14mars2016

Un petit tour dans l’ancien royaume de Mohammed V al-Ghanî

Posté par Paul dans la catégorie : Carnets de voyage.

Bon, ça va changer un peu des chroniques précédentes, mais là où il n’y a pas de changement, il n’y a pas de mouvement, disait mon arrière-grand-père qui était pêcheur de sardines au bord du lac Léman…

Alhambra1 Mon silence prolongé était dû à une petite excursion à Grenade en Andalousie pour essayer de secouer les torpeurs hivernales dans lesquelles nous nous sommes laissés un peu engloutir. Le soleil était au rendez-vous, mais le thermomètre pas vraiment. Je l’avoue sans trop de honte : pendant que certains se préparaient à battre le pavé des villes françaises pour dénoncer les attaques répétées du gouvernement contre les droits des travailleurs, nous contemplions avec béatitude un ensemble architectural assez incroyable, celui de l’Alhambra. Notre seul acte de bravoure sociale pendant cette semaine d’absence a consisté à regarder passer le défilé rituel, en clôture de la journée internationale des femmes. Rien de bien excitant par ailleurs : une multitude de banderoles d’organisations témoignant d’une division au moins aussi grande que celle qui sévit dans la gauche alternative française. Là n’est pas mon propos et je me contenterai de vous livrer quelques impressions touristiques sur l’objet principal de notre voyage.

Albaicin Grenade

Cordoue, Séville, puis finalement Grenade ont été les villes principales du royaume d’Al-Andalus au Moyen-Âge. J’ai déjà évoqué la grandeur de cet épisode politique et culturel de l’histoire européenne en dressant le portrait de quelques personnalités savantes du monde arabe à cette époque. Grenade a été la capitale du royaume au moment où celui-ci était réduit à l’état de peau de chagrin par la « Reconquista » entreprise par les souverains catholiques castillans. Les bâtisseurs des palais les plus raffinés ont dû fuir leur ville lumière et l’abandonner aux envahisseurs venus du Nord. Un ultime palais a été ajouté par la suite sur la colline, celui de Charles Quint : un bloc architectural massif tout à fait à l’opposé des palais Nasrides qui impressionnent par la finesse de leur décoration et de leur construction. La colline de l’Alhambra regroupe toute une collection de bâtiments d’âges et de styles différents. C’est l’une des particularités qui en fait son charme. Même si le bâtiment le plus ancien que l’on visite, la Alcazaba, date du milieu du XIIIème siècle, il est probable qu’il y ait eu une occupation antérieure étant donné l’intérêt stratégique du site.

Alcazaba Alhambra La Alcazaba a une vocation militaire défensive ; c’est une évidence sur les photos. Ce n’est ni plus ni moins qu’un château-fort massif qui domine la plaine de Grenade. Du haut des tours, les guetteurs peuvent apercevoir le moindre mouvement de troupes. Quant à s’emparer de la forteresse, compte-tenu de l’efficacité de son système défensif, on peut difficilement imaginer un assaut frontal. Seul un siège prolongé, une trahison, ou un déséquilibre important du rapport de force, peuvent permettre de venir à bout de la résistance de la garnison. C’est ce dernier cas de figure qui provoqua la capitulation de Grenade. Face au royaume constitué par l’alliance des provinces de Castille, d’Aragon et de Léon, le domaine de Mohammed XII Boadbil ne pèse pas bien lourd dans la balance. Le Prince arabe préfère capituler et prendre la fuite. Cette décision, peu appréciée par certains de ses compatriotes, est l’un des premiers facteurs qui a permis de conserver à peu près intact le trésor architectural de la ville.

Generalife jardin

Notre visite a commencé par le haut de la colline et nous a permis de découvrir Le Generalife et ses jardins. Le moment de l’année n’est peut-être pas très bien choisi pour profiter pleinement du renouveau de la nature. Il est encore un peu tôt et les massifs fleuris ne sont pas encore très colorés… mais qu’importe, l’architecture est là, bien présente, d’une grande majesté, et le flux de touristes n’est pas encore trop présent. Quand on veut apprécier la quiétude d’un lieu et la sensation de détente qu’il induit, c’est mieux comme cela. Les jardins du Generalife sont magnifiques et l’on comprend pourquoi les Sultans appréciaient de séjourner dans cet endroit lorsqu’ils désiraient se mettre à l’abri de la vie publique et de ses turbulences. Il ne s’agit nullement d’un ouvrage à caractère militaire, mais véritablement d’une résidence secondaire… J’avoue humblement que j’aurais eu plaisir à y séjourner, pour peu que l’on ait pris la peine de supprimer quelques courants d’air. Plusieurs salles sont fermées dans le palais et c’est dommage car celles que l’on visite donnent un avant-goût du luxe intérieur qui devait être la règle !

Generalife jardin2 Du cyprès qui, selon la légende, abrita de son ombre romantique les amours de l’épouse du malheureux Boadbil avec un chevalier albencerraje, il ne reste malheureusement plus que le tronc, dangereusement incliné. Cet affaire se termina d’ailleurs fort mal. Le sultan prit ombrage de cet amour « hors-les-murs » et fit emprisonner et égorger sauvagement tous les chevaliers de cette tribu prestigieuse. L’histoire ne dit pas comment la Sultane se consola. La cour intérieure reçut le nom de « patio des cyprès ». Un escalier situé au fond du patio (mais de construction beaucoup plus tardive) permet d’accéder aux jardins hauts où se trouvaient, entre-autres, les potagers du palais. On accède aux terrasses successives en empruntant un escalier dont les rampes creuses abritent un filet d’eau qui coule en permanence. Une des particularités des jardins du Generalife, c’est l’omniprésence de l’eau. Cela permet bien entendu d’irriguer les massifs à volonté, mais aussi de rafraichir une atmosphère souvent torride pendant l’été. N’étant pas soumis à des chaleurs excessives c’est surtout la musique de tous ces ruissellements, de ces jets d’eau  et de toutes ces petites cascades que nous avons apprécié. La musique de la vie…

Generalife jardin3

Notre programme de visite (plus ou moins imposé par les horaires) nous a permis de garder le plus somptueux pour la fin : l’ensemble des palais Nasrides accolés les uns aux autres, une collection de bijoux. Je comprends pourquoi les entrées sont distillées au compte-gouttes (de grosses gouttes quand même !). C’est dans cette enfilade de salles, de couloirs et de patios que se trouve la cour des lions. Ce patio doit son nom à la présence d’un bassin sculpté dans le marbre blanc. La vasque est supportée par des lions. De leur gueule, l’eau s’écoule par quatre canaux, symbolisant les quatre rivières du Paradis et les quatre points cardinaux. Ce n’est pas ce qui m’a le plus marqué dans la visite, même si je reconnais que cette œuvre témoigne d’une sacré maîtrise artistique. Non, je crois que ce que j’ai préféré c’est simplement l’ambiance des lieux, ambiance créée par les jeux de lumières complexes des ouvertures et de leur habillage, en bois, en stuc ou en vitraux. Tout est fait pour attirer le regard, et l’on a une impression d’immersion très forte. Il suffit de ne pas lever la tête au bon moment ou de ne pas tourner le regard dans la bonne direction pour manquer une partie du spectacle, ce qui fait que lorsque l’on revient sur ses pas, on découvre sans cesse des perspectives inédites… Magnifique démonstration de la splendeur de la civilisation arabe à son apogée. Le cube de Charles Quint juxtaposé à cet ensemble de palais, paraît encore plus dérisoire lorsque l’on quitte (à regret) la dernière de ces demeures somptuaires, le Partal, dont ne subsistent que quelques bâtiments.

calligraphie arabe palais Nasrides L’ensemble architectural Nasrides comporte trois zones distinctes : El Mexcuar, le lieu où le Sultan donnait ses audiences et recevait ses conseillers ; le Palais de Comares, résidence officielle du Sultan ; le Palais des Lions, les appartements privés où seuls avaient accès les membres de la famille ou les proches. Le Palais des Lions a été bâti sous le règne de Mohammed V. Dans la cour principale, une forêt de piliers de marbre d’une grande finesse soutiennent des portiques ouvragés. Les voutes intérieures, dites à mouqarnas (nids d’abeille), sont finement ciselées. A l’époque de la présence arabe, les Palais étaient sans doute indépendants. Une communication a été établie entre les différents corps à l’époque chrétienne. Lorsque les souverains castillans ont occupé les lieux, leurs velléités de destruction systématique ont été quelque peu calmées devant la splendeur des palais Nasrides. Ces bâtiments ont donc été préservés du pillage et transformés en résidence de voyage pour la famille royale d’Espagne. Par la suite, l’entretien a été plus ou moins régulier selon les caprices des monarques successifs, mais aucun dommage majeur n’a été commis. Pendant la révolution espagnole en 1936, aucun combat important n’a eu lieu dans la ville. Les Franquistes se sont emparés de Grenade avec facilité bien que les Républicains du Front populaire y aient été majoritaires. A lire les témoignages de l’époque, il semble que la mobilisation populaire, endormie par la naïveté gouvernementale, n’ait pas été assez rapide face au cynisme des insurgés. Cette « prise » de la ville a peut-être « sauvé » l’Alhambra (phrase que l’on peut lire dans certains dépliants touristiques) mais elle a coûté la vie à des centaines de militants ainsi qu’au poète andalou Federico Garcia Lorca.

palais Nasrides1

Ici se termine cette chronique de voyage, un peu sommaire je le reconnais, mais de nombreux guides et sites internet sont là pour vous apporter une multitude d’informations touristiques et historiques. J’ai préféré me limiter à exprimer mon ressenti personnel. Visiter Grenade est un excellent moyen de se faire une idée de la civilisation arabe à son apogée dans le Sud de l’Europe. Pour avoir une vision encore plus panoramique, il me semble intéressant de compléter cette étape par une découverte des deux autres grandes cités d’Al-Andalus, Cordoue et sa mosquée, Séville et son Alcazar… Un joli périple triangulaire que nous avions entrepris il y a une trentaine d’années mais pour lequel il nous manquait un dernier « sommet », notre voyage ayant été interrompu pour des raisons indépendantes de notre volonté.

Addenda : si vous voulez découvrir un autre point de vue, beaucoup plus poétique que celui-ci, je vous renvoie sur le blog familial tenu par ma compagne : « Pas assez de temps – L’Alhambra »

palais du Partal

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26février2016

Connaissez-vous Albert Meltzer ?

Posté par Paul dans la catégorie : Histoire locale, nationale, internationale : pages de mémoire; Portraits d'artistes, de militantes et militants libertaires d'ici et d'ailleurs.

Meltz15-227x300  Albert Schweitzer ? diront certains, persuadés qu’une erreur orthographique est toujours possible et que tous ces noms étrangers se ressemblent un peu. Non, je parle bien d’Albert Meltzer… Il est probable qu’une fois dissipé le malentendu lié à une (toute relative) homonymie, la majorité des lectrices et lecteurs de la « Feuille » répondront alors par la négative. Il faut dire que la notoriété de cet homme remarquable est dissimulée par trois éléments pénalisants : c’est un militant (et non un artiste ou un savant), il est d’origine anglaise (Trafalgar ?), et, sur l’échiquier politique, il se situe plutôt du côté des anarchistes (ce qui, dans la bouche d’un Manuel Valls moyen est carrément une insulte). Il s’agit pourtant d’une personnalité, d’un porte-flambeau, comme l’ont noté plusieurs de ses biographes, des idées libertaires outre-Manche. Il est grand temps que, dans ce monde soi-disant globalisé, on s’intéresse à toutes les personnes, quelle que soit leur nationalité, en particulier à toutes celles (et tous ceux) qui ont combattu pour qu’advienne un jour un monde meilleur. L’espoir est encore l’une des armes qui restent à notre disposition.

la famille Meltzer à Londres en 1938

la famille Meltzer à Londres en 1938

Comme l’indique notre bible à nous autres chroniqueurs (Wikipédia bien sûr), Albert Meltzer est né le 7 janvier 1920, à Tottenham (agglomération de Londres) dans une famille de juifs et de protestants irlandais. Il découvre l’anarchisme non pas dans les livres ou à travers les luttes syndicales, mais en pratiquant son sport favori, la boxe ! Cette activité est très courante dans les milieux populaires anglais. Entre deux passages sur le ring, les échanges vont bon train et Albert est intéressé par les propos tenus par l’un de ses compagnons, un jeune marin de Glasgow, Billy Campbell. Il participe à sa première réunion d’information sur l’anarchisme en 1935 et se fait remarquer en s’opposant aux propos tenus par une oratrice célèbre du mouvement, Emma Goldman, à propos de la boxe. Leur désaccord sur ce sujet, mineur semble-t-il, ne l’empêche pas de rejoindre très rapidement la principale organisation anarchiste londonienne du moment : le « Freedom Group ». Un an plus tard, en juillet 1936, débute la révolution espagnole et l’événement résonne comme un coup de cymbale au sein de la Gauche européenne. Albert Meltzer, comme beaucoup de jeunes de sa génération, s’enthousiasme pour cette lutte porteuse de tant d’espoirs, et s’engage de façon active dans le soutien aux camarades espagnols en lutte. L’action le motive plus que les grandes idées et il se bat aux côtés d’Emma Goldman pour collecter argent et vêtements destinés aux Républicains. Il est responsable (entre autres) de l’incendie d’un stand à la gloire de Franco dans une exhibition d’extrême-droite. L’échec de la Révolution espagnole va l’affecter profondément. Des réfugiés affluent en Grande Bretagne et il faut les accueillir et les aider. Meltzer dénonce les conditions dans lesquelles la France traite ces réfugiés… Les militants de la CNT en exil constituent le mouvement Solidarité Internationale Antifasciste (SIA). Pour les soutenir, ils comptent sur l’action d’Emma Goldman, mais celle-ci a quitté la Grande Bretagne pour le Canada. Elle n’est plus toute jeune et sa santé décline. Malgré l’aide d’autres personnalités (la romancière Ethel Manin, notamment, pour laquelle Meltzer éprouve beaucoup d’estime), le mouvement de solidarité s’épuise et tourne court. Les ouvriers anglais ont d’autres préoccupations.

War_comment Durant toute cette période précédant la deuxième guerre, Albert Meltzer exerce de nombreux métiers : il travaille pour une compagnie de gaz, un hôpital, une société de cinéma… Il est présent sur tous les fronts de lutte et pas seulement la solidarité avec les anarchistes espagnols. Il effectue aussi un voyage en Allemagne nazie pour aider un groupe clandestin qui envisage l’assassinat d’Hitler et de Goering. Avant même sa vingtième année révolue, il lance un journal d’informations intitulé « Revolt ». La Grande Bretagne entre en guerre et Meltzer perd son emploi hospitalier, mais cela ne décourage pas son enthousiasme militant. Il survit en effectuant différents travaux de secrétariat. Il rédige quelques articles pour des journaux, mais il ne veut pas devenir écrivain professionnel car il ne considère pas l’écriture comme un métier. Il précise dans ses mémoires : « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit par conviction et non pour être rémunéré ». Il devient secrétaire d’une nouvelle fédération anarchiste clandestine qui voit le jour en 1940. Ce mouvement publie un bulletin intitulé « Workers in uniform » : quatre mille exemplaires sont diffusés au sein des forces armées. Il est aussi membre de l’équipe de rédaction du journal « War commentary », lancé entre autres par Vernon Richards et Marie Louise Berneri.  Il publie plusieurs articles intéressants dont un sur le nationalisme. On peut consulter une traduction française de ce texte sur le site « Racines et branches« . Je vous en propose la conclusion :

« Nous devons certainement accepter les luttes pour l’indépendance nationale lorsqu’elle sont des luttes contre l’impérialisme. Mais elles doivent être conduites par les ouvriers et les paysans et nous devons nous dissocier d’avec les dirigeants bourgeois – par exemple, des gouvernements en exil à Londres, les dirigeants bourgeois du Parti du Congrès indien etc. – pour nous associer à la place avec les masses qui conduisent seules cette lutte. Et l’indépendance ne doit pas être un objectif mais un levier pour évincer l’impérialisme , et lorsque cela est fait, le but n’est pas d’instaurer un gouvernement bourgeois indépendant mais un mouvement révolutionnaire qui va lutter aux côtés d’autres mouvements révolutionnaires dans d’autres pays pour un MONDE LIBRE. »

black-flag-1980s-logo-black-on-white « War commentary » est interdit en 1945 et ses membres fondateurs arrêtés. Meltzer n’est pas impliqué dans le procès qui s’ensuit. Entre temps il a connu d’autres aventures : il est mobilisé sous les drapeaux en 1944. Comme il refuse de rejoindre son affectation, il est alors condamné pour désertion et emprisonné. En 1946 il est envoyé dans une unité déployée en Egypte, le « pioneer corps ». Il tente de provoquer une mutinerie et il est déféré à deux reprises en cour martiale. Libéré, il rentre en Angleterre en 1948. Il éprouve de grosses difficultés à trouver un emploi et doit se décider à recourir à une fausse identité pour se faire embaucher dans le textile… Nullement découragé, il reprend alors ses activités militantes. Mais la décennie qui suit la seconde guerre mondiale est plutôt morne pour les anarchistes anglais. Des dissensions freinent le redémarrage du mouvement. Albert Meltzer, lui, a des désaccords importants avec le groupe « Freedom » dont il était proche avant guerre. Il quitte l’équipe du journal en 1965. En 1967 il participe à la création de la Croix Noire Anarchiste anglaise (« Anarchist Black Cross ») aux côtés de Stuart Christie, une autre personnalité du mouvement dont il se sent très proche. En 1970, toujours avec Stuart Christie, il fonde le journal « Black Flag ». Il est arrêté en août 1971, avec 6 autres compagnons. On lui reproche d’avoir fait partie du groupe anarchiste « Angry Brigade » qui a commis divers attentats en relation avec la guerre en Irlande du Nord. Le procès dure de mai à décembre 1972. Meltzer et Christie sont acquittés, après avoir purgé 18 mois de prison préventive. L’accusation ne tient pas debout : c’est un délit d’opinion pour lequel ils ont été arrêtés, et non une action violente.

Meltzer bookshop Son inculpation et son emprisonnement ne l’empêchent pas de soutenir la création avec Miguel Garcia, du « Centre Ibérique International » pour aider les compagnons espagnols en lutte contre Franco. Depuis 1936, la lutte contre la dictature au-delà des Pyrénées est une préoccupation qui ne l’a jamais abandonné. Le centre organise des collectes pour soutenir les militants du M.I.L. ou du G.A.R.I. emprisonnés. En 1979, il est l’un des fondateurs d’un important centre de documentation libertaire : la « Kate Sharpley Library ». Plus de 30 ans après son ouverture, cette bibliothèque, centrée sur l’histoire du mouvement anarchiste anglophone, met à la disposition du public des archives considérables. Cette documentation peut être consultée également par le biais d’un site internet très fonctionnel. La « Kate Sharpley Library » possède maintenant une antenne à Berkeley aux Etats-Unis. Je voudrais vous raconter une anecdote au sujet de cette bibliothèque…

kate_sharpley Albert Meltzer a toujours témoigné un profond respect aux militants anonymes, à celles et à ceux qui s’investissaient dans les luttes quotidiennes, à l’usine ou ailleurs. A l’inverse, il se méfiait un peu des intellectuel(le)s prompt(e)s à engager des polémiques mais trop souvent ignorants des réalités profondes du terrain. Le fait qu’il ait choisi le nom de Kate Sharpley pour son fonds documentaire est tout à fait révélateur de sa manière de percevoir les choses. Il aurait pu choisir le nom d’une célébrité du mouvement ; il a préféré choisir le nom d’une femme quasiment inconnue… Kate Sharpley est une simple militante anarchiste qui a vécu au début du XXème siècle. Elle était pacifiste. Pendant la guerre, son père et son frère ont été tués au front ; son fiancé est mort également, mais comme il était très engagé dans la lutte syndicale, elle pensait qu’il avait été tué lors d’une mutinerie. A l’âge de 22 ans, le gouvernement lui a attribué la « médaille de la famille » qui devait lui être remise par la reine Mary (femme de Georges V). Le jour de la cérémonie, elle a jeté cette décoration en criant « si vous les aimez tellement, vous pouvez toutes les avoir ». Cette action de rébellion lui a valu un traitement « de faveur » : elle a été frappée par les policiers présents, emprisonnée plusieurs jours et renvoyée de son travail… Tout cela sans qu’aucune charge n’ait été retenue contre elle, et sans qu’il y ait eu de procès… Meltzer a croisé sa route un jour et Kate Sharpley l’a vivement impressionné par son enthousiasme et son courage. Cette rencontre l’a marquée et, quand est venue l’heure de baptiser sa bibliothèque, c’est à ce nom-là qu’il a pensé.

meltzer-anarchism Albert Meltzer disparait le 7 mai 1996. Quelques années avant sa mort il s’est attelé à la rédaction d’une importante autobiographie « I couldn’t paint golden angels » (Je ne peux peindre des anges dorés) qui est publiée à titre posthume. Cet ouvrage important peut être consulté sur la Toile où il est publié en version intégrale, mais il ne fait malheureusement pas l’objet d’une traduction en Français pour l’instant. Espérons que cette omission sera réparée dans les mois ou les années à venir, l’édition d’ouvrages sur l’anarchisme étant particulièrement dynamique ces derniers temps.
Certains de ses camarades lui ont reproché son sectarisme et son manque de tolérance… Il est souvent plus facile de critiquer des proches que des adversaires irréductibles et le milieu libertaire n’est pas exempt de ce défaut. Une chose est indiscutable en ce qui concerne Meltzer, c’est sa fidélité à l’idéal anarchiste tout au long de sa vie. Jamais il n’a cessé de penser qu’il était possible de construire un monde meilleur que celui dans lequel nous vivons. Tout au long de sa vie il s’est battu avec une énergie admirable pour défendre ses idées. Là où d’autres ont louvoyé en fonction des circonstances, lui a continué à cheminer sur sa route en gardant le cap. Chapeau bas !

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Quelques citations pour terminer :

A propos de la violence : « La plupart des gens, qu’ils l’admettent ou non, sont conditionnés par les médias, « la nouvelle église ». Ils déplorent le type de violence que l’Etat déplore et applaudissent le type de violence auquel l’Etat recourt. »

A propos de l’histoire : « L’histoire de peuples entiers a été anéantie précisément pour la même raison que l’histoire du mouvement de la classe ouvrière dans la période récente a été effacée elle aussi ; il ne convient pas aux puissants que cette histoire soit connue, parce que les traditions maintiennent en vie l’esprit de révolte. »

A propos de l’anarchisme : « Ceux qui utilisent le mot « anarchie » pour qualifier un désordre ou une mauvaise gestion, ont tort. S’ils considèrent l’existence d’un gouvernement comme une nécessité, s’ils pensent que nous ne pourrions pas vivre sans Whitehall ou la Maison Blanche pour diriger nos affaires, s’ils pensent que les hommes politiques sont essentiels à notre bien-être et que nous ne pourrions  pas nous comporter correctement en société sans policiers, ils ont raison de penser que l’anarchie c’est le contraire de ce que le gouvernement garantit. Par contre ceux qui ont une opinion opposée et considèrent que le gouvernement est une tyrannie, ceux-là ont raison de considérer que c’est l’anarchie et non le gouvernement qui garantit la liberté. Si le gouvernement, c’est le maintien des privilèges et de l’exploitation et si son outil est l’inégalité de la répartition, alors c’est l’anarchie qui est l’ordre. »

NDLR – pour rédiger ce billet, et surtout pour l’illustrer, je me suis servi des documents en anglais disponibles sur la « Kate Sharpley Library ». Phil Ruff est l’auteur de plusieurs des clichés publiés ici.
Je dédie cette chronique à mon ami Michel Pélissier, pédago Freinet, militant de l’ICEM (Institut Coopératif de l’Ecole Moderne), syndicaliste, libertaire… Je lui dois une partie des idées qui sont les miennes et j’ai toujours eu une grande admiration pour son engagement et sa constance dans la défense de valeurs que trop de personnes oublient aujourd’hui. Sa disparition me peine profondément.

Complément à ce texte (12 mars 2016) : un camarade anglais m’apporte quelques précisions concernant le passage « Angry brigade »… Les attentats commis n’étaient pas seulement en relation avec la guerre en Irlande mais visaient également le Franquisme, le capitalisme… Meltzer n’a pas été acquitté car il n’a pas été jugé. Selon ses déclarations, il a été simplement « témoin de la persécution »  et emprisonné par la Justice à ce titre… « I couldn’t paint golden angels » a été publié juste avant sa mort et non après…
Un grand merci pour ces précisions. Compte tenu de leur importance, j’ai préféré les placer en « addenda » au texte plutôt que dans les commentaires.

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20février2016

Dans le monde que j’habite, il n’y a ni étrangers ni frontières

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; philosophie à deux balles.

« Aujourd’hui le monde est métis, bien qu’une partie de la planète, comme l’Europe, rechigne à  l’admettre ».
Cette accroche d’un article très intéressant de « Basta » m’a donné envie de revenir sur  cette maudite question des frontières, du nationalisme et du repli identitaire. Je vous livre le résultat d’une partie de mes cogitations ! Pour une étude plus exhaustive, le format d’un livre serait plus adapté que celui d’un billet !

nationalisme poison Dans le monde que j’habite, c’est clair, il n’y a ni étrangers ni frontières. Ces notions sont étrangères à  ma philosophie. Les hymnes revanchards et les drapeaux sont remisés au placard car ils n’enrichissent en aucun cas les racines qui sont les miennes et que je revendique. Je suis à  la fois citoyen du monde, citoyen du lieu où je suis né, et citoyen du lieu où j’habite. Il se trouve que dans mon cas les deux derniers sont dans la même contrée ; ce n’est pas vrai pour tout le monde. Ma citoyenneté est faite de particularismes et de globalité. Dans la forêt, l’arbre croît parce qu’il a des racines profondes dans le sol, mais aussi parce qu’il participe d’un écosystème global. Ce que recouvre le mot « frontière » dans l’esprit de ceux qui nous gouvernent et de ceux qui les subissent est une construction purement idéologique. Comme le disait le géographe Elisée Reclus qui s’est longuement intéressé à  la question : « Toutes ces frontières ne sont que des lignes artificielles imposées par la violence, la guerre, l’astuce des rois et sanctionnées par la couardise des peuples. »

Il y a, bien entendu, des différences d’apparence, de langue, de philosophie, de culture entre les groupes humains, mais la diversité, en aucun cas, n’induit une hiérarchie quelconque. Ma culture n’a nul besoin d’écraser celle des autres pour avoir une grande valeur à  mes yeux. Elle a sa propre richesse, comme toutes les autres. La perméabilité entre toutes les cultures ne devrait induire aucune normalisation comme cela se passe au sein de la « mondialisation capitaliste » mais provoquer, au contraire, un enrichissement mutuel. Le nationalisme et plus encore le patriotisme entrainent un appauvrissement culturel global. Le rouleau compresseur occidental n’enrichit pas le patrimoine de l’humanité ; il l’appauvrit.

tourisme de masse Celui qui ne voyage que pour se convaincre que tout est mieux chez lui, perd son temps et se comporte comme un nuisible à  l’égard de l’harmonie universelle que nous souhaitons voir triompher un jour. Trop nombreux sont les touristes qui ont un comportement de type impérialiste. Il n’est pourtant guère de lieu que l’on ne puisse fréquenter sans en sortir grandi, ne serait-ce que par les interrogations qu’il amène à formuler ! Lorsque je rentre chez moi, le sentiment de bien-être que j’éprouve n’est pas lié au confort matériel que j’y trouve, mais au fait qu’il s’agit d’un retour au berceau, un lieu où je peux mettre de l’ordre dans mes idées et profiter pleinement des nouveautés qui ont élargi mon horizon mental. Le voyage est un désordre (une bousculade devrais-je dire) propice à  la découverte. Le retour est un ordre propice au jaillissement créatif. Voilà  comment je ressens les choses. Je suis prêt à  défendre les lieux où j’affectionne de vivre ; il s’agit là  de défendre ma liberté contre toutes les agressions, y compris celles de gens qui prétendent avoir les mêmes racines que moi. Je suis prêt à  défendre aussi les lieux où les autres ont leurs racines, quand leur quotidien est menacé par de quelconques tyrannies ; celles-ci menacent tout autant leurs libertés que les miennes. Les Kurdes, les Palestiniens, les Yanomamis ont le droit de conserver un territoire qui est le sanctuaire de leur culture. Aucun peuple n’a le droit d’en asservir un autre pour quelque raison que ce soit. La liberté des autres participe de la mienne. Elle m’est nécessaire. Je suis conscient aussi que le fonctionnement de la société actuelle est bien éloigné de celui que je décris. Dans le conflit entre barbarie et civilisation, il semble bien que les barbares triomphent pour l’instant, mais je conserve un fond d’humanisme suffisamment fertile pour espérer qu’un revirement puisse s’opérer.

Voilà  pour ce qui est d’un bref survol philosophique. Mais le mot « frontière » est intéressant aussi à  étudier sous l’angle historique.

280px-Saalburg_-_Haupteingang_2009 Les frontières apparaissent dès l’antiquité mais elles changent de sens et de fonction avec le temps. Le concept de « ligne frontière » existe déjà, mais il n’a rien de systématique. Certains territoires sont bornés, mais en général les frontières correspondent à  des zones d’une certaine épaisseur. On parle de territoires frontaliers. Les Romains emploient le terme de « limes ». Il s’agit parfois de barrières naturelles (comme le Rhin), d’une succession de places fortifiées ou parfois même de tronçons de murs. Il ne s’agit pas de limites entre deux états, mais du bornage des confins de l’Empire établis à  la suite de conquêtes militaires. Au-delà  de la bande frontière, les peuples ne sont plus assujettis à  l’Empereur. Leur devenir est sans importance : ce sont des barbares. On retrouve ce concept hérité de l’Antiquité lors de la période coloniale. Les puissances européennes, à la conquête du monde, rétablissent les frontières mouvantes. Lors de la conquête de l’Ouest, aux Etats-Unis, le terme de « frontière » désigne les derniers territoires conquis aux « Indiens ». Tout est fait pour inciter les nouveaux colons à aller se servir dans la réserve quasi inépuisable de terres qui est mise à leur disposition. Les « barbares » sont peu à peu rejetés par la cavalerie en direction des Montagnes Rocheuses. Des « réserves » sont instaurées pour leur permettre de survivre. Des traités soi-disant définitifs sont signés, en attendant que l’un ou l’autre de ces territoires ne soient convoités par les envahisseurs en raison de leur richesse en ressources minérales par exemple…

Nos frontières linéaires « modernes » se mettent en place au XVIIème siècle, période à  laquelle se construit le concept d’Etat-Nation. Les limites deviennent plus rigoureuses et correspondent souvent à  des obstacles physiques, fleuves ou montagnes, mais elles ne sont parfois qu’une simple ligne pointillée dessinée sur une carte par des bureaucrates qui n’ont jamais mis un pied sur le terrain. Elles acquièrent une certaine rigidité et sont soumises à  des contrôles plus systématiques. Lorsque l’on franchit une frontière, on ne quitte pas l’Empire : on passe d’un Etat à  un autre, d’une juridiction ou d’un système politique à  un autre. Comme dans l’ancien système ces frontières doivent être strictement surveillées et défendues. Chaque état veille à  sa souveraineté. On construit des forteresses ; on fortifie les villes ou les villages qui se trouvent à  proximité. La création de ces bornages peut créer des situations totalement aberrantes pour les populations locales, cela n’a aucune importance aux yeux des gouvernants. La remise en cause de ces frontières devient l’une des causes principales de conflits entre deux états. Au fil de traités longuement élaborés, certaines zones frontalières peuvent changer de « propriétaire ». Pour une nation, la défaite se traduit généralement par l’amputation douloureuse de quelques territoires. Les populations concernées ne sont, bien entendu, jamais consultées. Quant aux citoyens de l’état vaincu, ils sont exhortés à  plus de patriotisme et un grand mouvement nationaliste et revanchard se développe inexorablement. Les soi-disant traités de paix que l’on signe à  l’issue d’une guerre fournissent en général les éléments du scénario du conflit suivant. Rares sont les voix qui se font entendre pour dénoncer l’absurdité de ces affrontements à  répétition.

massacre-communards Malgré la mise en place de ces limites arbitraires, la circulation des citoyens reste possible et même facile. Nul n’a besoin de documents quelconques pour passer d’un pays à  un autre, à  l’exception des citoyens que les pays vont  considérer comme indésirables. La législation va se durcir et les contrôles vont se renforcer du XVIIème au XXème siècle. On exile et l’on « interdit de séjour » les opposants politiques par exemple. La mesure peut s’appliquer à  l’intérieur d’un état : au XIXème de nombreux militants syndicalistes sont « interdits de séjour » dans une ville ou un département. Mais un gouvernement peut aussi déclarer une personnalité politique « indésirable » sur le territoire. De nombreuses personnalités feront l’expérience de cet exil imposé : Victor Hugo, Elisée Reclus, parmi tant d’autres. Le citoyen Lambda, lui, peut traverser l’Europe et se rendre à  Istanbul ou au Caire sans avoir à  montrer patte blanche. Les Etats mettront un terme à  cette libre circulation des personnes dans la première moitié du vingtième siècle (en France la carte d’identité obligatoire a été instaurée par Pétain en octobre 40). De nos jours, malgré tous les discours glorifiant la « mondialisation », il faut montrer « patte blanche » pour passer du territoire d’un Etat à  un autre. La création de l’espace Schengen, après celle de l’Union Européenne, n’a été qu’un élargissement partiel (sans doute temporaire si l’on en juge par l’actualité récente) de la taille des frontières : on est passé simplement de barrières nationales à  d’autres englobant plusieurs Etats.

Le refrain de la chanson est connu : « montre-moi qui tu es vraiment et je te dirai si tu es le bienvenu chez moi… ». Prouve-moi ton identité, non pas en faisant étalage de tes qualités humaines et des savoirs que tu souhaites acquérir ou partager, mais en exhibant un bout de carton plastifié et informatisé qui me permettra bientôt de tout savoir de toi, de tes idées politiques à  ta religion en passant par la liste de tes vaccinations. Comme si la richesse et la complexité d’un être vivant pouvait se résumer à  une simple liste de caractéristiques. Leur monde « globalisé » est devenu un vaste camp surveillé, divisé en enclos fermés desquels on ne peut sortir que muni d’un sésame, d’une carte de crédit et d’un faciès de préférence conforme à  la normalité blanche prédéfinie. Situation que Stefan Zweig résumait en disant : « Toutes les humiliations qu’autrefois on n’avait inventées que pour les criminels, on les infligeait maintenant à  tous les voyageurs, avant et pendant leur voyage. Constamment nous étions censés éprouver, de notre âme d’être nés libres, que nous étions des objets, non des sujets, que rien ne nous était acquis de droit, mais que tout dépendait de la bonne foi des autorités ». Mon seul point de désaccord avec Zweig est que ce traitement n’était pas l’apanage des « criminels » seuls ; les opposants politiques en ont fait les frais, comme indiqué plus haut. Notre monde a évolué comme le prévoyaient les auteurs de SF les plus pessimistes du siècle précédent. Orwell, Huxley, Bradbury et quelques autres devaient posséder une boule de cristal pour entrevoir la couleur du ciel qui se dévoile peu à peu à nos esprits dociles.

refugies bloques Le contrôle aux frontières a toujours été la porte ouverte à  tous les abus, à  la corruption et à  la discrimination… Les candidats à  l’immigration dans les contrées « de rêve » en ont fait l’expérience par le passé : italiens, irlandais ou polonais parqués à  Ellis Island en l’attente d’un sésame qui leur permettrait de grossir le troupeau des prolétaires surexploités par les patrons de l’industrie dévoreurs de main d’œuvre ; combattants républicains espagnols fuyant l’horreur de la dictature fasciste traités comme des chiens par l’Etat français… Là  aussi la liste des tragédies est trop longue pour les énumérer toutes.  Ceux qui, aujourd’hui, fuient l’horreur militaire, parcourent un véritable chemin de croix, ballottés de camps d’infortune en camps de misère ; à  se demander si, des barbelés d’Argelès à  la jungle de Calais, la barbarie gouvernante a toujours le même visage et certains de nos concitoyens le même cynisme. Quand on prétend ne pas pouvoir accueillir toute la misère du monde, encore faudrait-il qu’on ne la génère pas en soutenant des dictatures, en bombardant des populations civiles, en se drapant derrière une vertu que l’on ne possède pas… De nos jours (comme au temps du passé d’ailleurs) la guerre est la cause première de la grande majorité des mouvements migratoires, y compris de ceux provoqués par les famines. Que l’on ne l’oublie jamais !
Un pays qui a les moyens d’équiper ses avions de combat avec des missiles coûtant plusieurs centaines de milliers d’euro pièce, n’aurait pas la trésorerie suffisante pour offrir un hébergement correct aux réfugiés qui lui demandent l’asile politique ? Mieux vaut en rire qu’en pleurer.

 Illustrations – photo 1 : blog de Julien Gouesse – photo 5 : Amnesty International – origine inconnue pour les autres…

Post scriptum – La consultation du blog a été interrompue pendant quelques jours en raison d’un « piratage » informatique dont le site a été victime. Il en est de même pour la publication de cette chronique. Tout est rentré dans l’ordre et rien n’a été perdu grâce aux talents de l’informaticien maison ! Mille excuses pour cet interlude indésiré !

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8février2016

Les bagaudes, une révolte paysanne face à l’oppresseur romain.

Posté par Paul dans la catégorie : Histoire locale, nationale, internationale : pages de mémoire; Un long combat pour la liberté et les droits.

revolte contre empire Les révoltes populaires contre l’arbitraire du pouvoir étatique ont débuté bien avant le Moyen-Âge ou la monarchie absolue. L’épisode que j’entends vous conter là, avec les moyens documentaires du bord, prend naissance en 284 dans les campagnes gauloises. Il semble qu’il n’y ait pas eu qu’un seul village d’irréductibles Gaulois en froid avec les légions romaines !
Les documents dont on dispose sur ces événements qui se sont déroulés il y a presque deux millénaires sont bien entendu réduits et souvent contradictoires. Comme il est dit dans l’excellent film documentaire « histoire populaire des Etats-Unis » tiré de l’œuvre historique d’Howard Zinn, il y a l’histoire racontée (haut et fort) par les chasseurs et celle timidement esquissée par les lapins. Quand un paysan gaulois défie un empereur romain, il est clair que les deux protagonistes ne bénéficient pas du même soutien médiatique (Comment cela ? Rien n’a changé depuis le IIIème siècle ?).
Pour les partisans de l’Empire, les Bagaudes ne sont que chenapans, vauriens, bandits et va-nu-pieds. Pour les historiens des lapins, il s’agit de paysans ruinés par les charges fiscales, dépossédés de leurs terres par des propriétaires plus riches qu’eux, et n’ayant plus que la révolte armée pour essayer de se tirer d’affaires. Toute ressemblance avec une multitude de situations contemporaines n’est que purement fortuite. L’histoire n’a rien à nous enseigner disent certains…

La révolte des Bagaudes est un mouvement complexe car il va se dérouler en plusieurs phases étalées sur un siècle et demi, de 284 à 440 pour les derniers soubresauts. A l’évidence, tous les épisodes englobés sous la même appellation n’ont pas eu les mêmes protagonistes, et les motivations ont été sans aucun doute variées. La localisation géographique des différents mouvements diffère également. Il n’est pas évident de comprendre quelles sont les modalités qui ont permis l’attribution du nom de « Bagaudes » à certaines révoltes et non à d’autres. Le terme semble avoir été largement employé en tout cas pour qualifier toutes les formes de troubles sociaux, dans les campagnes, en Gaule, quelle qu’ait été leur ampleur. En tout cas, cette étiquette n’a pas été revendiquée par les révoltés eux-mêmes. Ce qualificatif a sans doute été créé par ceux qui ont décrit et catalogué les divers mouvements. Une explication plausible est donnée à l’origine du nom « bagaude ». Le mot viendrait de la langue celtique où il est connu sous la forme « bagad » qui signifie troupe. Il est probable que le mot existait en Gaule, employé comme nom commun. La révolte de 284 l’a rendu populaire. Histoire de suivre un peu la chronologie de cette affaire, je propose de commencer par le premier épisode en 284. Celui-ci se déroule dans l’Ouest et le centre du pays.

Diocletien buste Istambul Le milieu du IIIème siècle est une période de grande instabilité dans l’Empire Romain. La situation politique intérieure est chaotique : depuis l’assassinat de l’Empereur Sévère Alexandre en 235, jusqu’à l’arrivée de Dioclétien en 285, une soixantaine de prétendants se disputent le pouvoir central, annexent des provinces, lèvent des armées et se livrent un combat féroce. Pendant ce demi-siècle, la Gaule retrouve un semblant d’indépendance avec des Empereurs gaulois « autonomes ». La situation sur les marges de l’Empire n’est pas bonne non plus. Profitant de la faiblesse des Empereurs, les incursions des Goths à l’Est et des Maures au Sud se multiplient, et sont de plus en plus audacieuses. Les frontières de l’Empire se sont repliées sur le Rhin et le Danube. Ces troubles coûtent fort cher et l’insécurité règne dans les campagnes. Certaines villes sont ruinées et nombre d’établissements artisanaux importants ferment leurs portes (notamment des ateliers de tissage ou de poterie). Les impôts et les pillages obligent les paysans à fuir dans les bois et à abandonner leurs propriétés.

citoyens romains Les édits proclamés au début du IIIème siècle ont rendu tous les hommes libres « citoyens romains », mais l’égalité ne règne pas pour autant et la société se divise en deux classes n’ayant pas les mêmes privilèges. D’un côté les « honestiores », classe supérieure ; de l’autre les « humiliores ». Les uns occupent tous les postes clés et ne sont pas soumis à l’impôt ; les autres (l’immense majorité de la population), sont taillables et corvéables « à merci ». Pour dresser un tableau complet de la société, il faudrait ajouter à ces deux classes, les exclus, les hommes qui ne sont pas libres, à savoir les esclaves et les « insolvables » , ceux qui ne sont pas en mesure de payer leurs dettes. Seuls les honestories sont autorisés à porter des armes et à devenir cavaliers.
Il est fort probable que ce sont dans les classes les plus basses que l’armée des Bagaudes va recruter l’essentiel de ses effectifs ; mais il est possible que le contexte économique ait fait basculer bon nombre d’hommes libres dans la misère. L’un des premiers interdits que vont bafouer les insurgés c’est celui concernant le port des armes…

les-bagaudes-des-paysans-rebelles-conduits-par-amandus-photo-dr Le premier événement marquant du soulèvement des Bagaudes a lieu dans le Nord de la Gaule. Une armée, avec à sa tête un nommé Pomponus Aelianus, se constitue. Elle regroupe un certain nombre de bandes armées composées de paysans, d’esclaves et de déserteurs des légions. Dans le contexte, on peut considérer que ces bandes sont, à l’origine, des milices paysannes constituées pour contrer les incursions calamiteuses des barbares. Les difficultés économiques viennent renforcer le mouvement. La troupe se déplace du Nord vers le Sud. Sa marche victorieuse s’arrête sous les murailles d’Autun. Il est difficile de savoir si la ville est prise ou simplement assiégée. Il est connu qu’elle subit de nombreux dommages à la suite des affrontements. La légion, envoyée par l’Empereur Dioclétien et obéissant aux ordres de Maximien Hercule oblige les Bagaudes à reculer. Les insurgés se replient dans une forteresse qu’ils ont investie et fortifiée à proximité de Paris. Les historiens estiment que cette base arrière se situerait à l’emplacement de l’actuelle Saint-Maur-des-fossés. Les assiégés ne peuvent résister et sont vaincus. Maximien, malgré la réputation brutale qui est la sienne, aurait fait preuve d’une relative clémence à l’égard des prisonniers, cherchant plus à les intégrer dans la légion, qu’à s’en débarrasser. Voici comment les faits sont racontés dans l’histoire de France rédigée par Henri Martin au XIXème, récit basé sur plusieurs témoignages monastiques anciens :

« Maximien poursuivit sa route, assaillit les Bagaudes et les défit, à ce qu’on croit sur le territoire des Edues (près de Cussi en Bourgogne) ; après divers échecs la plus grande partie de cette multitude indisciplinée se dispersa et mit bas les armes ; les plus braves avec leurs chefs, Aelianus et Amandus, se retirèrent dans la presqu’île que forme la Marne, un peu au-dessus de son confluent avec la Seine, et qui était alors complètement isolée de la terre ferme par un mur et un fossé construits par Jules César ; ils se défendirent jusqu’à la dernière extrémité dans ce camp retranché, que les légions finirent par emporter d’assaut après un long siège. Aelianus et Amandus moururent les armes à la main. Ce lieu conserva pendant plusieurs siècles le nom de camp des Bagaudes ou fossé des Bagaudes ; c’est aujourd’hui Saint-Maur-des-Fossés près de Paris. »

esclaves Les témoignages diffèrent quant au sort de Pomponus Aelianus. D’autres historiens que Martin affirment qu’il a échappé à la capture. De par le portrait qui a été dressé de lui dans divers manuscrits, l’homme possédait un fort charisme et il était bon orateur. Son origine est obscure tout comme la fin de ses jours. Non content d’être chef de l’armée, il avait pris, tant qu’à faire, le titre d’Empereur. Comme je l’ai indiqué plus haut, ce comportement était fréquent à l’époque. Si l’on connaît les motivations des participants à cette révolte, on ignore tout de leurs revendications et de leurs projets. Il est fort probable qu’ils n’auraient abouti qu’à remplacer un pouvoir par un autre… car cela a été le destin malheureux de nombre de révolutions que nous avons connues jusqu’à présent. Certains historiens donnent aux révoltes du IIIème siècle en Gaule une dimension religieuse. Dioclétien aurait voulu, en envoyant Maximien, réprimer l’expansion du christianisme en Gaule. Peu d’éléments viennent en appui de cette thèse ; il est peu probable que le christianisme ait été suffisamment répandu en Gaule, vers la fin du IIIème siècle pour que la question religieuse ait joué un rôle dans les événements. D’autres récits insistent sur la cruauté de Maximien qui aurait fait décimer puis exécuter la totalité des soldats d’une légion thébaine refusant d’aller se battre contre leurs frères en religion… La volonté clairement affirmée de rétablir l’ordre me semble suffisante et il ne me paraît guère utile d’enjoliver ! Les données concernant l’armée des Bagaudes relèvent probablement du domaine du fantasme lorsque l’on parle de plus de cent mille insurgés…

embuscade Les Bagaudes reviennent sur le devant de la scène au Vème siècle avec plusieurs mouvements de révolte qui prennent naissance dans l’Ouest de la Gaule, en Armorique principalement mais aussi en Aquitaine. Ces événements sont datés vers 415, 435 et 446. La situation est à nouveau chaotique dans l’Empire romain. Les frontières établies au IIIème siècle ne constituent plus une garantie et les envahisseurs les bousculent allègrement. Le premier épisode des « nouvelles bagaudes » est sans doute lié à la famine qui a frappé la Gaule lors des années précédentes. Le second est la conséquence d’une augmentation de la pression fiscale et semble toucher l’ensemble du pays. Nombre de propriétaires sont contraints à abandonner leurs terres à un patron et à devenir simples cultivateurs. Un nommé Tibatto prend le commandement de ces révoltés. Le dernier épisode est aussi le plus sérieux et semble concerner le Nord de l’Espagne également. En Gaule,  les insurgés réussissent à assiéger la ville de Tours (Caesarodunum). A la tête des bandes armées se trouve cette fois un médecin du nom d’Eudoxius.
Les légions sont victorieuses en 448, comme elles l’ont été en 435 sous les ordres du même général, Aetius. Euxodius, en fuite, se réfugie à la cour d’Attila. Aetius ne tira guère de profit de cette dernière victoire : quelques années plus tard, il fut assassiné sur ordre de l’empereur Valentinien. Les maîtres n’ont guère de considération pour leurs serviteurs les plus fidèles !

legion en marche Une certaine prudence s’impose dans l’interprétation des causes et du déroulement de la révolte des Bagaudes. La durée du mouvement (plus d’un siècle et demi), les différences de contexte selon les époques, la forme souvent allusive des documents écrits, ne permettent en aucun cas une analyse d’une grande précision. Tout au plus peut-on déterminer des tendances. Ce mouvement de révolte était clairement anti-étatique, le but étant de se libérer de l’oppression exercée par le pouvoir central (romain en l’occurrence) et par ses représentants locaux ; mais il est quasiment démontré que par contre il ne portait aucune revendication sociale ou économique précise. On n’en est pas encore aux cahiers de doléances rédigés en 1789. L’organisation militaire du mouvement était particulièrement insuffisante et seuls étaient payants les embuscades ou les coups de main. En bataille rangée, les insurgés ne faisaient pas le poids. Les esclaves et les hommes libres impliqués dans l’insurrection voulaient, en de nombreux cas, mettre en place une société libre et durable plutôt qu’affronter des représentants de l’administration face auxquels ils se sentaient en infériorité. D’un soulèvement à un autre, certaines bandes continuaient à fonctionner dans la clandestinité et les travaux récents de divers historiens montrent que se sont impliqués dans les événements de 435 des groupes d’insoumis qui étaient déjà partie prenante des révoltes antérieures.

C’est en tenant compte de ces divers éléments que j’ai essayé de rédiger ce billet. Plus qu’un récit historique détaillé et argumenté, j’ai voulu attirer l’attention des lectrices et des lecteurs de ce blog sur l’origine lointaine des révoltes paysannes dans nos contrées. L’uniforme et le langage n’ont guère fait changer la forme de l’oppression tout au long des siècles !

PS (23 février 2016) – A ceux qui sont intéressés par cette période de l’histoire, je recommande la lecture de cette chronique fort intéressante qui creuse le thème de la disparition de l’empire : « Qui a eu la peau de l’Empire Romain ?« 

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31janvier2016

bric à blog janvier : Nivôse ou Pluviôse ?

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....

bisounours Maintenant que le mois est presque terminé, Oncle Paul, excellent prévisionniste météo, peut enfin donner la réponse à cette angoissante question : c’est plutôt Pluviôse. Les concepteurs du calendrier républicain n’avaient pas entendu parler du dérèglement climatique ; la neige n’a été d’actualité que pendant deux ou trois journées dans notre lointaine campagne ; le temps de faire une ou deux prises de vue pour cartes postales. La végétation ne sait plus trop quoi penser de tout celà : fleurit ? fleurit pas ? gèle ? gèle pas ? Les campagnols se frottent les oreilles dans les terriers au grand dam des jardiniers. Heureusement, l’année 2015 a vu naître pas mal de buses dans le secteur. Nous en avons dénombré une quinzaine dans le pré voisin. Avec un peu de chance elles devraient trouver abondante nourriture, à moins qu’elles aussi se soient converties au véganisme très en vogue. L’actualité nationale et internationale ne nous laisse guère de répit pour observer la situation météorologique. Nous ne sommes plus au mois de décembre et, au pays des roudoudous, les problèmes climatiques ne sont plus à l’ordre du jour. Vous m’excuserez donc pour cette introduction « météo » style France 3. J’en reviens à des questions plus sérieuses…

silence pandas L’agitation politique par exemple… C’est un peu le bazar dans le camp désuni des écologistes. De la cuisine électorale des uns au confusionnisme de certains autres, en passant par une vision du monde qui a parfois du mal à dépasser le niveau des pâquerettes, tout le monde pourra bientôt trouver chaussure à son pied et « faire du développement durable » comme Monsieur Jourdain faisait de la prose. L’extrême droite guette dans l’ombre et ne manque pas une occasion pour attirer dans ses filets les agneaux trop naïfs… Rassembler, fédérer, certes, mais faute de base politique commune on peut arriver à mettre n’importe quoi dans le même sac. Sur le site du journal alternatif « la brique » on peut lire une très intéressante critique du mouvement Alternatiba. Vouloir faire une vaste opération portes ouvertes au niveau de la gauche alternative c’est bien, mais il faut quand même surveiller qui passe le portail… Puisqu’on s’attaque aux icônes, intéressons-nous aussi au célébrissime WWF. « Changer le système avec le WWF, partenaire de Monsanto, Coca-cola ? » C’est l’une des questions que pose un article récent du site « Le p@rtage » dressant le bilan des négociations pendant la COP21. Le titre de l’article : « Le mouvement pour le climat est mort » donne la tendance. C’est intéressant à lire pour contrebalancer l’optimisme béat de certaines analyses qui ont jugé ce sommet « productif », « prometteur » ou « sur la bonne voie ». Le signataire de cet article, Ducky Slowcode, est médiateur pour le « Indigenous Environmental Network » [les Réseaux autochtones sur l’environnement] et pour le mouvement « It Takes Roots » (une coalition de plusieurs POC en première ligne et de groupes indigènes pour la justice sociale et environnementale). Pour ceux à qui cela fait de la peine que l’on critique le « WWF », un lien est donné vers un autre article du site « Le p@rtage » intitulé « Le silence des pandas (ce que le WWF ne dit pas)« , un complément intéressant aux déclarations de l’auteur. Petit rappel pour les nouvelles lectrices et les nouveaux lecteurs à l’orée de cette année balbutiante : la « Feuille Charbinoise » n’est pas un organe de propagande. Je n’adhère pas forcément avec la totalité des idées exprimées dans les articles que je vous donne en lien ; mais j’estime cependant que ces textes ont le mérite d’ouvrir des portes, d’appeler à la discussion et de mettre en valeur des idées qui sont trop souvent rejetées du débat public en raison d’aprioris sectaires. Dont acte.

coca-cola-no-entry Au retour de notre voyage au Kérala, l’an dernier à la même époque, j’avais évoqué un certain nombre de problèmes que rencontre cet état du Sud de l’Inde, dont la démarche politique, depuis quelques décennies, est plutôt originale. La société civile est sans cesse confrontée au comportement impérialiste des multinationales et aux problèmes de pollutions industrielles. Les réseaux d’adduction et de retraitement d’eau sont malheureusement peu développés encore et le marché de l’eau potable en bouteille est florissant. Les emballages perdus ne sont que très peu recyclés et la campagne indienne est littéralement submergée de sacs, de boîtes et de bouteilles vides. Cette ressource essentielle qu’est l’eau est de plus en plus contrôlée par des sociétés comme Coca Cola qui se livrent à une exploitation effrénée des nappes phréatiques. L’activité du géant américain entraine un assèchement des réserves souterraines et d’innombrables pollutions de surface. Je vous invite à lire « Coca-cola laisse un goût amer au Kérala » sur le site Altermondes. L’article dresse un bilan des luttes menées par les collectivités rurales contre le colosse industriel. Certains de ces combats ont été victorieux mais au prix de longues années de luttes et de procédures judiciaires. La chance du Kérala c’est que la société civile est pleinement impliquée dans les processus politiques. Les collectivités locales ont une part décisionnelle relativement importante dans la gouvernance du pays, et les habitants sont impliqués directement dans le fonctionnement des institutions (avec les limites indiquées dans mon article).

L.E.F Les techniques employées par les multinationales pour imposer leurs choix sont variées et vont de la corruption à l’intimidation, en passant par toute une échelle de moyens intermédiaires. Mais ces procédés ne sont pas employées seulement par les géants de l’industrie. Les gouvernements n’hésitent pas à les utiliser pour manipuler les foules. On part d’un événement générant une menace bien réelle qui impressionne les foules, puis on brode sur le thème jusqu’à provoquer une paranoïa générale. Il suffit de prendre un peu de recul et d’analyser ce qui se passe dans l’Hexagone depuis un an. Il serait intéressant de dénombrer le nombre de fois où les mots « terrorisme », « attentats », « Islam radical » et quelques autres ont été utilisés dans les communiqués d’agence rien qu’au cours du mois de janvier. Le terrain est prêt pour semer un bouquet de lois liberticides qui visent au moins autant un éventuel mouvement d’opposition à l’austérité que les agités de la kalachnikov. J’ai trouvé intéressante l’analyse de Patrick Mignard à ce sujet. Il publie un bon texte à ce sujet que l’on peut lire sur Altermonde sans frontières sous le titre « Manipulation de la peur, peur de la manipulation« . Ce qui fait froid dans le dos c’est que cette tentative d’intimidation fonctionne si l’on en juge sur les résultats des sondages d’opinion sur l’état d’urgence et les pouvoirs de la police. Merci à la Gauche roudoudou de donner aux forces de répression le pouvoir de faire ce que bon leur semble. Quand on sait que les trois quart des policiers et des militaires votent pour le Front National, on peut se faire une idée des résultats à venir (et déjà venus). Faux, me diront les derniers supporters de ce gouvernement d’opérette, la France reste une terre d’accueil : sur les 30 000 réfugiés que le gouvernement s’engage à héberger, une bonne soixantaine sont déjà installés. C’est dire si l’on prend ce problème à bras le corps !

que-la-fete-commence-couv La nouvelle a fait pas mal de bruits dans les médias, même les médiazofficiels : dans notre pays où il n’y a jamais de problèmes, où l’on n’a pas de pétrole mais des idées, où nous sommes éternellement à l’abri des radiations, voilà ti pas que l’espérance vie des hommes et des femmes a diminué. Comme cette information perturbe de façon disgracieuse l’audition des chantres du progrès universel et permanent, une réponse a vite été trouvée : c’est la faute à la canicule, à la grippe, à une légère baisse du taux de natalité… Sur Reporterre, André Cicolella, président du réseau « environnement santé » vous propose une analyse un peu plus sérieuse de ce problème. Ses propos sont beaucoup moins lénifiants que les commentaires qui ont été émis par l’INSEE à propos de cette statistique. Pour ce spécialiste, nous sommes à la veille d’une véritable catastrophe sanitaire, en raison de l’explosion du nombre de maladies chroniques. L’accélération du nombre de cas de maladies cardiovasculaires, de diabète, de cancers, d’affections psychiatriques est particulièrement alarmante. En cause, notre mode de vie, les conditions de travail, la malbouffe… Rien de bon pour le moral, certes, mais cette situation devrait nous inciter à réfléchir, puis à agir… Comme le dit si bien Yannis Youlountas, « je lutte donc je suis ! ». YY est cosignataire d’un livre publié par les éditions libertaires intitulé « que la fête commence »… Ce n’est pas le moment d’abandonner la lutte, selon les auteurs (parmi les autres signataires, Serge Quadruppani, John Holloway, Noël Godin…). « Il est temps d’arrêter de baisser la tête. Il est temps de sortir de nos vies bien rangées. Il est temps d’occuper les villes et les campagnes. Il est temps de bloquer, couper, débrancher tout ce qui nous aliène, nous opprime et nous menace. Il est temps de nous réunir partout en assemblées et de n’obéir plus qu’à nous-mêmes. »
Je vous rassure quand même : à court terme, la situation sanitaire de la population française reste quand même meilleure que celle des réfugiés qui tentent le voyage vers l’Europe. Outre les risques de naufrages, les violences, les viols, d’autres périls encore méconnus menacent ces populations fragiles. Les mafias diverses ont pris en main le problème là où les gouvernements ne sont pas à la hauteur de la tâche. Selon le journal britannique « the Guardian », on estime qu’environ dix mille enfants mineurs non accompagnés « ont disparu » du flot des réfugiés. On craint que beaucoup ne soient tombés entre les mains d’organisations criminelles spécialisées entre autres dans la prostitution (source en anglais). Selon les responsables d’Europol, un million de réfugiés sont entrés en Europe en 2015 et 27% seraient des mineurs : un gibier de choix pour les fournisseurs des réseaux pédophiles et pour les recruteurs des gangs de tout acabit.

tom et le jardin de minuit Bon, là je sens une certaine crispation parmi les lectrices et les lecteurs. Je pense que je commence à vous gaver avec les mauvaises nouvelles. Il est temps que je vous propose quelques pistes d’investigation un peu plus souriantes. Comme je suis un chroniqueur responsable et que je ne voudrais pas que le moral des ménages ne plonge dans les sondages, je vais faire un effort. Je vais par exemple vous causer « lecture », parce que côté « musique » c’est un peu tristounet. Plusieurs blogs que j’aimais bien ne publient plus rien pour tout un tas de bonnes raisons : « Crapauds et Rossignols », « Folk et politique », entre autres sont aux abonnés absents. Côté parchemins à déchiffrer, ça va mieux par contre. Je suis toujours assidu du blog de Jean Marc Laherrère, « Actu du Noir ». Grâce aux listes de liens de ce site, j’ai découvert un autre blog sympa : « Littéraventures« . Sa rédactrice, Mary, s’intéresse elle aussi aux polars, à la SF,  aux romans pour ados. Ses choix ne regroupent pas forcément les miens mais ils ont le mérite de l’originalité et j’apprécie beaucoup ses présentations. Je lui dois la découverte d’un nouvel auteur. Il s’agit d’un auteur estonien de polars médiévaux : Indrek Hargla, dont je n’avais jamais entendu parler. Grâce à elle, ma pile de « livres à lire » (voir billet précédent) a gagné quelque peu en hauteur. Dans une chronique récente, elle parle aussi d’une BD tirée d’un roman pour jeunes ados « Tom et le jardin de minuit ». Cela m’a rappelé de bons souvenirs car c’est un livre que j’ai partagé en classe avec mes élèves, à l’époque où je naviguais encore dans le bateau « école publique ». Par chance, ce jardin poétique est toujours ouvert aux explorateurs. J’emprunte à ce livre ma « sentence » de conclusion : « Je compris alors, Tom, que le jardin changeait tout le temps, parce que rien ne reste figé, si ce n’est dans notre mémoire…». Merci de votre visite !

PS – Je ne résiste pas au plaisir de vous montrer cette « copie d’écran » avant de la mettre dans l’album photo du blog. Pour certains clients, le retour du livre à l’envoyeur a été rapide ; mais pourquoi diable l’avaient-ils commandé ?

recyclage

Addenda : Le dessin n°4 est l’œuvre de Michel Kichka. Il a été réalisé en 2010, mais son thème est plutôt intemporel !

 

 

 

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21janvier2016

Une page après l’autre, tout simplement…

Posté par Paul dans la catégorie : mes lectures.

lire Après la marche, la lecture… Ces deux activités sont largement compatibles et l’ordre dans lequel elles se déroulent est sans importance. C’est un biathlon sans contraintes !
Les plaisirs de la vie sont décidément variés et il est amusant d’explorer toutes leurs facettes. Pendant tout le temps où j’ai bossé, je n’ai guère eu le loisir de prendre du recul sur ce genre de questions. Maintenant que je suis un planqué de retraité, j’ai un peu plus le temps pour observer l’empreinte de mes pas… Après les sentiers à explorer, les pages à feuilleter… Un programme qui me met en joie !

pantoufles douillettes On pénètre pas à pas dans l’intimité du livre d’un auteur que l’on aime, comme l’on prend plaisir à enfiler un vêtement confortable, des pantoufles bien chaudes, une combinaison polaire bien douillette. J’adore les sensations que me procurent la découverte ou la relecture de l’ouvrage d’un auteur que je connais et que j’apprécie. L’effort, mêlé d’inquiétude, que me demande la découverte d’un nouvel écrivain me plait également. Je ne sais pas quel est le facteur qui me pousse à choisir un nouvel auteur ; pourquoi celui-ci et pas un autre ? Je crois avoir disserté sur cette question dans un billet ancien. Il me semble que les tables de lecture chez les libraires (surtout chez ceux qui font un effort réel pour créer leur visuel et ne se contentent pas d’aligner les nouveautés ou les meilleures ventes*) jouent un rôle considérable dans ce processus. Les conseils d’amis ou d’autres lecteurs me sont utiles aussi. Je regarde également avec un a priori favorable les ouvrages sélectionnés dans certaines collections. Cette confiance est parfois mal placée. Ce n’est pas parce que j’apprécie, au hasard, la collection « Libretto » chez Phébus ou la qualité éditoriale (papier et typographie) des éditions « Actes Sud » que je vais forcément trouver mon bonheur dans leur sélection ! Mais j’avoue que l’aspect matériel d’un livre a son importance. Je crois que j’éprouve un plaisir certain à découvrir des auteurs qui sortent des sentiers battus. A de rares exceptions près, les célébrités ne m’attirent guère. Je préfère me plonger dans des ouvrages de moindre notoriété : cette orientation m’a permis de découvrir des écrivains comme Claude Tillier, Régis Messac, Henri Roorda, Mary Austin, Nicolas Dickner, Vonda Mc Intyre ou tant d’autres dont le nom ne me vient pas à l’esprit sur le moment…

dernier Poulin Découvrir un nouvel auteur a pour moi un côté rassurant. Je lis beaucoup et je crains sans cesse « d’être en panne de lecture ». C’est pour moi un plaisir immense de savoir que j’ai, dans un recoin de mon bureau, une pile de livres qui attendent que je les ouvre et que je les déguste à la petite cuillère comme une coupe de mousse au chocolat. Il y a aussi le plaisir de différer le plaisir. Ce titre-là ? non pas tout de suite, la victoire est trop facile, la jouissance quasiment préméditée : mieux vaut être patient, prendre quelques risques en commençant par cet autre que l’on vient de m’offrir et dont le contenu est comme celui des cornets surprises que l’on déballait quand on était gamin. Que va t-on découvrir sous la couverture pelliculée ; que cache cette image attrayante censée attirer le regard du lecteur ? Qui est cet auteur dont je n’ai jamais entendu parler ? J’ai acheté, au mois de décembre (et avec un temps de retard) le dernier ouvrage de l’écrivain Jacques Poulin, un de mes auteurs fétiche. Sachant qu’il n’y avait que peu de chances que je sois déçu, je l’ai laissé – héroïquement – pendant deux ou trois semaines dans ma pile de lectures en attente, plutôt que de déballer le colis apporté par le facteur, comme un sauvage, à grands coups de ciseaux ! Quand je me suis enfin décidé à lui consacrer tout mon temps, j’ai fait l’effort de m’arrêter en cours de route, plutôt que d’essayer de connaître trop vite le mot de la fin. Jacques Poulin, à mon grand dam, mais aussi pour mon plus grand plaisir, est un auteur peu prolifique. La dernière de couverture refermée, je sais qu’il me faudra attendre deux ou trois années pour connaître à nouveau le plaisir que j’ai éprouvé. Heureusement qu’entretemps il y a les joies de la relecture ! Ce que je dis pour Poulin est bien entendu valable pour d’autres auteurs. Mais, par chance, la majorité d’entre eux écrivent beaucoup plus souvent, à moins bien entendu qu’ils ne soient décédés depuis leur dernière parution (une larme pour Tony Hillerman au passage). Pour le dernier opus de Thomas Cook (« la vérité sur Anna Klein »), un auteur de polars auquel j’accroche bien, j’ai eu du mal à poser le livre en son milieu, et j’ai bouclé sa lecture en deux séances seulement. Il faut dire que Cook est un artiste de la manipulation et que je n’ai pas pu résister au fait de vérifier si mon hypothèse était bonne pour la conclusion ou non.

Depossedes Une remarque en passant concernant l’écriture… Cette chronique était en gestation depuis pas mal de temps, mais elle me posait problème et n’avait pas abouti à quelque chose qui me satisfasse… La lecture est un domaine où je n’ai pas d’idées bien arrêtées. Je relis mes premières notes écrites il y a quelques mois et je ne suis pas convaincu par les idées exposées alors : trop pompeuses, voire lénifiantes.  Je m’aperçois que j’ai « copié-collé » quelques unes des phrases initiales dans ce nouveau billet mais que je les ai précédées de la mention « vieux texte : éléments à reprendre ? » – « Vieux texte » pour des lignes que j’ai écrites dans le courant de l’année 2015. Il ne faut peut-être pas exagérer ! Pourtant, c’est clair, il y a des énoncés qui ne me conviennent plus du tout. Ils nécessitent, au minimum, un remaniement partiel. Je crois que cette démarche hésitante m’a pour ainsi dire interdit, dans le passé, de devenir militant d’une organisation politique quelconque. Je n’ai jamais été capable de vendre un journal ou un bouquin en disant qu’il était « bon ». Se contenter de dire qu’il y a des articles intéressants à l’intérieur, ou des idées qui méritent d’être débattues, ce n’est pas une démarche efficace pour un bon commercial. Trop souvent, les gens espèrent qu’on va leur vendre du rêve, là où moi je n’ai à leur proposer que du « à débattre ». Cela ne veut pas dire que je ne fais pas de choix, que je n’agis jamais par peur d’aller dans la mauvaise direction ; cela signifie simplement que je ne peux rien proposer de « figé » ni sur le plan politique ni dans aucun autre domaine. Grand admirateur du géographe anarchiste Elisée Reclus, je ne vais pas pour autant le « vendre » comme l’auteur incontournable à avoir lu… Pour revenir à mon sujet initial, la lecture, il est quand même rare que je quitte une librairie sans y avoir trouvé mon bonheur et il est rare aussi que ma pile de « lectures à venir » soit réduite à la portion congrue.

Supermarche Super U Certains livres me procurent une satisfaction intense… D’autres me déçoivent et me mettent parfois même en colère. C’est souvent le cas pour des bouquins qui sont écrits en suivant un certain nombre de recettes commerciales éprouvées. J’en lis fort peu mais il arrive que je m’égare ! Pas mal d’auteurs de polars tombent dans cette ornière et leur roman est construit comme un futur scénario de film à succès. « Millénium » ou « Da Vinci Code » sont passés par là. Les cours universitaires ou les livres de cuisine ont complété le travail. Pour faire un roman « à succès », il faut : pas mal d’hémoglobine, quelques passages de violence vraiment malsaine, un brin de complaisance envers la torture, quelques scènes de sexe un peu pimentées, un héros obligatoirement paumé, une héroïne sexy… J’ai horreur des livres prévisibles. Je ne supporte pas les visions complaisantes de la violence et du sadisme. Pour résumer, un bon écrivain peut faire ressentir la souffrance éprouvée par une victime sans être obligé de détailler doigt après doigt les ongles arrachés… Certains livres que l’on rattache au « genre » littérature policière me plaisent particulièrement parce que l’auteur raconte une histoire au sein de laquelle il y a une tension indiscutable, mais pas vraiment d’assassin (autre que l’environnement social) et pas vraiment d’enquêteur. Si vous voulez tester ce genre d’écrits, essayez par exemple l’excellent « Un dimanche soir en Alaska » de Don Rearden. Quand je tombe sur un bouquin prémâché, cela me met en colère, colère née de la frustration. La sensation que l’on éprouve quand on s’est hissé sur la plus haute marche de l’escabeau pour attraper la confiture de prunes tout en haut de l’armoire ; le pot ouvert, on découvre qu’il s’agit d’un mélange fadasse ou moisi. De la littérature « à succès » pour linéaire d’hypermarché.

un-dimanche-soir-en-alaska-679355.jpg Qu’est ce que j’attends en général d’un « bon » livre alors ? C’est difficile à dire et, s’il existait une recette, je serais grandement intéressé. Déjà, sans doute, qu’il me fasse rêver, plutôt que de me replonger dans la noirceur quotidienne ; qu’il soit palpitant, donc que j’aie envie de tourner la page ; qu’il ait une histoire intéressante à me raconter ; que les personnages me soient, pour une part non négligeable, sympathiques… Importance du contenu, des idées donc, mais aussi du style de l’auteur. Il faut que la magie des mots opère et que j’y sois sensible. C’est ce que j’ai trouvé chez des auteurs comme Ursula K. Le Guin, Kenneth White, Jacques Poulin… Une écriture finement ciselée. Mais cette dernière qualité ne me suffit pas. Le style enrichit la matière mais ne s’y substitue pas. De la même façon qu’en cuisine la décoration de l ‘assiette ne saurait remplacer la qualité des ingrédients employés. Les romans à l’écriture finement ciselée, dans lesquels on sent que l’auteur a peaufiné son travail, mais n’a, au bout du compte, rien à raconter d’autre que des banalités dégageant une profonde sensation d’ennui, me laissent totalement indifférent. L’enseignement classique du français que j’ai subi, il y a fort longtemps, pendant mes années d’apprentissage, a réussi cette prouesse de me faire rejeter presque totalement la littérature classique qui constitue, paraît-il, l’une des pièces maîtresses de notre culture, mais ne m’a pas dégoûté de la lecture – ce qui aurait pu être une conséquence tragique du premier résultat. Je me complais dans ce que notre Académie et nos brillants intellectuels ont toujours considéré comme des « genres » insignifiants ou marginaux : la littérature fantastique, les romans policiers, les récits de voyage, d’aventure, de nature… Sans aucun sectarisme, ce qui me laisse le plaisir, lorsque j’en trouve un à ma convenance, de lire de très bons ouvrages « dans les normes ». Par chance, je constate quand même que les « normes » en question commencent à disparaître. Je me rappelle les bonds que je faisais lorsque j’entendais un collègue enseignant ou une brave mère de famille me déclarer que tel ou tel chérubin ne lisait pas puisqu’il n’ouvrait « que » des bandes dessinées. Quand je pense qu’il m’arrive même de lire des BD qui ne sont pas recommandées par les critiques de Télérama…

enigme diane Je ne parle ici que de la lecture de livres traditionnels, je n’aborde ni les livres électroniques, ni les textes publiés sur internet auxquels je me confronte quotidiennement. Le choix du terme « confronter » n’est pas un hasard. Je n’ai guère de plaisir à lire à l’écran. Je le fais pour m’informer et je reconnais que j’ai une forte tendance à la « diagonale » ; beaucoup plus que sur papier. L’option « livre électronique », je ne l’utilise qu’en voyage. Je reconnais que les tablettes sont plus confortables que les écrans traditionnels, mais hormis la question du poids, l’intérêt de la lecture sur écran me paraît réduit et je suis souvent frustré de ne pas avoir une vraie pile de papiers dans les mains. Le pire c’est que le livre électronique me prive de la joie et de la tranquillisation que m’apporte la perspective d’étagères remplies du sol au plafond d’ouvrages des plus divers. Cela pose des problèmes de rangement insurmontables à certains. Pour moi c’est un confort absolu et un calmant souverain.

Je pose mon livre. Je regarde par la fenêtre. L’été on peut admirer le spectacle des étoiles et prolonger la rêverie. Par ces temps de froidure, le ciel reste un peu trop couvert à mon goût. On fait avec. Cela fait du bien d’échapper un temps au spectacle du monde, guère réjouissant. Il ne manque plus qu’une belle table à dresser, quelques assiettes aux saveurs exquises, une amitié partagée, le plaisir d’un travail bien fait, un projet de voyage sous le coude… Mon regret : une vie probablement trop courte pour autant d’aventures. Là aussi, on fait avec !

Notes incontournables ou pas – (*) Une info absolument pas confidentielle, mon « top » librairies sur Lyon : La Gryffe – Raconte moi la terre – Le bal des Ardents… J’en ai éliminé plusieurs, surtout des « grandes » qui vendent les livres comme des viennoiseries… Mes excuses pour celles que je ne connais pas. Je réparerai cette lacune un jour. Il y a d’autres endroits que j’adore, comme « La lettre Thé » à Morlaix, mais c’est quand même à mille kilomètres ou presque de ma cambuse !
En illustration, quelques couvertures de livres qui me plaisent. Ce n’est pas un hit-parade mais plutôt le fruit des errances de ma mémoire !

 

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15janvier2016

Yax’che, l’arbre de vie des Mayas

Posté par Paul dans la catégorie : voyages sur la terre des arbres.

majestueux Ceiba  Au centre de la terre apparut un arbre gigantesque dont les branches se développèrent dans toutes les directions. Il apportait aux hommes toute la nourriture dont ils avaient besoin et permettait aux esprits des morts d’accéder aux niveaux célestes. Lorsque ces esprits atteignaient enfin la canopée de l’arbre, ils étaient confiés aux bons soins des treize divinités qui se partageaient le monde supérieur. Telle était la considération que les Mayas portaient à cet arbre que les botanistes européens nommèrent Ceiba pentandra (sachant que le mot Ceiba vient de la langue taïno parlé par les Amérindiens des Grandes Antilles). Les explorateurs remarquèrent que le Ceiba Pentandra possédait un fût d’une dimension impressionnante et se prêtait certainement à la fourniture d’un bois d’œuvre de premier choix. Ils s’aperçurent ensuite que la matière soyeuse entourant la graine possédait d’intéressantes propriétés. On appela la fibre « kapok », quant à l’arbre, plutôt que d’utiliser le nom difficile à prononcer que lui donnaient les autochtones, il fut baptisé « kapokier », « cotonnier d’inde » ou « savonnier » selon les régions où on le découvrit. Les négociants commencèrent à remplir la cale de leurs navires avec les troncs fournis par les plus beaux spécimens. La « communion » avec « notre mère la terre » prenait une toute autre dimension… Celle qui, entre autres, allait initier l’accumulation de capital et la Révolution industrielle en Europe, pour le plus grand malheur des autochtones. Mais ceci est une autre histoire diront les amis naturalistes. Revenons à notre arbre mythique.

kapok Nombreux sont les géants de la forêt pour lesquels on a envie d’employer des superlatifs à profusion : le plus grand, le plus massif, le plus précieux, celui qui a le bois le plus utile… Le Ceiba pentandra en fait partie, même s’il n’est guère mentionné dans les livres de record. Ce qui est étonnant c’est que l’essentiel de la documentation que l’on peut trouver sur le Kapokier provient de sources anglophones. Un tour rapide dans ma bibliothèque m’a permis de constater qu’il est pratiquement ignoré dans les guides naturalistes en langue française ayant trait aux arbres. Certes il ne pousse pas sous nos latitudes, mais bon… J’ignore la cause de cet ostracisme.
Cet arbre majestueux peut vivre au moins deux cents ans et atteindre 60 mètres de hauteur (à titre de comparaison, le chêne Rouvre de nos forêts atteint une quarantaine de mètres pour les plus beaux spécimens). Le milieu tropical est favorable à sa croissance qui est estimée de l’ordre de 4 m par année. La silhouette de l’arbre est assez caractéristique : les branches horizontales sont étagées et largement étalées, formant une canopée assez dense qui abrite de nombreux hôtes. L’écorce est lisse, mais elle est couverte de grosses épines coniques. D’énormes contreforts également épineux soutiennent l’arbre et permettent au tronc de se dresser droit vers le ciel à une hauteur impressionnante. Les feuilles sont palmées et comportent cinq à neuf folioles. Elles mesurent 10 à 18 cm de longueur totale. Les fleurs, n’ayant rien de remarquable (à part leur odeur désagréable), apparaissent avant les feuilles. La floraison est parfois irrégulière et peut ne pas se produire certaines années. Ce sont des chauve-souris qui assurent la pollinisation et permettent l’apparition des fruits, en forme de capsule elliptique, ligneuse et pendante. Lorsque le fruit est mûr et s’ouvre, apparaissent alors un duvet blanchâtre (le fameux kapok) et des graines brunes qui se dispersent au vent. On s’est très vite aperçu que ce duvet constituait une matière première intéressante pour le rembourrage des oreillers, des coussins, des matelas ou des manteaux d’hiver. Le kapok est en effet imperméable, imputrescible et très isolant. Le seul défaut de cette fibre est d’être assez facilement inflammable.

gilet sauvetage kapok Une petite anecdote au passage concernant l’inflammabilité du Kapok…. En 1942, le paquebot français « Normandie », stationné dans le port de New York est réquisitionné par le gouvernement américain qui décide d’en faire un transport de troupes… Les travaux débutent : il est nécessaire de démonter les équipements et le mobilier de ce transatlantique pour améliorer ses capacités. Le 9 février 1942, des ouvriers travaillent dans le grand salon du navire. Un coup de chalumeau malheureux enflamme les paquets de gilets de sauvetage en kapok qui ont été entassés à cet emplacement. Le feu se propage de manière fulgurante. Les bateaux pompes déversent d’énormes quantité d’eau pour éteindre l’incendie et provoquent le naufrage du paquebot… Il s’agit là de la version « accidentelle » de cette histoire. Dans les années 60, des responsables de la Mafia reconnaitront que l’incendie est en réalité criminel : « petit règlement de comptes » avec les autorités locales pour appuyer la demande de libération du mafieux Luciano. Au cas où l’administration aurait fait un geste, la Mafia new-yorkaise aurait pu assurer une meilleure sécurisation du port contre les sabotages ! Le Normandie, victime du kapok ou de la mafia, selon la façon dont on interprète les événements, ne sera jamais renfloué.

planche botanique ceiba L’attrait pour le kapok était tel que l’on rechercha le « kapokier-savonnier » dans les forêts tropicales de différentes régions du monde et qu’on en fit pousser quelques plantations là où il ne croissait pas spontanément. L’Amérique centrale n’est pas la seule zone où pousse le Ceiba pentandra. On le trouve aussi en Afrique centrale et il est devenu « invasif » dans certaines îles du Pacifique où il s’est implanté de manière plus ou moins spontanée. Au XXème siècle, l’intérêt pour le kapok a baissé, car des fibres synthétiques moins onéreuses à fabriquer ont concurrencé le matériau naturel. Les importations en Europe se sont alors effondrées. Ces dernières années, avec la vogue du « retour au naturel », la tendance commence à s’inverser et certains sites proposent à nouveau coussins ou doublures en kapok.
L’intérêt pour le bois, lui, ne va pas en diminuant, même s’il est d’une qualité moyenne (bois tendre et plutôt spongieux) et ne présente pas l’intérêt de l’ébène ou du palissandre. On l’utilise massivement pour la fabrication des contreplaqués : son tronc régulier se prête bien au déroulage. On se moque alors de sa capacité à produire un matériau isolant : seul le diamètre et la longueur du fût intéressent les négociants. D’immenses parcelles de forêt sont abattues dans le cadre de son exploitation.

le geant vu du sol Le kapokier constitue un véritable écosystème à lui tout seul. Les fissures le long de son tronc, les creux le long des branchages, abritent de nombreuses espèces végétales : des orchidées, des fougères, des broméliacées… profitent de son ombrage et des zones de plus ou moins grande humidité que permettent l’entrelacement de ses branches immenses. De nombreuses espèces d’insectes (papillons), de reptiles (iguanes, serpents) ou de mammifères (chauve-souris, rongeurs) trouvent un abri confortable dans toute cette végétation. On ne trouve pas de kapokiers dans les arboretums européens. On peut en observer de magnifiques spécimens dans les parcs au Mexique, en Californie ou dans les Caraïbes. L’arbre apprécie la chaleur et l’humidité. Il a besoin d’un sol riche et d’une grande luminosité. Il résiste difficilement au gel (-5° selon certains guides de plantation, sous réserve d’un taux d’humidité suffisant).

IMG_3544 L’arbre occupe une place importante dans la mythologie des peuples vivant sous les tropiques. Aux Antilles, les habitants pensaient que le Ceiba était habité par des esprits appelés Soukougnans qu’ils craignaient beaucoup. Ces Soukougnans sont des créatures étranges. Le jour ils ont l’apparence ordinaire de personnes humaines. La nuit, grâce à un accord passé avec le diable, ils se dépouillent de leur peau. Leur corps devient lumineux et léger et ils se déplacent dans l’air comme des feu follets. Ils se précipitent sur leur victime et sucent le sang comme des vampires. Cette histoire connait de multiples variantes comme tous les récits issus de la tradition orale. Lorsque l’on rencontre un Soukougnan, il ne faut surtout pas le montrer du doigt ou prononcer son nom car vous devenez alors l’objet de sa vindicte. La conduite la plus prudente consiste, la nuit, à fermer portes et fenêtres après les avoir ornées d’une croix blanche. Brûler un soupçon d’encens renforce la protection. Pour se débarrasser définitivement de cette créature maléfique, le meilleur moyen est de trouver sa peau et de la badigeonner de sel ou de piment. Le Soukougnan ne peut plus reprendre son apparence humaine, et la lumière du jour lui est mortelle. Certaines descriptions de Soukougnans sont beaucoup plus sympathiques : un conte de la Guadeloupe les présente simplement comme de grands oiseaux de nuit avec les plumes noires et brillantes.
Les Soukougnans se font de plus en plus rares au XXIème siècle : peut-être faudrait-il envisager d’inscrire leur nom dans le livre des espèces menacées. Inutile en tout cas de vouloir couper les Kapokiers pour se débarrasser de ces démons en herbe ; les négociants en bois s’en chargent avec méthode…

cosmo3 Les représentations de Yax’che, l’arbre sacré, sont nombreuses dans la mythologie maya. Le Ceiba pentandra est d’ailleurs l’arbre national du Guatémala depuis 1955. Tous les dessins laissent apparaître la partie souterraine et la partie aérienne de l’arbre et permettent une vue synthétique de la cosmologie maya. Aux quatre points cardinaux se trouvent les Bacabs, un groupe de quatre frères, fils de Itazmna et Ix che. Ils sont associés chacun à une couleur et à une période du calendrier. Ils supportent les différentes strates du ciel et leur rôle est fondamental lorsque les prêtres veulent lire les augures concernant les récoltes. Chacun des treize niveaux du ciel possède son dieu principal. Au niveau le plus élevé habite Hunab’Kú. Le niveau du sol, la terre des humains, est représenté par un caïman. Le sous-sol comporte neuf strates, chacune habitée par une divinité également. Le niveau inférieur est le domaine de Ah Puch, le dieu de la mort. Le code des couleurs est précis : Yax’che qui supporte l’ensemble de l’édifice est généralement vert. Cantzicnal, le Bacab associé au Nord est blanc ; Hazonek (Sud) est jaune ; Zaccimi (Ouest) est noir ; Hobnil (Est) est rouge. Toutes les informations mentionnées ici sont apparentes sur le dessin que j’ai choisi pour illustrer ce paragraphe. La page « cosmologie » du site « Authentic Maya », vous permettra de compléter vos connaissances. Vous serez certainement surpris, comme je l’ai été, de la richesse de cette mythologie, témoignant d’une grande masse de connaissances accumulées sur l’univers.

IMG_2183 Ce n’est pas un hasard si un arbre joue un rôle essentiel dans la cosmologie des Mayas. Ce n’est pas étonnant non plus qu’ils aient choisi le plus majestueux d’entre-eux comme symbole. La forêt tropicale est omniprésente en Amérique centrale et les peuples autochtones en tirent l’essentiel de leurs ressources, aussi bien sur le plan nutritionnel, médical ou énergétique. Ils se servent du bois pour la construction de leurs demeures, pour cuire leur nourriture ou pour fabriquer leurs canoés (notamment du Ceiba Pentendra pour ce dernier usage). Les arbres leur offrent des teintures, des médicaments, des fruits et même un support pour leur écriture. Ils servent bien souvent d’abris et offrent leur ombre pour protéger des rayons ardents du soleil. Des Ceibas se dressent au cœur des villages et des villes mayas. Ils jouent en quelque sorte le rôle d’arbres à palabres comme les baobabs dans les villages africains.
Les temples sont en forme de pyramides et, comme l’arbre mythologique, permettent l’accès des mortels aux différents niveaux du ciel (comparer les deux dernières illustrations). Notez enfin que dans les gravures des Mayas, le Ceiba est fréquemment représenté par une croix (les quatre points cardinaux) ce qui a grandement simplifié l’adoption de la croix des conquérants catholiques, les deux représentations étant en partie compatibles. Le catholicisme est très implanté en Amérique centrale, mais les rites romains sont bien souvent confondus avec d’anciennes pratiques religieuses locales. Une nouvelle fois je sens que je vais dévier de mon propos initial et préfère m’arrêter là en espérant avoir nourri un peu votre curiosité !

 Petites précisions concernant cette chronique : le choix du thème m’est venu tout naturellement en lisant les chroniques successives que publie mon fiston voyageur au fil de son périple en Amérique centrale. La source est la même pour les photos 1, 5, 6 et 8. Il y en a des centaines d’autres à admirer sur « Rue du Pourquoi Pas« . Celles-ci ne sont destinées qu’à vous mettre l’eau à la bouche… De nombreuses recherches documentaires sur le web m’ont permis de compléter les informations qui me manquaient. Wikipedia Commons est la source des illustrations 2 et 3. La photo 6 provient du site « Authentic Maya » dont j’ai donné les références dans l’avant dernier paragraphe. La photo 3 provient du site « Royal Dragons » vente d’antiquités militaires.

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7janvier2016

Un pas devant l’autre, tout simplement

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour...; Feuilles vertes.

IMG_2669 Un pas devant l’autre, tout simplement ; le plaisir de marcher, de batifoler, de baguenauder, de jouer à cache-cache en suivant un sentier au milieu des arbres ; loin de toute préoccupation de record, de performance ; un équipement réduit à une paire de chaussures confortables, des chaussettes bien douillettes et une veste bien chaude (enfin, selon la saison !). Après avoir été une évidence, au temps où l’on ne possédait pas d’autre moyen de transport ; après avoir été une corvée, alors qu’on disposait de moyens d’évasion performants ; marcher redevient un plaisir. Dans un monde où la vitesse, l’instantanéité, le rendement… priment ; de toute évidence, on réinvente le plaisir de cheminer d’une fontaine à un arbre, d’un arbre à un rocher, d’un rocher à une trogne, en perdant un temps fou, alors qu’il y a tant à voir, tant à faire, tant à découvrir, mais loin, très loin, si loin qu’on n’ira jamais à pied. La voiture écrase l’escargot que son conducteur ne peut voir. Le piéton peut se permettre un détour sur son chemin ; il sait qu’il gagnera la course et qu’il n’a pas besoin de ratatiner son concurrent à coquille. Peut-être que le marcheur, s’il évoluait à la vitesse du colimaçon, pourrait observer la fourmi chahuteuse qui refuse de trimer comme une ouvrière chinoise… Mais le monde qui s’ouvre à celui qui se sert de ses jambes est déjà si riche, à comparer de celui qui se projette dans le paysage à la vitesse d’une comète à quatre roues !

IMG_2684 La marche, pour être réelle source de plaisir, se doit d’être gratuite, sans objectif imposé, sans rendement nécessaire. Aller à pied chercher son pain c’est bien, c’est sûrement très écolo, mais c’est parfois lassant car la contrainte est pesante. Il y a une route et un parking devant la boulangerie. L’engin motorisé permet d’aller chercher la baguette en moins de temps qu’il n’en faut pour la manger. L’objet de la quête a son importance et malheur à celui qui, parti pour la boulangerie dans un but bien précis, s’intéressera à un tout autre objet : aux manœuvres de la pie par exemple ; celle qui s’échappe par bonds successifs des multiples embuscades que lui tend le chat de la voisine. A suivre l’oiseau facétieux, on pourrait bien perdre le chemin du fournil, perdre la raison et ne découvrir qu’une bague chatoyante dans un nid haut perché. Après une heure passée dans la forêt, verdict impitoyable : midi, la boulangerie est fermée ! J’entends d’ici le rire moqueur de l’écureuil à qui notre étourdi pourrait demander une couronne de pain bien croustillante. Vous comprenez ? C’est la faute de la pie ; l’homme de l’art vient de clore le volet de son échoppe… Eh bien tant pis, déjeuner sans pain, punition du saltimbanque.
Quant à aller à pied à son travail… Je crois bien que je ne l’ai jamais fait. Si cela avait été le cas, j’aurais eu bien des absences injustifiées. Dans la littérature on a beaucoup disserté d’ailleurs sur le « chemin des écoliers », mais fort peu sur celui des ouvriers. Imaginez un peu un « chemin des employés » ayant quelque ressemblance avec celui des vagabonds du cartable ! Imaginez la tête de votre DRH lorsque vous allez lui expliquer que « ce n’est pas votre faute mais… ».

chemins et murs En fait, marcher est une fin en soi. On marche pour marcher. On peut marcher avec un objectif certes, mais il faut alors que celui-ci n’ait nulle importance stratégique. Je décide d’explorer le chemin des contrebandiers, la voie romaine, la piste des bûcherons, le sentier des écoliers… Je vais jusqu’à la statue d’Apollon puis je rentre en longeant l’étang des saules et la haie d’honneur. Soit, car le but à atteindre n’est qu’un miroir aux alouettes. Le chemin appartiendra toujours aux contrebandiers, même si on ne va pas jusqu’au bout ; il y a beau temps que les écoliers prennent le bus ; quant à Apollon, il pourra continuer à sourire à Apolline même si je ne lui chatouille pas les arpions. Ce genre d’objectif à atteindre ne porte aucun préjudice à l’action même de marcher en folâtrant. Tant mieux si l’on peut tremper un pied dans l’eau fraîche de l’étang ; tant pis si ce plaisir est remplacé par la découverte au bout du sentier, d’un trou mystérieux qui permet d’entrer en contact avec le fin fond du fond des profondeurs d’un noir spectral. Une chauve-souris à la place d’un poisson-chat ; une empreinte fossile à la place d’un bloc de sel de contrebande ; une noisette soigneusement évidée par un campagnol, à la place d’une poésie griffonnée sur le carnet d’un écolier.

L’objectif ce peut être de faire un tour complet pour revenir à son point de départ… Moi, par exemple, je n’aime pas beaucoup les aller-retour, même si le point de vue que l’on a de sa route est fort différent. De toute manière, même si ce n’est pas le but avoué, c’est bien comme cela que ça se passe dans (presque) tous les cas. Le gars ou la fille qui va à Compostelle n’a que rarement l’intention d’y acheter une résidence secondaire. Il faudra bien qu’il rentre un jour ! La plupart trichent et prennent le train, le bus ou l’avion pour le retour…

dalles de pierre En ce moment, nous profitons des belles après-midi ensoleillées pour faire quelques circuits pittoresques dans notre région. C’est l’occasion pour moi de vérifier que Bernard Ollivier a bien raison sur ce point : l’envie de marcher vient en marchant. Les premiers pas sont ceux qui coûtent le plus ; après, un  mécanisme étrange se met en place. Le processus s’automatise dirait un ingénieur , et l’on avance, un pas devant l’autre, tout simplement… Quelle motivation nous pousse à aller de l’avant ? On ne sait plus guère : je vais aller plus loin qu’hier ; je veux savoir ce qu’il y a après le virage ; je me demande si on est encore loin du carrefour ; plus loin, dans la forêt, on trouvera un peu plus de fraîcheur… Instants magiques où l’on ne prend plus garde à sa fatigue, à l’horloge ou aux rendez-vous planifiés. Certes, en ce qui nous concerne, nous ne sommes que des apprentis marcheurs et nous n’en sommes pas rendus aux cinquante kilomètres par jour avec le sac à dos de 20 kg de l’explorateur forcené. Mais à notre échelle à nous, nous subissons un peu aussi la loi de l’adrénaline. Ne pas rebrousser chemin sauf si celui-ci nous conduit dans des impasses paysagères ou des lieux où il ne fait pas bon vivre, car l’ambiance et le décor jouent aussi un rôle essentiel dans le tableau. S’il est des régions où il est facile de trouver une relative quiétude en s’éloignant des zones habitées, il en est d’autres où cette démarche devient difficile. C’est dans ces endroits que l’on comprend l’expression employée par les géographes de « mitage du paysage ». Les chemins annoncés trompeusement par la carte sont alors des voies goudronnées, les sentiers zigzagants en forêt sont des pistes rectilignes défoncées par les engins agricoles ou forestiers, le paysage a été tellement bouleversé au cours des dernières années que l’on ne sait plus trop où l’on va. Renard, chevreuil et perdrix n’ont plus d’autres choix que de vivre au contact de l’homme et de ses armes à feu.

vieille carriere Je n’apprécie guère la marche sportive. Parfois lorsque nous errons dans les chemins creux ou les petits sentiers des boisés de par chez nous, nous sommes rattrapés et doublés par des gens pressés, généralement suréquipés, la tête haute, le regard fixé sur la ligne d’horizon. Cela ne correspond pas à notre manière de voir les choses. Je ne voudrais pas que la recherche d’une quelconque performance m’empêche d’observer un colimaçon, un écureuil qui saute de branche en branche, ou de m’intéresser au travail d’un bûcheron ou d’un jardinier assidu. Il ne faut pas oublier que la marche c’est aussi le plaisir de la rencontre. Ce n’est pas un hasard si j’ai utilisé, au début de ce billet, des verbes comme baguenauder ou batifoler. Cela ne veut pas dire non plus que je me traine comme un badaud en train de faire du lèche vitrines. Non, cela veut dire simplement que nécessité et hasard font loi. Je ne vais pas me priver d’observer le dessin des pierres sur un vieux mur, ou d’échanger quelques propos (souvent plus riches que l’on ne le croit) avec un autre promeneur décontracté. Un concert d’oiseaux musiciens, ou quelques plumes colorées aperçues dans le fouillis d’un buisson méritent bien une petite pause dans l’aventure. A propos de concert d’ailleurs, celui de la nature me suffit et je ne comprends guère qu’on ait besoin d’écouter du rap ou un boléro de Ravel quand on déambule dans une chênaie. Pourquoi se fermer au monde extérieur alors que la marche est un prétexte pour mieux l’appréhender.

plume a ne pas oublier Marcher, c’est bon pour la santé. Tant mieux ! Si marcher retarde une disparition toujours trop précoce, tant mieux ! Nous aurons ainsi plus de temps à perdre pour mettre un pied devant l’autre… Je plains cependant ceux qui ne marchent que pour faire plaisir à leur balance ou à leur médecin. Ceux-là le font souvent sur un tapis dans une salle de musculation : il n’y a que là qu’ils peuvent trouver tous les appareils de mesure dont ils ont besoin pour évaluer leurs « progrès ». J’espère que les arbres du parc qu’ils aperçoivent par la fenêtre leur donneront un jour l’idée de changer d’horizon et de jouer aux corsaires ou aux explorateurs. Peut-être pourront-ils se prendre au jeu  et transformer ainsi leur parcours vertueux (et ennuyeux) en aventure excitante !

J’exprime tout cela mais je ne le respecte pas forcément au quotidien, il faut le reconnaître ! Difficile de faire presque du surplace dans le tournoiement qui nous environne. La lenteur demande un temps d’apprentissage considérable et le bénéfice que l’on en tire est long à percevoir. Tout notre environnement incite à la célérité. Si l’on mange en dix minutes, on en a dix de plus pour lire ; si on lit en diagonale, on peut avaler deux fois plus de pages  ; le temps gagné sur la lecture permet d’aller au cinéma ; un court métrage laisse plus de temps pour travailler que la version longue d’un film soporifique ; si l’on peut se débarrasser en quelques heures d’un travail à temps partiel, on a plus de temps pour manger… Cercle vicieux de la vitesse qui nous permet de revenir sans attendre au point de départ et d’entamer un second circuit dont les performances seront encore plus éblouissantes. Je ne suis pas pressé de mettre un pied dans la tombe. Chaque jour qui passe, mon cahier de desiderata augmente. Je crains que ma curiosité ne soit insatiable.

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31décembre2015

Déni de réalité : les vœux pieux de la Feuille Charbinoise

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....

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Déni de réalité, parce qu’il est bien difficile de se cacher les événements inquiétants de l’année qui vient de s’écouler. Il faut aussi enfoncer la tête profondément dans le sable pour ignorer les calamités qui vont nous tomber dessus en 2016. On a pourtant bien besoin d’envoyer de temps à autre un message d’amour dans ce monde de plus en plus difficile à observer dans le blanc des yeux. Seuls les vœux individuels de bonheur et de santé ont quelques chances de se réaliser et je pense que c’est pour cela que l’on peut les formuler sans trop de gêne ; quant à souhaiter que notre société évolue vers quelque chose de meilleur, cela demande une bonne dose d’espérance ou de naïveté. On proclame l’état d’urgence alors que c’est l’état dont il faudrait se débarrasser de toute urgence – cet état au service de l’arrogance et du cynisme des multinationales. Le discours haineux, belliciste et raciste semble avoir emporté la première place dans l’esprit de beaucoup de nos concitoyens. Face à la peur que les médias distillent jour après jour dans nos cerveaux, la liberté semble n’avoir plus aucun prix, alors que tant d’êtres extraordinaires ont laissé leur vie pour la défendre. Il va en falloir des vitamines, de l’énergie et de la combattivité pour faire face au déferlement d’actes et de propos que l’on espérait d’un autre siècle. Heureusement qu’il existe de nombreux « passeurs d’espoir » pour baliser les chemins obscurs à venir et nous permettre de survivre dans la jungle d’idées noires qui nous entoure de toute part. Espérons que Jacques Poulin, ce grand écrivain québecois, a raison et que la ligne de conduite qu’il nous propose nous permette à tous de devenir un peu « meilleurs »… C’est le souhait que j’ai décidé de vous envoyer à tous. Portez vous bien et n’oubliez pas tous les « invisibles » qui vous entourent. Eux aussi font partie de la « toile immense ».

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15décembre2015

Bric à blog de décembre : il est urgent de bien lire et de ne pas (se) laisser faire

Posté par Paul dans la catégorie : Bric à blog.

LH poison + promo Bon, je ne me suis pas exprimé entre les deux tours. Je ne voulais pas influencer ceux qui avaient le choix entre Estrosi et Le Pen. Ils avaient besoin de toute leur capacité de réflexion et d’analyse pour essayer de trouver des différences. Je ne dirai pas non plus ce que je pense – trêve de Noël mère de charité – de la fine équipe révolutionnaire Macron – Valls – Cazeneuve… J’ai nommé « La Gauche » ! Tagada tsoin tsoin. Je vous laisse lire l‘excellente analyse de l’ami Floréal, ou je vous renvoie à d’autres textes publiés sur « La Feuille » à propos des élections. En tout cas, en ce moment on nous casse sérieusement les arpions avec la patrie, la France éternelle et ses valeurs, et tout le tintouin. Remarquez qu’en phase de crise ce n’est pas une nouveauté. Il est à la fois triste et amusant de voir de quelle façon les nationalistes de tous bords ont écrit et réécrit l’histoire de notre pays pour distraire les écoliers. L’un de ces « faussaires de l’histoire » au XIXème siècle c’est le fort connu Ernest Renan, chantre de la Nation et surtout de la Réaction. Faites un pas de côté et consultez cette étude : « La vérité historique, première victime du nationalisme« . Notez bien que le phénomène n’est pas limité à l’hexagone : loin s’en faut ! Demandez aux nationalistes turcs ce qu’ils pensent d’Attila… Ils vous en dresseront un portrait dithyrambique… Quant aux victimes des attentats du 13 novembre, certaines commencent à faire entendre leur voix et n’approuvent pas forcément le déferlement de drapeaux tricolores, de marseillaises beuglées et de propos haineux. Lisez par exemple : « me prendre une balle ne m’a pas rendu con, pas la peine de le devenir pour moi » – le titre résume bien le propos.

etat-d-urgence Deux catégories de la population sont en tout cas bien occupées en ce moment : les flics et les journalistes… Attentats et Etat d’urgence dans la main gauche, COP 21 dans la main droite… Deux sujets sur lesquels je m’étendrai le moins possible, du moins dans ce bric-à-blog qui se voudrait « festif » et qui n’y arrive pas. Je voudrais vous donner simplement les liens vers des articles qui ont peut-être un peu moins bénéficié des feux de la rampe que les autres. J’ai trouvé intéressant, sur Reporterre, une interview de ma copine Vandana Shiva à propos de l’agriculture paysanne et des Amap… Je ne suis pas objectif puisque Vandana Shiva c’est ma copine… Dans un autre registre, sur le site « le p@rtage » (qui publie de plus en plus d’articles peu conventionnels et d’un grand intérêt) j’ai lu une étude de Georges Monbiot intitulée « l’impossible développement durable« . L’article remet les pendules à l’heure et va à l’encontre de ceux qui pensent encore sincèrement que l’on peut mixer écologie et capitalisme. En tout cas, pendant que le « gratin » malheureusement pas dauphinois, s’agite dans les salons, d’autres, sur le terrain agissent. Des nouvelles comme celle-ci : « La nation Wampis met en place le premier gouvernement indigène autonome du Pérou« , me semblent particulièrement roboratives. Le combat des peuples pour l’autonomie, pour la recherche de nouvelles formes de gouvernance, pour la liberté de tous, me parait être le seul combat prioritaire. Chaque fois qu’un être humain conquiert un peu d’autonomie, la lumière du soleil de la liberté brille de façon plus intense à l’horizon (céti pas beau c’te formule ?).

Brandon Bryant

Brandon Bryant

Sur la toile, j’adore lorsque les bulldozers de l’information commencent un article par « Ce que l’on sait sur… ». Un titre pareil c’est la garantie que la suite du communiqué ne contient que du vide brassé au mixer avec un peu de pâte à sel. Un jour, si je n’ai pas le temps de faire le travail de recherche préalable et indispensable, je commencerai l’un de mes billets historique ou naturaliste comme ça. Quelle est la motivation de tous ces marronniers à répétition ? Le besoin d’occuper l’espace ? Une rétribution du journaliste au nombre de mots publiés, comme les feuilletonistes du début du siècle dernier ? Ils pourraient varier la formule et choisir par exemple : « Ce que j’aurais pu savoir sur… si l’information avait été disponible ou si j’avais fait mon boulot comme il faut ». Une belle définition du métier par Georges Orwell : « Être journaliste, c’est imprimer quelque chose que quelqu’un d’autre ne voudrait pas voir imprimé. Tout le reste n’est que relations publiques. » En tout cas, on commence à avoir des informations sérieuses sur le travail des pilotes de drones américains grâce à quelques témoignages de criminels repentis. Je ne résiste pas à l’envie de publier cet extrait d’un article du 4 décembre publié sur la revue CounterPunch : « Les tueries vous tracassent-elles vraiment ? » (article rédigé par David Swanson, lien découvert sur « Seenthis »).
« Un jeune homme qui avait commis des assassinats sur une grande échelle est allé voir son guide religieux pour lui faire part de ses doutes et s’est vu répondre que les tueries faisaient partie des desseins de Dieu. Le jeune homme continua à tuer jusqu’à ce que les folies meurtrières auxquelles il avait participé eurent fait 1626 morts – hommes, femmes, et enfants. Et si vous appreniez que ce jeune homme s’appelle Brandon Bryant, et qu’il a tué en qualité de pilote de drone pour la U.S. Air Force, et qu’on lui a remis un diplôme pour ses 1626 morts et qu’il a reçu les félicitations des États-Unis d’Amérique pour du travail bien fait. Et si vous appreniez que son guide religieux était un aumônier chrétien ? »

city-berlin@2x Bon allez, on largue le triste champ politique. Dans le domaine de la géographie, en particulier celui de la cartographie, on découvre parfois de véritables œuvres d’art. C’est le cas de cette carte d’Europe, intitulée « Tous les chemins mènent à Rome » que je vous invite à aller admirer. C’est l’une des plus belles de toutes celles qu’on peut faire apparaître sur le site. 486 713 points de départ pour des voyageurs qui souhaitent se rendre dans la capitale italienne ; un algorithme pour calculer l’itinéraire le plus direct qu’ils pourront choisir ; tous ces itinéraires dessinés consciencieusement en infographie… A l’arrivée une feuille d’arbre finement nervurée ou toute autre image que pourra se représenter notre imagination. Si vous souhaitez prolonger le spectacle au-delà de l’extinction de votre écran magique, vous pouvez vous procurer le poster correspondant. D’autres images sont disponibles : en choisissant une ville, on peut faire apparaître les itinéraires possibles pour se rendre en son point central… Pour illustrer ce paragraphe de ma chronique, j’ai choisi Berlin…

renaclerican Certains lecteurs, certaines lectrices se souviennent peut-être d’une chronique que j’avais consacrée, dans les temps anciens, à l’illustre Anaximandre. Dans le bric-à- blog qui avait suivi j’avais fait mention d’un blog sympathique intitulé « la tribu d’Anaximandre », sur lequel on pouvait observer le magnifique travail photographique de Danièle Nguyen Duc Long… Ensuite, je l’avoue, j’ai un peu oublié mes visites régulières de l’époque sur ce site artistique remarquable. J’y suis revenu ces dernières semaines et j’ai pu constater que les publications étaient toujours aussi régulières et d’une qualité irréprochable. Je me fais donc un plaisir de vous donner à nouveau le lien, histoire de partager mon plaisir.
Comme je dois sans doute traverser une période favorable aux pèlerinages (il y a des tas d’autres lieux pour cela que La Mecque ou Lourdes), je me suis aussi replongé dans l’œuvre de Tove Jansson, auteure finlando-suédoise. Elle est réputée pour la série « Moumine le troll » que j’avais grand plaisir à faire découvrir à mes jeunes élèves, dans les temps anciens ; mais elle a aussi écrit pour les adultes et a laissé une œuvre graphique importante… Une visite au site officiel qui lui est consacré s’impose… Dommage que la série télé pour enfants qui a permis de la faire connaître en France n’ait pas eu le niveau de qualité que laissait espérer les écrits de cette grande dame. Certains jours je me prends pour Papa Moumine, d’autres pour le Renaclerican. J’espère que ce n’est pas trop grave, mais j’assume. Ça me change des périodes où je joue le Schtroumpf grognon. J’espère que les Ayant-droit de cette grande artiste me pardonneront d’avoir « emprunté » une image du Renaclerican pour illustrer ce paragraphe. En tout cas, si vous avez de jeunes enfants ou des petits enfants, sachez que les histoires de Moumine le troll sont belles à raconter et ouvrent de belles fenêtres sur le monde du rêve.

0001123038_10Comme j’adore les enchainements qui se font d’eux-mêmes (genre passer de Moumine le troll à Bakounine), j’ai envie de vous parler d’un chanteur italien que j’ai découvert ces derniers mois : Alessio Lega. Faites comme moi, cherchez sur la toile : les moteurs de recherche sont là pour ça en principe. Mais, comme il paraît qu’effectuer une recherche plus ou moins aléatoire ça dépense une quantité phénoménale d’énergie sans qu’on s’en rende compte, je vais vous proposer quelques liens. Deux belles chansons politiques : Malatesta (en vidéo), les paroles en français (*) ; la tombe de Bakounine (en vidéo), les paroles en français. Encore un mauvais esprit qui parle d’anarchie… mais pas que… Il chante aussi l’amour, la Résistance, et interprète fort bien quelques chansons françaises dans la langue de Dante Alighieri.

« Je repose à l’ombre de ceux qui croient que j’ai été
un rêveur ou un exalté
de ceux qui croient qu’aujourd’hui tout va bien :
démocratie et nouvelles chaînes.
Je repose à l’ombre de ceux qui lisent un de mes traités
au lieu d’occuper les rues
et moi qui hurle, moi qui ai couru, moi qui ai lutté
je repose dans les librairies. » (Alessio Lega – la tombe de Bakounine)

IMG_7803 Je termine par un peu de publicité non déguisée pour quelques autres productions blogueuses et familiales. Ma compagne, Caly, a écrit des textes à plusieurs reprises sur « La Feuille »… Ces dernières années elle consacre l’essentiel de son temps d’écriture à relater les péripéties de notre existence à ceux que ce « quotidien » pourrait intéresser, en particulier les voyageurs que nous hébergeons un temps à la maison : travaux de jardinage, chantiers, concerts à domicile, belles rencontres… un journal de bord en quelque sorte. Si notre vie quotidienne nous intéresse, allez jeter un coup d’œil sur le blog « Pas assez de temps« . Si vous voulez que l’on dresse un portrait élogieux de vos talents, venez nous rendre visite en retroussant vos manches… Pendant que vous nous aiderez à mettre en place les chaises pour un concert ou à éplucher les courges, j’aurai plus de temps pour écrire moi aussi et rédiger des billets sur « l’abolition du salariat »… Il se peut aussi que le récit de notre « ruralité » quotidienne vous paraisse un peu fade et manque d’exotisme. Je vous propose alors deux autres destinations dans mon catalogue. Dans le domaine artistique par exemple… Connaissez-vous le « Land-Art » ? Un peu, beaucoup ? Simple curiosité ? Allez visiter le blog « Tous Land artistes« . Je serais étonné que cela ne vous donne pas envie de mettre la main à la pâte. A défaut, la beauté des photos vous en mettra plein la vue. Garanti ! (et d’autant plus objectif que l’auteure du blog est quelqu’une qui m’est très chère – ce qui me permet de lui voler une photo sans lui demander la permission)…
Et puis, bien sûr, il y a le fiston voyageur. Celui qui a commis la trilogie « Les aventures du Pourquoi Pas ». Ces temps derniers il évolue en Amérique Centrale, du Mexique au Guatémala, plonge dans les Cenotes, photographie les pyramides aztèques sous tous les angles, et médite au soleil entre deux bières et deux rencontres exotiques. Il raconte ses nouvelles aventures avec beaucoup de sérieux, de talent et d’originalité (normal, c’est notre fils) dans ses carnets de voyage. Le blog s’appelle « Rue du Pourquoi Pas », et son contenu n’aurait peut-être pas déplu au Commandant Charcot, même si le célèbre explorateur évoluait sous d’autres latitudes. Et l’autre fiston, il fait quoi ? Il tourne, il programme et il pédale… Le tout d’une manière particulièrement impressionnante, mais c’est strictement confidentiel et cela ne sort pas du cercle familial.

J’espère que le bruit du monde, de plus en plus assourdissant, ne vous empêchera pas de faire une bonne sieste à l’ombre du sapin familial. On se retrouve sans doute pour les vœux de nouvel an incontournables et éternels, à moins que d’ici là le clavier ne me démange, ce qui n’est pas impossible ! Profitez de cette période pleine de clinquant pour bien lire et, surtout, ne pas vous laisser faire ! N’oubliez pas de fêter le solstice d’hiver…

Notes (avec un s puisqu’il n’y en a qu’une) : (*) le site sur lequel j’ai trouvé cette traduction s’appelle « dormira jamais ». Je crois que j’en reparlerai dans un autre « bric-à-blog » car je commence juste à l’explorer et il y a matière à lire !

Post-production : Ah les statistiques ! C’est le sept-centième billet, celui-ci… Il s’est fait attendre ! Si c’étaient des billets de 500 euro, je serais riche !

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