27février2013

Le samedi c’est raviolis – intermède culturel et sociologisant

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour....

 Au risque de décevoir ceux ou celles qui pensaient que la Feuille Charbinoise avait enfin un contenu politique, écologique, botanique, thérapeutique, gastronomique… sérieux, je vais profiter du fait que mon drapeau noir est chez le blanchisseur pour vous parler tout à fait d’autre chose, car ainsi va mon humeur. Je n’aime pas emmerder le monde pour le plaisir, enfin… pas le monde que je côtoie tous les jours, à savoir les gens qui se démerdent avec les gosses, le boulot, les courses, la vie qui n’est pas toujours facile. En tant que bienheureux retraité libre de son temps, j’évite donc d’aller trainer mes groles dans les supermarchés du bonheur le jour où les malheureux travailleurs qui ne chôment pas encore ont la possibilité d’aller remplir leur caddie de boites de raviolis mama mia et de lasagnes imputrescibles, indispensables à la survie jusqu’au week-end suivant. En fait ce n’est pas uniquement par bonté d’âme que j’ai fait ce choix. Je dois dire aussi que j’ai horreur de la foule, des queues aux caisses, des mômes qui braillent et, pire que tout, des animations commerciales incontournables en fin de semaine. Mais on a beau être organisé, je suis parfois obligé de quitter mon refuge de verdure pour aller me plonger dans la jungle des centres commerciaux (si tant est qu’on puisse qualifier de « centre commercial » les quelques empilements de grandes surfaces dont on bénéficie dans nos campagnes urbanisées). Je n’y vais qu’en cas de nécessité et dès que je monte dans ma voiture, ayant une idée quelque peu préconçue de ce qui va se passer, je prends le partie d’en sourire plutôt que d’en pleurer. Sinon, je la jouerais « made in USA », avec un fusil d’assaut.

 Pour être honnête, je dois dire que je regrette parfois de ne pas faire de telles expéditions entomologiques un peu plus fréquemment car il y a quand même de riches observations sociologiques à faire. Une heure de courses un samedi et on a de quoi facilement alimenter une bonne petite chronique pour le lundi. Il semblerait que ce jour-là, ce soit la crème de nos concitoyens qui soit de sortie. Le spectacle commence déjà sur la route… C’est le jour des refus de priorité, des crissements de pneus, des autoradios à fond le « poum poum tam tam poum poum » (j’adore la musique genre disco)… C’est le jour où l’on admire les 4×4 rutilants aussi customisés que les vieux beaux ou les jeunes cadres que l’on aperçoit à l’intérieur. Ce matin, j’en ai vu un vraiment mignon de conducteur : un beau gars avec le chapeau de cow-boy, les écouteurs sur les oreilles, la dégaine à John Wayne, la main en coquille sur les noisettes, genre « on ne sait jamais s’il y a a un écureuil qui traine ». Il a verrouillé son camion japonais surélevé ; il en a fait trois fois le tour, des fois qu’il y aurait une rayure sur la carrosserie, puis il s’est dirigé, fier comme Artaban, vers l’entrée du supermarché de bricolage : il fallait sans doute qu’il rachète un flacon de polish, une peau de chamois et tutti quanti pour pouvoir s’occuper tranquillement de son monstre mécanique le restant de l’après-midi. Sa dégaine avait un effet stimulant sur mon imaginaire et je me disais que sa « grosse » lui avait peut-être demandé d’acheter un balai à serpillère, mais vu l’ambiance, et la fierté du héros, il y avait peu de chance que sa requête soit satisfaite. Ce gars, il avait sa fierté quand même. Ça collait pas avec le Stetson ; elle n’aurait qu’à revenir pour faire ses achats de gonzesse.

  Je vous fais grâce du défilé des téléphones portables et des conversations qui s’égrènent au fil des rayons du magasin… A une époque j’avais envisagé d’écrire un pamphlet là-dessus mais je me suis fait piquer l’idée. Il faut dire que c’est gratiné.. « Je suis contente qu’on divorce, il baisait vraiment mal… L’avocat m’a dit que ça passerait comme une lettre à la poste… Je vais lui faire cracher un max, y’a pas de raison ». « C’est quelle taille que tu mets comme slips… Ouais, je te demande ça parce qu’il y a des promos là dans le rayon ». « La gamine je l’ai fourguée à ses grands-parents. Là j’ai vraiment pas le temps. Je suis stressée un max… ». Bon ce n’est pas la peine que j’insiste, vous connaissez déjà. C’est dans ce genre d’occasions que je me dis que je suis vraiment arriéré question cellulaire. Il va falloir qu’on en achète un, sinon je ne saurai jamais s’il vaut mieux prendre des lasagnes Findus ou des Picard. Je plaisante bien sûr : la suppression des plats cuisinés à base de viande dans nos listes de course ça a été l’une des premières mesures écologiques que l’on a prises ; il y a plus de 30 ans que l’on a renoncé aux raviolis et autres cannellonis en boîte. Déjà, à l’époque c’était fait avec les pires morceaux de barbaque. C’est rigolo d’ailleurs, si j’en voulais des lasagnes surgelées, j’aurais du mal à en trouver car les bacs sont vides. Pour ce qui est des cellulaires, il paraît que ça fait vingt ans qu’on échange des SMS sur la planète. Je n’en ai pas encore envoyé un seul et je ne voudrais pas mourir illettré (pour un gars qui a rédigé – en son temps – une « histoire de l’informatique » suivie d’une « histoire des communications », ça la foutrait mal pour mes nombreux biographes !).

Ma BA effectuée, je peux sortir du supermarket, que je trouve de moins en moins super. Je préfère le « market » tout simple du dimanche matin. C’est plus frais, moins cher et globalement plus sympa comme ambiance. Mais quand même… ce qu’il y a de bien sur le parking des zones commerciales, c’est que c’est comme au cirque Pinder : dès qu’un artiste a terminé sa prestation, un autre s’avance. En plus c’est un art relativement minimaliste et les places sont gratuites. Le prestataire n’a besoin que d’un costume assez simple et de quelques accessoires courants (bagnole, téléphone, pop corn…) pour proposer au bon public que je suis un numéro hilarant. Dès que je franchis la porte de sortie le spectacle reprend. Quelques scénettes choisies presque au hasard pour enfoncer le clou…

 Le papa, crâne rasé façon skinhead, comme c’est la mode en ce moment, descend de voiture, ouvre le coffre et en sort une moto électrique miniature. Fiston descend à son tour et se précipite sur l’engin de ses rêves qu’il va pouvoir enfin essayer sur le parking (un terrain de jeu pour les grands, pourquoi pas pour les enfants ?). Le portable collé à l’oreille, maman se joint à cette sympathique réunion. Elle est indiscutablement très « class », copie conforme des minettes qui défilent dans les émissions de baise-cuisine réalité de M6. Ayant terminé sa conversation d’une importance sans doute vitale, mais que je n’ai pas la joie d’entendre, elle immortalise la scène touchante qui se déroule sous ses yeux, avec le même engin technologique fluorescent, à grands renforts d’éclairs lumineux. On se croirait à la descente des marches au festival de Cannes. A moins qu’elle ne filme ce qui lui permettrait de conserver, pour la postérité, le bruit de casserole du moteur de la moto. Cela me rappelle une histoire vraie collectée dans la classe maternelle de ma compagne. Lors du traditionnel étalage des cadeaux de Noël, un enfant raconte qu’il a trouvé une moto électrique au pied du sapin. Une moto « à ta taille » ? commente la maitresse toujours branchée… « Non, pas Atataï M’dame, une Yamaha… »

Un peu plus loin, sur le parking, une autre scène classique : un mec qui cherche sans doute à séduire les écolos. Madame fait les courses. Monsieur a horreur de ça. Il reste donc au volant et lit le journal. Le moteur tourne au ralenti dégageant une magnifique vapeur blanche par le pot d’échappement : climatisation oblige. Monsieur déteste avoir froid lorsqu’il fait le pied de grue. Il doit faire trop chaud dans sa bagnole car il est en bras de chemise. Je serais lui, j’ouvrirai légèrement la fenêtre… aucune importance puisqu’il y a le chauffage. Il paraît que certains débiles, dans un pays lointain, outre-Atlantique, allument un petit feu dans leur cheminée pendant l’été parce que c’est sympa, et en profitent pour mettre la clim à fond parce que sinon la chaleur est insupportable… En fait, la scène à laquelle je viens d’assister est courante, y compris l’été, mais en sens inverse cette fois… On comprend mieux que les besoins énergétiques de l’humanité aillent sans cesse en croissant. J’imagine aisément l’ambiance sur les parkings des zones commerciales chinoises le jour où le nombre de moteurs tournant au ralenti atteindra les quelques centaines de millions. Le mouchoir sur le visage ne suffira plus pour traverser à pied : faudra envisager la combinaison intégrale de plongée avec les bouteilles pour respirer.

 Bruit d’enfer dans mon dos ; je finis par me retourner ; rien de grave en fait, c’est le trappeur du coin qui vient faire ses courses en quad. Depuis que les marchands de moto du secteur en proposent à leur clientèle, ces engins de merde prolifèrent. Ça s’était un peu tassé du côté des tous-terrains dans les bois avoisinants. Grâce aux quatre roues, les sérénades romantiques ont repris de plus belle. Il faut dire que le moto-cross c’était relativement dangereux et plutôt sportif. Le quad c’est plus peinard et adapté aux besoins essentiels de toute la famille. Un quad bleu pour le mari, un rose pour la femme, et pourquoi pas… si les enfants sont assez grands, un quad junior pour le badinguet de 14 ans qui ne sait pas quoi foutre de son temps. Et puis, avec un quad, on est sacrément proche de la nature… aux premières loges pour entendre le chant du coucou : il suffit d’un ipod dans la poche, de bons écouteurs et l’on entend le chant des oiseaux comme si on y était. Notez bien que pour faire les courses c’est pratique aussi : celui que j’observe ce matin s’est garé sur le trottoir alors qu’il y avait au moins trois places de libres pour stationner juste à côté. Ce gars-là est sans doute membre de la confrérie des fanatiques de la marche à pied qui grimpent sur les trottoirs pour accéder aux distributeurs de billets de banque en ville. Moi, si je fais ça avec ma petite bagnole à deux balles, je bousille mes pneus et je racle le plancher juste ce qu’il faut pour arracher deux trois trucs importants. Si ces gens avaient vraiment de la suite dans les idées, ils arracheraient le distributeur avec leur treuil au lieu de se contenter d’y glisser leur carte bancaire comme monsieur toulemonde.

 Une petite dernière pour la route ? Je manœuvre pour quitter le parking et regagner mes pénates histoire de digérer tous les épisodes de ce feuilleton mirobolant. Une grosse voiture genre BMW se gare, non loin de la porte d’entrée du magasin, sur une place réservée aux handicapés. C’est chouette a l’air de se dire le connard qui ouvre la portière et s’extrait du boitier capitonné en s’étirant avec l’élégance de l’orang-outan descendant de sa branche ; ces places là elles sont presque toujours dispos et pas loin des chariots. Ça évite de saloper ses godasses dans la neige… Dommage que ce mec fasse deux fois mon gabarit en hauteur et en largeur, sinon je lui collerais bien mon poing dans la gueule… C’est fou ce que la vie dans la nature rend agressif. Ce que je lui souhaite en tout cas, c’est de se faire renverser par la première Lada de passage. Un petit choc à la moëlle épinière et il pourra éprouver la joie de circuler en fauteuil roulant et de garer son véhicule aménagé sur les jolies places bleu ciel. Si j’avais un tube de rouge à lèvres, je lui décorerais bien le pare brise d’un superbe logo GIC… J’en connais dans ma famille qui ont fait ça sur les vitres des enfoirés qui bloquent les pistes cyclables en ville. Le rouge à lèvres sur une glace, c’est assez coton à nettoyer.

Autant rentrer, le dernier tour de piste ne m’a pas fait rire du tout. Je reviendrai en semaine. Il me semble que le pourcentage d’abrutis se dilue dans la masse et qu’ils sont moins visibles… Ma conclusion, sûrement pas une pirouette genre « tous des cons », simplement un constat : y’a du travail à faire pour réactiver les synapses de certains. Histoire de me remonter le moral, je me souviens d’une petite phrase attribuée à Lao Tseu : «Mieux vaut allumer sa petite bougie que de s’acharner à maudire les ténèbres.» Ainsi vais-je faire…

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21février2013

Des prisons tsaristes à celles des bolchevistes… Le destin d’une militante anarchiste russe : Olga Taratuta

Posté par Paul dans la catégorie : pages de mémoire; portrait de militantes et militants libertaires d'ici et d'ailleurs.

Hommage à une victime, parmi des millions, de la répression stalinienne

 Le 8 février 1938, Olga Taratuta est condamnée à mort par un tribunal d’exception, pour activités anarchistes et anti-soviétiques. Elle est exécutée le même jour par la Tchéka. Elle a été arrêtée quelques mois plus tôt à Moscou, le 27 novembre 1937. La justice stalinienne est expéditive. Comme l’annonce clairement la Pravda à la même époque : «L’épuration des trotskystes et anarchistes catalans sera conduite avec la même énergie que celle avec laquelle elle a été conduite en URSS». En réalité, en URSS, les objectifs sont déjà atteints : ce sont les derniers procès de militants anarchistes. La destruction du mouvement s’achève ; le « péril » noir est éliminé. En Espagne, la police politique communiste s’active… Les Républicains espagnols qui commettent l’erreur de chercher refuge dans la « patrie du prolétariat » rejoignent, en 1939, dans des camps de prisonniers, les derniers anarchistes russes qui n’ont pas été fusillés.

Pourquoi choisir Olga Taratuta, figure méconnue de la résistance soviétique alors que des milliers de libertaires ont connu le même sort qu’elle ? Les raisons d’un choix sont difficiles à expliquer. Sans doute à cause du côté tragique de son destin et de la force de son engagement ; probablement aussi parce qu’elle est l’une des fondatrices de la « croix noire anarchiste », organisation de secours aux prisonniers politiques. Je vous conterai prochainement d’autres destinées tragiques comme celle de Zenzi Mühsam, femme de l’anarchiste allemand Erich Mühsam. L’un est mort à Orianenburg, camp de concentration nazi ; l’autre a passé une bonne partie de sa vie au Goulag, après avoir cherché refuge en URSS. Elle n’y est pas morte, mais son sort ne fut guère enviable. Nombreux sont les anarchistes, en Bulgarie par exemple, qui ont goûté aux geôles fascistes, staliniennes et, pour faire bonne mesure, royalistes ou républicaines. Pour l’heure, revenons à la biographie d’Olga Taratuta.

Olga Taratuta, de son vrai nom Elka Ruvinskaia, est née dans le village de  Novodmitrovka, non loin de Kherson, en Ukraine, le 21 juillet 1876 (il y a un doute sur l’année qui varie d’une source à l’autre). Sa famille était d’origine juive et son père tenait une petite boutique. A l’issue de ses études, elle est devenue professeur. Ses ennuis avec les autorités tsaristes ont commencé très tôt. Elle est arrêtée une première fois en 1895 ; la police secrète de l’Empereur n’apprécie guère les opinions politiques qu’elle exprime dans le cadre de son travail. Deux ans plus tard, elle rejoint un groupe d’agitation social-démocrate fondé par les frères Grossman, à Elisavetgrad. Au tournant du siècle, elle devient membre du bureau du parti social démocrate d’Elisavetgrad et adhère à l’Union des Travailleurs de Russie du Sud. En 1901, elle doit s’enfuir à l’étranger et se réfugie en Suisse. Elle rencontre Lénine et collabore régulièrement au journal Iskra. Le climat helvète influence ses idées (comme celles de son concitoyen Kropotkine) et elle devient anarchiste-communiste. La vie trop tranquille de l’émigration ne convient guère à son caractère dynamique. En 1904, elle revient en Russie, à Odessa, et se joint à un groupe de militants nommé « Sans compromis ». Elle est à nouveau arrêtée par la police en avril 1904, pour propagande révolutionnaire, mais libérée à l’automne, faute d’éléments à charge vraiment convaincants dans son dossier. Elle reprend aussitôt son activité militante au sein du groupe anarchiste-communiste d’Odessa. Elle devient l’une des célébrités du mouvement en Russie. Elle est connue sous le pseudonyme de « Babushka » (grand-mère), ce qui est assez amusant quand on sait qu’elle a une trentaine d’années seulement. Ce surnom affectueux va lui rester tout au long de sa vie et sera un peu plus adapté à l’époque où elle fera partie des dernières anarchistes survivantes dans le pays !

 A partir d’octobre 1905, à la suite d’une nouvelle arrestation suivie d’un emprisonnement de courte durée et d’une évasion spectaculaire, son action se radicalise. Elle est signalée comme membre d’un groupe anarchiste fondé à Byalistok en 1903, Chernoe Znamia, qui est connu pour se livrer à de nombreuses actions terroristes. L’objectif de la stratégie mise en œuvre est de déstabiliser le pouvoir tsariste en s’attaquant aux diverses institutions qui le représentent. La violence des anarchistes russes peut surprendre, mais elle s’explique facilement lorsque l’on sait à quelle violence eux-mêmes sont soumis de la part des autorités : tortures, jugements expéditifs, déportation, pendaison, sont le lot commun de beaucoup de militants révolutionnaires à cette période de l’histoire. Parmi tous les attentats commis par le groupe Chernoe Znamia, le plus célèbre est celui du café Libman en décembre 1905 à Odessa – attentat à la préparation duquel Olga participe activement. Le mouvement anarchiste connait alors l’une de ses phases de développement spectaculaire en Russie. L’historien Paul Avrich dénombre alors plus de cinq mille militants actifs dans les grandes villes et un grand nombre de sympathisants. Les groupes de militants se livrent à une intense propagande sur les lieux de travail et Olga Taratuta paie largement de sa personne. En mars 1907, pour éviter une nouvelle arrestation, elle se réfugie à nouveau en Suisse, mais l’exil et l’abandon du terrain de combat social ne sont définitivement pas compatibles avec son tempérament. Elle revient à Odessa après avoir fait étape à Ekaterinoslav et à Kiev. Elle est à nouveau impliquée dans plusieurs attentats contre les généraux de l’Empire, Kaulbars le commandant militaire de la région d’Odessa, puis Tomalchov, le gouverneur de la ville. A la fin du mois de février 1908, ne reculant devant aucune difficulté, elle prépare une évasion massive des anarchistes emprisonnés à la Lukianovka, la forteresse de Kiev. La tentative échoue, le groupe étant infiltré par des indicateurs. La plupart des militants sont arrêtés ; une fois encore Olga réussit à passer à travers les mailles du filet, mais sa chance va tourner. Fin 1909, elle est appréhendée à Ekaterinoslav. Cette fois, son dossier est chargé et elle échappe de peu à la peine capitale largement utilisée contre les révolutionnaires. Elle est condamnée à 21 années d’emprisonnement. Elle va rester à la Lukianovka, la prison dont elle voulait faire sauter les murs pour en libérer les occupants, jusqu’en mars 1917. La répression tsariste met un terme, temporairement, à l’expansion du mouvement libertaire.

 Ces sept années de prison vont lourdement marquer cette femme qui approche la quarantaine d’années. Dès sa libération, suite aux événements révolutionnaires bien connus, elle se retire de la vie politique active et prend ses distances avec le mouvement anarchiste russe. Cette retraite anticipée s’explique en grande partie par la lassitude et le découragement mais aussi par le besoin qu’elle éprouve de retrouver son compagnon Sasha ainsi que leur enfant. Elle ne reste que peu de temps en retrait de la vie politique.  En mai 1918, elle s’implique dans la croix rouge d’Odessa qui aide les prisonniers politiques quelle que soit leur origine politique. Cette fréquentation des lieux de détention provoque en elle un sursaut d’indignation quand elle voit comment sont traités les anarchistes par le nouveau pouvoir politique en place. Très vite, elle éprouve le besoin de reprendre ses anciennes activités militantes, brièvement interrompues. Une nouvelle phase commence dans sa vie qui va l’amener à se confronter aux nouveaux maîtres du pays, les Bolchevistes. Elle quitte l’Ukraine pour Moscou. En juin 1920, elle collabore au journal « Golos Truda », expression anarchiste brièvement tolérée ! Elle adhère également à la confédération syndicale Nabat. Dès le printemps 1918, les militants sont emprisonnés, torturés, exécutés, cependant que le Kremlin explique aux délégations ouvrières qui se rendent à Moscou que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes et que les anarchistes sont parfaitement libres de s’exprimer…

 A l’automne, en Ukraine, le gouvernement soviétique éprouve de sérieuses difficultés à s’opposer à la contre Révolution menée par les Russes « blancs » du général Wrangel. Un pacte est signé entre le gouvernement moscovite et les troupes de la rébellion anarchiste guidées par Nestor Mahkno. Pour aboutir à cet accord, les tractations sont nombreuses et les discussions serrées. Les Mahknovistes demandent notamment la libération des prisonniers envoyés dans les camps de travaux forcés en Sibérie, qu’ils estiment déjà au nombre de deux cent mille. Il y a là beaucoup de paysans ukrainiens mais aussi un grand nombre de militants anarchistes déportés. Olga Taratuta profite de ce bref printemps dans les relations entre Bolchevistes et Mahknovistes, pour regagner l’Ukraine. A Guliay Polye, elle rencontre le leader du mouvement, Mahkno. L’état-major de cette singulière armée « noire et rouge », lui remet une forte somme avec laquelle elle va financer la création d’une « Croix Noire » anarchiste dont le siège est à Kharkov. Le but de cette organisation est d’aider les détenus politiques du mouvement qui sont de plus en plus nombreux dans les geôles bolcheviques. En novembre 1920 Olga Taratuta est officiellement nommée représentante des Mahknovistes à Kharkov et à Moscou. Lourde responsabilité car ceux-ci ne sont pas en odeur de sainteté dans les allées du pouvoir ! Tout le monde sait que l’alliance conclue entre les frères ennemis, n’a que peu de valeur et sera de courte durée : peu nombreux sont ceux qui sont assez naïfs pour croire à la bonne parole des Bolchevistes, d’autant que, même pendant la période de soi-disant alliance, les arrestations continuent notamment parmi les anarchistes qui militent dans les syndicats et les Soviets.

 Dans son livre « l’épopée d’une anarchiste », Emma Goldman rend un bel hommage  à Olga : «Les camarades de Kharkov, avec la personnalité héroïque d’Olga Taratuta à leur tête, ont tous servi au mieux la Révolution, se sont battus sur tous les fronts, ont enduré la répression des Blancs, de même que la persécution et l’emprisonnement de la part des Bolcheviks. Rien n’a découragé leur ardeur révolutionnaire et leurs convictions anarchistes.»
La trahison des Communistes ne tarde pas effectivement. Une vague de répression sans précédent s’abat sur les Mahknovistes. La Croix Noire est dissoute ; Olga Taratuta est arrêtée. En janvier 1921 elle est transférée à Moscou. Elle fait partie des militants qui sont libérés quelques heures, le temps d’assister aux obsèques de Pierre Kropotkine, avant de retrouver leur cellule. Le 26 avril 1921, elle est conduite à la prison d’Orel avec d’autres camarades, et, pendant le transfert, elle est rouée de coups par ses gardiens. Le procureur du tribunal qui gère son dossier lui fait savoir qu’elle peut être libérée si elle accepte de renier ses engagements politiques en public. On se doute bien entendu de la réponse qu’elle envoie à ses bourreaux. Sa force morale et son intégrité s’opposent à ce qu’elle signe un tel accord. En juillet 1921, elle fait partie d’un groupe de détenus qui entament une grève de la faim de onze jours, pour protester contre leurs conditions de détention. Elle est victime d’une violente attaque de scorbut et perd pratiquement toute sa dentition. Dans un courrier qu’elle adresse à des amis, elle dit que les deux années de prison qu’elle vient de subir lui ont coûté plus de vie que toutes les années passées en camp de travaux forcés au temps des Tsaristes.

En mars 1922, elle est exilée deux années à Velikii Ustiug, dans le lointain gouvernement de Volodga. Début 1924, elle est libérée (temporairement !) et retourne à Kiev. Elle n’a plus d’activités politiques mais reste en contact avec les quelques militants anarchistes qui ne sont pas encore derrière les barreaux. Revenue à Moscou elle trouve encore l’énergie de s’engager dans la campagne de soutien à Sacco et Vanzetti. A cette occasion, les dirigeants du Parti Communiste montrent de quel cynisme ils sont capables. Après l’exécution de Sacco, le gouvernement invite sa femme à venir séjourner en URSS. Dans le même temps, un grand nombre de ceux qui partagent les opinions des deux martyrs croupissent dans les prisons d’URSS ! A titre de consolation sans doute, Staline baptise « Sacco & Vanzetti » une usine fabriquant des stylos et des crayons dans la banlieue de Moscou, histoire que les petits écoliers soviétiques n’oublient pas ces grands héros de la classe ouvrière. Parallèlement à cette campagne, Olga Taratuta se démène en vue d’organiser une protestation internationale pour la libération des camarades emprisonnés en URSS. On se doute que cette attitude ne plait pas aux autorités. Elle se retrouve à nouveau embastillée en 1929 ; cette fois, la tchéka l’accuse de vouloir organiser des cellules anarchistes parmi les cheminots.

 Sa vie continue ainsi, cahin-caha, d’arrestation en libération, jusqu’en 1937. Cette fois, le pouvoir semble décidé à en finir avec cette empêcheuse de réprimer en paix. Elle habite Moscou et travaille dans une usine métallurgique. Comme indiqué au début de cette chronique, elle est arrêtée le 27 novembre 1937, sous l’inculpation de menées anarchistes et anti-soviétiques, jugée et fusillée le 8 février 1938. Ainsi se termine, de façon tragique, la vie de la babushka des anarchistes russes. Contrairement à d’autres, elle a laissé peu de « traces » dans l’histoire, parce qu’elle était avant tout une militante : point de « mémoires » ou de « traité philosophique ». Elle écrivait cependant beaucoup et à plusieurs reprises au cours de sa vie aventureuse elle a exercé le métier de journaliste. Il est fort probable que si sa correspondance avait été conservée, on aurait pu y découvrir une moisson de détails intéressants sur le régime soviétique notamment et les conditions de vie imposées à la population rurale d’Ukraine, sa région natale. Ce n’est pas le cas, mais cette absence d’écrits n’est pas une raison pour l’oublier. Elle fait partie de cette cohorte de presque anonymes qui se sont battus avec courage pour leurs idées. Le nombre d’adversaires qu’ils avaient à affronter, de gauche comme de droite, ne manque pas d’impressionner. Ainsi que je l’ai évoqué au cours de cette chronique, je vous parlerai d’ici peu d’une autre militante, allemande cette fois-ci, Zenzi Mühsam, qui, elle, a côtoyé les camps de concentration nazis avant de faire un long séjour au goulag.

Sources documentaires : sur internet, le dictionnaire des militants anarchistes, le blog libcom.org – Nombre de ces sites font en fait référence au livre de l’historien Paul Avrich, « les anarchistes russes » – J’ai consulté également la brochure « Répression de l’anarchisme en Russie », traduite en français par Voline en 1923 -
Photos : le cliché figurant en tête de cette chronique est le seul portrait connu d’Olga Taratuta. Elle figure sans doute sur d’autres photos de groupes, mais ses traits sont difficiles à identifier.
Remarque : les éléments biographiques pour cette chronique ont été difficiles à rassembler. Au cas où vous constateriez une erreur quelconque, merci de me la signaler !

 

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14février2013

Bourrage de crâne : la méthode fonctionne toujours très bien

Posté par Paul dans la catégorie : Humeur du jour; Vive la Politique.

La preuve (une parmi d’autres) ? «Selon un sondage CSA, 60% des Français considèrent que le report à 65 ans de l’âge légal de départ à la retraite, contre 62 ans prévu par la réforme de 2010, sera à terme nécessaire.» A force d’entendre marteler toujours le même discours monolithique par les économistes agréés qui sévissent à longueur d’émissions dans les médias dominants, l’idée s’installe peu à peu qu’il n’y a pas d’autres solutions que de travailler jusqu’à l’épuisement ou, ce qui est plus probable, de se contenter d’une pension de survie. De même qu’il n’y a pas d’autres solutions que l’intervention française au Mali, la baisse des salaires, la mort des CDI, la fermeture des usines… «Il va falloir se serrer la ceinture !» nous annoncent posément ceux qui ont suffisamment de crans de réserve pour n’avoir que peu d’inquiétude pour les lendemains qui déchantent. On peut certes discuter de la validité des sondages, et du sens que l’on peut mettre derrière les réponses (« nécessaire » ne signifiant pas « accepté » mais seulement qu’on n’a pas le choix parce qu’on ne peut pas lutter contre la fatalité…), mais l’instantané correspond quand même assez bien à une opinion qui s’exprime de façon courante. Beau travail messieurs les experts… Certes ce n’est pas nouveau, mais quand même ! En anticipant de plus d’un siècle, l’écrivain Bernard Lazare donnait une assez belle définition de ce prestidigitateur de la statistique qu’est l’expert en économie : «un citoyen patenté qui a la charge pénible, mais fructueuse, de prouver aux pauvres la légitimité et la douceur de leur état.» (citation extraite du roman « Porteurs de torches », écrit en 1897).

Le seul exemple relativement récent que je connaisse d’un bourrage de crâne qui ait dysfonctionné, c’est dans le cas du dernier référendum européen auquel la population française ait été conviée à participer. Pendant des mois, le chœur des journalistes a entonné dans les médias la chanson du « oui, c’est la seule solution ; les électeurs sont des gens sérieux ; le oui va l’emporter ; l’Europe du Capital c’est l’avenir ». Les citoyens ont désobéi ; ce n’est pas grave ; on a décidé à leur place. Cette expérience a été grandement intéressante. Elle a démontré la valeur de l’adage selon lequel « si les élections changeaient quelque chose, il y a longtemps qu’elles seraient interdites ».

 A travers les résultats des élections, des sondages, des micros trottoir, des tables rondes, des interviews, nous montrons à longueur de journée, nous autres citoyens « de base » à quel point nous sommes raisonnables, à quel point nous faisons la sourde oreille aux discours catastrophistes des extrêmes, à quel point, en fait, nous sommes passifs, soumis, et enchaînés au banc de nage sur lequel nous sommes assis pour ramer. Non seulement le bourrage de crâne, le formatage qui se fait de nos cerveaux depuis l’école jusqu’à la file d’attente des caisses des hypermarchés en passant par les heures passées devant le spectacle abrutissant du « petit écran », nous ont convaincus que seuls nos bons maîtres connaissaient la solution ; mais en plus, ils ont réussi à nous enfoncer dans un marécage de passivité dont la consistance évoque celle de la glu arboricole… A quelques soubresauts près, on croirait observer la file des moutons attendant patiemment leur tour devant l’entrée de l’abattoir. J’ai assisté à l’abattage de différents animaux de ferme : la soumission des agneaux à leur futur bourreau m’a toujours impressionné.

Contrairement à ce que le paragraphe précédent laisse supposer, je ne suis pas fondamentalement pessimiste, car les « quelques soubresauts » qui se produisent dans la file d’attente m’intéressent grandement. J’ai suffisamment étudié l’histoire pour me rendre compte que ce sont les responsables de ces mouvements à contre-courant dominant, ces opposants de toujours aux lendemains inéluctables, qui ont influé le cours des événements. Il en sera de même pour les temps présents ; du moins espérons le. N’en déplaise à Monsieur Manuel Valls, la mémoire populaire se souviendra de ceux qui luttent contre les licenciements spéculatifs, que ce soit avec leurs mots ou avec leurs poings, et non de ceux qui les entérinent et ne veillent qu’au maintien de l’ordre en place. Mais il faut reconnaître que le discours ressassé sur l’absence d’alternative, le seul choix raisonnable et autres fadaises, fait quand même des ravages certains jours même dans les esprits les plus combattifs ! On se convainc peu à peu du fait que les choses vont mal tourner, et l’on cherche désespérément des bouts de ficelle, des combines, pour trouver une issue individuelle qui permette de s’en tirer malgré tout.

  Si je m’intéresse au dossier des retraites dans ce billet d’humeur sur le « bourrage de crâne », c’est parce qu’il est très significatif. Le résultat sur la fraction la plus jeune de la population active est particulièrement parlant. Le système de retraite par répartition a été subtilement dénigré pendant ces dix dernières années. Tout en parlant de prendre des mesures pour le sauver, on l’a subtilement torpillé dans l’esprit de ceux qui ne sont concernés qu’à une lointaine échéance. Le discours est habile et jamais global. On ne montre qu’un aspect du problème à la fois dans le trou de la lorgnette. Dans un premier temps, on laisse entendre aux jeunes cotisants ou non cotisants, que de toute façon « ils n’auront pas de retraite » ou que « leur retraite sera d’un montant ridicule ». On leur explique, à grands renforts de schémas, de graphiques et de statistiques, qu’il leur faut épargner dans le privé, construire leur propre réserve (au moins pour assurer une complémentaire substantielle). En parallèle on leur explique que pour « payer la retraite de leurs ainés », il n’y a pas d’autres solutions que d’augmenter les cotisations obligatoires qu’ils paient déjà… ce qui ne leur laisse guère d’opportunité pour une épargne privée… N’importe quel esprit un tant soit peu rationnel, se rend bien compte que les charges qu’on lui prélève chaque mois, sont entreposées dans un panier percé et que l’on ne peut pas cotiser dans deux corbeilles à la fois. Il ne reste plus, dans un troisième temps, qu’à susurrer que les aînés sont des privilégiés, que les pensions sont confortables, que « eux au moins ils en profitent », pour créer dans la population une différenciation malsaine entre les actifs surexploités et les retraités, véritables parasites vivant aux crochets de la société. Certes, comme je l’ai dit plus haut, les idées ne sont pas assénées de façon aussi triviales – nos experts sont trop malins pour cela – mais le résultat est peu ou prou le même. En 2003, l’escroc qui a mis en place le nouveau système de calcul des pensions dans la fonction publique garantissait qu’elles ne seraient plus indexées sur les salaires mais sur l’indice INSEE bidon de l’augmentation du coût de la vie. En janvier 2013, l’un de nos braves ministres « de gauche », laissait entendre que cette indexation coûtait trop cher aux finances publiques. D’ici un an, cette mesure de protection toute relative du montant des pensions aura disparu dans les limbes de l’austérité.
Résultat des courses : les jeunes générations qui réussissent péniblement à trouver une porte d’entrée dans le monde du travail sont convaincues que cette histoire de pensions ne les concerne pas. Il suffit d’ailleurs de voir le public mobilisé lors des manifestations organisées par les syndicats sur la défense des retraites : la moyenne d’âge est plus proche de la cinquantaine que de la trentaine !

 Pas d’autre solution que la hausse des prélèvements, l’allongement de la durée de cotisation et la baisse des pensions versées actuellement ? Mon œil ! Je ne reprendrai pas ici l’argumentaire qui a déjà été exposé à de multiples reprises, ici comme ailleurs… Comment se fait-il que des pays comme ceux de l’Europe de l’Ouest, qui n’ont jamais été aussi riches, ne puissent plus reverser à leurs aînés, de l’argent qui de toute façon leur est dû ? Comment se fait-il qu’on ait pu le faire lorsque ces pays avaient un PIB par habitant beaucoup plus faible et qu’on ne puisse plus le faire maintenant ? La première fois que l’on a parlé de revoir l’âge du départ en retraite c’était en 1983. Depuis, le PIB a progressé de 45 % ! Trop de pensionnés, va-t-on me répondre, et pas assez de cotisants. Certes le pourcentage d’actifs chez les jeunes va en baissant… En Espagne, cinquante pour cent des moins de trente ans sont au chômage… Qui peut considérer comme un argument sérieux le fait que maintenir en activité les travailleurs les plus âgés va résoudre le problème ? Je crois au contraire que les épiciers qui gèrent la boutique sont sacrément incompétents… à moins qu’ils ne veillent qu’à une chose c’est au remplissage de leur propre tiroir caisse plutôt qu’à celui des rayonnages. Ces « costumes-cravate » distingués qui nous affirment, la bouche en cœur, qu’ils veillent au bien-être général, ne s’intéressent en fait qu’au confort du matelas sur lequel eux-mêmes vont s’allonger. C’est logique. Ce qui l’est moins c’est que l’auditoire les approuve, frappe dans ses mains et en réclame une seconde couche.

Magie des sondages, lorsqu’ils font suite à une propagande bien conduite… De même qu’ils sont convaincus que les mesures d’austérité les concernant sont la seule issue à une crise financière avec laquelle ils n’ont rien à voir, nos chers concitoyens ne veulent pas entendre parler du vote des immigrés (qui leur volent déjà leur pain et leur travail), veulent bien que les homosexuels se marient (ça ne mange pas de pain), approuvent que l’on promène nos soldats dans les terres africaines (ça coûte cher mais c’est beau comme un jeu vidéo)… Ils sont consternés par tout un tas de choses, concernés par d’autres, mais souhaitent surtout que les coupures de courant (la neige c’est la faute des fonctionnaires) ne leur fasse pas rater « questions pour un champion », « plus belle la vie », « un dîner presque parfait » ou « C à vous », toutes ces émissions de télé profondément éducatives sans lesquelles on se sent un peu perdu face à l’adversité du quotidien.

 Il y a du travail à faire pour déblayer toutes ces idées reçues, tous ces comportements de soumission et pour trouver la plage sous les pavés. Chaque idée à contresens, chaque geste de révolte, chaque grain de sable que l’on réussit à insérer dans la machine a son importance. Dans une foule rassemblée, silencieuse, entièrement vêtue de gris, les premières personnes sur lequel le regard de l’observateur s’attarde, ce sont celles qui ont poussé l’audace jusqu’à mettre un bonnet rouge. Ni le bruit des bottes, ni le silence des pantoufles ne doivent obstruer notre horizon. Nous avons trop d’espoirs en nous pour nous contenter d’un avenir géré par les technocrates ou pour accepter le retour des fantômes du passé ; trop de colère aussi pour que les mêmes guignols continuent de nous mener par le bout du nez vers l’abattoir. Il y a un siècle, un siècle et demi, beaucoup de nos anciens pensaient que la société pouvait changer radicalement. Ils nous ont ouvert la voie ; nous avons du retard sur leur programme ! Il va falloir mettre les bouchées doubles ! Il serait intéressant que notre belle jeunesse sache que « Louise Michel » ce n’est pas le nom d’un groupe de musiciens de rap peu connus. Il n’y a aucune raison sérieuse, autre que la règle falsifiée du jeu actuel, pour que ceux qui s’insèrent dans le monde du travail en 2013 ne voient pas leur semaine de travail diminuer, qu’ils ne partent pas à la retraite ou ne bénéficient pas au moins d’un temps partiel à 50 ou 55 ans, et que la pension qu’ils toucheront ne leur permette pas de vivre correctement. Il est parfois bon d’entonner une autre ritournelle que la scie que nous diffusent actuellement les éléphants assis au poste de commandement. A bon entendeur salut, on en reparle dans… 30 ans.

D’ici là je vous laisse avec les papouilleries et autres lasagneries du moment. Un célèbre dicton charbinois : « Lorsqu’un petit nuage sort des fumées du Vatican, il faut faire attention, ce sont les lasagnes à la viande pourrie qui brûlent.. »

NDLR – A lire pour compléter, le « petit cours d’autodéfense intellectuelle » de Normand Baillargeon aux éditions Lux, et (si vous ne l’avez pas encore fait), « les petits soldats du journalisme » de François Ruffin aux éditions Les Arènes.

 

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8février2013

Au temps où le chemin de fer de l’Est lyonnais venait jusqu’à notre porte…

Posté par Paul dans la catégorie : dans un panache de fumée; tranches de vie locale.

Une histoire du passé pour promouvoir un projet d’avenir

Les quelques faits que je vais vous conter, collectés dans la mémoire familiale ainsi que dans quelques ouvrages d’histoire locale, datent d’un siècle environ, parfois moins, et permettent de se rendre compte à quel point notre monde a changé, en bien comme en mal. Ne voulant point passer pour un chantre du « c’était mieux avant », je conclurai en évoquant les projets qui trainent dans les cartons, pour rétablir, partiellement au moins, ce que le règne triomphant du transport routier a totalement défait. Il s’agit certes d’une histoire locale, mais qui témoigne de l’enthousiasme qui accompagna le développement spectaculaire du chemin de fer au tournant entre le XIXème et le XXème siècle.

 Lyon est une ville ancienne qui a pleinement bénéficié de la révolution industrielle du XIXème siècle. La multiplication des fabriques a entrainé un développement démographique rapide et les communes avoisinantes ont été rapidement phagocytées par la banlieue en pleine croissance. Dans un premier temps, les infrastructures ferroviaires ont suivi le mouvement. A la fin du XIXème siècle, le chemin de fer était le seul moyen rationnel permettant le déplacement rapide, non seulement d’une ville à l’autre, mais également du centre vers la périphérie et vice-versa. Le besoin de construire une ligne desservant l’Est et le Sud-Est de l’agglomération lyonnaise, la région du Bas-Dauphiné, est vite devenu une nécessité. A la fin du XIXème siècle, la France se couvre d’un réseau de voies ferrées construit en étoile autour de la capitale dans un premier temps (centralisme oblige) puis investissant, telle une toile d’araignée, les régions les plus reculées (voir cartes dans un article plus ancien sur ce sujet). Dans la banlieue Est de Lyon, les industries métallurgiques et chimiques sont nombreuses. Dans le Bas-Dauphiné, ce sont les industries textiles et l’envoi des denrées agricoles sur le marché lyonnais qui requièrent un réseau de transport performant. Une première ligne reliant Lyon à Grenoble est construite entre 1857 et 1862.

Dès 1865, les frères Mangini déposent une demande de concession d’un chemin de fer entre Lyon et le petit village de Trept, première étape d’une voie qui continuerait ensuite vers St Genix-sur-Guiers et Chambéry. Cette ligne permettrait, dès son achèvement, d’établir une liaison vers l’Italie, et vers la Suisse. A l’appui de leur demande, les frères Mangini font valoir les multiples intérêts du premier tronçon de leur projet. La voie ferrée permettrait une diffusion rapide des métiers à tisser dans les campagnes (main d’œuvre abondante, notamment à la mauvaise saison, et peu coûteuse) ; elle permettrait de transporter vers le centre ville les pierres des carrières situées le long du Rhône, pratiquement toutes utilisées dans l’agglomération lyonnaise… Argument choc pour conclure leur argumentaire : « Les relations ferroviaires apportent toujours, dans une région, les éléments de civilisation ». Le projet Mangini, soutenu par le département de l’Isère mais refusé par celui du Rhône est abandonné… mais pas l’idée. Les deux frères se consacrent à la construction du « chemin de fer de la Dombes » entre Lyon et Bourg en Bresse…

 En 1869, c’est au tour d’un Lyonnais, l’ingénieur Eugène Bachelier, constructeur mécanicien, de déposer une demande de concession. L’affaire traine en longueur, populations et élus s’impatientent. Un professeur d’histoire au lycée de Lyon, Mr Perrin, se fait l’avocat de ce projet : il écrit à l’empereur Napoléon III pour insister sur l’importance pour la population dauphinoise d’être enfin reliée à la métropole lyonnaise. Encore une fois l’idée d’une grande liaison de Lyon jusqu’à l’Italie via la plaine dauphinoise et le Mont Cenis est mise en avant. Le laudateur du projet insiste sur les bienfaits qu’apporterait la liaison ferroviaire aux petites villes qu’il traverserait. Il cite en exemple Crémieu, important bourg commerçant dans les temps anciens, qui a complètement périclité depuis la révolution : «Crémieu, ville morte s’il en fut jamais, pourrait, contrairement à d’autres que le chemin de fer a tuées, espérer de celui-ci une véritable résurrection…». Argument suprême assené à la fin de la plaidoirie : «La voie ferrée serait de gros rapport ayant à transporter de nombreuses marchandises lourdes et beaucoup de voyageurs». Il est fort probable que les appuis financiers et politiques dont dispose Mr Bachelier pèsent sans doute plus sur la balance que la rhétorique professorale. En tout cas, l’ingénieur obtient sa concession. Il ne lui reste plus qu’à finaliser le projet et à trouver les capitaux pour le financer.

 L’étude du tracé de la voie va prendre un certain temps. La traversée des zones rurales ne pose pas trop de problème, à partir du moment où il est établi que le train ne longera pas les routes existantes mais disposera de son propre parcours. Ce qui prête à de nombreux débats, c’est l’établissement de la gare de départ à Lyon. Faut-il ou non prévoir un raccordement avec les lignes d’intérêt national du PLM, et greffer la nouvelle voie sur celles déjà existantes, ou prévoir une gare complètement indépendante, ce qui limite l’impact du tracé dans la zone urbaine ? Comme dans la plupart des autres projets, les autorités militaires interviennent lourdement dans le débat. L’Etat-Major souhaite que les différentes liaisons soient connectées les unes aux autres, aux deux extrémités du parcours choisi. Même si j’ai insisté dans un premier temps sur la facilitation du trafic voyageur et du transport des marchandises, il ne faut pas oublier la dimension stratégique fondamentale du projet de développement du chemin de fer en France (comme dans tous les autres pays d’ailleurs). Les militaires n’ont pas oublié les leçons de la Commune de Paris, et si le réseau de voies a été construit en étoile autour de la capitale et des autres grandes villes, ce n’est pas uniquement pour un motif politique ou décoratif. L’Etat-Major souhaite pouvoir déplacer rapidement les troupes nécessaires d’une région à l’autre, en cas de soulèvement populaire. La France est – ne l’oublions pas – majoritairement rurale à cette époque-là, et c’est dans les campagnes qu’il faut pouvoir mobiliser les conscrits rapidement pour les amener sur les lieux d’affrontement (internes ou externes au pays, selon les cas).

 Il est donc décidé que la nouvelle ligne du CFEL rejoindra le réseau du PLM à la gare de marchandise de Lyon Part-Dieu. Un bâtiment dédié sera construit juste à côté des édifices déjà existants. Les militaires exigent que le bâtiment soit de construction légère, afin d’être facilement destructible par les batteries de canon du fort voisin. Pour qu’il n’y ait pas de problème particulier pour effectuer ce raccordement, les trains circuleront sur une voie de largeur normale. Dès qu’il obtient la concession définitive, Monsieur Bachelier cède ses droits à une compagnie basée à Bruxelles, la « Société anonyme belge de Chemins de fer ». Cette société exploite déjà plusieurs lignes d’intérêt local en France, et contrôle partiellement la société de constructions métallurgiques qui se chargera de construire les premières locomotives du réseau. La Société anonyme du Chemin de Fer de Lyon est officiellement constituée le 25 février 1878. En bon capitaliste, Monsieur Bachelier ne disparait cependant pas du projet, puisqu’il devient l’un des actionnaires importants de la nouvelle S.A. La ligne à construire ne mesure que 72 km de liaison et n’est gênée par aucun obstacle naturel majeur. Les travaux demandent quand même trois années. Le premier train circule officiellement le 9 octobre 1881 et l’ouverture au public a lieu le 23. Deux embranchements d’intérêt local lui seront adjoints par la suite. Les diverses liaisons construites par la compagnie PLM (Paris-Lyon-Marseille), ainsi que plusieurs petites lignes de tramways ruraux à voie étroite viennent compléter ce quadrillage. A la fin du XIXème siècle, pratiquement toutes les communes importantes de notre région sont reliées par transport ferroviaire aux centres urbains de Lyon et de Grenoble. Cet âge d’or va durer jusque dans les années 1930. La concurrence de la route, définitivement établie à ce moment-là, provoquera alors un vaste mouvement de démantèlement de ce réseau remarquable. La toile d’araignée rétrécit et devient une véritable peau de chagrin.

 Jusqu’à la guerre de 1914-918, le trafic se développe de façon constante et la compagnie augmente le nombre de rames voyageurs et marchandises en circulation. Quelques accidents se produisent mais rien de bien catastrophique. La compagnie est si prospère qu’en 1909 elle négocie à nouveau pour obtenir la concession St Genix – Chambéry qui lui a été refusée auparavant. Les affaires sont en bonne voie : la déclaration de guerre en août 1914 oblige les ingénieurs à remettre leur projet dans les cartons. Nombreux sont les utilisateurs du petit train de l’Est, dans les années qui précédent la grande guerre. Les preuves ne manquent pas à l’appui de cette assertion : statistiques, publicité dans les journaux, cartes postales… Plusieurs courriers trouvés dans les archives familiales en témoignent. Mes grands-parents, domiciliés à Crémieu, s’en servent pour venir en visite dans la ferme dont s’occupent encore mes arrière-grands-parents. Ils rentrent en rapportant avec eux quelques bonnes provisions de la campagne. Lorsque mon grand-père est mobilisé, en 1914, ma mère effectue de nombreux séjours à la ferme. Pendant les années de guerre, le trajet n’est pourtant ni facile, ni rapide. Les pannes sont fréquentes ; le personnel, envoyé en partie sur le front, manque ; les besoins militaires sont servis en priorité. Heureusement pour la jeune voyageuse, la gare du village ne se trouve qu’à deux kilomètres environ et la marche à pied ne fait peur à personne ! Lorsque mes arrière-grands-parents disparaissent, leurs héritiers conservent la ferme, la louent, mais se réservent une partie du logement où ils viennent séjourner de temps à autre. Pendant de nombreuses années après guerre, le déplacement d’un lieu de vie à un autre se fait encore par le train. Les premières voitures sont coûteuses et les gens peu fortunés n’ont pas les moyens d’en acheter.

 Mémoire familiale encore… La gare du village est parfois le théâtre de scènes pittoresques, résurgences d’un passé qui n’est peut-être pas si lointain que ça. Raconté par ma mère cela donnait ce genre d’histoire sur laquelle je prends bien sûr plaisir à broder un peu à mon tour : Madame la comtesse, toute de blanc vêtue, descendait de sa voiture de première et montait dans sa calèche. Avant de se rendre au château qu’avait acheté son époux, elle aimait parcourir la campagne avoisinante, au trot reposant de son attelage. Elle pouvait ainsi juger, par elle-même, de la progression de certains travaux et s’enquérir de la santé des manants du lieu. Les températures étaient si élevées pendant l’été à Cannes qu’il était bien agréable de venir se rafraîchir pendant quelques mois, dans nos campagnes verdoyantes. Vous me direz que finalement cette noble dame se mêlait ainsi au populaire dans les transports en commun alors qu’elle aurait pu profiter des commodités d’une berline vrombissante. Le trafic voyageur s’interrompit sur la ligne, quelques années plus tard, et c’est probablement ce qu’elle aurait dû faire si son notable de mari avait conservé la propriété de la demeure… Mais le château changea de propriétaire en 1920 et cela marqua la fin de sa période de splendeur. Madame Capron, femme du célèbre maire de Cannes, n’était bien entendu « comtesse » que dans la mémoire de ma mère, mais cela en dit long sur l’image qu’avaient d’elle les gens du cru ! Dans la mémoire locale, on évoque, à propos des réceptions données par les Capron, la dernière phase de rayonnement du château, avant une lente décrépitude !

 Les années trente sont passées par là et la compagnie a dû faire face aux premières difficultés importantes. Les autocars ont remplacé les autorails dans le cœur des voyageurs. Pourtant la ligne s’est agrandie : de 72 km, elle est passée à 125 km de longueur avec les nouveaux embranchements. L’équipement roulant est modernisé, bien que les départements concernés, l’Isère comme le Rhône, rechignent à payer. La voie ferrée Lyon-St Genix est l’une des premières à bénéficier d’une signalisation lumineuse automatique, et d’un « block-système » pour la sécurité des trains (dès 1920). Le trafic voyageur, devenu totalement déficitaire, est interrompu en 1938. En raison de la guerre, il redémarre entre 1939 et 1944 puis s’interrompt à nouveau et de façon définitive lorsque les autocars sont à nouveau en mesure de prendre le relai (un million de voyageurs empruntent la voie ferrée en 1944 ce qui n’est quand même pas rien !). Le trafic marchandises se poursuit après la fin de la seconde guerre mondiale, mais certaines sections de voie sont peu à peu abandonnées. Seuls circulent encore, dans les années 60, les convois transportant le charbon dans un sens et le ciment dans l’autre, pour les usines Vicat de Montalieu. Le 31 décembre 1976 la Société anonyme cesse d’exister (fin de la durée prévue par la loi) et la concession aussi. En septembre 1981 on fête le centenaire de la ligne. Le 25 juin 1987, un dernier train circule. Le chemin de fer de l’Est lyonnais a vécu. La trace qu’il laissait dans le paysage a disparu en de nombreux endroits.

 Depuis que les trains ont cessé de rouler, bien des événements se sont produits. La voie a été totalement démontée après Crémieu ; les bâtiments ont été vendus ; l’emprise de la voie sur les terrains n’est plus visible que dans les endroits où des terrassements considérables ont dû être effectués. Il est trop tard pour espérer un quelconque avenir à ce tronçon. Entre Lyon-Est et Crémieu par contre, le tracé est resté visible et l’emprise de voie appartient toujours à la collectivité. Pour faire face à l’accroissement du trafic automobile qui occasionne de nombreux bouchons à l’entrée de Lyon en matinée comme en soirée, une association, regroupant entre autres les élus des communes concernées, met en œuvre tout ce qui est dans ses moyens pour que l’ancien chemin de fer soit réhabilité. Selon les études qui ont été réalisées, il serait envisageable d’utiliser l’ancienne voie du CFEL pour prolonger l’une des lignes du tramway lyonnais jusqu’à Crémieu. Idée intelligente s’il en est… Utiliser ce qui existe déjà, plutôt qu’ajouter sans cesse de nouvelles bretelles d’autoroute, de nouvelles voies, au détriment des terres agricoles dont la superficie dans le Sud-Est de Lyon se rétrécit comme une peau de chagrin. La ligne de tram qui circule jusqu’à l’aéroport Lyon Saint Exupéry, utilise déjà partiellement le tracé de l’ancien CFEL pour sortir de l’agglomération lyonnaise. Espérons que ces voix raisonnables seront entendues. Certains élus ayant compris que l’avenir de l’automobile en milieu urbain était de plus en plus compromis, il faut espérer qu’une suite positive sera donnée à ce projet.

NDLR – illustrations – les vues anciennes proviennent soit de Wikicommons, soit des archives personnelles de l’auteur (cartes n°1, 6 et 7).
documentation – principaux ouvrages consultés : « Le chemin de fer de l’Est de Lyon » de H. Domengie, Y. Alquati, M. Moulin et B. Roze, aux éditions du Cabri (1996) – « Le chemin de fer de l’Est de Lyon » de M.A. Capron (Les études rhodaniennes – 1948)

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30janvier2013

Oncle Paul raconte « Oncle Paul »

Posté par Paul dans la catégorie : les histoires d'Oncle Paul; Petites histoires du temps passé.

De l’origine dans le temps du nom d’une série de mes chroniques…

Il est clair que l’Oncle Paul le plus célèbre – bien plus que son modeste cousin de la Feuille Charbinoise – est celui qui racontait de « vraies histoires » dans le magazine « Spirou ». Ce personnage mythique est associé souvent au dessinateur belge Eddy Paape, décédé en 2012. Ce que l’on sait moins c’est que si la série des histoires de l’Oncle Paul a duré si longtemps dans ce journal, c’est que d’autres dessinateurs et scénaristes y ont été associés. Ce que l’on sait encore moins c’est que le premier Oncle Paul conteur de belles histoires était en fait le naturaliste Jean Henri Fabre. Il avait créé ce personnage pour le besoin de la rédaction de ses premiers livres pédagogiques destinés aux enfants et aux adolescents. Ces ouvrages furent réédités jusque dans les années 30 et firent les délices de plusieurs générations de jeunes lecteurs. Une petite recherche sur le web permettra de compléter ce bref historique, en ajoutant d’autres auteurs qui se revendiquent plus ou moins clairement de ce tonton narrateur de faits divers historiques, ayant pour héros des personnages hauts en couleur mais d’une bonne moralité à toute épreuve.

 Soyons clair, ma référence à cet Oncle Paul héros de BD n’est que sentimentale. Je n’adhère en rien (ou presque) au caractère hautement vertueux de ses récits et à l’ambiance un peu trop « travail, famille, patrie » qui en caractérise un certain nombre. Je dois reconnaître cependant que, grand lecteur du journal Spirou dans mon enfance, j’ai toujours été fasciné par les histoires complètes qui étaient publiées dans chaque numéro. Leur thématique était extrêmement variée, puisque l’on passait, sans transition, d’un preux chevalier partant en croisade au Moyen-âge, à l’épopée de touristes emportés par des morceaux de glace non loin des chutes du Niagara, en atterrissant la semaine d’après sur le valeureux soldat américain ayant fait plus d’une centaine de prisonniers à lui tout seul pendant la guerre de 1914. Nombreuses étaient également les évocations relatives aux deux guerres mondiales. Les personnages clés de ces récits sont choisis pour leur courage, leur dévouement, leur grandeur d’âme… Nulle place n’est réservée aux gueux, aux révolutionnaires ou aux aventuriers sortant un peu trop des normes. Mon Oncle Paul fantasmé aimerait – lui – vous parler de ceux qui ont toujours été opprimés et ont combattu contre l’oppression : des déportés de la Commune, aux combattants des barricades de Barcelone, en passant par toutes ces femmes qui ont essayé de trouver une place dans une histoire dominée par des héros masculins. Là aussi avec des réserves… Tous les combats n’attirent pas mon attention et, entre une Jeanne d’Arc et Louise Michel, par exemple, mon clavier n’hésite guère ! J’aurais aimé entendre cet Oncle Paul-là raconter les mésaventures du mathématicien anglais Turing, l’un des génies scientifiques de ce siècle, persécuté par le gouvernement pour son homosexualité… Cela ne m’aurait pas déplu que figurent en bonne place les fusillés pour l’exemple de 1917, à côté des Guynemer et autres Baron Rouge…

Quand je liste les chroniques que je me suis amusé à placer dans cette catégorie onclepaulesque, je pousse un soupir de soulagement : mon choix est à peu près conforme à ce que j’énonce. Je m’aperçois aussi que nombre de « mes pages de mémoire » feraient d’excellents articles pour l’Oncle Paul. La BD de Spirou avait besoin de héros : chaque histoire devait être personnalisée. Ce n’est pas le cas de ce que je veux raconter… Bien souvent, on ne peut pas faire référence à un personnage central : un récit est alimenté par une succession de héros anonymes et cela ne lui enlève aucune valeur, bien au contraire…

 Les « histoires vraies d’Oncle Paul » font leur apparition dans le journal « Spirou » en 1951. Leur créateur est le scénariste Jean-Michel Charlier. Les dessins sont l’œuvre d’Eddy Paape. Le tout premier récit est intitulé « Cap Plein Sud ». A partir de 1953, seront édités des albums qui regroupent par série les histoires publiées dans le journal. Ces recueils sont très recherchés par les collectionneurs et il est rare d’en trouver en bon état ! Dès le début, Eddy Paape et Charlier ne sont pas les seuls  auteurs du savant tonton. Dès le premier album publié, intitulé « Barbe-Noire », on trouve les signatures de futures célébrités, notamment René Follet et René Goscinny. Nombreux sont ceux qui interviendront par la suite : Mitacq, le créateur de « la patrouille des Castors », Gérald Forton (Bob Morane), Hermann (Jeremiah), Jean Graton (Michel Vaillant)… Dans les années 60, Eddy Paape se brouille avec l’éditeur de Spirou (Dupuis) et passe à la concurrence, dans le journal Tintin. Cela n’empêche pas la série de continuer dans Spirou jusque dans les années 70, puis sa parution devient moins fréquente avant qu’Oncle Paul ne disparaisse des colonnes de l’illustré dans les années 80. Depuis 2009 une partie des récits (ceux qui sont rédigés par Octave Joly) sont publiés à nouveau par l’éditeur « La Vache qui médite ». Malgré ce défilé de signatures célèbres, que ce soit pour les dessins ou le scénario, le personnage d’Oncle Paul reste associé à Eddy Paape dans l’esprit de nombreux lecteurs. En contrepartie, on oublie souvent les autres séries qu’il a créées ou auxquelles il a collaboré, notamment « Luc Orient » ou « Marc Dacier ». Pour votre culture personnelle, sachez que Franquin, Will, Jijé, Peyo et Morris (entre autres) sont issus de la même école belge que lui. Eddy Paape est décédé le 12 mai 2012 à Bruxelles.

 Petit bond en arrière dans le temps pour vous parler, ou plutôt vous reparler – puisque je lui ai déjà consacré une chronique – du précédent Oncle Paul et de son créateur, Jean Henri Fabre. Là aussi, le contenu des récits est intéressant mais un peu trop limité dans son rayonnement. J’aurais préféré, comme parrain, un Elisée Reclus capable de vagabonder d’un sujet à un autre sans oublier une dimension humaine omniprésente. Mais ne boudons pas notre plaisir : il y a dans « la science de l’Oncle Paul », de beaux passages et de belles images. Fabre est un observateur passionné de la nature. Comment peut-on ne pas l’être d’ailleurs quand on est capable de consacrer plus de 3000 pages à l’étude des mœurs des insectes (« souvenirs entomologiques »), dont près d’une trentaine au seul scarabée « bousier »… Que trouve-t-on alors dans ces récits que l’Oncle fait à ses neveux ? De nombreuses disciplines scientifiques sont abordées : la minéralogie, la botanique, l’astronomie, la chimie… Survivance ultime d’une époque où les « savants », dans leur quotidien, côtoyaient aussi bien la Grande Ourse, le Vésuve, les pommes tombant des arbres ou les secrets des alliages minéraux les plus complexes.
Le volume de « La Science » que j’ai sous les yeux est édité chez Delagrave en 1926. L’auteur est décédé depuis 1915. Il s’agit d’une compilation de textes plus anciens. Le premier ouvrage faisant référence à « Maître Paul » s’intitule « La Chimie de l’Oncle Paul » et date de 1881. Il a été suivi par « Simples récits sur la science » qui date de 1889. Revenons à cette « Science de l’Oncle Paul » : le ton paternaliste de l’introduction m’énerve un peu, mais le contenu des chapitres suivants beaucoup moins. Je ne me reconnais guère dans cet Oncle Paul « excellent homme, craignant Dieu, serviable pour tout le monde, bon comme le pain » pour lequel « tout le village a la plus grande estime ». Le seul élément du portrait qui me conviendrait à peu près serait résumé par « il faut vous dire que l’Oncle Paul sait manier la charrue aussi bien que le livre », tant je ressens le besoin, tout au long de mes journées, de varier les activités et d’exercer mes mains autant que mon intellect… Les histoires sont courtes et tous les événements qui surviennent dans la vie familiale sont l’occasion d’apprentissages modestes mais ô combien efficaces… Il n’y a pas meilleure occasion pour parler du fonctionnement des pistons dans le moteur que lorsqu’on met la main dans le cambouis. Freinet, qui préconisait de sortir des quatre murs de la classe aussi souvent qu’on le pouvait, avait bien compris cette dynamique essentielle. La graine ne germe que dans une terre fraichement labourée et la motivation est le principal engrais de l’apprentissage.

 Les thèmes abordés dans les récits sont, comme je vous l’ai dit, variés.On sent quand même la fascination du chercheur pour les insectes : ses neveux fictifs sont instruits du fonctionnement de la fourmilière, de la nidification de l’épeire, ou de la génèse des papillons. Le chapitre 32, consacré à l’ortie et à ses mérites, plairait beaucoup à nos modernes écologistes jardiniers. Les histoires s’enchainent presque naturellement : les poils urticants de l’ortie évoquent ceux de la chenille processionnaire : « Mais voilà un mot qui appelle une histoire… » Le tonnerre, les éclairs et une pluie violente viennent troubler la sérénité de cette après-midi studieuse et obligent nos jeunes apprentis à se mettre à l’abri. Ce n’est point un problème pour le pédagogue qui enchaine sur l’orage, l’électricité et les travaux de Benjamin Franklin. Les dialogues entre le maître et ses élèves donnent le ton de l’ouvrage : Emile, Jules et Claire vont d’émerveillement en émerveillement. Quant à l’Oncle il ne manque pas de ponctuer ses récits de quelques sentences morales bien dans le ton de l’époque. Il y a donc une certaine filiation entre ces deux ancêtres célèbres, celui de Fabre et celui de Paape et Charlier.

 Ces deux là sont ils les deux seuls représentants de leur espèce ou ont-ils des descendants ? Le meilleur moyen de faire un peu de généalogie est de regarder ce que nous proposent les moteurs de recherche sur la toile. J’ai donc poursuivi ma petite enquête… L’une de mes premières découvertes, c’est un blog intitulé « les lectures de l’Oncle Paul« , dont l’animateur est Paul Maugendre. Ce site se présente comme une « petite encyclopédie de la littérature populaire », une accroche qui devrait me plaire d’autant qu’un superbe décor de bibliothèque ancienne orne le bandeau de la page d’accueil. Dans les dernières chroniques, les seules que j’ai vraiment pris le temps de lire, les références au roman policier sont nombreuses mais d’autres genres littéraires sont abordés. Les notes de lecture concernant « Colère en Louisiane », me donnent très envie de découvrir ce livre… Ce blog très intéressant ne publie pas que des fiches de lecture mais fait souvent place aux événements d’actualité : salons, expos, concours… Bref, il s’agit là d’un outil tout à fait intéressant pour les amateurs de ce genre de lecture, même si j’ai des doutes sur le fait que cette sélection eut été celle de l’Oncle Paul des origines ! Le rythme de publication est aussi intense que sur « Actu du Noir » que je fréquente assidument. Je n’ai pas vraiment trouvé de références à la « littérature populaire » des origines. Il ne s’agit donc nullement d’un blog qui se prétend exhaustif,  ce qui friserait le prétentieux si c’était le cas. En résumé, une belle découverte sur laquelle je reviendrai sûrement dans mon « bric à blog » futur…

La suite de ma recherche est moins convaincante : un téléfilm de Gérard Vergez, en 2000, un autre de Marcel Moussy en 1978, une pièce de théâtre d’Austin Pendleton, mais l’on s’écarte de mon champ d’investigation. Si l’on ajoute une librairie de l’Oncle Paul à Paimpol, d’ouverture récente, je pense avoir fait à peu près le tour de la question… Il ne me reste plus qu’à faire de « mon Oncle Paul à moi », un descendant, non pas conforme au portrait de ses ascendants, mais conforme à l’image quelque peu singulière que je m’en fais : un Oncle Paul pour les Bourses du Travail ou pour les causeries estivales, sous l’ombre d’un tilleul, au milieu des ami(e)s.

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24janvier2013

bric à blog verglacé

Posté par Paul dans la catégorie : Bric à blog.

Le deuxième « bric à blog » du mois ! C’est du surmenage… Vous croyez qu’il y en aura un en février ?

Le deuxième bric à blog de ce mois-ci va avoir du mal à échapper à l’actualité et risque donc d’être plus politique que jamais… Mariage pour tous, guerre au Mali, licenciements en série, 2013 débute très fort, maintenant qu’on a échappé temporairement à la fin du monde. Désolé pour la frange de mon électorat qui ne s’intéresse qu’aux liquidambars, aux chansons populaires et aux recettes de tartiflette. Malgré le verglas, on va voyager. Cela ne nous empêchera pas de revenir plus tard aux plaisirs terrestres.

 Sur le mariage pour tous, et surtout sur la PMA, quelques liens qui ont le mérite d’ouvrir le débat de façon intelligente et de faire entendre un son de cloche légèrement différent de ce que l’on entend actuellement que ce soit du côté des jupes plissées et chemises blanches, ou celui des chevelus barbus. Le premier texte provient d’un blog du Monde intitulé « Droits des enfants ». Le second provient du blog de Fabrice Nicolino et reprend un éditorial de la revue l’Ecologiste. Encore une affaire pour laquelle la position « mitigeur » du robinet ne semble pas fonctionner. L’eau est soit froide, soit chaude et on ne tient pas compte de toutes les mains qui passent sous le robinet. La position de la Ligue des Droits de l’Homme, exprimée dans un texte intitulé « La République, c’est pour toutes les familles« , me paraît une réponse équilibrée aux inquiétudes intelligentes exprimées dans les deux premiers articles cités. Je vous propose les liens vers ces différents articles, non parce que j’adhère entièrement aux propos de ceux qui les ont rédigés, mais parce qu’ils me paraissent fournir des éléments de débats, relativement dépassionnés et donc propices à la réflexion.
J’avoue, très honnêtement, avoir du mal à élaborer une position aussi tranchée que celle exprimée par certains, même s’il est clair que je rejette en bloc l’hypocrisie des conservateurs de tout poil qui ont défilé un certain dimanche. Quels sont les facteurs qui m’amènent à nuancer mon discours ? Je pense qu’il y a principalement deux raisons que je vais essayer d’expliciter sommairement.

 D’une part le mariage n’a jamais constitué, à mes yeux, un enjeu digne d’intérêt, mais je comprends tout à fait que l’ensemble d’une population veuille bénéficier des mêmes droits – c’est bien le minimum exigible. Je ne vois aucun problème non plus en ce qui concerne l’éducation des enfants par un couple homosexuel… Je dirai même – en me plaçant du point de vue de l’enseignant que j’ai été pendant longtemps – que cela ne peut être pire que dans nombre de ces couples hétérosexuels que l’on nous cite sans arrêt en exemple. Il semble souhaitable en tout cas que l’enfant, dans son intérêt, puisse bénéficier pour son éducation de « référents » nombreux en dehors de ses parents génétiques. Une vie familiale, intelligemment organisée, en réseau ou en communauté, peut permettre de contrebalancer les carences éducatives de la cellule familiale classique, et autorise la personne centrale du débat, l’enfant, à avoir le choix de la ou des personne(s) avec lesquelles il désire avoir une relation privilégiée.
D’autre part, l’adoption pose un certain nombre de problèmes, souvent esquivés, et ce quel que soit le sexe des adoptants. On ouvre à l’occasion de la polémique que suscite le texte de loi en cours d’élaboration, un débat qui couvre une champ beaucoup plus large et qui aurait mérité d’être ouvert depuis longtemps et pour l’ensemble des publics concernés par la question. J’y reviendrai plus en détail un jour, quand mes propres idées seront un peu plus limpides.  Je suis très sensible au discours selon lequel l’enfant ne doit pas être considéré comme un bien marchand, que l’on acquiert, au même titre qu’une voiture ou un écran plat, pour combler le désir individuel et social de constituer une cellule familiale épanouie… Je me méfie aussi beaucoup des références constantes à la « Nature » avec un grand N… Les décisions qui ont été prises en s’y référant de façon plus ou moins intelligentes, n’ont pas toujours été brillantes.
Pour conclure, temporairement – j’en suis conscient – sur ce chapitre, je vous propose aussi un article paru en novembre dernier sur RUE 89, intitulé « Adoptée, il ne me viendrait pas à l’idée de parler au nom des autres« . Quand je vous dis que le débat doit prendre en compte tous les points de vue.

Deuxième dossier brûlant de l’actualité :  le Mali. Sur ce point là, l’Union Sacrée semble presque réalisée… Comme d’habitude c’est le « presque » qui m’intéresse et donc les voix divergentes du consensus médiatico-politique. Des voix, on peut en trouver parfois qui surprennent, comme la position de Dominique de Villepin, baron déchu du régime précédent, qui exprime, pour une fois, une opinion que je trouve intelligente et bouleverse un peu le traditionnel clivage droite/gauche. Son discours mérite d’être lu, même si, rassurez-vous, il n’a pas encore viré dans l’anarcho-pacifisme (Je sens que cette référence à Villepin ne va pas plaire à tout le monde – tant pis, j’assume).
Patrick Mignard a le mérite dans un court billet intitulé « la formule magique » de rappeler que la mobilisation de l’opinion sur une guerre extérieure au pays et pour une « juste » cause, est l’une des tactiques de base utilisée par les gouvernants pour distraire les citoyens de la gravité des problèmes intérieurs. Sans aller plus loin dans l’analyse, comment un pays « en difficulté financière », comme la France, envisageant mesure d’austérité sur mesure austérité, peut-il se payer le luxe d’une guerre d’intervention en Afrique ? Les raisons sont multiples, outre le mérite d’amuser les guignols : l’uranium qui permet à notre pays d’assurer son « indépendance énergétique », en est sans doute une bonne ainsi que le rappelle SuperNo dans une chronique reprise par Altermonde, intitulée « war for uranium« . Dans le Nord du Mali, nous sommes en plein cœur du problème, il suffit d’observer une carte détaillée des ressources du coin. Ce n’est pas un hasard si le personnel d’Areva figure parmi les otages qu’AQMI prend un plaisir sadique à capturer. Pour compléter l’article de SuperNo, on peut lire aussi « Des Islamistes très utiles au pouvoir français« , texte de Stéphane Lhomme qui dirige l’Observatoire du nucléaire. Notons au passage que Stéphane Lhomme est assigné à comparaître le 1er février pour avoir dénoncé la corruption d’Areva au Niger.
Intéressant aussi de savoir qui se cache derrière ces initiales AQMI. Les bandes de miliciens armés qui se sont emparés du Nord du Mali, bénéficient d’un armement relativement sophistiqué. Ce matériel leur a été généreusement distribué au moment du conflit… en Lybie. Là encore, la lecture d’une carte est précieuse. Je ne mets pas en doute leur fanatisme religieux, mais je pense que d’autres motifs poussent ces bandes armées à l’action. Il faut dire que le découpage post-colonial des frontières de tous les pays du secteur ne se prête guère à une unité quelconque des populations. Les Touaregs du Mali pourraient bien faire les frais de l’opération en cours, leurs velléités d’indépendance n’étant guère appréciées ni par un parti, ni par l’autre.
En guise de conclusion, là aussi temporaire, sur le Mali, je vole cette jolie petite phrase au confrère du blog les Cénobites Tranquilles : «vous avez aimé Tintin au Congo, vous allez adorer Flanby au Mali !». Nous sommes visiblement sur la même longueur d’onde sur la question.

 Ces jours-ci le sable du désert et les flocons de neige recouvrent peu à peu les problèmes environnementaux « mineurs » dans les médias. On ne parle plus guère de l’opposition à l’aéroport de NDDL ou des autres projets pharaoniques de ce gouvernement au service des grandes entreprises. Le gaz de schiste hiberne (au moins dans l’agenda des journalistes) ; quant au nucléaire, il n’irradie plus que par intermittence. A signaler quand même cet article intéressant paru dans Rue 89 au sujet de notre bon vieux CNRS et de l’accident de Fukushima. Décidément le lobby nucléaire ne recule devant rien pour faire de la propagande, y compris à faire passer comme « données scientifiques » des chiffres qui sont loin de faire consensus dans la communauté des chercheurs. Thierry Ribaud, chercheur au CNRS, en poste au Japon, annonce clairement qu’il se dissocie des auteurs du dossier sur le nucléaire rendu public ce mois-ci par le CNRS. Il n’est pas question pour lui de corroborer les affirmations de certains de ses collègues. Je cite : «Dans ce dossier «  scientifique  » aux desseins animés, les affirmations dénuées d’argumentation et prenant des allures d’évidences indiscutables sont légion…» Il qualifie même ce document de «parodie de dossier scientifique» et ses arguments à lui sont parfaitement étayés. Bref la vérité ne sort pas toujours des jolies animations distrayantes : l’enfumage continue ! Il faut dire que la pilule nucléaire devenant de plus en plus difficile à avaler, il faut du sucre glace en quantité pour l’enrobage !

 J’ai trouvé très intéressant cet article sur la biochimie du pouvoir, rédigé par J.M. Traimond, sur le site libertaire belge Divergences : « ce que le pouvoir fait au cerveau…« . Lisez le attentivement et vous en tirerez deux avantages indiscutables. Premièrement vous serez moins bêtes après qu’avant, si vous êtes aussi incultes dans le domaine que je le suis. Deuxièmement, vous pourrez libérer sans crainte les pulsions anti-autoritaires qui dorment – je n’en doute pas – dans votre moi profond. Autre conséquence possible, cela vous donnera peut-être envie de vous replonger, comme je vais le faire, dans certains des ouvrages d’Henri Laborit qui a pas mal travaillé sur la question. Plus sérieusement, cet article est en quelque sorte une fiche de lecture de l’ouvrage « The winner effect » de Ian Robertson. Ce Monsieur n’est pas n’importe qui puisqu’il est professeur au Trinity College de Dublin. Mes lecteurs/trices les plus assidus/es savent à quel point je vénère la « Long Room », bibliothèque de cette vénérable institution. Certes, cela n’a aucun rapport, mais tout le plaisir était pour moi… L’introduction pour vous mettre l’eau à la bouche ? Allez, je cède à la pression :

«Le pouvoir est une drogue. Ceci n’est pas une métaphore, mais une constatation médicale. Le pouvoir entraîne accoutumance et dépendance, comme l’héroïne, comme la cocaïne. Le pouvoir, réalité sociale, modifie la réalité biologique, hormonale et neuronale des personnes qui en ont. Une personne dépendante a sans cesse besoin de ce dont elle dépend. Peu à peu, la quantité ou l’intensité de ce dont elle dépend doit augmenter pour retrouver le même plaisir. Il faut donc de plus en plus de pouvoir à la personne qui dépend du plaisir procuré par le pouvoir. La victoire déclenche la même accoutumance que le pouvoir. Gagner déclenche de puissantes décharges de testostérone et de dopamine. Les conséquences politiques sont claires : écraser autrui procure du plaisir, un plaisir addictif.»

 Envie de promenade par ces temps de grisaille : deux adresses alors devraient vous convenir… L’inépuisable Zoë en voyage à Venise dont elle parle et montre les images avec son talent et sa verve habituelle ; les pérégrinations hivernales de notre fiston voyageur, de Munich à Milan en passant par Prague (un long arrêt) et Rome (autre séjour prolongé). Les reportages photos sont – en toute objectivité impossible – somptueux, avec une mention particulière pour les 12 panoramiques pour 12 jours. Prenez la peine de lire aussi : les observations au fil du chemin fort intéressantes à découvrir. Je ne saurais que partager les considérations sur le charme du voyage en train et le regret du prix du billet pour la solution ferroviaire, toujours la plus onéreuse.

NDLR – Illustrations
« la terre est plate » : la photo provient du site Divergences2, plus précisément du blog de Maya le Maner. « le p’tit train jaune de Tchéquie » : la photo provient du blog familial « Rue du Pourquoi Pas » (photo Sébastien Chion). Le dessin « ils sentent bon le sable chaud » est emprunté au blog de Patrick Mignard « Fédérer et Libérer« .

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19janvier2013

Histoire d’un journal anarchiste : « le Révolté » (2)

Posté par Paul dans la catégorie : pages de mémoire; Philosophes, trublions, agitateurs et agitatrices du bon vieux temps.

Deuxième époque : l’aventure des « Temps Nouveaux » de 1895 à 1914

 Jean Grave sort finalement de la prison de Clairvaux, après amnistie, en 1895. Un an de prison pour délit d’opinion… Cette mesure répressive est loin d’avoir découragé un militant dont les convictions semblent inébranlables et dont l’obstination n’est pas la moindre des qualités. Les lois scélérates de 1893-94 ont permis les pires excès répressifs. Jean Grave a échappé de peu à une seconde condamnation pour incitation à créer une « association de malfaiteurs », accusation qui lui a valu de figurer parmi la liste des inculpés du célèbre « procès des trente », mais dont il a été acquitté.

En 1895, l’ambiance est un peu plus sereine et Jean Grave décide de faire reparaître son journal, en changeant à nouveau le titre. Il prend contact avec un certain nombre de rédacteurs potentiels. Pierre Kropotkine et Elisée Reclus soutiennent son projet. D’autres annoncent leur participation mais ne donneront pas suite comme l’écrivain Lucien Descaves ou le photographe Nadar, célèbre portraitiste des personnalités du moment. Le 4 mai 1895 parait le numéro 1 des « Temps nouveaux ». Le tirage est conséquent : 18 000 exemplaires. Le journal est hebdomadaire, mais ne comporte que 4 pages à ses débuts. A partir de février 1904, 8 pages sont proposées aux lecteurs, avec un « supplément littéraire » conséquent, dans chaque numéro, comme dans « La Révolte ». 982 numéros seront publiés jusqu’en août 1914, ainsi que deux hors-série. Une collection importante de brochures de propagande (72 livrets) complète ce volume conséquent d’écrits. La filiation entre « La Révolte » et le nouvel hebdomadaire ne fait aucun doute : elle s’affiche clairement en dessous du titre de l’hebdomadaire : « ex-journal La Révolte », et Grave ne manque pas de la rappeler à chaque numéro anniversaire, comme dans le numéro 1 de la onzième année, daté du 6 mai 1905, que j’ai sous les yeux :

«A nos lecteurs : ce numéro constitue la onzième année des Temps Nouveaux, mais en réalité, avec Le Révolté et La Révolte dont ils sont la suite, c’est notre vingt-sixième année d’existence qui est en cours. Malgré des vicissitudes de toute sorte, voilà vingt six ans que nous avons pu mener la lutte. Avant de tenter un nouvel effort, c’est reposant de mesurer le chemin parcouru, la besogne faite, d’y puiser des forces pour une nouvelle étape. En marche !…

 Les collaborateurs réguliers ou épisodiques des « Temps nouveaux » sont nombreux et plus ou moins connus. Parmi les rédacteurs, on retiendra les noms de Pierre Kropotkine, Elisée Reclus, les compagnons des débuts, mais aussi Paul Delessalle, Bernard Lazare, Octave Mirbeau, Pierre Monatte, Amédée Dunois… Les journaux bourgeois privilégient la publication de feuilletons pour distraire leurs lecteurs. Dans les colonnes des « Temps Nouveaux », on s’adonne à des lectures plus sérieuses. La panoplie d’auteurs publiés est vaste. Tous ne sont pas anarchistes, loin de là : la rédaction fait preuve d’une indéniable ouverture d’esprit. Des artistes plus ou moins connus participent également à l’illustration du journal et surtout des nombreuses brochures publiées en supplément : Aristide Delannoy, Camille Pissaro, Van Dongen, Willette, Granjouan, Jossot, Hermann-Paul… entre autres. La collaboration entre Grave et Camille Pissaro qui se revendique très clairement de l’anarchie, est déjà ancienne, puisque le peintre a déjà répondu à certaines « commandes » pour « La Révolte ». Camille Pissaro participe aux albums de lithograhies que Jean Grave édite pour soutenir financièrement la publication des Temps Nouveaux. Les consignes de l’éditeur aux illustrateurs sont à la fois précises et ouvertes : «Le dessin devrait, par quelque côté que ce soit, avoir trait à l’idée, mais l’auteur aurait la liberté la plus complète pour le choix du sujet et pour l’exécution…»

 Le problème des Temps Nouveaux reste le même que celui de la Révolte : trouver des finances pour boucler chaque numéro et mener à bien un projet qui se voudrait de plus en plus ambitieux. Mais la notoriété du journal est supérieure à sa diffusion, et la publication de chaque nouvelle revue se traduit systématiquement par un déficit qu’il faut combler à grand renfort de tombolas et de souscriptions. Une fois encore, le débat n’a guère avancé un siècle plus tard, et les internautes qui déplorent le fait que nombre de sites d’information parallèle dépendent du bon vouloir de leurs lecteurs pour survivre auraient été confrontés au même problème auparavant avec les revues militantes. La couleur est affichée clairement dès le n°1 en 1895. Voici reproduite « l’adresse aux lecteurs » que l’on trouve en page intérieure :

«Par ces temps de tripotages financiers, de réclame sans vergogne, la presse est devenue la servante de la banque et du commerce. Il est admis, aujourd’hui, qu’un journal ne peut vivre sans bulletin financier et qu’en abandonnant sa quatrième page aux petites correspondances amoureuses, aux marchands de « curiosités », aux charlatans de la « spécialité ».  Sans capitaux et sans avance, nous lançons notre journal, ne comptant que sur l’appui du public intellectuel et la bonne volonté de ceux qui nous connaissent. Nous n’insérerons ni bulletin financier, ni réclame payée, ni annonces commerciales, n’espérant pour faire vivre notre journal qu’en la seule vente de ses numéros. Cette tentative réussira-t-elle ? – Au public d’en juger s’il doit continuer à servir le puffisme qui se fait sur son dos, ou apporter son concours à une œuvre d’idée. (L’administration)»

 Les textes de réflexion politique et les actualités tiennent toujours une place prédominante. Toujours dans ce même n°1 de 1895 on trouve un texte de présentation justifiant le titre du nouveau journal (l’idée provient, semble-t-il d’Elisée Reclus, que Grave est allé visiter à Bruxelles).

«C’est dans une nouvelle phase de la lutte que nous entrons, en effet. L’idée que nous défendons est enfin sortie de l’obscurité dans laquelle on avait essayé de l’étouffer. Aujourd’hui, grâce à la persécution, grâce à des lois d’exception telles qu’on en fait dans les pires monarchies, nul n’ignore qu’il existe des hommes qui, ayant recueilli les plaintes de ceux qui souffrent de l’ordre social actuel, s’étant pénétrés des aspirations humaines, ont entrepris la critique des institutions qui nous régissent, les ont analysées, se sont rendu compte de ce qu’elles valent, de ce qu’elles peuvent produire et, de l’ensemble de leurs observations, déduisent des lois logiques et naturelles pour l’organisation d’une Société meilleure.[...]
Pour que l’homme se développe librement, dans toute son intellectualité, dans toute sa puissance physique et morale, il faut que chaque individu puisse satisfaire tous ses besoins physiques, intellectuels et moraux ; mais cette satisfaction ne peut être assurée si la terre n’est rendue à tous, si l’outillage mécanique existant, fruit du travail des générations passées, ne cesse d’appartenir à une minorité de parasites et n’est mis à la disposition des travailleurs sans prélèvement d’impôt par le capitaliste. [...]»

 On retrouve dans ces quelques lignes le style particulier de Grave et de ses collaborateurs : le ton est posé mais le propos est clair et sans équivoque. Les objectifs sont clairement exposés. Tout sera mis en œuvre pour qu’ils soient atteints.Dans un article intitulé « L’effet des persécutions », Pierre Kropotkine, à son tour, enfonce le clou :

«Pendant quinze mois on a tout mis en mouvement pour étouffer l’anarchie. On a réduit la presse au silence, supprimé les hommes, fusillé à bout portant en Guyane, transporté dans les îles en Espagne, incarcéré par milliers en Italie, sans même se donner le luxe de lois draconiennes ou de comédies judiciaires. On a cherché partout jusqu’à affamer la femme et l’enfant en envoyant la police faire pression sur les patrons qui osaient encore donner du travail à des anarchistes. On ne s’est arrêté devant aucun moyen afin d’écraser les hommes et étouffer l’idée.
Et, malgré tout, jamais l’idée n’a fait autant de progrès qu’elle en a fait pendant ces quinze mois.
Jamais elle n’a gagné si rapidement des adhérents.
Jamais elle n’a si bien pénétré dans des milieux, autrefois réfractaires à tout socialisme.
Et jamais on n’a si bien démontré que cette conception de la société sans exploitation, ni autorité, était un résultat nécessaire de tout le monceau d’idées qui s’opère depuis le siècle passé ; qu’elle a ses racines profondes dans tout ce qui a été dit depuis trente ans dans le domaine de la jeune science du développement des sociétés, dans la science des sentiments moraux, dans la philosophie de l’histoire et dans la philosophie en général.
Et l’on entend dire déjà : ― « L’anarchie ? Mais, c’est le résumé de la pensée du siècle à venir ! Méfiez-vous-en, si vous cherchez à retourner vers le passé. Saluez-la si vous voulez un avenir de progrès et de liberté ! » [...]»

 Bel optimisme dans cet extrait de l’article… mais les visions du prince russe ne se sont pas réalisées. L’histoire a montré que l’anarchisme n’était pas la « grande idée » du XXème siècle, malgré les efforts et les sacrifices de certains… Mais les libertaires n’ont certainement pas dit leur dernier mot…
La lecture des billets d’actualité des « Temps Nouveaux », tout au long des vingt années ou presque que va durer la publication, permet de se faire une idée des débats qui traversent le mouvement. Le temps de la « propagande par le fait » s’achève, en France tout au moins. Nous sommes en pleine période « syndicaliste révolutionnaire ». Les anarchistes retrouvent les ouvriers en lutte dans leurs syndicats et leur influence est indéniable. Tous les militants ne sont pas d’accord avec ce choix, les anarchistes individualistes en particulier, mais ils ne sont pas les seuls. Certains théoriciens, comme Errico Malatesta par exemple, font part de leur méfiance et estiment que les syndicats ne peuvent jouer qu’un rôle réformiste dans la société ; les anarchistes perdent leur temps et leur énergie en entrant dans ces structures. Les positions des pro et anti syndicats se font de plus en plus tranchées. Le mouvement libertaire se ramifie et explore différentes pistes (certains diraient « s’égare sur un grand nombre de chemins !) : les expériences communautaires, l’hygiène de vie, la propagande néo-malthusianiste, les coopératives ouvrières…
Les syndicalistes révolutionnaires marquent des points. La charte d’Amiens, votée lors du congrès de la CGT en 1906, témoigne de la forte pénétration des idées libertaires dans le mouvement ouvrier syndiqué. Ces années précédant la première guerre mondiale constituent en quelque sorte l’âge d’or du mouvement anarchiste français malgré ses divisions nombreuses. Selon René Bianco, Les quatre-cinquième de l’édition anarchiste en France (livres et brochures) s’est faite entre 1880 et 1914. Il cite comme exemple la brochure d’Octave Mirbeau, « la grève des électeurs », dont les tirages successifs cumulés ont dépassé 300 000 exemplaires…
La réponse du patronat aux nombreux mouvements sociaux qui vont marquer le début du siècle ne se fait pas attendre : une répression féroce dans un premier temps (dont Clémenceau sera l’un des instigateurs les plus redoutables), puis le premier conflit mondial dans lequel les populations ouvrières et paysannes d’Europe de l’Ouest seront décimées. Les grèves ouvrières et paysannes donnent lieu à des manifestations spectaculaires réprimées par l’armée qui n’hésite pas à employer les armes contre les manifestants. Parfois les conscrits refusent d’obéir et sympathisent avec ceux qu’ils sont censés briser. Les syndicats s’implantent dans des secteurs où ils n’avaient pas le droit d’apparaître comme la Fonction Publique. Bref, en ce début de siècle, l’agitation sociale est à son comble. Il ne se passe guère un numéro sans que les « Temps Nouveaux » ne rendent compte d’une grève, d’une manifestation ou d’une réunion publique plus ou moins animée. La propagande va bon train.

 Les informations que l’on peut découvrir dans « les Temps Nouveaux » débordent largement le cadre national et dans chaque numéro des billets rédigés par divers correspondants dressent en quelque sorte un « état des luttes » dans les pays voisins, mais aussi en Amérique. A partir de 1905 par exemple la tentative révolutionnaire en Russie est suivie pas à pas par les rédacteurs du journal. Examinons le contenu d’un numéro quelconque, mars 1907 par exemple : le lecteur est informé sur le mouvement social en Bulgarie (grève des employés du chemin de fer), en Russie où se déroulent des élections, sur l’état du mouvement anarchiste au Portugal où l’on apprend la naissance d’une revue « A conquista do Pao » (à la conquête du pain) ou en Allemagne. Dans ce pays il est question de la répression qui frappe les rédacteurs du « Freie Arbeiter ». Une mine d’or pour les historiens ! Rien n’est laissé de côté dans l’actualité sociale… L’exécution du grand militant anarchiste Francisco Ferrer provoque un mouvement d’indignation qui déborde largement le cadre du mouvement libertaire.
Autre exemple : le premier numéro de l’année 1911 s’ouvre sur un dossier consacré au travail clandestin des enfants dans les verreries. Dès la page suivante, on enchaine sur « l’affaire Kotoku » au Japon : la condamnation à mort de vingt-six personnes, pour complot contre la famille impériale. Une affaire sordide car la réalité est tout autre de ce qu’annonce la propagande gouvernementale : ces militants et militantes ont simplement dénoncé les conditions de travail inhumaines dans les usines japonaises. Comme en Russie, le passage brutal du féodalisme au capitalisme, ne se fait pas sans briser des vies…

 Je ne vais pas vous raconter, par le menu, les trésors que l’on découvre à feuilleter cette revue. Deux collections au moins peuvent être consultées sur le web. Aucune des deux n’est complète, mais elles sont suffisamment conséquentes pour permettre de faire des découvertes conséquentes. La première se trouve sur Gallica, la bibliothèque numérique de la BNF. On y trouve une bonne série de numéros des Temps Modernes. La seconde est publiée sur le site « la presse anarchiste », qui effectue un travail de recensement et de mise en ligne absolument remarquable (prolongement du travail entrepris par le camarade René Bianco, dans le cadre d’un travail de thèse). Il est plaisant d’aller fureter dans quelques exemplaires de ces collections admirables et je vous invite à le faire. Certes bien des choses ont changé, mais l’on découvre, parfois avec stupeur, que des questions qui font la une dans les médias contemporains, étaient déjà largement débattues il y a plus d’un siècle. A se demander parfois si l’on avance ou si l’on tourne en rond…
Le déclenchement de la guerre de 1914/18 a stoppé la publication de nombreux journaux révolutionnaires, et la question du pacifisme a provoqué un véritable séisme dans le mouvement socialiste en général. Les anarchistes n’ont pas échappé à cette problématique : la rupture fut violente, entre ceux qui estimaient suffisamment « juste » la cause de la triple entente pour la soutenir et ceux qui pensaient que la paix était la seule issue pour laquelle il fallait s’engager. Au sein du mouvement libertaire, on reprocha, et l’on reproche toujours, à Grave et Kropotkine leur prise de position favorable à l’alliance entre la Russie, l’Angleterre et la France, et hostile à l’Allemagne. Le débat est certainement plus complexe qu’il n’y paraît, mais il fait l’objet d’une autre histoire que je vous conterai peut-être un jour !

NDLRSources des illustrations – La carte postale présentant l’exécution de Ferrer provient du site « Cartoliste » (voir liens permanents) – Les reproductions d’illustrations publiées dans la revue proviennent de Gallica, le fonds documentaire de la BNF -

Sources bibliographiques – Outre les ouvrages déjà cités dans la première partie, je signale également : « Regards sur l’édition libertaire en France » de René Bianco, extrait de « la culture libertaire » aux éditions ACL – « Histoire de la littérature libertaire en France » de Thierry Maricourt (Albin Michel).

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14janvier2013

Histoire d’un journal anarchiste : « le Révolté » (1)

Posté par Paul dans la catégorie : pages de mémoire; Philosophes, trublions, agitateurs et agitatrices du bon vieux temps.

Première époque : de 1879 à 1894

 Des journaux anarchistes, il y en a eu des milliers de par le globe et à travers les époques. On associe souvent les anarchistes et les bombes. Il serait plus judicieux de les associer à la plume et au caractère d’imprimerie, car la volonté de diffuser leurs idées par l’écrit a toujours été bien présente. Recenser la totalité des écrits issus de la mouvance libertaire, chansons, pamphlets, brochures, livres et journaux n’est pas une sinécure. Ceux qui s’y sont attaqués – je pense entre autres à René Bianco ou à Thierry Maricourt – se sont raisonnablement limités à un seul type de publication. Je pense que, dans le futur, les historiens qui analyseront les blogs de la mouvance libertaire auront aussi pas mal de grain à moudre !

Si je m’intéresse au Révolté, c’est parce qu’il cumule un certain nombre de facteurs originaux. Il y a tout d’abord sa longévité, impressionnante et plutôt rare pour les « brûlots révolutionnaires » à la Belle Epoque. On va en parler plus en détails. Il y a aussi le fait que, publiant dans ses colonnes de nombreux compte-rendus de réunions, de publications, de grèves et de manifestations, « le Révolté » permet de se faire une bonne idée de l’activité des anarchistes, non seulement en France et dans les pays francophones mais aussi dans les contrées plus éloignées. Il y a enfin la personnalité peu commune du militant qui a été l’âme de cette revue, Jean Grave, dont le sérieux et la ténacité ont permis, à travers vents et marées, la durée de la publication. D’autres journaux anarchistes ont également une notoriété importante à la même époque : l’En-Dehors, La Feuille, le Père Peinard… J’aurai sans doute l’occasion d’en reparler… plus tard ! En tout cas, aucun n’a connu une telle longévité.

 Parler simplement du « Révolté » est un peu une erreur car, dans la réalité, ce journal a porté trois noms différents, en grande partie à cause des persécutions dont sa publication a été l’objet. Dans un premier temps, à sa fondation en Suisse, il s’est appelé « Le Révolté » ; pour éviter des poursuites, une fois la rédaction bien installée en France, Jean Grave l’a rebaptisé « La Révolte » ; le changement de patronyme est devenu plus radical lorsque de « La Révolte », il est devenu « Les Temps Nouveaux », en 1895. La filiation entre les trois titres est indubitable. Le responsable de la rédaction reste le même ; le contenu n’évolue guère, quant à la présentation, elle est identique.

Avec trois titres différents donc, quelques interruptions et divers changements de périodicité, « Le Révolté » va paraître de février 1879 jusqu’en août 1914, soit trente-cinq années. Essayons de dresser un bref historique de cette publication. Cette période présente l’intérêt de voir mises en œuvre, au sein du mouvement anarchiste, diverses stratégies plus ou moins heureuses, de l’insurrectionisme à l’entrisme dans les syndicats en passant par « la propagande par le fait ». Le mouvement va connaître des hauts et des bas et subir, de plein fouet, une répression féroce après la publication des « lois scélérates » en 1893-1894.
Le numéro 1 du « Révolté » paraît le 22 février 1879 à Genève… Ses fondateurs sont Pierre Kropotkine, François Dumartheray, Georges Herzig, ainsi qu’Elisée Reclus. Jean Grave rejoint l’équipe de rédaction en 1883 à la demande de Reclus. Que du beau monde ! Socialiste révolutionnaire à l’origine, le journal devient très vite un organe anarchiste. Le numéro 1 comporte un éditorial prometteur :

«Nous sommes des révoltés.
Oui, nous le déclarons carrément : le spectacle que donne la société actuelle, nous révolte, nul travailleur n’y jouissant du produit intégral de son travail. Elle signifie l’extrême misère des uns, avec cette aggravation : l’insolente opulence des autres.— D’où cela ? De l’accaparement progressif de tous les instruments de travail.»

 Pas si décalé finalement cet éditorial avec la situation sociale que l’on connait 134 années plus tard. Il y a de quoi réfléchir ! Dans ce premier numéro, comme ce sera l’habitude par la suite, des « correspondants » envoient des infos sur la situation sociale et politique dans divers pays : Espagne, Italie, Russie, Etats-Unis… Pour l’Angleterre, c’est un compte-rendu de la grève des dockers et des matelots à Liverpool qui est publié. Le rédacteur conclut son texte par ces mots : «Le mécontentement est si général dans la classe ouvrière, que l’agitation socialiste, qui autrefois ne trouvait aucun écho en Angleterre, gagne aujourd’hui du terrain à vue d’œil.» Dans la rubrique « faits-divers » on trouve un bref article intitulé « des municipalités à imiter ». Je trouve amusant de le reproduire ci-dessous :

«Une petite municipalité du Gard a voté, à l’unanimité, 50 fr. pour les amnistiés de la Commune. Très bien !
En Italie, à San Giovanni Rotonde, (Pouille), un maire donne des conférences socialistes ; les conférences sont goûtées par le village, et la municipalité les fait imprimer aux frais de la commune, pour faire la propagande. Très bien aussi. Mais voila encore mieux.
À San Nicandro et à Lesina, dans la même province, les maires poussent les paysans à s’emparer de vive force de toutes les terres qui jadis ont appartenu aux communes et qui, depuis, ont été (comme partout) volées aux communes par des particuliers.
Si ça marche de ce train, ça promet !»

On pourrait publier un tel faits-divers en 2013, en s’amusant à lister des communes comme Marinaleda en Espagne avec sa gestion coopérative des terres agricoles, Barjac en Ardèche, avec sa politique d’encouragement à la conversion en agriculture biologique, ou Tordères dans les Pyrénées Orientales qui tente l’autogestion au niveau de l’administration communale. Il serait souhaitable, bien entendu, que ce mouvement « communal » prenne une ampleur suffisante pour être mentionné autrement que dans les « faits-divers » de la presse bourgeoise. Cela n’a pas été le cas au temps du « Révolté ».

 La rédaction du journal déménage à Paris le 12 avril 1885. Les tracasseries administratives se font trop nombreuses : surveillance de la correspondance, saisie des exemplaires envoyés en France à la frontière, arrestations, perquisitions, interrogatoires. Le gouvernement et la police ont engagé une vaste campagne de répression contre les révolutionnaires allemands réfugiés dans les grandes villes en Suisse. Au passage, les anarchistes font les frais de cette politique. Le siège du journal est perquisitionné à Genève. Mieux vaut plier bagage. Après le transfert de la rédaction en France, Jean Grave prend la gestion du journal en mains. Il commence par chercher un local et des contacts fiables. Il s’agit là d’une mission difficile car la Préfecture de Police de Paris est active et les mouchards et les provocateurs pullulent dans les milieux révolutionnaires de la capitale. Les problèmes les plus urgents se résolvent peu à peu. Le 15 mai 1886, le journal devient hebdomadaire. Son prix est de 5 centimes et le tirage varie selon les numéros. Il atteint 8000 exemplaires en février 1887. La situation financière est précaire, malgré le soutien de quelques généreux donateurs (parmi lesquels Elisée Reclus qui engloutira pratiquement tous les bénéfices qu’il tire de la publication de ses œuvres de géographe dans le soutien aux publications libertaires). Il est difficile de tenir un budget et de payer régulièrement l’imprimeur malgré le mal que se donne son animateur, Jean Grave.

Sans qu’il y ait véritablement de censure, ce militant honnête et scrupuleux va contribuer à donner au Révolté, puis à La Révolte, une ligne éditoriale assez claire. Les textes publiés sont très critiques à l’égard de la société mais plutôt « posés » au niveau du ton. Jean Grave rejette rapidement ce que certains camarades appellent « la reprise individuelle » (voler pour survivre et/ou pour financer certaines actions) ainsi que la « surenchère révolutionnaire ». A quoi bon user d’un vocabulaire outrancier et faire peur à une partie du lectorat potentiel, alors que la volonté de ceux qui écrivent dans cette revue est de diffuser largement les idées anarchistes et d’ouvrir le débat sur les questions qui divisent le mouvement. Cette attitude quelque peu rigoriste amènera bien entendu certains militants à désavouer l’attitude de Jean Grave et à le traiter de « père La Morale ». Comme le dit lui-même Jean Grave : «A force de tenir tête aux braillards, nous finîmes par nous imposer». Il faut reconnaître aussi que certains des jugements qu’il a prononcés étaient parfois un peu trop rapides, comme cela a été le cas dans l’affaire de « l’assommoir » à Lyon. Un attentat dans un café a entrainé l’arrestation  d’un militant anarchiste, nommé Cyvoct, et à sa condamnation à la déportation au bagne, alors que les juges ne disposaient d’aucune preuve solide pour le condamner. Jean Grave lui-même, selon les propos qu’il a tenus, était convaincu de sa culpabilité et ses écrits au sujet de Cyvoct manquent quelque peu de lucidité !

Point de financement occulte en tout cas pour le Révolté, contrairement à d’autres journaux, mais des moyens conformes à l’éthique de son éditeur : vente au numéro, abonnements, édition de brochures révolutionnaires, collectes et tombolas. C’est l’une de ces tombolas, source de revenus estimée « illégale » par une administration des finances plutôt procédurière (surtout lorsque la procédure permet de créer des difficultés aux journaux révolutionnaires), qui va motiver le changement de titre du journal. Pensant éviter des poursuites néfastes à la trésorerie de la publication, Grave préfère organiser sa disparition, puis le faire reparaître presque à l’identique, grâce à un tour de passe-passe typographique : « Le » devient « La » et le « é » final du « Révolté » devient un « e ». Le journal « La Révolte » nait des cendres du « Révolté » le 17 septembre 1887. Les collaborateurs restent peu ou prou les mêmes et la structure éditoriale ne change pratiquement pas. Dès novembre 1887, un « supplément littéraire » est ajouté à la revue. Il comporte des textes inédits ou non de grands noms de la littérature, pas forcément anarchistes. Jean Grave estime qu’il est important d’acquérir une certaine culture et que la publication de textes bien rédigés ne peut qu’éveiller le goût à la lecture. Le premier supplément propose entre autres des textes d’Alexandre Dumas, de Camille Desmoulins ou du poète Schiller. L’autorisation de publier est toujours demandée au préalable aux écrivains. Cependant, les collaborateurs du journal ne sont pas rémunérés. Cela ne pose pas de problèmes avec certains auteurs, comme Jean Richepin, qui accorde à Jean Grave le droit de publier ses œuvres sans restriction. La lettre fort courtoise que le poète adresse au directeur de La Révolte mérite d’être reproduite :

«Monsieur, Je vous autorise, pour ma part, à reproduire, sans payer aucuns droits, tout ce que vous voudrez de mes œuvres, absolument. Je me trouverai assez rétribué par la joie d’avoir pu faire plaisir à des amis inconnus. Si toutefois il vous est désagréable de recevoir sans rien donner en échange, considérez que vous me servez gratuitement le journal, ajoutez à ce service l’envoi d’une collection complète de La Révolte, et nous voilà quittes ! Pour la forme, du moins ; car je resterai toujours, et de beaucoup, votre débiteur, à vous qui me répandez dans le public le plus vivant, le seul où les idées semées fleurissent en actes.»  (Jean Richepin)

 Darien, Descaves, Mirbeau, et quantité d’autres auteurs… acceptent volontiers la reproduction de leurs écrits. D’autres publications sont plus problématiques et Jean Grave doit affronter l’ire d’une « Société des Gens de Lettres » particulièrement agressive. Pendant quatre années, de 1890 à 1894, les lettres de menace se succèdent. La société réclame des sommes exorbitantes pour la publication de certains auteurs – droits qui paraissent parfois surréalistes au vu du budget du journal. Il y a parfois même conflit avec le groupement alors que les auteurs ont donné leur accord pour une publication gratuite. La position d’Emile Zola est loin d’être aussi tolérante que celle de Richepin. Je dirais même qu’elle est plutôt équivoque et provoque la colère parmi les anarchistes (sauf au moment de l’affaire Dreyfus, les rapports entre Zola et les libertaires seront souvent conflictuels). Dans un premier temps, il accepte la reproduction libre de ses écrits. La situation change lorsqu’il adhère à la Société des Gens de Lettres puis en devient responsable. A partir de ce moment, il veut que la « loi commune » soit appliquée à La Révolte et trouve parfaitement normal que la SGL s’attaque au journal… L’affaire se termine par un commandement d’huissier signé entre autres par Courteline, Maupassant… et Zola. Voici un autre thème que l’on peut considérer comme d’actualité, si l’on en juge par les nombreux débats et procès qui entourent la question des droits d’auteur. Nul doute qu’en 2013, Jean Grave aurait eu quelques démêlés avec Hadopi ! Ce qui est malheureusement certain, c’est que la publication de « La Révolte » est un combat incessant contre les difficultés de toutes sortes, parmi lesquels les problèmes de trésorerie ne sont pas les moindres.

De 1892 à 1894, nous sommes en pleine période de « propagande par le fait » ; pendant deux bonnes années, les attentats anarchistes se multiplient et les bombes explosent un peu partout. Certaines actions sont d’ailleurs directement téléguidées par les services de police. L’attentat de Caserio est la dernière action importante. La presse anarchiste prend ses distances avec ce mode d’action jugé peu profitable et surtout trop risqué. « La Révolte » a anticipé et ce n’est pas étonnant quand on connait la personnalité de Grave : à la fin de l’année 1886, on peut lire cette mise en garde dans les colonnes du journal :

«Par ce mot de « propagande par le fait » les trois-quarts des camarades n’envisagent que les manifestations à main armée, les exécutions d’exploiteurs, les incendies de bagnes industriels… etc… Le mouvement anarchiste s’étant développé au moment où les terroristes russes livraient leur admirable guerre de représailles contre leurs autocrates, il s’est un peu imprégné de cette manière de faire. Certes, si le mouvement pouvait s’établir et avoir une action continue, cela serait admirable [...] Mais cela serait se perdre, croyons-nous, dans l’illusion et l’utopie, que de croire que des actes semblables peuvent devenir l’objet d’une propagande raisonnée active et continue. [...] Combien d’occasions se présentent tous les jours où il y aurait à agir d’une manière moins brillante qu’on ne le rêve peut-être mais tout aussi efficacement.»

 En 1891, Kropotkine, à son tour, prend clairement ses distances avec cette stratégie. Il dénonce la « propagande par le fait », conçue uniquement sous l’angle du terrorisme, comme une erreur. Quant à Elisée Reclus, il comprend cette politique, refuse de la condamner (tant il estime légitime la colère de ceux qui posent les bombes), mais ne l’approuve pas. Il devient difficile d’estimer que le journal « La Révolte » et ses rédacteurs soient directement impliqués dans la série d’attentats des années 92 à 94. La politique de l’amalgame va cependant bon train du côté gouvernemental et la publication des « lois scélérates », en 1894, permet d’inculper quiconque touche de près ou de loin à « l’idée anarchiste ». Nul besoin d’être pris avec des explosifs à la main : l’idée d’anarchie elle-même devient un crime et ceux qui la défendent sont passibles de lourdes peines d’emprisonnement.  « La Révolte », tout comme « le Père Peinard », doit interrompre sa publication, le 10 mars 1894. Jean Grave est arrêté. La seule chose dont on l’accuse c’est de défendre ses idées puisque c’est la publication de son livre « La société mourante et l’anarchie », deux ans auparavant, qui est retenue comme premier motif de poursuite. Suite à son procès, il est condamné à deux années de prison. Lorsqu’il passe à nouveau devant la justice, quelques mois plus tard, l’accusation de participation à une association de malfaiteurs n’est cependant pas retenue. Il purge sa peine à Clairvaux et bénéficie d’une libération anticipée. Son premier souci est de relancer « La Révolte » et donc de trouver les fonds nécessaires. Le journal va devoir changer de titre une nouvelle fois, pour contourner l’interdiction dont sa publication fait l’objet.

L’aventure continue donc ! (à suivre)

NDLR : ce texte est une version très abrégée d’un travail plus long que j’ai entrepris sur le mouvement anarchiste francophone à l’époque du « Révolté » et de « La Révolte », de 1879 à 1895. Cette période de l’histoire du mouvement anarchiste et de ses rapport avec le monde ouvrier, est passionnante, tant elle est riche en idées et en faits qui vont influencer la suite des événements. Les sources documentaires utilisées pour cet article sont nombreuses ; je me dois de citer au moins deux d’entre-elles : « Le mouvement anarchiste en France » de Jean Maitron et « Quarante années de propagande anarchiste » de Jean Grave. Je complèterai ces indications biographiques à la fin de la seconde partie.

 

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8janvier2013

Gaz de schiste : sur quel pied danser en Rhône-Alpes ?

Posté par Paul dans la catégorie : Feuilles vertes.

Berceuse gouvernementale ? La vigilance plus que jamais nécessaire…

Dormez braves gens, dormez ! N’ayez nulle inquiétude en ce qui concerne l’exploitation des gaz de schiste : le ministère du développement industriel et le ministère de l’écologie veillent pour vous. Tout est arrêté en attendant sans doute que les experts vous  démontrent que vous avez tort d’avoir des inquiétudes. La mobilisation au Larzac a porté ses fruits : les autorisations de forages de prospection ont été retirées. Vous pouvez sommeiller en paix. En ce qui concerne l’énergie, la France est un modèle de démocratie. Rien n’est jamais fait sans le consentement du peuple : prenez l’exemple du nucléaire… Dès que les citoyens sont favorables à une décision gouvernementalo-technocratique, on tient compte de leur avis… Quand ils se trompent en n’étant pas d’accord, comme pour l’EPR, on le fait quand même mais on adopte une démarche plus pédagogique, plus transparente… Il n’y a aucune censure ! Tout le monde sait que la facture de la construction de l’EPR de Flamanville augmente d’année en année, de milliard en milliard… Mais le sondage réalisé auprès des experts d’Areva et de ses sous-traitants, ainsi que des experts d’EDF a donné un résultat sans équivoque : 99% de oui pour qu’on continue à gaspiller l’argent public.

 Et pourtant, de vilains petits canards, comme les membres des divers collectifs Rhône Alpes opposés à l’extraction des gaz de schiste par fracturation (seul procédé actuellement maîtrisé contrairement à ce que raconte le Rocard boiteux) prétendent que sur le terrain se déroule une étrange agitation. A plusieurs reprises ont été aperçus, dans des zones sensibles, des camions vibreurs comme celui qui figure sur l’image en tête de paragraphe (1).  Il semblerait que les différentes compagnies intéressées par ces autorisations de forage de prospection n’aient pas vraiment été informées qu’elles agissent dans l’illégalité, à moins que… seules certaines autorisations aient été suspendues, mais pas d’autres, plus anciennes… Un esprit mal tourné pourrait se demander si, d’ici quelques temps, il ne serait pas tout simplement question de mettre les populations locales devant le fait accompli.
L’argumentaire du lobby des schisteux dans les médias semble avoir évolué en douce et pris une orientation quelque peu « jésuite » comme pour le nucléaire. Pour justifier la construction du nucléaire on entend susurrer des choses comme : « eh oui, mon pauvre monsieur, le nucléaire pollue à long terme – c’est un fait – mais quelle réponse sérieuse pourrait-on avoir à la demande croissante d’énergie ? La question est grave et la réponse apportée par les énergies renouvelables n’est pas encore satisfaisante… Le nucléaire est donc un pis-aller incontournable ». Les mêmes fieffés escrocs jouent sur le même registre pour le gaz de schiste… « Tous les autres pays donnent leur accord pour cette exploitation. D’ici quelques années les Etats-Unis seront autonomes sur le plan énergétique. Vous voudriez que la France continue à importer son énergie à prix d’or alors que notre sous-sol regorge d’un véritable trésor ? C’est notre mort économique assurée dans les vingt prochaines années que vous défendez là. Certes l’eau du robinet va un peu baisser de qualité… mais nos chercheurs sont d’une efficacité remarquable et d’ici peu, avec l’aide du Rocard boiteux, nous saurons extraire sans fracturer et un gaz très pur abreuvera nos sillons ! »

 Alors qui dit vrai ? Si l’on se range du côté des mauvaises langues, on pourrait craindre que les socialos et leurs alliés verdoyants n’amusent l’opinion pendant que les taupes s’activent dans le sous-sol. Si l’on tient compte de la capacité qu’ont François Hollande et ses ministres de retourner leur veste (cf entre autres la TVA « sociale » ou le dossier de Notre Dame des Landes), mieux vaut rester prudents et mobilisés. Le discours officiel, et plus ou moins consensuel gauche-droite, laisse entendre que le dossier est temporairement fermé, mais que si l’on trouve des techniques de forage moins polluantes que la fracturation hydraulique, il sera urgent de le rouvrir pour ne pas prendre de retard sur cette question sensible. Il est amusant de constater que dans les discours de nos édiles traine toujours cette idée que « les autres » (Américains en tête) ne savent pas faire, mais que chez nous, grâce au bon sens « béret / baguette » on trouve toujours une solution aux problèmes. Rappelez-vous ce que les experts se sont empressés de déclarer suite à la catastrophe de Fukushima : ce sont des réacteurs US, les normes de sécurité ne sont pas les mêmes que les nôtres… Toujours le même baratin scientifico-nationaliste. En Rhône-Alpes, le dossier « gaz de schiste » reste effectivement bien embrouillé : des autorisations sont toujours valides, des prospections ont eu lieu dans le passé, et les militants doivent rester sur le qui-vive (écoutez cette interview de Guillaume Vermorel sur Reporterre).

Histoire d’illustrer mon propos et d’étayer mon discours, voici quelques informations complémentaires piochées sur les différents sites des collectifs d’opposants à l’extraction. Quelques exemples seulement car il y en a beaucoup trop et que je vous conseille vivement d’aller vous abreuver à la source (pas celle du gaz, l’eau est polluée). Certaines régions, comme la nôtre (Rhône-Alpes Nord) ont fait l’objet de plusieurs demandes concurrentes concernant plus ou moins les mêmes secteurs. La demande de permis de recherche appelée « Couloir Lyon Annecy », déposée par la société Schuepbach, a bien été refusée le 26/9/2012, mais la demande appelée « permis de Blyes », déposée par la société Realm, et couvrant partiellement le même secteur, court toujours… La principale différence entre les deux dossiers se situe au Nord, la demande d’autorisation de Realm s’étendant plus largement encore (3293 km2). [voir document cartographique n°1]. Les départements de l’Isère, de l’Ain, des deux Savoie et du Rhône sont concernés.

Deux permis de recherche ont été accordés : Les Moussières et Gex (2). De nombreuses demandes ont été déposées et sont en cours d’étude. Quelques dossiers ont fait l’objet d’un refus. Les maires n’ont été, et ne sont toujours pas consultés, que ce soit pour les autorisations accordées ou pour les demandes en attente. De nombreux élus, choqués par l’attitude de l’administration centrale, se sont impliqués dans les collectifs d’opposants. La région Rhône-Alpes s’est déclarée contre l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste sur son territoire en février 2011 (majorité PS – à l’époque dans l’opposition). Cette prise de position n’a eu aucun effet quant au déroulement du processus de validation des dossiers. Le code minier actuellement en vigueur est largement favorable aux entreprises, et leur donne un poids juridique considérable face aux populations locales. Cette situation inacceptable doit changer !

 J’ai déjà parlé de l’exploitation du gaz de schiste dans ces colonnes, dans une chronique concernant principalement Canada et Etats-Unis. Je vous invite à relire éventuellement cet article. Je ne reviendrai pas cette fois sur les risques liés aux procédures d’extraction. Depuis la publication de cette chronique, les problèmes se multiplient aux USA. En juillet 2012, en Pennsylvanie, 17 800 litres d’acide chlorydrique ont été déversés sur le site de forage de Bradford. Les rejets de Méthane dans l’atmosphère s’annoncent bien plus importants que ceux annoncés dans les études préliminaires. En mars 2012, dans l’Ohio, une douzaine de séismes mesurés par les sondes sismiques ont été provoqués par l’extraction du gaz. Un an plus tôt, en avril 2011, toujours en Pennsylvanie, c’est un puits qui a explosé, entraînant la dispersion dans l’environnement de milliers de litres d’eau polluée. Cette liste est bien entendu loin d’être exhaustive. Il semble même que le nombre de problèmes rencontrés par les exploitants soit si élevé, que la rentabilité de ce nouvel eldorado soit remise en question.
.Je conseille à ceux qui ont besoin d’une remise à niveau, la lecture d’un excellent article de synthèse en deux parties : «Gaz de schiste et fracking – La naissance de Frankenstein». Il s’agit d’une adaptation, réalisée par le site « Stop gaz de schiste » d’un article rédigé en anglais par Ellen Cantarow et publié sur le site EcoWatch.org. La vue aérienne d’un champ de puits de forage montre à quel point cette exploitation embellit le paysage.

 Pour conclure temporairement sur ce dossier, j’estime nécessaire d’ajouter que ce qui est jugé nuisible chez nous, ne doit pas être exporté chez les autres. De nombreuses sociétés françaises lorgnent par exemple du côté de l’Algérie. Le sous-sol de ce pays contiendrait d’importants gisements de gaz de schiste et leur exploitation serait soumise à de moindres contraintes environnementales. Notre bon ministre des Affaires Etrangères, a laissé entendre que la France s’intéresse de près au gaz algérien (3), et pourrait, dans ce pays expérimenter un certain nombre de techniques de forage « alternatives ». Les dites techniques n’étant point encore mises en œuvre, ce beau discours pourrait signifier tout simplement que nous comptons exploiter tout bonnement cette ressource fondamentale pour notre économie. Quand on connait l’ambiance de corruption qui accompagne les forages pétroliers, on peut se poser des questions légitimes sur l’innocuité environnementale de ces prospections : une manière habile de contourner les difficultés rencontrées sur le territoire national. Mais je suis mauvaise langue à mon tour : j’oublie que nous avons un gouvernement « socialiste ».

Notes : (1) Le camion vibreur est utilisé pour des tests sismiques avant les premiers forages…
(2) Une grande manifestation doit avoir lieu à Nantua, dans l’Ain, le 16 mars 2013, afin d’obtenir que le renouvellement du permis d’exploration des Moussières ne soit pas accepté. Informations complémentaires sur « Stop Gaz de Schiste ».
(3) Références de l’article du Point : http://www.lepoint.fr/confidentiels/exclusif-gaz-de-schiste-la-france-va-explorer-en-algerie-20-12-2012-1604170_785.php

sources utilisées pour les informations et pour les illustrations : « stop gaz de schiste (Rhône-Alpes Nord) » – le site Reporterre.net – Le blog « Planète sans visa », en particulier l’article « un branleur parle des gaz de schiste (le cas Rocard) -

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4janvier2013

En janvier on bric à blogue au coin du feu

Posté par Paul dans la catégorie : Bric à blog.

 Dis tonton, c’est quoi un « bric à blog » ? Ben tu vois, c’est un truc, enfin, comment te l’expliquer… Y’a rien à la télé en ce moment ? Regarde voir sur « la chaîne parlementaire »… Je crois que c’est l’heure où ils parlent de la PMA ou des PME… Enfin ça devrait t’intéresser… Parce que, tu vois, le « bric à blog » c’est un truc de grands ; c’est dur à lire ; en plus il y a des liens hyper-texte comme ils disaient dans le temps…. Y’en a même qui le lisent sur leur téléphone cellulaire, c’est dire !

Un dernier grincement pour 2012 avant d’imaginer plein de belles idées pour 2013. Une chose est sûre c’est qu’il y a une tare universellement répartie, c’est la connerie humaine. Limitons nous à ses manifestations les plus exotiques ; sinon il y en aurait trop… Lisez cet article plutôt édifiant… Il y est question de constructions gigantesques en Chine. Il y a de cela quelques mois, avant l’apocalypse, j’avais commencé à rédiger un article sur les tours dans l’histoire de l’humanité. Une étude chiadée, allant nettement plus loin que la simple comparaison avec le phallus impudicus : des pyramides égyptiennes aux gratte-ciel du XXème siècle en passant par les tours médiévales de San Giminiano,  il y avait de quoi dire ! Il faudra que je m’y remette, mais là je suis débordé par tous les projets d’écriture en cours. J’ai une capacité phénoménale à me disperser lorsque je suis assis devant mon clavier !
Après l’édifice le plus haut, on termine la construction de celui qui occupe la plus grande superficie (de terres arables ?), en attendant le plus profond ou le plus débile. A quand le « Center Park » ou le « Disney Land » dans une faille océanique ? En matière d’inutilité, cette dernière réalisation chinoise présentée dans l’article, est digne des fastes de l’époque stalinienne. Elle mériterait certainement le Nobel de la connerie s’il y en avait un. Les paysans et les ouvriers de ce pays « communiste » apprécieront certainement le travail réalisé. Heureusement, comme le précisent les architectes, qu’un soleil artificiel, intérieur au bâtiment, permettra de bénéficier d’une luminosité dont les habitants des clapiers de la ville ne jouissent plus depuis longtemps. Finalement, l’histoire du père Noël avec son traineau tiré par des rennes et ses milliards de cadeaux, je la trouve de moins en moins idiote. Des cartables blindés pour les écoliers américains aux émissions de variété à la téloche, une large fraction de l’humanité me désespère…

  La p’tite fanny approche en tout cas et nous nous acheminons lentement mais sûrement vers la fin de la « trêve des confiseurs » ! Dans les plus hautes sphères et dans la blogosphère, c’est le temps des bons vœux et des bilans. Ceux qui viennent de tout en haut, je les laisse se perdre dans l’infini des nuages. Plus proche du plancher des vaches, j’en ai lu des bien sympas (pour les vœux) et des fort distrayants (pour les bilans). Il n’est pas inintéressant d’avoir de temps à autre une petite synthèse des dégâts que nous laissons derrière nous, quelle que soit leur nature. Regarder dans le rétroviseur cela permet de ne pas voir le mur dans lequel les oligarques nous précipitent et d’admirer l’efficacité avec laquelle notre environnement proche ou lointain est saccagé.
Pour ceux qui croient encore que les banques et les multinationales traversent une période difficile, lisez par exemple ce bilan boursier des entreprises du CAC 40 dressé par Gilles Devers, sur Actualité du droit, et repris par le blog « humeurs de Marissé » ; vous serez amplement rassurés pour l’avenir de votre portefeuille d’actions ! Pour compléter vous pouvez lire aussi « 2012 année fantastique pour les banksters » qui est assez éducatif dans son genre. Pour que 2013 soit une plus belle année encore (pour eux) il va falloir apprendre à vous serrer la serrure d’un cran supplémentaire, notre « petit père du peuple » socialiste nous l’a promis. Pour réduire le chômage, seules perspectives d’embauche à court terme : les paquebots de luxe, l’armement, les milices privées ou les compagnies républicaines de sécurité…

Stop à la déprime : mieux vaut positiver comme le claironnaient les magasins Carrefour il y a quelques années de cela et faire confiance au « bon sens près de chez vous » comme le susurraient des banquiers « proches du monde agricole » dans les temps bénis d’avant la « crise ». Disons que mon propre bon sens ne me conduit pas à fréquenter ce genre d’entourloupeurs. Des signes d’espoir il y en a dans cet environnement brouillasseux.  Il y a pas mal d’articles et de livres à consulter dans ce domaine.  En premier lieu, je vous conseille de vous renseigner  sur la Coopérative Intégrale Catalane présentée sur UtopLib. La conjoncture actuelle donne des ailes à un certain nombre de projets prometteurs. Nos camarades espagnols ne manquent pas d’initiative, et il y a indiscutablement des modèles à adapter dans les multiples projets qui se réalisent de l’autre côté des Pyrénées. Des initiatives pour changer la vie il y en aurait même une quantité considérable si l’on en juge par le titre de ce livre « Un million de révolutions tranquilles » présenté sur le site Utop’lib ces derniers jours.

 Autre visite sympa à faire en ces temps où Tolkien et Jackson occupent les écrans de cinéma… J’ai commencé l’année bricabloguesque 2012 en vous contant l’histoire d’une maison de hobbit écologique et peu coûteuse à fabriquer. L’envie me prend de vous en reparler en vous donnant l’adresse du site personnel du bâtisseur, Simon Dale. Depuis la construction dont je vous avais parlé, plusieurs autres projets ont été réalisés. Le jeune bâtisseur a rejoint l’équipe de l’écovillage « Lamas Project » et réalisé un nouveau bâtiment tout aussi intéressant que le premier, avec l’aide de sa famille et de ses amis. Je vous conseille de visiter ces deux sites car vous y trouverez des idées intéressantes, des conseils et de nombreux liens à explorer. Un œil en Espagne, l’autre au Pays de Galles : pas de jaloux.

Tout cela me ramène au petit bouquin « les sentiers de l’utopie » paru il y a plus d’un an maintenant. Eh bien ce livre a eu un certain succès et commence maintenant une nouvelle vie, format et prix réduits, pour ceux qui avaient jugé la publication initiale intéressante mais coûteuse. Au lieu d’être vendu avec un dvd, l’éditeur vous fournit simplement un lien et un mot de passe pour charger le film gratuitement. Croyez-moi, ça vaut la peine et les deux sont intéressants car le livre ne se contente pas de « décrire » le dvd, mais apporte des éléments informatifs complémentaires. Un blog vient compléter l’ensemble du dispositif en donnant les dernières nouvelles sur le déroulement du projet et les perspectives. Les deux auteurs ont eux aussi intégré un projet d’éco-village.

 Au cours de mes pérégrinations sur la toile, j’ai aussi refait un tour sur « archeo SF » : si vous vous intéressez à la bonne vieille science-fiction d’antan, il y a plein de bons petits trucs marrants à glaner parmi les billets publiés en décembre. L’avenir de l’humanité vu par les grands anciens me fait toujours bien rigoler ; un peu moins bien sûr quand les projets les plus débiles sont devenus des réalités qui s’étalent sous mes yeux. En tout cas, la carte postale sélectionnée pour les vœux 2013 du blog me plaît beaucoup… Normal pour un amateur de locos à vapeur et aussi un bon prétexte pour (re)visionner le « château ambulant » du génial Miyazaki.

On approche de la fin de la promenade. Mais alors, me direz-vous, pas de nouveautés, pas de découvertes croustillantes dans ce bric à blog plan plan ? Il n’y aurait que des visites de courtoisie, des retours en arrière, des rétrospectives… Que non, que non, il y a du neuf ! Et ce grâce à Patrick Mignard. Cet auteur auquel je fais souvent référence, en lui piquant un bout de chronique par ci, un bout de chronique par là ou bien une petite illustration humoristique, s’est contenté jusqu’à présent d’alimenter des sites déjà existants avec ses textes de réflexion sur l’environnement social et politique. Les périodes de « fin du monde » étant propices aux initiatives de survie, notre camarade a créé son propre blog intitulé « fédérer et libérer« . Les débuts, textes et dessins, sont plus que prometteurs et il est probable que je ne manquerai pas d’y faire référence dans mes prochaines chroniques d’actualité. Un extrait de la « mise en bouche » : « Ce site compte mener ce combat de la réflexion politique, de la critique sociale, de la résistance à l’oppression, de la dénonciation de l’inacceptable… aussi bien par la réflexion sérieuse, que par l’humour et la caricature.» Je suis très content de cette initiative car, ces derniers temps, la liste des blogs intéressants qui apparaissent sur la toile est nettement plus courte que celle des blogs qui mettent la clé sous le paillasson ! Je considère par ailleurs que Patrick Mignard est quelqu’un dont la parole mérite d’être écoutée au milieu de la cacophonie politique actuelle.

Pour conclure, je ne manquerai pas, comme Floréal l’a fait dans son blog, de féliciter le dessinateur Jacques Tardi pour son refus de la légion d’honneur. J’espère que ce « fait-divers » trouvera sa place à la une des médias (on peut toujours rêver !)… J’ai commencé ce billet en évoquant la connerie des nouveaux aristocrates de ce monde. Je suis ravi de le terminer en évoquant des événements nettement meilleurs pour le moral ! Pour ne pas commencer cette année par un pillage sans vergogne, je précise que les photos qui illustrent cette chronique ont été prises par ma charmante compagne dans notre environnement aussi froid qu’idyllique. Bonne cure de désintoxication après les abus festifs. Je ne vous donne pas de lien à consulter, la rubrique « santé » de Yahoo est prolixe à ce sujet…

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