14janvier2019

La ligne bleue du Jura…

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour...; Notre nature à nous.

 Notre maison est située dans une région intéressante de par son voisinage géographique : les basses terres du Rhône – terminologie à rapprocher de celle de « Bas Dauphiné », plus vaste, à laquelle nous appartenons également. Certains Dauphinois du Sud nous casent dans la région des « Terres froides », mais ce sont des ignares, des gens qui pensent que le Nord de leur département se situe dans la banlieue de Lille ou d’Amiens. Laissons les à leur inculture pour reprendre notre brillant exposé. Placez vous avec moi à la fenêtre de la salle à manger… A main gauche, juste derrière le Rhône, les premiers contreforts du Jura ; à main droite, les massifs des pré-Alpes, la Chartreuse et le massif des Bauges en particulier. Ce sont les reliefs les plus proches : quelques kilomètres à vol d’oiseau pour le Bugey, à peine plus pour l’avant-pays savoyard. Dans notre dos, le Massif Central, mais la distance est plus conséquente pour atteindre le Vivarais ou les Monts du Lyonnais ; il faut bien compter une centaine de kilomètres. Le Jura est notre lieu de prédilection pour les randonnées « montagne à vache ». Les points culminants les plus proches s’élèvent à mille mètres environ. Nos principales références en matière d’orientation : le plateau d’Innimond, ou la Dent du Chat qui domine le lac du Bourget.

 L’intérêt de ce dernier massif, c’est de nous permettre de savoir dans quelle direction se situe le Mont-Blanc… En raison d’un caprice du relief, nous ne pouvons voir le « Top of Europ » comme disent une partie de nos visiteurs étrangers, depuis nos fenêtres. Il faut parcourir une centaine de mètres sur la petite route qui passe devant chez nous, et nous diriger vers le Nord-Ouest, pour savoir si « sa majesté » daigne se montrer ou pas. La netteté ainsi que l’éloignement de sa silhouette nous informent sur la météo des jours à venir. Si on n’arrive pas à le voir, eh bien, comme on dit en Bretagne ou en Irlande, c’est qu’il va pleuvoir ou qu’il pleut déjà. Si le sommet semble proche et que ses lignes semblent tracées au crayon sur le ciel, c’est que la pluie attendra une ou deux journées. Lorsqu’on peine à le distinguer parmi les autres monts, c’est plutôt bon signe pour les amateurs de soleil que nous sommes.

 Le plateau d’Innimond, dans le Bugey voisin, joue un rôle plus modeste, mais néanmoins non négligeable. Rares sont les journées sans que l’on fasse une remarque à son sujet. La face Sud que nous apercevons par nos fenêtres, est couverte d’une grande prairie. La neige y est bien plus présente que dans notre jardin ; c’est logique puisque pour atteindre le sommet de ce géant du Jura il faut franchir un dénivelé de plus de 700 m. Alors les remarques vont bon train :
– Tu as vu ? Il a neigé sur Innimond.
– Tiens ! La neige a déjà fondu sur Innimond.
– Tu te rends compte ! Ça fait au moins une semaine que c’est tout blanc par là-haut.
– Vu la couleur, la neige a dû fondre sur les pentes ensoleillées, mais je suis sûr qu’à l’arrière c’est encore tout blanc..
Et ainsi de suite, ça continue l’été…
– Y vont se prendre un orage là-haut ! Tu as vu les gros nuages noirs ? [Excusez le « Y » mais c’est l’une des caractéristiques du parler local : des Y partout…]
– Y font chier à Innimond, la pluie c’est toujours pour eux, jamais pour nous…
Je vous en passe et des meilleures.

 Pour ceux qui s’intéressent à l’histoire et aux traditions locales, le village d’Innimond, au pied du plateau d’Innimond, a toujours constitué une mine de trouvailles pittoresques pour les ethnologues en herbe. Des revues comme la défunte « Evocations » remplissaient leurs pages d’historiettes, de contes en patois, de traditions singulières collectées dans ce village… L’un des charmes de ces récits c’est qu’ils étaient fort souvent truculents et à la limite d’une grossièreté bon enfant qui avait de quoi ravir le chaland trop habitué à des articles policés. Dans ces récits bugistes traditionnels, les personnages n’hésitaient point à ponctuer leurs aventures de flatulences diverses et de jurons hauts en couleur. Pour le dire de manière un peu crue, mais sans aucune intention de mal juger quiconque, ces montagnards « un peu à l’écart » étaient considérés un peu comme arriérés. C’était comme cela il y a un bon demi-siècle, disons, d’autant que l’accès dans ce genre de village isolé n’étant pas simple, les progrès élémentaires tels que courant électrique, remonte-pente, brosse à dents atomique et autres quads, avaient mis un peu de temps avant de parvenir à ces altitudes.

Deux petites formulettes pour illustrer mon propos :

Il était une fois un rat
Qui avait une musique
Sous la queue.
Quand le rat pétait
La musique allait.
Quand le rat ne pétait plus
La musique n’allait plus. (*)

Pète, pèteras-tu
Quand le moulin tourne
Le derrière se déchire.
Quand le grain est moulu
Le derrière est cousu. (*)

 Depuis, les choses ont bien changé et les agriculteurs, quelque peu dégoûtés par la rigueur de leurs conditions de vie et le mépris des citadins, ont eu tendance à brader leurs demeures traditionnelles et à préférer s’entasser dans les tours exemplaires de nos banlieues modernes. Les temps ayant changé, cet exode bienvenu a permis à tous les citadins un peu fortunés d’acquérir de superbes fermettes en pierre, et de les utiliser comme résidences secondaires, tertiaires ou quaternaires. Revirement d’opinion n’ayant rien de bien surprenant, sachant que tous ces connaisseurs cherchaient un terrain de jeu pour leurs 4×4 et un champ de tir pour s’exercer à la chasse au sanglier, ont considéré finalement que ces bouseux avaient bien de la chance d’habiter dans un décor aussi sublime ; d’autant que les nouveaux venus pouvaient passer l’hiver bien au chaud dans leur loft en centre ville, un peu étroit mais bien conçu, et s’adonner assez fréquemment aux joies du shopping. La campagne certes – c’est bon pour les enfants – mais de là à manquer le « black friday », faut pas exagérer !

 En fait, il faut le dire, ces gens-là n’étaient guère intéressants et ne le sont toujours pas : peu fréquentables à cause de leurs opinions à la droite de la gauche, et surtout de l’argent frais qui s’écoulait entre leurs doigts peu économes. Heureusement, une autre vague d’immigration rurale et montagnarde a suivi… Elle était constitué de gens beaucoup moins fortunés, ne trouvant plus aucun charme à leur travail et à leur vie urbaine, et souhaitant impulser à nouveau un minimum de vie locale ; et ce toute l’année et non le week-end et les jours fériés. J’arrêterai là cette dissertation car ce n’est point là l’objet de ce billet. L’auteur n’étant point sociologue laisse à d’autres le soin de disserter sur les ruraux, les néo-ruraux ou les zozos matelassés de billets. Mon propos de bouseux de la plaine se limitera en effet à expliquer l’importance de voir, depuis sa fenêtre, la ligne bleue du Jura et de savoir en extraire toute la substantifique moelle pour enrichir son quotidien.

 Le plateau d’Innimond présente un autre centre d’intérêt essentiel à nos yeux, quand nous avons fini de disserter quotidiennement sur la météorologie ; à son extrémité droite (vue depuis la fenêtre), se trouve une table d’orientation facilement accessible par une petite route. Ceux qui suivent régulièrement ce blog d’intérêt international savent que nous hébergeons, à la belle saison, d’intrépides voyageurs venus des quatre coins de notre ronde planète, pour découvrir les mœurs des Français, excentriques et en partie ruraux, du Nord Dauphiné. Quand le temps des loisirs arrive, après avoir désherbé les carottes, mis en confiture les groseilles, et transformé les bambous en choucroute pour le compost, vient le moment exquis de la balade, afin de découvrir les points d’intérêts majeurs de la région… à pied, en vélo et en voiture bien entendu, puisque l’automobile prend sa place parmi les objets utilisés par les autochtones. Alors on propose bien entendu à nos valeureux stagiaires de découvrir les lieux incontournables (genre Halles de Crémieu, la brasserie locale ou les grottes de La Balme)… mais on les conduit en priorité à la table d’orientation du plateau d’Innimond… C’est un must dans notre programme de découverte locale. D’abord ça me permet de leur coller un cours de géographie gratuit (on ne change pas la mentalité pourrie d’un instit retraité), mais ce n’est pas tout. Ce lieu charmant est aussi le point de départ de une ou plusieurs randonnées pédestres particulièrement plaisantes (un peu moins au mois de septembre quand il faut zigzaguer entre les balles des vaillants nemrods d’opérette traquant le redoutable cochonglier). Deux ou trois heures de marche plus tard, on peut aussi faire une halte non loin du « Sully » local, un magnifique tilleul qui fait l’admiration, méritée, des habitants du cru… Non loin de là il y a aussi une fruitière qui propose une sympathique sélection de produits régionaux…

 Béni soit donc ce plateau d’Innimond qui pourvoit aux besoins conversationnels quotidiens et permet aussi de se repérer dans une géographie jurassienne et alpine parfois bien complexe. Je concède qu’il s’agit d’une gloire géographique locale, très locale même, puisque mon fils aîné qui habite de l’autre côté du plateau, loin là-bas, dans l’Ain, quasiment à l’étranger, se réfère à d’autres centres d’intérêts bien plus considérables à ses yeux comme le sommet du Colombier qui écrase mon plateau préféré du haut de son altitude quasiment deux fois plus élevée. Mais ne soyons pas jaloux… Derrière la ligne bleue du Jura, se cache le pays des Helvètes, mais il s’agit là d’une toute autre histoire que vous pouvez, par exemple, découvrir dans un album de Tintin (bof !) ou en écoutant les sublimes chansons de l’ami Bühler (Michel de son petit nom). Quand je pense que ce troubadour de première classe envisage dans l’une des ses complaintes de raser les Alpes pour « qu’on voit la mer »… Heureusement qu’il ne s’attaque pas à notre célèbre plateau ! Nous les vieux, on a encore besoin de quelques repères, non mais !

Notes : (*) extrait d’un article de Charles Talon publié dans le n°95/96 de la revue « Evocations », janvier 1955

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8janvier2019

Mahsati Ganjavi, la « dame de la lune »

Posté par Paul dans la catégorie : Histoire locale, nationale, internationale : pages de mémoire; Philosophes, trublions, agitateurs et agitatrices du bon vieux temps.

histoire méconnue d’une poétesse de langue persane ayant vécu au XIIème siècle

 Omar Khayyam, l’auteur des quatrains, est largement connu dans les milieux intellectuels ; sa consœur, Mahsati Ganjavi, l’est beaucoup moins, alors que les poèmes qu’elle a écrits sont appréciés pour la richesse de leur style. La mémoire est sélective, du moins dans notre société, et même si les mœurs évoluent, il faudra encore bien du temps pour que les femmes retrouvent la place qui est la leur, dans le domaine des sciences et des arts (entre autres). Dans la lignée des chroniques que j’ai déjà publiées sur les savants du monde arabe, j’avais envie de vous parler d’Omar Khayyam (je viens de terminer le livre que lui a consacré l’écrivain Amin Maalouf) mais j’ai décidé de vous parler en premier de Mahsati Ganjavi, la « dame de la lune » (ainsi peut-on traduire « Mahsati ») et de ses « rubaïyat » (*) consacrés à l’amour. Un point commun relie les deux personnalités : leur franc parler et leur liberté de ton qui n’a pas eu l’honneur de plaire à leurs contemporains les plus orthodoxes !

 Mahsati Ganjavi est née le 12 mai 1089 à Gandja (aujourd’hui en Azerbaïdjan). Dans cette ville, elle apparait à la cour du Prince Moghith al-Din où elle s’occupe de la culture et de l’organisation des festivités. Elle quitte ensuite ce lieu et parcourt la région : elle aurait ensuite séjourné à Balkh, Marv, Nishapur, Herat et Marva. Elle a vécu de longues années, avec le titre de poétesse officielle, à la cour de Mahmud Saljugi et de son oncle, le Sultan Sanjar Saljugi. Outre ses talents d’écriture poétique, Mahsati était également une musicienne renommée ; elle jouait de la harpe, du luth et du târ. Le Sultan Sanjar en aurait bien fait sa maîtresse, mais la jeune femme refusa toutes ses avances et lui remit ce quatrain :

Tu ne peux pas me forcer parce que tu es le roi
Tu ne peux pas me garder par la force de la loi
Tu ne peux pas enchaîner une femme chez toi
Une femme dont les tresses sont une chaîne de soi

 On lui a pourtant reproché, par la suite, les nombreuses liaisons qu’elle aurait eues avec un certain nombre de personnages importants et elle a conservé l’image, dans une fraction de l’opinion, de « femme aux mœurs légères ». L’histoire de sa vie est cependant mal connue et ce genre de rumeur est difficile à vérifier ! Lacune plus importante :  on ignore si elle a connu et rencontré son contemporain Omar Khayyam qui écrivait lui aussi en Persan. Tous deux étaient poètes et libres penseurs ; l’un des deux a-t-il influencé l’autre ? Ce qui est certain c’est que beaucoup de préoccupations leur sont communes et que l’un comme l’autre ne se sont pas privés d’égratigner dans leurs écrits le conservatisme social, l’hypocrisie et les préjugés de la religion de leurs pairs et, plus généralement, de la société dans laquelle ils vivaient. Tous deux ont par ailleurs choisi la forme du quatrain, le robaïyat comme format pour leur poésie philosophique. Ceux écrits par la « dame de la lune » nous sont connus par plusieurs publications postérieures que des lettrés ont consacrées à l’écriture poétique en Persan. Une soixantaine de ses quatrains ont notamment été répertoriés dans le « Nozhat al-Majales », une anthologie de 4100 poèmes persans rédigée par le poète Jamal al-Din Khalil Shirvani.  La plupart des textes de Mahsati Ganjavi évoquent la joie de vivre et l’importance de l’amour… A ses yeux, l’amour est un sentiment naturel fragile qui ne peut qu’accroître la grandeur de l’homme et renforcer sa renommée.

 Différents hommages lui ont été rendus par nos contemporains : plusieurs rues ou écoles portent son nom dans des bourgades d’Azerbaïdjan. Dans sa ville natale, un musée lui est consacré et un monument commémoratif a été inauguré en 1980.  En novembre 2013, à l’occasion de son 900ème jubilé, une exposition a été consacrée à la poétesse, au Palais du Tau, à Reims. Il n’existe cependant pas de version française de ses quatrains qui ont été traduits, pour l’instant, en Anglais et en Italien (La luna e le perle). Nombreux sont les recueils édités consacrés aux quatrains d’Omar Khayyam ; espérons que par souci d’équité, un éditeur voudra bien se pencher sur les travaux de cette autre artiste remarquable !

NDLR – Il s’agit là d’une chronique écrite il y a quelques mois, que j’avais laissée de côté trouvant le propos bien mince. J’espérais trouver une documentation complémentaire mais cela n’a pas été le cas. Si certains peuvent compléter, je publierai bien volontiers le complément d’information.
(*) Le terme de rubaïyat fait référence à la poésie d’Omar Khayyam. Il peut se traduire par « quatrain ». Les deux premiers vers riment avec le dernier, le troisième étant un vers libre. On trouve ce genre de quatrain dans l’œuvre de Fernando Pessoa par exemple.

 

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3janvier2019

Perspectives de changement en 2019 ?

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....

Je lis de moins en moins de choses dans ma boule de cristal, alors je ne répondrai rien à cette question préliminaire. Selon Mme Irma, tout va de mal en pis… Selon Mr Claudius, l’horizon coloré en jaune n’est peut-être pas si bouché que cela… A titre personnel, amical, familial, je vous souhaite en tout cas le meilleur pour cette année. J’avoue aussi que si la situation politique et sociale pouvait enfin partir dans une direction que nous sommes nombreux à espérer, j’en serais comblé… Pour ce qui est du blog, je ne fais plus de pronostic sérieux, mon humeur par rapport à l’écriture étant de plus en plus inconstante. Je lis beaucoup mais je ne produis plus guère, du moins en ce qui concerne le blog. Je vais donc arrêter de faire des annonces avec tambour et trompettes concernant arrêt ou reprise. Mais je crois bien que je continuerai à publier de temps à autre lorsque la plume qui me chatouille la plante du pied deviendra trop agaçante – je pense ! Je remercie en tout cas ceux qui passent de temps à autre pour voir si la poule a pondu un œuf comestible. Je remercie aussi ceux qui reprennent mes textes de temps à autre pour élargir leur audience (je pense entre autres à « Altermonde sans frontières ») ou ceux qui ont conservé « la feuille charbinoise » dans leur liste de sites « fréquentables ». Bref, en 2019 comme avant et comme après, de l’amour, de belles amitiés, quelques bons verres, de sublimes découvertes dans tous les domaines et un peu de sérénité dans cet environnement de plus en plus haineux et guerrier.

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5décembre2018

Les « gilets jaunes » que je soutiens

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Luttes actuelles.

Etant donné la multiplicité des points de vue exprimés par les « Gilets jaunes », il est temps de clarifier un peu les positions. Il est bien évident qu’il faut soutenir ce mouvement, en particulier la large fraction qui se bat sur des revendications véritablement sociales et des modes d’organisation de la lutte qui ne retombent pas dans les ornières historiques habituelles. Le vendredi 30 novembre, le groupe des gilets jaunes de Commercy, en Meuse, a lancé un « appel à des assemblées populaires partout en France ».

En voici le texte :

Depuis près de deux semaines le mouvement des gilets jaunes a mis des centaines de milliers de personnes dans les rues partout en France, souvent pour la première fois. Le prix du carburant a été la goutte de gasoil qui a mis le feu à la plaine. La souffrance, le ras-le-bol, et l’injustice n’ont jamais été aussi répandus. Maintenant, partout dans le pays, des centaines de groupes locaux s’organisent entre eux, avec des manières de faire différentes à chaque fois.

Ici à Commercy, en Meuse, nous fonctionnons depuis le début avec des assemblées populaires quotidiennes, où chaque personne participe à égalité. Nous avons organisé des blocages de la ville, des stations services, et des barrages filtrants. Dans la foulée nous avons construit une cabane sur la place centrale. Nous nous y retrouvons tous les jours pour nous organiser, décider des prochaines actions, dialoguer avec les gens, et accueillir celles et ceux qui rejoignent le mouvement. Nous organisons aussi des «soupes solidaires» pour vivre des beaux moments ensemble et apprendre à nous connaître. En toute égalité.

Mais voilà que le gouvernement, et certaines franges du mouvement, nous proposent de nommer des représentants par région ! C’est à dire quelques personnes qui deviendraient les seuls «interlocuteurs» des pouvoirs publics et résumeraient notre diversité.

Mais nous ne voulons pas de «représentants» qui finiraient forcément par parler à notre place !

À quoi bon ? À Commercy une délégation ponctuelle a rencontré le sous-préfet, dans les grandes villes d’autres ont rencontré directement le Préfet : ceux ci-font DÉJÀ remonter notre colère et nos revendications. Ils savent DÉJÀ qu’on est déterminés à en finir avec ce président haï, ce gouvernement détestable, et le système pourri qu’ils incarnent !

Et c’est bien ça qui fait peur au gouvernement ! Car il sait que si il commence à céder sur les taxes et sur les carburants, il devra aussi reculer sur les retraites, les chômeurs, le statut des fonctionnaires, et tout le reste ! Il sait aussi TRÈS BIEN qu’il risque d’intensifier UN MOUVEMENT GÉNÉRALISÉ CONTRE LE SYSTÈME !

Ce n’est pas pour mieux comprendre notre colère et nos revendications que le gouvernement veut des «représentants» : c’est pour nous encadrer et nous enterrer ! Comme avec les directions syndicales, il cherche des intermédiaires, des gens avec qui il pourrait négocier. Sur qui il pourra mettre la pression pour apaiser l’éruption. Des gens qu’il pourra ensuite récupérer et pousser à diviser le mouvement pour l’enterrer.

Mais c’est sans compter sur la force et l’intelligence de notre mouvement. C’est sans compter qu’on est bien en train de réfléchir, de s’organiser, de faire évoluer nos actions qui leur foutent tellement la trouille et d’amplifier le mouvement !

Et puis surtout, c’est sans compter qu’il y a une chose très importante, que partout le mouvement des gilets jaunes réclame sous diverses formes, bien au-delà du pouvoir d’achat ! Cette chose, c’est le pouvoir au peuple, par le peuple, pour le peuple. C’est un système nouveau où «ceux qui ne sont rien» comme ils disent avec mépris, reprennent le pouvoir sur tous ceux qui se gavent, sur les dirigeants et sur les puissances de l’argent. C’est l’égalité. C’est la justice. C’est la liberté. Voilà ce que nous voulons ! Et ça part de la base !

Si on nomme des «représentants» et des «porte-paroles», ça finira par nous rendre passifs. Pire : on aura vite fait de reproduire le système et fonctionner de haut en bas comme les crapules qui nous dirigent. Ces soi-disant «représentants du peuple» qui s’en mettent plein des poches, qui font des lois qui nous pourrissent la vie et qui servent les intérêts des ultra- riches !

Ne mettons pas le doigt dans l’engrenage de la représentation et de la récupération. Ce n’est pas le moment de confier notre parole à une petite poignée, même s’ils semblent honnêtes. Qu’ils nous écoutent tous ou qu’ils n’écoutent personne !

Depuis Commercy, nous appelons donc à créer partout en France des comités populaires, qui fonctionnent en assemblées générales régulières. Des endroits où la parole se libère, où on ose s’exprimer, s’entraîner, s’entraider. Si délégués il doit y avoir, c’est au niveau de chaque comité populaire local de gilets jaunes, au plus près de la parole du peuple. Avec des mandats impératifs, révocables, et tournants. Avec de la transparence. Avec de la confiance.

Nous appelons aussi à ce que les centaines de groupes de gilets jaunes se dotent d’une cabane comme à Commercy, ou d’une «maison du peuple» comme à Saint-Nazaire, bref, d’un lieu de ralliement et d’organisation! Et qu’ils se coordonnent entre eux, au niveau local et départemental, en toute égalité !

C’est comme ça qu’on va gagner, parce que ça, là haut, ils n’ont pas l’habitude de le gérer ! Et ça leur fait très peur.

Nous ne nous laisserons pas diriger. Nous ne nous laisserons pas diviser et récupérer.

Non aux représentants et aux porte-paroles autoproclamés ! Reprenons le pouvoir sur nos vies ! Vive les gilets jaunes dans leur diversité !

VIVE LE POUVOIR AU PEUPLE, PAR LE PEUPLE, POUR LE PEUPLE !

Si vous vous retrouvez dans les bases de cet appel chez vous, dans votre groupe local de gilets jaunes, ou autre, contactez-nous sur

giletsjaunescommercy@gmail.com

et coordonnons-nous sur la base d’assemblées populaires et égalitaires !

Lien pour voir la vidéo

 

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25novembre2018

Plusieurs nuances de jaune…

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Luttes actuelles.

 La palette des jaunes est extrêmement variée, du jaune « citron » au jaune verdâtre « caca d’oie », en passant par les nuances « poussin » ou « soleil ». Bien que les gilets jaunes que l’on croise au détour des routes et que l’on nous montre sans répit à la télévision portent tous un emblème de couleur identique, la réalité me parait bien différente. L’habit de fait pas le moine. Se sont retrouvés, dans le même aquarium, des poissons d’origines bien différentes dont le seul point commun me paraît être le fait qu’ils vivent dans l’eau. Couleur du soleil rayonnant, le jaune est une couleur chaleureuse qui m’est sympathique. Le jaune caca d’oie et ses relents nauséabonds me le sont nettement moins. Bref, porter un gilet jaune ne suffit pas à transformer un gros con raciste en poussin sympathique. En fait, le choix de la couleur n’est peut-être pas très heureux. Dans le milieu ouvrier syndiqué, le fait d’être « jaune » n’a jamais été très bien perçu ! Mais bon, il faut comprendre aussi, ce n’est pas facile et l’idée de génie a été de choisir comme symbole de révolte un accessoire que tout bon automobiliste se doit – au regard de la loi – d’avoir dans son véhicule. Le rouge, le vert, le noir, l’orange… étaient déjà pris. Perso, j’aime bien le violet, mais il en est des couleurs comme des parfums, ça ne se discute pas.

Donc voici Mr Jacquerie, supporter de la Marine aux blonds cheveux, qui se retrouve sur un barrage avec la gentille Nadine, plutôt insoumise sur les bords, mais pas trop franchouillarde. Son drapeau à elle serait plus noir & rouge que tricolore. Un seul barrage, mais des conceptions et des idées bien différentes. Au début, l’ambiance est sympa ; ce qui a branché Nadine c’est le côté autogéré du mouvement et la dimension sociale des revendications ; mais quand Mr Hubert Jacquerie, secondé par son pote, Marcel Poujade, commence à charrier les gonzesses, à insulter les basanés, à vouloir casser la gueule aux pédés, et se croit investi de la mission nationale de traquer les immigrés, la gentille Nadine se demande sur quel canot d’abordage elle a pris place. Il ne lui reste plus qu’une ou deux solutions : mettre une pince sur son nez à cause de l’odeur de fiente ou chercher dans un autre coin de la manif s’il n’y aurait pas une poignée de résistants dont le gilet tirerait plus sur la nuance « poussin » que sur la déjection d’oie diarrhéique.

Se pose alors le rude problème de continuer (ou pas) à soutenir une lutte qui part dans toutes les directions (y compris la bonne) et le choix est plutôt cornélien. Difficile de ne pas entendre le ras-le-bol de gens qui sont en fin de mois une semaine après l’arrivée de leur salaire ou de leurs allocations ; difficilement admissible de jouer les fines gueules en se justifiant par le fait que manifester pour la sainte bagnole ça n’a rien de vraiment écolo. Pas vraiment enthousiasmant de joindre sa voix à des gens qui sont convaincus qu’au delà de ce gouvernement de « pourris », ce seraient les personnes migrantes, les juifs, les arabes ou les homosexuels qui sont responsables de la misère généralisée d’une partie de plus en plus importante de la population. Ces cons-là ne veulent que profiter du désordre ambiant pour propager sereinement leurs idées débiles et nuisibles. Je sais aussi que l’on ne peut pas passer des semaines à analyser, débattre, contredire… sans se mouiller, et laisser des compagnes et des compagnons qui ont été attirés par le côté lutte autogérée se faire mépriser et casser la gueule par le côté obscur de la force qui nous gouverne. Je dois vieillir… En tout cas, je me rappelle que dans les années 70 certains copains étaient tout feu tout flamme (dans tous les sens du terme) pour défendre les affidés du CID-UNATI victimes du rouleau compresseur capitaliste. La majorité de ces braves gens n’étaient pas vraiment des socialos bon teint.

Cela montre que le questionnement n’est pas nouveau et s’est déjà manifesté lors de plusieurs autres soulèvements populaires lancés par des appels sur les réseaux sociaux. Ces jours-ci, on vient de commémorer la longue lutte des manifestants de la place Maidan, en Ukraine, pour se débarrasser d’un pouvoir corrompu jusqu’à la moelle. Certains analystes faisaient remarquer à l’époque que l’on retrouvait, côte à côte dans la mêlée, d’authentiques militants révolutionnaires soucieux de voir leur pays prendre de nouvelles orientations, et de bons gros fachos nationalistes nostalgiques du bon vieux temps des croix gammées. Tout un programme pour l’avenir. L’extrême droite n’hésite pas à reprendre certains termes de la Gauche révolutionnaire. La dernière fois que j’ai cherché les paroles de l’hymne de la CNT espagnole « A las barricadas », je les ai trouvées sur un site facho hongrois. Encore une fois… je dois vieillir mais je préfère rester sur le bord du chemin.

J’emprunte ma conclusion à une chronique du blog « actu du Noir » : « « l’ennemi de mon ennemi est mon ami » est très bien placé. L’ennemi de mon ennemi peut très bien être un sale con…» A lire aussi l’excellent texte de l’écrivain Jérôme Leroy. Bon début de semaine, n’oubliez pas de vous habiller chaudement.

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22novembre2018

La France résout le problème des déchets nucléaires… à coups de matraque !

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Luttes actuelles.

La France est en train de résoudre le problème du stockage des déchets nucléaires, comme elle gère celui des personnes migrantes ou comme elle impose les G.T.I. (Grands travaux Inutiles) au bon vouloir de Messieurs Vinci et consorts : à coups de matraque. La situation est simple selon le gouvernement : il y a les gentils, ceux qui paient leurs impôts et protestent tous les cinq ans en mettant un bulletin dans l’urne, au gré des suggestions médiatiques ; il y a les méchants, auxquels on trouve des noms rigolos, souvent anglophones : les Zadistes, les Blackblocs, les No Borders, les squatteurs… bref tous les « terroristes » en herbe.  Ces derniers sont faciles à identifier : les chaînes de télé, les journaux aux ordres, les radios consensuelles… vous les désignent préventivement à chaque nouvelle tentative de rébellion. Quand il y a manifestation, il y a casseurs et si les contestataires ne sont pas assez excédés pour casser eux-mêmes, on trouve toujours dans sa manche quelques provocateurs pour mettre de l’ambiance. C’est ringard comme méthode, mais ça marche.

Selon les informations qui circulent en ce moment dans les milieux bien zinformés, le gouvernement semble faire une fixation sur la construction imposée du futur centre de stockage des déchets radioactifs de Bure. Pas de tintamarre comme à NDDL, mais cela n’empêche que les bras armés frappent fort. Le pire c’est que l’opposition sur le terrain ne représente qu’un petit nombre de gens et que, pour annihiler leurs volontés insoumises, nos ministres et hauts fonctionnaires investissent un « pognon de dingue » : genre on envoie les chalutiers de hauts-fonds pour pêcher le goujon dans la rivière. Les mailles du filet ont beau être de plus en plus fines, sophistiquées et coûteuses, nos obsédés du « renseignement » ne pêchent guère. Quant à nos journaleux, ils n’ont pas encore pronostiqué la présence à Bure d’énormes stocks d’armes dissimulés, comme à NDDL ; comprenez les, en matière de propagande il faut changer les modes d’approche sinon on se couvre facilement de ridicule. Des véhicules blindés, des armes légères, des stocks phénoménaux de grenades, il y en avait bien, de l’autre côté de l’Hexagone, vers Nantes, mais uniquement entre les mains des forces de destruction massive casquées. Le prix de l’essence augmente ; le « pouvoir d’achat » des casseurs est limité et ils ne peuvent donc pas multiplier à l’infini les commandes de cocktails molotov ; en plus, ça pollue.

La filière nucléaire patine dans la choucroute. Les comptes des entreprises sont dans le rouge ; les coûts de chantier explosent ; les zones de stockage de déchets sont saturées (et il en arrive chaque jour plus à traiter)… Pas de problème : le contribuable paie et renfloue EDF, Areva, et consorts. Le cumul des difficultés n’empêche aucunement les cerveaux qui nous gouvernent (et décident pour nous) de persévérer dans la même direction : à fond, à fond, gravier ! EDF rachète (fort discrètement) des terres agricoles sur le périmètre des centrales du val de Loire. Il faudra bien caser quelque part les EPR de demain, les piscines et les aires de stockage… L’opinion publique, le débat démocratique, la consultation des intéressés ? Rien à foutre. Pendant ce temps, sur l’étrange lucarne, on vous parle électricité verte, moteurs électriques pour les bagnoles, pénuries possibles pendant l’hiver. Vas-y coco, les luttes antinucléaires ont baissé d’intensité, c’est plus la mode. Reste juste à espérer qu’il n’y ait pas encore un p’tit Tchernobyl qui vienne inquiéter le public ; espérons aussi que le gouvernement trouvera d’autres secteurs à pressurer pour combler le déficit abyssal de nos constructeurs de génie…

Reste que, les déchets, court terme, moyen terme, long terme, il faut bien en faire quelque chose et que maintenant que le site de Bure a été amoureusement sélectionné par nos technocrates on va pas renoncer. Alors on met le paquet… On arrose les collectivités locales avec des bennes de subvention et si ça ne suffit pas à balayer toute opposition, on matraque, on gaze et on emprisonne. Perquisitions à tout va, filatures, écoutes, fichage et contre-fichage. L’agriculteur du coin se métamorphose en terroriste pur jus et la fourchette devient arme de guerre de première catégorie. Quelques extraits de presse, histoire d’illustrer mon propos (au cas où vous ne les auriez pas déjà savourés) :

Libération pour commencer bien que ce ne soit pas ma tasse de thé : « Ils ne sont que quelques dizaines, pourtant la justice emploie les très grands moyens. « Libération » a pu consulter le dossier d’instruction contre les militants antidéchets nucléaires : une procédure titanesque employant les ressources les plus pointues… de la lutte antiterroriste. (…)
L’objectif clairement affiché est de mettre en évidence la « radicalisation » d’une partie des opposants ayant des « desseins criminels » et auteurs, selon les gendarmes, d’ »infractions graves n’ayant pour l’instant entraîné que des dégâts matériels ». Dans cette instruction, qui a déjà dépassé les 10 000 pages et que Libération a consultée, les investigations les plus intrusives des enquêteurs s’enchaînent frénétiquement. Une « cellule Bure » à la gendarmerie est montée en coordination avec le parquet de Bar-le-Duc. Une dizaine de militaires travaillent sur le mouvement. La plupart à plein temps. Surveillance physique, géolocalisation, balisage de véhicule, placement sur écoute, tentative de sonorisation d’une maison, expertise génétique, perquisitions, exploitation de matériel informatique… Ces techniques spéciales d’enquête ont été étendues ou légalisées par la loi du 3 juin 2016 sur la criminalité organisée et le terrorisme. […] »

CQFD Journal : « Bure, dans la Meuse. Ses 80 habitants, ses champs de céréales à perte de vue et… sa future poubelle nucléaire. C’est ici, à 500 mètres sous terre, dans un Centre de stockage géologique (Cigéo), que la filière atomique veut enfouir ses déchets les plus dangereux. De drôles de colis qui resteront radioactifs pendant des centaines de milliers d’années. Forcément, la perspective est inquiétante. Alors, l’État sort le chéquier : élus invités dans les meilleurs restaurants, millions d’euros de subventions… « Une sorte de corruption institutionnelle », persiflent les récalcitrants. Mais comme l’argent ne suffit pas, il faut aussi jouer de la matraque. Dans les bourgades désertes de la région, des patrouilles rôdent sans cesse autour des lieux collectifs habités par les opposants. « Les vieux du village disent que même pendant l’Occupation, les nazis tournaient moins souvent », grimace un agriculteur du coin. « Maintenant, je laisse mes papiers dans le tracteur  », raconte un de ses collègues, qui a déjà eu droit à plusieurs contrôles d’identité. […]
Par moments, la vis se resserre encore. Les opposants annoncent une « semaine d’action » pour début septembre ? La préfecture sort un arrêté interdisant le transport d’objets en tout genre. Peinture, feux d’artifice, paille, poutre, matériel de camping… tout y passe. Les gendarmes multiplient les fouilles de véhicule. L’objectif est notamment de prévenir toute tentative de réoccupation de la Zad du bois Lejuc, expulsée en février. Une forêt dans laquelle il est désormais strictement interdit de pénétrer. Il en coûtera à l’impudent « 500 euros par heure commencée », dixit un gendarme prévenant. Dans de telles conditions, la «  semaine d’action » de septembre ne put qu’être très calme – sauf le bruit des hélicoptères qui surveillaient la zone. »

Reporterre, témoignage de Gaspard d’Allens, (journaliste jugé sans même en avoir été informé !) : « Nos corps sont muselés, nos paroles entravées. Chaque geste qui s’opposerait à l’ordre existant est susceptible, désormais, d’entraîner des poursuites judiciaires. Une longue litanie de procès et d’enquêtes, de surveillances téléphoniques et d’élucubrations policières… »

 Tout cela rappelle l’affaire de Tarnac, vous ne trouvez pas ? Le témoignage de Gaspard d’Allens mérite d’être lu en entier, ainsi que les autres articles évoqués. C’est pour cela que je vous ai indiqué le lien afin d’éviter de vous surmener. Pour le pouvoir, il est urgent de faire passer ce dossier de Bure en force, quitte, comme pour le contournement autoroutier de Strasbourg, à commencer les travaux avant même que les poursuites judiciaires en cours aient abouti. C’est normal, Bure, le nucléaire, c’est le progrès. Les opposants sont d’égoïstes bobos passéistes. Stocker n’est pas gérer, surtout lorsqu’on fait aux générations à venir un leg mortel de quelques dizaines ou centaines de milliers d’années. Imaginez que Ramsès II ait recouru à l’énergie nucléaire… Les déchets stockés sous les pyramides (pourquoi pas ?) n’auraient que 3300 ans d’âge alors que la période du Plutonium (délai nécessaire pour perdre la moitié de sa radioactivité) n’est que de 703 millions d’années… Il va en falloir des matraques pour contenir la pollution ! La société nucléaire, ainsi qu’on le clamait déjà dans les années 70/80 ne peut être qu’une société policière. Pour nos technocrates, ce n’est qu’une histoire de foi : demain on rasera gratis et on trouvera bien une solution… ?

NDLR : Collecte d’infos essentiellement réalisée à l’aide de l’excellent site du réseau « SeenThis » et de « Sortir du Nucléaire » (lien pétition pour exiger l’arrêt des travaux et de la répression).

Complément (le 28/12/2018) : Ça commence à bouger ! Voir article sur Bastamag à cette adresse….

 

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17novembre2018

Bon anniversaire Monsieur Leblog

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....

Pendant que d’autres se promènent en gilet jaune, Monsieur le Blog fête son onzième anniversaire depuis la publication du premier billet. Onze années d’écriture assez régulière sauf ces six derniers mois pendant lesquels le rédacteur principal s’est accordé une sieste conséquente suivie de quelques prolongations. Je ne m’étendrai pas sur ce silence qui ne signifie pas que la porte est close. Je dirai simplement que les projets sont si nombreux qu’il m’est (ou plutôt qu’il nous est) impossible de les porter tous en même temps. La vie n’est en rien devenue rose depuis que nous avons changé d’Empereur. C’était prévisible. Le monde va de plus en plus mal mais il n’y a que trop peu d’oreilles pour entendre ses gémissements. La mode semble revenue, en beaucoup de contrées, de vouloir défiler au pas de l’oie ; le bruit des bombes brise le peu d’harmonie encore existante. Les victimes d’un jour se plaisent à devenir bourreaux le lendemain. On marche sur la tête ! Alors que faire… gueuler, encore et toujours, et surtout chercher les braises d’espoir pour souffler dessus et réveiller les flammes.

On se retrouve un jour prochain et on fait le point. Promis.

Nous étions là, à Gentioux, au début de l’automne, près du fameux monument « maudite soit la guerre ».

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10juin2018

17.544.153 euros de munitions pour la police…

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Vive la Politique.

Combien de mutilations, de vies brisées, de morts à venir ?

Le cow-boy casqué, c’est Gérard Collomb…

Quand je pense que je viens de boucler notre déclaration d’impôts et que l’argent que nous allons verser à l’Etat (ou que nous avons déjà versé) afin de pourvoir au bien commun va peut-être servir à réprimer, à blesser, ou à tuer, des gens qui dénoncent simplement les injustices dont ils sont victimes et œuvrent pacifiquement à la construction d’une société nouvelle. Face aux cheminots, aux étudiants, aux Zadistes, à tous ceux qui ne supportent plus la suprématie idiote de l’argent facile, la répression a été particulièrement violente ce printemps. Il n’est pas facile de dresser la liste de tous ceux qui ont payé une lourde facture simplement à cause de leur présence en un lieu où le pouvoir ne voulait pas qu’ils soient, mais elle est longue ! Ne comporterait-elle d’ailleurs qu’un ou deux noms, elle serait de toute manière trop longue. Blessures aux yeux, aux visages, mains arrachées, traumatismes divers… sont devenus des séquelles d’une banalité navrante après chaque rassemblement. Dans les années qui ont suivi les événements de Mai 68, la répression provoquait l’indignation et faisait la une des journaux. Actuellement, on annonce une centaine de blessés plus ou moins graves et plusieurs centaines d’interpellations brutales comme un simple fait divers… « La police a eu la main lourde ; mais ce sont des casseurs ma bonne dame ! » Jeunes, vieux, hommes, femmes, agriculteurs, paysans… Tous sont logés à la même enseigne et les bavures policières sont systématiquement excusées. On peut tuer un agriculteur d’une balle dans le dos sans que cela ne perturbe le traintrain quotidien. Beurk ! Le ministre de l’Intérieur apprécie en connaisseur « le travail » accompli à NDDL… sans commentaires !

Une solution pour le recyclage Monsieur Hulot ?

Dix-sept millions d’euros pour des grenades et des fusils lanceurs… alors qu’on annonce la suppression de milliers de postes dans feu les services publics pour lutter contre les dépenses inutiles ! Va-t-on en arriver à employer les méthodes du gouvernement israélien qui envoie des tireurs d’élite abattre les manifestants palestiniens comme des chiens, n’hésite aucunement à tuer ou à blesser gravement ceux qui tentent de les soigner ? Cinquante ou cent morts à Gaza, cela occupe autant de place dans les journaux dits d’information qu’une coulée de boue à Trifouilly les oies ou un sac à main arraché. Ce gouvernement est-il prêt à faire régner la paix sociale en envoyant des commandos d’élite sur les toits pour abattre les soi-disant agitateurs professionnels que sont les responsables syndicaux ou les écologistes (les vrais, pas ceux qui écologisent à la télé) ? On se gargarisait de politique « vertueuse », de modèle suédois ou finlandais… Va-t-on opter pour le modèle israélien ou brésilien ?
« La République en marche » se dirige droit vers le XIXème siècle, l’âge d’or où il n’y avait ni protection sociale, ni retraites, ni éducation supérieure pour les couches populaires. A quand la durée du travail portée à 60 h et l’âge de la retraite fixé à 80 ans ? On sent bien qu’il est tendu notre bon président… Casser un ensemble de mesures sociales et de services que le bon peuple a mis des dizaines d’années à construire, c’est difficile à faire passer ! C’est plus simple de parader à l’étranger ou d’organiser des garden-parties ! Les véritables casseurs c’est lui et toute la bande de financiers qui dictent sa politique savamment planifiée. Mais c’est le prix à payer pour rester le serviteur des gros portefeuilles ; même les représentants de commerce ont parfois plus de liberté. Le politicien, lui, est là pour faire avaler coûte que coûte les pilules amères du traitement qu’ont ordonné les chercheurs d’or.  L’art du bateleur c’est de faire croire que tout cela c’est pour le bien commun, pour protéger la France de tous ces populistes qui en veulent à la « démocratie », oui mais laquelle ? Celle de la matraque ? Beurk deux fois !

Tiens, prends ça dans ta gueule !

Quand je pense que, non content de payer mes impôts pour envoyer des missiles sur la Syrie et des blindés sur les bergeries de Notre Dame des Landes, j’ai le triste privilège de connaître des gens qui ont voté pour ce pantin cynique soi-disant pour nous protéger du péril blond ! Je suis fier de faire partie de ceux qui ont décidé qu’ils ne participeraient pas à ce Monopoly à trois sous. Je suis inquiet car je crains que la vague bleu marine ne prenne d’autres couleurs pour revenir en force quand les exactions de ce gouvernement auront porté l’exaspération du bon peuple à son comble. D’autant que d’ici là, nos médias bêlants auront bien réussi à convaincre une tranche supplémentaire de la population que ce sont les zadistes, les migrants et les chômeurs qui sont responsables de tous leurs maux. Il est difficile à la fois de pousser son caddy, de le remplir et de réfléchir, quand on a huit ou dix heures de turbin dans les jambes… Plus facile de taper sur plus petit que soi.. L’ordre public se mérite : quelques milliers de grenades, quelques vies brisées, quelques années de prison distribuées à la volée… Un domaine pour lequel on ne va pas lésiner sur les dépenses : caméras de plus en plus sophistiquées, logiciels de reconnaissance faciale de plus en plus élaborés, tests et fichages ADN à qui mieux mieux coûtent une fortune. La société que nous promettent Mr Macron et ses homologues européens sera de plus en plus policière. Une évidence : plus l’écart entre les fortunes va se creuser, plus il sera nécessaire de contenir les révoltes populaires. Des jeux idiots, des grenades meurtrières, mais de moins en moins de pain. En avant !

C’est très exagéré ! La France vend aussi du Sparadrap…

Mais rassurez-vous, les armes françaises ne sont que minoritairement destinées à estropier des manifestants bien de chez nous. La majorité de nos engins sont testés loin d’ici, de préférence sur des populations pas trop fréquentées par les médias… Notre glorieuse république peut s’enorgueillir d’un autre chiffre mirobolant : 8,3 milliards d’euro de ventes d’armes à l’étranger pour la seule année 2017. Les contribuables français reconnaissants remercient les enfants yéménites (entre autres) pour leur sanglante et involontaire participation au redressement de la balance des comptes du berceau mondial des droits de l’homme et du citoyen. Peut-être pourrions-nous faire un geste et octroyer la nationalité française à l’un de ces gosses estropiés par les armes vendues à l’Arabie Saoudite, qui – pensait-on – ne devaient en aucun cas servir à faire la guerre !

 

Bon, ça y est, je vous ai cassé le moral ? Allez donc lire dans le dernier numéro de l’excellente revue « l’âge de faire » le reportage consacré à l’étonnant GAEC de la Fournerie. Cette bande de jeunes paysans délinquants ne propose ni grenades, ni matraques, mais offre un impressionnant échantillonnage de produits bios maison… Fonctionnement coopératif, salaires égaux, décisions prises collectivement… On est bien loin du monde jupitérien. Informez vous sur l’histoire de Scopti, branchez vous sur le réseau REPAS et ses entreprises solidaires… et restez à l’affût de ce qui se passe à Notre Dame des Landes… Il faut construire, mais aussi défendre ce à quoi nous tenons. Dans l’indifférence et le silence médiatique, la répression devient plus sournoise et plus terrifiante aussi… Face à nos rêves, leurs grenades mortifères !

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5juin2018

Taboula boum boum tchac !

Posté par Paul dans la catégorie : Delirium tremens; les histoires d'Oncle Paul.

Fabliau gesticulé

Roland, le patron de l’auberge du « vieux pressoir », aurait-il pété un boulon ? En tout cas, cette expression étrange, c’est la réponse plutôt sibylline qu’il offre à tous les visiteurs qui lui posent une question, lui demandent son point de vue ou susurrent à son oreille un quelconque lieu commun posé comme vérité.

Genre le discours du petit jeune, la semaine dernière : « Notre Dame des Landes on s’en souviendra ; dans quelques années le nom du ministre de l’intérieur qui a géré de façon sinistre cette belle affaire aura disparu dans les poubelles de l’histoire. » – « Taboula boum boum tchac tchac tchac ! » rétorque l’illuminé derrière son comptoir en essuyant les verres. Je suis sûr que le psy de service dirait que le nombre de « tchac » a son importance et permettrait d’exprimer une forme d’approbation ou de réprobation. Roland, il laisse entendre ce qu’il pense mais sans trop se mouiller. C’est fou ce que c’est savant un psy…

On ne sait pas s’il lui reste tous ses boulons au patron, mais il a gravement reçu quand même. L’un de ses potes dit qu’il s’exprime comme cela parce qu’il en a marre d’écouter les plaintes des uns, les pets vocaux des autres. Les onomatopées sortant de la bouche de Roland constituent en fait une forme de langage primitif. « Allez vous faire foutre ! » mais avec des nuances d’assentiment ou de réprobation. « Boum » dominant : « allez vous faire foutre bande de connards de fachos ! ». Tchac majoritaire : « allez vous faire foutre, remuez vous, y’a des gars qui se battent et ils ont besoin de vous ; see you later ».

Tout pareil pour la grève de la SNCF. « Taboula boum boum boum tchac » serait la réponse qui suivrait immanquablement l’affirmation selon laquelle « la majorité de l’opinion publique est hostile aux cheminots, favorable au Macron, et enthousiaste à l’idée d’une réforme ». Faut dire que Roland la « cheuneusseufeu » il connaît. Il y a bossé quarante ans avant de reprendre le gourbi de son vieux.

Tony, le sociologue expert en piliers de comptoir défaillants s’est livré à une petite étude de texte. « Boum » ça craint, « Tchac » c’est plutôt sympa. Reste l’onomatopée « Taboula » qui – pour l’instant – est un mystère complet. N’est pas expert le premier venu, faut faire des études et du travail de terrain pour valider ses diplômes. Tony le sait et pour mener à bien l’enquête qu’il dirige pour le journal « soixante millions de défoncés », il s’installe au comptoir dès l’ouverture, et tient sa permanence pendant huit heures sans débander.

Ce matin, quand Martinet, l’ex-mercenaire à la retraite qui vient là juste parce qu’il habite à côté, est rentré en rigolant parce que « les tireurs d’élite de Tsahal avaient flingué plus de cinquante bougnouls », il a eu droit à tellement de « boum, boum, boum… », qu’il a fini par s’extirper du tripot sans obtenir la moindre goutte de blanc. Comme c’est pas une lumière et encore moins un expert, il n’a rien compris au sitcom et il est allé direct au café des platanes retrouver ses potes « de souche » (comprendre, issus de la même souche de connerie). Il faut dire que le patron d’ici il soutient plutôt les minorités en difficulté. Avant qu’il entame sa crise de mutisme partiel, il faut voir les bordées de jurons qu’il balançait à son téléviseur lorsque le pitre de service aux infos lui montrait un véhicule blindé bleu marine écrasant des salades pour défoncer une bergerie en bois. Quand il voyait la gueule d’Edouard, il se réfugiait aux toilettes et la moindre apparition de Trump provoquait des crises d’aérophagie monstrueuses…

Des réfugiés il n’y en a pas trop dans le quartier. Mais chez Roland, une main tendue ne reste jamais vide et il y a eu bien des matins où le bénef de la caisse a servi à beurrer des tartines et à remplir des tasses de chocolats chauds gratuits. Du temps de son père, déjà, quand l’Italien qui jouait de l’accordéon sur le banc du coin avait froid, il savait qu’il pouvait venir trôner au comptoir et qu’il aurait autant à boire qu’il avait soif. Roland a perpétué la tradition ; seul le public a changé. Les Maghrébins, les Maliens, les Roms ont remplacé les Espingoins et les Ritals, mais le cœur de Roland est resté aussi chaleureux.

Malgré le défilé de cons, il a conservé le bistrot ouvert, « pour faire du lien » disait-il, entre Riton qui venait fanfaronner après son dernier tournoi de pétanques, la Marguerite qui dépensait sa pension à nourrir les chats du quartier et Momo, l’étudiant thésard depuis dix ans, racontant ses amours envolées. La fierté du tenancier c’est que jamais un keuf en uniforme n’a osé mettre les pieds chez lui. Le Roland, il est comme Brassens et tant d’autres, les uniformes ça lui donne plutôt des crises d’allergie !

D’après Tony, c’est bientôt fini tout cela. Lui voit un sens plutôt mélo à la situation présente. La crise onomatopéenne du pourvoyeur d’anisette, c’est le chant du cygne du bistrot. Le patron en a marre du foutoir qui s’est installé dans le quartier. La République en Marche n’a jamais franchi le pas de la porte, pas plus que les divers rassemblements franchouillards de Droite, mais la proportion de jeanfoutres augmente dangereusement. Roland a beau dire que chez lui « on ne fait pas de politique », le clan des admirateurs du Président des Riches a réussi à s’infiltrer et il a du mal à supporter. L’autre jour, il a failli craquer grave. Y’a un gars, un commercial apparemment, qui a commencé à bavoter au comptoir sur le fait que le Macron, lui au moins, il faisait ce qu’il avait promis… Le patron a posé les verres qu’il était en train d’essuyer ; il s’est emparé de la télécommande du téléviseur et a basculé le son à fond. La nénette qui chantait une ânerie à la mode a bénéficié d’une puissance acoustique pire que dans une betterave partie. Le baveux, lui, il a sifflé son demi et il est sorti la queue basse.

D’après Mlle Irma et son demi de bière en cristal, le Roland, il serait sur le point de prendre une seconde retraite et de bazarder tout le matos. Le pas de porte, en tout cas, il n’aura pas de mal à le céder ; il paraît que ça fait dix ans qu’il est assiégé par les demandes des enseignes à la mode qui lorgnent sur cet emplacement stratégique à l’entrée du quartier piétonnier. Le bistrot du « Vieux pressoir » remplacé par un fast food ou un magasin de pulls snobs… quelle misère ! Il n’est pas prêt à servir de pourvoyeur à une boîte qui, selon lui, n’est bonne qu’à voler la terre aux habitants de Patagonie…

Une solution peut-être – Tony en a parlé avec Momo – trouver une équipe sympa pour reprendre l’estanco et en faire une buvette, une boulangerie ou un café-librairie sympa. Sûr que le patron y serait favorable et arrangerait côté finances. Mais deux paires de bras ça ne suffit pas pour un projet pareil ; faudrait mobiliser dans le quartier et faire de l’établissement une zone à défendre prioritaire ! Il y a du pain sur la planche. Momo est motivé mais il n’a pas vraiment le sens de l’organisation alors il va lui falloir du soutien ! Aux dernières nouvelles Tony aurait parlé du projet à Roland. La réponse serait : « Taboula boum boum tchac tchac tchac tchac tchac » !

NDLR : Roland, Tony, Momo, Irma et toute la bande souhaitant conserver l’anonymat, vous comprendrez aisément que leur portrait n’illustre pas cette chronique épique.

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1mai2018

Quelque part, dans ma tête, il y a un jardin bien singulier…

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....

 Il ressemble un peu au nôtre mais, compte-tenu de ce qui s’y passe, n’est sans doute pas de ce monde. Plutôt dans un univers parallèle… Il m’arrive parfois de m’y promener… Sa géographie est bien étrange et permet des itinéraires labyrinthiques et des rencontres étonnantes. Il y a sans doute, dans le jardin réel, des voisinages improbables qui sont la clé de toutes les surprises que nous ménage le jardin virtuel. Le jardinage est une étrange magie permettant de réunir des végétaux qui, sans le coup de pouce de l’homme, n’auraient peut-être jamais eu l’occasion de grandir les uns à côté des autres. Certains défenseurs acharnés de la nature n’apprécient pas cette alchimie, moi si. On sait d’ailleurs qu’il n’y a pas que la main de l’homme qui est responsable de la dispersion des végétaux  : oiseaux migrateurs, courants marins, caprices du vent, sont des acteurs de ce grand brassage… Bien des graines voyagent, et ce depuis des millénaires,  pour finir par trouver, un jour, un nouvel éden pour s’épanouir. Les caprices du jardinier feuillesque ont en tout cas permis de belles rencontres végétales : un Erable de Capadocce  côtoyant un Araucaria du Chili ; un chêne du Liban mêle ses branches à son cousin d’Amérique du Nord ; dans la rocaille, le Lewisia des Rocheuses (découvert par Lewis et Clark lors de leur grande expédition vers l’Ouest des Etats Unis) se blottit non loin d’un pied de campanule des Carpathes… La paix règne dans ce petit coin de monde, et l’érable du Japon aux feuilles délicatement ciselées apprécie l’ombre que lui offre un érable plane des plus communs. Les relations entre chênes des divers continents (il y a même un chêne chinois) se passent de grossièretés et d’échange de missiles belliqueux.

 Dans mon jardin virtuel, celui qui se dessine dans ma tête, on va plus loin encore… Les plantes ne sont pas seules à faire des rencontres inopinées ! Au hasard du cheminement, ce sont aussi des êtres humains de toute origine et de diverses époques que l’on peut y rencontrer. On pénètre dans le parc, derrière la maison, et l’on se retrouve immergé dans un bon récit de SF : aucun souci avec les voyages spatio-temporels ; on franchit les déchirures spatio-temporelles aussi facilement que l’on prend le métro. Cela est vrai pour les visiteurs qui s’y promènent, mais non pour moi. Comment se sont retrouvés là ces femmes et ces hommes que la réalité historique a tenu éloignés les uns et les autres ? La clé du mystère est peut-être dans ma bibliothèque, puisque l’on dit que pour créer un monde presque parfait il faut une bibliothèque et un jardin.  Est-ce ma bibliothèque qui est à l’origine de tous ces bouleversements irrationnels ? Pourtant, lorsque je parcours les rayons des yeux, les volumes semblent toujours bien rangés les uns à côté des autres, et, contrairement à ce qui se passe dans un excellent petit ouvrage de l’écrivaine Cathy Ytak (*), je ne crois pas que les livres s’évadent pendant la nuit ! Pourtant les faits sont là ; pour en témoigner, je peux vous conter la dernière exploration du parc à laquelle je me suis livré. J’étais seul, mais j’ai une totale confiance en ce que mes yeux ont vu et mes oreilles entendu. Cela étant admis, je pense que vous comprendrez la nature des interrogations qui me traversent l’esprit, mais aussi sans doute le bonheur d’avoir été témoin de tous ces faits singuliers.

 L’aventure commence un soir du mois d’Avril. Je suis fatigué des multiples travaux accomplis et je décide de m’accorder une petite promenade contemplative. Je franchis le portique d’entrée du parc ; j’avance sur la pointe des pieds et j’observe un peu ce qui se passe. Pour je ne sais quelle raison, je suis convaincu que cette visite n’aura pas la même tonalité que les autres… Peut-être est-ce dû à la lumière particulière du couchant : une palette singulière de rose et de gris. Je fais quelques pas tout en me promettant de ne pas faire de liste de tâches à accomplir, mais de simplement prendre le plaisir d’être partie prenante dans le spectacle du soir. Une fois franchi l’étroit passage entre un arbre aux mouchoirs et un arbre au caramel, j’arrive dans un petit clos entouré de verdure où j’ai installé, il y a quelques années de cela, une table « échiquier » et quelques chaises métalliques. Deux des trois sièges sont occupés, mais les deux personnages présents semblent tant absorbés par la partie en cours, qu’ils ne sont nullement perturbés par mon intrusion. Face à moi, nul doute possible, je reconnais Elisée Reclus, absorbé par la situation délicate dans laquelle se trouve sa reine… Il est un peu moins élégant que sur le célèbre portrait de son ami Nadar, mais ne manque pas de prestance. « Notre invité de ce soir est en retard ! », déclare-t-il soudainement… Sa voix est posée, calme, pleine de rondeurs. Mais qui est la personne qui lui répond en Français, avec un accent terrible. Il s’agit d’une femme ; elle a de longs cheveux noirs nattés dans le dos… La conversation se prolonge en Anglais. La curiosité l’emporte et je fais quelques pas de côté pour essayer de voir son visage de profil et la reconnaître. Il s’agit de l’écologiste indienne Vandana Shiva, dont la photo est affichée sur l’un des murs de mon bureau. Elisée sort un exemplaire de « l’histoire d’un ruisseau » d’une serviette en cuir qu’il a posée contre sa chaise. Vandana lui explique qu’elle a lu une version anglaise de ce livre et qu’elle l’apprécie beaucoup. Elisée, toujours curieux, lui pose quelques questions sur la région de l’Inde où est installée sa coopérative de production de semences paysannes. Il vient de commencer à rédiger les chapitres de son volume de la « Géographie universelle » consacré à l’Inde et souhaite éclaircir quelques points obscurs dans son énoncé.

 La discussion s’interrompt à l’arrivée d’un troisième personnage qui rentre sur scène en écartant quelques branches du saule pleureur… Lui aussi, je le connais. Il faut dire que ses traits sont assez singuliers pour être facilement mémorisables. Il s’agit d’Henry D. Thoreau ! L’écrivain américain a quitté sa cabane de Walden pour rendre visite à mon jardin virtuel ; quel honneur ! Elisée lui sert la main ; Vandana se lève et le salue d’un mouvement de tête. « Je voulais profiter de mon voyage en Europe pour vous rencontrer ! L’endroit est bien choisi et je suis heureux d’être accueilli par des hôtes aussi prestigieux… J’espère que je n’interromps pas votre partie ! » Il s’empare de la troisième chaise et prend place autour de la table. En fait d’hôtes à remercier, je trouve la situation un peu injuste ! Je me ferais un plaisir de lui rappeler que c’est surtout à notre travail de jardinier, à ma compagne et à moi-même, qu’il pourrait adresser un message de remerciement. Mais bon… Offrir un siège n’est pas un gros sacrifice et il s’est installé sans jeter le moindre regard dans la direction du visiteur indiscret que je suis. Voilà nos trois voyageurs plongés dans une discussion passionnante sur l’évolution politique du monde. Il y a tant de questions à poser, et de réponses à apporter, que je pense que ce forum hors du commun va durer quelques heures au moins. Je suis partagé entre l’envie d’écouter les propos de ces trois prestigieux personnages, et la curiosité de savoir si cet évènement est unique ou si d’autres figures historiques se sont donné rendez-vous chez nous. Je décide de continuer mon petit tour du parc. S’il ne se passe rien d’autre de passionnant, je pense que je n’aurai pas de mal à reprendre ma place d’observateur indiscret.

 Il y a, dans un coin assez éloigné de la maison, une cabane entourée de haies que j’ai pompeusement surnommée « cabane des écrivains ». J’ai toujours souhaité que ce lieu soit un point de rencontre et d’échanges. Je me demande si quelqu’un a eu la même idée que moi… Je me faufile discrètement entre les arbres puis je franchis le portique en bois qui permet de pénétrer dans l’enclos. J’entends un bruit de voix à l’intérieur du cabanon. A l’extérieur, une femme s’est assise sur un fauteuil anglais et caresse de son pied nu une touffe de marguerites en fleurs. D’une main, elle tient un bloc-note et de l’autre un stylo plume. Est-elle en train d’écrire ou de dessiner ? Son visage, reflétant une parfaite sérénité, me rappelle quelqu’un ; mais, finalement, c’est sa coiffure, plutôt sophistiquée, qui me met sur la voie. Il s’agit de la journaliste Séverine, l’amie de Jules Vallès. En fait, elle prend des notes, sans se préoccuper du débat acharné qui se déroule à l’intérieur de la maison. Je lance un coup d’œil par la petite fenêtre. A l’intérieur, ils sont trois à occuper les lieux. Deux d’entre eux sont assez corpulents, et à eux trois ils remplissent aisément l’espace vital à l’intérieur du cabanon. Heureusement que le couchage est en hauteur ! Sinon, je pense qu’ils auraient eu du mal à siéger autour de la petite table de cuisine !

 Face à moi, aucun doute, je pense qu’il s’agit de François Rabelais, si tant est que les portraits que l’on possède de lui sont assez fidèles. L’homme à sa droite c’est probablement Claude Tillier, l’auteur de « Mon Oncle Benjamin ». Pour identifier l’homme aux cheveux longs qui me tourne le dos, il faut que je fasse le tour du cabanon et que je regarde par la fenêtre en vis à vis. Bakounine, Michel Bakounine ! J’aurais pu au moins reconnaître son accent bien particulier. J’essaie de suivre leurs échanges ; j’aimerais savoir ce qui réunit ces trois hommes singuliers : quel est le thème de leur conversation ? La révolution ? L’éducation ?… Au bout de quelques minutes, je comprends qu’ils sont en train de débattre au sujet de la bouteille de Bourgogne qui est posée, vide, sur la table, après que son contenu ait été réparti égalitairement dans leurs trois verres. Je comprends pourquoi Rabelais ne regarde pas les autres d’un air égaré, mais semble au contraire les couver d’un regard plutôt bienveillant. Voilà un thème sur lequel les trois personnages peuvent s’entendre facilement. Je les laisse à leur occupation et j’essaie de lire, très indiscrètement, par dessus l’épaule de Séverine pour savoir de quoi elle est en train de parler. En fait, je connais ce texte dont elle vient de raturer un paragraphe. Il s’agit de son reportage « au pays noir », sur la vie des mineurs. J’ai trouvé ce récit, publié dans « pages rouges » particulièrement émouvant. Je reconnais les premières phrases : « Je la connais, la douloureuse vie des mineurs ! Voilà plus de cinq années que je m’y intéresse… » Je suis flatté qu’elle ait rédigé la version finale de ce texte dans ce cadre de verdure ; j’aurais aimé que ce voyage dans le temps ait été l’occasion d’un écrit plus optimiste, mais bon… L’époque à laquelle elle vit ne se prête pas tant que ça à sourire…

Toutes ces rencontres m’excitent follement. Mon seul regret, mais il est de taille, c’est de ne pouvoir intervenir dans leurs discussions. J’aurais tant de choses à leur demander ! Quitte à jouer au simple spectateur, autant continuer la visite… Quelle surprise me réserve le voisinage de la petite mare ? Vais-je y trouver un pêcheur à la ligne égaré au milieu de toutes ces figures illustres ?

 Je parcours l’allée entre les weigélias en fleurs. Une couverture a été étalée dans l’herbe et quatre personnages s’y sont assis en tailleur. Ils jouent aux cartes et discutent tranquillement. Cela me rappelle la mise en scène d’un tableau célèbre… L’un des acteurs de la scène, je vous avoue franchement, je ne m’attendais pas à le voir. Il s’agit de l’un de mes héros de BD préférés, Gaston Lagaffe, une fleur dans la bouche, un sourire béat sur le visage. Son andouille de mouette rieuse est en train de dévorer l’un de mes plus beaux poissons multicolores… Quand je pense que d’ordinaire j’accuse le pauvre héron de ce genre de crime ! Le gars à côté, celui qui a posé nonchalamment dans l’herbe un album intitulé « Idées Noires », eh bien je pense que c’est tout simplement son « papa », Franquin. Il ne me reste plus que deux personnes à reconnaître pour que le tableau champêtre soit complet : ce sont deux femmes. Il y a Emma Goldman plus âgée sans doute que sur la photo que j’ai affichée dans ma galerie de célébrités et Olympe de Gouges, une égérie révolutionnaire que je connais assez mal. C’est un pur hasard que je la reconnaisse ; il y a quelques mois, je voulais écrire un billet à son sujet pour ce blog et j’avais commencé une recherche documentaire assez poussée avant d’abandonner mon travail en route, comme trop souvent malheureusement… Ce quatuor me laisse perplexe… Je ne suis pas le seul d’ailleurs : Emma, qui n’a pas un sens de l’humour très poussé, n’apprécie guère les aller-retour de la mouette rieuse autour de son chignon. J’essaie de trouver un lien entre les quatre participants de ce « déjeuner sur l’herbe » lorsque, d’un coup, ils disparaissent. Leur image s’estompe ; un vertige m’oblige à fermer les yeux. Lorsque je les rouvre, je suis assis sur un fauteuil au bord de la mare ; la chatte, ronronnante et affectueuse, se frotte contre mes jambes. Je crois bien que j’ai dormi un moment. J’en fais trop pendant la journée et je dois perdre un peu les pédales !

Sur ces bonnes paroles, je vous laisse continuer votre route en paix. J’écris peu en ce moment ; vous l’avez constaté si vous tentez de suivre régulièrement ce blog. Il faut dire qu’entre le jardin qui occupe mes bras et celui qui me squatte le cerveau, je n’ai plus guère de disponibilités !

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