de l’atome, la démonstration soit devenue plus facile à faire). Par contre, une personne qui se mobilise contre la construction d’une usine nucléaire devient sensible à d’autres problèmes écologiques et sociaux et sera beaucoup plus « perméable » à d’autres thèmes de lutte auxquels elle ne s’intéressait pas au préalable. Mais seule une minorité, dans un premier temps, va effectuer la démarche nécessaire pour appréhender la globalité des problèmes environnementaux, économiques et politiques.

Le rôle des citoyens qui se mobilisent est essentiel à condition aussi que leur démarche soit compréhensible. Toute action doit être démonstrative et pédagogique : il faut que chacun comprenne ce qu’il a à gagner et à perdre, à titre personnel et immédiat, si les problèmes s’aggravent. Certains insulaires du Pacifique l’ont compris ; les européens prêts à construire des barrières pour endiguer l’arrivée des réfugiés, je n’en suis pas persuadé. De cette manière, nos concitoyens comprendront peut être, si l’on établit le lien entre l’économique et l’écologique, qu’un avenir heureux ne se situe pas forcément dans la direction d’un chariot d’hypermarché un peu plus rempli chaque mois. Quant aux militants, il faut aussi qu’ils se débarrassent le discours sur l’écologie de sa morale judéo-chrétienne omniprésente. Quand on parle de réduction du gaspillage, il faut cibler les gens qui gaspillent réellement, pas ceux qui ne réussissent pas à mettre le minimum vital dans leur panier quotidien (*). La lutte contre le changement climatique rejoint obligatoirement la lutte contre le capitalisme, sinon elle n’a pas de sens. EDF, Engie  ou Total sont d’ardents propagandistes de la croissance verte. Les journalistes des médias dominants se sont engouffrés dans la brèche ouverte par certains environnementalistes pour dépolitiser le problème écologique global. On peut lire à ce sujet l’analyse très lucide du sociologue Jean-Baptiste Comby : « on remarquera que la morale écocitoyenne, si prompte à nous dire qu’il faut éteindre la lumière, s’abstient de dévaloriser par exemple le fait de rouler en 4×4 en ville, un comportement pourtant très énergivore. »

La tâche est considérable car il faut arriver à défaire le formatage de l’esprit humain qui a été mis en place par des siècles d’éducation à la soumission. Nous avons appris, tous autant les uns que les autres, à obéir plutôt qu’à décider, à reproduire plutôt qu’à entreprendre, à réciter plutôt qu’à imaginer, à patienter plutôt qu’à réclamer. Pendant des années, l’école et la famille nous ont appris à nous plier ; l’église, la mosquée, le temple… ont ensemencé nos esprits avec l’idée de culpabilité collective et de plaisir différé. L’armée et les autres structures répressives ont veillé à ce que l’honnête citoyen ne s’écarte pas du droit chemin. Beaucoup sont morts pour que vivent des fictions qui ne les concernaient pas. D’autres ont fait un pas de côté puis se sont contentés de remplacer une idole par une autre, des chaines rouillées par d’autres plus clinquantes… Se démarquer de tout pour construire une société qui permette à tout un chacun de s’épanouir physiquement et moralement n’est pas évident. Obéir sera toujours une solution de facilité. Mais « le pays des merveilles » en direction duquel nous souhaitons nous aventurer a quand même une autre gueule que les promotions de l’hypermarché du coin. Nous ne rêvons pas d’un idéal mais nous souhaitons que chaque pas accompli nous conduise dans la direction d’un avenir meilleur pour l’humanité. L’anarchiste italien Malatesta résumait cela très bien : « L’anarchie […] est l’idéal qui pourrait même ne jamais se réaliser, de même qu’on n’atteint jamais la ligne de l’horizon qui s’éloigne au fur et à mesure qu’on avance vers elle, l’anarchisme est une méthode de vie et de lutte et doit être pratiqué aujourd’hui et toujours, par les anarchistes, dans la limite des possibilités qui varient selon les temps et les circonstances. »

loi du marche

La plus grande partie des officiels qui se sont réunis pour la COP 21 n’ont aucune volonté de sauver la planète et d’améliorer la vie de leurs prochains. Leur objectif reste le même : faire le maximum de profit en un minimum de temps. La seule question est de voir si l’on peut peindre en vert la croissance économique et gagner encore un peu plus d’argent en se drapant vertueusement derrière quelques beaux discours hypocrites. Pendant quelques heures, les managers des multinationales ainsi que les pantins qu’ils ont nommés pour nous gouverner vont jurer leurs grands dieux qu’ils ne veulent que notre bonheur et qu’ils ont trouvé une solution miracle pour que chacun des habitants de la planète puisse rouler dans une berline surpuissante en bouffant des kilos de viande tous les jours. A partir de dorénavant tous nos excès vont devenir durables… Nous serons environnés de centrales nucléaires certifiées sans rejet de CO2, de champs d’éoliennes et de capteurs solaires… Les productions agricoles se multiplieront à l’infini dans de vastes fermes usines. Quand on pense que le film « Soleil vert », en son temps, a été qualifié de fiction ! Si des mesures coercitives sont prises il est probable que c’est Monsieur Toulemonde qui sera visé et pas les multinationales. Si l’on n’y prend pas garde, l’arsenal coercitif et répressif sera renforcé une fois de plus mais ces nouvelles mesures n’impacteront que notre vie quotidienne et non l’activité des grosses industries qui bénéficieront de passe-droits légitimés par le « contexte économique difficile ».

1984 c’est dépassé ; le pire reste à venir à mon avis, dans l’indifférence quasi-générale… Le rêve et l’espérance n’ont plus que quelques niches pour se réfugier, mais ce n’est pas pour cela qu’il faut renoncer à lutter pour une société plus libre, plus juste, plus écologique et – en bref – plus humaine… Comme de tout temps dans l’histoire, les minorités ont leur rôle à jouer, mais seront-elles assez fortes, assez unies et assez mobilisatrices pour stopper le rouleau compresseur du libéralisme ?… Je crois que nous pourrons en juger dans les prochaines années. Cette fin d’année 2015 aura eu au moins un « mérite » : nous apprendre de façon claire et limpide qu’il n’y a plus de gauche en France (ce n’est pas moi qui met cette idée en avant, mais le magazine révolutionnaire « Le Point »). Tsipras, Hollande, même combat, même arnaque.

Notes : merci à « La Belette » pour les illustrations empruntées sur son blog « fédérer et libérer ».
(*) Rapport Oxfam très instructif à ce sujet… « Une personne faisant partie des 1 % les plus riches au monde génère en moyenne 175 fois plus de CO2 qu’une personne se situant dans les 10 % les plus pauvres. »

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21novembre2015

Un autre « état d’urgence » est possible en France

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Le clairon de l'utopie.

Francois-Hollande François Hollande innove enfin (rêvons un peu…)

Le samedi 14 novembre, au petit matin, et après une nuit passée à s’agiter en tous sens et à déblatérer le charabia « va-t-en guerre » habituel devant les médias et devant ses subordonnés, not’bon président se posa un moment sur un fauteuil devant la fenêtre de sa chambre à coucher et observa le vol lointain des pigeons sur les toits des immeubles parisiens. Il eut soudain une « illumination » (un peu comme cette bonne vieille Bernadette dans sa grotte de Lourdes) et se dit que s’il voulait laisser une trace quelconque dans l’histoire, que l’on se souvienne de son nom et qu’on arrête de le surnommer « capitaine pédalo » ou « Bisounours », il fallait qu’il fasse quelque chose de grand et surtout d’inhabituel pour un Chef d’état. Il fallait qu’il innove réellement dans le domaine de la gouvernance et cesse d’aboyer comme un roquet chaque fois que le monarque des USA lui disait d’aboyer. Il devait aussi arrêter de prendre des décisions à la « va-vite », en obéissant aux résultats des pseudos sondages qui étaient censés lui indiquer l’état d’esprit du Tiers-état. Il en avait par dessus la tête de tous ces conseillers (grassement rétribués par les multinationales et les groupes de pression) qui passaient leur temps à lui suggérer des idées ne servant que leurs intérêts propres. Un jour, il fallait imposer centrales nucléaires, aéroports et autoroutes sur tout le territoire ; un autre jour, protéger les grenouilles tricolores ou accepter avec enthousiasme les OGM ; il fallait faire des économies mais surtout pas au détriment des forces armées ou de la police ; faire plaisir à tout le monde mais licencier un maximum de personnes dont l’emploi était utile à la collectivité… Parfois, c’était un vrai casse-tête. Il jeta un coup d’œil sur la liste de mesures préconisées par son Cazeneuve de l’intérieur (il sourit à cette occasion en se disant que son « trio gagnant », Macron, Valls, Cazeneuve, n’avait vraiment rien d’innovant). D’un geste rageur, il raya tous les paragraphes d’une loi instaurant l’état d’urgence « à la papa ». Il était suffisamment malin pour savoir que les préconisations de ses adjoints ne feraient en aucun cas évoluer la situation dans la bonne direction. Il jeta la liasse de feuillets à la corbeille, prit son bloc-note et son stylo tout neuf, et se mit à écrire fiévreusement, essayant de mettre au clair les idées qui se bousculaient dans sa tête.

Premier problème à régler : la fabrication et la vente d’armes françaises au quatre coins de la planète. Il savait qu’il lui fallait être pédagogue car l’industrie de l’armement était l’un des rares secteurs de notre économie qui fonctionnait convenablement : les usines de canons étaient parmi les rares qui embauchaient et ce qu’il allait décider risquait de provoquer une crise sans précédent. Il hésita un peu puis écrivit :

  1.  Je décide qu’à compter de ce jour, la France va cesser d’alimenter en armes et en munitions la totalité des pays d’Afrique et du Moyen-Orient…, en particulier les pays dont l’idéologie et les malversations financières diverses et variées permettent d’encourager le développement des mouvements terroristes. Ayant écrit cela, il réalisa que cette mesure n’était pas suffisante pour régler le problème du trafic de matériel militaire. Rien n’empêchait par exemple les pays du Golfe de passer par des fournisseurs tiers. On livre un quelconque pays d’Amérique Centrale qui se charge ensuite de la revente… Cela ne fait que compliquer le transport…

Il raya donc ce premier paragraphe de sa nouvelle loi parce qu’il n’était pas assez radical à ses yeux. Il resta un moment à contempler les pigeons puis écrivit :

  1. Je décide qu’à compter de ce jour, la totalité des industries et des laboratoires fabriquant du matériel de guerre ou travaillant à l’élaboration de dispositifs qui peuvent être utilisés à des fins militaires seront fermées progressivement mais définitivement. (Le fait d’avoir écrit cela le fit jubiler intérieurement.) Des contrôles très stricts seront effectués de façon à ce que ce dispositif ne puisse être contrecarré par aucune entreprise (se méfier par exemple des sociétés qui œuvrent dans le secteur informatique). Il est urgent d’installer un contrôle aux frontières pour stopper les trafiquants d’armes. Au passage, je vais lancer un appel international au désarmement…
  2. Les ouvriers licenciés en raison de cette mesure bénéficieront de mesures de reconversion immédiate au frais de l’état. Locaux industriels et machines seront employés pour fabriquer du matériel utile à la collectivité. Les énormes moyens techniques et humains libérés par cette mesure pourront par exemple être utilisés pour fabriquer des équipements permettant d’améliorer notre autonomie énergétique en faisant appel aux énergies renouvelables. « Bon sang de bon soir, un type qui monte des détonateurs sur un obus doit bien être capable d’assembler les éléments d’un chauffe-eau solaire ! Comment se fait-il que je n’y aie jamais pensé avant ? » Par ailleurs, avec tous les équipements collectifs que nous avons détruits (avec l’aide de nos « alliés » outre-atlantique, ceux qui ont la chance d’être gouvernés par un prix Nobel de la paix), il y a de quoi créer des postes de travail dans le bâtiment également !
  3. Notre pays va cesser de jouer un jeu diplomatique hypocrite. Nous allons stopper nos interventions militaires dans les pays qui ne nous ont rien demandé (et même dans les autres sans doute). Nous allons cesser de passer des accords commerciaux avec tous les états qui jouent un double jeu, comme l’Arabie Saoudite ou la Turquie de l’Emir, qui proclame ses louables intentions de lutter contre le terrorisme mais en profite pour bombarder les seuls combattants efficaces sur le terrain contre l’Etat Islamique, à savoir les Kurdes. Nous allons arrêter, sous couvert de pratiques humanitaires, de mener une politique néo-coloniale sanguinaire. Dans un souci de cohérence que je trouve indispensable, nous allons bloquer définitivement le développement du nucléaire et interdire aux entreprises de ce secteur toute propagande mensongère dans les médias. Il est inouï de prétendre que le nucléaire c’est l’indépendance énergétique de notre beau pays alors que le minerai d’uranium est exploité dans des pays où nous sommes obligés, pour garantir nos intérêts, de maintenir une présence militaire plus ou moins officielle.
  4. Les paragraphes précédents rendant l’existence d’une armée professionnelle suréquipée totalement inutile, nous allons peu à peu supprimer les forces armées, en commençant par les branches affectées aux opérations extérieures. Si notre nation décide de soutenir un peuple en lutte contre ses oppresseurs, ce ne sera plus jamais par le moyen de bombardements aveugles, mais en envoyant sur place le personnel civil dont la population pourrait avoir besoin. Bref, nous allons doter nos parachutistes, qui ne seront plus des parachutistes, de trousses de secours, de tenailles et de truelles. L’argent économisé sur le carburant d’avion, les bombes et les missiles divers sera employé de façon utile sur le terrain, sans que notre pays n’ait besoin de s’endetter ni de prendre de quelconques mesures d’économies sur les services utiles au public.
  5. La liberté d’expression des citoyens, déjà garantie dans la Constitution, doit impérativement être respectée. Nulle mesure visant à la restreindre d’une manière ou d’une autre ne pourra être prise. Le contrôle de la circulation des voyageurs aux frontières ne peut nullement réduire l’action des terroristes (action au nom de laquelle on ne cesse de vouloir interdire, emprisonner, bâillonner…). Si l’on n’agit pas à la « racine » du mal, un terroriste « mis hors circulation » sera remplacé par un autre. Ce n’est pas l’enfermement à vie ou le rétablissement de la peine de mort qui pourront servir de repoussoir à une quelconque volonté de commettre un attentat de la part de gens désespérés qui sont prêts à se sacrifier pour leur « cause ». Ce n’est pas avec des lois que l’on combat l’obscurantisme, c’est en favorisant le développement des populations dans les pays où la misère et/ou la guerre prive la jeunesse de toute perspective d’avenir. Avec les économies réalisées sur les dépenses militaires, l’argent ne manque pas pour permettre aux populations défavorisées de sortir de leur ghetto économique. Les pays développés ont largement les moyens de financer, dans un premier temps, des plans d’urgence, dans un second temps, des initiatives permettant un développement local et durable de l’économie.
  6. La mondialisation à la sauce libérale est l’une des principales causes du développement du terrorisme. Il va donc falloir, dans les semaines à venir, que je révise mes grands classiques, et que je fasse quelques propositions permettant de sortir du capitalisme qui nous oppresse (enfin, les autres surtout…) depuis des décennies. Cet ensemble de textes constituera le second volet de mon plan d’urgence. Il faudrait que je demande à Lionel s’il n’a pas, dans la bibliothèque familiale (son père lisait beaucoup d’ouvrages intéressants) quelques bons vieux bouquins socialistes. Bien sûr, quelques concertations avec les voisins les plus éclairés seront sans doute indispensables …

Quand il eut écrit ces quelques paragraphes, not’bon président posa son stylo, soupira. « Mon dieu, que la tâche est immense à accomplir… Heureusement que je n’ai qu’un coup de pouce à donner pour initier le processus et empêcher que l’on ne refasse encore une fois les mêmes conneries qu’après le 11 septembre ou le 5 janvier… La suite, les citoyens de ce pays la définiront eux-mêmes. Je crois bien qu’il y a une chanson qui dit quelque chose comme « Il n’y a pas de sauveur suprême, ni dieu, ni césar, ni tribun… » Si au moins il y avait un mec de gauche dans mon gouvernement, il pourrait me souffler les paroles ! En toute logique, il faudrait donc que je m’abolisse moi-même, ou tout au moins ma fonction… Oui mais le problème c’est que je voudrais bien laisser mon nom dans l’histoire ; être aussi connu que Jaurès par exemple ; mais ne pas finir comme Allende. Et puis si je veux que l’intelligence triomphe, il va falloir prendre aussi des mesures à propos des médias. On ne peut pas continuer comme cela à bourrer le mou des citoyens, de manière aussi grossière. Quand je pense qu’une majorité est favorable à l’idée d’envoyer des soldats en Syrie. Qu’est-ce qu’ils croient ces cons-là ? Que ce sont toujours les gosses des autres que l’on envoie ? Qui a bien pu leur dire que la France était en guerre et leur faire entendre le son du tambour du matin jusqu’au soir ?

Ernest ! C’est l’heure de mon petit-déjeuner, si Manuel, Emmanuel et Bernard sont dans l’antichambre, dis leur d’attendre un peu, j’ai la migraine…

forces de l'ordre NDLR – Bien entendu, le Président de la République que je mets en scène dans ce billet n’est qu’un personnage purement fictif. Toute ressemblance avec… Je ne suis pas assez naïf pour imaginer qu’une personne de son acabit serait capable d’envisager ne serait-ce que le dixième des mesures évoquées ci-dessus. Mais il est parfois bon de se réjouir un peu, histoire de se rappeler que jamais – au grand jamais – il ne sera possible de porter au pouvoir, par le jeu des urnes, un personnage capable de mettre en piste un ensemble de mesures du même genre. Les Grecs en ont fait l’expérience avec Tsipras. Avec un bulletin de vote, on ne change pas de politique, on ne change que la marionnette chargée de la mettre en œuvre. Je suis très triste et très inquiet quant à l’évolution de notre pays. On peut prendre les pires des décisions avec les meilleures intentions du monde (soyons encore indulgents avec la clique pseudo-socialiste) ; on ne fait que préparer le travail de ceux qui viendront derrière et qui pourront agiter le bâton sans avoir à commettre quelque infraction que ce soit vis à vis de la loi. Je l’ai déjà dit et je le répète. L’état d’urgence décrété va servir d’ores et déjà à museler les opposants à la mascarade de la COP 21, il ne permettra probablement pas de bloquer les prochains attentats. L’arsenal répressif dont ont besoin les sinistres de droite est en place.

 

 

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17novembre2015

Pour faire un bon archet, il faut du bois de Pernambouc…

Posté par Paul dans la catégorie : voyages sur la terre des arbres.

Jour anniversaire, pour la création de ce blog… Huit années d’existence, près de 700 chroniques publiées, 2 à 300 visiteurs par jour… Une bonne occasion pour parler un peu musique, lutherie et terres lointaines !

Violon_du_Roy_Gravure_1688_de_Nicolas_Arnault_Mus_e_du_Carnavalet Le Pernambouc est l’un des états du Brésil. Mais savez-vous qu’un arbre plutôt exceptionnel porte lui aussi ce joli nom ? En fait, son bois est assez peu connu en dehors du monde des violonistes qui aspirent tous à posséder un archet en bois de Pernambouc pour jouer sur leur Stradivarius. Si je compte vous parler de cet arbre aujourd’hui c’est un peu pour faire rupture au milieu d’un ensemble de chroniques situées surtout dans le champ de la politique, mais aussi parce que cette espèce fait partie des milliers d’autres qui sont,  à l’heure actuelle, menacées par l’appétit de profit qui est l’unique moteur propulsant nos sociétés. Le bois de Pernambouc, appelé aussi « bois Brésil » est en voie de disparition pour trois raisons : d’une part la forêt tropicale d’Amazonie part en lambeaux en raison du défrichage et le Pernambouc ne pousse que dans certaines zones côtières particulières ; d’autre part parce qu’il s’agit d’une matière première de grande valeur ; et finalement parce qu’en raison de sa densité exceptionnelle (2 fois celle du chêne), sa croissance est très lente. Notre monde apprécie les plus-values financières mais exècre la lenteur. L’un des bois de nos forêts, le cormier, est victime du même problème. Depuis une dizaine d’années, un programme de replantation a été lancé, mais il faudra un peu de patience pour que le bois de ces arbres soit exploitable.

Caesalpinia_echinata_Tree_3 C’est à l’époque des voyages d’exploration et de conquête en Amérique du Sud que les Européens ont découvert le bois de Pernambouc. Ce qui a frappé les premiers négociants qui l’ont exploité c’est la magnifique couleur rouge de son bois et ses propriétés tinctoriales exceptionnelles. C’est pour cette dernière raison que l’abattage de l’arbre et son transport sur le vieux continent ont commencé, dès le début du XVIème siècle. Les archetiers ont dû découvrir les qualités particulières de sa fibre et de sa structure assez rapidement, car d’après les documents que j’ai découverts sur le blog de « l’atelier Raffin » (voir notes), un célèbre luthier parisien, Paul Belamy, possède un nombre conséquent d’archets en « bois-brésil ». Cette information figure dans l’inventaire de son stock établi à sa mort en 1612. Une certaine confusion règne cependant concernant l’appellation « bois-brésil » car différents bois à la veinure bien colorée sont commercialisés sous cette appellation. Tous n’ont pas les mêmes qualités, mais les bûcherons qui font le travail d’abattage sur place ne sont pas des botanistes experts, et les négociants qui achètent puis écoulent le bois sur le marché européen ne sont guère scrupuleux. Le nom latin permettant d’identifier le « vrai » bois de Pernambouc est « Caesalpinia echinata ». Profitons en au passage pour résoudre une énigme : comment se fait-il que l’on trouve, en Europe, du « bois Brésil », avant même que Christophe Collomb et ses émules aient « découvert » l’Amérique ?… Cela vient tout simplement du mot « brésil », qui vient de braise et qui sert à qualifier un colorant d’un rouge intense. Au moyen-âge on utilise les propriétés tinctoriales du « bois de braise » venu de l’Orient, et de l’Inde en particulier. C’est donc le nom du bois, « brésil », qui sert à baptiser la région située sur la côte orientale de l’Amérique du Sud, lorsque les explorateurs découvrent les vastes forêts d’arbres au bois de braise (Caesalpinia echinata et autres) qui poussent dans le Nordeste.

512px-Caesalpinia_echinata_-_Jardim_Botanico_de_Sao_Paulo_-_IMG_0347  Le Caesalpinia echinata est une légumineuse (et oui, cette famille dépasse largement le cadre des petits pois et autres trèfles à quatre feuilles !) comme le robinier faux acacia qui pousse en abondance dans les lisières lumineuses des forêts de nos contrées. Il est facile à identifier car de grosses excroissances, semblables à des épines, se forment sur son écorce. A l’âge adulte, il atteint une dizaine de mètres de hauteur et sa densité, largement supérieure à 1, est le double de celle du chêne. Les spécimens de diamètre important sont devenus extrêmement rares en raison de la surexploitation dont cet arbre fait l’objet. De nos jours, l’abattage se fait au bout d’une trentaine d’années de croissance, ce qui veut dire que l’on exploite des fûts de petit diamètre. Au XVIIème siècle, les Portugais qui avaient le monopole de son exploitation (décrété par le roi Manuel du Portugal), en ont rapporté des centaines de tonnes dans les ports européens. En 1503, six petits navires sous le commandement de Fernão de Noronha embarquent un chargement de 20 000 quintaux (20 tonnes) destinés aux teinturiers du vieux continent. Le bénéfice tiré de cette opération est de l’ordre de 500 à 600%, mais, très vite, la plantation et le commerce du sucre vont s’avérer beaucoup plus lucratifs encore. La forêt côtière qui est la zone de prédilection du bois-Brésil est défrichée pour faire place à la canne à sucre. En remerciement pour les services rendus à la couronne, Fernão de Noronha se voit confier la première capitainerie du littoral, l’île de São João da Quaresma (rebaptisée aujourd’hui île Fernão de Noronha).

bois de Pernambouc La famille des Cesalpinacés comprend d’autres arbres appréciés des ébénistes. L’Amarante (Brésil), l’Andoug (Afrique occidentale), L’Angélique (Brésil), le Courbaril (Brésil), le Merbau (Malaisie), le Pao Rosa (Afrique Occidentale)… en font partie. Beaucoup sont des arbres précieux utilisés seulement pour le placage.
De nos jours, seul un dixième des archets commercialisés sont réalisés en Pernambouc. Le prix correspond à la rareté de la matière et à la qualité du travail effectué. Un archet neuf peut coûter plusieurs centaines d’euro. Quant aux archets anciens, leur prix semble n’avoir aucune limite. Ce que disent les grands violonistes c’est que chaque violon semble avoir « son » archet. Sur le même violon, deux archets de facture identique, réalisés avec le même bois, peuvent faire sonner le violon de deux manières différentes. Certains musiciens leur préfèrent maintenant les archets en carbone, beaucoup plus réguliers et sans doute plus résistants aussi. Comme toute matière rare, le bois brésil est utilisé aussi pour fabriquer des manches de couteaux ou des corps de stylo. Son usage dans le domaine de la coloration s’est beaucoup réduit ; de nos jours ce sont les déchets de lutherie qui sont employés.

tete_archet_baroque_RAFFIN

Voilà, comme aurait dit Oncle Paul en son temps, mon histoire est terminée. Cela peut paraître bien futile de parler d’arbres et de musique par les temps qui courent… Mais je pense aussi que connaître la nature, comme prêter attention à l’autre, c’est avoir encore plus envie de la (le) protéger. Tant de cultures, tant d’êtres vivants, toutes et tous porteurs de richesse disparaissent à jamais. Le monde végétal est fascinant et nous devons le côtoyer avec respect. Avoir un noble usage des choses, ne point les gaspiller, c’est aussi témoigner de notre admiration pour leur perfection.

Notes postliminaires – Je n’imaginais pas, en commençant à rédiger ce billet, avoir abordé un sujet à propos duquel les sources de documentation sont aussi rares. Je possède une bibliothèque assez complète sur les arbres, mais beaucoup de ces ouvrages omettent purement et simplement le bois de Pernambouc alors qu’ils présentent certains de ses cousins. Aucune trace de ce bois dans le très complet « Bois – essences et variétés » de Jean Giuliano, aux éditions Vial. L’ouvrage est pourtant destiné aux ébénistes… Mais il est vrai que le Pernambouc n’est pas utilisé en ébénisterie. Le monde des archetiers est un monde bien à part. Je dois donc beaucoup au blog passionnant que rédige Sandrine Raffin, archetière passionnée. Je vous invite à le consulter car je ne me suis permis que d’y « piocher » quelques informations essentielles. D’autres découvertes intéressantes vous attendent ! Les archives en ligne de la BNF (Gallica) m’ont été d’une grande utilité aussi.

crédit illustrations – photo 2, auteur : mauroguanandi (Wikipédia Commons) – photo 5 : archet baroque, atelier Raffin.

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