4 juin 2009

Et le blog, tel une chaudière…

Posté par Paul dans la catégorie : au jour le jour...; Boîte à Tout .

trois-centième chronique publiée, ça s’arrose…

feu-de-bois Le blog consomme et consume chroniques sur chroniques, tel une chaudière réclamant chaque jour sa provision de bois. Et le bûcheron, en amont, abat des mots, les débite, les range, contemple l’état de son stock et se dit que toutes ces bûches, si elles ne s’évaporaient pas en fumée au quotidien, constitueraient sans doute, à terme, un tas impressionnant. Mais ce n’est  pas le devenir des mots, du moins des miens. Le blog est resté, dans l’esprit, à peu près comme je voulais qu’il soit : une collection de propos sur le monde tel qu’il est, tel qu’il a été et tel que je (et beaucoup d’autres) voudrais qu’il soit ; un mélange d’opinions, de connaissances, de propos à bâtons rompus ; un patchwork d’almanach, de mini-encyclopédie, et de journal de bord ; un écrit sans doute à l’image de celui qui le produit. Des centres d’intérêt se dégagent peu à peu, des lignes de forces pourrait-on dire, si force il y a dans une pratique aussi légère que celle du blogueur. Mes visiteurs réguliers savent qu’ils ont peu de chance de découvrir une chronique sur Roland Garros, le championnat du monde de football ou le festival de Cannes. Je ne réécris pas le Larousse Universel. Ils auront plus de succès avec la forêt de Tronçay, les vieilles pierres des Vosges ou l’histoire du mouvement ouvrier. Nous vivons loin du tumulte des villes, nous ne collons plus du tout à l’actualité culturelle et aux tribulations mondaines dans lesquelles se complaisent beaucoup de chroniqueurs patentés des salons parisiens. Cela ne veut pas dire que nous ne cultivons que des poireaux, mais que nos choix sont guidés par un coup de cœur, l’émotion du moment ou une découverte inopinée. Il arrive que je parle d’un évènement culturel récent, mais cela ne me dérange pas de traiter d’un sujet hors-champ. De toute façon, la mode passe plus vite que le TGV et les derniers romans publiés ou les derniers films à l’affiche tombent dans les oubliettes un mois après avoir fait la une des médias. Nous n’écoutons pas souvent la radio ; nous ne bâillons pas fréquemment devant la télé ; nous n’achetons plus aucun quotidien ni magazine hebdomadaire bon chic bon genre ; nos seules sources d’infos sont internet, les ami(e)s, les livres et la nature. Du coup certaines « découvertes » enfoncent des portes ouvertes et, quand je parle d’un livre ou d’un chanteur, j’adore quand on me rétorque une phrase du genre : « oui, je connais, ils en parlent dans le Nouvel Obs ou dans Teleratruc, cette semaine ».

foule Comme dans tout blog, le lectorat se divise en plusieurs tranches bien distinctes… Un noyau de plus en plus important de « fidèles » plus ou moins bavard(e)s. Au début, le silence de certain(e)s me gênait ; je regrettais de ne pas avoir plus de « réactions » à mes écrits ; je m’y suis habitué et je me suis aperçu que moi-même je restais plutôt discret lors de mes visites « ailleurs ». Il n’empêche que j’apprécie lorsque l’on réagit, que l’on corrige ou que l’on complète mes propos. Les seules critiques qui m’exaspèrent sont les polémiques stériles : le genre « qui dit blanc » lorsque les propos sont noirs et qui n’hésite pas à dire le contraire trois lignes plus bas ou dans le commentaire suivant. Sur certains blogs largement plus consultés que celui-ci, je reconnais ne plus jeter le moindre coup d’œil aux commentaires, mais en rester, par pur plaisir, aux seuls propos de l’auteur(e). Le bouche à oreille est une très bonne forme de publicité et petit à petit, ce noyau de « fidèles » grandit.
Il y a aussi les lecteurs d’un jour, qui arrivent sur le blog grâce aux conseils, parfois stupéfiants, d’un moteur de recherche. Dans ce groupe-là, il y a de bonnes rencontres : des gens qui reviennent, qui témoignent de leur intérêt par quelques lignes envoyées en commentaire ou en courriel à « La feuille ». Certains de ces contacts sont particulièrement émouvants ; d’autres me fournissent des infos qui me permettent de prolonger les recherches entreprises. Ces derniers me posent parfois problème : que faire une fois qu’une chronique a été publiée ? La remanier quelques temps plus tard et la mettre à nouveau en ligne ? C’est ce que je compte faire – j’en parlais l’autre jour – mais sur un site indépendant. La maquette est prête, il n’y a plus qu’à télécharger…. mais j’hésite encore car cela veut dire du travail en plus si je ne veux pas que cette « feuille-bis » soit un enfant mort-né. Le logiciel d’espionnage qui accompagne le moteur de blog me permet de savoir si ces explorateurs d’un jour deviennent des lecteurs réguliers ou pas. Mon plus grand plaisir c’est de les voir rebondir d’un texte sur une catégorie traitant du même sujet, puis élargir leur investigation à d’autres sujets… Après tout, si je peux amener les ornithologues ou les philatélistes à s’intéresser à l’affaire de Tarnac, je n’aurai pas perdu mon temps… La trace éphémère devient durable et je me dis que je n’ai pas écrit pour rien.
Soixante-dix pour cent de mes lecteurs ont un petit drapeau français dans mon tableau statistique, dix pour cent sont des cousins canadiens (québecois pour une bonne part je présume, mais pas seulement puisqu’il y a d’autres communautés francophones au Canada). Les amis belges arrivent en troisième position et mes proches voisins suisses font un peu la tête (2,5 %) car je ne parle pas assez de chocolat sans doute. C’est une lacune que je comblerai un de ces quatre…

louis-jolliet2 Maintenant qu’on a parlé des lectrices et des lecteurs, je peux vous donner quelques infos sur le devenir des chroniques, les échos qu’elles reçoivent, les thèmes à succès…. J’avais consacré ma deux-centième chronique au liquidambar, car ce nom d’arbre était la clé de recherche qui amenait le plus de touristes sur le blog. Cent chroniques plus tard, je peux vous dire que rien n’a changé : « sous l’écorce de mon liquidambar » est toujours la chronique la plus visitée depuis les moteurs de recherche, alors qu’elle ne donne que peu d’informations sur l’arbre. Sa petite sœur « Liquidambar, la star » (la fameuse deux-centième), est beaucoup moins consultée, malgré le lien que j’ai ajouté à la fin de la première. Preuve d’ailleurs que la lecture des textes est souvent superficielle, ce lien n’a jamais été utilisé, à ma connaissance… Dans les dix chroniques les plus consultées (de façon ponctuelle) il y en a d’ailleurs cinq sur les arbres ; outre celle consacrée au liquidambar, les quatre autres, dans l’ordre, sont celles qui traitent de l’aubépine, du charme et du hêtre, du bouleau et de l’amélanchier. Lorsque j’ai rédigé le billet comparatif sur le charme et le hêtre, je m’étais dit qu’utiliser l’expression « à poil » dans le titre stimulerait certains organes (de recherche). Ça n’a pas loupé : les « à poil dans le jardin » et autre « dans le jardin à poil » n’ont pas manqué de rameuter quelques voyeurs cruellement déçus. A part ces billets arboricoles, on trouve dans le top 10 deux chroniques un peu particulières : « les coureurs des bois, routards du XVIIème siècle » et « Naïves les chansons populaires ? Allons donc !« . On trouve également deux textes plus politiques : La misère progresse : disparition de 332 milliardaires et Du pognon pour les riches, les pauvres à la niche !En ajoutant un carnet de voyage (La bibliothèque du Trinity college à Dublin) et un billet un peu plus écolo (Quand le fraisier resplendissant cache la forêt de la misère…), on arrive à onze ce qui est parfait pour « un top 10 ». A mon grand regret, il faut parcourir le « top 50 » pour trouver des textes que j’ai pris grand plaisir à écrire ou qui m’ont demandé un travail de recherche important… Bien entendu, je n’ai pas l’intention de céder aux pressions de l’audimat, d’autant que les indications fournies par le traceur sont très partielles  et je continuerai à écrire ce qui me passe par la tête et par les doigts !

trace-de-pas Ne comptez pas sur moi pour vous donner trop d’informations sur ce qui se passe dans les coulisses, c’est à dire derrière le clavier de mon ordinateur… Chaque chronique est une aventure singulière. Certaines mûrissent pendant des jours et des jours, alors que d’autres jaillissent en quelques minutes : l’instant d’avant je n’avais qu’une idée lointaine de ce que j’allais écrire. Certains articles demandent des heures de recherche et encore des heures pour comparer et recouper les documents disponibles. Il y en a un certain nombre qui appartiennent à cette catégorie-là. Ce sont ces textes-là qui demandent le plus gros travail de rédaction. Comme je le disais un peu plus haut, certains sujets traités m’intéressent tellement que je continue à les approfondir après. Les trois pages écrites sur « Granuaile (Grace O’Malley), la reine des pirates irlandaise » sont devenues une dizaine de feuillets ; même situation pour le château de Bonaguil et quatre ou cinq autres études. En ce qui concerne le camp d’internement d’Arandon pendant la deuxième guerre mondiale, les documents se sont accumulés depuis la publication du texte, mais je n’ai encore rien rédigé de nouveau… J’ai pratiquement tout le temps une dizaine de brouillons en attente ; s’ajoutent à cela les billets nés de mes coups de sang liés à l’actualité, ou l’idée volée à un papillon sur une fleur du jardin… L’inspiration ne manque pas mais il est évident qu’il y a des jours où je n’ai pas envie d’écrire ou pas le temps de le faire. Pour répondre à la question posée par l’une de mes connaissances, j’ai essayé de mesurer un peu le temps que je consacrais au blog : j’arrive à un minimum de deux heures par chronique… Souvent aussi j’aimerais que d’autres rédacteurs ou d’autres rédactrices, « invité(e)s d’un jour » interviennent sur le blog. Pascaline a déjà le dur labeur de relire, de corriger, de discuter, d’émettre des doutes, d’encourager, de photographier… C’est déjà super, d’autant qu’elle le fait toujours avec le sourire… Comme elle a de plus ses propres travaux d’écriture à assumer, je ne peux pas trop lui en demander… On m’a dit que mon appel resterait sans écho car le phénomène du blog, tel celui du « journal intime », est essentiellement individuel. Je me moque un peu de ce genre de jugement expéditif, d’autant que « la feuille charbinoise » n’est pas un journal, même si ma façon d’écrire, le choix de mes sujets, le questionnement induit par certaines chroniques révèlent sans doute des pans de ma personnalité. Je ne perçois cependant pas ce blog comme un « cahier personnel » ou une quelconque tentative d’autobiographie. Je n’ai nul besoin d’un « divan », ni d’une cellule d’aide psychologique, du moins pour l’instant, et je n’ai point envie d’étaler mes états d’âme, pas plus sur la toile qu’ailleurs. Je parle aux arbres et ils me répondent : ça me suffit. Au pire, en période de doute existentiel intense, je me sers de mon Palantir (référence à Tolkien pour les incultes) et je dialogue avec les grands anciens.

l_homme_et_la_terre A propos de grands anciens, je continuerai à leur accorder une place relativement importante. Je vous ai déjà causé de Louise Michel, du Père David, de Ziryab, de Georges Vega… Je continuerai à évoquer d’autres personnages hors du commun. J’ai beaucoup d’estime pour les gens qui ont su « déranger » leur époque, petits ou gros grains de sables dans les rouages, que ce soit sur le plan politique, scientifique ou artistique. J’apprécie les gens discrets qui agissent plus qu’ils ne parlent et qui font bouger les choses à leur manière, à leur vitesse et selon leur humeur. Je ne fais pas grand cas de la nostalgie ; je ne fais pas partie de ceux qui estiment que « c’était mieux avant ». Je pense par contre que la connaissance de l’histoire est un savoir fondamental, et qu’il y a beaucoup à apprendre sur l’avenir en regardant dans le miroir du passé (encore un Palantir !). Le chemin continue donc cahin-caha, sans trop de changements pour l’instant, et les thèmes traités vont continuer à l’être en suivant un fil « anarchronique ». Si le melting-pot (pouah un terme anglais !) ne vous convient pas, sachez que parmi les millions d’autres blogs, il y en a qui ne parlent que de Formule 1, de Flaubert, d’homéopathie, de pastis, de l’andropause ou du Nouveau Parti Anticapitaliste. Si vous aimez les cabinets de curiosités dans lesquels on assemble des « papiers » sur des thèmes divers, plus que des objets insolites, cette « feuille » vous est dédiée… et il y en a d’autres.
Sachez aussi que je suis très très content, même si ça n’a (presque) rien à voir avec ce qui précède, parce que nous venons d’acquérir une édition originale en cinq volumes de « L’homme et la terre » d’Elisée Reclus, paru en 1905. C’est le fleuron de notre bibliothèque. Elisée est vraiment un sacré bonhomme. J’en reparlerai.
A peluche comme disent les oursons nouveaux-nés.

Une petite citation pour la route… Elle est de Jacques Lacarrière (extrait de « Un jardin pour mémoire »)
« Écrire, donc. Mais pas écrire pour voir son nom sur une couverture, occuper la première ou la dernière page des journaux, impressionner ses collègues, accélérer son cursus universitaire, épancher les grumeaux non digérés ou les caillots non liquidés de son ego ou encore montrer que l’on maîtrise les métaphores comme en sa cage le dompteur fait avec le tigre, mais écrire pour avancer, progresser en soi-même, inventer son chemin, croiser celui des autres et partager avec eux le pain et le sel des mots. »

8 Comments so far...

fred Says:

4 juin 2009 at 14:39.

Pour que ton référencement Web soit une vraie réussite, je me permets d’ajouter ici ces quelques mots : Football, Roland Garros, Paris Hilton, TF1, Morandini, news People, Free Sex, Courgette.

non non .. ne me remercie pas !

zoë lucider Says:

4 juin 2009 at 16:02.

Comme je suis nouvelle dans l’activité de blogueuse (plus de six mois tout de même), je ne me suis pas préoccupée de pister mes lecteurs et je ne sais quel outil il faudrait utiliser. J’ai installé un compteur il y a deux semaines, je l’ai fait commencer modestement à 1600 (pour les six mois) et cela aura doublé en six semaines. Cette activité étrange si on y réfléchit : parfaitement gratuite, dont on ne connait pas le bénéficiaire, extrèmement périssable, connait des adeptes amoureux de leur moment de solitude face à l’écran et qui consacrent du temps à la recherche pour écrire des petits bijoux insérés dans l’écrin de leur site.
Je suis ravie de faire partie de vos fidèles (enfin je crois), je viens vous rendre visite justement pour votre éclectisme et la qualité de vos choix. Alors, c’est vrai, le Barça vous laisse de marbre ?
Bien à vous

Paul Says:

4 juin 2009 at 20:07.

C’est le « moteur » de blog, ici en l’occurence wordpress, qui fournit le logiciel de statistiques, ou bien c’est un logiciel adapté. Sur « la feuille » j’utilise firestats qui me fournit l’essentiel des données intéressantes. Sinon, c’est clair que vous faites partie de mes lectrices fidèles et que j’apprécie énormément votre présence régulière ainsi que vos commentaires pertinents. J’espère continuer à voguer avec un tel équipage ! Je dois avouer (sans trop de honte) que j’ai dû chercher sur Google pour savoir ce qu’était le Barça. Maintenant que je suis informé je reconnais effectivement que je reste de marbre ! Mais rassurez-vous, ce n’est pas non plus pour soutenir le club d’Issy les Moulineaux ou de Sainte Rochegude de Colombe…
Merci à Fred aussi, lecteur des premiers jours, qui m’aide à faire de l’audimat à bon compte. Roland Garros c’est pas le gars qui pilotait des navions ?

fred Says:

5 juin 2009 at 07:30.

Oui ! C’est celui là même ! Quoique je le soupçonne d’avoir piloté des Ballons également. Comme quoi, le foot n’était pas très loin ! Et tu as tort de snober Barça ! Cette équipe a été enchanteresse cette saison ! Le Foot à ce niveau, c’est de l’art !

Lavande Says:

5 juin 2009 at 14:58.

C’est quand même moi qui ai servi d’entremetteuse entre la feuille et Clopine puis Zoë. Je n’en suis pas peu fière. On avait dit combien pour mes honoraires de « public relations » au fait?

Paul Says:

5 juin 2009 at 15:25.

Euh, il me semble 50 c par lecteur ou lectrice devenu régulier ou régulière… Il faut que je relise le contrat… Quand je pense qu’au Moyen-Age dans les chasses royales les rabatteurs n’étaient même pas rémunérés ! Maintenant, tout se négocie. Il va falloir créer un syndicat de blogueurs employeurs affilié au MEDEF.

Cathy Says:

5 juin 2009 at 20:18.

Oh, « l’homme et la terre » d’Elysée Reclus en cinq volumes ! Fabuleuse trouvaille. Ces livres sont passionnants à lire, à consulter, à admirer. Elysée Reclus est encore aujourd’hui d’une étonnante modernité.
Bon anniversaire, et longue vie à ce blog résolument sympa, résolument original.
Cathy, (lectrice assidue, néanmoins silencieuse)

François Says:

6 juin 2009 at 21:42.

Joyeux anniversaire à la Feuille, de la part d’un lecteur assidu mais plutôt discret!

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